PEEL n°11

magazinepeel

Création & culture de Reims et d'ailleurs

ultiver la curiosité

Dans un monde gagné par la « trumpisation », où règnent l’ignorance, la superstition, la peur

de l’autre et la réaction face au progrès, Peel vous propose d’espérer et de rêver encore, pour

quelques mois au moins. Dans ce numéro, nous vous invitons alors à repenser les espaces architecturaux

avec les designers Sabina Lang et Daniel Baumann et à redonner ses lettres de noblesse

au métal, sans âge, brut, avec le plasticien Richard Serra qui, après avoir investi Berlin avec son

Block for Charly Chaplin et Bilbao avec The Matter of Time, expose au Palais du Tau à Reims.

Et puisque le corps est aussi une riche matière première artistique, vous pourrez découvrir, en

compulsant les pages qui suivent, le travail plasticien de la Compagnie Gisèle Vienne, qui vous

laissera sans voix. Nous vous conterons ensuite, en encre synthétique, puisque nous sommes à

l’orée de la parution de son 3 e album, l’œuvre de Yuksek, le talentueux et prolifique compositeur

rémois qui contribua à faire sortir la cité des sacres de sa léthargie musicale avec feu le festival

Elektricity qu’il créa et ses compositions musicales pop, dancefloor ou cinématographiques.

Et puisque la ville de Reims continue à s’investir à son rythme dans la culture, vous pourrez

découvrir ici la graveuse Céline Prunas qui, notamment, après avoir exposé à proximité de Reims

dans le cadre romantique de l’Abbaye de Vauclair et à Reims même à la galerie 3W, revient dans

la capitale du Champagne pour une exposition institutionnelle au Cellier, d’art à la fois moderne

et modeste. Evidemment, à la lecture de ce périple aux confins de la création artistique, vous

pourrez, au moins virtuellement, vous sustenter de Sushis avec Matsuri et de Burgers avec Sacré

Burger, chacun perpétuant dans son domaine un savoir-faire de cordon bleu incontesté, revisitant

une cuisine simple et populaire. Ils sont rejoints dans cette confrérie des faiseurs de bonne

chair par les cordons bleus primés par le Champagne Taittinger sur lesquels vous lirez quelques

lignes ci-après. Nous vous inviterons par ailleurs, en sortie de cette rabelaisienne orgie, à envisager

autrement la rue et ses acteurs, en photographies avec La Salle d’attente. Après avoir remercié

les nombreux partenaires qui ont permis la publication de ce onzième numéro, nous vous offrons,

sur près de 50 pages, ce nouveau Peel pour une fin d’hiver toute en curiosité culturelle.

Le magazine Peel est édité

par Belleripe SARL.

Tous droits réservés.

Toute reproduction, même

partielle est interdite, sans

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Le magazine Peel décline

toute responsabilité pour

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gratuitement dans 150 points

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Magazine à parution

bimestrielle.

EN COUVERTURE

Open #2

© Lang / Baumann

ÉDITEUR / Dir. de publication

Benoît Pelletier

rédacteur en chef

arts / musique / édito

Alexis Jama-Bieri

directeur créatif

Benoît Pelletier

RÉALISATION GRAPHIQUE

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08 / grand peel board

10 / peel good

14 / Au rendez-vous

des tabliers brodés

16 / L'invitation

au voyage

lang / baumann

24 / léve-toi et pense

25 / céline prunas

gravures et légendes

29 / laurent durupt

30 / matsuri story

34 / dans la caverne

de yuksek

40 / Kazuyuki Tanaka

contributeurs

44 / quand les fils

se coupent

gisèle vienne

ALEXIS

JAMA-BIERI

dirigeant culturel

Reims

BENOÎT

PELLETIER

directeur créatif

photographe

Reims

Anne De La

Giraudière

Journaliste

REIMS - PARIS

46 / " AU-DELÀ

DE LA FORME "

MINIMAL MAXIMAL

48 / sacré burger

AGATHE CEBE

rédactrice &

journaliste freelance

REIMS

Jérôme

Descamps

réalisateur

& montreur de films

Reims

NICOLAS

DAMBRE

journaliste & auteur

Paris

JUSTINE PHILIPPE

journaliste

REIMS

Hélène Virion

chercheur en Arts

& photographe

REIMS

SYLVÈRE

HIEULLE

OVNI (& accessoirement

photographe)

Reims


8 évènements à ne pas rater

en FÉVRIER - MARS

QUOI VANAVARA,

spectacle de fin d'études

de la 28 e promotion

du Cnac. Gaëtan

Levêque / Collectif AOC

Quand Le 19 et le 20

février.

Où Au Manège

de Reims.

: Qui sont-ils ces

nouveaux venus de

la piste ? Le spectacle

de la 28 e promotion

du Cnac de Châlons-en-

Champagne s’attache

à cette découverte.

www.manege-reims.eu

QUOI 1977-2017.

Le Centre Pompidou

à 40 ans !

Quand Cette année.

Où Partout en France.

: Expositions, spectacles

et rencontres, sont

présentés dans quarante

villes françaises,

en partenariat avec

un musée, un centre

d’art contemporain,

une scène de spectacle,

un festival…

www.centrepompidou.fr

© dr © Christophe Raynaud de Lage

QUOI Manger l’Aurore,

une idée originale

Louise Dupuis.

Quand Du 09

au 17 mars 2017.

Où À la Comédie

de Reims.

: Autobiographie d’une

orque tueuse. Un poème

animal et maritime.

www.lacomediedereims.fr

QUOI Une partie

de moi, exposition

de Dasz Panda.

Quand Du 02 février

au 06 mars 2017,

du lundi au jeudi

de 8h à 22h

le vendredi de 8h à 20h.

Où À la Bibliothèque

Universitaire R. de

Sorbon, Avenue François

Mauriac à Reims.

www.infoculture-reims.fr

© dasz panda

© dr

un objet(remarquable) / avec la MAISON DE VENTE CHATIVESLE

Encore une petite pépite dénichée dans les réserves de la maison de vente Chativesle : un stock de centaines

de vinyles vintage des années 70 & 80. Dans le lot, pas mal de raretés, tant visuelles que musicales. La bonne

nouvelle, c’est que vous allez pouvoir en faire l’acquisition, puisque tous ces disques seront dispersés à l’occasion

d’une vente qui se déroulera le vendredi 3 mars à 14h. Exposition publique le 2 mars de 17 à 20h.

Plus d’infos sur www.chativesle.fr


8 évènements à ne pas rater

en FÉVRIER - MARS

QUOI Les causeries

du Cellier, Philippe

Prost, portrait d’architecte.

Quand Le jeudi 09

mars à 18h30.

Où Au Cellier, rue

de mars à Reims.

: Échange / conférence,

en partenariat avec

la Maison de l’Architecture

de Champagne-

Ardenne.

www.infoculture-reims.fr

© dr

QUOI Julien Nédélec.

Quand Jusqu'au 15

mai 2017.

Où Artiste résident

au Frac.

: Julien Nédélec est

invité en résidence de

médiation dans le cadre

du PAG « Quand la

matière prend forme »

au Collège Trois

Fontaines à Reims.

frac-champagneardenne.org

© julien nédélec

QUOI " L'étrange

boutique de Miss

Potimary ", tome I

de Séverine Lefèbvre

& Ingrid Chabbert.

Quand Sortie

en janvier 2017.

Où Dispo dans toutes

les bonnes librairies,

notamment la Belle

Image !

: Une petite fille

curieuse trouve dans

une boutique particulière

une boîte intrigante

qui va la projeter dans

un univers alternatif.

www.editions-jungle.com

© dr

QUOI The Ventriloquists

convention

de Giselle Vienne.

Quand Du mercredi

08 au vendredi 10 mars.

Où Au Manège

de Reims, en partenariat

avec la Comédie

de Reims.

: L’atmosphère du spectacle

de Gisèle Vienne

immerge le public dans

un univers fantastique

et révèle un métier aux

marges du vrai et du

faux.

www.manege-reims.eu

www.lacomediedereims.fr

© Estelle Hanania

QUOI L’éloge de

l'heure.

QUOI Daniel Guichard

en concert.

Quand Le 17 mars

à 20h.

Où Au Kabaret,

18 rue Nicolas Appert

à Tinqueux.

: Après 2 ans, plus de

50 dates, des milliers

de spectateurs conquis,

Daniel Guichard

revient en 2017 avec

un nouveau spectacle.

le-k-reims.com

© dr

Quand Jusqu'au 30

avril 2017.

Où Site du

Grand-Hornu,

rue Sainte-Louise, 82,

7301 Hornu - Belgique

: Présentation d’une

sélection d’expérimentations

contemporaines

d’artistes et designers,

partageant le désir de

donner l'heure, de dire

l'inexorable temps qui

passe.

www.cid-grand-hornu.be

© Sandra Pointet, HEAD-Genève


Le 8 mars prochain, pour le 40 e

anniversaire de la Journée internationale

des droits des femmes,

l’association La Salle d’Attente

propose une exposition éphémère

de photographies dans les

rues de Reims. Associé à la ville

de Reims, ce projet est un partenariat

en préambule d’une autre

expo prévue en 2018 au Cellier.

« Je, Tu, Elle » mettra en lumière

des femmes photographes,

leurs interprétations graphiques

et intellectuelles du monde.

En attendant, cette association

bénévole, créée en décembre

2000, promeut l’art photographique,

à travers des expositions,

des rencontres, des publications,

et des happenings divers et

souhaite marquer son engagement

pour la cause des droits

des femmes. Elle propose une

opération d’une journée à grande

échelle, dans les rues de Reims.

Pour cela, La Salle d’Attente

a sollicité un public large et

intéressé. Professionnels ou

amateurs, 25 photographes ont

répondu à l’appel, en envoyant

pas moins de soixante-dix photos

libres de droits, portraits

ou symboles de féminité libre,

qui ont été sélectionnées pour

être « street collées » dans des

recoins choisis de Reims. Les

photos seront installées collectivement

et ensuite, laissées à

leurs durées de vie naturelle.

Cette initiative collaboratrice

est un engagement fort

et les organisateurs revendiquent

cette volonté de communion

artistique autour d’une cause

juste. L’opération Street Photo

incarne parfaitement cela :

images de femmes au hasard

des regards des passants,

pour une filiation pérenne

aux droits importants.

Ephémère

& solidaire

street

expo

photo

autour de

la Journée internationale

des droits des femmes

du 8 mars

i n f o r m a t i o n s : a l a i n c o l l a r d

e t m a r i e - h é l è n e h e u d e

f a c e b o o k : @ l a - s a l l e - d a t t e n t e


par

agathe cebe

Suspensions

hybrides

Comme promis, l’association Fugitive porte son

deuxième artiste sous les lumières de la Comédie

de Reims. Du 28 février au 2 juin 2017, Julie Faure

Brac installe son projet dans cet écrin d’art et

de béton. Son travail, du dessin à la matière, lie

l’humain à l’animal, dans ce qu’ils ont, chacun,

de plus semblable, de plus primitif. Il s’agit de moulages

de plâtres, recouverts de collages de papier

dessiné, et de matériaux organiques, poils, plumes.

Tous ces éléments s’alambiquent, s’imbriquent,

et se donnent à voir sous plusieurs angles.

Soucieuse des détails de son exposition, Julie Faure

Brac a proposé de suspendre ses œuvres avec des

gros câbles, au-dessus du Studio. Lieu de passage

mais aussi lieu de détente, le Studio permettra l’observation

de ces masses étranges, semblant flotter

entre sol et plafond. De la nudité humaine

au pelage animal, les œuvres suspendues inviteront

à la réflexion. La réflexion au sens propre, comme

face à un miroir ethnique et existentiel.

Ce travail atypique s’inscrit pleinement dans

la création de Julie Faure Brac qui s’inspire

de la filiation ancestrale, loin dans nos racines,

même jusqu’aux esprits qui rôdent autour.

Nous ne sommes jamais vraiment seuls, et,

à la Comédie, nous ne pouvons réellement définir

qui, des sculptures hybrides ou des visiteurs,

observe qui.

Vernissage : 28 février 2017, 19h.

Comédie de Reims – Chaussée Bocquaine - 03 26 48 49 10

www.lacomediedereims.fr

www.facebook.com/assofugitive

www.juliefaurebrac.com

« Et bien chantez

maintenant !»

La nouvelle super héroïne rémoise

s’appelle Stevie Wonder Women,

elle est musclée, elle chante juste, fort

et elle répète chaque mardi, de 19h

à 20h30, à la Maison Communale du

Chemin Vert. Sous l’initiative de Jazzus

et de Coccinelle Motel, dirigé par Marcel

Ebbers, le groupe vocal Stevie Wonder

Women est né début janvier, et, pour

établir son répertoire, pioche dans la

musique black américaine : Chet Baker,

Ella Fitzgerald, Prince, et of course

Stevie Wonder. L’objectif est de figurer

dans la prochaine programmation

de Jazzus, à partir de mai, et comme

il n’y a eu que trois répétitions depuis

la formation du groupe, les dernières

arrivées sont encore les bienvenues.

Seules conditions : être une femme,

donner de la voix, et ne pas avoir son

swing dans sa poche.

Facebook : @jazz.us.10 / jazzus.fr

03 26 40 90 69

Sens dessus dessous

Le trio rémois Judy, stimulant la scène

électro / pop, a récemment dévoilé son

nouveau clip, IN THE DARK. Extrait

de leur deuxième EP, OUPOS, ce titre

conjugue les basses lourdes avec des mélodies

caressantes. L’ensemble est porté à

l’écran par le musicien et réalisateur Yanis

à travers la performance chorégraphique

de Fabienne Haustant. Aveugle depuis

l’enfance, cette danseuse ne voit pas mais

vit le monde et particulièrement quand il

est traversé de sons et de musique. Son

corps semble absorber et nous renvoyer

au visage les basses ondoyantes, tout

en s’articulant des rythmiques tellement

propres au style de Judy. Une alliance

visuelle et auditive parfaite qui transpire

de l’aura fabuleuse de Fabienne, filmée

par Yanis, entre intimité et exhibition.

Le groupe a récemment participé

aux auditions des Inouïs du Printemps

de Bourges, à la Cartonnerie. Nous ne

manquerons pas de vous faire savoir s’ils

figurent parmi les lauréats. Bien qu’inouïs,

ils le soient déjà.

Judy : In The Dark

Facebook : @wearejudy

Caravane p(a)lace.

Le nouveau film d’Yvonne Debeaumarché,

Chacun cherche sa place, Une métaphore

foraine, entraîne le public dans l’intimité

d’une communauté multiple. Associés

à la fête, aux lumières clignotantes,

aux musiques fortes, à un franc-parler,

les forains révèlent, dans ce film, une

force fragile, tiraillée entre leur identité

ancestrale et leur métier sans cesse

réinventé. Il faut se faire une place dans

notre société en perpétuelle évolution,

parcourir les mêmes chemins, saison

après saison, et séduire toujours plus.

La concurrence est rude dans le divertissement

: les forains, au cœur de leur

cercle, le savent. Ils savent l’altérité,

ils savent la difficulté, mais ils savent la

passion. Ce film immerge les spectateurs,

du manège le jour, à la caravane la nuit

venue, du rire sensationnel au cri de rage.

Écrit et réalisé par Yvonne Debeaumarché,

et produit par MVC Films, ce film sera

diffusé sur France 3 Grand Est le lundi 27

février. Un voyage organisé entre bouleversement

et fascination.

Diffusion : France 3 – 27 février

après soir 3.


Art tissé

Du 27 janvier au 23 avril, le FRAC

Champagne Ardenne reçoit Caroline

Achaintre pour une exposition rassemblant

des travaux représentatifs de sa

dernière décennie de création, mais

aussi des œuvres récentes qui mettent

en évidence ses recherches actuelles.

Cette artiste éclectique, née en France,

formée en Allemagne et en Angleterre,

sait conjuguer différents médiums pour

arriver au juste point d’expression.

Même si tout part du dessin, entre

abstraction et figuration, la matière

est une expérimentation constante.

Ses canevas en toile et ses fils de laine

invitent la vue et le toucher. Ainsi, de

reliefs en jeux d’ombre, de masques en

tentures murales, d’aquarelles en linogravures,

Caroline Achaintre, pluridisciplinaire,

évoque un monde fantomatique

d’altérités à la fois étranges et familières.

Organisée par le BALTIC Centre for

Contemporary art, Gasteshead, l’exposition

de Caroline Achaintre séduit par ses

inspirations conservatrices de l’expressionnisme

allemand, mais ravit aussi par

sa culture contemporaine, plus colorée

et carnavalesque. Un univers surprenant,

en somme.

Infos : FRAC Champagne Ardenne

1 place Museux, à Reims

Caroline Achaintre, du 27.01

au 23.04 2017

www.frac-champagneardenne.org

family club

- nova villa -

9

Nova Villa s’illustre à Reims dans un accueil varié

du public, autour de spectacles qui promeuvent l’art

sous sa forme la plus aboutie, la plus humaine,

la plus authentique. Cette petite structure, où

s’agitent seulement quatre personnes, a tout d’une

grande. Mais sa pérennité laisse l’admettre

à quiconque en douterait.

Le spectacle vivant est au cœur de la programmation

de Nova Villa, et rassemble, dans un partage

choral, les familles au complet. L’art et la curiosité

comme meilleure école, c’est un peu le credo de

Nova Villa et, en amont, de Joël Simon qui, en directeur

attentif et attentionné, veut fidéliser ses publics

dans une relation de confiance et de plaisir.

Une fidélité de cœur, en somme.

Très présent sur la scène culturelle rémoise,

Nova Villa propose, toute l’année, des rencontres

d’auteurs, des lectures, des représentations de

musique / danse / théâtre, et s’inscrit également

dans des grandes manifestations interculturelles.

Véritable tremplin bienveillant, Nova Villa se

souhaite également mécène d’artistes encore en

rodage et d’auteurs en résidence, en soutenant leurs

projets. “Je remarque très vite un artiste habité.”

confie Joël Simon. Seul compte le plaisir de transmettre

des découvertes artistiques dont l’origine et

les mérites sont retracés avec beaucoup de détails.

Actuellement en lien avec les six autres grands

pôles culturels rémois (La Comédie, le Manège,

l’Opéra, Césaré, la Cartonnerie et le FRAC), Nova

Villa figure sur les programmes de Reims Scènes

d’Europe. Et à partir du mois de mars, Méli’Môme

réunira parents et enfants autour de l’émerveillement.

Joël Simon, complice, nous confie d’ailleurs ses

quatre prochains coups de cœur :

• Wolkertraüme (24-25 mars, Espace Thierry Meng),

danse à partir de 2 ans, pour éveiller tous les sens.

• Rumba (24-25 et 28 mars, Comédie de Reims),

théâtre et musique à partir de 13 ans, sur la famille

recomposée.

• 9 (5 avril, Opéra de Reims), danse à partir de 6 ans,

avec la performance de Cai Gloves, danseur sourd.

• Fussball mit Stilettos (6 avril, Espace Thierry

Meng), danse à partir de 15 ans, sur l’ambiguïté

de la recherche identitaire.

Save those dates !

Infos et réservations : Nova Villa - 03 26 09 33 33

www.nova-villa.com


truffe noire

du périgord, légumes, bouillon

par arnaud lallement

Recette pour 4 personnes

Temps de préparation : 35 mn

Temps de cuisson : 20 mn

Bouillon dashi

20 g de feuille de jumbo | 0,5 l d'eau | 40 g de bonite séchée |

1,5 g de poudre de dashi | 30 g de sauce soja | 3 feuilles

de gélatine

Faire bouillir l’eau. Ajouter les feuilles de jumbo, la bonite séchée

et la poudre de dashi. Laisser infuser pendant 20 mn. Passer au

chinois. Ajouter la sauce soja. Prélever un tiers du bouillon.

Réserver les deux autres tiers pour le dressage. Plonger les

feuilles de gélatine pendant quelques minutes dans une eau bien

froide afin de les réhydrater. Essorer avec les mains. Incorporer

au bouillon.

Truffe

75 g de truffe | 20 g de jus de truffe | 20 g d’eau

Couper 50 g de belles lamelles. Dans ces lamelles, tailler vingt

ronds de 4 cm. Disposer une lamelle dans le centre d’une demi

sphère de 5 cm puis plonger dans un peu de bouillon dashi tiède.

Avec les 25 g de parures de truffe réaliser une purée : cuire avec

le jus de truffe et l’eau pendant 10 mn. Mixer.

Légumes

10 g de navet long | 10 g de carotte | 10 g de poireau | 10 g de truffe

Eplucher la carotte et le navet. Tailler ces deux légumes, plus le

poireau et la truffe en julienne de 3 cm. Mélanger et disposer dans

la demi-sphère. Verser du bouillon dashi tiède par-dessus. Laisser

prendre avant de superposer deux demi-sphères l’une sur l’autre

pour former une boule.

L'hiver c'est la truffe

noire, c'est LE

produit de saison.

Elle se marie avec

tout et sublime

facilement chaque

produit. J'ai choisi

dans cette recette

de la l'associer

avec la douceur

des légumes.

Dressage

Disposer dans un bol une cuillère de purée de truffe chaude.

Ajouter la boule de légumes. Servir le bouillon dashi à table.

TRUFFE NOIRE DU PÉRIGORD, LÉGUMES, BOUILLON © Matthieu Cellard


le geste créatif

de Kazuyuki Tanaka

L’andouillette de Troyes

Par Christophe Thierry

Le geste créatif a une définition mouvante, je n’ai

pas la même définition aujourd’hui que lorsque

j’aurai 40 ans ou quand j’ai débuté. Je dis souvent

à ma femme, si je ne peux pas me concentrer

sur les détails, j’arrête. Il faut toujours être en

état d’éveil et de curiosité. En fait, il ne faut pas

trop réfléchir. Hier, je faisais un footing le long du

canal et je pensais au saumon, version Chinoise

ou Espagnole. Ce sont les produits qui me font

avancer, leur qualité, leurs couleurs, tout est bon

pour créer. Je respecte toujours les équilibres, si

je mets un plat léger, ensuite je vais mettre un plat

plus fort en goût, si je mets un plat acide, je ferai

suivre avec un plat plus doux et je terminerai avec

une proposition avec plus de peps. J’adore aussi

imaginer un menu avec des produits que les gens

n’aiment pas beaucoup à priori comme les escargots,

le lapin, les poissons de rivière, la banane,

tout cela pour les surprendre. En fait, je cuisine

au moment, je ne regarde pas le passé, j’aime

le futur. Les souvenirs sont essentiels, mais je suis

là pour aller plus loin.

Jérôme Descamps

Restaurant Racine, Kazuyuki & Marine Tanaka

8 rue colbert • 51100 Reims / 03 26 35 16 95

www.racine.re • restaurant@racine.re

Et dire que ce met délicat est le réceptacle de

tant de grivoiseries. Il faut dire qu’entre « tirée à

la ficelle » et « dressée main » elle attige un peu

le passant. Ici on convoque Rabelais, là on déblatère

sur sa taille (certaines ou certains en rêvent),

plus loin on évoque son odeur… tout le monde a

quelque chose à dire sur l’andouillette.

Il suffit pourtant de rencontrer M. Thierry pour

se convaincre de l’incroyable finesse de cet étendard

des maîtres-charcutiers et de la capitale

de l’Aube. À Sainte-Savine, dans sa jolie boutique

aux lettres à la feuille d’or, la famille vous reçoit

et Christophe Thierry vous enthousiasme en évoquant

son chef-d’œuvre.

La recette simple

de Kazuyuki Tanaka

LE MAQUEREAU

D’abord un bon produit, je choisis

le maquereau. Vous faites mariner

un peu les filets de maquereau dans

une sauce soja. Puis un aller-retour

dans une poêle avec quelques gouttes

l’huile d’olive. Dès qu’ils sont colorés,

vous servez en nappant avec une sauce

composée d’huile d’olive, sauce soja,

cébettes ciselées, vinaigre balsamique

et poivre du moulin. Un chaud-froid

maritime en habit asiatique.

« De Troyes », parce qu’elle ne contient que

du porc, de l’estomac (la panse) et de l’intestin

(le chaudin) qui viennent de Mayenne, M. Thierry

est sourcilleux sur la qualité des éleveurs et des

abattoirs, non mais. Le tout est blanchi dans

l’eau bouillante puis détaillé en lanières de même

longueur. Viens l’assaisonnement, muscade, sel,

poivre, épices et compotée d’oignons, moutarde

et vin blanc. Bien badigeonnées, les lanières sont

regroupées en forme hélicoïdale sur la table

de travail pour les entourer d’une ficelle

(Ah, cette fameuse ficelle !) et les tirer pour

les insérer dans un boyau d’intestin, la robe.

Cette technique ancestrale permet une texture

onctueuse et souple, une mâche agréable.

Et hop, c’est parti pour une nuit de cuisson

à basse température dans un court-bouillon fait

de bouquet garni, oignons et poireaux.

Quand elle arrive chez vous, le plus simple est

le meilleur, réchauffez-là doucement dans une

poêle avec un peu de beurre, dès coloration,

dégustez. Les pommes sautées sont le complément

idéal de ce repas avec une bonne salade

verte croquante (pas en sachet, hein ! choisissez

une batavia ou une laitue rouge, épluchée main

elle-aussi, on peut même rajouter une gousse

d’ail). La question qui tue : mais comment avonsnous

eu cette idée folle d’inventer l’andouillette ?

Infinité de l’imagination humaine ! J. Descamps

Charcuterie Thierry

73 av Gallieni – 10300 Sainte-Savine - 03 25 79 08 74

On peut aussi trouver l’andouillette de Christophe

Thierry à la charcuterie Herbin de Reims

" Ceci n’est pas

un bouquet ",

mais une création de Marie

Guillemot, une fleuriste

(qui " ne voulait pas faire

fleuriste " cf Peel 8)

à la démarche singulière,

spécialiste du pas de côté

végétal. Nouvelle invention

de Marie pour ce

numéro 11 qui « dématérialise

» le support

du végétal, avec cette…

cascade de fleurs.

www.marieguillemot.fr


Les Caves du Boulingrin :

c’est un lieu moderne,

chaleureux. Les

serveurs ont un côté

chic-décontracté,

une volonté d’Arnaud

Suisse, qui aime le

naturel. S’il a ouvert

son restaurant il y a

peu - le 14 novembre

2016 - Arnaud Suisse ne

manque pas de projets.

Il aimerait un lieu où

l’on puisse boire, manger,

mais aussi faire la

fête. Quelques travaux,

sur lesquels nous

garderons pour l’instant

le secret, ont été

lancés, et une nouvelle

carte, visant à amener

les clients, sans trop les

brusquer, vers d’autres

modes de consommation,

vient d’être créée,

en collaboration avec

son chef Jean-François

Szpak. Arnaud Suisse

défend et reconnait

les charmes de l’agriculture

biologique

et du végétarisme,

mais il ne veut à aucun

prix transformer ces

valeurs en carcans.

En cuisine, la liberté

vient avant tout !

« Café du samedi », « menu du marché »:

on trouve, dans les noms que vous choisissez,

une envie de vivre au jour le jour,

de choisir les produits en fonction de ce

qui se passe autour de vous !

Je tiens à travailler avec des produits

frais et locaux. Mon chef de cuisine,

Jean-François, a été cuisinier aux

Crayères, à l’Assiette Champenoise,

au Grand Cerf et il aime les produits

nobles. Dans la nouvelle carte, qui

changera tous les deux mois, nous

avons prévu du homard, du carpaccio

de saumon, de la sole meunière…

Je travaille avec des producteurs qui

respectent l’environnement et au restaurant,

je dis à mes trois cuisiniers : « si

vous pouvez de temps en temps réaliser

nos plats avec des produits bios, faitesle

! » Nos frites, cuites dans de l’huile

de bœuf, sont faites maison, et ont un

petit côté caramélisé. Et dans l’un de

nos desserts, le Nutella va être remplacé

par une pâte à tartiner sans huile de

palme. Jean-François est chef-pâtissier,

tous les desserts sont donc réalisés au

restaurant.

Le bio et le végétarisme, est-ce des

vœux de votre clientèle ? Ou l’un de vos

souhaits ?

Etant moi aussi un consommateur,

je m’informe et j’avoue que les reportages

sur les abattoirs me choquent.

Je ne suis pas là pour perdre de l’argent,

restaurateur est mon gagne-pain, mais

si nous pouvons en gagner en faisant

du bien, je trouve cela mille fois mieux.

J’ai envie d’amener les gens vers le bio.

Par ailleurs, nous avons déjà un plat

végétarien sur la carte, et bientôt un

deuxième. Il n’y a pas de raison que

ceux qui choisissent de ne pas manger

de viande aient un choix restreint.

Finalement, vous désirez qu’il y en ait

pour tous les goûts ?

Oui, ici, on peut venir manger de bons

produits, boire un verre dans une

ambiance détendue. C’est une cuisine

bistronomique, aux prix abordables

- la carte propose un panel de plats

de 14 à 40 euros - comme il y a dans

le 12 ème arrondissement de Paris, à

L’Ebauchoir, avec une ambiance familiale,

sympa, et des plats travaillés.

Parlez-nous un peu de vos soirées

dédiées aux champagnes !

On m’a plusieurs fois dit que je faisais

revivre l’ambiance qui régnait au Hall

Place le samedi matin,

et j’en suis très content.

Il est vrai que nous

disposons d'un lieu

" historique ", l’un des

plus beaux locaux Art

Déco du Boulingrin.

Nos soirées champagne

avec ambiance musicale

auront maintenant lieu toutes les deux

semaines. L’une des dernières mettait

à l’honneur le champagne de mon

père, Alain Suisse. C’est un champagne

que je connais bien. Et dans un futur

proche, j’aimerais aussi faire découvrir

les champagnes de Frédéric Savart, de

Pascal Doquet à Vertus, et de Georges

Laval, mon oncle par alliance !

Quelle sont les spécialités des Caves du

Boulingrin ?

Les ravioles de champignons mais

également, pour ce qui est des desserts,

les macarons : c’est la spécialité de Jean-

François. Mais la brioche de « Céline »,

émulsion Carambar, est aussi très

appréciée de nos habitués.

f a c e b o o k . c o m / l e s c a v e s d u b o u l i n g r i n /

2 3 b i s r u e d e m a r s

p l a t s d e 1 4 à 4 0 e u r o s

La liberté

du goût

d’Arnaud Suisse

aux " caves du boulingrin "

© benoît pelletier

texte

Justine Philippe


LA

CARTONNERIE

H I V E R M M X V I I

DANS CE CAS-LÀ, J’RAMÈNE TOUS MES AMIS

LELELA

P E T I T B I S C U I T

C O C O O N

GENERAL ELEKTRIKS

PETER HOOK & THE LIGHT

K E R Y J A M E S

LEE FIELDS AND THE EXPRESSIONS

JAZZ CARTIER I THUNDERCAT

LAMBCHOP I TEENAGE KICKS #3

PETER PETER I BIG ROOM UNLTD#8

ANGEL CITY RECORDS REVUE

LES INOUÏS DU PRINTEMPS DE BOURGES

REIMS SCÈNES D’EUROPE I GOGO PENGUIN

ON A DIT ON FAIT UN SPECTACLE

C O M P L E T

ET TELLEMENT D’AUTRES CHOSES ENCORE

LA CARTONNERIE

scène des musiques actuelles i reims

84 RUE DU DR. LEMOINE 51100 REIMS I T. 03 26 36 72 40

WWW.CARTONNERIE.FR

LACARTONNERIEDEREIMS

@ C A R T O R E I M S


AMATEUR ÉCLAIRÉ

Au rendez-vous des tabliers brodés

Christian donnet,

lauréat du concours culinaire

Taittinger des Cordons Bleus

epuis 2009, le concours culinaire Taittinger

des Cordons Bleus récompense des cuisiniers

amateurs, passionnés de pianos de cuisson. En

octobre dernier, Christian Donnet, 52 ans, a remporté

ce challenge prestigieux. Après avoir été sélectionnés

en septembre, lui et son bel accent du Gers sont

venus sur Reims, pour une finale de haut niveau dans

les cuisines des Crayères.

Christian Donnet a commencé la cuisine en 2005,

pour vivre mieux, pour manger sain. Les livres de

recettes se sont logés à son chevet. Et les concours

l’ont ensuite naturellement intéressé, en national,

et en international. Plus que l’adrénaline, Christian

Donnet confesse que ses participations étaient souvent

motivées par les paris lancés par ses amis restaurateurs.

L’humeur était donc toujours bon-enfant,

même si l’objectif restait la victoire. Aussi, il a participé

six fois au concours Taittinger, a été sélectionné

quatre fois, est allé trois fois en finale, et a terminé

INSERTION

deux fois second, une fois vainqueur. C’est une pyramide

de persévérance et de succès. Christian Donnet

n’a pas démérité.

Cette année, le thème, filet de cœur de bœuf entier,

JNG

pommes de terre et sauce au vin, lui a inspiré une

recette qu’il a répétée chez lui sans relâche, avec la

complicité d’amis goûteurs. La nuit précédant le

concours, nuit sans sommeil, lui a fait réviser mentalement

sa recette, encore et encore. Et en rentrant

dans sa cuisine, pour quatre heures d’épreuve,

toute pesanteur de stress disparaît. Le chef Mille

n’est jamais loin, bienveillant mais impitoyable,

et assiste à la naissance d’un bœuf Wellington, champignons

de Paris et champignons des bois, jambon

de Bayonne, le tout dans une pâte feuilletée, pommes

de terre Anna, comme un petit biscuit, carré et non

rond « comme cela se fait habituellement », purées

chou-fleur/pomme de terre et céleri rave/pomme

de terre, sauce au vin et au chocolat. « Et je pense

que cette sauce m’a fait gagner. C’est la réelle réussite

du concours. » Humble et touchant, Christian

Donnet parle de cette recette comme d’une orfèvrerie

délicate et méticuleuse. Il évoque avec une

nostalgie heureuse le rapport de confiance entre

lui et les chefs accompagnateurs qui, soucieux de

la réussite de leurs cordons bleus, les encadraient,

souvent silencieux, toujours attentifs, jusqu’à un

aboutissement, un dépassement de soi. Les précédents

échecs de Christian Donnet n’étaient jamais

que des possibilités renouvelées de se remettre en

question, de trouver des parades, des astuces, pour

aller au plus près de la perfection, du beau et du bon,

dans la confection et dans le dressage. Nul doute

que l’attention portée à chacun des candidats par

Taittinger et les cuisiniers étoilés porte aux nues la

passion, le plaisir, et ne laisse aucune place à la désillusion.

Au contraire : la persévérance est le moteur

essentiel de ces concurrents épicuriens et altruistes,

par nature. La cuisine est un art qui ne prend sens

que dans le souci de l’autre. Et ce mécénat élégant de

la grande maison Taittinger élance ces amateurs dans

la confiance de leurs atouts.

D’ailleurs, consultant informatique de formation,

Christian Donnet aspire désormais à se reconvertir.

Bien entouré par ses amis restaurateurs et traiteurs,

il pense louer de la vaisselle et tout autre équipement

nécessaire aux belles réceptions. Rester dans le

domaine de la cuisine, de près ou de loin. Il avoue,

d’ailleurs, qu’un des plaisirs fondamentaux de la victoire

au concours Taittinger est sa petite notoriété

éclose. Fruit d’un pari avec un ami, il a récemment

pris les rênes de son restaurant, le temps d’un soir et

de 43 couverts. Une reconnaissance qui fait écho à la

consécration du 16 novembre dernier quand, invité à

la finale internationale du concours Taittinger pour

les professionnels, Christian Donnet a tenu dans ses

mains la coupe désormais gravée à son nom, parmi

les autres noms des gagnants depuis 2008, et où de

nombreux grands pontes de la cuisine sont venus

le saluer personnellement. Sortir de l’anonymat des

fourneaux familiaux, c’est l’adoubement rêvé et fantasmé,

c’est la (re)naissance dans une famille passionnelle.

Depuis, Christian Donnet a partagé avec ses amis,

soutiens de la première heure, les bouteilles de champagnes

offertes par Taittinger. « Mais je garde le Jéroboam

pour une occasion particulière ! ».

Il continue de partager ses plaisirs culinaires sur son

blog, et à travers des démonstrations, lors de festivals

de cuisine par exemple. Il ne ferme pas la porte

aux concours, au contraire, mais se laisse le temps de

faire mitonner ses envies et sa compétitivité chaleureuse.


AMATEUR ÉCLAIRÉ

p r i x c u l i n a i r e . t a i t t i n g e r . f r

b l o g d e c h r i s t i a n d o n n e t

4w w w . a m b i a n c e s c u l i n a i r e s . f r

texte

Agathe Cebe


ART CONTEMPORAIN

L'invitation

au voyage

En bas de la rue

comme au bout

du monde, les

œuvres du duo

Lang / Baumann

nous invitent au

dépaysement, au

jeu ou à la contemplation.

Découvrons

leur univers à la

frontière entre art,

architecture et

design à quelques

pas de Reims ou

dès l'été prochain

au Havre.

abina Lang et Daniel Baumann forment depuis 1990

le duo d’artistes suisses Lang/Baumann qui de Tokyo à

La Havane perturbe le quotidien par une dose d’extravagance.

Entre architecture, sculpture et design, ils nous invitent à modifier

la perception que nous avons du monde qui nous entoure.

Pour cela, de l’espace public aux galeries d’art, ils interviennent

directement sur le lieu qui les accueille. Par des œuvres très colorées

ou aux dimensions souvent monumentales ils détournent

et questionnent le quotidien, son architecture et ses objets.

Leurs œuvres protéiformes attirent immanquablement le regard

et insufflent au cœur de la ville des pans de street painting,

des excroissances et des microarchitectures aux formes invraisemblables.

Par ces structures éphémères ils nous convient

l’espace d’un instant, celui du temps que l’on accorde à l’œuvre,

à reconsidérer la ville et à poser un regard poétique sur ce qui

nous entoure. Par ces œuvres aux noms souvent éloquents, à

l’instar de Beautiful Steps, Beautiful Bridge, ou de Beautiful Corner,

ils nous invitent à reconsidérer la beauté du monde. Par ces

formes géométriques qui s’incrustent dans l’espace urbain, par

ces structures gonflables accrochées à la façade d’immeubles,

Lang/Baumann nous convient à l’étonnement, à l’émerveillement

au coin de la rue.

Pour la Biennale internationale d’Arts de 2015 le duo a réalisé

en plein cœur de La Havane, une installation éphémère qui ne

pouvait qu’attirer le regard des passants. Au détour d’une rue du

centre historique les habitants ont pu découvrir sur la façade du

Metropolitana Building, une œuvre gonflable monumentale qui

épousait les formes du bâtiment. L’installation intitulée Comfort

#14 composée de 5 tubes blancs de 30 m de long, s’étendait en

effet du 5 ème au 7 ème étage. Comment alors ne pas être subjugué

par cette excroissance gonflable visible à des kilomètres ?


6

ART CONTEMPORAIN

_Comfort #8 © Sabina Lang et Daniel Baumann


ART CONTEMPORAIN

Avec Beautiful Steps #2, 2009 cette fois, ce sont les habitants de

Bienne en Suisse qui ont trouvés leur quotidien perturbé. Face

à cette œuvre dont le titre nous convie à la délectation, nous

ne pouvons nous empêcher de redouter le pire. Entre rêverie

et crainte, l’œuvre installée sur le palais des congrès perturbe

nos certitudes par une illusion d’optique. Certes, la structure du

bâtiment couverte de verre donne une impression d’immensité,

bien plus forte que les 50 mètres qu’elle mesure en réalité. Mais

ils jouent surtout de ce trouble en réduisant l’échelle des portes,

comme de l’escalier pour accentuer plus encore la démesure.

Face à cette installation qui surplombe le vide, nous sommes

pris de vertiges.

L’enjeu est bien différent dans l’œuvre plus ancienne

Dreamgames, 2001. L’illusion d’optique laisse ici place à un

dérèglement des signes et des règles. Sur la

pelouse du stade de football du Dynamo Kiev

en Ukraine, le duo perturbe les règles établies

en entrelaçant les lignes au sol. Le marquage

du terrain se transforme en un rendu graphique.

Par l’œuvre signée Lang/Baumann, les

différentes surfaces s’entremêlent en volutes.

Le jeu est perturbé dans ses règles, le stade

dans ses usages.

Par des formes éphémères émergeant sur les espaces préexistants

de notre quotidien, les œuvres du duo viennent à notre

rencontre. À l’occasion d’une incitation artistique, ils questionnent

le rapport que nous entretenons avec notre environnement.

Ils modifient l’expérience que nous avons de la ville, en

mêlant à l’intimité de notre quotidien trouble et extravagance.

Allons à notre tour à leur rencontre pour en savoir plus sur ce

binôme qui parvient toujours à nous surprendre et qui laisse

planer sur lui un certain mystère.

À l’heure de la production à grande échelle, vous faites le choix

d’œuvres monumentales réalisées de manière traditionnelle.

Dites-nous en plus sur vos secrets de fabrication…

Nous pensons et dessinons à deux nos projets. Puis dans une

volonté d’inclure d’autres acteurs et de maîtriser toutes les

étapes de réalisation, nous faisons appel à une petite équipe

d’assistants et de spécialistes avec qui nous travaillons pour la

plupart depuis de nombreuses années. Le choix de vivre et de

travailler dans une petite ville, nous permet

également, en plus de disposer d’un grand atelier,

d’être à proximité de nombreux artisans

locaux et de profiter de techniques innovantes,

de moyens de production industriels. Le bonheur

est d’ailleurs de pouvoir se rendre dans

ces différents lieux à vélo.

Votre approche de la création est singulière car

Alors que plus près de Reims, à Chelles, les

lignes disparaissent au profit de la couleur.

Le binôme Lang / Baumann questionne lors

d’une exposition personnelle un espace d’art

atypique. Pour Open #2, 2014 ils créent par un

long couloir un trait d’union entre les deux églises, Sainte-Croix

et Saint-Georges. Par un long corridor l’installation traverses

ces deux anciens lieux de culte, sans aucune rupture entre les

deux églises. En y pénétrant le spectateur perd tout repère, pour

laisser place à une expérience immersive. Le jaune puissant de

l’œuvre le happe, et la lumière éblouissante du bout du tunnel

l’attire. Capté par la lumière, tel un papillon de nuit, il se dirige

vers l’extérieur, puis appelé par la couleur, il pénètre à nouveau

l’espace. Dans ce va et vient entre intérieur et extérieur, il déambule

dans l’œuvre et en apprécie ses dimensions et nuances colorées.

Il laisse place à une autre dimension divine, celle de l’art.

elle lie à une dimension humaine une certaine

forme d’onirisme. Pourriez-vous évoquer plus

précisément l’importance de cette seconde

dimension dans vos œuvres ?

Nous voyons notre travail comme une rêverie

_Beautiful Walls © Lang / Baumann

susceptible de prendre vie l’espace d’un instant

sur le lieu de notre intervention. Ce pourquoi nous nous intéressons

particulièrement aux réalités alternatives, aux fictions,

aux images surréalistes et subversives qui questionnent le réel.

L’idée est de rendre le contexte de notre intervention 1 _ et l’œuvre

indiscernables durant un court laps de temps.

Vous allez intervenir au Havre pour les 500 ans de la ville. Pourriez-vous

nous dévoiler quelques indices sur l'œuvre monumentale

qui nous attend là-bas?

Fascinés par l'uniformité de l’architecture de la ville du Havre,

nous avons imaginé une structure qui échappe aux lignes architecturales

définies par Auguste Perret. Nous allons installer

sur la façade de la Porte Océane, du côté du front de mer,

une microarchitecture rectangulaire et blanche. Son volume cubique

sortira d’une fenêtre du bâtiment et en épousera les formes.


ART CONTEMPORAIN

1 _Beautiful Steps © Lang / Baumann

2 _Comfort #14 © Lang / Baumann

3 _Beautiful Walls, 2012 © Lang / Baumann

82 _

3 _


ART CONTEMPORAIN

_Dreamgames, 2001 © Lang / Baumann


0

ART CONTEMPORAIN


ART CONTEMPORAIN

_Street 1 © Lang / Baumann

Elle émergera du côté nord et s’élèvera au dessus de la façade

avant de redescendre pour disparaître dans deux autres fenêtres.

Telle une pince monumentale dessinée dans le ciel, elle

reliera deux appartements sur différents étages. La fonctionnalité

de la structure restera par contre un mystère. Cacherait-elle

un possible passage secret ?

Pour nous donner des envies d'ailleurs, vers quelle destination

lointaine devons-nous réserver notre prochain billet d’avion pour

découvrir les œuvres à venir du duo Lang/ Baumann?

Dès cet été vous pourrez découvrir l’une de nos œuvres à la

Triennale de Valais en Suisse. Puis plus près de Reims, nous

réaliserons cet automne une peinture permanente sur la façade

récemment rénovée du Confort Moderne, lieu phare de la

scène culturelle de Poitiers. Et pour finir en 2018 vous pourrez

découvrir l’une de nos créations à Washington pour le Musée

Hirshhorn. À vous de choisir votre destination !

l a n g b a u m a n n . c o m

texte

Hélène Virion


2


BRÛLOT

Il est des bouquins dont on doit parler

en pesant nos mots : Minute est un livre

qui met la pression et qui n’admet pas

la niaiserie, ni la médiocrité. Le pitch

est assez simple : une minute avant la

victoire présidentielle de la candidate

du Front National, en France. Une

petite minute. Un compte à rebours

assez anodin où souffles coupés flirtent

avec palpitations cardiaques. Que se

passe-t-il dans la France qui a voté

bleu, a voté blanc, a voté rouge ?

Ce roman fait écho à leur premier

livre, Burn Out (2015, Seuil), où la

violence du désespoir explosait au

visage du lecteur. Dans Minute, les

membres disloqués d’une France

abasourdie tremblent sous la fierté

de ceux qui pensent avoir voté juste.

C’est manichéen. C’est un cri dans une

pièce aveugle et feutrée. « Quand nos

épaules sont abaissées, on en profite pour

nous monter sur le dos » confie un des

personnages du roman.

Lève-toi

et

pense

Mehdi et Badrou écrivent à quatre

mains ce roman construit sur une

polyphonie de monologues intérieurs

durant le 19h59 le plus long du peuple

français. La minute morcelée. La

pluralité des voix qui s’offre aux lecteurs

résonne comme un chœur antique,

dans une tragédie usée. Et le petit

citoyen qui sommeille en nous redoute

que cette fatalité ne soit bien réelle.

Par fatalité, entendons-nous bien.

Même si les couleurs politiques de

Mehdi et Badrou sont sans équivoque,

il n’est pas question dans ce livre de

polémiquer. Il s’agit plutôt de mettre au

jour l’autre fatalité, celle du peuple, celle

de sa voix perdue et étouffée. Badrou se

dit « orphelin »* de discours politique.

Et Minute est un appel à se relever de

cet écrasement de babillages médiatiques

sans aucun lien avec la réalité

du terrain, de notre terrain. Comment

s’intéresser au monde à travers ce

que nos écrans nous donnent à voir ?

Comment se sentir à satiété après avoir

été nourris d’abstrait, de non-sens ?

Les personnages de Minute cherchent

du sens. Badrou le précise « On est

cinglants et dépités… Mais on croit aussi

qu’une lumière pourrait venir de notre

génération. Dans nos mots, il y a une

volonté d’ouverture. »*

Pourtant, Mehdi et Badrou font de la

désillusion une force. Badrou note que

ce livre est un « appel à se ressaisir, à

travailler notre curiosité, à participer au

monde, à attraper ses beautés. »* tandis

que Mehdi ajoute qu’il est urgent de

« créer des communautés intellectuelles,

(…) de transformer la colère et la violence

en réflexion, en art, en écriture. »*

Leur jeunesse, leur fraîcheur, leurs yeux

grands ouverts sur le monde doivent

servir d’exemple pour les générations

qui entrent dans l’âge adulte, déjà abattues

par les dettes éthiques et sociales

de leurs aînés. Leur cerveau est leur

arme de destruction massive.

Minute envoie des papillons dans le

ventre de notre conscience citoyenne.

Il est le roman de la France debout,

non-violente, intelligente, chrono en

main : des minutes, il y en a plusieurs

par jour. Mais il en suffit d’une pour

tout changer. Dans un sens comme

dans un autre. Il s’agit désormais

de faire la différence, de choisir où

concentrer nos efforts. Et commençons

déjà par éteindre nos télés.

(*) propos tirés du numéro 1105

des Inrockuptibles.

m i n u t e , r o m a n d e m e h d i m e k l a t

e t b a d r o u d i n e s a i d a b d a l l a h

2 0 1 7 , s e u i l

texte

Agathe Cebe


4

EXPO GRAVE RÊVEUSE

1_« La Montagne » 1/20

100 x 70 cm, Linogravure 2016

sur papier Velin d’Arches 300g

© Céline Prunas

2_« La Forêt » 9/15

100 x 70 cm, Linogravure

2015 - 2016 sur papier Velin

d’Arches 300g © Céline Prunas

3_« La Plaine » 1/20

100 x 70 cm, Linogravure 2016

sur papier Velin d’Arches 300g

© Céline Prunas

1_

2_

3_

Céline prunas Gravures et légendes

Brune aux yeux vifs et passionnée par son art,

Céline Prunas est toute nouvelle dans l’univers

délicat de la gravure. Et il y a, sur toutes ses

toiles, une pureté de lignes, un bouillonnement.

Elle mêle l’animal à l’humain et à côté

de ces êtres étranges, mais captivants à détailler,

on retrouve Prométhée, Dédale et Icare,

les anges déchus et quelques autres réminiscences

d’époques et de cultures antérieures.

Céline Prunas s’amuse de constater que

certains y trouvent des références auxquelles

elle n’avait pas songé : mais comment ne

pas penser à Charybde et Scylla à la vue de

deux rochers pointus en pleine mer, ou à Eve

lorsque nos yeux rencontrent une jolie guenon

tenant une pomme à la main ? Son exposition

au Cellier nous réserve bien des surprises.

Quand avez-vous commencé à créer ?

Ma mère dirait : « depuis toujours » !

Quand j’étais petite, je suis rentrée au

Conservatoire et j’ai commencé à jouer

du violon. La musique me plaisait mais

je passais davantage de temps à dessiner

et à lire. J’adorais ça. Finalement, c’est

en quittant le collège que s’est concrétisée

ma passion pour le dessin, lorsque

j’ai été acceptée en bac STI Arts Appliqués

au Lycée Chagall.

Votre coup de foudre pour la gravure a

eu lieu il y a peu, non ?

Oui, il y a deux ans, je suis tombée

amoureuse des odeurs du lino

et de l’encre. J’étais aussi sous le charme

des outils : en particulier des gouges

- ces petits ciseaux à bois incurvés, qui

permettent d’enlever de la matière -

texte

Justine Philippe


EXPO GRAVE RÊVEUSE

Céline prunas / Gravures et légendes

_« La Mer » 1 er état, tirage d’essai, 120 x 220 cm, Linogravure 2016 © Céline Prunas


EXPO GRAVE RÊVEUSE


EXPO GRAVE RÊVEUSE

mais également de la presse.

C’est pourquoi j’ai voulu, dans une

partie de cette exposition, rendre

hommage à ces outils et à ces matières.

Jasmi Wargnot m’a accompagnée

pendant un an pour les photographier.

C’est votre grand-père qui vous a « insufflé

la passion et le respect de la terre »:

comment s’y est-il pris ?

En vrai Sarde, mon grand-père disait :

« je m’en fiche d’avoir une maison,

mais nul n’est un homme s’il n’a pas

de terre ». Dès que j’ai eu 4-5 ans, nous

partions dans les champs à 4h du

matin, avant qu’il ne fasse 40°.

On ne se parlait pas beaucoup, mais ce

simple rapport à la terre me plaisait.

Il y avait quelque chose de sacré à s’occuper

de ses haricots, de ses tomates,

de ses olives. Et autour de nous, je me

rappelle qu’il y avait toujours plein de

petits animaux : des scorpions,

des serpents, des sauterelles.

Nous étions plus naturellement portés à

les regarder qu’à vouloir les écraser.

Vous avez, dans vos créations, gardé

ce rapport serein au monde…

Oui, j’aime parler du rapport de

l’homme à l’environnement, mais

jamais via la violence : je ne veux montrer

ni guerres, ni cadavres.

Lors d’une exposition à la Fileuse, j’ai pu

admirer votre homme-cerf. Comment est

née cette œuvre ?

C’est une œuvre qui n’a, dès le départ,

pas été pensée toute seule. Je voulais

faire une série sur les milieux - la

plaine, le désert, la montagne, la forêt -

avec, pour chaque milieu, une créature

emblématique. L’homme-cerf, aux

pieds placés comme ceux d’un danseur,

est le roi de la forêt, il symbolise la

renaissance, la vie, la force.

Dans vos créations, les singes sont très

présents. Ils vous inspirent ?

Les singes m’attirent car ils sont intelligents,

sociables, sensibles. L’une de mes

séries, réalisée en monotype, représente

des mères orang-outan, chimpanzés, ou

gorilles, avec leurs petits. J’ai voulu faire

d’elles des sortes de vierges à l’enfant.

Elles sont très protectrices.

Sont-ils dessinés d’après nature ?

J’ai beaucoup de livres sur les animaux,

et je vais aussi chercher des images à

droite à gauche. J’ai déjà dessiné d’après

nature - notamment pour certains animaux

communs comme le corbeau et

le rouge-gorge - mais comme je n’aime

pas trop les zoos ou les cirques, cela ne

m’arrive pas souvent.

Votre exposition a pour titre « Anima

mundi ». Comment l’âme du monde se

révèle-t-elle à vous ?

À mes yeux, elle est partout : dans le

minéral, l’animal et le végétal. Toutes

les matières terrestres sont liées, que

l’Homme le veuille ou non. S’il brise

un équilibre, les choses peuvent mal

tourner !

" a n i m a m u n d i " d u 1 3 / 0 1 a u 5 / 0 3 2 0 1 7

m o n o g r a p h i e c e l i n e p r u n a s

t e x t e s b é a t r i c e m e u n i e r - d é r y

p h o t o g r a p h i e s d e j a s m i w a r g n o t

l e c e l l i e r , 4 b i s r u e d e m a r s

c e l i n e p r u n a s . w i x s i t e . c o m / b o o k

_ Le Cellier / Vue de l’exposition ANIMA MUNDI © Moussi Nassim

_ Atelier à La Fileuse, Friche artistique de Reims © Moussi Nassim

_ Atelier à Aqua forte © Moussi Nassim


8

MUSIQUE CONTEMPORAINE

LAURENT

DURUPT

Accueillir un artiste en résidence

est un engagement.

C’est l’accompagner dans

sa création, en englobant

un projet de bienveillance.

Depuis plusieurs années, Césaré

s’illustre dans ce domaine et

reçoit actuellement, en résidence

longue durée, Laurent

Durupt, pianiste, compositeur

et performeur scénique.

Et pour mutualiser les moyens

de créer, ces résidences organisent

des partenariats avec

d’autres structures du territoire

régional. Aujourd’hui, Laurent

Durupt bénéficie de cette

résidence croisée entre Césaré

et la Comédie de Reims.

Musicien aux pôles créatifs divers,

Laurent Durupt peut, dans ces conditions

mener plusieurs projets de front,

avec cette particularité de travailler des

formats musicaux toujours différents.

L’objectif précis et attentif est porté

sur la performance scénique : certes,

Laurent Durupt compose, mais surtout,

il offre à entendre sur scène. Son travail

de recherches se concentre beaucoup

sur un nouvel angle de représentation,

afin de repenser le concert traditionnel.

D’ailleurs, éclectique, sa formation

de pianiste classique ne l’a pas empêché

de se tourner, avec un vif intérêt expérimental,

vers la musique électronique.

Ces spectacles présentés à Reims en

sont les témoins directs.

En effet, afin de mettre en exergue le

travail fourni en résidence, Laurent

Durupt s’est produit début février

dans le cadre du festival Reims Scènes

d’Europe. Son spectacle « PrivEspace »,

présenté les 9 et 10 février au Cellier,

allégorise le concept de traçabilité

tellement propre à notre société, en

alliant musique et matériel d’audio /

vidéo surveillance. Quant à « Traversés

», toujours inspiré de notre actualité

sociale, sur le thème de la migration et

des repères identitaires, il s’agit d’une

performance plus narrative, mélancolique,

avec des interventions slamées.

Ce deuxième spectacle, mêlant cinéroman,

photographie et musique, a été

présenté à la Comédie de Reims ce 6

février dernier. Mais l’agenda rémois

de Laurent Durupt ne s’arrête pas

là. « Présage », performance sonore,

visuelle et chimique, hypnotisera son

public à la Comédie de Reims, le 17

mai prochain, dans le cadre du festival

The Magnifique Society, évolution

génétique d’Elektricity.

Pour ce dernier spectacle, Laurent

Durupt s’allie à Hicham Berrada,

et marque son enthousiasme : les

rencontres avec d’autres artistes lui

permettent d’inventer toujours plus

de nouveaux dispositifs musicaux.

Et cette curiosité insatiable est vraiment

sublimée par la résidence croisée.

Entre Césaré et la Comédie de Reims,

le champ des possibles est ouvert,

et les idées de performances se développent

et grandissent comme plantes

sous serre.

i n f o s e t r é s e r v a t i o n s

c é s a r é - 0 3 2 6 8 8 6 5 74

w w w . c e s a r e - c n c m . c o m

l a c o m é d i e d e r e i m s – 0 3 2 6 4 8 4 9 0 0

w w w . l a c o m e d i e d e r e i m s . f r

texte

Agathe Cebe

_© Marikel Lahana


CRÉATION & ENTREPRENEURS

MATSURI

STORY

rencontre avec

éric woog

pdg de

matsuri

Avant-gardiste, Matsuri a été

le premier groupe français de

restaurants nippons à comptoir

tournant d'Europe, avec un service

de vente à emporter et de

livraison à domicile. Un esprit

créatif insufflé par Éric Woog qui

a su surfer sur le phénomène de

la cuisine japonaise, entre héritage

gastronomique et comptoir

tendance d’aujourd’hui.

texte

Anne De La Giraudière


0

CRÉATION & ENTREPRENEURS

UN PARCOURS ATYPIQUE

Des rencontres, des opportunités, du flair, l’envie d’entreprendre

et le goût du challenge, tel est le cocktail qui a conduit Éric

Woog, 51 ans, à la tête de Matsuri, l’emblématique enseigne

de restaurants japonais à comptoir tournant. Rien ne destinait

pourtant ce chef d’entreprise au parcours atypique à s’orienter

vers la restauration. Né à Paris, il a commencé sa carrière aux

Etats-Unis dans le transport international. C’est là qu’il rencontre

Nicolas Mercier, directeur d’une petite boîte d’importexport

qui distribue des produits japonais en France. Là aussi il

assiste à l’explosion de la restauration japonaise à New York dès

la fin des années 80 alors qu’en France le sushi n’est encore qu’un

mets mystérieux venant de l’autre côté de la planète…

Convaincus du potentiel du marché de la cuisine nipponne

dans l’hexagone, les deux hommes s’associent et rachètent en

1996 le Matsuri, qui signifie « festival » au Pays du Soleil levant,

le premier restaurant japonais à comptoir tournant d’Europe,

situé rue de Richelieu, en plein cœur de Paris, doublé d’un

deuxième fond de commerce dans le quartier Montorgueil.

« Un concept très novateur bricolé par Philippe Leprêtre, un

ovni post-soixante-huitard marié à une Japonaise et aux intuitions

géniales. Outre l’idée du comptoir tournant, il a été aussi

le premier à mettre en place en 1988 une petite activité de livraison

à domicile, à une époque où le principe de la livraison à

domicile n’existait pas en France, mais le tout était géré de façon

assez folklorique ! » sourit Éric Woog.

DANS LA TENDANCE

« En 1996, le Matsuri n’est encore qu’une petite affaire qui vivote

et réalise 600 000 € de chiffre d’affaires par an. Notre objectif

alors n’était pas de capitaliser sur l’activité restauration mais de

développer une activité semi-industrielle de plateaux à destination

de la grande distribution » confie le PDG. Avec succès. Surfant

sur la tendance nipponne dans l’air du temps, Éric Woog

convainc des enseignes comme Monoprix et Flo tout en créant

des restaurants éphémères et en devenant le premier traiteurorganisateur

de réception japonaise à Paris. Dès 2001, le chiffre

d’affaires quintuple. Une euphorie de courte durée. Une législation

de plus en plus stricte pour restaurateurs et traiteurs

avec l'arrivée de l'agrément communautaire, et l’apparition de

la concurrence de gros groupes alimentaires pèsent sur l’essor

de l’entreprise. Mais le destin fait parfois bien les choses. Simultanément

deux investisseurs, l’un de Reims, l’autre de Rabat,

rachètent le concept du comptoir tournant en franchise tandis

qu’en parallèle Éric Woog saisit l’opportunité de racheter un

nouvel établissement japonais rue de Passy.

Dès lors, la conceptualisation de la marque Matsuri est en

marche. « L’année 2002 marque réellement la naissance du

concept Matsuri, axé sur le principe du comptoir tournant avec

une carte élaborée dans la tradition japonaise en restauration

assise, la création d’une enseigne, d’une charte et le développement

de plateaux à emporter ou livrés à domicile ». L’idée

originale et ludique des comptoirs tournants avec des assiettes,

de 2 à 5 euros pièce selon la couleur du liséré, qui défilent devant

le client fait florès. Le succès dépasse toutes les espérances

des fondateurs. « Cela a été l’émeute à Paris et Rabat, il y avait

des files d’attente incroyables à l’extérieur des restaurants » se

souvient Éric Woog. Alors que l’activité semi-industrielle fond

comme neige au soleil, la rentabilité en restauration explose.

LE GOÛT DU RISQUE

Dès 2007, l’entrepreneur passe à la vitesse supérieure et lève des

fonds pour créer d’autres établissements, structurer davantage

l’enseigne et recruter de nouvelles équipes. Avec 20 adresses

dont 15 en France, 1 en Suisse et 4 au Maroc, Matsuri devient

le premier groupe français de restaurants japonais à comptoir

tournant, avec un service de vente à emporter et de livraison

à domicile. « Matsuri a été avant-gardiste, le précurseur de la

vogue de cette gastronomie nippone en France. Avec une règle :

ne pas devenir le Pizza Hut du sushi ! Cela se traduit par la créa-


CRÉATION & ENTREPRENEURS

tivité de notre concept, l’innovation architecturale de notre

identité visuelle dès nos débuts et une carte exigeante en termes

de qualité, d'originalité et d'authenticité ». Autant d’ingrédients

qui permettent à Matsuri de gagner des parts de marché et la

reconnaissance des amateurs de la cuisine japonaise. Mais le

développement d’une marque n’est pas toujours un long fleuve

zen. En 2011, le groupe souffre à la fois de la crise de la consommation

des ménages et de la démocratisation, en France, de la

cuisine japonaise qui ne cesse de se banaliser tant en restaurant

qu'en livraison à domicile, en vente à emporter et dans

la grande distribution.

Une nouvelle fois, Éric

Woog retrousse ses

manches et n’hésite pas

à réinvestir 10 millions

d’euros en fonds propres.

Libéré du fonds d'investissement

présent au capital

et dont il a repris les

parts, actionnaire unique

depuis décembre 2014,

le PDG décide de réaménager

son endettement,

exclusivement financier, à

ses capacités contributives

en 2015. Une procédure de

sauvegarde est adoptée par

le Tribunal de commerce

de Paris et acceptée par les

Croze »

créanciers un an après l'été

2016. Tout impact négatif

sur l'activité a donc été évité

et les résultats du groupe

se sont améliorés : Matsuri affiche une croissance de 3,8% à

périmètre constant depuis.

LA MATSURI TOUCH

« Ce n'est pas parce que le pays vit une crise qui s'accompagne

d'une baisse dans notre profession que le marché est arrivé à

saturation, explique Éric Woog. Cette restauration bénéficie de

tendances favorables, liées notamment à l’évolution des modes

de consommation. Mais il était vital de franchir encore une

étape en termes de créativité. » Passionné d’architecture, Éric

Woog fait appel au duo d’architectes franco-japonais Hiroko

Le chef que vous admirez le plus : « Nobu

Matsuhisa qui a exercé une influence créative

majeure sur la gastronomie japonaise »

Votre boisson favorite : « le saké »

Le plat japonais que vous préférez :

« le tataki, l'art du cru et du cuit réunis »

Les architectes qui vous inspirent :

« Frank Gehry, le Finlandais Alvar Aalto

ou encore le Japonais Kengo Kuma »

Une ambiance musicale pour vos restaurants

?: « Je préfère privilégier la dégustation

et la conversation dans mes restaurants.

À titre personnel, j’aime bien Pauline

Kusunoki et Nicolas Moreau pour réaliser une nouvelle charte

architecturale qui privilégie un environnement chaleureux et

zen. « À la différence d’autres acteurs de la cuisine japonaise, je

voulais un vrai concept de restauration assise, dans une atmosphère

qui invite à la détente et au partage » insiste le président

de Matsuri. Le mobilier en bois clair, les lames en chêne sur

les murs et au plafond dessinent des lignes pures et douces,

accentuées par des éclairages créés pour valoriser les produits

sur le convoyeur et diffuser une lumière tamisée. Quant au

confort acoustique, il est particulièrement soigné grâce à l'utilisation

de fibres de bois qui

permettent de réduire le

volume sonore et de limiter

la réverbération. Cette

créativité s’exprime aussi

dans l’assiette évidemment.

Élaborée par des

chefs japonais et le chef

français Guillaume Libert,

la cuisine s’appuie sur le

respect des produits et

sur l’authenticité avec une

vraie recherche de réappropriation

de classiques

gastronomiques japonais

tout en misant sur la diversité

des plats, chauds et

froids, avec un renouvellement

de la carte de 20%

tous les ans.

« Développer une marque

et la faire vivre, entraîne

une succession d’expériences,

d’apprentissages et de défis à relever » souligne Éric

Woog qui prépare également le futur de l’enseigne. Aujourd'hui,

le groupe compte 20 établissements dont 14 en propre, 270 collaborateurs

et réalise 21,5 millions d'euros de chiffre d'affaire

avec un ticket moyen entre 20 et 22 euros.

« Matsuri est un concept qui plaît, une entreprise avec un fort

potentiel de développement notamment sur les grandes agglomérations

françaises mais aussi sur le marché européen. »

En 2017, le PDG se lance un nouveau défi : trouver un groupe

auquel s’adosser pour ouvrir une nouvelle page de l’histoire

Matsuri. Infatigable on vous dit !

w w w . m a t s u r i . f r


2

CRÉATION & ENTREPRENEURS

Légendes de gauche à droite de haut en bas

_Nouvelle charte architecturale, Matsuri rue de la Boetie

Paris, 2012

_Le comptoir tournant - kaiten - et le défilé d'assiettes

_Matsuri, premier restaurant, rue Richelieu, Paris, 1986

_Sushi man à Matsuri Lyon Part Dieu, 2016

_Matsuri, premier restaurant, rue Richelieu, Paris, 1986

_Matsuri, documents de communication, 1986


démiurge musical

Dans la caverne de

Yuksek


4

démiurge musical

Ascenseur, escaliers. Noir, blanc. Petites boîtes

lumineuse marquées SILENCE en rouge.

Long couloir droit, quelques marches, couloir

courbe, une porte blanche, un sas, un nouveau

couloir, quelques marches, une seconde porte,

une large pièce aveugle habillée en partie de

lames de bois verticales, lumière douce, son mat,

ouaté, une cabane. 11 claviers, un piano quart de

queue, des synthés, des enceintes, des câbles,

un ordinateur, des consoles. Antre de quelque

démiurge. Oui, je sais je suis chez Winslosw Leach

le compositeur fou d’amour de Phantom of the

paradise (Brian de Palma – 1974).

Quel est ton rythme de travail, ta méthode ?

Je travaille tous les jours, je fais des journées de bureau (rires).

J’adore travailler le matin, je fais rarement de pause-déjeuner.

Je suis producteur c’est à dire que je travaille aussi pour les

autres. Pour ma musique, je l’enregistre, je la mixe,

le seul truc que je ne fais pas c’est la toute dernière étape,

le mastering. Je rapproche plus mon travail de l’artisanat,

je passe beaucoup de temps en faisant plusieurs choses à la fois,

c’est un travail besogneux. Je n’ai pas l’inspiration qui me tombe

du ciel, je la vois plus comme une épreuve de long terme.

Je n’arrive pas au studio avec une chanson dans la tête, tout

vient au fur et à mesure, je vais me mettre devant un synthé,

faire des boucles et quelque chose vient malgré moi, c’est un

puzzle qui prend forme. Ce n’est pas très réfléchi, consciemment

en tout cas.

_© Jérôme De Gerlache

texte

Jérôme Descamps

portrait

Benoît Pelletier

reportage

Vincent Van Der Hedde

Comment définirais-tu le projet Yuksek ?

J’ai des envies multiples. Parfois, je travaille sur des trucs très

abstraits, très technos, très durs dans une période où je n’ai

pas du tout envie de ce genre de musique, du coup je les mets

de côté en me disant que peut-être je retraverserais un mood

comme ça.

C’est comme ça aussi pour le ciné, je fais des grilles d’accords,

des enchaînements, des trucs avec des violons, ça ne me servira

pas pour « Yuksek », mais ça me servira sûrement un jour. Pour

la musique du film de Valérie Donzelli Marguerite et Julien, au

générique, c’est marqué Pierre-Alexandre - Yuksek - Busson,

mais à terme, Yuksek n’a pas de raison d’être au générique d’un

film, surtout pas là où c’est un score de musique baroque avec

un orchestre symphonique.


démiurge musical

Sur d’autre projets, j’avance un peu masqué. Par exemple,

l’année dernière j’ai sorti un maxi underground, pas du tout

commercialisé et de toute façon sous un autre nom, c’est un

projet que je souhaite continuer.

Comment gères-tu tes multiples envies ?

J’ai monté un label (Partyfine Music). La façon de diffuser la

musique fait qu’aujourd’hui je peux faire un morceau et le

sortir demain ou tout du moins dans deux semaines. Je fais

vraiment ce que je veux, je suis mon propre éditeur, je n’ai aucune

contrainte. Cependant, avoir un nom connu ça enferme.

Les gens n’aiment pas trop être surpris, les spectateurs comparent,

préfèrent tel album ou tel autre, ils sont en attente, c’est

une pression. J’ai fait des trucs qui marchent sous le nom Yuksek,

mais j’accepterais sans problème de repartir à zéro sous un

autre nom et sans pression.

Que dirais-tu de ton rapport aux images, aux clips en particulier ?

En fait, je trouve le clip compliqué. Ça ne marche pas quand

c’est que de l’image, parce que ça peut devenir chiant, et si c’est

trop un court-métrage, s’il y a trop de sens, ça ne marche pas

non plus car l’histoire prend le pas sur la musique. Il faut trouver

un juste équilibre.

J’ai toujours délégué ça pour le meilleur et pour le pire, au total

j’ai fait une dizaine de clips mais jusqu’à maintenant il n’y a pas

vraiment de cohérence. Pour mon nouvel album, les morceaux

vont à peu près dans le même sens, il y a un côté plus lumineux,

plus généreux, plus dans le partage, j’avais envie d’avoir

des clips qui veulent dire des choses donc je me suis plus investi.

Pour Sunrise, je l’ai fait avec un copain réalisateur, Jérôme de

Gerlache. Nous avons écrit ensemble, mon idée était de scénariser

ma présence, ça me faisait rire d’être là sans être là.

Faire un clip coûte une fortune, je trouve ça souvent pas très

justifié alors que les clips les plus intéressants sont souvent les

moins chers parce qu’il y a eu une idée simple et forte et que

les mecs l’ont développées sans forcément avoir les moyens. Par

exemple, je suis assez proche de Rubin Steiner, il vient de sortir

son nouvel album et a fait un clip, Uranus Samba, avec le

chorégraphe Daniel Larrieu, ce sont juste des superpositions du

danseur devant des fonds de couleur qui changent, ce n’est que

visuel mais il y a une vraie démarche. Je trouve ce clip très beau.

Dernièrement, je suis un peu copain avec l’astronaute

Thomas Pesquet. Il s’est envolé avec mon dernier

album et a tourné des images sur le morceau

Live Alone dont les paroles sont assez en phase avec

ce qu’il est en train de vivre. On a fait un parallèle

entre nos deux expériences, Jérôme a tourné des

images ici et fait le montage et Thomas a fait des

images dans la station, c’est assez joli.

Yuksek montre la dernière version du clip sur son smartphone.

Début de la diffusion, arrêt, le réseau fonctionne mal,

« j’ai même pas de 3G !! »

Quel ton rapport avec le cinéma ?

Je ne me considère pas du tout comme un cinéphile, je vais très

peu au cinéma, je n’ai pas une culture pointue, j’aime garder

un côté Candide. Ce que je trouve intéressant dans la musique

de films c'est qu'elle fait partie du film, elle nous porte. Quand

c’est mauvais on s’en rend compte, si c’est bon on ne doit pas

vraiment y penser. Ou alors, il y a des gestes artistiques comme

chez Ennio Morricone ou la BO de Hans Zimmer pour Interstellar

qui est complètement folle et prend parfois le pas sur le

film. Globalement, c’est plus des mecs comme Cliff Martinez

avec Steven Soderbergh ou Gustavo Santaolalla avec Iñárritu,

qui m’intéressent. Ils sont vraiment dans l’accompagnement,

le travail des ambiances. Peu de réalisateurs laissent une belle

place à la musique et nous laissent nous éclater.

Pour le film de Valérie (Donzelli), on n’est pas allé dans un

geste artistique dément. Ça m’a éclaté d’enregistrer un orchestre

symphonique, mais la proposition n’est pas excessivement originale.

Sans doute parce que le film avait trop de couleurs, une

époque très identifiée et un propos sombre, ce n’est pas Marie-

Antoinette de Sofia Coppola où on mélange l’Histoire et un côté

frivole. Dans Marguerite et Julien, il n’y a pas grand-chose de

rigolo, le décalage ne marchait pas. À la base, nous étions partis

sur des ambiances plus mélangées, plus électronique, plus

bizarres. En parlant avec Valérie avant le tournage, j’avais fait

deux thèmes à la lecture du scénario et on était plutôt content

tous les deux, enfin tous les trois avec Jérémy Elkaïm qui est

très investi dans ses films. On se disait que c’était le bon mood.

_© Thomas Pesquet


6

démiurge musical


démiurge musical

Yuksek revient en bande

On l’avait un peu perdu de vue

depuis son second album, paru

en 2011. Yuksek a depuis collaboré

avec le monde du spectacle et du

cinéma, pour lesquels il a composé

plusieurs musiques et bandes

originales. Le jeune musicien a

également développé depuis 2013

son propre label, Partyfine, avec

des artistes comme Tepr, Juveniles

ou Jean Tonique.

Sont attendus en 2017 les albums

de Get a Room! Et Week end Affair.

Et c’est en bande que Yuksek

revient pour son troisième opus.

« Nous Horizon », les anglo-saxons

ne comprendront peut-être pas

tous le jeu de mots mais sans

doute le clin d’œil à ces groupes

cold wave télescopant dans leur

nom anglais et français. Cinq ans

après son très pop et très sombre

« Living on the Edge of Time »,

Yuksek semble vouloir se tourner

vers des ritournelles funk et disco

lumineuses et hédonistes.

Ce précédent album avait été

entièrement écrit, interprété,

chanté, produit et enregistré

par lui-même, après d’impressionnantes

tournées. Pour ce

nouvel opus, le « nous » est de

rigueur. Pierre-Alexandre confie :

« Musicalement, c’est un album

plus généreux, plus ensoleillé,

plus collectif. En cinq ans, j’ai

élargi mon horizon, j’ai rencontré

beaucoup de personnes, j’ai fait

pas mal de voyages à titre personnel

tout en étant plus souvent

chez moi. » Chez lui, c’est aussi et

surtout dans ce studio caché dans

un lieu connu de tous les rémois.

On y trouve les vieux claviers

analogiques et numériques que

collectionne depuis des années

Yuksek. Ici sont venus enregistrer

la plupart des acteurs de cette

aventure collective, comme le

fidèle parisien Kim, Roman Rappak

du groupe anglais Breton

ou Monika, la populaire chanteuse

grecque, récemment convertie

à la disco. « Je cherchais une

voix un peu androgyne, avec une

fausse nonchalance très maîtrisée.

Her a également collaboré

sur deux titres, je les connais par

Juveniles, d’autres rennais, dont

j’avais produit le premier album. »

Les titres sont plus épurés

qu’auparavant, les rythmiques

mélangent batterie et boîtes à

rythmes. Yuksek s’est souvenu

de sa fascination, alors qu’il débutait,

pour des DJ comme Trevor

Jackson, Yvan Smagghe ou James

Murphy. Le rémois s’est mis aux

claviers, à la basse, et même un

peu à la batterie.

Après une introduction façon

générique extatique (Golden

Hands), l’album se promène entre

balade balearic (Make it Happen),

variété légère (Sunrise) et disco

accrocheuse (Make it Easy,

Golden Age), toujours avec des

réminiscences electro, comme

sur le croisement pop et minimale

de Live Alone. Résolument pop,

cet opus propose des chansons

ensoleillées et insouciantes,

prêtes à être fredonnées lors

des prochaines vacances d’été.

Bricolage, assemblage, rencontres…

« Nous Horizon » n’en

demeure pas moins d’une grande

cohérence. Essai à transformer

sur scène. Yuksek sera là encore

(bien) accompagné : Her et

Monika au chant, JS de Juveniles

à la basse, Lucie de Moodoïd à

la batterie et Cyril de Week end

Affair aux percussions. Yuksek

a trouvé la bande originale pour

nous faire danser et lever les bras.

texte encadré

Nicolas Dambre


démiurge musical

Après deux semaines de tournage on a posé des musiques, on a

regardé et ça n’allait pas du tout, on était complètement d’accord

tous les trois pour dire que ça ne fonctionnait pas. Il y a une

vraie gravité dans le cinéma de Valérie mais sans un déluge de

pathos, la musique ne devait pas en rajouter à la tragédie, la musique

devait être illustrative, posée, accompagner la narration.

Comment envisages-tu le dialogue entre images et musiques ?

La musique doit accompagner le film ou évoquer un sens qui

n’est pas forcément dans les images. Ce qui est excitant c’est

quand le réalisateur a une envie qui n’est pas forcément celle induite

directement par les images. Pour moi, ce qui est essentiel,

ici comme dans mes autres projets, c’est de vivre de nouvelles

expériences, faire des trucs toujours différents, je crois que c’est

le seul moteur que j’ai. Je suis toujours hyper excité d’aller le

matin au studio, d’y passer dix heures et me dire Tiens, je vais

faire ça aujourd’hui que je n’ai pas forcément pensé hier.

As-tu un exemple de collaboration entre compositeur et réalisateur

qui t’intéresse ?

Lorsque j’ai commencé à composer pour le cinéma, je me

suis rendu compte que Soderbergh travaillait toujours avec le

même compositeur, Cliff Martinez. Pour Traffic, l’histoire n’est

pas sensationnelle mais toute l’ambiance du film est dans la

colorimétrie et dans les nappes de musique. Le film est dans les

rouges / ocres au Mexique et dans les bleus aux États-Unis et ça

se mélange un peu par moment. La musique n’est pas du tout

dans la performance, on est pas chez Morricone / Leone, on est

pas du tout dans la pop, dans le thème. Le compositeur se met

vraiment au service du film, il n’a pas de patte à proprement

parler, par contre, il est toujours juste dans le propos du film. Je

ne sais pas quel est leur processus de travail, je ne sais pas si c’est

Soderbergh qui a une impulsion ou s’il se repose sur Martinez,

mais ils sont totalement en phase.

Pour Iñárritu, une des musiques de film qui m’a le plus marqué

est celle de Birdman, c’est un enchaînement de solos de batteries

et rien d’autres, c’est hallucinant ! On est toujours au cœur de

l’action dans cet espèce de faux plan séquence et avec ces solos,

c’est hyper intense et ça marche complètement. Je ne sais pas qui

a eu cette idée, elle est géniale et là, pour le coup, c’est une vraie

idée. Je n’ai pas la mémoire d’un autre film construit comme ça.

Que penses-tu des Comédies musicales ?

À priori, je n’aime pas du tout ça, surtout les américaines, il y

a un truc too much. J’ai un profond respect pour les Grease et

West side story, mais moi, je ne peux pas, c’est trop. West side

story, c’est très beau, c’est un beau geste artistique, le propos est

super, ça a du sens, mais moi, ça ne me touche pas. C’est sacrilège

de dire ça, mais comme émotion de spectateur de cinéma

basique, ça m’ennuie, les numéros me sortent du film, je perds

la cohérence du projet.

Il y a moins ça dans l’approche française. Jacques Demy et

Michel Legrand arrivaient à créer des moments entre-deux, la

musique est tellement fine, sentimentale et minimale que du

coup, ça reste comme un geste mesuré. Je trouve toujours difficile

que des acteurs qui chantent restent dans le propos du film,

te tiennent malgré tout dans l’histoire qui est en train de se passer.

Dans les contemporains, il y a Christophe Honoré qui sait le

faire et qui arrive à ce que ce soit assez finement fait.

Un projet de comédie musicale pourrait-il te séduire ?

Si quelqu’un que je respecte un tant soit peu arrive avec un

scénario et que je pense que ça va être réussi, j’y vais, je fonce.

Je dirais oui tout de suite et puis je rentrerais chez moi en stressant

à fond et en me disant Je ne suis pas capable de faire ça et

puis je le ferais.

Tu veux le 06 d’Iñárritu ?

Et comment !

Le clip Live alone a chargé, on se penche sur le smartphone :

« Ce n’est pas exceptionnel en soit mais le fait de penser

que Thomas a fait ces images rien que pour nous,

c’est touchant. » Les couloirs défilent en écho aux boyaux

de la station spatiale, la terre bleue répond aux enceintes

noir et blanc, Yuksek sourit.

s o r t i e d e l ’ a l b u m n o u s h o r i z o n 2 4 f é v r i e r

c l i p s s u n r i s e e t l i v e a l o n e

s u r t o u t e s l e s p l a t e s - f o r m e s d e v i s i o n n a g e

m a r g u e r i t e e t j u l i e n

c o m p é t i t i o n a u f e s t i v a l d e c a n n e s 2 0 1 6

D V D , e d . w i l d s i d e

f a c e b o o k . c o m / y u k s e k /

s o u n d c l o u d . c o m / y u k s e k


RENCONTRE CULINAIRE

Kazuyuki

Tanaka

C’est la fin du service dans

le petit restaurant à étage près

de la place Royale, tout le monde

s’agite, les clients saluent le

chef, les cuisiniers savonnent

la cuisine pendant que Marine

Tanaka prépare la salle pour

le service du soir.

En attendant le chef, mon esprit

s’échappe vers ce que je sais

du Japon appris dans les films.

Je suis envahi par d’innombrables

images d’Ozu,

Mizoguchi, Kurosawa, Oshima

et, plus proche de nous, Kitano,

Myazaki ou Kore-Eda.

Des paysages de campagne

avec roseaux, des villes

énormes et inextricables,

des chevaliers et du sang,

de l’érotisme sauvage et

de la délicatesse des sentiments.

Je repense au « Quartier Lointain

» de Taniguchi et à « Manabé

Shima », livre coloré, drôle

et passionnant de Florent Chavouet,

jeune français en visite

dans la petite île de Manebeshima.

Tout un monde désiré.

Visage rieur, Kazuyuki Tanaka

est volubile, attentif, ses yeux

sont perçants, c’est un homme

curieux de tout, en action.

texte

Jérôme Descamps

portrait

Benoît Pelletier

photographies

Jean-Charles Amey


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RENCONTRE CULINAIRE

Les origines

Je viens de Fukuoka d’une famille

de cuisiniers, père et oncle officient

derrière les pianos. Mon frère est en

cuisine avec moi à Reims. Ce qui est

amusant c’est que ma belle-famille est

dans la cuisine aussi : ma belle-mère,

l’oncle de ma femme et sa grand-mère.

C’était mon rêve de venir en France,

celui de mon père aussi qui parle

le français. Il a acheté son billet d’avion,

il a tout préparé et, au dernier moment,

il a choisi d’ouvrir son restaurant au

Japon à l’âge de 27 ans. Il me disait,

« Peut-être que tes yeux auraient pu

être bleus si je m’étais marié avec une

française ».

Mon père fait une bonne cuisine avec

les techniques françaises et italiennes,

il a appris dans les grands hôtels,

il suivait mon grand-père qui était aussi

fasciné par la cuisine d’Europe. Toutes

les cuisines sont présentes au Japon,

cuisines chinoise, française, italienne…

Le meilleur restaurant c’est celui

de mon père parce qu’il mélange les

influences et que je sens tout, le goût

et le cœur. Chaque fois que je retourne

au Japon, je mange le riz au curry de

mon père. Du riz rond japonais avec

une sauce au curry à base de gingembre,

d’ail et de légumes.

Une enfance dans la cuisine du père

Quand j’étais petit, j’aidais mon père,

je lavais la vaisselle, je rangeais les

bouteilles vides et, pendant ce temps-là,

je regardais mon père cuisiner. Ça allait

vite, il faisait tout de mémoire, nous

avions 150 couverts à servir.

Progressivement, j’ai épluché les

légumes et les crevettes, je parais les

poissons. J’ai travaillé dans beaucoup

de restaurants étoilés à Fukuoka, Saga,

Tokyo, Osaka. Je n’ai pas fait d’école de

cuisine, en fait, je me fichais des études

et des diplômes, je voulais acquérir de

l’expérience.

Je n’ai pas travaillé dans le restaurant de

mon père parce que je voulais réaliser

son rêve d’aller en France et me marier

avec une française aux yeux bleus

(rires). Mon fils n’a pas les yeux bleus

mais bon… Je voulais aussi que mon

père entre dans mon restaurant.

Vers 18 ans, je trouvais important de

me projeter dans l’avenir et d’imaginer

ce que je devrais faire à vingt-cinq,

trente, quarante ans… Je me suis dis,

à vingt-cinq ans il faut partir pour la

France et à trente, ouvrir mon restaurant.

Pour la suite, tout est dans ma tête

mais je ne le dis pas (des étoiles passent

dans ses yeux).

Mon intermédiaire fut Mme Harumi

Osawa (Responsable du Centre culturel

de la gastronomie française au Japon)

qui connaît bien les chefs français

et des directeurs de salle. Je suis arrivé

« Chez Gill » (Chef, Gilles Tournadre),

un restaurant deux étoiles à Rouen,

puis un trois étoiles à Megève (« Flocon

de sel », chef, Emmanuel Renaut) puis

dans un une étoile à Dijon (« Auberge

de la Charme » à Prenois, chef, David

Zuddas) où j’ai rencontré ma femme,

en cuisine elle-aussi. Après tous ces

stages, je suis reparti au Japon et

j’ai demandé un visa de travail pour

la France. Quand je suis revenu, je

suis retourné à Rouen puis chez Régis

Marcon à Saint-Bonnet-le-Froid où

j’ai travaillé trois ans avec ma femme.

Marine Tanaka s’affairant : « il était trop

fort. J’ai fait mes études à Dijon et Kazu

me montrait beaucoup de techniques.

C’est en Normandie que j’ai trouvé

ma voie dans le service en salle. Je ne

supportais pas la pression des cuisines,

j’aime cuisiner tranquillement. En plus,

j’étais frustrée parce qu’en cuisine, on ne

voit pas le plaisir des gens. »

Reims

Je me souviens de mon premier voyage

ici, c’était l’hiver, je me suis senti bien.

Chaque ville a une odeur qui nous permet

d’imaginer une couleur différente.

Ici, il y avait des nuages clairs, j’ai senti

le blanc.

Ma ville d’origine, Fukuoka, c’est le

bleu, la couleur des petits cailloux

devant ma maison et aussi de la mer de

Genkainada.

Je suis venu plusieurs fois pour visiter

mes beaux-parents et j’ai commencé à

faire des stages aux Crayères et au Millénaire

puis j’ai travaillé aux Crayères

chez Philippe Mille en 2013.

Ensuite, je me suis dit que cette ville

n’était pas loin de Paris, qu’il y avait le

champagne et beaucoup de touristes

curieux, c’est un vrai potentiel. Depuis,

j’apprends la ville, je regarde, je rencontre

les fournisseurs.

Relations franco-japonaises

La cuisine classique française peut avoir

tendance à alourdir les plats, il y beaucoup

de cholestérol, beaucoup de gras,

ce n’est pas bon pour la santé. Il faut

faire les choses avec moins de beurre,

moins de crème. J’utilise les techniques

les plus simples de la cuisine japonaise

en respectant le goût des aliments, en

prenant soin de ne pas les appesantir.

Les sauces, par exemple, sont un

contrepoint, il en faut juste assez pour

compléter le goût.

Je ne pense pas beaucoup au Japon

quand je cuisine, mais ma base de

travail est le bouillon dashi (bouillon

traditionnel japonais à base d’algue

konbu et de pétales de bonite séchée)

auquel je peux ajouter parfois un peu

de tomates et un peu de sauce soja.

L’autre incontournable ce sont les

marinades. J’aime cuire les légumes et

les laisser mariner dans leur propre eau.

Chaque légume est cuit à part, s’il y a

dix légumes, il y a dix casseroles.

Je saisis chaque légume avec un peu

d’ail, un peu de thym et une goutte

d’huile d’olive, puis je couvre tout

juste d’eau et je cuis à l’étouffée.

Par exemple, pour les navets, je prélève

du jus de cuisson devenu un bouillon

très odorant puis je les laisse infuser car

lors du refroidissement, l’eau de cuisson

pénètre lentement dans les légumes

et intensifie le goût.

De l’Asie, j’utilise la citronnelle, les

feuilles de lime, le galanga, juste pour

explorer ce qu’on ne connaît pas. Si je

fais des classiques de la cuisine française,

les clients connaissent le goût à

l’avance, c’est moins excitant que la découverte,

l’important est de brouiller les

lignes. Comme je suis japonais, je peux

introduire des produits mal connus

ici pour surprendre les clients. Mais je

n’aurai pas envie d’ouvrir un restaurant

au Japon parce que j’aime les français,

ils aiment manger, ils aiment la cuisine,

ils sont gourmands, ils aiment passer

du temps dans un restaurant, pour

moi c’est important. Au Japon, les gens

sont trop sérieux, ils ne partagent pas


RENCONTRE CULINAIRE

leurs sentiments. Ici, vous mangez,

vous rigolez, vous discutez fort, vous

êtes très vivants et vous partagez avec

le cuisinier. La cuisine c’est beaucoup

de travail, le partage est essentiel, c’est

la base du plaisir. La cuisine c’est un

croisement entre la clientèle et nous, un

dialogue. C’est le sens de notre métier.

Les produits, les fournisseurs

J’aime travailler tous les produits, je

n’ai pas de préférences mais j’aime particulièrement

les légumes car ce sont

des couleurs, des textures, des saveurs

différentes. En plus c’est important

pour la santé. Je me fournis chez Stan

au marché du Boulingrin (La ferme

des Bonnevals – Craonne), parfois

je lui donne des graines de légumes

japonais. Je change ma carte toutes les

trois semaines, alors je parle avec lui de

ce que nous allons faire, par exemple

des mini céleris boulles. Stan prévoit

ses plantations en fonction de ma carte.

C’est important d’avoir un dialogue

avec un passionné. Parfois, il m’apporte

des légumes, je les cuisine et je prends

des photographies pour lui montrer

l’assiette obtenue, c’est important qu’il

voit les finitions. Il y a beaucoup de travail

de part et d’autre, il faut préparer la

terre, semer, arroser avant d’arriver en

cuisine où quelqu’un trie, lave, épluche,

je suis au bout de toute cette chaine de

travail. Il doit y avoir du respect et c’est

important de montrer le résultat final

à mes fournisseurs, comme ça, ils sont

contents, tout simplement.

Sinon, j’ai un petit jardin du côté de

Rethel et comme j’aime les herbes

sauvages, je vais les cueillir dans la

nature juste à côté. Ce jardin est comme

un paradis, il y a de la menthe, de la

livèche. J’aime travailler la terre, je

plante des betteraves et bien d’autres

légumes, mon rêve serait de fournir

mon restaurant. Je connais un restaurant

en Belgique qui produit 90% de ses

besoins en légumes.

Pour le poisson, j’aime beaucoup les

poissons d’eau douce, par exemple

l’omble-chevalier, le fera ou le sandre.

Il faut se singulariser car tout le monde

travaille le Saint-Pierre, la sole, le turbot

qui sont de bons poissons mais à la fin

on mange toujours la même chose.

Je travaille aussi une entrée avec des

escargots qui viennent de Bourgogne,

maintenant les cuisiniers n’osent plus

travailler ce produit. Je travaille beaucoup

avec le local mais si un produit

est meilleur ailleurs, il faut aller le

chercher.

Les desserts

Je n’aime pas trop en parler parce que

je ne suis pas à l’aise avec les montages

trop complexes. Pour moi, le

meilleur dessert c’est un bon fruit. Par

exemple, avec les fraises on peut faire

une mousse, une tarte mais pour moi

l’excellence, c’est la fraise à maturité et

mangée nature. La fraise est naturellement

équilibrée, elle est sucrée, acide,

la texture est intéressante, c’est comme

l’orange ou l’ananas.

Donc, je n’utilise pas beaucoup

de farine, juste assez pour donner

un peu de moelleux. Aujourd’hui,

par exemple, j’ai préparé une clémentine

avec une bille chocolat fourrée

à la crème de chocolat et je m’attaque à

un dessert avec du sapin. Je transforme

les épines en glace que je propose avec

de la banane pour le côté gras, un morceau

caramélisé, l’autre pistaché

et du chocolat. Sinon, j’aime travailler

le gingembre. Un dessert classique pour

moi, c’est gingembre, ananas et yuzu.

Tout doit rester simple.

Trouver sa propre voie

Pour reconnaître un bon produit, il faut

tout goûter, comme pour les vins et les

champagnes. Parfois, il y a des marques

de références, mais il ne faut pas le penser

à priori, mon travail est de trouver

le goût qui me correspond et tant pis si

je ne travaille pas avec les fournisseurs

de tel ou tel grand restaurant. Mes deux

attentions vont vers les saveurs et le

prix pour offrir un large choix à ma

clientèle.

Je n’aime pas les catégories comme

« cuisine française ou cuisine japonaise

» parce que ça n’évolue pas,

je ne veux pas me mettre une étiquette,

c’est trop réducteur, je fais de la bonne

cuisine c’est tout ce que je sais.

Un restaurant c’est comme un livre, un

film ou un tableau, derrière le titre il y

a des histoires différentes qui inspirent

des sentiments différents, c’est le client

qui décide de ce qu’est ma cuisine.

D’ailleurs, il faut souvent se mettre à la

place du client « si j’étais assis dans ce

restaurant, que penserais-je ? ».

Il faut que tout soit soigné, la taille des

légumes, les assaisonnements, chaque

détail compte, il faut toujours donner

le petit plus. J’aime beaucoup aussi

les mises en bouche et les mignardises.

Elles ne sont pas inscrites sur les

menus, elles sont reçues comme des

cadeaux par les clients, c’est un atout

majeur.

Mémoire et sentiment

La mémoire fonctionne en mettant en

valeur les plats très bons ou très mauvais,

les très mauvais on s’en souvient

aussi (rires). Les clients cherchent,

je cherche. Il faut se singulariser,

il faut trouver les éléments qui vont

faire progresser une recette, ça peut être

le dressage, le goût et même l’ambiance

du restaurant. Je suis content quand les

gens ont des frissons, mais c’est difficile.

Quand je cuisine, j’ai déjà tout dans

la tête, je goûte très peu, c’est ma

femme qui goûte (sourire). En fait,

je mélange et je goûte dans ma tête,

je vois même les finitions. J’imagine

toujours une progression des formes et

des goûts dans l’assiette, le doux, l’amer,

l’aigre-doux, le piquant, c’est pourquoi,

j’aime les petits restaurants, car dans

les grands restaurants quand il faut

envoyer 60 plats, le sentiment est divisé

en 60 portions. Quand j’étais en restaurant

trois étoiles, j’étais fier de rôtir

60 pigeons, maintenant je suis passé à

autre chose. Nous sommes des artisans,

nous avons nos deux mains, nous

finissons chaque assiette avec minutie

et quand j’envoie quatre assiettes le sentiment

est divisé par quatre, c’est plus

agréable. Ma seule question aujourd’hui

est « Est-ce que je peux mettre tous les

sentiments dans tous les produits ? ».

r e s t a u r a n t r a c i n e

8 r u e c o l b e r t 5 1 1 0 0 r e i m s

0 3 2 6 3 5 1 6 9 5

w w w . r a c i n e . r e

Sous une bonne étoile :

Cuisine moderne, créative, gastronomique

: c’est vif, savoureux, très soigné,

et d’autant meilleur que les produits

utilisés sont de qualité. Dans sa livraison

de février 2017, le guide Michelin vient de

décerner sa première étoile à Kazuyuki

Tanaka. Sur la route de la voie lactée…

_© Kazuyuki Tanaka


2

atelier

coiffure

CRÉATION / CONCEPTION WWW.BELLERIPE.FR

51 rue de Talleyrand - 51100 Reims 03 26 47 49 85

Suivez-nous sur et


ART PLASTIQUE MARIONNETTIQUE

ntre formations spécifiques et apprentissages

familiaux autodidactes, la curiosité de Gisèle

Vienne s’étend dans le large spectre de la musique,

de la philosophie, de la littérature, de la sculpture, de

la danse et autres arts vivants. Aussi, très vite, l’artiste s’est

interrogée sur la question du mouvement, et la marionnette

est devenue un médium essentiel. Alliant chorégraphies

et mises en scène, la marionnette porte aux nues les

représentations des corps artificiels et des corps vivants, sur

les déclinaisons et les incarnations des corps.

En passant du spectacle vivant à la photographie, Gisèle

Vienne a simplement changé de moyen d’expression.

La problématique d’étude reste identique : quel que soit le

médium choisi, il s’agit d’une orchestration pour mettre

en avant des signes et du sens. L’immobilité des poupées

est mise en scène, car il existe des immobilités multiples.

gisèle vienne

Quand les fils

se coupent

_ Photographies issues de la série: « 40 portraits. 2003-2008 ». Photographies et poupées réalisées par Gisèle Vienne.

Publication « 40 portraits, 2003-2008 », aux Editions P.O.L / Février 2012


ART PLASTIQUE MARIONNETTIQUE

Est-ce une immobilité de réflexion ? D’attente ? De mort ?

Gisèle Vienne ne souhaite pas duper le spectateur, mais

plutôt interroger son rapport rationnel à l’objet. La poupée

interroge d’autant plus sur l’inanimé qu’elle peut sembler

avoir bougé avant et après le cliché. Et au-delà de cette partition

musicale photographique, entre pose fictive, simulation

et suggestion de mouvements, les modèles de Gisèle

Vienne projettent des consciences, tout en nous renvoyant

à notre inconscient. Le temps se suspend. La respiration

aussi. Le Manège et la Comédie présentent en partenariat

du 8 au 10 mars 2017 au manège, le spectacle The

Ventriloquists Convention, dont elle signe la conception,

la mise en scène et la scénographie, sur des textes de

Dennis Cooper, auteur étrange et fascinant, avec qui elle

collabore très régulièrement.

i n f o s e t r é s e r v a t i o n s

m a n è g e , s c è n e n a t i o n a l e - r e i m s

w w w . m a n e g e - r e i m s . e u

l a c o m é d i e d e r e i m s

w w w . l a c o m e d i e d e r e i m s . f r

texte

Agathe Cebe


art contemporain

_© Daniel Pype

" AU-DELÀ DE LA FORME "

MINIMAL MAXIMAL

Le Palais du Tau présente jusqu’au 12 mars

" Au-delà de la forme ", une exposition de Richard

Serra et Mehdi Moutashar, deux figures majeures

du minimalisme, ce courant de l’art contemporain

né aux États-Unis au milieu des années 1960.

Les premiers pas sous les voûtes gothiques de la salle basse du

Palais du Tau risquent de laisser le visiteur déconcerté, tant

les œuvres présentées surprennent par leur caractère radical,

leur austère simplicité. Il suffit pourtant de déambuler entre

ces pièces impressionnantes, de long en large, d'en découvrir

peu à peu les multiples facettes, pour en éprouver toute la force.

À travers les lignes épurées, le grand format, la géométrie et

la puissance du noir, l’exposition opère un rapprochement fécond

entre les œuvres peintes de l’Américain Richard Serra et

les créations du Français d’origine irakienne Mehdi Moutashar,

issues de la collection Didier Moiselet. « Ce sont des œuvres

exceptionnelles que l’on n’aurait jamais pu obtenir sans l’engagement

de ce grand collectionneur, aussi discret qu’altruiste »

souligne Jean-Marc Bouré, le nouvel administrateur du Centre

des monuments nationaux chargé du Palais du Tau.

AU-DELÀ DE LA SIMPLICITE APPARENTE

Connu dans le monde entier pour ses sculptures monumentales

en acier, celles, par exemple, qu'il conçut pour Monumenta

en 2008 au Grand Palais à Paris ou encore pour le Musée Guggenheim

de Bilbao, Richard Serra surprend ici avec des œuvres

picturales où le goudron apporte une tactilité particulière.

Les surfaces noires énormes des deux premières pièces,

donnent l’impression de tomber du cadre, de s’enfoncer dans

le sol, d’avoir un poids que le support, le papier, peut à peine

porter. Plus loin la fulgurance d’un gigantesque triangle « Judgments

on a Sheet » jaillit sur la surface fragile du papier blanc

tandis la dernière œuvre plus radicale, faite pour le musée de

Krefeld en Allemagne, rappelle que Richard Serra, s'intéresse

depuis toujours à la prise en compte du site dans lequel il crée.

En vis-à-vis, les œuvres en métal noir peint de Mehdi Moutashar,

artiste français d’origine irakienne, dialoguent à merveille

avec les goudrons sur papier de Serra. Depuis le début

des années 1970, Moutashar qui situe son travail entre « les arts

de l’Islam et les arts géométriques occidentaux », mène une réflexion

sensible autour du concept du carré et de sa grammaire.

Le métal se plie, comme une forme d’origami, soutenu par la

dynamique des traits dessinés. Cette recherche s’est poursuivie

ces dernières années à travers des constructions qui témoignent

d’une approche philosophique de l’espace. En atteste, l’installation

« Sculpture » où l’intensité de la forme et de la couleur

– noire et bleue – prend ici une dimension spirituelle. C’est à

cette logique aussi qu’appartiennent ses références à l’alphabet

arabe et à la calligraphie, déclinées en une série de variations

intéressantes.

L’ensemble des œuvres des deux artistes entre aussi étrangement

en résonance avec les ogives du Palais du Tau, influant sur

la perception de l’espace, de l’architecture, du temps… Au-delà

de la forme minimale naît ainsi un dialogue subtil qui invite à

la réflexion et à la méditation.


6

COMEDIE LA TRUITE Encart Peel 10,5x29_Mise en page 1 31/01/17 09:37 Page1

LA

TRUITE

21

31

AU

MARS

texte

Baptiste Amann

mise en scène

Rémy Barché

ILS

MANGENT

DU

POISSON

LES

VÉGÉTARIENS

?

e x p o s i t i o n j u s q u ’ a u 1 2 m a r s 2 0 1 7

8 e u r o s / g r a t u i t p o u r l e s m o i n s d e 2 6 a n s

p a l a i s d u t a u

2 p l a c e d u c a r d i n a l l u ç o n , r e i m s

w w w . p a l a i s - d u - t a u . f r

w w w . m o n u m e n t s - n a t i o n a u x . f r

texte

Anne De La Giraudière

www.lacomediedereims.fr


SPOT PEEL POIL

sacré burger

Sacré Burger, du food truck aux murs en dur,

c’est d’abord l’histoire d’une amitié professionnelle

entre Constant Lelarge et Victor Allier.

Globe-trotters de l’entreprenariat, ils ont fait

mûrir leur projet commun, patiemment, avec une

attention pour chaque détail. Ce duo détonant

en a encore sous le pied. Même s’ils restent

discrets sur leurs futures nouveautés. Car certes,

ils connaissent leur projet sur le bout des doigts,

certes, ils sont pleins de ressources, certes la

fougue de la jeunesse leur met le vent dans le

dos, mais ce qui fait la vraie différence, c’est leur

complicité.

texte

Agathe Cebe

& Alexis Jama-Bieri

photographies

Vincent Van Der Hedde


8

SPOT PEEL POIL

Le fast food, c’est dépassé. Désormais,

le burger se consomme plutôt au food

truck ou au restaurant. Vous noterez ici,

chers lecteurs, la subtilité linguistique :

Aux fast Foods les Hamburgers, aux restaurants

le Burger.

En moins de 10 ans, de malbouffe, le burger

est devenu l’un des plats les plus prisés.

Aujourd’hui, la moitié des burgers est vendue

en restauration traditionnelle. Parmi les

restaurateurs traditionnels, les 3/4 ont mis

un burger à leur carte. En 2011, le burger

fait même partie de la carte du restaurant

étoilé de l’hôtel Meurice.

Et puis, le burger ne pouvait qu’être plébiscité

en France où on aime les produits

à base de pain : le jambon-beurre, le bagel

et le burger (qui a l’avantage d’être chaud).

Sacré burger est né en mai 2014 sous

forme d’un food truck, d’abord installé en

fin de semaine à la terrasse du Clos dans

le quartier Boulingrin, puis en divers lieux

de Reims en semaine ou ponctuellement

sur des événements comme le festival

Elektricity sur le parvis de la cathédrale.

Le concept de Sacré Burger : Tout d’abord,

le nom particulier des Burgers qui portent

tous le nom d’un roi sacré à Reims.

Ensuite, la qualité du burger, haut

D’où vient le Sacré Burger d’aujourd’hui ?

Constant : Le Sacré Burger d’aujourd’hui a

déjà 4 ans. J’avais un projet en tête, Victor

avait le même. Nous nous sommes rencontrés

et associés autour de ce projet. On a

mis un an à tout ficeler. Et le Food Truck

a roulé pour la première fois en juin 2014.

C’était cool, mais pas évident. La cuisine

ambulatoire, les déplacements dans les

villages le soir…

Victor : Quand il pleut, qu’il fait froid, on

devait quand même y aller, même pour

trois clients, parce qu’on savait qu’ils nous

attendaient. Et surtout, on voulait vraiment

persévérer, se faire connaître. Au-delà des

petits villages, on a acquis en notoriété avec

la place du Chapitre, la terrasse du Clos, et

des évènements comme Elektricity. C’était

de gamme et écoresponsable, élaboré avec

des produits frais locaux et un pain frais

façonné par un grand boulanger rémois.

Le tout accompagné de frites fraiches

coupées au couteau. Sacré burger devient

aujourd’hui sédentaire. Constant Lelarge

et Victor Allier reçoivent désormais dans

leur nouveau restaurant Sacré Burger,

rue de Tambour à la magnifique devanture

bleu royal.

Un Restaurant conçu par l’agence d’architecture

Planda (agence qui a notamment

conçu l’architecture du restaurant Le carreau

des halles, hélas aujourd’hui disparu,

les espaces VIP du Stade Delaune à Reims,

le design des restaurants parisiens Leoni’s

Deli, quartier Etienne Marcel et Le pré d'Ici

à Montmartre) et décoré par Maison Jaune

(qui collabore régulièrement avec la décoratrice

Sarah Lavoine qui termine l'agencement

de la boutique Tandem Place d'erlon

et qui vient d'apposer la " maison jaune

touch " au studio d'enregistrement

de Guillaume Brière des Shoes).

Que vous soyez amateurs de burgers traditionnels,

de burgers revisités ou vegan,

vous trouverez sans conteste votre plaisir

chez Sacré burger. A. Jama-Bieri

le côté vraiment sympa qui nous a permis

de bien forger notre image.

Sédentaire, c’est mieux que nomade ?

Constant : Carrément !

Victor : C’est surtout super différent : pas le

même métier.

Constant : Mais ici, on est toujours au

chaud !

Victor : Et surtout, on a moins de logistique

qu’avec le truck. On gagne en temps et en

efficacité.

Constant : Et on a plus de contacts avec les

clients. Ça nous permet d’évoluer, de nous

adapter à la demande.

Victor : Avec le resto, on a dû embaucher

aussi. Avoir quatre salariés, c’est du boulot

de management qu’on n’avait pas forcément

dans le truck. Mais en fait, le camion, c’était

un tremplin. On a beaucoup appris avec,

tout en sachant qu’à terme, on voulait se

sédentariser. On a vendu le camion début

janvier, sans pincement au cœur. On va

vraiment de l’avant.

Associer le champagne à l’american food,

c’est un challenge ou un pari ?

Victor : Les deux. On a fait le pari de la ville

de Reims. C’est un concept qui existe sous

une autre forme à Londres, avec Bubbledogs,

des hot-dogs et du champagne. Ici,

le champagne est en local : on ne travaille

qu’avec des petits producteurs du coin,

sélectionnés par des spécialistes. Nos bons

vins se marient aussi super bien avec notre

viande et nos fromages affinés. On a que

des bons retours. Et ça permet d’avoir une

clientèle éclectique. Il y a autant de burgers

/ coca que de burgers /champagne.

C’est un challenge parfaitement validé.

Etre burger et hype, ça se vit bien ?

Victor, amusé : J’avoue ne pas avoir le recul

pour le constater. Je ne sais pas si on est

hype, mais en tout cas, on est à l’image du

lieu qu’on cherchait à fréquenter quand on

était étudiants rémois. Un lieu à la fois chic

et décontracté, et idéalement situé. La rue

de Tambour est la plus vieille rue de Reims,

ni à Boulingrin, ni place du Forum.

Mais c’est sûr qu’on appartient à un certain

réseau, celui des 20-35 ans, le réseau

« Mojito Skate Shop et compagnie »…

Je ne sais pas si c’est ça, être hype.

Constant : En tout cas, on a tout soigné

dans les détails. On a consulté un architecte

d’intérieur. On a pensé tout le design. Rien

n’est laissé au hasard, même le mur derrière,

qui reste volontairement à l’état brut !

Et si vous étiez un burger à la carte ?

Victor, espiègle : Moi ? Ce serait plus drôle

qu’on choisisse l’un pour l’autre. Constant,

je dirais qu’il est un François I er sans frite.

Le côté chèvre et miel, sucré salé, ça lui

va bien. Encore jeune mais sérieux.

Un peu daron de la boîte !

Constant : Dire que Victor est un Clotaire

parce qu’il est ardennais, avec le boudin etc,

ce serait trop simple. Je dirais plutôt qu’il

est un double Charlemagne.

Double pour l’exubérance et la générosité,

et Charlemagne car complet, authentique

et fiable. On n’est jamais déçu par un

Charlemagne ! A. Cebe

s a c r é b u r g e r 2 4 r u e d e t a m b o u r

r é s e r v a t i o n s v i a f a c e b o o k

@ s a c r e b u r g e r


UN CONNU

Zahia Nouri

NOM

Zahia Nouri.

PROFESSION

Fondatrice de la Maraude Citoyenne

Remoise.

ÂGE

50 ans.

PLUS BEAU SOUVENIR

Quand Nico a appelé pour dire qu'il

avait été embauché.

votre rêve

Avoir un immeuble à rénover par

et pour les sdf.

une passion

C'est devenu la cuisine.

photographie

Sylvère Hieule


0

manège

scène nationale - reims

DANSE

03 04 MAR AU CIRQUE

Un show dynamite ! THE TELEGRAPH

Until the lions : la danse féline d’Akram Khan met la scène en furie. TÉLÉRAMA

Tempête de pirouettes, déflagrations graphiques, ce conflit à corps ouvert

qu’est la gestuelle tradi-contemporaine de ce chorégraphe, nourri depuis l’enfance

au style indien du kathak, épate une fois de plus. LE MONDE

manege-reims.eu / 03 26 47 30 40


ARCHITECTURE D’INTÉRIEUR

PARTICULIER • REIMS

DESIGN, MOBILIER CONTEMPORAIN, ARCHITECTURE D’INTÉRIEUR

32 RUE VOLTAIRE À REIMS I 03 26 04 33 46 I WWW.HOMEAGE.FR

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