NOUVELLES DE JÉRUSALEM - Pâques 2017

ecolebiblique

Les Nouvelles de Jérusalem sont une revue d'informations de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem, 2 à 3 fois par an, elles donnent un aperçu des travaux en cours en exégèse comme en archéologie, ici à Jérusalem. En voici le premier numéro couleurs en ligne. Les articles alternent français et anglais.

The Nouvelles de Jérusalem is an information review of the École Biblique et Archéologique française de Jérusalem, 2-3 times a year, they give an overview of the work in progress in both exegesis and archeology, here in Jerusalem. Here is the first color edition online. Articles are sometimes in French sometimes in English.

Rome (III e s.) ou dans le mausolée

de Galla Placidia à Ravenne. Cependant,

l’agneau est majoritairement

exploité pour sa dimension sacrificielle.

Il est l’Agnus Dei (qui tollis

peccata mundi, Jn 1, 29) qui s’offre

à la supplication dans un contexte

funéraire (décors d’hypogées, sarcophages,

épigraphies dédicatoires)

car il véhicule la promesse de la

résurrection. L’animal est souvent

entouré de loups ou plie une patte

pour accepter l’holocauste. Les sens

eucharistiques et christologiques se

précisent : une longue croix hastée

ou le gonfanon crucifère remplacent

la houlette pastorale pour former

ce qui est couramment appelé

l’Agneau pascal. D’autres symboles

christologiques se greffent à l’animal

tels que le nimbe crucifère, les

christogrammes, l’Alpha et l’Omega

qui le projettent dans un contexte

apocalyptique.

La Croix est bien sûr le pendant de

l’Agneau : les deux signes fusionnent

bien souvent, et l’animal inscrit dans

un médaillon à la croisée de la haste

et des bras d’une croix latine sert à

figurer le Christ en croix jusqu’au

concile in Trullo (réuni en 553, 680-

681) qui décida de favoriser la figuration

humaine du Christ.

L’Agnus Dei est aussi l’emblème

de Jean le Baptiste qui le désigne

du doigt (Jn 1, 29). Il devient un

signe christologique glorieux, atemporel,

à la fois sotériologique et

eschatologique : monté sur le mont

Sion, personnification de la source

de vie, il surplombe les fleuves

du Paradis auxquels s’abreuvent

cerfs et brebis (Ap 14,1 ; 21,6).

Dans la miniature impériale médiévale,

l’agneau illumine la Jérusalem

céleste nouvellement révélée

(Ap 21, 6), et s’associe au Livre

des sept sceaux (Ap 6,1) ou arbore

sept cornes et sept yeux (Ap 5, 6).

Le simple motif de l’agneau est donc

un symbole christologique au sens le

plus profond : il existe sur tous les

champs scripturaires, symbolise le

Christ dans toutes ses manifestations

et se rapportant aussi bien au Christ

caput ecclesiae qu’aux fidèles,

membres de cette Église. L’agneau

symbole du Christ est donc surtout

un symbole ecclésiologique.

Lorsque Francisco Zurbarán peint

ses différentes versions de l’agneau

(ou bélier) au XVII e s., il conçoit

son sujet comme un simple bodegón

(nature morte). Pourtant l’artiste

exprime cette fois sans symbole,

mais avec toute la maîtrise de son

art les thématiques naturellement

véhiculées par cet agneau aux pattes

attachées en croix, sa toison ivoirine

(laiteuse), prête à être souillée

du sang versé d’une gorge exposée

pour « enlever le péché du monde ».

Mathieu Beaud

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