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L’orgueil fatal

Coup de théâtre! L’homme à qui tout souriait, ce Midas bancaire, dont la bonne étoile ne cessait de scintiller, abandonne la présidence d’Attijariwafa bank, après avoir réussi une fusion sans précédent entre deux mastodontes bancaires. Officiellement, Oudghiri démissionne, mais c’est officieusement qu’EE est allé enquêter. Bien avant l’affaire Boufettas, le péché originel de Oudghri sera celui de l’orgueil. Auréolé d’une invincibilité que lui confèrent ses compétences, il fraie avec le mauvais pôle makhzénien se plaignant auprès du clan El Himma de la mise à l’écart des partenaires français, dont Auchan, Axa et Danone. Cette trahison lui coûtera son poste et lui vaudra, quelques années plus tard, un mauvais feuilleton juridique qui broiera à jamais sa carrière au Maroc. EE s’est immiscé dans le secret de réunions ultraconfidentielles qui ont acté la mise à mort du génie des finances qu’était Oudghiri.

Coup de théâtre! L’homme à qui tout souriait, ce Midas bancaire, dont la bonne étoile ne cessait de scintiller, abandonne la présidence d’Attijariwafa bank, après avoir réussi une fusion sans précédent entre deux mastodontes bancaires. Officiellement, Oudghiri démissionne, mais c’est officieusement qu’EE est allé enquêter. Bien avant l’affaire Boufettas, le péché originel de Oudghri sera celui de l’orgueil. Auréolé d’une invincibilité que lui confèrent ses compétences, il fraie avec le mauvais pôle makhzénien se plaignant auprès du clan El Himma de la mise à l’écart des partenaires français, dont Auchan, Axa et Danone. Cette trahison lui coûtera son poste et lui vaudra, quelques années plus tard, un mauvais feuilleton juridique qui broiera à jamais sa carrière au Maroc. EE s’est immiscé dans le secret de réunions ultraconfidentielles qui ont acté la mise à mort du génie des finances qu’était Oudghiri.

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Stratégie<br />

ONA/SNI<br />

Qui a tué<br />

Présenté comme une démission, le départ de Khalid Oudghiri a été masqué par un grand bluff.<br />

Il a été licencié en bonne et due forme pour avoir osé passer à travers les cloisons du pouvoir.<br />

Malheureusement, ses compétences et ses réalisations ne lui ont pas suffi cette fois-ci.<br />

Récit de Soumayya Douieb et Hassan M. Alaoui.<br />

I<br />

ronie du sort! A l’heure où l’on ne jure que par<br />

la promotion des compétences, la méritocratie, la<br />

culture du résultat..., les entreprises du chef de l’Etat,<br />

elles, font tache d’huile. Khalid Oudghiri démissionne.<br />

Et pourtant, son parcours est brillant. Pratiquement<br />

un sans-faute jusqu’à aujourd’hui. Après la fusion,<br />

tout le monde l’attendait au tournant, et était à l’affût du<br />

moindre faux-pas que commettrait le jeune patron. Il a<br />

pourtant renforcé sa stature de véritable patron de banque.<br />

Si à son arrivée on lui reprochait de ne<br />

rien savoir sur la BCM, ni sur Wafabank<br />

lors de la fusion, désormais sa légitimité<br />

est incontestable. Les résultats d’AWB sont<br />

là pour le prouver. Mais le voilà évincé.<br />

Le numéro 1 de la première banque du<br />

pays s’en va sans crier gare. Les rumeurs<br />

les plus insolites circulent sur son départ<br />

depuis le 12 mai. Le 24 mai, il annonce<br />

lui-même sa décision officiellement. Les<br />

milieux d’affaires s’agitent, fourmillent... et<br />

se livrent aux plus folles des spéculations<br />

au sujet du futur remplaçant de Khalid Oudghiri. Qui prendra<br />

les rênes de ce mastodonte bancaire en plein essor? Les<br />

noms fusent de toutes parts. Mais plus que l’identité du<br />

nouvel arrivant, c’est bien le départ d’Oudghiri qui intrigue.<br />

Pourquoi a-t-il décidé de quitter le navire? Ou plus justement<br />

et certainement, pourquoi a-t-il été limogé? Plus étonnant<br />

encore, pourquoi s’emploie-t-on à masquer la vérité sur<br />

le départ d’Oudghiri, alors que par le passé on ne s’est<br />

pas embarrassé de remercier Fouad El Filali, ex-président<br />

directeur général de l’ONA, par simple voie de communiqué<br />

de presse? Est-ce la multitude de dérapages de gestion qui<br />

fait que la direction générale du groupe souhaite étouffer ce<br />

genre de conflits?<br />

Même si les offensives répétées contre Oudghiri depuis plus<br />

d’un an maintenant laissaient présager un départ, il n’en reste<br />

pas moins que la nouvelle a étonné en prenant de court plus<br />

d’un. Comment après avoir été encensé par l’ensemble de la<br />

presse, habituellement avare de louanges envers les PDG de<br />

groupes privés, un homme affichant autant de réussites au<br />

compteur qu’Oudghiri a-t-il pu être limogé? Le tout, et cela<br />

ne fait pas l’ombre d’un doute, avec l’aval royal.<br />

Une histoire de conflit interne au Palais<br />

Pour comprendre le départ de Khalid<br />

Oudghiri, remettons les choses dans leur<br />

contexte. L’histoire remonte à il y a plus de<br />

trois ans déjà. L’opposition entre les deux<br />

hommes forts du régime, à savoir Fouad<br />

Ali El Himma, ministre délégué à l’Intérieur,<br />

et Mohamed Mounir Majidi -président<br />

de la Siger, holding royal qui détient la<br />

SNI et l’ONA, et Secrétaire particulier<br />

du Roi-, avait atteint son paroxysme au<br />

lendemain des attentats du 16 mai 2003.<br />

«Le Pouvoir se devait de reprendre en main<br />

un secteur économique incapable d’insuffler une dynamique<br />

suffisante», pouvait-on lire à l’époque dans la presse. C’est<br />

l’explication donnée aux attentats, sous entendu que les<br />

milieux d’affaires n’étaient pas capables de fabriquer de la<br />

croissance économique créatrice d’emploi. C’est alors que les<br />

deux hommes au pouvoir s’attellent à la tâche en développant<br />

chacun son réseau dans les milieux d’affaires. Souvenez-vous<br />

de la bataille autour de l’élection du président de la CGEM<br />

en juin 2003, événement qui a d’ailleurs marqué le véritable<br />

acte de naissance du clan El Himma d’une part, et du clan<br />

Majidi d’autre part. Les détails importent peu ici. Il n’y a<br />

qu’une seule chose à retenir. Ce face-à-face, cette course<br />

au pouvoir s’est soldée par une décision royale, désormais<br />

marque de fabrique de la gestion du Souverain.<br />

88 Economie & Entreprises n°94


Stratégie<br />

Oudghiri?<br />

89 Economie & Entreprises n°94


Stratégie<br />

C’est un véritable coup de massue, signé<br />

Hassan Bouhemou, que s’est vu asséner<br />

Khalid Oudghiri le jour de la tenue du<br />

conseil d'administration<br />

«Sa Majesté Mohammed VI a ordonné<br />

aux deux hommes de rester chacun dans<br />

son périmètre. Objectif: mettre fin aux<br />

interférences entre le sécuritaire et l’économique.<br />

Il aurait même demandé de<br />

diffuser l’information auprès de leurs<br />

cadres respectifs», raconte un proche<br />

des arcanes du pouvoir. Une décision<br />

qui concerne donc d’une part les walis,<br />

gouverneurs...et d’autre part les différents<br />

présidents de filiales du holding<br />

royal. Depuis, chacun évolue dans son<br />

camp. L’un s’est érigé en véritable roi du<br />

capitalisme marocain en prenant la tête<br />

des affaires royales et en les mettant<br />

au-devant de la scène. L’autre gère d’une<br />

main de maître le volet sécuritaire.<br />

Oudghiri, la tête à droite,<br />

le cœur à gauche<br />

Depuis, Mounir Majidi a les coudées franches<br />

dans la sphère économique. Plus<br />

rien ne l’arrête. Certains disent même<br />

qu’il profiterait de sa position dominante<br />

dans l’économie marocaine pour<br />

intervenir dans de grandes opérations<br />

boursières, en particulier au cours du<br />

second semestre 2006, et ainsi influencer<br />

fortement l’évolution de la place<br />

boursière de Casablanca. Bien entendu,<br />

il développe l’ONA à sa guise et prend<br />

en main même les affaires économiques<br />

de l’Etat. Certainement conforté par la<br />

puissance de son président et le degré<br />

d’influence qu’il a sur le Roi, le directeur<br />

général de la Siger développe des positions<br />

assez chauvinistes. Les résultats<br />

ne tarderont d’ailleurs pas à se faire<br />

ressentir. Les partenaires français sont<br />

mis à l’écart les uns après les autres.<br />

Seulement voilà, la croisade du couple<br />

Majidi/Bouhemou, qui jusque-là ne s’est<br />

heurté à aucun obstacle, va buter sur<br />

une affaire d’Etat. Yassine Mansouri, le<br />

patron du contre-espionnage, à savoir la<br />

DGED (Direction générale des études et<br />

de la documentation), reçoit en décembre<br />

2006 un courrier officiel des services<br />

secrets français (cf. E&E janvier 2007,<br />

p.21) s’inquiétant de la manière dont<br />

les entreprises royales malmenaient les<br />

intérêts français au Maroc, référence<br />

faite au divorce imminent entre l’ONA<br />

et Auchan, mais aussi celui entre l’ONA<br />

et AXA et les rumeurs sur le partenariat<br />

avec Danone. Les intérêts de l’Etat<br />

sont en jeu, le souverain est informé de<br />

la chose. C’est alors que Fouad Ali El<br />

Himma entre de nouveau en scène. Il est<br />

chargé de tirer au clair cette affaire. Car<br />

l’incident peut avoir de sérieuses répercussions<br />

sur les relations diplomatiques<br />

franco-marocaines. Une occasion s’offre<br />

à El Himma pour remettre de nouveau<br />

son nez dans la sphère économique. Mais<br />

de toute évidence, cette fois-ci, avec la<br />

bénédiction de la hiérarchie. Nous sommes<br />

dans la deuxième quinzaine de janvier.<br />

Une réunion vient d’être provoquée<br />

au ministère de l’Intérieur. Sont conviés:<br />

Mounir Majidi -président de la Siger-,<br />

Hassan Bouhemou -directeur général de<br />

la Siger et président directeur général<br />

de la SNI-, Rachid Tlemçani en remplacement<br />

de Saâd Bendidi - président<br />

directeur général de l’ONA- en voyage à<br />

cette date-là, et bien entendu et non pas<br />

des moindres Khalid Oudghiri. Présent<br />

Plus Oudghiri engrange les réussites, plus<br />

l’échec devient cuisant pour un Bouhemou<br />

déterminé à ce que toute décision<br />

stratégique soit d’abord de son ressort<br />

également, Mustapha Bakkoury en tant<br />

que président du groupe d’impulsion<br />

économique franco-marocain. Fouad Ali<br />

El Himma, Yassine Mansouri et Chakib<br />

Benmoussa, ministre de l’Intérieur, sont<br />

donc les maîtres de cérémonie. Majidi et<br />

Bouhemou, la mort dans l’âme, se plient<br />

au jeu des questions réponses des ténors<br />

du sécuritaire. Quant à Oudghiri, en véritable<br />

néophyte de ces réunions en haut<br />

lieu, il a davantage marqué les esprits<br />

de par la singularité de son attitude.<br />

Connu pour être un homme qui n’a pas<br />

vraiment la langue dans sa poche, il s’est<br />

distingué par un comportement inhabituel.<br />

«Sa gestuelle trahissait une envie<br />

irrépressible de crier haut et fort ce qu’il<br />

pensait de la gestion actuelle du groupe<br />

ONA/SNI», nous a affirmé une source<br />

digne de foi. Il n’en fera rien, et restera<br />

muet durant presque toute la rencontre.<br />

Jusque-là rien à signaler, chacun vaque<br />

de nouveau à ses occupations. Mais c’est<br />

sans compter sur le discernement des<br />

hommes de l’Intérieur qui auraient perçu<br />

la retenue d’Oudghiri. Une semaine plus<br />

tard, il est de nouveau convoqué en haut<br />

lieu. Hasard du calendrier ou rendez-<br />

90 Economie & Entreprises n°94


Stratégie<br />

Le samedi 12 mai, Mounir Majidi appelle<br />

khalid Oudghiri pour lui annnoncer son<br />

licenciement<br />

vous bien orchestré, les autres membres<br />

de la partie, Majidi, Bouhemou, Bendidi et<br />

Bakkoury, auraient été en déplacement<br />

à l’étranger. Oudghiri se retrouve cette<br />

fois-ci seul face à Fouad Ali El Himma et<br />

Yassine Mansouri. Là, il aurait lâché sans<br />

retenue aucune tout «le bien» qu’il pensait<br />

de la manière dont sont conduites<br />

les affaires royales. Plus encore, il aurait<br />

porté des accusations très graves et<br />

sans réserve, et a bien fait comprendre<br />

qu’il disposait d’éléments compromettants<br />

pour certains hauts cadres de la<br />

Siger. De retour dans ses quartiers à<br />

Casablanca, Khalid Oudghiri n’informera<br />

pas sa hiérarchie.<br />

L’affront royal<br />

Le retour de manivelle ne se fait pas<br />

attendre. Le 21 mars 2007, jour de la tenue<br />

du conseil d’administration d’Attijariwafa<br />

bank, Hassan Bouhemou convoque, cinq<br />

minutes avant le début de la séance,<br />

Bendidi et Oudghiri dans un bureau en<br />

aparté. Et il fait patienter les onze autres<br />

membres du conseil d’administration, y<br />

compris les Espagnols, plus d’une heure<br />

sans fournir la moindre explication (cf.<br />

E&E mai 2007, p.37). Si quelques supports<br />

de presse ont repris l’information<br />

au lendemain de l’annonce des résultats<br />

et relevé l’air perturbé qu’avait affiché<br />

Oudghiri durant le point presse, ils n’ont<br />

pourtant avancé aucune hypothèse ni<br />

interprétation quant aux faits relatés.<br />

L’ex-président directeur général d’Attijariwafa<br />

bank aurait confié à l’un de ses<br />

proches que Hassan Bouhemou lui avait<br />

manqué de respect durant cet entretien,<br />

et qu’il l’avait même menacé de licenciement,<br />

tout en insistant sur le fait qu’il<br />

n’était pas digne de confiance. C’est un<br />

véritable coup de massue que s’est vu<br />

asséner Khalid Oudghiri. Un massacre<br />

verbal en bonne et due forme, signé<br />

Hassan Bouhemou. Il en ressort anéanti.<br />

L’architecte de la plus importante fusion<br />

bancaire qu’a connue le pays, voire tout<br />

le continent africain, a commis l’irréparable.<br />

Il a franchi les fameuses frontières<br />

dessinées et dictées par la plus haute<br />

autorité du pays: les barrières dressées<br />

il y a plus de trois ans entre le pôle économique<br />

et le pôle sécuritaire ont été<br />

brisées. Quelques semaines plus tard et<br />

précisement le samedi 12 mai, alors que<br />

Khalid Oudghiri s’apprêtait à embarquer<br />

dans un vol pour se rendre aux Etats-Unis<br />

pour assister à la remise des diplômes de<br />

sa fille, Mounir Majidi l’appelle pour le<br />

C'est lorsque le souverain est informé<br />

du courrier des services secrets<br />

français que Fouad Ali El Himma<br />

intervient<br />

convoquer à son tour. Il annule alors son<br />

vol et se rend à la réunion où il apprend<br />

son licenciement. «Si Khalid Oudghiri<br />

part, c’est à cause d’une rupture de<br />

confiance», nous explique un proche du<br />

sérail. Cette sacrosainte distribution des<br />

cartes faites il y a quelques années pour<br />

couper court à la guerre des clans n’a pas<br />

été estimée à sa juste valeur par Khalid<br />

Oudghiri. «Khalid n’aurait jamais dû éta-<br />

ONA-SNI broyeur de compétences!<br />

On pourra tout dire sur Khalid Oudghiri,<br />

mais personne ne lui enlèvera ses<br />

compétences. Pour avoir été derrière<br />

les réalisations d’Attijariwafa bank, il<br />

devra figurer très rapidement -s’il ne<br />

l’est déjà- en tête de liste des chasseurs<br />

de têtes européens, surtout lorsque l’on<br />

sait que plus de 50% des fusions dans<br />

le monde détruisent de la valeur pour<br />

l’actionnaire. Il restera aussi une grosse<br />

perte pour le Maroc. Outre le fait d’avoir<br />

baigné dans des eaux que sa hiérarchie<br />

lui avait interdites, Khalid Oudghiri aura<br />

commis une seule erreur de novice dans<br />

ces hautes sphères de responsabilité.<br />

En tant que président d’une entreprise,<br />

on ne doit jamais faire la guerre à son<br />

actionnaire, car on en sortira toujours<br />

perdant. Quant à l’ensemble Siger ONA-<br />

SNI, il confirme sa vocation de véritable<br />

broyeur de compétences. Rappelons que<br />

c’est la énième fois que le groupe se<br />

sépare dans la douleur de cadres très<br />

compétents qui ont osé exprimer leur<br />

opinion ouvertement. Une situation qui<br />

témoigne d’un profond malaise au sein<br />

du groupe d’entreprises royales qui sont<br />

aujourd’hui gérées par des étages de<br />

décisions qui n’ont ni le sens managérial<br />

ni financier.<br />

92 Economie & Entreprises n°94


Stratégie<br />

ler ses reproches ni se livrer dans l’autre<br />

camp. Il aurait été plus salutaire pour<br />

lui de mener ce combat au sein même<br />

de l’ONA. Il aurait peut-être eu gain de<br />

cause et surtout davantage de mérite»,<br />

ajoute la même source. En effet, dans<br />

les salons de la capitale économique,<br />

Oudghiri n’a jamais franchement caché<br />

son avis quant à la gestion des affaires<br />

royales, ni les nombreuses irrégularités<br />

dont il a eu vent. Peut-être a-t-il vu<br />

dans la seconde convocation d’El Himma<br />

une invitation indirecte à davantage de<br />

pouvoir. Trop sûr de lui, Khalid Oudghiri<br />

s’est senti invincible. En effet, il peut se<br />

targuer d’avoir à son crédit un certain<br />

nombre de victoires décisives, qui l’ont<br />

renforcé à ses propres yeux dans sa stature<br />

de véritable président de banque.<br />

En particulier après avoir survécu et surtout<br />

empêché le passage forcé en tant<br />

que membre du conseil d’administration<br />

de Mohamed Kettani, actuel directeur du<br />

pôle..., et homme de confiance de Hassan<br />

Bouhemou au sein d’Attijariwafa bank.<br />

Autre tour de force déjoué par Oudghiri,<br />

la tentative de transformation de la forme<br />

juridique d’AWB en banque à directoire et<br />

conseil de surveillance, où on lui a réservé<br />

un simple poste honorifique, celui de président<br />

du conseil de surveillance. Les compétences<br />

d’Oudghiri désormais reconnues<br />

en haut lieu lui ont valu son maintien,<br />

d’autant plus que les actionnaires espagnols<br />

apprécient et soutiennent l’homme.<br />

Et puis, Oudghiri s’était trouvé un appui et<br />

un allié de taille en la personne de Saâd<br />

Bendidi. Cela dit, plus Oudghiri engrange<br />

les réussites, plus l’échec devient cuisant<br />

pour un Bouhemou déterminé coûte que<br />

coûte à ce que toutes les décisions stratégiques<br />

soient d’abord de son ressort.<br />

C’est dire que c'est une affaire entre deux<br />

hommes, et donc de jalousie personnelle.<br />

Pour recueillir les propos et avis des<br />

différents protagonistes de cette affaire,<br />

Economie & Entreprises a contacté par<br />

écrit et par téléphone Khalid Oudghiri,<br />

Chakib Benmoussa, mais aussi Hassan<br />

Bouhemou. Nos relances sont restées<br />

La méthode Oudghiri<br />

L’homme intrigue. De prime abord, on dit<br />

de Khalid Oudghiri que c’est un bûcheur,<br />

timide du reste. Mais depuis qu’il est<br />

véritablement à la tête de la première<br />

banque du pays, un titre mérité d’ailleurs<br />

puisqu’il en est l’instigateur et l’artisan,<br />

l’homme a changé d’attitude. Au contact<br />

du pouvoir, son caractère semble s’être<br />

révélé: l’homme est à la fois décrit comme<br />

arrogant et charismatique. Il pense que<br />

son succès peut lui servir de passe-droits.<br />

Il n’en fait qu’à sa tête. Quelques mois<br />

après sa prise de fonction, il décide de<br />

s’offrir une Mercedes dernier cri. Ce sera<br />

retour à l’envoyeur sur ordre express du<br />

top management, Oudghiri se rabat alors<br />

sur une Renault Velsatis. Un affront dont<br />

toute la presse n’a pas manqué de parler<br />

à l’époque. Même refrain après le rachat<br />

de la Banque du Sud en octobre 2005.<br />

Il est reçu par le Président tunisien Ben<br />

Ali, mais il décide de faire cavalier seul,<br />

malgré les vives recommandations de<br />

Mounir Majidi, rappelons-le, PDG de la<br />

Siger, pour qu’il se fasse accompagner par<br />

sans réponse. «Il n’y a pas d’erreurs professionnelles<br />

ou techniques à l’origine du<br />

départ d’Oudghiri. C’est juste une histoire<br />

de personnes, bien trop compliquée à<br />

comprendre», soutient un confident du<br />

premier cercle royal. Pourtant, Oudghiri<br />

a bel et bien commis quelques «légers»<br />

écarts dans la gestion d’Attijariwafa bank.<br />

«Il a ouvert généreusement les vannes<br />

du crédit à un grand groupe immobilier<br />

familial -plus de 3 milliards de dirhams de<br />

prêt-, il a laissé passer lors du rachat de<br />

la Banque du Sud (Tunisie) quelques irrégularités<br />

dans son évaluation. Il a négocié<br />

aussi la reprise de Crédor sans en informer<br />

sa hiérarchie», nous confirme une source<br />

interne à la banque. Mais au-delà de tout<br />

cela, l’erreur monumentale et stratégique<br />

d’Oudghiri, c’est d’avoir ouvertement fait<br />

la guerre à son actionnaire de référence,<br />

à savoir la SNI et par ricochet la Siger.<br />

Car quel PDG de groupe privé, aussi puissant<br />

et compétent soit-il, pourrait aller à<br />

Rachid Slimi. Rien à faire. Il s’affirme, il<br />

s’affiche, il trace droit devant... et semble<br />

ne pas redouter les repentances de ses<br />

supérieurs. Il se repose sur Saâd Bendidi,<br />

un technocrate qui parle le même langage<br />

que lui.<br />

Pourtant, Khalid Oudghiri connaît depuis<br />

plusieurs années le bras droit de Majidi,<br />

et la logique voudrait qu’il en soit donc<br />

plus proche. Car lors de son passage à la<br />

BMCI, il a croisé non seulement Mustapha<br />

Bakkoury, mais aussi Hassan Bouhemou.<br />

Celui-là même qui, dit-on, l’a repéré et<br />

ramené pour prendre les rênes de la<br />

BCM en janvier 2003, alors qu’il était<br />

responsable de la zone Moyen-Orient au<br />

siège de BNP-Paribas à Paris. Celui-là<br />

même également qui a été chargé de le<br />

remercier. Nul doute que Khalid Oudghiri<br />

a dû commettre un autre faux-pas, il n’a<br />

pas choisi les bons alliés. D’ailleurs, en<br />

évoquant cette nébuleuse, une source<br />

proche du dossier finira par dire que<br />

«parfois l’on croit se reposer sur un ami,<br />

et il vous poignarde dans le dos».<br />

l’encontre des orientations stratégiques<br />

de son actionnaire? Mais tout de même<br />

est-ce un péché dans l’ère d’ouverture<br />

que nous vivons de dénoncer des irrégularités<br />

et des comportements indignes<br />

de certaines institutions? En définitive,<br />

l’affaire des «intérêts français» révèle une<br />

nouvelle fois les limites d’un modèle de<br />

gouvernance où l’on met en concurrence<br />

la raison d’Etat et les affaires privées.<br />

Au-delà des dégâts collatéraux que cette<br />

affaire a créés, avez-vous déjà entendu<br />

dire que les affaires du Roi d’Espagne,<br />

ou encore celles de la Reine d’Angleterre<br />

ou de Hollande -pays où la démocratie<br />

n’est plus à construire-, étaient mêlées à<br />

un quelconque incident diplomatique? La<br />

raison est simple. Prendre des positions<br />

économiques frontales pourrait fragiliser<br />

leur crédibilité et leur impartialité. Une<br />

position qui va à l’encontre de tout principe<br />

de bonne gouvernance d’une institution,<br />

voire d’un pays. ■<br />

94 Economie & Entreprises n°94

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