Brochure siteVol1

raconte1

Les Éditions du Tourne-disque

9, Chemin de l’Olivier

01190 Pont-de-Vaux (France)

www.editionsdutournedisque.fr

© Éditions du Tourne-disque, 2015.


Marc & Nadia Crichi

Raconte-moi une

CHANSON

Française

Volume 1

Illustrateurs :

Alexandre Amiel,

Dana In et

Christophe Ribbe.

Les Éditions du Tourne-disque


Donnez un livre à un enfant et vous changez le monde !

Et même l’univers, d’une certaine façon…

Neil De Grasse Tyson.

À ma p’tite Gazouille,


Conquistador

Dans cette région située tout au sud

de l’Espagne, notre soleil brille si fort

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pratiquement toute l’année, qu’il écrase les

villages blancs de ses rayons brûlants et

oblige les habitants à réfléchir à deux fois

avant de sortir de chez eux. Cette région

s’appelle l’Andalousie. C’est là-bas que je

suis né, au milieu des cactus et des champs

de lavande odorante, au sud de la Sierra

Morena. Je suis un authentique toro bravo

de quatre cent cinquante kilos, et depuis ma

plus tendre enfance, mes parents veillent

soigneusement à me donner une éducation

digne de ma caste.

Mes souvenirs sont peuplés de

courses effrénées, que nous faisions avec

mon père et ma mère dans la prairie,

lorsqu’ils m’enseignaient l’art du combat.

Etant destiné aux plus grandes arènes de

corrida, je devais acquérir assez de noblesse

et de bravoure afin de représenter au mieux

mon élevage. Et surtout, devenir à mon tour

un taureau gracié.

Mon père avait eu ce privilège, lui.

Les hommes lui avaient laissé la vie sauve,

car il s’était montré si brave et si combatif

lors de sa dernière corrida, qu’ils n’avaient

pu se résoudre à le massacrer comme tant

d’autres membres de mon espèce. Ce

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farouche combattant devait absolument

continuer de vivre pour transmettre tout son

savoir à sa descendance – et perpétuer ainsi

sa lignée familiale. Et quel honneur pour

moi que de pouvoir suivre ses traces !

Mes parents avaient été choisis par les

gringos 1 pour faire de moi l’arme parfaite.

Une arme élevée au grand air dans des

conditions idéales. Je devais apprendre à

réagir à la moindre sollicitation, sans jamais

hésiter et sans éprouver la moindre peur.

« Baisse la tête et prends un

maximum d’élan », me répétait sans cesse

mon père, qui ressentait une immense fierté

de me voir progresser jour après jour. Alors,

je regardais fixement mes deux sabots

antérieurs jusqu’à ne plus distinguer les

lointaines montagnes qui délimitaient notre

territoire. Puis je fonçais droit devant, en

forçant sur mes pattes arrière, me préparant à

l’impact final. Je peux vous dire que j’en ai

fait valdinguer des sangliers et des

chevreuils qui s’aventuraient un peu trop

près de ma famille. Et mon père étant

1 Les gringos sont les étrangers, au sens argotique et

péjoratif (défavorable, moqueur) du terme.

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devenu trop âgé pour courir dans tous les

sens, c’était maintenant à moi qu’il

incombait de veiller nuit et jour sur notre

territoire.

Une fois, mon chemin croisa celui

d’un énorme cerf qui broutait comme un

ogre tout ce qui se trouvait à proximité de

lui. Il devait peser au moins trois cents kilos

et arborait de grands bois magnifiques qui

pouvaient fendre l’air, tels des sabres

affûtés. Ce beau mâle donnait l’impression

de ne pas se rendre compte qu’il était sur des

terres réservées, insouciant du danger qui le

guettait à chaque minute. Dès qu’il

m’aperçut, le jeune cervidé se mit à danser

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comme s’il marchait sur un tapis de braises

incandescentes, piétinant son ombre dans la

lumière oblique de cette fin de journée. Je

dois bien l’avouer : cet animal était d’une

vivacité fulgurante. Peut-être cherchait-il à

m’impressionner en gesticulant ainsi ? Moi,

le roi de la Pampa ! Mais, sans tenir compte

de cette attitude ridicule et arrogante, je me

mis à souffler de grands jets de vapeur par

mes naseaux dilatés et à taper du pied afin de

vérifier mes appuis avant l’assaut final. Au

moment où je m’élançai, le cerf fit un bond

sur le côté et s’enfuit droit devant lui, à toute

vitesse, avant que mes cornes ne puissent

atteindre son flanc offert.

Pour être honnête, je dois dire que je

ne voulais pas vraiment lui faire de mal,

mais juste l’effrayer un peu. À cet instant,

j’entendis très nettement les éclats de rire de

mes parents qui avaient assisté de loin à la

scène, sans même arrêter de brouter l’herbe

grasse qui les entourait. Cette marque de

confiance dans ma capacité à repousser toute

intrusion me galvanisait et me rendait plus

fort encore.

Je restais à l’affût du moindre

mouvement dans les hautes herbes

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environnantes, gourmand de mes propres

exploits. Et plus le temps passait, plus ma

puissance décuplait. Je devins plus gros, plus

grand et plus musclé que mon père ne l’avait

jamais été, et je pouvais lire à chaque instant

dans son regard toute l’admiration qu’il

éprouvait pour moi – son fils unique.

Quelquefois, des cavaliers venaient se

regrouper à proximité de notre territoire. Ils

arrivaient par le chemin de terre qui longeait

les immenses champs d’oliviers, en

soulevant tellement de poussière derrière

eux, qu’on les voyait approcher à des

kilomètres. Puis ils restaient là, à nous

regarder attentivement et à discuter à voix

haute, en faisant de grands gestes. Je savais

bien qu’un jour ils viendraient, plus

nombreux encore, pour m’emmener avec

eux, loin de chez moi. C’était ma destinée,

ce pourquoi j’étais programmé depuis ma

naissance, et j’avais hâte que ce jour arrive

car je me sentais définitivement prêt. Mais,

contrairement aux autres taureaux que l’on

ne revoyait plus et qui tombaient dans

l’oubli, je savais que je reviendrai vainqueur

de cette corrida organisée en mon honneur.

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Il ne pouvait en être autrement ! J’étais

impatient de combattre pour l’honneur de

ma famille, car rien ni personne ne me

résisterait ! Je me sentais si puissant que si

un homme avait eu l’audace de franchir les

barbelés, je l’aurais renvoyé d’un unique

coup de cornes de l’autre côté – sans doute

une fois de plus, sous l’œil amusé de mes

parents.

Lorsque je voyais les gringos

remonter à cheval pour repartir sur le chemin

de terre, je savais que mon jour n’était pas

encore arrivé. Alors, je me remettais

immédiatement à l’entraînement, courant

dans toutes les directions, avec la ferme

intention d’acquérir de plus en plus de

rapidité. Le moindre souffle de vent faisant

bruisser les feuilles des arbres devenait

prétexte à une attaque foudroyante de ma

part. Mes sabots heurtaient le sol en

dispersant presque autant de poussière qu’un

chariot lancé à vive allure.

Et c’est ainsi que j’ai grandi, entouré

de mes parents toujours bienveillants à mon

égard et en prenant le temps de me forger un

caractère bien trempé, celui d’un conquérant

plein de fierté. Ce monde qui m’entourait

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avait été fait pour moi, pour que je m’y

épanouisse en toute quiétude…

Mais aujourd’hui l’heure est venue.

Les caballeros 2 sont arrivés en fin d’aprèsmidi

– plus nombreux que jamais – et en

soulevant comme d’habitude un volumineux

nuage de poussière ocre. Ils se tiennent

regroupés autour d’une grande remorque

bringuebalante, bordée de longues barres de

fer rouillées. Ils n’ont pas eu trop de mal à

m’attraper avec leurs longs lassos voltigeant

dans les airs ; ce fut un simple jeu

d’enfant pour eux ! Mais pour parvenir à me

faire monter dans cette grotesque charrette,

ils devront se surpasser car ils vont se

heurter à une impressionnante force de la

nature.

Les muscles bandés au maximum, je

pousse sur mes pattes arrière en balançant la

tête de tous côtés. Ces hommes vont

apprendre à leurs dépens que le maître ici,

c’est moi ! Je tiens à marquer leurs esprits

pour toujours et sous le regard anxieux de

2 Caballeros : cavaliers, en langue espagnole.

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mes parents, je me débats dans tous les sens

pour fendre l’air chaud d’Andalousie de

quelques coups de cornes bien dosés. Les

chevaux hennissent et se cambrent en levant

leurs pattes antérieures à bonne hauteur,

dans un réflexe défensif. Des hommes se

jettent à terre, parfaitement terrifiés, et du

fond de ma gorge sort un mugissement de

rage : « Je suis un toro bravo et je m’appelle

Conquistador..! »

Bien sûr, je finis par grimper à

grandes enjambées sur le plateau de paille en

faisant grincer les barres d’essieux de cette

carriole ridicule. Celle-ci s’affaisse d’un

coup, attestant de mon imposante masse

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musculaire. Maintenant, je lève les yeux une

dernière fois sur mon territoire et mon regard

croise celui de mon père – qui me sourit

tendrement – et celui de ma mère, dont les

yeux brillent dans la lumière déclinante.

Le voyage est interminable et les

rayons du soleil laissent place à un ciel

obscur et menaçant. La nuit devient noire

comme de l’encre et seuls persistent

quelques points qui scintillent au fin fond de

la voûte céleste. Selon mes parents, il

s’agirait de nos ancêtres, morts au combat, et

qui veillent sur nous tous du haut de leur

paradis.

Dès mon arrivée, je suis conduit dans

mon chiquero 3 de deux mètres sur trois, lui

aussi plongé dans le noir complet. Débute

alors une attente interminable et très

éprouvante, durant laquelle je tends l’oreille

pour capter les sons qui montent des gradins.

Je ne peux rien voir, mais les grondements

sourds de la foule qui chante et applaudit en

saccades répétées évoquent pour moi une

grande fête où tout le monde s’amuse

3 Chiquero : compartiment dans lequel le taureau est

enfermé avant le début de la corrida.

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énormément. Je vais sûrement recevoir enfin

tous les honneurs qui me reviennent et mes

parents sauteront de joie lorsque je leur

raconterai cette soirée mémorable.

Malgré la fraîcheur du soir, je

commence à avoir très chaud dans ce

minuscule espace clos et je laisse

pendouiller ma langue, tant la soif devient

insoutenable. D’ailleurs, je ne comprends

pas pourquoi personne ne m’apporte à boire

alors que cette soirée est censée être un

hommage à ma puissance. Sentant mon sang

bouillonner à l’intérieur de mon corps, je

donne de grands coups de cornes sur les

murs, qui s’effritent de toutes parts depuis

déjà des lustres, semble-t-il. Manifestement,

je ne suis pas le premier à laisser des traces

de mon passage en ce lieu lugubre. Et je suis

pressé de sortir de cette boîte trop étroite,

pour enfin mettre en pratique tout ce que

mon père m’a si durement enseigné.

Alors, dès que la porte s’entrouvre, je

bondis dans l’arène, trop heureux de

m’échapper de ce véritable trou à rat.

J’aperçois des milliers de petites taches

colorées qui ondulent et sautent au rythme

des trompettes et des applaudissements. Mes

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yeux ont beaucoup de mal à s’acclimater à

toute cette lumière éblouissante, mais

j’entends la foule scander mon nom, et cela

me réchauffe le cœur :

« Olé ! Conquistador… Olé toro ! »

Puis, la porte se referme violemment

en claquant derrière moi, ne me laissant

aucune possibilité de retour en arrière.

Immédiatement, je vois passer à proximité

une ombre inquiétante, sans pour autant

réussir à l’identifier. Et malgré mon extrême

concentration, je ne parviens pas vraiment à

saisir de quoi il retourne. J’avance de

quelques pas, regarde à droite puis à gauche,

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et l’ombre revient danser en me narguant

ostensiblement. Alors, comme mon père me

l’a appris durant toutes ces années, je me

prépare à charger, bille en tête et muscles

bandés.

Mais au moment de m’élancer, mon

sabot dérape sur une fine couche de sable,

révélant une flaque d’un liquide rougeâtre.

Je ne comprends pas d’où vient ce sang frais,

il ne m’appartient pas et je n’ai encore, pour

ma part, ouvert le flanc de personne. Je

tourne sur moi-même, à la recherche d’une

proie digne de ce nom. Mais ce que je vois

semble si surprenant que je stoppe net ma

rotation : un être humain multicolore est en

train de sautiller comme un moineau, face à

moi, faisant de grands gestes provocateurs.

Essaierait-il de me défier, ce gringalet qui

paraît si fragile, si vulnérable ? Décidément,

ce drôle d’individu, au costume si étrange,

aime vivre dangereusement ! Il suffirait que

je relève la tête au bon moment pour qu’il

aille voltiger comme une vulgaire toupie tout

en haut des gradins. Mon adversaire risque

fort de rentrer chez lui dans un sale état et

j’en suis désolé pour ses proches ; mais s’il

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continu à me provoquer de la sorte, il faudra

bien que je passe à l’offensive.

Le problème, c’est que je n’arrive pas

à me concentrer avec tout ce bruit

environnant et cette agitation à laquelle je ne

suis pas franchement habitué. Sous mes

sabots, la terre tremble par petites secousses

et ma respiration s’est considérablement

accélérée. À chaque fois que je m’élance

plein d’espoir, mon intouchable rival

disparaît miraculeusement, juste avant

l’impact. Puis, il réapparaît quelques mètres

plus loin, comme pour se moquer de moi.

Il faut dire que cette proie ne

ressemble en rien à celles que je chasse

habituellement et j’ai le sentiment que, quoi

que je fasse, je n’arriverai jamais à

l’encorner. Je continue de courir dans tous

les sens, mais cela ne sert à rien – je

m’épuise et mon halètement devient de plus

en plus rauque. Et bien que j’arrive à frôler

de très près ce clown chétif, aucune de mes

cornes n’atteint le moindre bout de chair

pour en faire gicler le sang.

De plus, sa manière de se déplacer est

si grotesque qu’il commence sérieusement à

m’exaspérer. Ce petit bonhomme ne doit

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guère peser plus de soixante kilos, et

pourtant, il ose se rapprocher de moi de

manière extrêmement agaçante. Je n’y

comprends absolument rien ! Alors qu’il

devrait me fuir, totalement terrifié, il reste là

à me défier sans se soucier des conséquences

éventuelles de son comportement. La foule,

quant à elle, n’arrête pas de crier à chacune

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de mes attaques et j’aperçois même des

enfants, les yeux écarquillés, au milieu de ce

public complètement déchaîné. J’espère ne

pas trop les choquer lorsque je ferai mouche

en l’éventrant brutalement et que son sang

jaillira de tous côtés. J’aimerais tellement me

montrer digne et être à la hauteur des

attentes placées en moi, mais je m’éreinte à

fendre l’air, en vain.

Avec l’énergie du désespoir, je

contracte mes muscles afin de m’élancer une

dernière fois, tel le conquistador que je suis.

Cependant, depuis quelques minutes, je

ressens comme une brûlure qui me déchire la

nuque et cela commence à m’énerver

sérieusement. Le souci, c’est que je ne sais

réellement plus quoi faire. Alors, je me

remémore cette fameuse phrase que mon

père m’obligeait à répéter chaque jour : « Je

suis un toro bravo et, souvenez-vous-en :

mon nom est Conquistador ! »

Néanmoins, je dois bien reconnaître

que mes forces – pourtant si grandes –

m’abandonnent inexorablement. Le combat

est d’une inégalité inouïe car mon ennemi

reste parfaitement insaisissable et toujours

fantomatique pour moi, quoi que je tente.

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Maintenant, je commence à me demander ce

que je fais là, à m’épuiser à force de courir

après un mirage.

En fait, je réalise que jamais il n’a été

question de me donner une chance de

combattre comme un authentique toro

bravo. On m’a emmené loin de mon

territoire, puis l’on m’a affaibli pour enfin

me torturer sans que je puisse me défendre.

Tout cela, sous le regard amusé d’une foule

en délire, composée d’hommes, de femmes

et d’enfants. C’est donc cela qui fait vibrer la

race humaine ? Voir souffrir un animal sans

qu’il puisse se défendre, à armes égales et en

toute loyauté ?

Moi qui croyais être le meilleur, me

voilà en bien mauvaise posture. Tous ces

mois d’entraînement et d’apprentissage du

combat pour en arriver là, à bondir comme

un fou sans espoir de toucher la moindre

cible. Pendant que je m’évertue à suivre

cette marionnette du regard, mon esprit se

brouille, et je sens comme des décharges

électriques transpercer tous les muscles de

mon corps. La douleur qui rampe le long de

mon dos devient carrément insupportable.

Pis encore, j’aperçois du sang frais qui

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uisselle partout sur le sol. Ce doit être le

mien, mais je n’ose pas trop y penser pour

l’instant. Ma vue se dédouble et mon pouls

est monté en flèche. Il ne fait pas très froid,

mais mon corps est parcouru d’intenses

frissons qui me font trembler comme une

feuille. Les battements de mon cœur sont si

violents qu’ils martèlent mes oreilles telles

les percussions sorties directement d’un

tambour. Et ce qui rend ma douleur plus vive

encore, ce sont les hurlements sauvages de

ces êtres humains déchaînés qui réclament

ma mise à mort. Ils se mettent à vociférer,

véritablement en transe, au moment où moi,

le toro bravo de quatre cent cinquante kilos,

je m’effondre en posant un genou, puis deux,

à terre.

C’est donc cela qui leur donne tant de

plaisir ? Me voir crever lentement après cette

affreuse mascarade ? Car c’est bien de cela

dont il s’agit : un faux combat dans lequel je

n’avais pratiquement aucune chance de

vaincre. J’ai de plus en plus de mal à gonfler

mes poumons meurtris et je sens que je suis

à deux doigts de l’évanouissement. Ma

langue pend sur le côté, incontrôlable et

dégoulinante de bave. Je réalise que je suis

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heureux que mes parents ne soient pas là

pour assister à ce spectacle désastreux. Leur

déception et leur chagrin auraient été

immenses et je crois que je n’aurais pas pu le

supporter.

Comment cette foule ose-t-elle hurler

de joie devant tant de cruauté et de

souffrance réunies ? Sincèrement, je n’arrive

pas à le concevoir. Dans l’ensemble du

règne animal, jamais on ne pourrait observer

de tels agissements. Si un animal tue, c’est

pour se nourrir ou se défendre face à un

adversaire qui pourrait lui ôter la vie. Mais,

certainement pas pour se divertir ! Et encore

moins pour amuser un autre animal en se

donnant en spectacle. Seuls les hommes sont

capables d’une telle sauvagerie. Est-ce

réellement cela, le monde idéal des êtres

humains ?! Un monde où règne la violence

gratuite, pour en faire une distraction et

égayer des foules entières, dénuées

précisément de toute humanité… ?

Dans un dernier soubresaut d’orgueil,

je me relève et tourne sur moi-même.

J’aimerais donner l’illusion que ce combat

n’est pas tout à fait terminé et que j’en ai

encore sous les sabots, mais toute la fierté

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qui coulait dans mes veines s’est échappée

par les trous qui parsèment ma peau.

Soudain, ma vue se brouille et mes oreilles

bourdonnent comme si des milliers

d’abeilles s’étaient donné rendez-vous

autour de ma tête. Hélas, je suis bien trop

fatigué pour continuer à réfléchir ou avoir la

moindre réaction de défense. Alors, je

m’effondre de toute ma masse sur le sable

rafraîchi par la nuit. Je ne maîtrise plus mon

corps ni mes muscles qui, bien malgré moi,

sont secoués par de violents spasmes. De

loin, on pourrait croire que je me suis mis à

danser le flamenco au son des trompettes,

mon corps étendu sur le sol.

Petit à petit, j’essaie de reprendre mon

souffle et mes esprits. La douleur s’estompe

peu à peu et, curieusement, j’éprouve un

immense soulagement lorsque mon corps,

bien malgré moi, se relâche. J’ai hâte que ce

carnage déloyal et stupide arrive à son terme

car il est grand temps, pour moi, de retourner

veiller sur mes parents, au cœur de mon

Andalousie natale...

Les paupières mi-closes, je regarde

une dernière fois ce guignol multicolore qui

m’a fait tant de mal et qui me sourit, faisant

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preuve d’une lâcheté épouvantable. Sous les

acclamations du public, il lève les bras bien

haut vers le ciel et scrute la foule à la ronde

en signe de victoire, avant que je ne ferme

les yeux définitivement…

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Voilà ce qu’ont fait les hommes de

cette force de la nature que j’étais ! Et ils se

congratulent chaleureusement en se tapant

dans le dos et en scandant des bravos

tonitruants à travers les gradins bondés de

monde. Ils ont hâte de recommencer leur

petit jeu, d’arracher une fois de plus un

joyau à la nature – cette même nature si

débordante de créativité – pour le réduire en

miettes. Et ils pourront à nouveau danser,

chanter et se féliciter en pataugeant au

milieu d’un bain de sang, aussi rouge que le

leur.

J’étais un magnifique toro bravo de

quatre cent cinquante kilos… Et mes parents

m’avaient prénommé « Conquistador ».

Les dernières lignes de cette histoire ont été grisées

afin d’éviter toute reproduction illicite. Merci de votre

compréhension.

Cette histoire a été librement inspirée de la chanson

« La corrida » interprétée par Francis Cabrel (1994).

Texte : Marc & Nadia Crichi – Illustrations : Alexandre

Amiel.

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Le docker

La nuit venait de tomber sur le port et

enfin, ma longue et douloureuse journée de

travail s’achevait. Certes, elle se terminait

sous une pluie fine et glaciale poussée par le

vent du nord, mais je n’étais pas mécontent

de laisser retomber mes bras le long de mon

corps après tant d’agitation. Cela faisait deux

jours qu’il pleuvait sans discontinuer et

j’avais l’impression que même mes os

étaient trempés, tant j’étais transi de froid.

C’était dans ces moments-là que l’on

reconnaissait les hommes courageux, car

lorsque la tempête pointait le bout de son

nez, beaucoup manquaient à l’appel. Moi, je

marchais le dos courbé comme un vieil

homme usé, car je n’avais pas les moyens de

perdre une journée de travail. C’était comme

ça, le métier de docker : on savait à quelle

heure on embauchait, mais on ne savait

jamais à quelle heure on débaucherait. Par

chez nous, le travail se faisait rare et pour le

conserver, nous étions bien obligés de nous

plier aux exigences de notre employeur.

C’était docker ou chômeur et, heureusement,

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après une longue période d’inactivité –

durant laquelle je n’avais cessé de prendre

du poids – je m’étais fait recruter dans la

boîte où mon père avait travaillé toute sa vie.

Enfin, je commençais à avoir le vent en

poupe, et mon existence allait peut-être

prendre une nouvelle tournure.

— Si vous bossez aussi bien que

Jeannot, votre père, je suis sûr qu’on n’aura

jamais à se plaindre de vous, m’avait dit le

recruteur.

— Je ferai de mon mieux monsieur,

avais-je répondu en hochant la tête avec

révérence.

Les débuts avaient été difficiles et

douloureux. Mais, malgré ce très léger

embonpoint, ma bonne condition physique

m’avait permis d’être engagé durablement

au port de Dunkerque. Cet environnement

aux odeurs d’iode transpercé par les cris

incessants des mouettes, c’était toute ma vie.

J’y traînais déjà mes guêtres lorsque j’étais

môme et, comme mon père avant moi, j’y

travaillais enfin.

Pendant les années 1950, ce port était

devenu le premier de France pour

32


l’importation des fruits et des légumes. Au

départ ou à l’arrivée des bateaux, c’était

nous les dockers qui chargions ou

déchargions les cargaisons de ces monstres

flottants, qui pouvaient atteindre jusqu’à

vingt-deux mètres de tirant d’eau 4 .

Souvent, il arrivait que le cargo ait du

retard sur l’horaire prévu. C’était le cas, ce

jour-là. On voyait tout de suite qu’il était

chargé jusqu’à la gueule, tant sa ligne de

flottaison était haute. Il fallait se dépêcher ;

cette énorme cargaison était essentiellement

constituée de fruits et le chef n’arrêtait pas

de hurler des ordres à tue-tête, de sa grosse

voix agressive :

— Vous allez vous dépêcher, bon

sang ! Ces caisses ne vont pas rester là toute

la nuit ! En plus, je n’vais tout de même pas

faire patienter ma p’tite femme pour dîner.

Alors, grouillez-vous les gars !

Et pour ne rien arranger, un des

palans de déchargement nous avait lâchés.

4 Le tirant d’eau est la hauteur de la partie immergée

(sous l’eau) du bateau. Celle-ci varie en fonction de la

charge transportée. Plus le bateau est lourd et plus il

s’enfonce dans l’eau.

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La plus grosse des poulies était littéralement

tombée en lambeaux, nous obligeant ainsi à

nous coltiner les caisses de la cale avant, à la

force des bras. Et puisque je faisais partie

des nouvelles recrues, le chef n’allait

certainement pas prendre de pincettes pour

me donner ses directives. Il avait donc pris

l’habitude de me changer de poste au cours

des opérations, sous l’œil du capitaine qui

surveillait tout, depuis la baie vitrée du

gaillard d’avant.

La suite est dans le livre…

Histoire librement inspirée de la chanson « Emmenezmoi

» interprétée par Charles Aznavour (1967).

Texte : Marc & Nadia Crichi – Illustrations : Dana In.

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La vie rêvée d’Émilie

Cela fait des lustres qu’Émilie vit

seule dans cette grande ville peuplée de

millions d’habitants qu’est Paris. On ne peut

pas dire que son appartement soit grand,

mais il est plutôt coquet et d’une propreté

remarquable. À tel point que l’on pourrait

même supposer que personne n’y habite

réellement. Tous les objets de décoration

(bibelots, tableaux et autres), ont été choisis

avec grand soin, pour leur originalité et leur

beauté. Même l’album souvenir, où sont

regroupées toutes ses photos personnelles,

est fait du meilleur cuir et recouvert de

belles dorures. On peut y voir une Émilie

bébé, une Émilie adolescente et une jeune

femme souriante devant l’objectif. Toute sa

vie se résume entièrement à ces quelques

photos classées de la plus ancienne à la plus

récente.

On dirait que les années n’ont aucune

prise sur elle. Et pour ceux qui ne la

connaissent pas, il est bien difficile de lui

donner un âge précis. Émilie n’est pas du

genre à faire la grasse matinée, et dès les

premiers rayons du soleil, on la retrouve

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dans sa salle de bain qui déborde de produits

de beauté. Car elle n’oublie jamais de

prendre soin de son apparence physique.

D’ailleurs, elle ne boude pas son plaisir en

suivant de petits rituels de beauté chaque

jour que Dieu fait. Ces gestes, d’une extrême

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dextérité, et qu’elle exécute depuis de si

nombreuses années, pourraient être faits les

yeux fermés. Mais tout ce temps gaspillé en

face de ce miroir – pratiquement deux

heures chaque matin – laisse à penser qu’elle

est attendue quelque part par un quelconque

prétendant. Eh bien, détrompez-vous, car il

n’en est rien ! Elle n’a pas d’amoureux transi

qui l’attend sous sa fenêtre et ne sort

quasiment jamais de chez elle. Les seules

visites qu’elle reçoit sont celles de sa voisine

de palier, Samantha. Cette dernière, un peu

plus jeune qu’elle, se montre sans arrêt

agitée comme une guêpe qui aurait été

dérangée durant son butinage. Tout le

contraire d’Émilie, en fait. Une vraie pile

électrique, cette Samantha ! Et sans cesse à

rebattre les oreilles à Émilie : « On ne sait

pas de quoi demain sera fait. Alors autant

vivre à fond, n’est-ce pas ? »

Mais, pour l’instant, sa voisine est à

son travail et devrait passer la voir en début

de soirée – car aujourd’hui est un jour

spécial.

Donc, après s’être longuement

préparée, Émilie s’aperçoit que son ventre

n’arrête pas de gargouiller. C’est normal,

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elle meurt de faim ! Alors elle se précipite

sur sa télécommande et allume la télé avant

même de préparer son petit-déjeuner. Cela

lui tiendra compagnie et c’est bien le seul

moyen de se tenir informée de ce qu’il se

passe dans le monde. Mais pendant qu’elle

se délecte de ses toasts recouverts de

confiture de châtaigne, une journaliste

évoque la tournée mondiale du prince de

Monaco. Instantanément, Émilie donne alors

libre cours à son imagination :

« Ah… ! Si Son Altesse sérénissime

passait par ici, elle pourrait très bien

s’arrêter quelques minutes pour prendre le

thé avec moi. Je suis sûre qu’Albert

demanderait un petit nuage de lait. Et fort

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heureusement pour moi… et pour lui, j’en ai

dans le frigo ! »

La suite est dans le livre…

Histoire librement inspirée de la chanson « La vie par

procuration » interprétée par Jean-Jacques Goldman

(1985).

Texte : Marc & Nadia Crichi – Illustrations : Alexandre

Amiel.

39


Mathilde

Jacques déjeunait tranquillement sur

la terrasse de son restaurant favori lorsqu’il

vit Mathilde débarquer de l’autocar, les bras

chargés de bagages. Éberlué, il quitta sa

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table à la hâte, et partit en vitesse annoncer

la nouvelle à sa mère.

— Mathilde ? s’étonna-t-elle. Mais, je

croyais que tu avais tourné la page ! Que

c’était de l’histoire ancienne !

— Oui, bien sûr, mais… elle est de

retour, insista-t-il, encore sous le choc. Et je

ne peux pas faire comme si je m’en moquais

totalement.

— Ne crois-tu pas qu’il vaudrait

mieux l’ignorer, plutôt ? Après ce qu’elle t’a

fait subir… lui suggéra sa mère avec une

pointe d’inquiétude dans la voix.

En effet, elle avait été le témoin

impuissant de son horrible supplice, voyant

son fils prostré pendant des heures sans

prononcer le moindre mot, et perdre peu à

peu le goût des choses.

— Je sais bien que je devrais effacer

cette diablesse de ma mémoire, s’emporta-til,

mais si je ne vais pas lui parler, je ne m’en

remettrai jamais… Tu n’auras qu’à faire une

petite prière pour moi, plaisanta-t-il en

laissant sa mère, soucieuse de le voir partagé

ainsi entre l’amour et la haine.

Jacques, ne tenant pas du tout à se

montrer si bouleversé devant elle, partit

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précipitamment en direction du bois voisin.

Il fallait qu’il s’isole du monde extérieur afin

de réfléchir à cette situation inattendue. Le

cœur serré, il n’était pas très enthousiaste à

l’idée d’être confronté à nouveau à son

passé. Arrivé à l’orée du bois, il retrouva

bien vite le petit sentier qui menait à une

étendue d’eau, celle-là même où Mathilde et

lui avaient pour habitude de se baigner

entièrement nus, à l’abri des regards

indiscrets. Dans ce lieu désert, il pourrait se

concentrer sereinement sur les différentes

options qui s’offraient à lui, sans que

quiconque le dérange.

Mais Jacques n’avait pas les réponses

aux questions qui foisonnaient dans sa tête :

« Regrette-t-elle d’être partie ? M’aime-telle

encore ? Et si oui, que faire ? »

En repensant à tout le mal que

Mathilde lui avait fait, il fut submergé par

une puissante vague d’émotions et ne put

retenir ses larmes plus longtemps. Puis, il se

remémora tout l’amour qu’elle lui avait

donné, toute cette joie de vivre et ce bonheur

indescriptible qui lui manquaient tant

aujourd’hui. Son esprit était en ébullition

face à cette soudaine réapparition et il avait

43


ien conscience que, quel que soit son choix,

il ne serait pas sans lourdes conséquences.

Car de prime abord, il avait plutôt envie de

disparaître dans un petit trou de souris.

44


Pourtant, il savait au fond de lui que ce

n’était pas la solution du problème qui le

dévorait de l’intérieur. Il devait absolument

affronter cette situation de face pour ne plus

revivre en boucle cet affreux cauchemar.

La suite est dans le livre…

Histoire librement inspirée de la chanson « Mathilde »

interprétée par Jacques Brel (1963).

Texte : Marc & Nadia Crichi – Illustrations : Christophe

Ribbe.

45


Marinette

Dans ce petit village près de Dijon, la

vie était paisible à souhait. Les habitants

n’étaient pas très riches, mais les maisons

étaient décorées avec goût et les jardins bien

entretenus. La grande majorité d’entre eux

travaillaient à la fabrique de moutarde, à la

sortie de la ville. C’était la plus grosse usine

de la région et le père de Georges y était

employé depuis de nombreuses années. La

qualité exceptionnelle de la moutarde qu’on

y fabriquait avait fait sa renommée à travers

le monde entier.

Mais, même si cette bourgade était

agréable, il n’y avait pas grand-chose à faire

pour les jeunes gens de son âge, et Georges

s’y ennuyait terriblement. Alors, pour passer

le temps, il allait souvent s’asseoir sur la

vieille souche qui trônait au milieu de son

jardin. Là, à l’aide de la guitare qu’il avait

reçue lors de son anniversaire, il composait

de charmantes chansonnettes pour son plus

large public, constitué uniquement de sa

tendre mère…

« J’aime les filles… aux cheveux

bouclés, la-la-la-la, j’aime les filles… qui

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aiment chanter ! », fredonnait-il avec

entrain sous son regard affectueux.

— Oh, que c’est joli ! Tu progresses

de jour en jour, mon chéri ! l’encourageaitelle,

même si, à vrai dire, la mélodie

manquait quelque peu d’harmonie.

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— Oui, c’est vrai, je suis assez

content de moi, répondait-il, tout sourire, en

frappant le sol de son talon pour marquer le

tempo.

Mais, tout en grattant les cordes de

son instrument, Georges rêvait au grand

amour. Il aurait bien voulu faire la

connaissance d’une fille et partager avec elle

son amour pour la musique, par exemple, ou

tout simplement prendre du bon temps en sa

compagnie. Mais trouver l’âme sœur dans un

aussi petit village que le sien s’avérait être

une chose bien compliquée.

Alors, lorsqu’il vit – épiant du fond

de son jardin – une nouvelle famille

emménager en face de chez lui, il se sentit

pousser des ailes. La maison d’en face,

inhabitée depuis de longs mois, avait enfin

trouvé preneur. Et la famille qui s’y installait

semblait composée de personnages très

sympathiques, ce qui ne manqua pas d’attirer

l’attention du jeune homme si désœuvré.

Cerise sur le gâteau : la fille de cette

famille était la plus jolie créature qu’il lui ait

été donné de voir. Immédiatement, Georges

se sentit privilégié par le destin. L’amour lui

tendait les bras, juste là, de l’autre côté de la

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ue. Alors, sans plus attendre, le jeune

homme annonça à sa mère :

— Je vais lui écrire une chanson de

bienvenue ! Cela lui fera plaisir, j’en suis

sûr.

— Bonne idée, mon garçon. Mais, ne

passe pas pour l’idiot du village, applique-

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toi ! Si tu veux faire bonne impression

devant cette fille, il faut que ce soit une très

belle chanson, lui conseilla sa mère.

— Ne t’inquiète pas, maman, je sens

monter en moi une excellente inspiration. Je

suis certain qu’elle tombera sous mon

charme, répondit-il confiant, en grimpant

quatre à quatre les marches de l’escalier

menant à sa chambre.

Georges était sur un petit nuage !

Comment cette superbe demoiselle pourraitelle

résister à autant d’égards ? Une chanson,

rien que pour elle ! Quelle bonne idée !

La suite est dans le livre…

Histoire librement inspirée de la chanson « Marinette »

interprétée par Georges Brassens (1956).

Texte : Marc & Nadia Crichi – Illustrations : Alexandre

Amiel.

51


Mon cher fils,

La lettre égarée

Je t’écris cette lettre afin de soulager ma

conscience avant mon ultime voyage, celui

dont on ne revient jamais. Il m’a fallu

presque soixante ans pour me décider à

rédiger ces quelques lignes et enfin te les

destiner.

Mais aujourd’hui, je suis un vieillard et je

sens que je n’en ai plus pour très longtemps.

Mes os me font atrocement souffrir et ils

craquent à chacun de mes mouvements. La

mort approche à grands pas, inévitable, et

c’est pourquoi je te fais cette extraordinaire

53


évélation avant qu’il ne soit trop tard.

Ta pauvre mère, qui nous a quittés l’année

dernière, a très souvent été sur le point de te

dire la vérité. Mais elle n’a jamais trouvé le

courage de le faire car elle avait trop peur de

ta réaction. C’est pourquoi, maintenant, je me

sens investi de cette mission quelque peu

délicate qui consiste à respecter ses dernières

volontés. Et il m’appartient donc, à présent,

de te raconter toute l’histoire…

Celle-ci remonte à fort longtemps, juste

quelques mois avant ta naissance. À cette

époque, Je logeais dans une chambre de

bonne, dans un bel immeuble parisien. J’étais

étudiant à l’université de la Sorbonne, comme

tu le sais, où je suis censé avoir rencontré ta

mère pour la première fois. Eh bien, sache

qu’en réalité, il n’en est rien. Elle n’était pas

étudiante à Paris et n’habitait même pas la

région.

Donc, un matin, en ouvrant ma boîte aux

lettres, je tombai sur un pli qui avait un petit

quelque chose de spécial. Il faut dire qu’il ne

ressemblait pas au genre de courrier que

j’avais l’habitude de recevoir. D’abord, il

sentait bon ! Incroyable ! C’était la première

54


fois de ma vie que je tenais une lettre dont le

parfum embaumait tout le hall de

l’immeuble, jusqu’à se répandre tout en haut

de la cage d’escalier. En y regardant de plus

près, je remarquai une trace de rouge à lèvres

55


sur le rabat de l’enveloppe. Il s’agissait du

baiser d’une femme, imprimé en guise de

sceau de l’amour. Quoi de plus sensuel ?!

Cela ne manqua pas de piquer ma curiosité,

tu t’en doutes ! Mais le plus surprenant, c’est

que cette lettre, qui commençait à me chauffer

les doigts, ne m’était pas du tout destinée. Elle

était adressée à un certain Alphonse Garnier,

habitant de l’autre côté de la Seine, assez loin

de mon domicile. Étonné, je ne comprenais

absolument pas ce que cet écrin sentimental

venait faire dans ma boîte. J’attribuai donc

cette maldonne à mon facteur, jeune débutant

dans ce métier.

La suite est dans le livre…

Histoire librement inspirée de la chanson « La Lettre »

interprétée par Renan Luce (2007).

Texte : Marc & Nadia Crichi – Illustrations : Dana In.

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Table :

1) Conquistador : ……version papier….….page 15

- Histoire librement inspirée de la chanson « La Corrida »

interprétée par Francis Cabrel (1994).

Texte : Marc & Nadia Crichi – Illustrations : Alexandre

Amiel.

2) Le docker : .…………………….….……………page 37

- Histoire librement inspirée de la chanson « Emmenezmoi

» interprétée par Charles Aznavour (1967).

Texte : Marc & Nadia Crichi – Illustrations : Dana In.

3) La vie rêvée d’Émilie: …….…..……….…..page 51

- Histoire librement inspirée de la chanson « La vie par

procuration » interprétée par Jean-Jacques Goldman

(1985). Texte : Marc & Nadia Crichi – Illustrations :

Alexandre Amiel.

4) Mathilde : ……………….…….………………..page 69

- Histoire librement inspirée de la chanson « Mathilde »

interprétée par Jacques Brel (1963).


Texte : Marc & Nadia Crichi – Illustrations : Christophe

Ribbe.

5) Marinette : ……..…………….…….….………page 83

- Histoire librement inspirée de la chanson « Marinette »

interprétée par Georges Brassens (1956).

Texte : Marc & Nadia Crichi – Illustrations : Alexandre

Amiel.

6) La lettre égarée : ..………..…….……..…page 103

- Histoire librement inspirée de la chanson « La Lettre »

interprétée par Renan Luce (2007).

Texte : Marc & Nadia Crichi – Illustrations : Dana In.


Pour contacter les auteurs :

contact@racontemoiunechanson.fr

Pour découvrir le travail des élèves,

rendez-vous sur notre

Mur des élèves :


Parution du Volume 2 à l’automne 2016


Table du volume 2 :

1) La foule :

- Histoire librement inspirée de la chanson « La foule »

interprétée par Edith Piaf (1957). Texte : Marc & Nadia Crichi –

Illustrations : Christophe Ribbe.

2) Le vieux Mortimer :

- Histoire librement inspirée de la chanson « Papa Tango

Charlie » interprétée par Mort Shuman (1976).Texte : Marc &

Nadia Crichi – Illustrations : Alexandre Amiel.

3) Mon histoire leur a pas plu :

- Histoire librement inspirée de la chanson « Ma chanson leur a

pas plu… » interprétée par Renaud (1983). Texte : Marc & Nadia

Crichi – Illustrations : Dana In.

4) Sing Sing :

- Histoire librement inspirée de la chanson « Sing Sing Song »

interprétée par Claude Nougaro (1965). Texte : Marc & Nadia

Crichi – Illustrations : Franck Pariset.

5) Oh Marie ! :

- Histoire librement inspirée de la chanson « Marie » interprétée

par Johnny Hallyday (2002). Texte : Marc & Nadia Crichi –

Illustrations : Christophe Ribbe.

6) J’suis bidon :

- Histoire librement inspirée de la chanson « Bidon » interprétée

par Alain Souchon (1976). Texte : Marc & Nadia Crichi –

Illustrations : Franck Pariset.

7) Le temps qui passe :

- Histoire librement inspirée de la chanson « L’horloge tourne »

interprétée par Mickaël Miro (2010). Texte : Marc & Nadia Crichi

– Illustrations : Dana In.


Le papier de cet ouvrage est composé de fibres naturelles,

renouvelables, recyclables et fabriquées à partir de bois

provenant

de forêts plantées et cultivées expressément pour

la fabrication de la pâte à papier.

Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949

sur les publications destinées à la jeunesse.

ISBN 978-2-9553530-1-1

Dépôt légal 1 ère publication : octobre 2015.

Edition N° 2 – septembre 2016


Les Éditions du Tourne-disque

Achevé d’imprimer en septembre 2016, par

Printall AS

Tala 4

Tallinn 11415

Estonie.

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