LMGmag#3
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2<br />
Le Carnaval n’a pas eu raison<br />
de ce magazine. Paillettes, moustaches,<br />
loups et bas résille ont été remisés pour<br />
préparer cette parution qui en est déjà<br />
à son 3 ème numéro. Expos photos,<br />
projections, festivals, les mois à venir<br />
vont être bien remplis. À commencer<br />
par ce bourgeonnant mois d’avril 2017<br />
notamment placé sous le signe de la<br />
Grena’, la très guadeloupénne mobylette,<br />
et des fans de télénovelas.<br />
Un portrait, des coups de cœur,<br />
un joli mot compliqué, un nouveau jeu…<br />
N’en dévoilons pas plus, bonne lecture<br />
et merci de votre soutien !<br />
mag<br />
lamaisongarage<br />
2ème trimestre 2017
“JE NOUS SOMMES VUS”<br />
EN COMPÉTITION<br />
À VUES D’AFRIQUE MONTRÉAL<br />
du 14/04 au 23/04<br />
“ Nous irons voir<br />
Pelé sans payer ”<br />
sera en projection à la<br />
5ème édition du festival<br />
de la Lucarne<br />
du 11 au 14 mai 2017 à Paris.<br />
+ d’infos ici<br />
“Je nous sommes vus” et ses<br />
portraits de fans de telenovelas<br />
partent au Canada pour le<br />
33 ème festival international<br />
de cinéma “Vues d’Afrique”.<br />
Le dernier documentaire de<br />
Gilles Elie-Dit-Cosaque sera<br />
projeté en compétition<br />
le 14 et 19 avril.<br />
échos imprévus<br />
[ JUSQU’AU 30 AVRIL 2017] Le Mémorial ACTe en Guadeloupe<br />
consacre une semaine au travail de<br />
Gilles Elie-Dit-Cosaque du 15 au 22<br />
avril prochain. Au programme : des<br />
projections de “La liste des courses”<br />
et d’“Outre-mer Outre tombe”, des<br />
ateliers et le vidéo-mix “FDF/RMX”<br />
une performance audio-visuelle<br />
réalisée en live.<br />
Toujours au Mémorial Acte, derniers<br />
jours pour profiter de l’exposition<br />
d’art contemporain caribéen « Echos<br />
imprévus ». 27 artistes de tout l’arc<br />
antillais y participent. Des extraits de<br />
la série Lambeaux y sont présentés.<br />
pour plus d’infos<br />
cliquez sur<br />
les mots soulignés<br />
Si vous voulez lire ou relire<br />
le LMG Mag #1 et #2<br />
suivez le lapin blanc<br />
DVD et VOD sur www.lamaisongarage.fr<br />
[ paiement en ligne possible via paypal ]<br />
SOLUTION DU JEU<br />
DU LMG Mag #2<br />
Le mot caché était : “dix-sept”.<br />
La gagnante de ce deuxième jeu<br />
est Véronique à Saint-Cloud. Elle a gagné<br />
un T-shirt “Zétwal”.<br />
Rendez-vous en dernière page pour un<br />
nouveau jeu.
La guadeloupe<br />
est trop petite<br />
pour<br />
ma Grena’<br />
g
ena<br />
MOIS DE LA PHOTO DU GRAND PARIS<br />
DU 23 MARS AU 30 AVRIL<br />
À pantin, dans le cadre du<br />
mois de la photo du grand paris<br />
exposition ma grena’ et moi<br />
Manifestation incontournable de la photographie<br />
à Paris depuis plus de 30 ans, cette<br />
année le Mois de la photo dépasse les frontières<br />
de la capitale et devient le Mois de<br />
la Photo du Grand Paris. 99 expositions sur<br />
30 communes. À Pantin, 6 expos dont «Ma<br />
grena’ et moi» .<br />
La grena’ est le surnom que les<br />
Guadeloupéens ont donné à la mythique<br />
mobylette de Motobécane. La<br />
toute première usine de la marque était<br />
à Pantin. “Ma grena’ et moi” est une<br />
série de portraits de guadeloupéens qui<br />
utilisent cette mobylette. C’est un travail<br />
photographique (exposition / livre)<br />
et un film documentaire qui se répondent,<br />
une porte ouverte vers tout un pan<br />
de la société guadeloupéenne.<br />
Née au début des années 50 et<br />
importée aux Antilles dans les années<br />
60, la grena’ arrive à un moment charnière<br />
: le passage d’une période de restriction<br />
à une période pré-industrielle.<br />
Ça roule, c’est robuste, fiable, simple<br />
d’utilisation et surtout, ça brille ! Les<br />
Antillais se ruent dessus. Et tout particulièrement<br />
ceux de Grande Terre où<br />
la grena’ s’adapte extrêmement bien au<br />
contexte géographique et économique :<br />
peu de relief, un tissu d’usines et d’exploitations<br />
agricoles.<br />
Défiant les lois de l’équilibre, on<br />
charrie tout ce qui peut tenir entre la<br />
fourche et le porte-bagages. Un sac de<br />
ciment, deux bouteilles de gaz, trois<br />
balles de fourrage, un veau, un ami,<br />
une amie, une épouse, trois enfants…<br />
C’est un inventaire à la Prévert, monté<br />
sur deux roues. Un poème mécanique<br />
au cadre monocoque, au moteur qui<br />
pétarade, hoquette parfois, mais jamais<br />
ne s’arrête.<br />
La grena’ est un trait d’union tout<br />
en courbe, la transition entre le bourricot<br />
et la voiture. Mieux qu’un bourricot,<br />
un étalon, celui de la condition de<br />
son propriétaire.<br />
Aujourd’hui, sacrifiée sur l’autel<br />
des normes européennes, la grena’ n’est<br />
plus ; plongeant tout un peuple de migrants-à-deux-roues<br />
dans le désespoir.<br />
Cependant, les derniers irréductibles,<br />
des seniors et quelques jeunes qui l’ont<br />
reçue en héritage, continuent à la chevaucher<br />
fièrement pour un dernier<br />
voyage. Celui qui mène la grena’ au<br />
musée d’un imaginaire créole.<br />
le 8/04 après midi Séance dédicace<br />
du livre et projection du film<br />
Le Garage<br />
5, rue Gabrielle Josserand. Pantin<br />
Du Jeudi au Dimanche de 14h/19h<br />
M 7 Aubervilliers - Pantin Quatre-Chemins
Chasse à la grena’<br />
Autour du quartier où l’expo est<br />
présentée, 10 tirages extraits de<br />
la série sont affichés chez<br />
des commerçants.<br />
Soyez les premiers à les trouver<br />
et gagnez un tirage photo.<br />
+ d’infos ici.<br />
“ Au delà de l’objet<br />
lui-même quelque chose<br />
unit ces personnes.<br />
C’est cela qui<br />
est donné à voir<br />
ou plutôt<br />
donné à ressentir. ”<br />
le livre et livre/DVD sont disponibles sur www.lamaisongarage.fr pour un tirage envoyer un mail<br />
Parallèlement à l’exposition photo, est présentée une installation de l’Atelier W un collectif d’artistes basé à Pantin. C’est une nouvelle<br />
proposition d’un travail entamé en 2014 en collaboration avec le Pôle mémoire et patrimoine de la ville de Pantin, à partir des moules<br />
récoltée à la fermeture en 1988 de l’usine pantinoise Motobécane. Cet ensemble de milliers de matrices en bois destinée aux tirages des<br />
pièces des moteurs de la marque, à la fois singulier et étrangement muet, a constitué un objet de travail collectif pour les artistes. Une<br />
manière de s’interroger sur les liens entre pratiques artistiques et la conservation du patrimoine.<br />
“Qu’est-ce qui fait archive et qu’est ce qui fait œuvre ?<br />
La vision de leur travail répond à la question, non ?<br />
EXPO MA GRENA’ ET MOI JUSQU’AU 30 AVRIL à pantin, dans le cadre du mois de la photo du grand paris<br />
6
PETITE COLLECTION<br />
DE MOTS USAGÉS<br />
Je vois les mots en couleurs depuis toujours. Les spécialistes<br />
appellent cela la synesthésie « graphème-couleur ». Je ne m’en aperçois parfois<br />
même plus quand je lis un livre ou un journal. Mes voyelles se colorent<br />
immédiatement, sans réfléchir. Certains mots sont très beaux, voire lumineux<br />
; Biscuit est bleu et orange, Ispahan est rose et bleu (magique !), Canopée<br />
est rose, blanc, bleu et vert sombre et clair. D’autres sont franchement<br />
laids ; Vigoureux, noir, orange et bleu. Turgescent, rien que l’écrire est une<br />
souffrance, tant il y a du vert caca d’oie ! Les voyelles ont toujours été très<br />
claires, les consonnes, elles, sont de l’aquarelle qui coulent dans des tons gris<br />
ou taupe, rarement y surgissent une couleur précise.<br />
Deux synesthètes ne voient pas, ne ressentent pas les mêmes associations.<br />
Voir les mots en couleur ou en relief, les prononcer et les associer à un<br />
goût, associer de la musique à une odeur, ou à une couleur… Là encore,<br />
Une collection de mots, bizarres, cabossés,<br />
élégants, idiots, intelligents,<br />
dissonants, chantants, mystérieux ou<br />
communs, bref aussi disparates que les<br />
personnes qui nous les confient et se<br />
confient à travers eux...<br />
Cette collection s’ouvre avec :<br />
#1<br />
synesthésie<br />
par laura chatenay-rivauday<br />
synesthésie<br />
+ détails sur ce<br />
podcast d’Arte Radio<br />
Voyelles d’Arthur Rimbaud<br />
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,<br />
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :<br />
A, noir corset velu des mouches éclatantes<br />
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,<br />
Golfes d’ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,<br />
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;<br />
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles<br />
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;<br />
U, cycles, vibrements divins des mers virides,<br />
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides<br />
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;<br />
O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,<br />
Silences traversés des Mondes et des Anges :<br />
- O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux ! -<br />
synesthésie. Je vous voir venir à 10 kilomètres ; non je ne suis pas folle. Ce<br />
phénomène, rare certes, n’est ni un trouble, ni un désordre mais une particularité<br />
de fonctionnement. Ce ne sont pas non plus des hallucinations.<br />
Les synesthésies seraient dues à une hyperactivité neuronale (ça fait un peu<br />
freak quand même, je concède). Il s’agirait selon, la psychologue Jeanne<br />
Siaud-Facchin d’« un excès de substance blanche dans le cerveau qui permet<br />
la connexion entre les différentes zones du cortex et le transfert d’informations<br />
». Cette compétence sensorielle « extraordinaire » serait ignorée<br />
par beaucoup qui la possèdent (les statistiques oscillent entre 1 et 4% de<br />
la population) tant elle leur paraît normale. Il semblerait que l’hérédité y<br />
soit aussi pour quelque chose. L’un de mes parents a dû me la transmettre,<br />
même si, chez lui, elle s’exprime différemment. Mais je ne connais personne<br />
dans mon entourage familial proche qui soit synesthète. Enfin, cela dit, ce<br />
n’est pas le genre de discussions que l’on a autour du poulet (noir, marron<br />
et vert) rôti du dimanche (bleu, rose, blanc, sympathique).<br />
Je ne me suis jamais posée la question de savoir pourquoi c’était ainsi,<br />
pourquoi je percevais les textes ainsi. Les synesthésies seraient une porte<br />
ouverte vers une plus grande créativité. Nabokov, Hockney, Messiaen, Kandinsky<br />
ou encore Rimsky-Korsakov font partie des synesthètes célèbres. La<br />
première fois que j’en ai parlé à ma mère, gamine, elle a tout de suite fait<br />
référence au poème d’Arthur Rimbaud, Voyelles. La légende voudrait qu’il<br />
ait été aussi synesthète. Mais les experts ne sont pas tous d’accord. J’aime<br />
beaucoup ce poète mais malheureusement, je ne peux pas le lire son texte. Il<br />
est en totale contradiction avec mes propres perceptions des mots. De manière<br />
générale, mon A est rose, mon I turquoise, mon U orange. Comment<br />
peut-il parler d’un A noir ?
8<br />
Un ballet<br />
d’alexandrins liés<br />
de boulons et de<br />
câbles, et montés<br />
sur vérins, prend vie<br />
dans l’un des<br />
espaces parisiens<br />
dédiés à l’art brut.<br />
GILBERT PEYRE<br />
ÉLECTROMÉCANOPOÉTE<br />
Jusqu’au 26 avril à la Halle Saint-Pierre,<br />
Paris (18ème).<br />
Gilbert Peyre, artiste inclassable,<br />
bricoleur, sculpteur, metteur en scène,<br />
inventeur et autres rimes en eur, a<br />
construit ces 40 dernières années des<br />
machines mêlant fête foraine, arts<br />
plastiques et musique. Le tout avec<br />
des objets de récup’, pied de nez à la<br />
société de consommation. Les âmes<br />
de ses créatures surréalistes et iconoclastes<br />
prennent vie par une grâce électrique,<br />
mécanique, pneumatique teintée<br />
d’un peu d’informatique. Pêle mêle, un<br />
poulet mi-empaillé, mi-mécanisé, crie<br />
“ Yes ! Yes ” en se baladant tranquillement<br />
autour d’un pivot. Un haltérophile,<br />
plus vrai que nature avec poils au torse<br />
et slip panthère, soulève une grande<br />
barre lestée de poids… Une scène de<br />
ménage ou les portes claquent, les assiettes<br />
volent, et les bébés braillent.<br />
Rires et yeux qui pétillent. Immanquable.<br />
Amour Colère et Folie<br />
Dire qu’Haïti a engendré et engendre des artistes bourrés de talent, c’est enfoncer une immense porte ouverte.<br />
Marie Vieux-Chauvet n’échappe pas à la règle. Son ouvrage Amour, Colère, et Folie, union de trois de ses<br />
récits, est une véritable bombe. Une bombe nécessaire, une lecture indispensable qui a été, lors de sa publication,<br />
interdite, dissimulée, diffusée en secret. Marie Vieux-Chauvet raconte trois parcours, de femme, d’homme, de<br />
familles, sous la dictature de François Duvalier, appelé “ Papa Doc ” dans les années 60 en Haïti. Une critique de<br />
la terreur mais aussi des élites haïtiennes qui lui a valu, à elle et sa famille, des menaces, puis l’exil à New-York.<br />
Jamais le terme “ Tonton Macoute ”, jamais le nom du président-tortionnaire qui a plongé Haïti dans des années<br />
sanglantes ne sont prononcés. Mais ils sont partout, dans chaque ligne, dans chaque respiration de cet ouvrage.<br />
Ce livre, majeur, est une broderie fine où chaque mot est une fulgurance. Et l’on sent que l’on a entre ses<br />
mains tout un pan de l’histoire d’un pays, l’impression de lire des histoires vraies, de ressentir des émotions brûlantes.<br />
Comment vivre face à l’injustice, la terreur, la violence gratuite ? L’auteure décédée en 1973 à New-York,<br />
cloue nos mains aux pages, lecteurs emportés par une langue magnifique. Ne pas en dévoiler trop sur les intrigues<br />
pour ne pas gâcher le plaisir de cette lecture. Un moment de grâce… d’amour, de colère. Un flirt dangereux avec<br />
la folie.<br />
Amour, Colère et Folie, Marie Vieux-Chauvet. Éditions Zulma, postface de Dany Laferrière<br />
Le Roi cochon, 1992-2000, automate électromécanique © G. Peyre, photo D. Damoison
La conque c’est la vie, une spirale ces sons aussi doux que retentissants.<br />
vitale à l’image de cette autre spirale<br />
vitale qu’est la chaîne d’ADN. atelier d’un quartier populaire de Fort-<br />
Jean Pierre Léandre, dans sa maison-<br />
Par cette note s’ouvre la rencontre de-France, au milieu de coquillages<br />
avec Jean Pierre Léandre, facteur<br />
de conques marines. Le ton travaille et prépare les conques. Tout<br />
tous plus beaux les uns que les autres,<br />
est donné… La conque est un mollusque<br />
dont le coquillage est uti-<br />
l’écouter prendre le vent, taper à sa porte<br />
d’abord repérer son chant. Il faut alors<br />
lisé comme instrument de musique à d’entrée, puis créer l’embouchure… La<br />
Facteur de Conques<br />
vent. L’extrémité la plus fine coupée,<br />
on souffle dedans comme dans un cor<br />
ou un trombone. Chaque coquillage,<br />
dont la forme et la taille varient, a<br />
son propre chant, une vibration qui<br />
peut faire monter les larmes aux yeux.<br />
Souvenirs d’une tradition ancienne,<br />
héritée des premiers peuples amérindiens<br />
des Antilles, instants solennels,<br />
de fête, de pêche, de labourage,<br />
annonce d’une naissance, d’un mariage,<br />
d’un enterrement… la vie des<br />
mornes de l’île est toute entière dans<br />
robe du coquillage ainsi devenu instrument<br />
est tout aussi soignée que son son.<br />
La conque est nettoyée, lustrée et parfois<br />
retaillée. La touche finale, Jean-Pierre, à<br />
l’instar des grands facteurs d’instruments<br />
ou du monde de la haute couture,<br />
appose sa signature « JPL ». Chaque<br />
pièce est unique et garantie à vie.<br />
Jean-Pierre Léandre participe, depuis de<br />
longues années, au Laboratoire d’archivage<br />
de l’oralité en Martinique et au<br />
groupe Watabwi, un ensemble de souffleurs<br />
de conques qui vient tout juste<br />
de sortir un album. Entre tradition et<br />
modernité, cérémonies solennelles et<br />
échanges avec des jazzmen du monde<br />
entier, Jean-Pierre Léandre et Watabwi,<br />
font chanter les coquillages, nous invitent<br />
à des voyages sonores, dont les<br />
étapes passent par tradition, transmission<br />
et émotion et se concluent<br />
avec une citation d’Édouard Glissant :<br />
“ Rien n’est vrai,<br />
tout est vivant ”<br />
“J’ai dans la malle quelques poèmes inédits,<br />
comme le sont d’ailleurs tous mes poèmes,<br />
traitant de l’enfer et des diables.<br />
De quoi me faire trouer de balles sans pitié.”
9<br />
Florent lazare, Flopi l’homme singe etc… a presque autant de noms que de talent. Il est l’auteur pour<br />
La Maison Garage d’un des films de la série “ Un air de Césaire” et des animations de “Nous irons<br />
voir Pelé sans payer”. Il dessine de très jolies couilles et autres foufounes dans Cosette, participe à, ou<br />
créé des programmes pour Arte et France 4, met des costumes à poils ou à plumes et accessoirement<br />
est (les happy few reconnaitront) le lauréat du prix du public du Kung Ku Festival 2016.<br />
portra it<br />
florent
Des<br />
poings<br />
lazare<br />
à la<br />
ligne<br />
On va dire que j’œuvre dans, au moins,<br />
deux secteurs d’activités : l’art et la boxe…<br />
La boxe est venue d’abord. J’ai toujours<br />
aimé ça. Les films de Bruce Lee et tout<br />
ça. J’ai commencé à 14 ans dans mon club<br />
de quartier. Française, anglaise, américaine,<br />
dans différentes catégories, au final, j’ai été<br />
7 fois champion de France.<br />
L’art, lui, est venu un tout petit peu<br />
plus tard vers 17 ans. J’étais beaucoup angoissé<br />
sur ce que j’allais faire, alors rendezvous<br />
au Centre d’Information et d’Orientation<br />
du lycée. Là, je passe un test sur un ordinateur…<br />
Je me souviens de l’imprimante qui<br />
crachait son papier perforé en accordéon. Le<br />
résultat tombe… je dois faire artiste. Ah ! Je<br />
viens pas du tout de ce milieu. Jusque là, je<br />
n’étais que le gars de la classe qui dessinait<br />
bien les mecs musclés avec de grosses bites<br />
et des nanas à poils (ça, ça n’a pas changé).<br />
J’allais pas aux expos, je lisais Spirou et<br />
Fluide Glacial… Bon, ben je serai artiste…<br />
Après le bac, je suis allé à la fac d’arts plastiques<br />
de Saint-Charles (Paris I - Panthéon<br />
Sorbonne). C’était un cloaque. Je me suis<br />
chié dessus. Il y avait pas d’avenir là. Alors<br />
j’ai fait tous les concours d’écoles d’art publiques<br />
d’île de France et je me suis fait rétamer<br />
partout sauf pour une prépa publique<br />
à 1h40 de chez moi… Laisse tomber ! là<br />
bas, je suis tombé amoureux de tous les arts<br />
d’un coup ! Pour la 1 ère fois de ma vie, j’ai<br />
travaillé comme un chien.<br />
C’était une période très intense, il y avait<br />
en même temps les championnats junior de<br />
boxe. Putain, j’ai pas vu une meuf de toute<br />
l’année. Le matin, dès 5 heures, je bossais<br />
pour l’école. Le soir, c’était entraînement. À<br />
l’époque, ma seule idée c’était qu’il fallait<br />
que je m’en sorte… que j’ai la Mercedes.<br />
Et avec l’art, ça, c’était jouable. À la fin de<br />
l’année, j’ai eu tous mes concours et je suis<br />
devenu champion de France junior. Après, je<br />
suis rentré aux Arts Déco. J’ai adoré, ça m’a<br />
transformé ! J’ai pu toucher à tout ! Je frolais<br />
l’idée de l’art total… C’était d’ailleurs<br />
un des sujet de mon projet de fin d’année.<br />
Aujourd’hui je fais aussi bien de la BD, de<br />
l’illustration, de la peinture, de l’animation,<br />
de la photo que de la musique… En fait ça<br />
ne fait pas si longtemps que j’assume l’horizontalité<br />
de la pluridisciplinarité. Je me<br />
passionne pour la préhistoire. À l’époque,<br />
l’homme était et se devait d’être pluridisciplinaire.<br />
Il ceuillait, chassait, faisait du<br />
feu, peignait des grottes etc. C’est le capitalisme<br />
qui a emmené, au XIX ème siècle, la<br />
spécialisation… mais bon, faut pas m’allumer<br />
là-dessus… ça va finir en exégèse de<br />
Mélenchon ;-)<br />
Mon projet de fin d’année, jouait<br />
avec cette idée d’art total. « Stéphane<br />
Fourier ou la grosse saloperie », une expo<br />
performance qui se tenait dans deux salles.<br />
La première, c’était l’art autour de ce personnage,<br />
avec peinture, philosophie, installation,<br />
performance. Il y avait un videur qui<br />
invitait les gens à se mettre à 4 pattes pour<br />
passer dans l’autre salle par un genre de<br />
conduit, comme un côlon. Là, c’était les déclinaisons<br />
marketing autour du personnage<br />
qui était devenu une marque. Il y avait des<br />
protège-slip Stéphane Fourier par exemple.<br />
À la fin, le personnage était assassiné par<br />
son double marketing. Et on vendait les<br />
journaux qui racontait l’événement. Ouais,<br />
c’était une sorte de critique de la société<br />
de consommation. Pour moi, c’est un crime<br />
de considérer que l’art est un produit. Walt<br />
Disney par exemple est un criminel ! Un<br />
artiste se doit d’être politique.<br />
dans ce projet, il y avait plus ou<br />
moins les prémisses de Pffuit Pffuit Pffuit<br />
(une série déglingo de 32 épisodes mélangeant<br />
tournage et animation qui raconte les<br />
aventures écolos d’un héron partagé entre<br />
son corps et sa tête, diffusée sur France 4).<br />
Mis à part les personnages à grosse bite,<br />
on y retrouve des trucs qui m’habitent, une<br />
critique non frontale de la société. Je me<br />
souviens d’un slogan d’une manif écologiste<br />
« Nous ne défendons pas la nature,<br />
nous sommes la nature qui se défend !»<br />
Mon slogan à moi c’est «Dans la vie, le plus<br />
important, c’est la vie elle-même »… y’a<br />
ces idées dans Pffuit Pffuit Pffuit.<br />
Pour demain ? J’ai un cahier épais<br />
comme ça (8cm entre deux doigts) plein de<br />
pulsion d’écriture, de dessins, peintures,<br />
de théâtre, de musique. Trop peut être ? Je<br />
m’embourbe un peu. Alors faire des boulots<br />
de commande, illustrations ou animations<br />
ça m’aère un peu. Et je continue la boxe, je<br />
donne des cours. Je pratique encore, cela<br />
reste un énorme plaisir, encore plus qu’au<br />
début car je pensais trop aux médailles et<br />
aux titres. Paradoxalement aujourd’hui que<br />
je suis plus dans le beau geste, je crois que<br />
je suis plus.<br />
Je ne sais pas si il y a un lien entre<br />
mon art et la boxe… en fait je hais les<br />
films sur la boxe. Peut être qu’il y a une<br />
part d’amertume. Malgré les succès, je n’ai<br />
pas eu la carrière que j’aurai voulu avoir.<br />
La boxe c’est un sport qui n’accepte aucun<br />
compromis. École d’art et tout ça, au final<br />
c’est la boxe qui en a pâti. Et puis, les représentations<br />
de la boxe dans les films, ou<br />
autres, sont en bien en deça de la réalité.<br />
Monter sur un ring, c’est une expérience tellement<br />
violente. Les films traitant de la boxe<br />
sont bien une preuve ou un symbole de la<br />
fragilité d’une œuvre d’art, voire de sa petitesse.<br />
On est loin de la réalité, la boxe c’est<br />
la réalité,comme la nature… L’art propose<br />
juste une illustration de la réalité. Quantité<br />
de travail nécessaire ? Plaisir… ? À la réflexion,<br />
voilà les lien que je ferais entre mes<br />
deux activités. Et puis une petite touche de<br />
lucidité aussi…
Aubergine & Patate #3<br />
le jeu des 7 erreurs<br />
Trouvez les 7 erreurs qui se sont glissées dans la reproduction de cette photo extraite de la série “Ma grena’ et moi”.<br />
La première personne qui enverra par mail la bonne réponse recevra le livre “Ma grena et moi”.<br />
À BIENTÔT POUR LMG Mag’#4<br />
LMG Mag’ revient en juin prochain.<br />
En attendant, bonnes expositions,<br />
lectures, balades, soleil<br />
sur le visage, vent dans les cheveux…<br />
Si vous souhaitez vous<br />
inscrire à la newsletter ou inviter<br />
vos amis à le faire, cliquez ici.<br />
Et puis bien sûr, il y a Facebook<br />
avec l’actualité, quasi au jour le<br />
jour, de La Maison Garage.<br />
mag<br />
© 2ème trim 2017 La Maison Garage<br />
Contact : lamaisongarage@gmail.com<br />
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