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Ami de la Nature 3 | 2017

VIVRE SAINEMENT |

VIVRE SAINEMENT | FORMATION CONTINUE MARKUS BRAUN: L’ART DE L’ÉQUILIBRE Je suis victime d’un burnout et le monde est fiévreux Burnout, dépression, problèmes cardiovasculaires. Et de l’autre côté, au niveau collectif: sols empoisonnés, pollution des eaux, réfugiés économiques. Il ne suffira sans doute pas d’aborder cette problématique en ne remédiant qu’aux symptômes. Ce qu’il faut, ce sont de bons décideurs économiques. Cet avis est notamment partagé par Markus Braun qui le défend en tant que professeur à la haute école privée de sciences économiques PHW à Berne. Régénérer et croître de façon équilibrée selon les saisons: deux tilleuls à Ballenbühl BE. Markus Braun constate que certains ont des soucis cardiovasculaires tandis que d’autres souffrent de dépression, de problèmes digestifs ou d’un burnout. Nombre de ces symptômes également très fréquents dans nos latitudes sont selon lui étroitement liés à notre mode de vie et de travail. Pour la simple cause qu’il n’y a pas d’équilibre entre le travail et la récupération. Les symptômes pathologiques sont donc aussi l’expression de déséquilibres dans nos vies individuelles. Et ils ressemblent de plus en plus à l’état de notre planète: l’humanité est en train de précipiter l’environnement dans l’abîme. Un burnout au sens propre du terme. Le monde souffre de fièvre, les pôles et glaciers sont en train de fondre, le climat se réchauffe de façon inquiétante. Et la terre ne peut plus digérer les déchets que produit et laisse derrière elle l’humanité. Le nombre croissant de tels symptômes pathologiques entraîne des pertes considérables. Rien qu’en Suisse, selon une étude de l’Université de Zurich, les coûts liés aux dépressions dépassent chaque année dix milliards de francs dont plus de la moitié concerne des compensations d’arrêt de travail. Pour prendre un autre exemple, la SUVA affirme que, dans un cas sur cinq, des troubles de sommeil sont à l’origine d’un accident de travail. L’analyse conclut qu’un développement durable signifie autre chose. Fondations instables Cet irrespect face au développement durable se montre aussi à travers les dommages causés à l’environnement, respectivement à leurs coûts. Ainsi, l’OFEV estime à plusieurs milliards de francs par année ce que coûte la pollution atmosphérique à la santé, aux cultures et aux constructions en Suisse. La même chose vaut pour les endommagements des eaux, du sol et plus généralement pour le réchauffement climatique. Et en regardant un peu plus loin que le bout de notre nez, nous voyons apparaître les fantômes effrayants de mines d’uranium, de cuivre, de champs pétroliers, de mines de charbon, de forêts vierges anéanties… 30 Ami de la Nature 3 | 2017

FORMATION CONTINUE | VIVRE SAINEMENT Pour Markus Braun qui, pendant de longues années, a œuvré dans la gestion sociale et environnementale de la qualité et qui enseigne depuis 2005 en tant que professeur spécialisé en économie durable à l’école des hautes études économiques privée PHW à Berne, une économie présentant des dégâts collatéraux d’une telle ampleur repose sur des fondations instables. En cela, l’économie risque de perdre inexorablement pied précisément parce qu’elle dépend de l’homme et de l’environnement qu’il endommage en cherchant à tout prix le succès économique et en manquant cruellement de respect écologique. Vers une exploitation utile «Die Kunst liegt im Gleichgewicht» (Tout l’art consiste à conserver l’équilibre) est le titre du nouveau livre que Markus Braun consacre à ce sujet. Il y rappelle comme dans ses séminaires devant des étudiants en économie que chaque entreprise nécessite des ressources aussi bien humaines que naturelles (énergie, eau, sol, matières premières etc.). Pour réussir, il faut cependant gérer les aspects sociaux (santé humaine, satisfaction, comportement équitable etc.) et environnementaux. En effet, à long terme, sans un équilibre entre ces deux aspects, tout développement durable est impossible. Ou, comme le résume l’auteur: «Aucune entreprise ne peut se passer de l’homme ni des ressources naturelles de l’environnement. La nature elle aussi nous montre comment elle garde la balance: entre le travail estival et les pauses hivernales, entre construire et déconstruire, entre prendre et donner ou encore entre accélération et décélération.» Des exemples? «De toute façon, je ne peux rien faire»: Markus Braun connaît pertinemment cette phrase et il comprend en partie cette attitude. Mais il sait aussi que l’inverse est également valable. A savoir qu’on peut remédier à une situation fâcheuse et même qu’il le faut! Nous avons suffisamment d’exemples provenant de la politique mondiale, de l’économie ainsi que du domaine familial. Souvent, ce sont les petits pas de chaque individu qui font avancer les choses au niveau social. Au lieu de se focaliser sur les problèmes, l’ouvrage de Markus Braun énumère près de 200 idées visant à davantage d’équilibre, et cela aussi bien par rapport à l’individu qu’à l’environnement. AN. Dans ses prochaines éditions, l’«Ami de la Nature» reviendra sur les thèmes respectifs. MARKUS BRAUN – MODE PRATIQUE Les étudiants suivant ou ayant suivi les séminaires de Markus Braun à l’Ecole des hautes études scientifiques privée de Berne PHW sur la gestion sociale et environnementale, se retrouvent plongés dans le monde du travail, face à la pratique. Au sein de leur entreprise, ils occupent le plus souvent le poste de cadres moyens et travaillent dans toutes sortes de domaines: industrie, bâtiment, administration, secteur bancaire, assurances, organisations à but non lucratif et agriculture. Cela met en valeur l’un des aspects qui tient particulièrement à cœur à Markus Braun: les décideurs économiques aident le principe du développement durable à s’imposer progressivement. 3 | 2017 Ami de la Nature 31