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LE MONDE CHANGE

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LES RÉFORMES À MENER POUR LA FRANCE DE DEMAIN Il s’agit aussi de permettre aux Européens, en particulier les jeunes, de travailler partout en Europe. Si l’orientation, l’offre de formation et le contenu des diplômes relèvent du domaine national, l’Europe peut et doit offrir des perspectives : avec par exemple le développement et la généralisation du projet Erasmus apprenti expérimenté en France. En ce qui concerne le détachement des travailleurs, c’est un dispositif sain et essentiel à la multiplication des échanges. La France à elle seule détache plus de 120 000 travailleurs dans les pays frontaliers. Cependant il faut mieux l’encadrer, au niveau national et européen, pour lutter contre le travail illégal et contre les contournements à la législation sociale du pays de destination. La liberté de circulation, principe fondamental de l’Union, est remise en question en raison de la crise migratoire sans précédent que connaît l’Europe. Pourtant c’est aussi l’une des réalisations concrètes les plus appréciées, sans parler du coût économique qu’engendrerait un retrait. Face à l’urgence de la situation – en 2015 plus de 1,5 million de migrants ont franchi les frontières externes de l’Union – il convient de reconstruire un espace Schengen durable. Il est essentiel de répartir la charge des migrants entre les États membres et d’inscrire la question des migrants dans une politique globale et équilibrée sur le long terme. En parallèle, les contrôles aux portes de l’Union doivent être renforcés, en améliorant notamment les moyens de Frontex 39 . RENFORCER LA COMPÉTITIVITÉ EUROPÉENNE Alors que l’Europe représente 7,3 % de la population mondiale et produit 23 % des richesses mondiales, elle supporte 40 % des dépenses de protection sociale. Cependant des poches de pauvreté et des difficultés subsistent. Cela pose en premier lieu la question de l’efficacité des dépenses publiques. C’est un défi qui se présente à chacun de nos pays et en tout premier lieu à la France. L’Europe souffre aussi d’un déficit de compétitivité par rapport à ses grands concurrents mondiaux. À commencer par le coût de l’énergie européenne, nettement plus élevé que celui des États-Unis. Pour réduire cet écart de coût et sécuriser les approvisionnements à moyen et long terme, il s’agit d’assurer une meilleure coordination des stratégies énergétiques nationales, des réseaux, des mécanismes de soutien financier, une meilleure gestion des pics de consommation et d'améliorer l’indépendance énergétique de l’Europe. L’environnement réglementaire européen doit être simplifié en commençant par la suppression d’une réglementation ancienne dès lors qu’une réglementation nouvelle est adoptée (règle du « one in, one out » ). Il est indispensable de veiller à proposer des mesures allégées pour les PME et les ETI, et à publier des études d’impact avant d’adopter toute nouvelle proposition. Enfin, il ne saurait y avoir au niveau européen de nouvelles contraintes allant au-delà de celles existant dans les autres zones concurrentes sous peine de réduire la compétitivité des entreprises européennes. 39. Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l'Union européenne. 155

LES POLITIQUES Le financement des entreprises européennes doit être facilité, ce qui passe par la concrétisation du marché unique des services financiers et de l’union des marchés de capitaux. L’union bancaire est déterminante pour renforcer la confiance dans l’attractivité du territoire européen. En revanche, toute nouvelle taxation des transactions financières, comme toute mesure pénalisant les activés du secteur (Bâle 4 ou Solvency 2 40 ) constitueraient une menace sur le financement des entreprises en Europe. Pour favoriser la croissance et l’emploi, il est urgent de finaliser le marché intérieur en ouvrant à la concurrence les services publics - télécommunications, énergie, transports ferroviaires -, en mettant en place un marché unique du numérique et une politique européenne de lutte contre les pratiques anticoncurrentielles (abus de position dominante, ententes, aides publiques, renationalisation des politiques, barrières non tarifaires). Pour rattraper le retard pris par l’Europe en matière de recherche et d’innovation par rapport aux États-Unis et à la Corée du Sud, l’Union européenne doit favoriser les investissements en R&D. Il faut également créer un cadre favorable au financement des start-up en soutenant le capital-risque européen et en facilitant l’introduction en bourse des jeunes entreprises innovantes européennes. Il importe en même temps de renforcer les pôles industriels en pointe dans les domaines de l’électronique, de la robotique, des smart-grids et de promouvoir les industries exploitant les technologies comme le cloud, le logiciel embarqué et le big data. Enfin, nous devons susciter plus d’investissements, en commençant par lever les obstacles à l’investissement. Le plan Juncker (Fonds européen d’investissement stratégique) représente un effort utile : il doit être rendu plus efficace notamment par le biais d’une meilleure association des régions à sa mise en œuvre. OUVRIR L’UNION EUROPÉENNE À LA MONDIALISATION, SANS NAÏVETÉ Alors que 90 % des marchés du futur sont situés hors de l’Union, l’Europe reste le premier exportateur mondial. Afin d’être sur un pied d’égalité avec leurs concurrents des autres continents, en matière de réciprocité, de régulation et de protection du marché intérieur contre la concurrence déloyale, les entreprises françaises ont besoin d’une politique commerciale européenne renforcée. Cela passe, entre autres, par la poursuite des négociations en cours sur le Traité de partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP), la mise en œuvre de l’accord avec le Canada (CETA), la conclusion d’un accord global ambitieux mais équilibré avec le Japon, la mise en place d’une nouvelle méthodologie anti-dumping, la négociation d’un futur accord UE-UK préservant les échanges commerciaux et les échanges de travailleurs entre les entreprises malgré le Brexit. De manière générale, les pays membres de l’Union européenne et les membres du G20 doivent saisir l’opportunité du prochain G20 en Allemagne, en 2017, pour manifester leur unité et faire avancer deux thèmes nouveaux : d’une part, la nécessaire convergence réglementaire au niveau mondial sur les conditions de mises sur le marché des produits et services en défendant un juste équilibre entre la protection des consommateurs et la préservation de l’environnement – qui sont non négociables – et la capacité d’innovation de nos entreprises qui ne l’est pas moins ; d’autre part, la contribution positive des entreprises européennes à l’accélération du progrès social au travers de la diffusion des bonnes pratiques qui sont les leurs. 40. Réglementation visant respectivement un encadrement du système bancaire international (Bâle 3) et une réforme européenne du monde de l’assurance. 156