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Au Coeur de la Cooperation France Liban

Ce livre inédit retrace « l’amitié économique » franco-libanaises depuis 1950

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AU CŒUR DE LA COOPÉRATION

FRANCE-LIBAN

1950/2017


AU CŒUR DE LA COOPÉRATION

FRANCE-LIBAN

1950/2017


Couverture : débarquement humanitaire français sur les côtes libanaises, en 1860

Illustration de Provost, publiée dans L’Illustration, Journal Universel, Paris, 1860

© Chambre de commerce franco-libanaise

Toute reproduction ou représentation de ce livre, intégrale ou partielle,

faite sans le consentement de l’éditeur, est interdite.


Table des matières

P 10

LE MOT DU PRÉSIDENT GABY TAMER

PRÉFACES

P 14

P 16

P 18

P 20

P 23

Bruno Foucher, ambassadeur de France au Liban

Rami Adwan, ambassadeur du Liban en France

Didier Kling, président de la CCI Paris Île-de-France

Mohamed Choucair, président de la Fédération des chambres de commerce libanaises

Jacques Saadé, président d’honneur de la CCFL et du conseil d’administration du groupe CMA CGM

HISTOIRES D’APRÈS-GUERRE

P 28

P 36

P 38

P 48

P 50

La Chambre de commerce franco-libanaise : raisons d’être et perspectives

Ahmad Bey Daouk : éminente figure politique et chantre de l’indépendance libanaise

À l’aube des Trente Glorieuses françaises et des années folles libanaises

Riad el Solh, édificateur du Liban post indépendance

Figures de l’indépendance libanaise

LES OFFICIELS S’EXPRIMENT

P 54

P 56

P 58

P 61

P 64

P 65

P 67

P 68

Riad Salamé, gouverneur de la Banque du Liban

Emmanuel Bonne, directeur de cabinet du ministère français de l’Europe et des Affaires

étrangères et ancien ambassadeur de France au Liban

Adnan Kassar, ancien ministre et président des organismes économiques

Roger Nasnas, président du Conseil économique et social libanais

Khalil Karam, ex-ambassadeur du Liban auprès de l’Unesco

Ghadi el Khoury, directeur des affaires diplomatiques et consulaires du ministère des Affaires

étrangères et ex-chargé d’affaires de l’ambassade du Liban en France

Jacques de Lajugie, ministre conseiller pour les affaires économiques et Chef du service

économique pour le Moyen-Orient à l’ambassade de France

Jean-Paul Vermès, vice-président de la CCI Paris Île-de-France

6


APPORT PÉDAGOGIQUE

P 70

P 76

L’ESA, incubateur de talents et modèle de coopération franco-libanaise

Les jésuites au Liban : missionnaires et acteurs de la renaissance culturelle

levantine du XIXe siècle

SUCCESS STORIES

P 86 Fouad Makhzoumi : l’homme qui veut réinventer l’avenir

P 90 Jacques Sarraf, éminent représentant de l’industrie libanaise et méditerranéen engagé

P 92 Salim Zeenni, l’industriel discret

P 94 Rizk Rizk, l’infatigable entrepreneur

P 96 Hassan Hejeij ou la fulgurante réussite libanaise en Afrique

P 98 3 questions à Maroun Chammas, vice-président de Medco et directeur des opérations

du groupe Chammas

P 100 Nizar Choucair ou l’épopée d’une réussite éblouissante

UNE INDUSTRIE-PHARE À L’EXPORT

P 106 Les vins libanais séduisent la France, berceau de cette industrie

ÉCONOMIE / CROISSANCE

QU’EN PENSENT LES PRÉSIDENTS D’ASSOCIATIONS ?

P 114 Joseph Torbey, président du Crédit Libanais et de l’Association des Banques du Liban

P 116 Fady Gemayel, président de l’Association des industriels libanais et PDG

de Gemayel Frères S.A.L.

P 118 Nicolas Chammas, président de l’Association des commerçants de Beyrouth

P 120 Bassam Frenn, directeur de l’Institut de recherche industrielle (IRI)

P 123 Charles Arbid, président de la « Lebanese Franchise Association »

ENTREPRENEURIAT SOCIAL

P 126 Arc en Ciel : ambassadrice d’un modèle de développement durable d’avant-garde

P 130 Fair Trade Lebanon : une référence régionale dans le domaine du commerce équitable

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 7


LE LIBAN EN FRANCE

P 136 Architectes libanais en France : des promoteurs d’une nouvelle urbanité

P 148 La France, soutien essentiel d’une génération montante de réalisateurs libanais

P 153 Le design, une autre vitrine du Liban

P 159 Elie Saab, un pionnier de la haute couture au Liban, un géant de la mode internationale

P 163 Restauration / Hôtellerie – La cuisine libanaise, une révolution fédératrice des palais

P 170 L’Office de tourisme du Liban à Paris, figure de proue du pays du Cèdre en France

P 173 MUREX, une inspiration phénicienne et une gouvernance occidentale

P 177 Bahjat Rizk, attaché culturel du Liban à l’UNESCO, l’inlassable pèlerin d’un pluriculturalisme éclairé

MAISON D’ARTISANS

P 182 Hermès, maison française en plein cœur de Beyrouth

AUTOMOBILE

P 186 La saga Renault au Liban

DIPLOMATIE

P 194 Naji Abi Assi : « En promouvant la paix, la diplomatie dynamise l’économie et les investissements »

P 197 Représentation diplomatique française au Liban depuis l’indépendance

P 202 Représentation diplomatique libanaise en France depuis 1944

MÉDIAS

P 206 Camille Menassa : le journalisme dans le sang

P 209 Le Syndicat de la presse libanaise, éternel défenseur de la liberté et du pluralisme

P 210 Médias francophones au Liban

8


LA RÉSILIENCE FACE À LA CRISE

P 214 Rencontre avec Mounir Douaidy, directeur général de Solidere

P 217 Abniah, histoire d’une réussite dans un secteur en crise

P 219 La contre-attaque de Socodile face aux mutations du marché

DEUX ENTREPRISES LIBANAISES CENTENAIRES

P 222 Le Groupe Fattal

P 224 G. Tamer Holding, plus d’un siècle au service des produits français

BANQUES

P 228 Banque Audi France, tête de pont du Groupe dans l’Union européenne –

Entretien avec Shérine Audi

P 231 Salim Habib : « IBL, une banque dont l’économie et le secteur bancaire peuvent être fiers »

P 234 Coup d’œil sur quelques institutions bancaires

P 244 PORTRAITS D’ENTREPRISES ET D’ASSOCIATIONS

DES MEMBRES DE LA CCFL TÉMOIGNENT

P 272 Hady Farah, membre du bureau de la CCFL et fondateur de Hiram Finance

P 273 Fadi Nesr, président et PDG de GRE & Fadi Nesr Group

P 274 Nicolas Abou Chahine, secrétaire général de la Chambre de commerce franco-libanaise

P 275 LES MEMBRES DE LA CCFL

P 277 REMERCIEMENTS

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 9


10

Le mot du président


1950-2017

Il y a 67 ans, lorsqu’une poignée d’hommes d’affaires désireux de consolider les liens commerciaux

entre le Liban et la France créaient la Chambre de commerce franco-libanaise (CCFL), ces pères

fondateurs étaient bien loin de soupçonner l’ampleur du rôle dont allait s’acquitter, des décennies

plus tard, cette institution. S’étaient-ils imaginé l’énergie, l’enthousiasme et l’esprit d’engagement qui

allaient présider à son action future ? Ils les ont, sans doute, fortement espérés. Et la suite a bien été à

la hauteur de leurs aspirations.

La Chambre a, certes, connu les heures sombres de la guerre, vécu en apnée durant les étouffantes

périodes de crise et de conflits, mais cette phase transcendée, le sursaut a été saisissant. Le nombre

d’initiatives et d’événements mis en place au cours des années écoulées, visant à rapprocher les acteurs

économiques français et libanais et les amener à explorer, ensemble, de nouveaux horizons, en fait foi.

L’article intitulé : « La Chambre de commerce franco-libanaise : raisons d’être et perspectives », figurant

dans cet ouvrage et mettant en exergue les actions de la CCFL au cours des dernières décennies, est

assez éloquent à ce sujet.

Aussi, l’idée de cette publication s’articule-t-elle autour d’un double objectif : elle vise tout d’abord à

communiquer avec les membres, à mieux les familiariser avec l’institution à laquelle ils appartiennent,

mais aussi avec les partenaires dont le soutien nous a toujours été indispensable. Elle aspire, dans un

deuxième temps, à séduire tous les adhérents potentiels, individus et entreprises. Car chaque nouvelle

adhésion est une pierre qui s’ajoute à l’édifice des rapports franco-libanais, un pont de plus qui s’étend

d’une rive à l’autre de la Méditerranée, et une nouvelle perspective qui s’offre à nous tous.

En feuilletant cet ouvrage, vous constaterez également la diversité des sujets qui y sont traités. Bien

que publié par une Chambre de commerce, son contenu ne se limite pas aux aspects économiques

et commerciaux, car il est bien évident que les rapports du Liban avec la France ont été, au fil de

l’histoire, bien plus riches et profonds, empreints d’une dimension culturelle, pédagogique, historique

et humaine…

C’est ce que tente de véhiculer, de manière évidemment non exhaustive, cette publication qui témoigne

que la Chambre de commerce franco-libanaise est plus que jamais au cœur du rapprochement France-

Liban, qu’elle fait feu de tout bois pour mobiliser les troupes et pour en recruter de nouvelles, et qu’elle

est, par-dessus tout, en plein mouvement… comme jamais auparavant.

GABY TAMER

Président de la Chambre de commerce franco-libanaise

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 11


12


Préfaces

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 13


14


L’ENGAGEMENT DE LA CCFL TÉMOIGNE

DE L’INTENSITÉ DE NOTRE RELATION

ÉCONOMIQUE BILATÉRALE

Alors que je viens de prendre mes fonctions d’ambassadeur de France

au Liban, je ne peux que me réjouir du dynamisme dont font preuve

nos différents partenaires économiques, en particulier la Chambre de

commerce franco-libanaise. Leur engagement témoigne directement

de l’intensité de notre relation économique bilatérale, laquelle ne cesse

de se renforcer à mesure que le temps passe.

La France est l’un des tout premiers fournisseurs du Liban et, je tiens

à le souligner, son deuxième client au sein de l’Union Européenne. Nos

deux pays échangent chaque année pour près d’un milliard d’euros

de biens. Notre présence économique se matérialise par la centaine

d’entreprises françaises implantées au Liban, souvent depuis très

longtemps, mais aussi par l’importance de nos investissements directs,

qui ont doublé depuis 2010.

La Chambre de commerce franco-libanaise joue un rôle clef de mise en relation des acteurs

économiques et commerciaux de nos deux pays et le développement de nouveaux courants

d’affaires. Je souhaite qu’elle poursuive ses efforts en vue de déployer toutes les potentialités

que recèle notre relation économique et je lui renouvelle toute notre confiance. Je la remercie

pour cette nouvelle initiative qui est une occasion de plus de célébrer l’excellence de notre

relation bilatérale.

Bruno FOUCHER

Ambassadeur de France au Liban

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 15


16


CHEMINER ENSEMBLE EST

LA DESTINÉE DE LA FRANCE

ET DU LIBAN

Depuis des siècles, la France et le Liban entretiennent des liens culturels

et politiques privilégiés. Il est donc tout à fait normal que le volume des

échanges économiques et commerciaux entre les deux pays reflète,

par son ampleur, la profondeur de l’amitié historique si particulière qui

les unit. Je n’ai cependant aucun doute que les prochaines décennies

verront ces échanges continuer de croître régulièrement, grâce à la

détermination de l’ensemble des acteurs tant publics que privés, au

Liban et en France.

Depuis sa création, la Chambre de commerce franco-libanaise joue

un rôle moteur et de tout premier plan dans le développement et le

renforcement des relations économiques entre le Liban et la France. À

cet effet, elle a bien su tirer profit de l’importante présence libanaise en France, ainsi que

de l’intérêt permanent et tout particulier que portent les acteurs économiques français aux

opportunités que le Liban peut offrir.

Pour ma part, je considère la Chambre de commerce franco-libanaise comme un partenaire

extrêmement crédible et efficace. Je suis, par ailleurs, partisan d’un renforcement du

partenariat public-privé, là où c’est possible. Dès ma prise de fonctions à la tête de

l’ambassade du Liban à Paris, je veillerai à accompagner tous les projets et les initiatives de

la Chambre dans la mesure des moyens disponibles. Je compte aussi porter une attention

particulière aux domaines de la création culturelle et artistique ainsi qu’à celui des nouvelles

technologies qui s’avèrent, à mes yeux, extrêmement prometteurs.

Ensemble avec la Chambre de commerce franco-libanaise, et forts du soutien de nos

partenaires et amis français, nous réussirons à aller encore plus de l’avant, car la destinée

de la France et du Liban est de cheminer ensemble, en dépit des obstacles, guidés par un

même amour de la liberté et une même curiosité du monde et de ses trésors.

Rami Adwan

Ambassadeur du Liban en France

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 17


18


LE LIBAN, UNE PLATEFORME DE

RAYONNEMENT RÉGIONAL POUR

LES ENTREPRISES FRANÇAISES

Les relations entre la France et le Liban sont beaucoup plus que des

relations amicales entre deux nations proches culturellement et

historiquement. Sur le plan économique, les liens entre nos deux pays

sont particulièrement dynamiques. La France est l’un des principaux

partenaires commerciaux du Liban, l’un de ses premiers fournisseurs

et surtout l’un des premiers investisseurs dans le pays du Cèdre.

Le Liban demeure, en effet, un espace unique, un marché francophile

ouvert qui constitue, pour les entreprises françaises, une plateforme

de rayonnement régional indéniable. Sur ce marché très favorable, les

biens et services français bénéficient ‎d’une réputation de qualité et

plus d’une centaine d’entreprises françaises y sont implantées.‎

La CCI Paris Ile-de-France n’a jamais cessé de témoigner son appui au Liban à travers ses

institutions, telles que la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Beyrouth

et du Mont Liban, la Fédération des Chambres de commerce du Liban et naturellement la

Chambre de commerce franco-libanaise.

Celle-ci joue un rôle prépondérant pour animer la dynamique des affaires entre nos deux

pays, et le partenariat entre la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Région Paris

Ile-de-France et la Chambre de commerce franco-libanaise est naturel. Il est né sous la

houlette du président Jacques Saadé, lui-même grand artisan du développement des

relations économiques entre la France et le Liban.

Alors que la CCFL célèbre cette année le 67ème anniversaire de sa fondation, la CCI Paris

Ile-de-France est heureuse de s’associer à cette commémoration et de confirmer son

engagement aux côtés du président Gaby Tamer, qui en porte désormais les ambitions.

Didier KLING

Président de la CCI Paris Ile-de-France

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 19


Interview

MOHAMED CHOUCAIR

« La CCFL a révélé aux Français toute

la potentialité des entreprises libanaises ».

Mohamed Choucair salue la CCFL « qui agit dans l’intérêt des entreprises des deux

pays. Et l’on constate son rapprochement à la fois de la Chambre de Beyrouth et du

Mont-Liban et de la Chambre de Paris Île-de-France » affirme-t-il.

Le président de la CCIA de Beyrouth et du Mont-Liban revient sur la coopération

entre les chambres et propose des pistes pour renforcer les relations économiques

franco-libanaises.

La Chambre de commerce de Beyrouth et

du Mont-Liban a une relation privilégiée avec la CCI

de Paris Île-de-France. Comment renforcer cette

relation au profit des échanges gagnant-gagnant

entre les entreprises des deux pays ?

Effectivement, vous abordez là un sujet essentiel.

Dans sa finalité, une chambre de commerce doit

rechercher le développement des affaires intéressant

les entreprises membres. Tout le reste tourne autour

de cet objectif, organisation consulaire, services à

l’entreprise, foires et délégations commerciales,

études et information, formation des cadres, et j’en

passe… La Chambre de commerce franco-libanaise

(CCFL) agit dans l’intérêt des entreprises des deux

pays, et l’on constate son rapprochement à la fois

de la Chambre de Beyrouth et du Mont-Liban et de

la Chambre de Paris Île-de-France. Il est certain que

ces deux grandes chambres mènent une action qui

tient compte des intérêts réciproques, mais leurs

membres relèvent d’une nation et elles se doivent de

privilégier leurs intérêts. La CCFL, par contre, se doit

d’être à égale distance des deux pays et son action

reflète vraiment l’intérêt commun. Nous l’avons

bien vu dans les derniers projets, notamment la

conférence de la Technologie de l’information et de

la communication qui a révélé aux Français toute la

potentialité des entreprises libanaises, et qui a révélé

aux entreprises libanaises un marché jusqu’alors très

peu exploité. La productivité des deux camps est en

mesure de connaître une amélioration substantielle

et d’occuper un rang nettement plus avancé dans la

concurrence internationale.

À la lumière de la sévère crise économique

qui secoue le Liban depuis 2011, comment

définiriez-vous les relations économiques et

commerciales entre Paris et Beyrouth ?

Les relations économiques entre la France et le Liban

n’ont pas été affectées par la crise mondiale qui a frappé

20


Mohamed Choucair, président de

la Fédération des Chambres de

commerce libanaises.

autant la France que le Liban. Il est évident que les

échanges et les investissements n’ont pas progressé

au rythme d’avant la crise, mais le mouvement a été

somme toute satisfaisant. L’Union européenne est le

premier fournisseur du Liban, avec 8 milliards de dollars

d’exportations l’année dernière, et la France détient le

record des pays de l’UE. Cela a eu lieu à la faveur de

l’Accord d’Association qui ouvre totalement le marché

libanais aux produits de l’UE. Le Liban jouit des mêmes

conditions, mais en pratique, son exportation vers l’UE

est insignifiante. Tous les indicateurs économiques

sont désormais au rouge, la croissance, la balance

des paiements, le déficit budgétaire, pour ne citer que

quelques indicateurs fondamentaux. La fermeture

de nombreuses entreprises nous place dans une

situation de « désinvestissement ». La conséquence

la plus grave est que le pays ne fournit plus d’emplois

à ses jeunes. L’an dernier, 3,500 nouveaux postes ont

été offerts pour une demande s’élevant à 35,000,

alors que le pays supporte la présence de 1,500,000

déplacés syriens.

Vous êtes un partenaire clé des

« Rencontres France-Liban pour des partenariats

gagnants en Afrique », un événement organisé par

la CCFL et la CCI de Paris Île-de-France et qui s’est

tenu à Paris, le 20 octobre 2016, rassemblant des

entreprises des deux pays et du continent africain.

Commentaire.

Depuis plusieurs années j’essaie d’introduire l’idée

et la pratique que l’économie libanaise ne doit pas

être limitée au territoire national, et ce pour plusieurs

raisons. Le Liban compte trois millions huit cent

mille habitants et 12 millions d’émigrés. Le taux

de richesse de la diaspora est beaucoup plus élevé

que celui des résidents. Une grande majorité des

émigrés possède des actifs au Liban où ils se rendent

plusieurs fois par an. La technologie de l’information

et de la communication a déjà modifié de nombreux

aspects de la vie économique. La distance n’a

plus la même importance que jadis. Dans certains

domaines, elle n’a plus d’importance du tout. Les

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 21


Interview

« Il serait souhaitable que le gouvernement accélère les réformes,

élimine la bureaucratie source d’inefficacité et de corruption, restaure

la dynamique des institutions et coopère en toute transparence

avec les organisations économiques. »

sociétés établissent leurs sièges, leurs réseaux de

vente (souvent par Internet) et leurs centres de

production en fonction des caractéristiques du lieu

où s’exerce telle ou telle activité. Il suffit de réunir

certaines conditions pour que l’économie du Liban

prenne la dimension de sa diaspora.

Durant ce forum, vous avez déclaré : « Le

projet “Afrique” est une grande opportunité pour

les entreprises franco-libanaises. Le know-how

des entreprises françaises et la disponibilité de

la diaspora libanaise vont certainement faire la

différence ». Quelles sont les actions envisagées

pour atteindre ces objectifs ?

Sur base de ces constatations, j’ai été amené à créer

une association avec un certain nombre d’émigrés

et d’hommes d’affaires du Liban, et je suis en train

de leur organiser un lieu de rencontre adéquat à la

Chambre, où ils peuvent discuter entre pairs des

affaires et des investissements qui les intéressent,

au Liban et en dehors du Liban. Vous vous imaginez

l’importance du rôle de « catalyseur » que va prendre

la Chambre dans l’orientation des investissements et

la création d’emplois ? C’est cela que je suis en train

d’offrir à nos partenaires de la CCFL, sachant surtout

qu’ils ont su développer une synergie appréciable avec

les entreprises françaises et notre diaspora d’Afrique.

Quel est votre vœu en cette fin d’année

2016 concernant le Liban ?

L’avènement du nouveau gouvernement met fin à

une série d’hypothèses qui condamnaient le Liban

à l’inaction. Rien n’empêche désormais les Libanais

de se prendre en main. Nul n’interviendra pour

dicter au Liban sa conduite. Le tandem Aoun-Hariri

représente tous les Libanais et particulièrement la

majorité silencieuse. S’il existe une dissidence, elle

est désormais infime et ne peut désormais retarder

le mouvement. Les Libanais ont soif de réformes, le

gouvernement va s’y atteler. Il y aura bientôt une loi

électorale qui va rallier la majorité et, tout de suite

après, un parlement constitutionnel et conforme

à l’entente nationale. La situation ne demeure pas

moins critique sur le plan économique qui reflète,

entre autres, le poids des conditions géopolitiques.

Il serait souhaitable que le gouvernement accélère

les réformes, élimine la bureaucratie source

d’inefficacité et de corruption, restaure la dynamique

des institutions et coopère en toute transparence

avec les organisations économiques. n

22


Jacques Saadé, président d’honneur

de la CCFL et président du conseil

d’administration du Groupe CMA CGM

JACQUES SAADÉ

« Je ne peux qu’être satisfait de voir

la France et le Liban nouer de nouveaux

partenariats ensemble ».

Jacques Saadé revient sur ces 28 années de mandat à la tête de la Chambre de

commerce franco-libanaise. Le puissant dirigeant de CMA CGM, le troisième armateur

mondial, se dit fier d’avoir contribué au renforcement des relations économiques

entre la France et le Liban et appelle à poursuivre cette mission.

Fondée en 1950, la Chambre de commerce franco-libanaise a fêté ces cinquante ans sous votre

présidence. Quels sont les accomplissements franco-libanais dont vous êtes le plus fier ?

La France et le Liban entretiennent une amitié historique, une amitié forte que les générations successives

de Français et de Libanais ont su conserver au fil du temps. La création de la Chambre de commerce francolibanaise,

il y a cinquante ans, venait renforcer les relations économiques entre les deux pays, en identifiant

les atouts que présentait le Liban, en mobilisant les différents acteurs et investisseurs de part et d’autre et en

saisissant les opportunités de business des deux pays. Au cours de mes 28 années de mandat à la tête de la

CCFL, voir les relations économiques entre nos deux pays se développer et faire de la France et du Liban des

partenaires économiques forts, est sans aucun doute ma plus grande fierté.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 23


Interview

« Au cours de mes 28 années de mandat à la tête de la CCFL,

voir les relations économiques entre nos deux pays se développer et

faire de la France et du Liban des partenaires économiques forts,

est sans aucun doute ma plus grande fierté. »

La France que vous connaissez si bien et que vous avez aidé à fleurir économiquement en dirigeant

la CMA CGM, que peut-elle apporter au Liban économique en France ? Et au Liban même ?

La France et le Liban ont de nombreux points communs qui favorisent le développement de leurs relations

économiques bilatérales. Ces deux pays sont dotés d’un cadre juridique moderne, et leur législation est

souvent proche. Les systèmes bancaires sont solides des deux côtés. Aujourd’hui, la France importe beaucoup

de marchandises du Liban et le Liban de France. Mais il est possible d’aller encore plus loin. La Chine est

aujourd’hui le premier fournisseur du Liban; la France n’apparaît qu’en deuxième position en termes de valeur.

Dans un monde aussi volatil, complexe et changeant que le nôtre, tout le monde gagnerait à construire des

relations fortes, qui s’inscrivent dans la durée. Plus nous développerons les liens entre nos deux pays, plus

l’économie de chacun s’en trouvera renforcée.

24


La France et le Liban ont des relations historiques et amicales que nous ne présentons plus. Quels

sont les meilleurs outils pour renforcer les relations économiques et commerciales bilatérales à la lumière

du contexte de crise régionale et internationale qui secoue le monde ?

Le contexte de crise régionale et internationale que vous évoquez nécessite d’avoir dans son camp des alliés

solides. Le meilleur moyen d’entretenir une relation économique solide entre deux pays est de construire des

relations presque personnelles fortes entre les chefs d’entreprise de ceux-ci. C’est ce que j’ai cherché à faire

au sein de la CCFL. Le rôle essentiel de la CCFL est donc plus que jamais d’actualité. Nos deux économies sont

d’ailleurs assez complémentaires et peuvent facilement trouver de nouveaux débouchés dans l’autre pays

partenaire. La France a fait preuve de son savoir-faire dans la construction de navires de croisière, d’avions,

d’hélicoptères militaires ainsi que dans l’industrie du luxe, de la haute couture, des produits cosmétiques et

de beauté, avec des marques renommées telles qu’HERMES. J’ai toujours cru dans cette relation forte. C’est

pourquoi, je n’ai jamais interrompu les connexions maritimes que j’ai créées entre la France et le Liban, et ce

depuis la création de la CMA en 1978.

Durant votre présidence, une convention de partenariat a été conclue entre la CCI de Paris Île-de-

France, la CCIA de Beyrouth et du Mont-Liban et la Chambre franco-libanaise, le 4 avril 2011. Commentaire.

Tout ce qui peut contribuer au rapprochement économique des deux pays est une excellente chose. Je ne peux

qu’y souscrire et encourage à ce que cela se poursuive.

Le forum « Rencontres France-Liban pour des partenariats gagnants en Afrique », organisé par la

CCFL et la CCI de Paris Île-de-France en partenariat avec la CCIA de Beyrouth et du Mont-Liban, s’est tenu

à Paris le 20 octobre 2016 et a rassemblé des entreprises des trois pays. Comment réussir ce pari ?

La France a un lien privilégié avec l’Afrique, et aussi avec le Liban. De même, le Liban a aussi un lien

particulier avec l’Afrique, avec une diaspora libanaise importante sur ce continent. Ce forum se construit

donc sur un terrain de coopération naturel. L’Afrique est un continent à l’avenir incroyable. Ce sera, dans

les années à venir, le continent le plus peuplé. Il dispose de ressources naturelles immenses, d’une volonté

très forte d’accélérer son développement. Et, parallèlement à cela, beaucoup de choses sont encore à

construire. Les opportunités de coopération sont immenses, et c’est une vraie chance à la fois pour le Liban

et pour la France. Je ne peux qu’être satisfait de voir la France et le Liban ensemble pour nouer de nouveaux

partenariats avec l’Afrique.

Quels moments forts retenez-vous de votre présidence de l’une des plus anciennes chambres de

commerce bilatérales en France ?

Les souvenirs sont nombreux. Nous avons reçu tellement de ministres, d’ambassadeurs, de chefs

d’entreprise…

Enfin, quel est votre vœu le plus cher concernant l’avenir des relations franco-libanaises ?

Je n’en ai qu’un seul : que les relations franco-libanaises continuent encore de se renforcer. Je pense qu’il faut

continuer à développer les relations culturelles et commerciales entre la France et le Liban, et renforcer le

rapprochement entre ces deux pays qui ont un lien très fort. J’espère aussi que le Liban maintiendra l’usage

privilégié de la langue française qui aujourd’hui recule au profit de l’anglais. n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 25


26


Histoires

d’après-guerre

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 27


Histoires d’après-guerre

LA CHAMBRE DE COMMERCE FRANCO-LIBANAISE :

RAISONS D’ÊTRE ET PERSPECTIVES

Lorsqu’on parle d’une chambre de commerce mixte et non d’une chambre

étrangère établie en France, cela implique forcément certaines obligations à

la charge de l’institution. Il lui faut d’abord être présente dans les deux pays

concernés. Elle se doit ensuite d’être dotée d’un esprit d’équité vis-à-vis des deux

pays qu’elle représente. Enfin, il lui faut assurer un équilibre entre les intérêts de

ces pays, défi quasi permanent à relever. Missions que s’est assignée, depuis sa

fondation, la Chambre de commerce libano-française.

La Chambre de commerce de Marseille (à droite sur la 1ère photo), fondée en 1599, est

considérée comme la plus ancienne au monde (photos début du siècle dernier)

28


Page intérieure du numéro de juillet 1957

L’objectif premier des fondateurs est de promouvoir,

développer et organiser, à travers une association à but

non lucratif, les échanges commerciaux entre la France et le

Liban. On retrouve d’ailleurs déjà, en date du 22 décembre

1953, les traces d’une conférence organisée par la CCFL

intitulée «Le Liban, trait d’union entre la France, le Proche

et le Moyen-Orient»*, avec M. Dumast comme intervenant

principal. Mais ce n’est qu’en avril 1966 que la Chambre de

commerce franco-libanaise est officiellement autorisée, par

arrêté interministériel, à exercer son activité en France.

Déjà en 1957, une revue trimestrielle était publiée par la CCFL

ENTRE HISTOIRE DOCUMENTÉE ET RÉCITS OFFICIEUX

C’est en 1950 que la CCFL est créée à l’initiative de

responsables et d’hommes d’affaires libanais et français de

Marseille, avec le soutien exclusif à l’époque, de la Chambre

de commerce et d’industrie de Marseille (CCI), aujourd’hui

connue sous le nom de Chambre de commerce, d’industrie

et d’agriculture Marseille-Provence (CCIA). L’ancien Premier

ministre du Liban, Ahmad Daouk, en est également l’un des

principaux fondateurs.

Des personnalités du monde économique et des affaires se

succèdent donc, dès 1950, à la tête de la Chambre :

Joseph Khadige, président de l’association des commerçants

du Liban, en sera le premier président, de 1950 à 1954.

Lui succède Robert Tabouis, président de la Compagnie

générale de T.S.F et de la Société Française Radio-Électrique,

qui présidera la Chambre entre 1954 et 1960 et sera le seul

Français non originaire du Liban à accéder à ce poste.

Halim Malhamé, président du port de Beyrouth, occupera

par la suite cette fonction à partir de 1960. La date exacte de

la fin de son mandat demeure incertaine, mais elle se situe

entre les années 1964 et 1965.

C’est une personnalité de l’immigration libanaise en France

qui succède à Malhamé : Édouard Saman, né à Beyrouth en

1912 et fondateur d’une société de négoce de fruits secs à

Marseille en 1937, société qui ne tardera pas à se hisser au

rang des entreprises internationalement reconnues. Saman

exercera ses fonctions à la tête de la Chambre pendant une

bonne vingtaine d’années.

En 1986, les membres de l’Assemblée générale élisent à la

tête de la CCFL, Jacques R. Saadé, président de CMA CGM,

3e groupe mondial de transport maritime. M. Saadé sera

reconduit plus d’une fois dans ses fonctions.

Le 12 mai 2014, Gaby Tamer, industriel et homme d’affaires

basé au Liban, succède à Jacques R. Saadé et devient le 6e

président de la Chambre de commerce franco-libanaise.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN

29


Histoires d’après-guerre

Échange de lettres en 1977, entre Daouk et Saman, attestant des retards de courrier qui sévissaient à l’époque

La CCFL a connu un parcours en dents de scie à l’image de la situation

politique et économique du Liban.

UNE HISTOIRE MOUVEMENTÉE À L’INSTAR DE CELLE DU LIBAN

La CCFL a connu un parcours en dents de scie à l’image de la situation politique et économique du Liban. Aussi, des

retards de courrier assez saisissants ont-ils été enregistrés au cours des périodes instables, comme l’attestent d’ailleurs

les spécimens de lettres ci-dessus, échangées en 1977, en pleine guerre civile libanaise, entre l’ancien Premier ministre

Ahmed Daouk et le président de la CCFL de l’époque, Édouard Saman.

Dès que le pays se trouvait secoué par les crises ou les guerres, une baisse de régime se faisait sentir au niveau des activités

de la CCFL. Celle-ci a, par contre, efficacement accompagné les périodes de reprise économique, à travers de nombreuses

initiatives de rapprochement et de stimulation des échanges entre la France et le Liban.

Les archives de la CCFL ont, elles aussi, connu les tribulations de la guerre, mais les informations quelque peu éparses que

nous avons pu recueillir, confirment qu’une dizaine d’événements et de grandes conférences ont été organisés par la CCFL

entre 1950 et 1988. Il y en a eu probablement des dizaines d’autres, mais il nous est malheureusement impossible d’en

retrouver les traces.

30


RAISONS D’ÊTRE ET PERSPECTIVES

Déjeuner du 23 avril 1975 chez « MAXIM’S », à l’occasion du 25e anniversaire de la CCFL.

De gauche à droite : M. Édouard Saman, président de la Chambre, M. Hubert Argod, ambassadeur de France au Liban, et M. Ahmad Daouk.

NOUVEL OBJECTIF :

RÉÉQUILIBRER LA BALANCE COMMERCIALE

À partir de 1995 et au cours de la période dite de

« reconstruction du Liban », la CCFL réintensifie ses

activités, lançant plusieurs services en appui aux

entreprises françaises souhaitant opérer sur le marché

libanais. Un service de légalisation des documents

d’exportation, tels les factures et les certificats d’origine,

en lien avec le consulat du Liban à Paris, est créé dans

la capitale française afin de faciliter les formalités à ces

entreprises, à l’instar de ce qui se faisait déjà depuis

plusieurs années à Marseille.

Des voyages d’affaires et des déjeuners-rencontres sont

organisés en collaboration avec la CCI de Paris en présence

du Premier ministre de l’époque, feu Rafic Hariri.

En 1998, le Président Jacques R. Saadé décide de

consolider l’activité de la CCFL en recrutant une équipe

opérationnelle permanente. Il lui assigne la mission de

mener une réflexion stratégique qui permettrait à la CCFL

de se positionner comme acteur majeur au niveau des

relations économiques bilatérales.

Lors d’une assemblée générale, le Conseil d’administration

vote alors une série de projets et de mesures proposées

par l’équipe en place, et ce, dans le cadre d’un plan

quinquennal visant à stimuler l’importation de produits

libanais en France. Un budget conséquent y est également

alloué, largement financé en apports numéraires et

matériels par CMA CGM, présidée également par Jacques

R. Saadé.

*Beyrouth, Grand Beyrouth, par Jean-Luc Arnaud

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN

31


Histoires d’après-guerre

LES CINQ AXES DU DÉVELOPPEMENT

À partir de 1998, cinq grands axes de développement visant à promouvoir le « made in Lebanon » ainsi que les échanges

franco-libanais sont réfléchis, implémentés et consolidés par la CCFL

AXE INITIATIVES

1. FORMATION DES ENTREPRISES

Séminaires de formation, dont certains dans le cadre du

plus grand salon mondial de l’alimentation (SIAL), pour

prodiguer conseils et informations aux industriels agroalimentaires

libanais.

Séminaires à l’intention des chefs d’entreprises français

et libanais établis en France, pour mieux appréhender le

marché libanais, en connaître la législation commerciale

et découvrir les mesures incitatives mises en place par les

gouvernements libanais successifs. Plus de 1300 chefs

d’entreprise français sont sensibilisés au marché libanais et

aux opportunités de collaboration avec ce marché.

2. STIMULATION DE L’EXPORTATION LIBANAISE

VERS L’HEXAGONE

Formation des producteurs libanais

Lobbying auprès des institutions publiques françaises

concernées, des acteurs de la grande et moyenne

distribution, des centrales d’achat et des acteurs du fret

aérien, afin de faciliter l’introduction de produits libanais en

France.

Mobilisation de la diaspora libanaise : les ressortissants

libanais habitant dans les arrondissements de Paris à forte

concentration libanaise (XVe et XVIe), sont incités à exiger

des produits libanais aux chefs de rayon des Monoprix, de

manière à pousser ces derniers à faire remonter la demande

auprès de la centrale d’achats. Après sept semaines de

mobilisation, Monoprix commence à introduire des produits

libanais sur ses rayons.

Accord avec la société de restauration collective Score

Services, stipulant que pendant six mois, ses restaurants

d’entreprise serviront des plats libanais à leur clientèle

française. Quelques faits et chiffres concernant ce semestre

gastronomique libanais sont détaillés dans le tableau

figurant sur la page qui suit.

Chaîne du froid établie avec la MEA (Middle East Airlines),

afin d’encourager les épiceries et les importateurs de

produits libanais à aller encore plus loin dans ce commerce.

Ainsi, tous les mercredis et depuis plus de 15 ans, Orienco,

Les Délices d’Orient ainsi que d’autres sociétés de produits

alimentaires, fournissent aux Libanais de France, des fruits

de saison fraîchement importés des provinces libanaises :

abricots, concombres, figues, mûres, courgettes, pêches,

etc.

3. SOUTIEN AU SECTEUR TOURISTIQUE LIBANAIS

Séminaire franco-libanais, réunissant 23 tour-opérateurs

français et 37 libanais, organisé en juin 2001 en partenariat

avec l’Office de Tourisme du Liban, dirigé par Serge Akl et

le ministre de tutelle de l’époque Dr Karam Karam, la CCI

de Beyrouth et son président Adnan Kassar, l’ESA et son

directeur Roger Ourset ainsi que l’Université Saint-Joseph.

Signatures d’accords de partenariat entre tous les touropérateurs

français participants et leurs homologues

libanais, en vertu desquels des voyages clés en main à

destination du Liban sont proposés à la clientèle française.

4. PROMOTION D’ARTISTES LIBANAIS

Campagnes de sensibilisation aux films libanais sortis

en France, avec l’aide de l’Office de Tourisme libanais, afin

d’assurer au 7ème art libanais une longévité maximale dans

les salles.

Expositions collectives et/ou individuelles d’œuvres de

peintres libanais

Organisation de grands concerts (Feyrouz à la salle Pleyel,

Fadia Tomb, Zad Moultaka et Tania Kassis à l’Unesco, etc.)

Défilés de couturiers libanais (Elie Saab, Robert Abi Nader,

Zouheir Mrad, Rabih Keyrouz, etc.), promus ou organisés par

la Chambre.

32


RAISONS D’ÊTRE ET PERSPECTIVES

5. ORGANISATION DE GRANDS ÉVÉNEMENTS

Jumelage entre les villes de Marseille et Beyrouth, parrainé

en 2001 par la CCFL, à Beyrouth. Des visites aux entreprises

et industries libanaises sont organisées pour la délégation

d’hommes d’affaires provençaux ainsi que des dîners

d’affaires au cours desquels les chefs d’entreprises ont pu

sonder les possibilités de partenariat entre les deux villes

riveraines de la Méditerranée.

Dîner de gala à la Résidence des Pins, organisé le 9 octobre

2002 dans le cadre du sommet de la francophonie, en

collaboration avec Marc Veyrat, le grand Chef doublement

étoilé, accompagné de Jean Miot, grand critique

gastronomique au Figaro et ancien directeur de l’AFP

(Agence France-Presse). Les 150 convives, à travers leurs

contributions, ont permis de financer des bourses scolaires

au profit d’étudiants de l’école hôtelière francophone Al

Kafaat.

Documentaire sur les relations économiques francolibanaises,

produit en 2004 et retraçant tous les aspects

des échanges entre les deux pays aux niveaux industriel,

commercial, culturel et touristique. Le film est projeté

au cours d’une grande cérémonie à l’ESA, en présence de

l’ambassadeur de France au Liban Philippe Lecourtier ainsi

que des industriels français et libanais membres de la

Chambre.

Gubal 7000 : événement culturel et économique conçu avec

la collaboration de la CCFL, et destiné à pousser la diaspora

libanaise à renforcer ses liens avec la mère-patrie. Après 4

ans de labeur, la guerre de juillet 2006 vient interrompre la

poursuite des préparatifs qui sont près d’être achevés.

La France au Liban, exposition multisectorielle conçue

et organisée en mars 2010, et lancée par le Conseiller

économique de l’ambassade de France au Liban, Frédéric

Kaplan. Dans le cadre de cet événement, l’ambassadeur de

France au Liban, M. Denis Pietton, encourage vivement les

entreprises françaises à affermir leur présence au Liban.

Le Liban en France, organisée en octobre 2011 au Palais

des Congrès à Paris, fait suite à l’exposition précédente.

Environ 70 exposants y participent et les produits

agroalimentaires y connaissent un franc succès. Les stocks

de vin sont entièrement écoulés. L’exposition est précédée

par une journée des banques libanaises à Paris, à l’initiative

de l’Association des Banques du Liban et en présence du

gouverneur de la Banque du Liban, M. Riad Salamé.

Nouvelles technologies de l’information au Liban : état des

lieux et opportunités : colloque organisé dans les salons

des Arts & Métiers à Paris en septembre 2012. Plus de 80

personnes participent à cette manifestation et plusieurs

contacts ont lieu ouvrant la voie à des partenariats entre

Français et Libanais du secteur.

Situation économique et commerciale au Liban et

perspectives offertes aux entreprises françaises :

conférence organisée en octobre 2013 dans les locaux

de la tour CMA CGM à Marseille, à laquelle participent

des responsables d’organismes économiques français

et libanais ainsi que des chefs d’entreprise du Midi et

d’autres régions françaises.

SEMESTRE GASTRONOMIQUE LIBANAIS : QUELQUES FAITS ET CHIFFRES

> Plus de 60 000 usagers français des restaurants Score ont dégusté des plats libanais pendant six mois.

> Exemples de restaurants d’entreprises ciblés par l’opération : Renault (1800 clients), Institut Pasteur

(2000 clients), CMA CGM (450 clients), Dassault (1500 clients), etc.

> 247 restaurants ciblés.

> 950 chefs cuisiniers français formés à la cuisine libanaise par un chef libanais recruté par la CCFL auprès de

l’école hôtelière Al Kafaat au Liban.

> Kits portatifs en 3D placés dans les 247 restaurants et représentant Baalbeck, Byblos et les sites du Liban.

> Kit d’habits traditionnels libanais pour les 1050 serveurs et caissiers des restaurants de Score Services ayant

participé à l’opération.

> 50 000 exemplaires d’un livret de recettes de 23 plats libanais conçus exclusivement à base de produits libanais,

distribués aux usagers de ces restaurants.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN

33


Histoires d’après-guerre

JUBILÉ DE LA CCFL

Une multitude de conférences et d’événements divers

seront également organisés tout au long de cette période,

promouvant pour la plupart le marché et les produits libanais,

ou abordant les thèmes de la gestion énergétique et de

l’environnement.

Le jubilé de la CCFL, qui a fêté ses 50 ans en l’an 2000,

constituera l’un des événements marquants de cette période.

À cette occasion, la Chambre lancera une étude auprès des

Douanes françaises et libanaises ainsi qu’un appel à projets

auprès d’entreprises françaises et libanaises concernées

par les échanges bilatéraux. 80 entreprises sont nominées

et des prix sont décernés par un jury à 20 entreprises, au

cours de la cérémonie du jubilé qui à lieu au Cercle interallié

de Paris. Sont présents les partenaires historiques de la

CCFL, les CCI de Beyrouth, Paris, Marseille, Le Havre et

Lyon, les Douanes françaises et libanaises, la presse, les

associations professionnelles d’industriels et de négociants,

des consultants en export/import, ainsi qu’une centaine de

chefs d’entreprises.

M. Saadé remettant les trophées aux lauréats

M. Jacques Saadé, président de la CMA CGM et de la CCFL de 1986 à

2014, prononçant son allocution au cours de la cérémonie du jubilé.

Vue générale des participants à la cérémonie du jubilé de la CCFL en

2000, tenue au Cercle interallié de Paris

Photo de groupe des lauréats

34


RAISONS D’ÊTRE ET PERSPECTIVES

Le président de la CCFL, M. Gaby Tamer, prononçant son allocution

de bienvenue à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris

Allocution de M. Mohamed Choucair aux « Rencontres d’affaires France-Liban » du

20 octobre 2016, devant un parterre prestigieux de participants.

L’intervention du gouverneur de la Banque du

Liban, M. Riad Salamé, diffusée sur écran.

RETOUR À LA CASE DÉPART ET REPRISE

Après une phase de léger ralentissement, essentiellement

causée par la guerre de juillet 2006 et les tensions

internes qu’a connues le Liban au cours des années

qui ont suivi, on assiste aujourd’hui à une reprise des

activités de la CCFL sous l’impulsion de son nouveau

conseil d’administration présidé par l’entrepreneur

libanais Gaby Tamer. Au-dedes nombreux projets en

cours, l’année 2016 s’avérera riche en événements et

rencontres organisés par la Chambre, dont le séminaire

sur les opportunités d’investissements dans le secteur

des T.I.C et du numérique organisé en mars 2016 à la

maison de l’UNESCO à Paris, ou la conférence sur les

potentialités et les risques relatifs au secteur du pétrole

et du gaz naturel au Liban, tenue en juin 2016 à l’hôtel

Intercontinental de Paris.

En date du 20 octobre 2016, une manifestation est

organisée au siège de la Chambre de commerce et

d’industrie de Paris, intitulée : « Rencontres d’affaires

France-Liban : pour des partenariats gagnants en Afrique »,

au cours de laquelle interviennent, entre autres, le

gouverneur de la Banque du Liban, M. Riad Salamé, et le Dr

Joseph Khoury, président de la Chambre de Commerce et

d’Industrie Libanaise de Côte d’Ivoire.

Aussi, les portes de la Chambre sont-elles aujourd’hui

ouvertes à tous ceux qui se sentent concernés par les relations

économiques franco-libanaises, qui souhaitent développer

leurs activités à partir du Liban vers la France et viceversa,

ou qui estiment posséder un savoir-faire susceptible

d’apporter à la CCFL une valeur ajoutée qui l’aiderait à

explorer de nouvelles voies. L’union, en cette phase précise

du parcours de la Chambre, fera indiscutablement sa force.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN

35


Histoires d’après-guerre

AHMAD BEY DAOUK : ÉMINENTE FIGURE

POLITIQUE ET CHANTRE DE L’INDÉPENDANCE

LIBANAISE

Ahmad Bey Daouk en mission diplomatique (1945), accrédité en France, sur le croiseur Emile Bertin envoyé par le Général De Gaulle.

Né à Beyrouth en 1892, au sein d’une grande famille de notables impliquée aussi bien dans l’industrie et le commerce

que dans la philanthropie, Ahmad Bey Daouk commence par fréquenter les écoles françaises de Beyrouth avant

d’aller poursuivre, dès 1910, ses études universitaires en France où il obtient, en 1914, un diplôme d’ingénieur de

l’École Nationale des Arts et Métiers d’Aix-en-Provence. Il enchaîne ensuite avec les cours de l’École des hautes

études sociales entre 1914 et 1915.

Embauché par la Société Générale des Sucreries et Raffineries d’Égypte en 1915, il y travaille en tant qu’ingénieur jusqu’en

1919, avant d’être nommé, de 1919 à 1920, conseiller technique auprès de S.M. le roi Hussein I au Hedjaz.

C’est à partir de 1920 qu’il commence à occuper des fonctions au sein de l’administration libanaise, lorsqu’il est nommé

expert près les tribunaux. Il conservera ce poste jusqu’en 1927. En 1926, il est nommé conseiller municipal des villes de

Beyrouth et d’Aley et occupera cette fonction jusqu’en 1941. Au cours de la même période, il agira à titre de conseiller auprès

de l’administration des Waqfs musulmans.

36


Ahmad Bey Daouk avec le premier président de la IVème République,

Vincent Auriol, en 1953 - réception donnée par la Chambre de Commerce de Paris

pour le 150ème anniversaire de sa fondation.

- Entre le 1er décembre 1941 et le 27 juillet 1942, sous sa

propre présidence du Conseil, il occupe le poste de ministre

des Finances.

- En 1943, il est nommé président du Congrès national.

- De 1944 à 1953, il représente le Liban en France comme

ministre plénipotentiaire puis comme ambassadeur de 1953

à 1958.

- En 1958, il est nommé ambassadeur en Espagne.

- En 1960, il est à nouveau nommé Premier ministre par

le président Fouad Chehab, à la tête d’un gouvernement

chargé d’organiser les élections législatives et dans lequel il

sera également responsable du portefeuille de la défense. Il

quittera son poste trois mois plus tard.

Également administrateur dans plusieurs sociétés bancaires,

agricoles, industrielles et immobilières, Ahmad Bey Daouk

ne cessera, en dehors de ses occupations personnelles et

professionnelles, de faire partie de groupements politiques

et économiques, mû qu’il était d’un désir constant de réaliser

l’indépendance et la souveraineté de son pays. Il ne tardera

d’ailleurs pas à accéder à de nombreuses fonctions officielles

majeures :

- Le 10 avril 1941, il est nommé vice-président du Conseil et

ministre des Travaux publics et des Postes et Télégraphes du

gouvernement libanais.

- Au cours de la même année, il est nommé président du

Conseil sous le mandat du président de la République Alfred

Naccache.

Ahmad Bey Daouk avec le Président René Coty (1953-1958)

au cours d’une réception à l’Élysée le 17 mars 1954

Ahmad Bey Daouk a également pris part à diverses

délégations à l’ONU, à l’UNESCO, ainsi qu’à de nombreuses

conférences internationales. Après son second mandat, il

occupe des postes d’administrateur auprès de banques et

de sociétés industrielles et immobilières, et dirige la société

de télécommunications Ogero. Il décèdera à Beyrouth, le 24

août 1979. n

Source : archives Ahmad Bey Daouk

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 37


Histoires d’après-guerre

À L’AUBE DES TRENTE GLORIEUSES FRANÇAISES ET

DES ANNÉES FOLLES LIBANAISES

1950 marque l’année de la création de la Chambre de commerce franco-libanaise.

Une date symbolique à maints égards, qui marque le début d’un essor croisé

entre la France et le Liban.

Le plongeur du pont d’Iéna, 1945 - cliché du célèbre photographe français Robert Doisneau

38


Le Moulin Rouge dans les années 1950

Le mannequin français Bettina Graziani

photographiée par Willy Maywald sur

la Place des Vosges, en 1950

Dès 1926, prenant ainsi ses premières distances

avec le mandat français, le Liban se dote d’une

constitution. En 1943, il devient un pays à part

entière jouissant d’une pleine indépendance. La

République libanaise souveraine était ainsi officiellement

née. Libéré de ses chaînes, le si jeune pays du Cèdre qui

avait soutenu les alliés victorieux de la Deuxième Guerre

mondiale, n’allait pas tarder à se parer de ses plus beaux

atours culturels et économiques.

En parallèle, la France qui sortait épuisée de la guerre,

jouissait quand même, plus que jamais, du goût de sa liberté

retrouvée et de sa victoire remportée sur le nazisme et son

indicible cruauté.

C’est alors que commence à éclore dans les deux capitales,

une forme d’insouciance et une envie folle de vivre. En

France, les livres d’histoire surnommeront cette période

les « Trente Glorieuses », période qui s’étalera de 1945 à

1973 et qui verra la France prospérer économiquement à

travers la reconstruction, l’exportation de son savoir-faire

et l’apport d’un vent de légèreté qui attirera les curieux des

quatre coins du monde.

Le Gaumont-Palace en 1965,

célèbre cinéma parisien aujourd’hui disparu

« Au sortir de la guerre, la vie reprend son cours. On tente

par tous les moyens d’oublier ces années de tourments.

Une nouvelle énergie envahit alors la capitale française,

réputée pour son goût et sa culture. Ce sont les premières

automobiles, l’avènement de la mode féminine, les camelots

qui y vont de leurs boniments, les marchands des quatresaisons

à la Rambut’, les agents de police haut perchés sur

des guitounes, les vitrines de Noël de la Samar’, les jazzmen

venus d’Amérique qui font le plein des caves du Quartier

Latin, Madeleine Renaud qui danse le be-bop ou encore

Line Renaud qui triomphe au Moulin-Rouge… », peut-on lire

dans la préface de Claude Dubois rédigée dans Paris années

1950, un ouvrage regroupant 250 photographies de Paris

au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, immortalisé

par la photographe Anne Crestani.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN

39


Histoires d’après-guerre

Touristes à Paris en 1953

Devant l’Arc de Triomphe au début des années 1960

La France qui sortait épuisée de la guerre, jouissait quand même, plus

que jamais auparavant, du goût de sa liberté retrouvée et de sa victoire

remportée sur le nazisme et son indicible cruauté.

Dans ces années d’après-guerre, tout n’était que joie

et légèreté à Paname, surnom que l’on donnait à Paris à

l’époque. En témoignent notamment tous les clichés de

photographes connus comme Doisneau ou d’autres. La

capitale française était décrite, dans les années 1950,

comme « la ville de la vie, le centre de la culture et de l’art,

la capitale mondiale de la mode et le centre de la vie sociale

européenne. La ville qui offre quelque chose à chacun de

ses visiteurs ».

Il ne faut tout de même pas oublier que le bilan de la

Seconde Guerre mondiale avait été lourd, l’économie

française était dévastée, il fallait reconstruire et

réformer. Cette renaissance avait été en partie rendue

possible, grâce à l’aide américaine et une planification

indicative et prévisionnelle de l’économie, inaugurée avec

le plan Monnet (1947-1952), qui mettait l’accent sur les

secteurs prioritaires indispensables à la reconstruction et

à la remise en marche de l’économie, comme le charbon,

l’acier ou l’électricité. Financé principalement par des

crédits publics et l’aide américaine consentie dans le

cadre du plan Marshall, ce plan avait stimulé l’essor de

la production et assuré la reconstruction économique du

pays. Entre 1945 et 1973, la France connaissait ainsi la

plus forte expansion économique de son histoire et l’une

des plus élevées du monde industriel. D’où le surnom de

« Trente Glorieuses » que lui avait attribué l’économiste

français, Jean Fourastié.

40


À L’AUBE DES TRENTE GLORIEUSES FRANÇAISES ET DES ANNÉES FOLLES LIBANAISES

BEYROUTH ET L’ÂGE D’OR

Comme une sœur jumelle, la ville de Beyrouth vivait, elle aussi son

âge d’or, qui avait commencé dans les années 1950 et devait perdurer

jusqu’au début des années 1970. La capitale libanaise jouait le rôle

d’interface entre le Proche-Orient et l’Europe. Son succès dépassait

d’ailleurs de loin ses frontières fragilisées par une longue histoire

d’interférences étrangères, allant des Croisés en passant par l’Empire

ottoman et jusqu’au mandat français des années 1920. En 1950, il

fallait nécessairement faire escale quelque part pour se rendre dans

le Golfe, et c’est Beyrouth qui avait bénéficié de ce privilège parce

que « c’était beaucoup plus agréable », racontent les voyageurs.

De plus, c’est à travers la place de Beyrouth que s’effectuaient les

transferts d’argent du Golfe vers l’Occident et vice versa, d’où le rôle

de son secteur bancaire qui allait connaître un grand essor.

Sabah au festival de Baalbeck dans les années 1960

Bab Edriss à la fin des années 1950

L’illustre journaliste assassiné, Samir Kassir, écrit si justement dans

son ouvrage, L’Histoire de Beyrouth : « Beyrouth du XIXe puis du

XXe siècle était une métropole régionale qui avait des fonctions

portuaire, bancaire, aéroportuaire mais aussi culturelle, avec les

deux universités créées au XIXe siècle celle des Américains et celle

des jésuites français et une intense activité dans l’édition. Beyrouth

était aussi un centre hospitalier, pendant l’âge d’or des années 1950-

75 ». Par la suite, et ce jusqu’au début des années 70, Beyrouth était

aussi devenue la muse des chanteurs, des poètes, des musiciens,

des artistes et aussi des rêveurs.

Mosaïque de civilisations et de cultures, mais aussi d’idéologies

et de convictions politiques, la capitale libanaise, de 1950 à 1975,

constitua un pôle d’attraction aussi bien pour l’étranger que pour

les autochtones. Elle rassembla en effet, en son cœur, la population

libanaise, toutes communautés et catégories confondues, sans

exception ni préférence.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN

41


Histoires d’après-guerre

Election Miss Europe Casino du Liban 7 juin 1961

LE FASTE DU CASINO DU LIBAN

Le Liban de ces années-là, c’était aussi le Casino du Liban, un des lieux symboliques de cette époque festive par excellence.

Ce complexe touristique et culturel regroupant salles de jeux, théâtre, restaurants, salles de fêtes et de concerts, fut inauguré

le 17 décembre 1959. Le rêve prenait corps. Soudain, la réputation de ce petit pays prenait une ampleur insoupçonnée. On

parlait à l’époque d’un théâtre qui ne désemplissait pas, d’orchestres symphoniques qui se succédaient, de vedettes arabes

et occidentales qui se produisaient sans arrêt, de devises étrangères qui affluaient. Ainsi, le Liban occupait sur l’échiquier

touristique mondial une place de choix, qui lui valut le surnom de Suisse du Moyen-Orient.

Le Casino ne se contenta pas d’ouvrir ses portes aux amateurs du jeu et des loisirs, mais se maintint, des années durant,

comme un haut lieu de la culture et du divertissement, témoin de nombreuses représentations. Y seront notamment à

l’affiche, la troupe de l’Opéra de Paris, la troupe d’Helen Hayes envoyée à la demande du président Kennedy et subventionnée

par le gouvernement américain. Les échos des festivités, mais aussi de la chaleur de l’accueil, avaient pris une ampleur telle

qu’il devint courant de voir défiler au Casino, rois et présidents du monde entier.

Aussi, l’élection de Miss Europe y fut-elle magnifiquement bien organisée entre 1960 et 1965 : de nombreux articles dans

la presse internationale se firent, à l’époque, l’écho du succès de l’événement, et Elsa Maxwell elle-même, la redoutable

chroniqueuse du New York Times, n’hésita pas à qualifier le Casino du Liban de « forum des célébrités ».

42


À L’AUBE DES TRENTE GLORIEUSES FRANÇAISES ET DES ANNÉES FOLLES LIBANAISES

DOLCE VITA À LA LIBANAISE

Conçu par les architectes Edward Durell Stone,

Rodolphe Elias et Ferdinand Dagher, le Phoenicia ou

« La Grande Dame », est inauguré le 23 décembre

1961. À l’époque, le « bon vivre » qu’offre l’hôtel, ainsi

que les spectacles qui se tiennent au Paon Rouge,

son cabaret, font sa réputation. La fin des années 60

et le début des années 70 constitueront l’âge d’or de

cet établissement cinq étoiles.

Parmi les visiteurs illustres qui s’y sont succédé :

Claudia Cardinale, Brigitte Bardot ou encore

Omar Sharif, Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg et

Mohammed Ali. En 1962, Jacques Brel se produit au

Brigite Bardot à la Békaa dans les années 60

Dalida Picadilly 1972

Paon Rouge. En 1963, Charles Aznavour organise un récital

autour de la piscine du Phoenicia, « portant en sautoir la

reproduction d’une pièce antique fabriquée à Beyrouth », liton

dans le livre hommage du Phoenicia.

Quant à Dalida, elle se produira deux fois au théâtre Piccadilly

de la rue Hamra, en 1971 puis en 1973. La chanteuse francoégyptienne

retournera en 1980, pour un concert dans la ville

antique de Byblos.

« Byblos dans ses ruines fabuleuses vieilles de six mille ans,

face à la mer, un projecteur s’allume devant un parterre plein

à craquer… Dalida entre en scène ». La diva chantera Cette

année-là c’était la guerre, et confiera par la suite qu’elle était

une habituée et qu’elle venait « chanter chaque année au

Liban avant la guerre… Une guerre qui ne m’arrêtera pas de

venir chanter », ajoutera-t-elle.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN

43


Histoires d’après-guerre

LA MEA : PREMIERS VOLS VERS PARIS ET ALLIANCE STRATÉGIQUE AVEC AIR FRANCE

C’est au début des années 60, dans ce contexte économique et culturel en pleine ébullition, que la Middle East Airlines,

fondée en 1945 par Saeb Bek Salam, inaugure la ligne Beyrouth-Paris-Beyrouth. L’un de ses premiers vols à l’époque devait

assurer le transport de la troupe folklorique libanaise Al Anwar, pour une représentation au théâtre Sarah Bernhardt à Paris,

à la suite de sa magnifique performance au Casino du Liban. Le pays connaissait alors un afflux sans précédent d’étrangers,

qui incluaient inévitablement le pays du Cèdre dans l’itinéraire de leurs croisières. Hommes d’affaires asiatiques, européens

ou américains, en partance pour les pays du Golfe ou vers l’Égypte, faisaient, eux aussi, un crochet obligé par Beyrouth.

Dès lors, l’essor et l’évolution du transporteur national seront constamment au rendez-vous. Bien après les années fastes

que connut le Liban, Mohammad El-Hout est nommé, dans les années 80, conseiller du gouverneur de la Banque du Liban,

Edmond Naïm, puis à nouveau de Cheikh Michel El Khoury jusqu’en septembre 1993. Lorsque Riad Salamé prend ses

nouvelles fonctions de gouverneur, il nomme El-Hout directeur du département des comptes financiers et propriétés

immobilières, un poste que ce dernier occupera jusqu’en 1998, date à laquelle il sera désigné à la tête de la MEA. Un

ambitieux plan de restructuration s’ensuit, élaboré à l’époque à la demande du Premier ministre Rafic Hariri et du gouverneur

de la Banque Centrale avec le plein soutien des plus hautes autorités françaises.

44


À L’AUBE DES TRENTE GLORIEUSES FRANÇAISES ET DES ANNÉES FOLLES LIBANAISES

Saeb Salam en compagnie du premier

équipage de la Middle East Airlines.

L’ambassadeur Bernard Émie décorant

Mr. Hout chevalier de la legion d’honneur.

Dès octobre 1998, la MEA qui avait cédé tous les appareils

de la vieille génération, bascule entièrement sur Airbus. En

2004, elle dispose déjà de la flotte la plus jeune au monde.

Le 22 août 1998 est lancée l’alliance stratégique avec Air

France qui se concrétise par un partage de codes entre les

deux compagnies dès juin 1999. Ce choix s’imposait au

regard des avantages commerciaux réciproques qu’il offrait,

mais également du fait des liens historiques et culturels

tissés entre les deux compagnies et plus largement, bien

sûr, entre les deux pays. L’aéroport Charles de Gaulle devient

ainsi en 1999 la plateforme stratégique de la MEA et Paris

la première destination de la Compagnie, destination

desservie aujourd’hui par les deux compagnies par trois vols

quotidiens et par quatre lors des hautes saisons.

Ces initiatives réformatrices seront récompensées lorsqu’en

2006, M. El-Hout est décoré Chevalier de la Légion d’honneur

par l’ambassadeur de France au Liban, Bernard Émié, qui lui

remet cette distinction prestigieuse au nom du président de

la République française, M. Jacques Chirac.

En 2012, Middle East Airlines rejoint Skyteam, l’alliance

mondiale de compagnies d’aviation fondée par Air France-

KLM et Delta. La compagnie porte-drapeau du Liban

devient ainsi le second membre de Skyteam au Moyen-

Orient, avec la Saudi Arabian Airlines, offrant ainsi aux

clients de la région l’accès à un vaste réseau mondial.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN

45


46

Histoires d’après-guerre


À L’AUBE DES TRENTE GLORIEUSES FRANÇAISES ET DES ANNÉES FOLLES LIBANAISES

Un de Havilland dragon rapide,

premier avion utilisé par la MEA

Au cours de la même année, la MEA inaugure un nouveau

centre régional de formation des pilotes à l’aéroport de

Beyrouth, avec le soutien d’Airbus. Créé initialement dans

les années cinquante en coordination avec les Nations

unies et l’Organisation mondiale de l’aviation civile,

ce centre avait permis, jusqu’en 1974, l’entraînement

d’environ 2 000 pilotes sur son simulateur d’avion Boeing

707. L’investissement dans cette deuxième phase, dont

le montant s’élève à environ 75 millions de dollars, sera

financé par un emprunt auprès de la banque Audi.

En 2014, M. El-Hout se voit à nouveau décoré, lorsque

les insignes d’Officier dans l’Ordre national de la Légion

d’honneur lui sont remis par l’ambassadeur de France

M. Patrice Paoli, au nom du président de la République

française, M. François Hollande.

Ce fleuron de l’économie nationale qu’est aujourd’hui la MEA,

doté d’une flotte ultramoderne constituée de 20 appareils

desservant 32 destinations, continue de se positionner bien

haut dans les sphères du transport aérien, promouvant

la culture et l’hospitalité libanaises à travers des services

de grande qualité. Fleuron qui avait pris son envol dans

l’effervescence des années folles et des Trente glorieuses

que vivaient simultanément le Liban et la France, et qui

illustre, probablement plus que toute autre chose, les liens

étroits qui unissent les deux pays. n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN

47


Histoires d’après-guerre

RIAD EL SOLH,

ÉDIFICATEUR DU LIBAN POST INDÉPENDANCE

Timbre à l’effigie de Riad Solh, émis en 2015

Né en 1894 à Sidon, au Liban-Sud, et mort assassiné

le 17 juillet 1951 à Amman, en Jordanie, Riad el

Solh est considéré comme l’un des architectes

de l’indépendance du Liban. Durant sa jeunesse,

il fréquente les écoles missionnaires chrétiennes et

l’école ottomane d’État, alors que son père, Rida el Solh,

fait carrière dans l’administration ottomane, exerçant

les fonctions de qa’im maqam (sous-préfet) puis de

mutassarif (préfet ou gouverneur) dans différentes parties

de l’Empire, en particulier dans les Balkans. Il sera plus tard

élu, en 1908, député de Beyrouth au Parlement ottoman.

Bien qu’influencé par la culture politique ottomane, le

jeune Riad s’engage dès 1913 dans le milieu des sociétés

secrètes arabistes, engagement qui suscitera la méfiance

du pouvoir jeune-turc et vaudra au fils comme au père,

d’être exilés à Smyrne.

Dès la fin de la Première Guerre mondiale, Riad el Solh rejoint

l’émir Fayçal à Damas et devient, à 25 ans, gouverneur de

Sidon, la ville dont il est originaire. Son mandat sera toutefois

de courte durée. En effet, Riad fait partie des radicaux

qui n’acceptent ni la séparation du Liban de la Syrie ni les

concessions qu’offre Fayçal aux Français qui, après avoir

occupé Damas en août 1920, condamnent Solh à mort. Ce

dernier se trouve alors contraint de fuir du Liban dans des

circonstances assez particulières.

48


Le Président Riad Solh (2ème à partir de la droite) lors des négociations pour

l’évacuation des forces françaises du Liban, accompagné de Hamid Frangieh et

Ahmad Daouk, respectivement 2ème et 3ème à partir de la gauche.

Exilé, il séjourne en Égypte et en Europe. Ce n’est qu’en 1924

qu’il rentre au Liban pour exercer le métier de journaliste et

défendre la cause arabe en Europe. Dès 1928, il devient l’une

des figures de proue du Bloc national syrien qui s’attelle à

trouver une solution politique avec la France et dont l’action

s’étend sur l’ensemble du Proche-Orient.

Au milieu des années 1930, alors que les contours du

Grand Liban se concrétisent, il prend acte de cette réalité

et, bien que défenseur de l’unité arabe, réoriente son action

politique dans ce sens. Petit à petit, il se positionne comme

la personnalité sunnite la plus importante du pays. Grâce à

sa légendaire finesse politique, il réussira à nouer une double

alliance, d’une part avec le général Spears, le représentant

britannique, de l’autre avec Béchara el-Khoury, qui conduira

au pacte national et à l’indépendance du Liban en 1943.

Premier président du Conseil des ministres post

indépendance, entre 1943 et 1945, Riad el Solh occupera

de nouveau ce poste de 1946 à 1951. Démocrate attaché

au parlementarisme et à l’entente islamo-chrétienne, il

rejettera systématiquement le confessionnalisme et fera

tout pour favoriser le rapprochement et l’égalité entre les

confessions. Son mandat, sous la présidence de Béchara el

Khoury, sera marqué par la mise en place des institutions et

constituera l’édification de l’État libanais indépendant.

Riad el Solh quittant la Chambre des députés, accompagné des députés Rachid

Beydoun, Ibrahim Kanaan, Khalil Takieddine et Chebli Agha el Aryan.

Bien qu’officiellement perpétré par des membres du Parti

social nationaliste syrien (PSNS) pour venger l’exécution

d’Antoun Saadé, le fondateur du parti, le meurtre de Riad

el Solh demeure entouré à ce jour de beaucoup de zones

d’ombre. n

Sources

- Archives famille el Solh

- Beydoun, Ahmad, « Riad al-Solh en son temps (Riyâd Al-Sulh fî zamâni-hi) »,

Beyrouth, Dar An-Nahar, 2011, Transcontinentales [en ligne], 10/11/2011, mis

en ligne le 19 octobre 2011. URL : http: /transcontinentales.revues.org/1143

- Laurens, Henry, « Riad el Solh, fils de l’Empire et père du Liban », L’Orient

Littéraire, numéro 45 [en ligne], mars 2010

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 49


Histoires d’après-guerre

FIGURES

DE L’INDÉPENDANCE

LIBANAISE

Béchara el Khoury (1890-1964)

Premier président de la République libanaise indépendante, après avoir

été deux fois président du Conseil sous le mandat français, en 1927 et

1929. Indépendantiste de la première heure, il sera arrêté et emprisonné

dans la forteresse de Rachaya le 11 novembre 1943, avec notamment

Camille Chamoun et Riad el Solh. Leur libération, le 22 novembre 1943,

marque le jour de l’indépendance du Liban.

Camille Chamoun (1900-1987)

Né dans une famille de Deir el Kamar déportée en 1916 par les Ottomans

en Anatolie, avant de retourner au Liban en 1919, Camille Chamoun

sera le deuxième président de la République libanaise indépendante, de

1952 à 1958. Il se lance en politique à l’âge de 28 ans et devient député

du Mont-Liban en 1934. Fervent partisan de l’indépendance du Liban,

il est arrêté sur ordre des forces mandataires et emprisonné à Rachaya

aux côtés de Béchara el Khoury et Riad el Solh. À la fin de son mandat

présidentiel, il fonde le Parti national libéral, qui jouera un rôle majeur

au cours de l’histoire du Liban post-indépendance.

50


Saëb Salam (1905-2000)

Né dans une famille de notables beyrouthins, sa carrière politique

débute en 1941 lorsqu’il rallie le mouvement indépendantiste opposé

au mandat français. Nommé ministre de l’Intérieur en 1946, il occupera

par la suite quatre fois la fonction de président du Conseil, entre 1952

et 1973. En 1985, après avoir survécu à deux tentatives d’assassinat,

il s’exile en Suisse d’où il jouera un rôle clé dans les négociations des

accords de Taëf, en 1989.

Abdel Hamid Karamé (1890-1950)

Issu d’une des familles les plus en vue de Tripoli, la capitale du Liban-Nord,

famille dont les membres ont historiquement occupé la fonction de mufti

de la ville, il est lui-même nommé à ce poste, avant d’en être écarté par les

Français. Élu député en 1940, il fera partie des figures de l’opposition au

mandat qui seront arrêtées et emprisonnées en 1943. Premier ministre

et ministre des Finances durant une brève période en 1945, ses deux fils,

Rachid et Omar, occuperont tous deux le poste de Premier ministre et

joueront un rôle majeur sur la scène politique libanaise.

Pierre Gemayel (1905-1984)

Né à Bickfaya, village du Mont-Liban, Pierre Gemayel est forcé de fuir

en Égypte, en 1914, son père et son oncle s’étant opposés au régime

ottoman. De retour à la fin de la Première Guerre mondiale, il poursuit

des études de pharmacie à Beyrouth, mais se prend de passion pour

le sport et la politique. Il mène l’équipe du Liban aux jeux Olympiques

d’été de 1936 à Berlin et fonde, dans la même année, le parti Kataëb

qui s’opposera, dès sa formation, au mandat français et plaidera pour

un État indépendant. Gemayel prendra part, en 1943, au soulèvement

contre le mandat qui mènera à l’indépendance. Il émergera par la

suite comme l’un des chefs de file de la droite libanaise et continuera

d’occuper des fonctions officielles et ministérielles importantes jusqu’à

sa mort.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 51


Histoires d’après-guerre

Hamid Frangié (1907-1981)

Issu d’une famille zghortiote influente, Hamid Frangié est élu député dès

1932, à l’âge de 25 ans. Entre 1937 et 1957, il sera systématiquement

réélu à toutes les élections législatives, avant qu’il ne se retire de la

vie politique pour des raisons de santé. Il occupera également plusieurs

postes ministériels entre 1938 et 1955. Il fut l’artisan principal de

l’évacuation des forces françaises du Liban, le 31 décembre 1946,

et celui de l’Accord monétaire (1948) qui servit de base à la monnaie

nationale libanaise.

Habib Abou Chahla (1902-1957)

Né à Beyrouth, Habib Abou Chahla est un politicien libanais qui a présidé

le Parlement libanais entre le 22 octobre 1946 et le 7 avril 1947, et a

été à de nombreuses reprises ministre dans plusieurs gouvernements

libanais. Il est surtout connu pour sa participation, en 1943, à la lutte

pour l’indépendance du Liban, alors qu’il était vice-Premier ministre du

gouvernement Riad el Solh. Il s’était alors retranché dans le village de

Bchamoun avec l’émir Magid Arslan, pour constituer le gouvernement

du Liban libre. Après l’indépendance, il conservera son poste de vice-

Premier ministre jusqu’en 1945.

Magid Arslan (1908-1983)

Né à Choueifat au sein d’une famille d’émirs féodaux dont les ancêtres

avaient combattu les Croisés dès le XIIe siècle, l’émir Magid Arslan est le

fils de l’émir Toufic Arslan qui avait contribué à la création du Grand Liban

en 1920. Il se présente pour la première fois aux élections législatives

en 1931, dans le caza d’Aley, et les remporte. Par la suite, il remportera

systématiquement toutes les élections et conservera son poste de

député jusqu’à sa mort. En 1943, lorsque les héros de l’indépendance

sont arrêtés par les forces mandataires françaises et emprisonnés à

Rachaya, il constituera à partir de Bchamoun, avec le vice-président du

Conseil, Habib Abou Chahla, le gouvernement du Liban libre qui restera

en place jusqu’à la libération des prisonniers et l’accession du Liban à

l’indépendance.

52


Les officiels

s’expriment

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 53


54

Les officiels s’expriment


LA CCFL, UN CATALYSEUR ÉCONOMIQUE

ENTRE LA FRANCE, LE LIBAN ET LES PAYS DE

LA DIASPORA LIBANAISE

Dès leur origine, les Chambres de Commerce ont eu pour mission

de défendre les intérêts des acteurs économiques, tout en leur

assurant les conseils et services nécessaires et, au besoin, la

formation et l’information requises pour leur développement.

C’est dans cette même perspective que s’inscrivent les efforts

de la Chambre de commerce franco-libanaise qui œuvre sans

relâche, depuis sa création, pour le renforcement des relations

économiques privilégiées entre le Liban et la France, pays liés au

départ par des liens historiques et culturels indissociables.

De par mes fonctions à la Banque du Liban, j’ai côtoyé les responsables de la CCFL,

notamment M. Gaby Tamer, et pu être témoin de leurs efforts continus et de leurs

réalisations.

Doublement consciente des atouts compétitifs dont jouissent les entreprises

françaises ainsi que les professionnels libanais implantés au Liban ou à l’étranger,

notamment au Moyen-Orient et en Afrique, la Chambre de commerce franco-libanaise

veille sans cesse à élargir le champ de coopération et de travail des chefs d’entreprise

français et libanais.

Elle coopère étroitement avec les organismes libanais et français concernés pour

promouvoir les échanges, les partenariats, les investissements et les opportunités

de travail dans les domaines de l’économie, du commerce, de l’industrie, de la finance,

voire de l’économie numérique, dans la lignée de la Conférence Accelerate de la

Banque du Liban.

Persuadé que la CCFL restera à l’écoute du marché, pour aider au mieux à la création

de nouvelles sociétés et à l’expansion des entreprises établies, j’ai la ferme conviction

qu’elle poursuivra son rôle de catalyseur économique entre la France et le Liban, d’une

part, et la France et les pays de la diaspora libanaise, d’autre part.

M. Riad SALAMÉ

Gouverneur de la Banque du Liban

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 55


56

Les officiels s’expriment


EMMANUEL BONNE : « NOUS REMERCIONS

LA CCFL, ANIMATRICE PERMANENTE DE LA

RELATION FRANCO-LIBANAISE ».

L’intensité de la relation entre le Liban et la France s’illustre

particulièrement aux niveaux économique et commercial. Le

volume de nos échanges bilatéraux de biens dépasse chaque

année un montant d’un milliard d’euros. La France se place ainsi

parmi les tout premiers partenaires commerciaux du Liban.

Le marché libanais offre de nombreuses opportunités pour les entreprises françaises.

Aujourd’hui, une centaine d’entreprises françaises sont implantées au Liban et leur

présence est visible dans des secteurs très variés, qu’il s’agisse de l’agro-alimentaire,

des services financiers, de la distribution de produits pétroliers ou encore des

télécommunications. Plus de 4 600 entreprises y ont exporté en 2016, c’est plus

qu’en Égypte ou en Arabie Saoudite.

C’est grâce à l’engagement et au dynamisme de nos différents partenaires

économiques, véritables relais d’influence, que cela est possible. La Chambre de

commerce franco-libanaise en est une illustration majeure. Depuis plus de 66

ans, elle œuvre au renforcement de notre relation bilatérale par la mise en contact

d’entrepreneurs libanais et français et l’organisation d’évènements riches et variés

qui favorisent l’émergence de nouveaux courants d’affaires. C’est un point de passage

quasi incontournable pour quiconque souhaite s’établir dans l’un de nos deux pays.

Nous saluons cette nouvelle initiative et remercions chaleureusement la Chambre

de commerce franco-libanaise pour les efforts qu’elle déploie depuis de nombreuses

années et le rôle qu’elle joue dans l’animation permanente de la relation francolibanaise.

Nous lui souhaitons beaucoup de succès dans ses travaux à venir.

Emmanuel BONNE

Directeur de cabinet du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères

Ancien ambassadeur de France au Liban

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 57


Les officiels s’expriment

Adnan Kassar, ancien ministre

et président des organismes

économiques.

ADNAN KASSAR

« Les hommes d’affaires

libanais et français jouissent de

nombreux atouts pour pénétrer

les marchés africains ».

« Le secteur bancaire est l’épine dorsale de l’économie libanaise. Il est financièrement

solide et stable et joue un rôle clé dans le développement et l’élargissement des

relations commerciales avec nos partenaires, en particulier avec la France ». Ce sont

ces atouts compétitifs qui caractérisent l’économie libanaise, et d’autres encore,

que l’ancien ministre et PDG du Groupe Fransabank, Adnan Kassar, expose dans

cette interview.

Comment définiriez-vous les relations

économiques et commerciales entre la France et le

Liban ?

Traditionnellement, la France entretient des relations

privilégiées avec le Liban. L’implication française

au Liban se caractérise par une forte coopération

économique et culturelle ainsi que par un soutien

politique, la France étant pleinement attachée au

renforcement de l’unité, de l’indépendance, de

la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la

stabilité du pays du Cèdre. L’engagement global de

la France au Liban se reflète favorablement sur les

relations économiques et commerciales entre les

deux pays. La France est un partenaire commercial

clé pour le Liban et se trouve classée quatrième pays

parmi les destinations d’exportations du Liban et en

troisième position en ce qui concerne les sources

d’importations. Durant la période de 2011 à 2015, les

exportations libanaises vers la France ont augmenté

de 24% soit 148 millions de dollars, représentant

ainsi 6,4% du total des exportations libanaises. Quant

aux importations en provenance de France, elles ont

été estimées à 1,3 milliard de dollars pour 2015, ce

qui constitue 7,8% du total de nos importations.

En cette période de crises multiples que traversent

le Liban, la région et le monde, comment renforcer

les relations économiques entre les entreprises

libanaises et françaises ?

Bien que les pressions sur le pays aient plusieurs

visages et se soient prolongées, le Liban a su faire

preuve de détermination en ce qui concerne le

contexte sécuritaire. Cependant, la crise en Syrie

a un impact dramatique sur le Liban. En effet, le

58


pays du Cèdre ne peut pas assumer seul le coût de

cet afflux sans précédent de réfugiés syriens. Un

appui considérable de la part de la communauté

internationale, et en particulier de la France, est

absolument nécessaire pour remédier aux effets

négatifs de la crise en cours. Nous espérons

vraiment une solution politique rapide à la crise

persistante en Syrie et sommes prêts à participer

activement au processus de reconstruction. En

effet, nos partenaires français sont à même de tirer

parti des possibilités qu’offrira la reconstruction de

la Syrie d’après-guerre. D’autre part, les entreprises

privées libanaises et françaises s’appuient en

grande partie sur ces entités réputées que sont la

Chambre de commerce franco-libanaise (CCFL) et

la Chambre de commerce franco-arabe (CCFA) qui

a été fondée en 1970. Ces deux entités servent nos

intérêts communs et ont joué un rôle important

dans la promotion de nos relations économiques

bilatérales. D’ailleurs, je suis fier du rôle que j’ai

joué et de ma longue implication auprès de ces deux

entités durant plusieurs décennies. Je suis et resterai

toujours engagé auprès de ces deux chambres

et j’apprécie vraiment le travail réalisé par ces

dernières pour renforcer les relations économiques

libanaises, arabes et françaises. Quant à l’avenir, je

souligne l’importance de favoriser le développement

des petites et moyennes entreprises et d’élargir

la coopération et les coentreprises entre les PME

libanaises et françaises.

Quel rôle pourraient jouer les banques

libanaises pour renforcer les liens commerciaux

entre les entrepreneurs des deux pays?

Les banques libanaises jouent un rôle important à

cet égard. Elles ont développé des relations solides

avec les banques internationales correspondantes,

en particulier en France. La communication ouverte,

l’observation stricte des règlements et des lois et les

réponses rapides sont quelques exemples d’efforts

engagés mutuellement. En réalité, ce secteur

est l’épine dorsale de l’économie libanaise. Il est

financièrement solide et stable et joue un rôle clé

dans l’économie libanaise et dans le développement

et l’élargissement des relations commerciales avec

nos partenaires commerciaux, en particulier avec

la France. Le secteur bancaire libanais représente

presque le quadruple de la taille du PIB avec des

dépôts bancaires en croissance annuelle de 7% à 8%

qui sont au cœur de la capacité du pays à gérer et à

atténuer les risques externes, et qui ont également

permis d’éviter les répercussions négatives du

dernier ralentissement économique mondial et des

perturbations régionales.

Quels sont les secteurs économiques qu’il

faudrait développer pour contribuer à l’amélioration

des relations bilatérales ?

Le Liban offre l’un des climats d’investissement les

plus libéraux de la région arabe. Son économie est

dirigée par un secteur privé énergique qui joue un

rôle majeur dans divers domaines économiques,

en particulier les secteurs des services et des

finances, secteurs reconnus pour leur résilience,

leur dynamisme et leurs liquidités. Il existe un large

éventail d’opportunités pour renforcer les relations

commerciales et d’investissement bilatérales, en

particulier dans l’industrie manufacturière, l’agroindustrie,

les technologies de l’information, les

médias et le tourisme. L’ouverture de notre pays

est soutenue par une main-d’œuvre hautement

qualifiée et des niveaux de consommation locale

relativement élevés.

La Chambre de commerce franco-libanaise

(CCFL) a longtemps été dirigée par votre ami,

Jacques Saadé. Commentaire.

C’est un ami qui m’est très cher et nous partageons

de nombreuses initiatives et de nombreux

engagements envers notre pays d’origine le Liban, et

envers la France et les relations libano-françaises à

tous les niveaux. Il est avant tout un visionnaire et un

entrepreneur reconnu dans le milieu du commerce

mondial.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 59


Les officiels s’expriment

« Je crois fermement que l’économie libanaise,

qui a des antécédents de chocs sévères, a

l’opportunité de changer le cours négatif des

choses grâce aux points forts dont jouit le Liban

et avec l’aide d’amis et d’alliés stratégiques, à

savoir, nos partenaires français. »

La CCFL présidée par Gaby Tamer a

organisé, en partenariat avec la CCI de Paris Île-de-

France et la CCIA de Beyrouth et du Mont-Liban, un

forum d’envergure Liban-France-Afrique qui s’est

tenu à Paris le 20 octobre 2016. Quels résultats

escomptez-vous de cet événement ?

En effet, c’est un forum très important et je félicite

mon ami Gaby Tamer et ses collaborateurs pour

l’organisation de cet évènement de premier plan.

Je souhaite un plein succès à cette initiative et

espère qu’elle apportera des avantages substantiels

à toutes les parties concernées. Les hommes

d’affaires libanais et français jouissent de nombreux

atouts et de compétences suffisantes pour pénétrer

les marchés africains, et sont bien placés pour

explorer toutes les possibilités et les opportunités

fructueuses.

Enfin, comment le Liban peut-il redorer

son économie ?

Je crois fermement que l’économie libanaise, qui a

des antécédents de chocs sévères, a l’opportunité

de changer le cours négatif des choses grâce aux

points forts dont jouit le Liban et avec l’aide d’amis

et d’alliés stratégiques, à savoir, nos partenaires

français. Il est maintenant crucial que les partis

politiques libanais mettent leurs différends de côté

et unissent leurs efforts afin de servir les intérêts

de notre pays et les intérêts de l’économie et du

peuple libanais. C’est le seul moyen d’accroître le

flux des investissements, de permettre la mise en

œuvre des réformes si nécessaires pour réduire

le coût des affaires, et de développer le potentiel

du pays en exploitant les ressources pétrolières

et gazières offshore qui dépassent 25 trillions de

pieds cubes. Je suis persuadé que la France, comme

toujours, peut jouer un rôle majeur à cet égard et je

reste convaincu que notre économie va renaître et

se développer.

En fait, en dépit des problèmes politiques

internes actuels, le Liban a réussi à attirer des

investissements considérables en termes relatifs.

Compte tenu de la taille du pays et du PIB par rapport

aux entrées d’investissements directs étrangers

(IDE), le Liban reste en tête de liste dans la région

arabe, les entrées d’IDE représentant 4,57% du PIB.

Imaginez donc ce que l’économie pourra réaliser

lorsque les différends internes seront résolus. Et je

suis persuadé qu’ils le seront. n

60


ROGER NASNAS

« Le Conseil économique et social libanais a été

inspiré du modèle français ».

Le président du Conseil économique et social libanais (CES) et de la Ligue des CES

arabes revient, dans ces colonnes, sur le rôle-clé joué par ces deux institutions, tant

au niveau économique que social. « L’État a grand intérêt à connaître à l’avance la

position et la réaction des diverses composantes de la société pour jouer efficacement

son rôle d’arbitre », soutient notamment Roger Nasnas, qui met en lumière la

mission majeure dont s’acquitte le CES en tant qu’institution consultative.

Une des décisions de l’accord de Taëf

(1989) a été de créer le Conseil économique et

social. Un décret-loi a été promulgué à cet effet en

1995, mais il a fallu attendre janvier 2000 pour que

ce Conseil voie effectivement le jour. Quel statut

a-t-il aujourd’hui ?

« Taëf a été un évènement fondateur dans la vie

nationale libanaise. Il devait consacrer l’entente

à long terme des Libanais. La contribution d’une

institution comme le Conseil économique et social, à

la consolidation de l’entente, coulait de source. Les

Libanais, particulièrement les syndicats, réclamaient

depuis longtemps la création d’un CES et le moment

était venu de le faire. Les membres du CES ont été

nommés par décret pris en Conseil des ministres, en

1999, sur la base d’une liste de candidats soumise par

les organisations qualifiées, représentant la société

civile dans toutes ses composantes : associations

économiques, syndicats de professions libérales,

syndicats d’employés et d’ouvriers, organisations de

la société civile incluant les experts, les intellectuels

et les émigrés ».

Quelles sont les compétences du Conseil

économique et social ?

« L’ancien président du CESE français, Jacques

Dermagne, avait l’habitude de dire : “Le CES est

l’assemblée du premier mot ; le Parlement celle du

dernier mot”. Le CES est un organisme consultatif

auquel a recours le gouvernement et parfois le

Parlement pour prendre le pouls de la nation

par rapport à certaines décisions dont l’impact

peut être négatif sur certains groupes sociaux.

Le gouvernement a le devoir de prendre l’avis du

CES en matière économique ou sociale, mais il

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 61


Les officiels s’expriment

Roger Nasnas, Président du Conseil

économique et social libanais (CES)

et de la Ligue des CES arabes.

conserve l’entière liberté d’en tenir compte ou non.

Le Parlement va trancher en dernier ressort, en

bénéficiant de l’information la plus élargie possible ».

On dit souvent que le Conseil économique et

social est une nécessité pour le dialogue social au

Liban. Expliquez-nous.

« Le Conseil économique et social est l’école et le

cénacle naturel du dialogue social. Les membres du

CES doivent avoir une pratique du dialogue qui se

perfectionnera et donnera sa pleine mesure dans

les débats autour des questions économiques et

sociales. Au Liban, où les sources de conflits sont

nombreuses et font souvent échec à l’exercice

d’une vraie démocratie, le CES paraît comme une

plateforme où la démocratie prend tous ses droits,

et qui pourrait servir les divers aspects de la vie

communautaire ».

Quelle est votre vision globale pour le

redressement du Liban ? Comment en finir avec les

conflits pour entamer un chantier de redressement

socioéconomique du pays ?

« Cette question dépasse le cadre du CES. Cependant,

la prospérité générale et l’équité dans la répartition

des revenus sont deux piliers solides de la paix sociale

et de la sécurité nationale. C’est pourquoi Le Liban de

demain, qui a été réalisé avec un groupe d’experts et

proposé aux décideurs et à la société civile, évite le

ton moralisateur du discours politique et analyse les

conditions d’une reprise au Liban, qui ramènerait le pays

au rang des pays émergents. Nous invitons d’ailleurs

les organisations qualifiées et les responsables à

discuter et à enrichir de leurs connaissances et de leurs

expériences cet ouvrage, qui traite des dispositions

capables de restaurer la rationalité au niveau

économique et définit les politiques publiques qui

doivent soutenir ce mouvement ; du “contrat social”

62


« L’État a grand intérêt à connaître à l’avance la position et la réaction

des diverses composantes de la société pour jouer efficacement son rôle

d’arbitre », soutient notamment Roger Nasnas

qui doit accompagner le recouvrement économique et

des réformes conçues par de grands commis de l’État,

et que la situation déplorable du pays a empêché de

réaliser ».

bénéficié. Avec l’appui de ces deux organisations

majeures, l’OIT et l’OAT, la Ligue des CES va s’atteler

à promouvoir les CES dans tous les pays arabes et

faciliter leur formation ».

Un accord de coopération avec le CES

de France a été signé il y a quelques années. Que

stipule cet accord concrètement ?

« Les CES ont la faculté d’entreprendre des contacts

directs et de coopérer dans tous les domaines de leur

compétence. Il se fait aussi que les CES ont l’habitude

de partager les “bonnes pratiques”, et plus ils ont de

contacts, plus ils évoluent rapidement au bénéfice de

leurs nations respectives. La coopération avec le CESE

(Conseil économique, social et environnemental)

français a commencé dès l’année 2000, lors de

la formation du CES libanais, et n’a jamais cessé.

D’ailleurs, le CES libanais a été inspiré du modèle

français et beaucoup de pratiques adoptées par la

suite ou prévues dans les projets de réformes sont

dues au CESE français ».

Vous venez d’être élu à l’unanimité à

la tête de la Ligue des CES arabes par les pays

membres. Vous vous êtes engagé à « œuvrer pour

la création d’un CES dans tous les pays arabes qui

n’en disposent pas » et à « établir une coopération

avec les autres rassemblements de CES régionaux

et internationaux ». Commentaire.

« Mes pairs m’ont honoré de leur vote lors de

la réunion du 4 avril 2017, tenue à Beyrouth, en

présence du Secrétaire général de l’Organisation

arabe du travail (OAT) et du ministre du Travail

en Égypte, qui représentait son pays à la réunion.

L’Organisation internationale du travail (OIT)

prodigue aussi le même support aux CES dans

le monde et le CES libanais en a maintes fois

Vous êtes également le président-directeur

général d’AXA Middle East. Comment voyez-vous

l’avenir des relations économiques entre la France

et le Liban ?

« Notre maison représente l’assurance française

depuis plus d’un siècle. C’est dire la réputation et

la compétence que nous avons acquises au cours

des années. Ces compétences ont été largement

renforcées par le partenariat avec AXA, une société

leader dans le monde. Les relations économiques

entre la France et le Liban ont toujours été privilégiées

et ont couvert tous les domaines de coopération. La

France est l’un de nos principaux fournisseurs, le

premier investisseur européen au Liban. Beaucoup

de sociétés libanaises ont pignon sur rue à Paris.

120 000 Libanais d’origine vivent et travaillent

actuellement en France. Les plus grandes marques

françaises sont franchisées au Liban qui leur sert de

vitrine et de tremplin vers les pays du Golfe ».

Quel lien le CES entretient-il avec la

Chambre de commerce franco-libanaise présidée

par Gaby Tamer ?

« Le président Tamer est l’ami de toute une vie.

Nous avons également fait partie de la Chambre de

commerce franco-libanaise durant le long mandat de

son chef historique, le président Jacques Saadé. Le

dynamisme et le savoir-faire de Gaby Tamer et l’appui

constant de Jacques Saadé feront certainement

avancer les choses au profit des entreprises

françaises et libanaises ». n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 63


Les officiels s’expriment

KHALIL KARAM

Le Liban et la francophonie

Le terme « francophonie » apparaît vers la fin du XIXe siècle pour

décrire l’ensemble des personnes et des pays ayant en commun la

langue française. Quelques années plus tard, de grandes personnalités

éclairées, dont le Libanais Charles Hélou, prennent conscience de

l’existence d’un espace linguistique partagé, propice aux échanges tant

culturels que désormais économiques, qui deviendra l’Organisation

internationale de la francophonie (OIF) à laquelle participe la

Représentation diplomatique du Liban à l’UNESCO.

S.E. M. Khalil Karam, ambassadeur

du Liban auprès de l’UNESCO

«Dans les décombres du colonialisme, nous avons trouvé

cet outil merveilleux, la langue française», déclarait Léopold

Sédar Senghor, ancien président du Sénégal.

Cette belle phrase de Senghor résume la philosophie des

pères fondateurs de la francophonie institutionnelle.

Quatre grands hommes d’État ont, en effet, collaboré à

la naissance de la francophonie aux côtés du Sénégalais

Sédar Senghor : le Tunisien Habib Bourguiba, le Prince

Norodom Sihanouk du Cambodge, le Nigérien Hamani Diori

et le Libanais Charles Hélou.

C’est donc le 20 mars 1970, qu’est créée à Niamey, l’Agence

de coopération culturelle et technique (ACCT) par les

représentants de 21 États. En 1998, le projet prend le nom

d’Agence intergouvernementale de la francophone (AIF)

avant de devenir, en 2005, l’actuelle OIF au sein de laquelle

le Liban est un pays très actif.

Parmi les principaux événements francophones auxquels

j’ai eu l’honneur d’être associé, on peut citer le IXe Sommet

de la Francophonie à Beyrouth, en 2002, durant lequel

Abdou Diouf, ancien président du Sénégal, est élu Secrétaire

général de la francophonie. L’Algérie participe alors pour la

première fois en tant qu’invitée spéciale, en la personne de

son président Abdelaziz Bouteflika.

En 2009, ont lieu les Jeux de la Francophonie à Beyrouth.

Le 20 novembre 2014, à l’UNESCO, où j’ai l’honneur de

servir le Liban en qualité d’ambassadeur, le Secrétaire

général de la francophonie, Abdo Diouf, décerne la médaille

Senghor à la chanteuse libanaise Magida El Roumi – la plus

haute décoration que l’Organisation internationale de la

francophonie attribue à qui s’est distingué dans le monde

des arts, de la culture ou des lettres – pour sa prestation

lors des 6e Jeux de la Francophonie.

Parmi les rôles joués au sein de la francophonie, citons

la représentation du Liban au Conseil permanent de la

Francophonie, de 2008 à 2012, et la fonction de membre

du conseil d’administration de l’Agence universitaire de la

francophonie, de 2009 à 2011. En 2010, le Liban est le premier

signataire du Pacte linguistique du Sommet de Montreux.

Il est important de noter que nous prêtons aussi une

attention particulière aux activités du Liban au sein de

l’Association des écrivains de langue française (ADELF),

de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), de

l’Association des maires francophones… toujours dans

un esprit de consolidation des liens avec la francophonie.

Le salon du livre francophone de Beyrouth en est un

vibrant témoignage avec ses dizaines d’auteurs libanais

francophones.

Amin Maalouf, Prix Goncourt et seul Libanais académicien à

ce jour, témoigne d’ailleurs en ces termes : « Je suis sensible

au fait que la langue française rassemble des pays du Nord

et du Sud, d’Orient et d’Occident, qui ressentent un lien

particulier entre eux et trouvent un espace de dialogue ».

Au-dede sa dimension culturelle, la francophonie

s’exprime en termes politiques, mais aussi d’intérêts

économiques auxquels les Libanais participent activement,

que ce soit au Liban, au Canada, en Afrique francophone

ou en France, à travers les multiples initiatives de la très

dynamique Chambre de commerce franco-libanaise. n

64


ŒUVRER AU RAPPROCHEMENT

ÉCONOMIQUE FRANCO-LIBANAIS, AU CŒUR

DE LA MISSION DE GHADI EL-KHOURY

Fruit de l’initiative d’hommes d’affaires français et libanais,

la Chambre de commerce franco-libanaise témoigne de cette

volonté d’unir nos deux nations, au-dedes liens historiques,

linguistiques et culturels qu’elles ont tissés à travers les siècles,

par des relations économiques et commerciales accrues. Et c’est

pour œuvrer ensemble vers ce dessein que les différents chefs de

mission, qui se sont succédé à l’ambassade du Liban en France,

ont tenu à accompagner et à soutenir la CCFL dans ses différents

projets.

Il était important que l’économie du Liban se défasse de cette idée répandue d’une

économie de services, réduite aux seuls secteurs bancaire et touristique. Il a donc

fallu mettre en avant le rôle de notre industrie dans l’exportation – industrie qui séduit

notamment les consommateurs français. C’est dans cette optique que la CCFL a

organisé, en octobre 2011, le forum « Le Liban en France » au Palais des Congrès, qui a

permis à l’industrie libanaise d’entrevoir de nouvelles perspectives, de se développer,

mais aussi et surtout de faire valoir le savoir-faire libanais en France.

À titre plus personnel, j’ai eu à cœur, tout au long de mon mandat comme chef de

mission et représentant du Liban en France, d’encourager, de promouvoir, de consolider

et de renforcer les relations économiques et commerciales entre le Liban et la France.

Pour ce faire, j’ai organisé, au sein de l’ambassade, de nombreux événements et

autres manifestations à caractère économique ; je pense notamment à la tenue, le 2

février 2016, du « Life Connect, Nurture and Promote » de l’association LIFE (Lebanese

International Finance Executives), dans le cadre des Mardis de l’ambassade, et qui

avait pour visée d’ériger le Liban comme place financière dans le monde. J’ai également

soutenu le forum « Rencontre d’affaires France-Liban » organisé conjointement par la

Chambre de commerce franco-libanaise et la CCIPIDF, le 20 octobre 2016, au Palais

Potocki. L’objectif visé était de mettre en relation des hommes d’affaires venus du

Liban et de différents pays d’Afrique avec des entreprises françaises.

Par ailleurs, j’ai cette conviction que le destin exceptionnel de toutes ces femmes et de

tous ces hommes d’origine libanaise qui ont réussi, grâce à leur travail, à transformer

leurs ambitions en réalité et à jouir parfois d’une renommée internationale, contribue

à faire rayonner l’image de mon pays dans le monde. C’est pour cela que j’ai souhaité,

à de nombreuses reprises, leur rendre hommage au cours de mon mandat. Amin

Maalouf, Carlos Ghosn ou encore Elie Saab, pour ne citer qu’eux, reflètent bien le

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 65


Les officiels s’expriment

dynamisme et la volonté de faire de la communauté libanaise résidant en France, et

c’est avec grand honneur que nous les avons reçus à l’ambassade.

En plus de saluer la réussite de ces Libanais qui nous rendent fiers, je me suis donné

comme mission d’accompagner et d’encourager des jeunes talents dynamiques et

innovants. La recherche, l’industrie ou les nouvelles technologies, sont autant de

secteurs où les Libanais excellent et l’exemple d’Adnan Bakri, qui s’impose de plus

en plus comme une référence dans le domaine de la recherche médicale, en atteste.

C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que j’ai patronné la conférence « Releasing

Lebanese Potential », le 9 mars 2017, à l’Hôtel Hyatt Regency, à l’occasion de laquelle

des investisseurs potentiels ont été en mesure de rencontrer des jeunes chercheurs

et entrepreneurs, et ont pu ainsi découvrir leurs projets novateurs.

Le gouvernement, et notamment le ministère des Affaires étrangères et des Émigrés

du Liban, accorde un intérêt tout particulier à ces personnalités d’origine libanaise

qui participent, à travers le monde, au rayonnement de notre pays. Et parce que ces

personnalités contribuent, de par leurs qualifications et leur ingéniosité, à renforcer

l’entreprenariat libanais, il était primordial de renouer les liens avec elles et ce, sur

tous les continents. C’est à cet effet qu’ont été organisés les différents congrès

« Lebanese Diaspora Energy », auxquels nous avons apporté notre contribution au

sein de l’ambassade, en envoyant au ministère des Affaires étrangères et des Émigrés

les noms et coordonnées de tous les Libanais ayant une certaine influence en France,

afin qu’ils y soient invités.

Pour terminer, je dirais que la croissance des échanges commerciaux entre la France

et le Liban atteste des efforts engagés depuis tant d’années par nos deux pays et

la Chambre de commerce franco-libanaise, nous encourageant ainsi à poursuivre

dans cette voie. Entretenir et renforcer les liens privilégiés qui unissent le Liban et la

France ; promouvoir nos valeurs communes de démocratie, de liberté, de diversité et

de paix ; telles sont mes intentions premières au cours de mon mandat à l’ambassade

du Liban en France. J’aime à croire qu’œuvrer inlassablement pour le renforcement

de nos relations économiques et commerciales bilatérales demeure prioritaire et au

cœur de ma mission.

Ghadi EL-KHOURY

Directeur des affaires diplomatiques et consulaires du ministère des Affaires étrangères

Ex-chargé d’affaires de l’ambassade du Liban en France

66


« ENTREPRISES FRANÇAISES :

N’AYEZ PAS PEUR D’ALLER AU LIBAN ! »

3 questions à Jacques de Lajugie, ministre conseiller pour

les affaires économiques et Chef du service économique

pour le Moyen-Orient à l’ambassade de France.

Pouvez-vous présenter le service

économique de l’ambassade de France ? Quelles

sont ses missions ?

« Notre objectif est de promouvoir les échanges

commerciaux entre la France et le Liban, de favoriser

et de faciliter les relations d’affaires, les nouveaux

investissements et les opportunités économiques.

Pour cela, nous jouons surtout un rôle de coordination

entre les différents acteurs de l’écosystème, du privé

comme du public, pour soutenir les entreprises et

faciliter les démarches. Notre mission se traduit

aussi par une veille et une analyse de la situation

économique du Liban : son secteur bancaire,

l’évolution du risque-pays, ses finances publiques,

ses projets de réforme... À noter que le service

économique de l’ambassade de France fait partie

du réseau international de la direction générale du

Trésor du ministère de l’Économie et des Finances.

Aujourd’hui, quel message souhaitezvous

adresser aux hommes d’affaires français qui

s’intéressent au Liban ?

« Les entreprises françaises ne doivent pas

avoir peur du Liban ! Ce pays est une destination

francophile où il est très facile de s’implanter, c’est un

pays très accueillant et les produits français y sont

très appréciés ! Malgré la petite taille du marché, le

potentiel est important, car une grande partie des

biens de consommation sont importés. Aujourd’hui,

la France exporte déjà pour un milliard d’euros au

Liban, soit trois fois plus qu’en Jordanie et autant

qu’au Koweït. La part de marché des produits français

au Liban est d’ailleurs supérieure à celle des pays de

la région. Sur l’ensemble de l’année 2016, elle était

d’un peu plus de 2 % au Moyen-Orient et d’environ

6% au Liban.

Il faut aussi voir le Liban comme une porte d’entrée

sur beaucoup d’autres marchés, notamment via la

diaspora libanaise. Le Liban est ainsi une plateforme

d’accès à d’autres régions compliquées notamment

l’Afrique ou le Kurdistan. Il peut être plus facile d’y

entrer en passant par la case Liban ».

Quel est le profil des relations économiques

entre la France et le Liban ?

« La France est un des principaux partenaires

commerciaux du Liban, dont elle a été le quatrième

fournisseur en 2016. D’après les douanes françaises,

le volume des échanges commerciaux entre la France

et le Liban a atteint 934 millions d’euros en 2016.

Une centaine d’entreprises françaises sont aujourd’hui

présentes au Liban : de grandes entreprises comme

Thales, Total en tant que distributeur, Sanofi… mais

aussi des PME. C’est un marché qu’elles connaissent

et où elles vont plus facilement. La caractéristique des

entreprises françaises au Liban c’est leur diversité

: nous sommes autant présents dans le secteur

de l’énergie que dans l’agroalimentaire, le luxe,

l’assainissement ou le matériel électrique… Quant

aux entreprises qui exportent au Liban, elles sont en

augmentation, ce qui témoigne du dynamisme des

relations bilatérales ! Elles étaient 4378 en 2005 et

4526 en 2016, soit une augmentation de 3.4% ».

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 67


Les officiels s’expriment

EN PARTENARIAT AVEC LA CCFL,

UNE NOUVELLE DYNAMIQUE DES

AFFAIRES EST CRÉÉE

La France et le Liban, c’est un peu comme une grande histoire

d’amour, une histoire d’amour qui remonte loin dans le temps

et qui a connu des développements importants à partir du XIXe

siècle, lorsque des entrepreneurs français ont organisé, au Liban,

l’expansion du commerce de la soie.

Cette grande histoire d’amour est encore, aujourd’hui, animée par des acteurs engagés

dans le développement des relations économiques entre nos deux pays. Nos deux

chambres, la CCI Paris Ile-de-France et la Chambre de commerce franco-libanaise,

ainsi que la Chambre de commerce et d’industrie de Beyrouth et du Mont Liban, sont

au cœur de cette relation exceptionnelle.

En 1996, alors que le Liban sortait de plusieurs années de conflit, la fondation de

l’ESA, l’École Supérieure des Affaires, marquait la volonté commune du Liban et de la

France d’accompagner le pays dans cette phase de reconstruction.

Dès l’origine, la CCI Paris Ile-de-France a répondu présente pour faire bénéficier la

toute jeune institution, et à travers elle les jeunes Libanais, de ses ressources et de

l’expertise de son réseau de Grandes Écoles internationales. Depuis vingt ans, aux côtés

de l’Ambassade de France au Liban et de la Banque du Liban, la CCI Paris Ile-de-France

accompagne les développements de l’ESA avec conviction, une conviction renforcée

par les liens exceptionnels qui se sont développés avec la Chambre de Beyrouth et du

Mont Liban et naturellement avec la Chambre de commerce franco-libanaise.

L’une des premières grandes manifestations organisées par son nouveau président,

notre ami Gaby Tamer, s’est d’ailleurs déroulée à Paris, en partenariat avec la CCI Paris

Ile-de-France. L’enjeu était de taille : il s’agissait de créer une nouvelle dynamique des

affaires avec l’Afrique francophone et le continent africain en général, grâce à la présence

de la diaspora libanaise et à son rôle dans les affaires sur l’ensemble du continent.

Le succès de cette première expérience promet un bel avenir à la Chambre de

Commerce Franco-Libanaise. Nul doute qu’elle poursuivra l’œuvre accomplie au cours

des 67 dernières années, et qu’elle contribuera ainsi à refaire de Beyrouth et du Liban

le cœur des affaires du Proche et du Moyen-Orient.

Jean-Paul VERMES

Vice-Président de la CCI Paris Ile-de-France

68


Apport

pédagogique


Apport pédagogique

L’ESA, INCUBATEUR DE TALENTS ET MODELE DE

COOPERATION FRANCO-LIBANAISE

L’ESA, un des principaux acteurs de l’éducation au Liban avec 2 800 étudiants

diplômés et 500 étudiants inscrits en 2016, a la force et le rayonnement de ses vingt

ans. L’école s’ouvre sur l’international et bouillonne de projets en prise avec son

temps, celui de l’ère numérique, de l’innovation et des grands enjeux humains et

sanitaires. Elle s’est donné pour mission de stimuler la coopération franco-libanaise.

Sa genèse même en est une illustration.

Le bâtiment de l’ESA du temps de l’hôpital allemand (1866-1918).

70


Inauguration de l’ESA en 1996, en présence des présidents Jacques Chirac et Rafic Hariri, accompagnés de M. Michel Franck, ancien président de la CCIP,

et de M. Christian Pierret, ancien secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie, des finances et de l’industrie, chargé de l’industrie

L’École Supérieure des Affaires, née en 1996, est

le fruit d’une volonté politique. Jean-Pierre Lafon,

ancien ambassadeur de France au Liban et la CCIP

(Chambre de commerce et d’industrie de Paris),

sur l’impulsion de Fayek Abillamaa, président des anciens

d’HEC à Beyrouth, conçurent l’idée d’un établissement

d’enseignement supérieur de gestion qui serait proche des

préoccupations des milieux professionnels. Le président

Chirac qui inaugura l’école, dit de cette initiative qu’elle était

«le plus bel exemple de l’engagement de la France auprès du

Liban, le meilleur symbole de (sa) volonté d’aider les jeunes

Libanais à acquérir, ici à Beyrouth, la meilleure formation

possible pour devenir d’inlassables artisans de la réussite,

du progrès, de la renaissance et du rayonnement de leur

beau pays ». Située dans un bâtiment historique qui, de

1946 à 1996, fit office d’ambassade pour la France au Liban

après avoir servi d’hôpital protestant allemand de 1866 à

1918 puis d’hôpital militaire français entre 1918 et 1946,

l’ESA constitue aujourd’hui un haut lieu de la formation qui

vise aussi bien les futurs que les actuels cadres et dirigeants

d’entreprises, et ne cesse d’affirmer, jour après jour, sa

dimension de Grande école internationale.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN

71


Apport pédagogique

PROJETS DE CO-DÉVELOPPEMENT FRANCE-LIBAN AU CŒUR DE

LA MISSION DE L’ÉCOLE

La co-création France-Liban étant dans l’ADN de l’ESA, plusieurs

initiatives en partenariat avec la Banque du Liban et le ministère de

la Santé ont vu le jour. En tant qu’institution privée autofinancée,

l’école jouit d’un modèle unique qui lui a valu la confiance des

grandes entreprises et des autorités publiques locales qui la

chargent d’implémenter de grands projets. Ceux-ci, pensés par le

management de l’école et initiés en correspondance avec les besoins

du terrain et les grands enjeux du pays, sont proposés pour aval à

l’ambassadeur de France au Liban et au gouverneur de la Banque

Centrale, référents ultimes de l’établissement. Ainsi, un Institut pour

la finance et la gouvernance est-il en cours de création, lequel fournira

un programme sur mesure à des entreprises, des banquiers ou à

des corps de métiers. Des formations sur la corporate gouvernance

La Villa Rose à l’ESA, centre de formation pour cadres et dirigeants.

y seront également pourvues. Un incubateur de start-ups, SMART

ESA, a été lancé en avril 2017, qui ambitionne de faire du Liban un

pont digital entre l’Europe et le Moyen-Orient.

Soutenu par l’ambassade de France, le ministère français des

Affaires étrangères et la Banque du Liban, SMART ESA, conçu dans

le cadre de la circulaire 331 de la Banque du Liban, représente un

investissement d’environ 5 millions de dollars. Un tour de table

est en cours. Avec cet incubateur, la France veut mettre en avant

l’expérience de la “French Tech”, un label lancé par le gouvernement

en 2013 afin d’encourager le développement d’un écosystème

favorable à la création d’entreprises. Après s’être développée dans

les villes françaises, l’initiative a essaimé à l’international pour

regrouper, en 2015, 11 “hubs” labellisés à l’étranger dont New

York, San Francisco, Londres, Le Cap, Barcelone, Abidjan ou encore

Montréal. Beyrouth constituera le douzième centre.

72


L’ESA, INCUBATEUR DE TALENTS ET MODELE DE COOPERATION FRANCO-LIBANAISE

SMART ESA bénéficie d’un campus unique au cœur de l’école.

L’autre sujet de prédilection de l’institution, très engagée en la

matière, est celui de la santé. L’ESA propose déjà un Master en

Management de l’Hôpital et de la Santé. Elle a récemment signé un

partenariat avec le ministère de la Santé Publique, pour mettre en

place un système d’accréditation des établissements de soins. Le

projet est mené avec la HASF, la Haute Autorité de Santé France ;

l’évaluation à fin d’accréditation est conduite par des experts libanais

accompagnés d’experts français. La révision des circuits de transfusion

sanguine avec le passage d’une économie de la substitution à une

économie de dons est un des autres grands axes travaillés par l’école,

tant au niveau des procédures qui se doivent de respecter toutes les

normes de la sécurité sanitaire qu’au niveau de la mise en place des

règles de l’AMM (autorisation de mise en marché). Une chaire pour la

prévention de la santé sera également bientôt inaugurée avec l’ANSM,

l’Agence nationale de sécurité des médicaments en partenariat avec les

laboratoires pharmaceutiques et les assureurs.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN

73


Apport pédagogique

DES FORMATIONS DIVERSES ET SUR MESURE

EN PRISE DIRECTE AVEC LES ENJEUX DU MONDE

CONTEMPORAIN

Stéphane Attali, directeur général de l’ESA.

Si le talent est florissant au Liban, « l’idée est de

transformer ces talents en compétences et de

compléter l’environnement tel qu’il existe pour

stimuler la créativité et l’innovation », dit Stéphane

Attali, directeur général de l’ESA. L’ESA s’attelle, dans

cette perspective, à la formation et au développement

de compétences. Ainsi, en plus des formations

diplômantes : MeM (Master en Management), MBA,

MHS (Master Management de l’Hôpital et de la Santé)

et MSM (Mastère de Spécialisation en Marketing et

Communication), elle offre un MBA Executive ainsi

que des formations plus courtes liées à différentes

disciplines du management. Toutes ces formations,

y compris le Master en Management de la Santé,

sont inspirées de la dimension entrepreneuriale et

cherchent à créer le lien avec une activité économique

française : échange et partenariats avec des start-ups

ou de grandes entreprises françaises qui veulent avoir

accès au Golfe et à la région ; co-création initiée de

concert par des entreprises libanaises et françaises,

englobant la modification de produits déjà existants

afin de mieux les adapter à des marchés autres que le

marché français. L’enjeu principal demeure la création

d’emplois et le développement du Liban.

Si le talent est florissant au Liban, « l’idée est de transformer ces talents en

compétences et de compléter l’environnement tel qu’il existe pour stimuler

la créativité et l’innovation »

La spécialité de l’école est de concevoir des cours et des programmes en adéquation

avec la demande locale et le contexte global. Aussi, des initiatives inédites visant

à consolider les liens franco-libanais voient-elles le jour, telle la création, sur le

campus de l’ESA, de l’Institut Charles de Gaulle du Liban, projet déjà en gestation.

En plus de promouvoir la mémoire du général de Gaulle, cet institut à vocation

pédagogique et professionnelle aura également pour mission la formation des

décideurs en partenariat avec la Fondation Charles de Gaulle en France ; une

première à l’étranger pour celle-ci.

Dans cet esprit d’interdisciplinarité et de réseau, l’école organise aussi des petits

déjeuners en partenariat avec la SGBL : les diplômés de l’ESA, les amis de l’ESA et

des dirigeants d’entreprises s’y pressent pour « une fenêtre sur l’extérieur ; pour

voir les choses autrement, raconte Attali. Ces parenthèses matinales sont une

bulle d’oxygène dans le quotidien du patron ». Chaque petit déjeuner rassemble 50

à 100 personnes. L’école accueille également de nombreux événements du monde

de l’art, de la culture et de l’entrepreneuriat : Fondation Liban Cinéma ; Launch

Summit ; Beirut Art Fair…

74


L’ESA, INCUBATEUR DE TALENTS ET MODELE DE COOPERATION FRANCO-LIBANAISE

UNE PHILOSOPHIE DE RÉSEAU ET D’ACCOMPAGNEMENT TRANSFRONTALIÈRE QUI FAIT DES ÉMULES

Cette philosophie de réseau, d’accompagnement, de taille

humaine et de proximité avec le monde de l’entreprise séduit

les étudiants, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes, mais

aussi les entreprises. Des programmes d’échanges avec des

écoles françaises et des stages à l’étranger sont proposés

à partir de Beyrouth. Dans le cadre des programmes de

Master, les étudiants ont le loisir d’effectuer deux ans à

Beyrouth et un an et demi à Singapour ou à Paris. Pour les

Master en management, les étudiants devront, dans tous les

cas, passer une semaine à dix jours à l’international dans le

cadre des programmes d’échange.

En plus des programmes de Masters et de MBA, l’école offre

pour la première fois un Bachelor, l’équivalent d’une licence,

en partenariat avec l’ESSEC. La sélection à l’entrée est ardue.

Les étudiants sont recrutés sur dossier et concours et le

français reste une condition sine qua non d’intégration de

l’école, quand bien même le parcours inclurait l’anglais. Un

cours d’apprentissage du français des affaires est obligatoire.

Le français s’avère, selon le directeur, « un facteur de

progression dans leur carrière et d’intégration à des circuits

informels francophones qui peuvent constituer des leviers

d’avancement ».

Au travers de la langue française, en plus de vouloir

former des dirigeants responsables, c’est un certain regard

humaniste que l’école ambitionne d’instiller dans l’esprit de

ses étudiants, en leur offrant les clés de la compréhension

du monde contemporain. n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN

75


Apport pédagogique

LES JÉSUITES AU LIBAN :

MISSIONNAIRES ET ACTEURS DE LA RENAISSANCE

CULTURELLE LEVANTINE DU XIXe SIÈCLE

« La Compagnie de Jésus garde la foi dans sa mission d’éducatrice (…). Elle

garde la foi dans l’avenir de cette œuvre parce qu’elle garde la foi dans l’avenir

du Liban ». R.P. Victor Pruvot, S.J., 1955.

Campus du Sport et de l’Innovation de l’USJ

76


« Les raisons pour lesquelles la Compagnie de Jésus dispense son

apprentissage en langue française au Liban reviennent toutefois au fait

que la région du Proche-Orient relève de la province jésuite de Lyon et

donc indirectement de la France », explique le P. Pierre Wittoucks.j.

Nul ne peut séparer l’histoire du Liban de celle de

la France lorsqu’il s’agit de la politique de cette

dernière au Moyen-Orient. L’influence française

est évidente partout dans le pays : elle est aussi

bien linguistique et culturelle que juridique, administrative

et constitutionnelle. La langue de Molière est apprise

dans la plupart des écoles libanaises bien avant le mandat

français sur la Syrie et le Liban, institué par la Société des

Nations le 25 avril 1920 après la Première Guerre mondiale.

Cette langue qui est devenue la langue maternelle des plus

grandes figures intellectuelles, scientifiques, juridiques et

économiques libanaises, est bien plus qu’un symbole d’une

colonisation intellectuelle et morale comme certains le

laissent entendre. Elle voit sa source remonter à la fondation

des États latins d’Orient établis durant les croisades et

plus tard à la présence, timide au début, de missionnaires

jésuites qui ont vécu, enseigné et aimé ce petit coin de

paradis du Levant jusqu’à leur dernier souffle.

Le sol libanais abrite en son sein et sous sa terre, les corps

frileux de moines européens qui, déjà au XVIIe siècle, étaient

venus en missionnaires et en éclaireurs sur cette terre qu’ils

considéraient « sainte ». L’histoire de ces hommes courageux

qui ont voulu étendre l’influence du christianisme jusqu’au

bout du monde, ne peut être contenue dans quelques

lignes. Leur présence, leur culture et leur spiritualité qui

ont marqué, à différents niveaux, le Liban et les Libanais,

sont des sujets si vastes que des dizaines d’ouvrages ne

sauraient les cerner.

C’est grâce à la rencontre du père Pierre Wittouck s.j., coauteur

du livre Le peuple Libanais dans la tourmente de la

Grande Guerre 1914-1918, en mission au Liban depuis

1986, et à l’œuvre du P. Charles Libois s.j., La Compagnie de

Jésus au “Levant” : La province du Proche-Orient, ainsi qu’aux

diverses ressources de l’université Saint-Joseph, que nous

essaierons d’étudier l’influence du passage de la Compagnie

de Jésus et de son implantation au Liban, sur les relations

franco-libanaises. Les pères jésuites ont été des émissaires

et des diffuseurs de la spiritualité de saint Ignace de Loyola

et du catholicisme, mais surtout des initiateurs à la langue

et à la culture françaises. Ces moines érudits, n’ayant

aucune difficulté à changer de casquette (professeurs,

pères spirituels, jardiniers, physiciens, médecins, maçons,

psychologues…), ont bouleversé le monde de l’éducation en

faisant de Beyrouth un foyer de l’enseignement francophone.

Ces hommes d’Église ont marqué de leur empreinte des

générations de Libanais qui ont à leur tour métamorphosé

la société, leur pays et parfois le monde, chacun dans

son domaine. Les exemples de réussites libanaises dans

l’espace francophone, mais ailleurs aussi, toutes fortement

imprégnées de l’enseignement jésuite, font légion.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 77


Apport pédagogique

Notre Dame De La Delivrance, Bikfaya 1833

Maison des jésuites à Bikfaya en 1894

PREMIÈRE ÉCOLE JÉSUITE AU LIBAN

L’ « Ancienne compagnie » (La Compagnie de Jésus

supprimée par le pape Clément XIV en 1773 dans

l’ensemble du monde sous la pression des Bourbons),

envoie en mission, au XVIe siècle, une première délégation

au Liban. Ses membres visitent les évêques et curés

des campagnes, contrôlent leurs livres liturgiques et

dépistent, à l’époque, des dogmes non catholiques

dans les livres de théologie. Il semble bien d’ailleurs que

l’enracinement profond des maronites du Mont-Liban

dans la foi catholique des apôtres, et leur rattachement au

siège de Saint Pierre, aient constitué le fruit de cette visite.

Un des anciens patriarches avait d’ailleurs reproché à

cet Ordre d’avoir « occidentalisé » leur rite. Le chemin de

croix, l’introduction du rosaire (chapelet), et la dévotion

au sacré cœur font partie des pratiques latines qui font

aujourd’hui partie intégrante de la pratique spirituelle

des maronites. Il est utile de mentionner que la première

influence des Francs sur cette Église remonte à la période

des croisades, ainsi qu’à l’époque de la fondation des États

latins d’Orient qui favorisaient le rapprochement entre les

croisés francs et Rome d’une part, et les clercs maronites

de l’autre. Mais c’est la fondation du Collège maronite

de Rome (1585-1812) qui constitue le vrai premier

pont culturel de l’histoire moderne entre l’Europe et le

Levant. C’est l’institution fondatrice de la culture libanaise

contemporaine et l’établissement majeur de l’histoire

culturelle du Liban, du XVIe jusqu’au début du XIXe siècle,

lorsque l’Université américaine et l’Université Saint-

Joseph ainsi que d’autres collèges de Beyrouth ont pris le

relais. « Le Collège a exercé une action déterminante dans

deux directions : celle de la propagation de l’enseignement,

de l’imprimerie, des nouvelles méthodologies, idées et

connaissances au Mont-Liban, contribuant ainsi d’une

façon décisive à l’avènement de la Nahda (Renaissance)

levantine de la deuxième moitié du XIXe siècle, et celle de

l’essor de l’orientalisme arabe et syriaque en Europe aux

XVIIe et XVIIIe siècles, dont il a été, à maintes reprises,

le foyer principal », écrit Antoine Douaihy dans L’Orient

Littéraire.

« Les raisons pour lesquelles la Compagnie de Jésus dispense

son apprentissage en langue française au Liban reviennent

toutefois au fait que la région du Proche-Orient relève de la

province jésuite de Lyon et donc indirectement de la France »,

explique le P. Pierre Wittoucks.j.

78


LES JÉSUITES AU LIBAN

Durant 41 ans, les jésuites seront bannis par Rome. Ce

n’est qu’en 1831 que trois jésuites, un Français, P. Benoît

Planchet, un Italien, P. Paul Marie Riccadonna et un Allemand,

Frère Heinz Henze, seront envoyés pour rouvrir l’ancienne

mission du Levant. Ils arrivent donc au Liban pour enseigner

dans un séminaire à Aïn Traz chez les Grecs catholiques. Ils

voyagent dans des explorations apostoliques à l’intérieur

du pays (Zahlé, Damas, Qannoubin et dans la montagne) et

se lamentent du niveau d’ignorance de la population et des

curés. Frère Henze, médecin de son état, est appelé un jour à

soigner l’émir Haïdar Ismaïl Abillamaa, influent dans la région

de Bikfaya. En échange de ses services, le prince leur propose

des terres et un bâtiment (ancien ermitage pour les maronites)

pouvant servir de maison aux jésuites qui, à l’époque, étaient

à la recherche d’un point d’ancrage au Liban, leur présence à

Aïn Traz n’étant plus utile.

Le premier couvent jésuite verra le jour à Antoura.

En Orient, les pères jésuites ont souvent été accueillis

comme des sauveurs.

Bikfaya constitue donc la première résidence de la Compagnie

de Jésus au Proche-Orient. Tout comme Ghazir (voir plus loin),

elle servira tour à tour de résidence, d’école, de noviciat,

de poste missionnaire, de centre d’accueil, de maison de

repos… Le village ayant été épargné par la guerre civile et la

population y voyant là un signe de la protection de la Vierge,

l’église de la résidence recevra le titre de « Notre-Dame de

la Délivrance ». En 1833 est fondée la première école jésuite

dirigée par un curé maronite, Kalim Gemayel. En mai 1837, le

premier « Mois de Marie » est célébré en Orient et se répand

alors, petit à petit, dans toutes les régions. Entretemps, une

autre résidence est établie à Zahlé, par le père Planchet.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 79


Apport pédagogique

Photo aérienne de Ghazir prise par

les forces françaises en 1930

GHAZIR : SÉMINAIRE, ÉCOLE, COLLÈGE SECONDAIRE…

Mais l’impact le plus marquant en tant qu’institution jésuite

d’enseignement en langue française reste indéniablement

celui de la maison-séminaire de Ghazir (à l’est de Jounieh)

ouverte en 1846. Cet établissement, destiné à tenir lieu

de séminaire pour les futurs clercs locaux et mis sous la

direction des jésuites, ne tardera pas à changer de public

pour offrir aux enfants des élites maronites de la région, la

chance de bénéficier d’une éducation spéciale. En 1848, le

collège jésuite ouvre donc ses portes à des élèves qui ne

sont pas forcément destinés à la fonction ecclésiastique.

Selon les correspondances des pères de la Compagnie,

séminaire et collège cohabitent tant bien que mal.

Ce collège ne tarde pas à déménager à Beyrouth, en 1870,

et prend le nom de Collège secondaire de l’université

Saint-Joseph (USJ) en 1875. Les jésuites venaient ainsi

de trouver un moyen de concurrencer efficacement les

Protestants dont le collège, à Beyrouth, formait déjà les

futurs médecins et préparait au grade de Bachelor of Arts.

Durant la seconde moitié du XIXe siècle, période de

renouveau intellectuel, les écoles supérieures et les

universités sont très fréquentées à Beyrouth. Selon les

« Lettres de Fourvière », les pères jésuites s’emploient à

l’époque à faire émerger une « élite » (faisant partie de la

bourgeoisie urbaine) attachée à la France. La communauté

maronite s’inscrit bien dans ce projet, la perspective étant

de contrecarrer la domination de la communauté druze

rivale. Rivalité qui, par ailleurs, mènera aux massacres

de 1860 qui pousseront l’Europe à intervenir. Un corps

expéditionnaire français, mandaté par les puissances

européennes, débarque alors à Beyrouth et, entre autres,

aide les réfugiés maronites à retourner dans leurs villages.

S’ensuivra l’instauration d’un nouveau régime en 1860, le

« Mutasarrifiya ».

Entièrement catholique à Ghazir, ce séminaire-collège

à Beyrouth accueillera désormais des élèves d’autres

confessions : chrétiens orthodoxes, juifs ou musulmans.

Ce mélange permettra aux jésuites d’élargir le spectre

de leur influence éducative. Leur déménagement est

d’autant plus opportun que le port de Beyrouth connaît,

à l’époque, un essor exceptionnel et la population de

l’ancienne bourgade ne cesse de croître, passant de

60 000 à 80 000 habitants. Aussi, la stabilité conférée par

le nouveau régime politique qui empêche les ingérences du

pouvoir ottoman, favorise-t-elle la naissance de nouvelles

institutions en collaboration avec les missionnaires

protestants (The Syrian Protestant College, en 1866),

ou les jésuites (l’Universté Saint-Joseph, en 1875),

ainsi que l’établissement d’associations musulmanes

de bienfaisance (waqf), de même que par l’octroi de

subventions à des collèges tant par les institutions

communautaires que par le “Mutasarrifiya”.

La nouvelle appellation donnée au collège jésuite

fraîchement installé en ville ne suffit cependant pas à lui

permettre de décerner des grades universitaires. Ce n’est

que le 25 février 1881 que le Père Monnot, fondateur de

l’université, obtient du Pape la confirmation canonique

du titre d’Université et le droit d’octroyer des grades

académiques en philosophie et en théologie.

80


LES JÉSUITES AU LIBAN

USJ : UN EXEMPLE DU VIVRE ENSEMBLE

Au collège, trois cours sont dispensés en parallèle : l’arabe,

le français et le latin et à partir de 1883, les collégiens

peuvent poursuivre leurs études à la faculté dedecine

que l’université Saint-Joseph a créée en collaboration

avec le gouvernement français. Aussi, les jésuites ne

voient-ils pas d’un mauvais œil l’arrivée d’élèves d’autres

confessions, illustration de leur rayonnement culturel,

quoiqu’à certains égards, la cohabitation entre élèves

de différentes confessions, ou même de différents rites,

posera quelques problèmes au niveau de la gestion de

l’établissement, notamment en matière de messe, de

communion, de confession et de jeûne.

Cet établissement jésuite francophone influencera

donc, à travers son éducation, des centaines de milliers

d’étudiants, de futurs évêques et de prêtres qui, à leur

tour, diffuseront la culture, la rigueur et la discipline

inculquées par ces clercs cosmopolites. L’USJ jouera un

rôle central à la fin du XIXe siècle et tout au long du XXe

siècle, dans la formation des élites de la région. Un groupe

estudiantin francophone, visant l’excellence et destiné à

poursuivre ses études supérieures en France, commence,

petit à petit, à émerger.

La Faculté Française dedecine à

Beyrouth, du temps du tramway.

Debout à l’arrière, les 12 premiers licenciés en droit en 1923,

(Photo d’archives de l’USJ).

L’USJ ET SES FACULTÉS

L’enseignement de ladecine ayant été déclaré primordial, l’école

dedecine, créée en 1883, devient à son tour Faculté en 1888,

sous le nom de Faculté française dedecine (FFM) et de Pharmacie.

En 1898, à la suite de longues négociations, l’autorité ottomane

lui reconnaît le titre et les privilèges d’une Faculté et le diplôme

décerné est un diplôme français de même que les enseignants

sont des professeurs et des médecins français. Les Lettres de

Fourvière de 1931 sont assez éloquentes quant à l’ampleur de la

FFM et sa communauté étudiante, révélant que la Faculté a délivré

des diplômes de doctorat à de nombreux médecins dans la région,

dispersés ensuite dans tout l’Orient, de la mer Noire au Golfe

Persique, de la Méditerranée à la Perse, dans les îles de l’Archipel,

en Égypte, au Soudan, au Maroc, dans les colonies africaines, en

Extrême-Orient et jusqu’en Amérique.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 81


Apport pédagogique

En 1913, à la suite d’une mission d’étude de l’Université

de Lyon dirigée par le professeur Paul Huvelin, les

jésuites acceptent de diriger une École de droit et une

École d’ingénieurs « dans les mêmes conditions que la

decine ». L’inauguration des deux Écoles se tient en

novembre 1913, dans les anciens locaux de la Faculté

dedecine. C’est la Chambre de commerce de Lyon qui

permet la fondation de ces écoles dont le financement est

assuré, pour moitié, par les recettes propres de l’École et

pour l’autre moitié, par des subventions de la Chambre de

commerce de Lyon, du ministère des Affaires étrangères

et de l’Université de Lyon. La Faculté de droit exercera un

monopole de fait sur l’enseignement du droit au Liban,

et ce jusqu’en 1953. Elle formera les juristes et cadres

supérieurs de l’administration locale qui pourvoiront des

postes clés au pouvoir, formant ainsi les cadres d’une

future entité « libanaise » indépendante.

Le droit local était, à l’époque, une combinaison du droit

français (pour la législation et la jurisprudence) et du droit

local (pour le statut personnel). Dans ce cadre, l’École de

Droit de l’USJ joue un rôle fondamental, notamment au

niveau de l’élaboration des différents textes de loi dont la

rédaction est confiée, dans le cadre de l’USJ, à des juristes

français travaillant en étroite collaboration avec leurs

collègues locaux. Les Facultés françaises de Droit ont

d’ailleurs fortement influencé les législations de plusieurs

pays arabes, qui se sont inspirés du Code Napoléon.

Dès l’émergence de l’État libanais sous le mandat

exercé par la France (septembre 1920), l’USJ joue le rôle

d’université nationale. Ses anciens étudiants finissent

par occuper des postes clés dans le pays et y assument

des charges importantes notamment dans la fonction

publique. « Presque tous les présidents du Conseil, la

majorité des ministres, les hauts fonctionnaires qui

président aux destinées du pays, sont des anciens de

celle qu’ils appellent – se souvenant du latin appris sur les

bancs du Collège – l’Alma Mater » (Les Jésuites en Syrie : le

bilan d’un centenaire...).

Un Institut de Lettres Orientales succède, en 1936, à la

Faculté orientale. Celle-ci sera complétée par un Centre

religieux d’études arabes en 1945. Aussi, l’Université

continue-t-elle de se développer : École dentaire, École

de Sages-femmes puis d’infirmières visiteuses, Hôpital

universitaire, l’Hôtel-Dieu de France entièrement financé

par la France et qui s’ouvre aux étudiantes. François

Boëdec s.j., écrira : « L’époque du mandat est marquée

par la libanisation des étudiants, des professeurs et des

diplômes. Les jésuites mettent en avant le caractère privé

(plutôt que français) de l’Université, pour la préserver des

interventions des autorités françaises locales ».

Les cliniques de la faculté dedecine dentaire en 1953 ,

(Photo d’archives de l’USJ).

USJ ET LA GUERRE DE 1975-1990

L’USJ s’adapte aux nouveaux besoins nationaux et régionaux, mais aussi à l’état de guerre qui va s’imposer en 1975.

François Boëdec s.j., décrit en ces termes l’institution à cette époque : « De nouveaux statuts font de l’USJ une

université privée libanaise. Les diplômes sont désormais reconnus par l’État libanais. Ils sont admis en équivalence

par les universités françaises et, de droit, par les universités arabes relevant des États membres de la Ligue arabe ».

« La guerre touchera de plein fouet l’Université : pillages et destructions de bâtiments (dont certains à trois reprises),

bombardements et occupation de locaux, nombreuses victimes d’une violence aveugle. Sept jésuites trouveront

la mort durant cette période, dont le dernier, le Français André Masse, vice-recteur de l’Université, assassiné en

septembre 1987 à Saïda », écrit le père jésuite.

À partir de 1990, « il sera de nouveau possible de reconstruire les infrastructures mais aussi les institutions, raconte

le père Boëdec. Au fur et à mesure de ces années, l’Université a su discerner les éléments constitutifs de l’identité

libanaise : une identité complexe partagée entre l’appartenance géopolitique et culturelle au monde arabe et

l’ouverture à la civilisation occidentale apportée au Liban par la culture française ».

82


LES JÉSUITES AU LIBAN

COLLÈGE NOTRE-DAME DE JAMHOUR

Le dimanche 30 avril 1950, les jésuites célèbrent le 75e anniversaire

de la fondation de l’Université Saint-Joseph et à la même occasion,

posent la première pierre de leur actuel collège secondaire, sur la

colline de Jamhour.

Une messe solennelle célébrée en l’église de l’Université réunit, ce

jour-là, aux côtés du Nonce apostolique, plusieurs personnalités

politiques et spirituelles, notamment le président de la République,

M. Béchara El-Khoury, ancien élève des jésuites, et nombreux

membres du corps diplomatique et du corps consulaire, ainsi que

le Comte Armand du Chayla, ambassadeur de France. Le recteur de

l’Université, R.P. Victor Pruvot s.j., insiste dans son discours sur les

racines profondes d’une amitié franco-libanaise remontant dans

le passé. Ce passé solide avec tout ce qu’il signifie : « … insertion

toujours plus délibérée dans la terre libanaise, souci toujours plus

exigeant de culture française, approfondissement toujours plus

L’église Notre-Dame de Jamhour.

sincère de l’esprit chrétien ». Le Petit Collège reste toutefois en ville.

Ce n’est qu’en 1972 que se déroulera la cérémonie de la pose de

la première pierre du Petit Collège à Jamhour. (Tiré du Livre des

125 ans du CNDJ).

Les recteurs de l’université et du collège jésuites qui se sont succédé

au fil du temps, ont été des jésuites français. R.P. Sélim Abou s.j. et

R.P. Salim Daccache s.j, ont été les premiers jésuites libanais à avoir

occupé respectivement ces postes... La diffusion de la francophonie

au Liban ne s’en est vu, d’ailleurs, qu’intensifiée. Aujourd’hui, un

réseau d’écoles parrainées par le collège Notre-Dame de Jamhour,

sous la direction du recteur P. Charbel Batour s.j., promeut la

francophonie et l’enseignement du français dans des régions

libanaises éloignées et ce, dans le souci de préserver le droit de tous

les enfants à l’enseignement et d’appliquer le principe de l’égalité

des chances.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 83


Apport pédagogique

sa mort (1927), et la création, en 1906, de la revue Les

langes de la Faculté orientale. Alors qu’elle n’était,

au départ, qu’une annexe de la Bibliothèque générale de

l’Université (elle n’en fut séparée qu’en 1905), il est écrit

dans les archives de la Compagnie de Jésus à Rome, que

la Bibliothèque orientale s’est largement agrandie grâce

aux dons de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres

et du gouvernement français. La bibliothèque devient la

plus importante de l’ensemble du Proche-Orient, et lors

du déclenchement de la guerre en 1914 et l’expulsion des

jésuites d’origine européenne (considérés comme espions

pour le compte de la France), elle est protégée par les

Consuls d’Allemagne, d’Autriche-Hongrie et des États-

Unis auprès du gouvernement ottoman.

Vue de l’observatoire de Ksara. On peut voir le père Combier sur la

tour, à la droite du cliché pris dans les années 20.

L’IMPRIMERIE ET L’OBSERVATOIRE

Deux réalisations des jésuites, non liées à l’enseignement

et qui ont fait leur célébrité, sont l’Imprimerie catholique et

l’observatoire de Ksara. L’Imprimerie catholique est mise en

place en 1852, pour qu’à l’instar des protestants américains

qui avaient « l’imprimerie la plus belle de toute la Syrie »,

les religieux européens catholiques puissent enfin diffuser

la religion et la culture romaine occidentale.

Par ailleurs, tout au long de leur histoire, la mise en place

d’observatoires a constitué une forme de tradition chez

les missionnaires jésuites, car l’autorité que confèrent les

recherches scientifiques contribue à renforcer celle de leur

enseignement et de leur prédication. Le père Bonaventure

Berloty s.j, qui avait déjà travaillé sur des observations

astronomiques à Tortosa, arrive le 29 octobre 1907 à Ksara,

à 52 km de Beyrouth, et usant d’instruments achetés en

France et en Angleterre, se met aussitôt au travail, alors que

les premiers bâtiments sont rapidement installés.

LA BIBLIOTHÈQUE ORIENTALE

Une des institutions phares qui participe au rayonnement

culturel des jésuites et à la diffusion des cultures latine et

orientale, reste la Bibliothèque orientale, une institution

jésuite à part entière. Son développement est favorisé

par deux événements : la création, en 1898, d’Al-Machriq

(l’Orient), revue catholique orientale de langue arabe,

fondée par le Père Louis Cheikho qui la dirige jusqu’à

PROMOUVOIR L’OUVERTURE DANS L’ENRACINEMENT

En l’an 2000, l’USJ a célébré ses 125 ans et inauguré en 2001,

BERYTECH, le premier pôle technologique libanais. Avec

ses ramifications au Nord, au Sud et dans la Békaa, cette

université jésuite a rempli, au fil des années, sa mission qui

consiste à propager le savoir, la culture et la francophonie

ainsi que les principes de Saint Ignace de Loyola.

Par ailleurs, les institutions jésuites au Liban ont, de tout

temps, constitué un lieu de rencontre des différentes

communautés libanaises et des cultures occidentale

et orientale, de même qu’une plateforme de résistance

culturelle pour les jeunes. Accueillant souvent entre leurs

murs des débats politiques et humanistes, elles ont su être

les gardiennes des libertés d’expression et de penser ainsi

que du droit des Libanais à rester souverains, même durant

les phases les plus critiques de leur histoire contemporaine.

Source et photos : archives des jésuites

HISTOIRE DE L’HÔTEL-DIEU DE FRANCE

En 1911, sous l’impulsion du R.P. Lucien Catin

s.j. et sur l’initiative du journal « Le Temps », le

syndicat de la presse parisienne lance en France une

souscription pour bâtir un hôpital d’application pour

les étudiants en médecine sur des terrains achetés

par le gouvernement français. C’est en 1922 que le

général Gouraud pose la première pierre et que le

chantier démarre. L’Hôtel-Dieu de France ouvre ses

portes en 1923 et accueille son premier malade. En

1984, le Gouvernement français transfère la gestion

directe de l’HDF à l’Université Saint-Joseph par un

bail emphytéotique de 50 ans renouvelables. Le R.P.

Jean Ducruet s.j. le dota aussitôt de statuts.

84


Success stories


Success stories

M. Fouad Makhzoumi, fondateur

de Future Pipe Industries

FOUAD MAKHZOUMI

L’homme qui veut réinventer l’avenir

Homme d’affaires ? Philanthrope ? Politicien ? Qui est ce personnage multifacette qui

tente de se tailler une place sur la scène politique libanaise et ambitionne d’opérer

un réel changement au sein du paysage local ? Portrait d’une personnalité atypique.*

Tout commence neuf ans avant la naissance de Fouad

Makhzoumi, lorsqu’en ce jour de novembre 1943 les troupes

françaises tirent sur des manifestants qui tentent de

prendre d’assaut le Parlement libanais. Parmi les victimes,

un certain Fouad Fayad Sultani Makhzoumi, 14 ans et résolu

à libérer le pays du joug colonial français… La famille est

sous le choc : Fayad, le père, Khayriyeh, la mère, mais aussi

Moustapha et Omar, les frères du martyr.

Des années plus tard, en août 1952, naît un fils à Moustapha

et son épouse Aïcha. Pour perpétuer la mémoire de son

frère, le papa nomme son enfant Fouad, du nom de cet oncle

tombé au combat pour l’indépendance. L’enfant cristallise

toutes les aspirations. Comme son oncle, il sera intrépide

et audacieux.

LES ANNÉES FORMATRICES

« Mon propre père travaillait pour l’État, en contrepartie

d’un salaire minimal. Mais à l’époque, dans les années

1950 et 1960, on pouvait faire partie de la classe moyenne

sans nécessairement avoir un revenu élevé », racontera

Fouad Makhzoumi. Fonctionnaire au cadastre de Beyrouth,

Moustapha se caractérise par une rectitude et un sens du

devoir exemplaires. Alors petit à petit, le fils s’imprègne de

cette rigueur qui s’imprime dans son esprit d’enfant.

Le jeune Makhzoumi commencera par fréquenter une

école chrétienne puis musulmane, avant d’être finalement

inscrit à l’International College où, en 1970, il rencontre May

Naamani, qu’il épousera cinq ans plus tard. Aussi, les valeurs

86


familiales développeront-elles chez lui un regard particulier

sur le monde dépourvu de tout sectarisme et le mouvement

scout, qu’il rejoindra plus tard, finira par aiguiser chez lui

cet esprit d’ouverture ainsi que le sens de la discipline et du

leadership.

BEYROUTH-MICHIGAN : LES ÉTUDES UNIVERSITAIRES

Dans ce Liban des années 1970 qui évolue à grande vitesse,

Fouad perçoit l’importance du métier d’ingénieur. Il choisit

alors le génie chimique : « Avec le boom pétrolier, c’est

l’option idéale », dira-t-il. Après avoir suivi des cours de

sciences générales à l’Université américaine de Beyrouth

(AUB), il est admis, en 1972, à la Michigan Technological

University aux États-Unis, où il décroche sa licence au cours

de l’été 1974, puis sa maîtrise vers juin 1975, en pleine

guerre libanaise.

RETOUR AU LIBAN ET DÉBUTS EN ARABIE SAOUDITE

Diplômes et bague de fiançailles dans ses bagages, Fouad

Makhzoumi rentre au Liban et active très vite ses contacts.

Dès septembre 1975, il est embauché chez Saudi Arabian

Amiantit, une compagnie saoudo-suisse spécialisée dans

la fabrication de tuyaux en fibrociment. Makhzoumi est

bien conscient du potentiel que constitue le secteur des

infrastructures en Arabie saoudite, « un désert qui recèle du

pétrole et du gaz, et pas d’eau », qu’il faudra donc acheminer

vers les régions en construction.

Il ne tarde pas à se démarquer au sein de l’entreprise

et développe des idées susceptibles d’améliorer les

spécifications des produits proposés. Ces initiatives

vaudront à Amiantit de décrocher un contrat titanesque :

la construction d’une série d’usines de dessalement

reliées à d’énormes canalisations traversant le pays pour

acheminer l’eau vers Riyad. Tous les efforts de Makhzoumi

se traduiront, dès lors, par un accroissement substantiel du

volume des commandes pour Amiantit.

« UN SEUL TITRE ME SATISFAIT : PROPRIÉTAIRE »

À 28 ans, Fouad Makhzoumi jouit déjà d’une aisance

financière qui lui a permis d’acquérir un appartement à

Londres dans lequel sa fille Tamara, sœur de Rami, voit le

jour en 1982. Toutefois, Makhzoumi se sent enchaîné par

son statut d’employé. Il propose alors aux propriétaires

suisses d’Amiantit, un accord qui le positionnerait comme

consultant indépendant. Ces derniers acceptent. Quelque

temps plus tard, lorsque les usines Eternit au Moyen-Orient

seront proposées à la vente, Makhzoumi décidera de coinvestir

dans les usines de Dubaï, Abou Dhabi et Oman. Tous

les succès qu’il réalisera à partir de cette date, il les devra

à cette décision prise en ce jour de 1983, qui façonnera

l’entrepreneur et l’industriel de haut vol qu’il deviendra

plus tard. Il s’attellera d’ailleurs très vite au développement

du potentiel de Future Pipe, sa nouvelle compagnie, en la

dotant d’une technologie de pointe permettant la fabrication

des tuyaux en fibre de verre les plus résistants au monde,

et qui vaudra à l’entreprise une extraordinaire expansion

aussi bien régionale qu’internationale. Et comme une bonne

nouvelle n’arrive jamais seule, c’est à Londres, au début de

1986, que naît Camellia, troisième enfant des Makhzoumi.

En 1989, alors que les accords de Taëf, qui mettront fin à

15 années de guerre, sont signés en Arabie saoudite,

Makhzoumi décide de monter des projets au Liban, plus

particulièrement au Akkar, au nord du pays, « une région

défavorisée qui regorge d’ouvriers à la recherche de travail…

Cependant, le refus de Fouad Makhzoumi d’embaucher une

main-d’œuvre non libanaise, illégale et meilleur marché,

affectera la compétitivité de l’entreprise sur le marché

local. Il lance également la Future Security, société de

gardiennage et de systèmes électroniques de surveillance

afin de « réhabiliter, en quelque sorte, tous les miliciens qui

ne savaient plus quoi faire de leur vie, qui ne pouvaient plus

réintégrer l’école ou trouver un travail ordinaire ».

Il est clair qu’à ce stade, une idée semble obnubiler Fouad

Makhzoumi : celle de devoir réinventer l’avenir de son pays.

LA FONDATION MAKHZOUMI

En ce milieu des années 1990, Makhzoumi s’inquiète de

la politique menée par le gouvernement, qui investit trop

dans l’infrastructure et la construction, et très peu dans

l’éducation et le développement de l’élément humain. Il

décide alors, en 1997, de créer la Fondation Makhzoumi,

une association philanthropique qui assurera formation et

éducation aux moins nantis et favorisera leur intégration au

monde du travail.

Dirigée par May Makhzoumi, la fondation commencera

par proposer des cours d’informatique puis d’anglais,

deux disciplines indispensables sur le lieu du travail. Elle

proposera également des formations professionnelles aux

jeunes en situation de décrochage scolaire et enseignera

aux femmes au foyer des métiers artisanaux. Mais

Makhzoumi ne tardera pas à voir plus grand, et grâce à

des donations accordées par l’USAid (United States Agency

for International Development) et la Mission pontificale

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 87


Success stories

Lancement du Ramadan Village, un événement

organisé par l’ONG Beirutiyat en collaboration avec

la Fondation Makhzoumi

à travers son agence de secours, la fondation crée son

propre programme de microcrédits grâce auquel plus de

6 000 entreprises verront le jour, dans les différentes

régions du pays. La petite structure locale ne tardera pas

à se transformer en une ONG détentrice du certificat ISO,

opérant selon les standards internationaux et bénéficiant

du soutien des organismes internationaux, tels l’UNHCR ou

le PNUD.

Le Forum du dialogue national, une plateforme de discussion

et d’échange sur divers sujets de société

Présidé par Fouad Makhzoumi, le FdDN se veut un cercle de

réflexion ainsi qu’un groupe de pression, visant à sensibiliser

l’opinion publique et à influer sur les décisions en rapport avec

la bonne gouvernance des institutions de l’État. Conscient de

l’importance que représente le secteur du pétrole et du gaz

pour l’économie libanaise et le secteur des emplois jeunes

en particulier, le FdDN a organisé, pendant 4 ans, des forums

à l’ESA et dans toutes les universités du Liban, accueillant

experts, économistes et spécialistes du secteur.

L’APPEL DE LA POLITIQUE ET LA CRÉATION DU PARTI DU

DIALOGUE NATIONAL

À l’approche du millénaire, alors qu’il ne cesse de gagner en

visibilité sur la scène politique, Fouad Makhzoumi annonce

sa décision de se présenter aux élections législatives de

2000. Refusant toutefois de se soumettre aux conditions de

candidature qui lui sont imposées par les Syriens, il se verra

promettre l’échec aux élections par ces derniers. La menace

sera mise à exécution : boycott de Makhzoumi par les médias ;

disparition de listes ; véhicules affrétés pour le transport

des électeurs manquant au rendez-vous... Makhzoumi

obtiendra, malgré tout, 14 500 voix, mais en dépit de ce

score impressionnant, le mode de scrutin majoritaire basé

sur le vote par liste ne permettra pas son élection.

Résolu à aller jusqu’au bout de ses ambitions politiques,

Makhzoumi décide de transférer les pouvoirs, au sein de

Future Pipe, à son fils Rami, qu’il nomme président exécutif

en 2003. Il crée alors un groupe de réflexion formé d’hommes

et de femmes de tous horizons, désireux de réfléchir aux

différents enjeux socio-économiques qui intéressent le

Liban, mais surtout aux moyens de transcender les clivages

sectaires traditionnels. C’est autour de ces thèmes que sera

fondé, quelque temps plus tard, le Parti du Dialogue National,

au travers duquel Fouad Makhzoumi promouvra sa vision

et les principes qui lui sont chers : l’économie collaborative,

l’édification d’un État-nation au sein duquel l’éducation et

la santé sont efficacement gérées par le gouvernement, la

lutte contre la corruption, la facilitation de l’entrepreneuriat

et le renforcement du rôle de la société civile dans le cadre

d’un système démocratique juste et équitable. Toutefois,

en 2009, il annonce qu’il ne se portera pas candidat aux

législatives, « parce que je refuse d’être associé à une telle

mascarade… », déclarera-t-il dans le Monday Morning

du 28 mars 2009. En effet, aussi bien les postes clés du

gouvernement que les circonscriptions électorales ont été

déterminés à l’avance, et le découpage des circonscriptions

a été effectué en vertu de la loi de 1960, vieille de 50 ans

et taillée à la mesure des groupes confessionnels et des

familles féodales.

88


FOUAD MAKHZOUMI : L’HOMME QUI VEUT RÉINVENTER L’AVENIR

Mais alors qu’il poursuit sa lutte en politicien indépendant,

une terrible nouvelle vient ébranler la famille ainsi que

l’entreprise : son fils Rami décède le 23 avril 2011, 24

heures après une rupture d’anévrisme en salle de sport. Il

n’a que 33 ans.

Petit à petit, Fouad Makhzoumi retrouvera la force nécessaire

pour aller de l’avant et reprendra les rênes de Future Pipe qui,

bénéficiant du boom pétrolier aux États-Unis, connaîtra un

nouvel essor dans le pays. L’entreprise opérera également

une expansion vers les marchés en croissance, notamment

asiatiques. Entretemps, conscient de la chance historique

que représente, pour le Liban, la découverte du pétrole et du

gaz, Makhzoumi se fera le chantre du développement de ce

secteur qui constitue « l’avenir du Liban », et ne tardera pas

Le Dialogue des alphabets, un projet de société et de civilisation

Créée par le Forum du dialogue national, cette initiative

se propose d’inviter des artistes du monde entier pour

qu’ensemble ils puissent à travers l’art, transmettre leur

interprétation du dialogue et de la paix, en utilisant les

alphabets comme support, l’objectif étant de créer un musée

à ciel ouvert qui puisse redonner au Liban sa place dans

le monde et servir d’exemple de dialogue et de diversité

culturelle.

Le Oil & Gas Forum, un événement annuel initié par Fouad Makhzoumi

Beirutiyat, une ONG qui veut sensibiliser les jeunes et moins

jeunes au vivre-ensemble

Cette initiative du groupe Makhzoumi travaille sur le concept

de citoyenneté et du vivre ensemble urbain, Beyrouth

cristallisant tous les problèmes du pays et constituant le

creuset des diverses influences et cultures qui font l’essence

du Liban. L’ONG se focalise sur l’emploi des jeunes dans la

municipalité, les espaces verts en ville, la préservation

du patrimoine qui rétrécit comme peau de chagrin devant

l’appétit insatiable des promoteurs, l’état des routes et les

difficultés que le Beyrouthin peut rencontrer au quotidien.

Une application a été créée dans ce sens et une équipe de

jeunes volontaires se charge de canaliser les remarques

aux départements de la municipalité et de faire le suivi.

Beirutiyat veut aussi sensibiliser le citoyen à ses droits,

mais aussi à ses responsabilités, notamment au niveau

de son devoir d’électeur, afin que le vote jeune ne reste

plus démissionnaire et que la chose publique redevienne

la propriété de tous. L’organisation a également lancé des

programmes de recrutement, des cercles de discussion, des

rencontres de quartier et bien d’autres initiatives, visant à

repondre aux besoins du citoyen.

à lancer le Oil and Gas Forum, un événement annuel au sein

duquel les enjeux de ce secteur seront débattus, appuyé par

une série de conférences universitaires ciblant les étudiants.

En 2013, alors que son réseau de contacts à l’international

ne cesse de s’étoffer, aussi bien en Italie qu’aux USA, au

Royaume-Uni ou en France, Makhzoumi se voit décerner

des mains du nouveau Premier ministre italien, Enrico Letta,

les insignes de « Commendatore » de l’ordre du Mérite de

la République italienne. « C’est un privilège qui est réservé,

en Italie, à un nombre très restreint de personnalités »,

précisera l’ancien Premier ministre Romano Prodi.

Reconnu sur la scène internationale, Fouad Makhzoumi

n’a cependant toujours pas assumé de rôle officiel au

Liban. « Je me dois de le faire. Finalement, nous venons à

ce monde, puis nous le quittons. Nous avons le choix entre

devenir un simple numéro sur une pierre tombale, quelque

part, ou laisser l’histoire écrire que cet homme a tenté le

changement ». n

* Cet article est largement basé sur le livre de Jacqueline Moore et Steven

Sonsino, L’avenir réinventé, traduit de l’anglais (Reinventing the Future) par

Walid Menassa, Future Management Services, 2017, 450 p.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 89


Success stories

M. Jacques Sarraf, président de

Malia Group et de Businessmed

JACQUES SARRAF,

éminent représentant

de l’industrie libanaise

et méditerranéen

engagé

À la tête du Businessmed, l’Union méditerranéenne des confédérations d’entreprises,

et ancien président de l’Association des industriels libanais, Jacques Sarraf est un

éminent représentant de l’industrie libanaise et de la combativité de ses amiraux.

Également à son actif, un engagement continu pour plaider la cause de ceux-ci ainsi

que du secteur privé, dans le pays et au-delà.

Président de Malia Group, considéré comme l’une

des cinquante sociétés les plus influentes dans le

monde arabe, selon Forbes, et une des premières

entreprises libanaises, Sarraf emploie son mandat

dans Businessmed à tisser des liens Nord-Sud, mais aussi

Sud-Sud dans la foulée des accords de Barcelone. Sur le

terrain, et de manière plus concrète, il s’active à faire du

lobbying pour imposer des mesures qui favoriseraient la

création d’emplois et d’opportunités. En industriel proche du

terrain et de la réalité, il sait le potentiel de la Méditerranée

et ses défis, et n’hésite pas à dénoncer l’application des

accords mentionnés, lesquels, en 20 ans, n’ont pas apporté

aux pays du sud du bassin ce qu’ils promettaient, selon lui.

Principal représentant régional du secteur privé ainsi

que des intérêts de 22 confédérations d’entreprises,

Businessmed constitue un levier important d’intégration

socio-économique inter-méditerranéenne et de promotion

de l’investissement direct à l’étranger. Son président, actif,

visionnaire et rodé aux réseaux, n’épargne pas ses efforts

90


« La guerre m’a aussi appris la résilience et à ne pas fuir »,

affirme ce patriote et méditerranéen convaincu.

pour tirer le meilleur profit de cette plateforme privilégiée

de coopération intergouvernementale multilatérale – au

bénéfice des confédérations membres et des entreprises

affiliées – qui vise à soutenir le développement du secteur

privé dans le bassin méditerranéen.

Le président libanais de l’Union rappelle que les accords

de Barcelone avaient été créés dans un objectif de paix ; et

qu’ils n’y sont pas parvenus, de son avis. Sarraf déplore la

déperdition des ressources en « études » et mentionne au

passage, pour exemple, l’autoroute Méditerranée prévue

dans les accords et qui n’a jamais vu le jour. « Créons la

possibilité, non de résoudre les problèmes de l’Europe, mais

de créer des emplois et des opportunités de travail. Seul

le développement économique et social est susceptible

d’apporter la paix », fait-il remarquer, précisant qu’il a des

propositions à ce sujet. Il évoque le potentiel énergétique :

pétrole et gaz du Levant et la richesse qui pourrait en

découler dans la région. Aussi mentionne-t-il, en particulier,

le potentiel du tourisme en Méditerranée, destination de

vacances par excellence. Sarraf prône une complémentarité

commerciale entre les pays moyen-orientaux, ainsi que la

création d’un environnement favorable à une dynamique

de commerce et d’affaires entre l’Europe et les pays

méditerranéens. Il ne cache pas, dans cette perspective,

être plus favorable à des accords bilatéraux plutôt qu’à des

accords multilatéraux comme ceux de Barcelone. Le Liban,

constate-t-il, ne profite pas assez de l’accord de coopération

avec l’Union européenne à laquelle avaient œuvré feux le

Premier ministre Rafic Hariri et le ministre Bassel Fleyhan.

Pour ce qui est des rapports du Liban avec la France en

particulier, Sarraf souligne que cette dernière est devancée,

et de loin, par d’autres partenaires commerciaux comme les

États-Unis et l’Italie, le Liban constituant plutôt un terrain

d’exportation pour la France, alors qu’il pourrait être un

partenaire économique véritable.

Pionnier de l’industrie pharmaceutique au Liban, le

président de Malia Groupe sait de quoi il parle. Pharmaline,

membre de Malia Group, fabrique des médicaments

pour une dizaine de laboratoires mondiaux ; la société va

bientôt commencer à produire en Arabie Saoudite où elle a

implanté son usine dans la KAEC (King Abdallah Economic

City). Quant à MaliaTec, avec des opérations au Liban, en

Syrie, en Égypte, en Algérie, au Koweït et en Irak, elle est

l’un des intégrateurs leaders de solutions en technologie de

l’information et de la communication. Ainsi, le président de

Businessmed insiste sur la nécessité d’accords bilatéraux

et de réglementations qui encourageraient l’ouverture de

nouveaux marchés à l’étranger pour le Liban. Il table sur

la force du capital humain libanais. D’ailleurs, malgré son

expansion géographique massive, la R&D de Malia Group se

fait entièrement au Liban.

Créée en 1936 par Jean Sarraf, pharmacien de profession,

la société a pris une ampleur croissante au fil des ans,

sous la houlette de Jacques Sarraf, fils du fondateur

et actuel président du groupe, qui a également mis en

place un système de gouvernance d’entreprise très

pensé, pour assurer l’avenir. Le groupe Malia opère

dans six secteurs d’activité différents : pharmaceutique,

distribution de produits de grande consommation, mode

et luxe, développement immobilier et hôtellerie, solutions

informatiques et ingénierie.

Malia fut aussi l’un des premiers groupes à oser s’aventurer

dans l’Irak d’après-guerre, encouragé par les relations

historiques du Liban et de l’Irak et par l’opportunité créée

par la résolution onusienne, Pétrole contre médicaments et

nourriture, en 1997. À partir du pharmaceutique, le groupe

s’y est diversifié pour inclure le développement immobilier

et l’hôtellerie au Kurdistan. C’est d’ailleurs dans la foulée de

cette dernière expérience que Malia a choisi de se lancer

dans un développement touristique de grande envergure à

Enfeh, dans le Nord du Liban. La stratégie et la gestion du

risque sont une des clés du succès de ce groupe, a fortiori

dans une région mouvementée comme celle du Moyen-

Orient.

Avant d’entamer sa phase d’expansion en dehors du pays

et d’embrasser de nouvelles lignes d’activité, Sarraf avait

commandé une étude à un cabinet de conseil, dont il a suivi les

recommandations. « La guerre m’a aussi appris la résilience

et à ne pas fuir », affirme ce patriote et méditerranéen

convaincu. Aussi planifie-t-il dès à présent son retour en

Syrie, de concert avec les Russes auxquels le lie une grande

amitié. Consul honoraire de Russie, il voit également dans

ce pays un marché de 130 millions de consommateurs… à

ne pas négliger. Ce n’est donc pas par hasard que l’Union

méditerranéenne des confédérations d’entreprises a choisi

de nommer Jacques Sarraf à sa tête… un modèle de vision,

d’entrepreneuriat, de dialogue et de ténacité. n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 91


Success stories

Salim Zeenni

SALIM ZEENNI, l’industriel discret

Salim Zeenni est un industriel libanais à la fois discret et présent sur tous les fronts.

Président de la chambre de commerce libanoaméricaine

depuis 25 ans, membre de la Chambre

de commerce franco-libanaise depuis une dizaine

d’années ainsi que de l’Association des industriels

libanais, vice-président du syndicat des industries

chimiques, Zeenni est, avant tout, à la tête de Zeenni’s

Trading Agency and Industries, une entreprise industrielle

familiale libanaise installée à Koura, dans le Nord du Liban,

et dont la palette de fabrication s’étend des cosmétiques

et l’hygiène personnelle aux... bateaux de plaisance, en

passant – entre autres – par les produits d’entretien,

les chips, les emballages, l’énergie solaire, la robotique

et l’automatisation. Soit plus d’une dizaine de marques

au total, dont certaines en propre et certaines en soustraitance

pour de grandes marques internationales.

Zeenni ne dévoile pas le nombre d’usines que le groupe

possède. Il explique cependant que « toutes sont connectées

92


« Le Liban est trop petit, on ne peut pas vivre seuls, on doit s’ouvrir

à tous les marchés. On ne peut pas monter une usine digne de ce nom,

offrant un bon niveau de qualité, et ne pas exporter. Il est important de se

conformer aux standards internationaux au niveau de la production ».

d’une façon ou d’une autre. Le travail au Liban implique une

très grande intégration. En Europe, il est facile de trouver un

producteur d’emballage. Ici, c’est plus dur de trouver quelqu’un

de bon, de disponible et qui puisse fournir les quantités

demandées. Du coup, nous avons investi dans ce secteur.

Idem pour l’énergie solaire : notre facture énergétique était

très élevée en raison de la forte consommation d’électricité

requise pour la fabrication du plastique. Nous avons alors

investi dans le solaire. Nous avons donc été notre premier

client. Cela n’empêche pas que chaque unité constitue une

entité industrielle complète, auto-suffisante ».

Les marchés de Zeenni’s Trading Agency and Industries

s’étendent de Hong Kong aux États-Unis en passant par

l’Europe et la région MENA ainsi que quelques pays d’Afrique.

L’Europe est devenue un marché important à la suite de

l’accord EuroMed, qui a supprimé les droits de douane entre

les pays de l’Union et le Liban, à la fin des années 2000.

« Le Liban est trop petit, on ne peut pas vivre seuls, on doit

s’ouvrir à tous les marchés. On ne peut pas monter une

usine digne de ce nom, offrant un bon niveau de qualité,

et ne pas exporter. Il est important de se conformer aux

standards internationaux au niveau de la production »,

martèle le PDG. Le groupe a d’ailleurs investi dans ses

propres laboratoires pour contrôler la qualité et faire de la

recherche, et ses produits sont certifiés selon les normes

de qualité ISO et GMP. Il a également créé, il y a un peu

moins d’une dizaine d’années, un centre de formation, en

partenariat avec un groupe allemand, pour former tous ses

employés.

LE LIBAN COMME BASE

Patriote convaincu, Zeenni n’a jamais quitté le Liban, même

pendant la guerre : « Notre base est le Liban, contre toute

logique. C’est une décision que j’ai prise en 1975 : nous

sommes Libanais, nous ne quitterons pas. J’ai d’ailleurs

développé le groupe pendant la guerre ».

Zeenni est né à Tripoli et a grandi dans la deuxième ville

du Liban, avant d’obtenir son diplôme d’économie de

l’Université Saint-Joseph. Il est d’ailleurs encore étudiant

lorsqu’il rejoint, à 20 ans, l’entreprise créée par son père, à

l’époque uniquement spécialisée en cosmétiques. « J’ai pris

en charge les installations et la gestion industrielle. Mon

grand frère gérait la partie commerciale, que j’ai reprise plus

tard », se rappelle-t-il.

Quant à la construction de bateaux, la dernière expansion

du groupe, c’est à l’initiative des quatre enfants de

Salim Zeenny, dont trois travaillent déjà à ses côtés, que

l’entreprise a investi dans ce secteur d’activité : « Nous

étions à un boat show, et les enfants m’ont demandé de

leur acheter un bateau. Je leur ai dit : “Apprenez à en faire,

vendez-en, et achetez-en un” ». Le défi a été relevé. La

marque de bateaux Zee a été créée il y a 3 ans, ses premiers

clients sont en Europe (France, Hollande) et la nouvelle

génération est fin prête à prendre la relève, développer de

nouveaux produits et prospecter de nouveaux marchés. Ce

qui n’empêche pas le PDG de travailler sur « un système qui

soit time proof », comme il le décrit, et qui consiste à s’ouvrir

aux experts extérieurs. n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 93


Success stories

Rizk Rizk, président de « Tourisme

et Sports d’Hiver Mzaar SAL »

RIZK RIZK,

l’infatigable entrepreneur

Rizk Rizk est un forcené de travail. L’homme qui a

fait fortune en Arabie saoudite est surtout connu

aujourd’hui pour sa gestion du complexe de ski

« Tourisme et Sports d’Hiver Mzaar SAL ».

Sa carrière a toutefois commencé, il y a des années de cela,

en banque. « J’avais 18 ans, je venais d’obtenir mon bac

littéraire, mes parents n’avaient pas les moyens d’envoyer

leurs enfants à l’université, alors j’ai commencé à la Banque

BNPI, pour un salaire de 100 livres libanaises », raconte-t-il.

Il y restera neuf ans, le temps pour lui d’apprendre les

rouages du métier et de se sentir frustré par la lenteur du

processus de promotion. Il déménage alors en Arabie, « car

j’étais ambitieux, sourit-il. À l’époque, il n’y avait presque

pas d’immeubles en béton en Arabie, les maisons et palais

royaux étaient en argile ! Mais c’étaient les débuts du

pétrole, le Royaume voulait construire des ministères en

dur, du coup j’ai vendu du ciment, de l’acier, du bois, et autres

produits de construction aux commerçants saoudiens ».

Le groupe saoudien Bugshan, un des plus gros conglomérats

du Royaume hachémite, le mandate rapidement pour l’achat

et la vente de terrains en Arabie, avec toutes les opérations

commerciales associées. C’est ainsi que Rizk Rizk se lance

dans le développement immobilier et les infrastructures,

ligne directrice qu’il suivra toute sa vie.

Sous le règne du roi Fayçal, quelque temps après l’installation

de Rizk en Arabie, les choses s’accélèrent: « Fayçal investit

massivement dans les infrastructures, notamment le

développement des routes, pour introduire l’Arabie dans

l’ère moderne. J’ai obtenu la représentation d’une quinzaine

de sociétés américaines et européennes, ayant toutes trait

au développement d’infrastructures ». Afin de consolider

une partie de ces activités, Rizk Rizk, son frère et Nehmé

Tohmé, leur associé de toujours, fondent en 1972 la société

de construction Al Mabani, regroupant des associés libanais

et saoudiens.

DE L’ARABIE AU RESTE DU MONDE

Dans les années 1970, le ministre saoudien du pétrole

demande à Rizk Rizk d’ouvrir un bureau à Anvers, en

Belgique, pour gérer les adjudications d’Aramco, la

compagnie pétrolière saoudienne : « À l’époque, le baril de

pétrole était à moins d’un dollar ! » se souvient-il.

Lui-même ouvre son propre bureau à Londres, pour gérer

les affaires qu’il entreprend hors de l’Arabie. Il travaille

notamment dans le pétrole au Gabon, et négocie avec M.

Agnelli en personne – le propriétaire de Fiat – un contrat

pour la fourniture de 300 camions de transport au Tchad.

Il fera également des affaires en Colombie, en Libye et

au Brésil.

Les différents marchés qu’il aborde ont un point commun :

ils sont tous en phase de développement. Il n’a d’ailleurs

jamais investi dans des marchés développés. « Trop de

restrictions », dit-il de la France, qu’il cite en exemple, où

il affirme ne pas avoir « osé » investir. Ce qui ne l’empêche

pas d’avoir deux appartements à Paris pour sa famille – il a

deux filles qui travaillent dans l’entreprise.

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Le complexe hôtelier InterContinental Mzaar

UNE PRÉSENCE LIBANAISE

Rizk Rizk a également investi au Liban, lorsque l’opportunité

s’est présentée. Il y est actionnaire dans l’immobilier (40 %),

dans les ascenseurs Otis (25 %), dans les airs conditionnés

Carrier… Il fut l’un des premiers à investir dans les télécoms,

dans Libancell plus exactement, avant que les réseaux ne

soient nationalisés. Avec l’homme d’affaires et politicien

Samir Mokbel, il acquiert également le Crédit Commercial

du Moyen-Orient. Ils réussiront à améliorer la notation

de la banque, qui passera de la 70e à la 17e place dans

le classement des meilleures banques libanaises. Ils la

revendront par la suite à la Banque Audi, à « un montant

très intéressant pour les associés », affirme-t-il.

Au début des années 2000, Rizk Rizk décide de revenir

s’installer au Liban. « Mon projet a toujours été de travailler et

amasser du capital pour pouvoir rentrer au pays », explique-til.

Il liquide toutes ses affaires en Arabie pour mieux concentrer

ses efforts sur le projet « Tourisme et Sports d’Hiver Mzaar

SAL », le domaine skiable situé à Kfardebian.

Dans les années 1960, avec son associé dans Al Mabani,

Nehme Tohmé, il avait en effet racheté à Salim el Khazen

la société qui gère la concession des terrains de Kfardebian.

Mais ce n’est qu’à partir des années 1980 que les deux

partenaires commenceront à véritablement développer

la station de ski connue aujourd’hui sous le nom de

« Tourisme et Sports d’Hiver Mzaar SAL ». « Il y a 330 000

mètres carrés de terrains, affirme Rizk. Nous avons investi

200 millions de dollars, il y a 18 télésièges, presque 100 km

de pistes skiables, et nous avons réalisé un jumelage avec la

station de ski française Courchevel ».

L’objectif affiché de l’investissement dans la station de

ski, difficilement rentabilisé, est de provoquer une hausse

de la valeur des terrains dans la région. Rizk Rizk est, en

effet, également actionnaire dans Mzaar 2000, une société

en charge des projets immobiliers développés au sein

de la station de ski, qui comprend, entre autres, l’hôtel

Intercontinental (143 chambres). « L’hôtel est actuellement

en train d’être rénové, pour un montant de six millions de

dollars, en plus d’un projet de complexe de chalets de grand

luxe », précise-t-il. Rizk Rizk projette également de construire

un hôtel 3 étoiles, destiné à une clientèle aux revenus plus

limités, sans oublier le gigantesque complexe touristique

qu’il compte édifier près du domaine skiable de Wardé,

et qui comprendra chalets, club de golf, restaurants et lac

artificiel, où des activités telles le patinage sur glace ou le ski

nautique seront proposées. Aussi, afin de décongestionner

le trafic menant au domaine, Rizk réussit-il à obtenir, en mai

2016, un permis pour développer, en collaboration avec la

municipalité, de nouvelles routes dans la région.

Un autre grand projet qui semble le passionner tout

particulièrement, est la création d’une zone résidentielle

sur un terrain de 500 000 mètres carrés, allant de Jamhour

à Wadi Chahrour. « Ce sont les seuls terrains résidentiels

disponibles situés à 10 minutes de Beyrouth, explique-t-il.

Le mètre carré pourra se vendre à 1000 dollars, alors que

les prix varient entre 5000 et 20 000 à Beyrouth. C’est un

projet dont la valeur se situe aux alentours de 300 à 400

millions de dollars ». Les travaux devraient commencer au

cours de l’été 2017. Infatigable ! On vous l’avait dit. n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 95


Success stories

M. Hassan Hejeij :

une success story africaine

HASSAN HEJEIJ

ou la fulgurante réussite libanaise en Afrique

Autodidacte, Hassan Hejeij est parti pour construire une grande carrière en Afrique,

notamment au Gabon où sa société de construction, qui porte son nom, a accompagné

le développement économique du pays. Rencontre.

Son enfance, Hassan Hejeij l’a passée dans le sud du Liban

à travailler dans les champs agricoles. « À cette époque, ma

seule ambition était de subvenir à mes besoins, de m’assurer

de pouvoir manger et nourrir ma famille : nous étions à

l’époque une grande fratrie », raconte l’homme d’affaires.

« Il y a soixante ans, le Liban n’était pas ce qu’il est aujourd’hui :

c’était complètement vierge, il y avait à peine de quoi faire

ses courses. J’ai alors commencé à aller à Beyrouth pour

travailler dans les chantiers. J’avais à peine quinze ans.

Je travaillais toute la journée dans la construction et le

soir je me rendais à l’École professionnelle où j’apprenais

les bases du métier. J’avais deux journées en une. À cette

époque, dans les années 1960, a commencé une grande

vague d’émigration. Je voyais mes amis partir en Afrique et

dans les pays arabes pour profiter de la montée du pétrole.

Quand ils revenaient au Liban, je voyais qu’ils étaient à l’aise,

heureux. Alors, moi aussi j’ai voulu saisir une opportunité.

On voulait tous partir à la première occasion ».

C’est ce qui mena Hassan Hejeij à quitter le Liban pour tenter

sa chance en Libye, au début des années 1960. « Pourquoi

la Libye ? Le pétrole offrait de belles opportunités là-bas et il

y avait déjà quelques Libanais sur place. J’avoue ne pas avoir

trop réfléchi à ce moment là. Tout ce qui comptait pour moi

était de tenter ma chance. Je n’avais alors pas pensé aux

96


« Avec le recul aujourd’hui, je me dis que ce n’était pas à la portée de tous

finalement. Il fallait être aventurier, être prêt à dormir dehors parfois, à ne

pas savoir de quoi demain sera fait, à ne pas savoir si l’on mangera ou

pas, c’était dur ! ».

difficultés que j’allais rencontrer : un pays inconnu ; pas une

seule mais plusieurs langues inconnues ! Souvent les chefs

de chantier étaient italiens ou français et l’arabe libyen est

bien différent du nôtre ».

Pour Hassan Hejeij, décider de quitter son pays pour une

terre complètement inconnue était risqué. « Avec le recul

aujourd’hui, je me dis que ce n’était pas à la portée de

tous finalement. Il fallait être aventurier, être prêt à dormir

dehors parfois, à ne pas savoir de quoi demain sera fait, à ne

pas savoir si l’on mangera ou pas, c’était dur ! ».

Après quatre ans passés en Libye à travailler dans le

bâtiment, Hassan Hejeij part pour le Gabon où de nouvelles

opportunités s’offrent à lui.

« Mon arrivée au Gabon est le résultat d’un concours

de circonstances, comme la vie nous en réserve parfois,

explique l’homme d’affaires. Après ces années d’expérience

dans le bâtiment, je me suis dis qu’il était temps de créer

ma propre entreprise, c’est alors naturellement qu’est née

«Entreprise de construction Hassan Hejeij». À cette époque,

il y avait encore tout à faire au Gabon, le changement

politique faisait que le pays avait besoin d’investisseurs et

de sociétés de construction. C’était ma chance. Avec ma

société, nous avons alors véritablement accompagné le

développement économique du pays : nous avons construit

des palaces, des hôpitaux, des écoles, des routes, des

infrastructures dans les neuf provinces ».

Au fil des années, l’entreprise a bien grandi et acquis une

certaine notoriété. C’est ainsi que de nouvelles opportunités

se sont présentées à l’homme d’affaires libanais dans la

sous-région d’Afrique centrale.

Quant à sa réussite, l’homme d’affaires souhaite avant tout

la dédier à ce qu’il appelle son pays, le Gabon. « Ce pays

m’a tout donné, avoue-t-il. Le succès, ce n’est pas nous qui

l’avons fait, mais les Gabonais. C’est pour cette raison que

même dans des périodes aussi difficiles que celle que nous

vivons aujourd’hui, où la situation économique est très dure

avec la chute des prix du pétrole, nous décidons de rester

quand beaucoup d’investisseurs étrangers décident de

partir. Nous restons au Gabon parce que là-bas, c’est chez

nous et que nous voulons résister en tant qu’entreprise ».

Pour Hejeij, il n’y a pas de recette miracle pour réussir : « Il

faut certainement beaucoup de travail et, sans doute, un peu

de chance, une bonne capacité d’intégration, d’adaptation

ainsi que de la patience. Mais la réussite ne dépend pas

que de l’investisseur : le rôle des populations locales est

déterminant. Elles nous accueillent, nous accordent leur

confiance et, dans le meilleur des cas, nous adoptent »,

conclut-il. n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 97


Success stories

Maroun Chammas, vice-président

de Medco et directeur des opérations

du groupe Chammas.

3 questions à MAROUN CHAMMAS,

vice-président de Medco et directeur des

opérations du groupe Chammas.

98


« Le groupe a aussi une présence à Chypre et en Grèce, où nous assurons

le ravitaillement dans les aéroports, ainsi qu’en Syrie. Nous avons même

été jusqu’en Irak à un moment ».

Pouvez-vous nous présenter Medco et le groupe

Chammas aujourd’hui ?

« Medco est une société familiale libanaise qui importe et

distribue des produits pétroliers raffinés. C’est mon grandpère

qui l’a créée en 1910, et aujourd’hui elle fait partie du

groupe Chammas, qui comprend sept sociétés toutes axées

sur des opérations et produits pétroliers. Parmi les treize

sociétés importatrices de pétrole au Liban, nous sommes

les seuls à offrir tous les dérivés du pétrole: gaz (LPG),

aviation, essence, diesel, bitume et huiles.

Le groupe emploie plus de 700 personnes au total. Le chiffre

d’affaires fluctue en fonction des cours du pétrole et des prix

au détail, qui sont fixés par le gouvernement. Depuis 2012, il

varie entre 600 et 900 millions de dollars.

Le groupe Chammas gère deux marques de stationsservice

: Medco, bien sûr, mais aussi Phoenicia, née dans

les années 60 d’une joint-venture entre Medco et la société

pétrolière Caltex, filiale du groupe Chevron. Medco en a pris

le contrôle total lorsque Caltex s’est retirée du marché et

de la région dans les années 80. Au total, ce sont près de

250 stations-service réparties aux quatre coins du Liban qui

sont approvisionnées par le groupe : un peu plus de 30 sous

la marque Phoenicia, environ 170 sous la marque Medco

et une cinquantaine de stations indépendantes. Le groupe

gère également en propre 40 stations. Alors que le réseau

Medco continue de s’élargir, celui de Phoenicia, par contre,

ne connaît plus d’expansion.

Nos stations doivent, toutes, respecter les normes de

sécurité et sont soumises à des inspections régulières. Nous

innovons constamment pour sécuriser notre marchandise

et éviter fraudes et pertes. Par exemple, il y a six mois,

nous avons mis en place un nouveau système de fermeture

électronique sur les vannes de notre flotte de 90 camions,

dont le mot de passe est envoyé directement par message

au gérant de la station. Nous avons également pour clients

la majeure partie du parc automobile commercial du pays,

grâce notamment à la carte Litre +, qui permet d’acheter de

l’essence à crédit et permet ainsi aux sociétés de se faire

rembourser la TVA.

Le groupe a aussi une présence à Chypre et en Grèce, où nous

assurons le ravitaillement dans les aéroports, ainsi qu’en

Syrie. Nous avons même été jusqu’en Irak à un moment ».

En quoi consiste votre activité à l’aéroport de

Beyrouth?

« Notre présence à l’aéroport de Beyrouth remonte aux

années 70. Nous nous occupions à l’époque du stockage

et du transport du fuel pour Caltex. Nous n’avions pas de

contact avec les lignes aériennes.

En 1996, l’aéroport de Beyrouth lance un appel d’offres

pour, d’une part, le ravitaillement des avions, et de l’autre,

la gestion des stations et réservoirs de l’aéroport. C’est à

ce moment-là que nous avons approché la compagnie

pétrolière française ELF, et avons conclu une joint-venture

à 50-50, Elf Med, pour répondre à l’appel d’offres. Nous

avons obtenu la licence de ravitaillement. Et cette année

(2017), pour la première fois, nous avons également obtenu

la licence pour la gestion des réservoirs de stockage de

l’aéroport.

Entretemps, Elf a été rachetée par Total, et nous sommes donc

maintenant partenaires dans Elf Med avec la société Air Total

Aviation. Cette dernière est la filiale en charge de l’aviation du

groupe Total : ses équipes et son mode de fonctionnement

sont totalement indépendants du reste du groupe ».

Qu’est-ce que les nouvelles découvertes de

pétrole et gaz au large des côtes libanaises changent pour

vous?

« Les nouvelles découvertes concernent l’upstream

(exploration et excavation), or nous travaillons en downstream

(importation, distribution et marketing). Ces découvertes

ne nous affectent donc pas directement. Le forage et

l’exploration sont des métiers différents des nôtres. Nous ne

comptons pas intervenir directement sur ces secteurs, mais

nous nous préparons à travailler sur des services associés,

qui constitueront de nouveaux métiers pour nous ». n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 99


Success stories

La boutique Patchi au centre-ville de Beyrouth

NIZAR CHOUCAIR

ou l’épopée d’une réussite éblouissante

De la ténacité du rêve d’un petit garçon qui a réussi à bâtir, en près de 40 ans, un

empire de la chocolaterie de luxe… Patchi, première franchise libanaise, est l’enseigne

prestigieuse qui fait le bonheur et le régal des gourmets à travers 197 boutiques

dans le monde. Derrière cette réussite fulgurante, un homme, Nizar Choucair, qui a

rêvé de donner au chocolat une saveur unique et innovante. Pari réussi.

100


« J’étais le spécialiste des festivités, mais j’ai voulu me tourner vers

la production de chocolat. J’ai engagé le meilleur chef chocolatier et me

suis procuré les plus jolis produits d’emballage. Les gens en parlaient.

Nous étions pourtant en 1976 et la guerre avait éclaté au Liban. »

Dès l’âge de 7 ans, vous aviez déjà, paraît-il, le

commerce dans le sang. Racontez-nous.

« Enfant, j’aimais le commerce, les études ne m’intéressaient

pas. Pourtant mes parents m’avaient inscrit à l’école des

Frères de Gemmayzé et j’étais parmi les meilleurs élèves. À

l’époque, mes oncles avaient la mainmise sur le marché du

chocolat local et importé. Dès que le temps me le permettait,

j’allais chez un de mes oncles pour apprendre le métier. J’ai

choisi le plus exigeant de mes oncles pour apprendre à ses

côtés. Aussi, comme j’étais classé parmi les trois premiers

de ma classe, je recevais tous les samedis un cadeau

symbolique de l’école en guise d’encouragement. J’ai alors

eu l’idée, du haut de mes 7 ans, de revendre ces cadeaux,

le plus souvent un Bic, à mes frères, sœurs ou cousins.

J’avais effectivement le commerce dans le sang. À 12 ans,

j’ai demandé à mon père de me permettre de quitter l’école.

J’avais envie de travailler. Il a fallu l’intervention de mon

oncle auprès de mon père pour qu’il accepte. « Ton fils sera

un des commerçants les plus accomplis de sa génération,

il sait ce qu’il veut », lui avait-il dit. C’est ainsi que j’ai

obtenu le feu vert paternel, mais à la seule condition que je

travaille en famille. C’est ainsi qu’a débuté mon expérience

professionnelle ».

À l’âge de 14 ans, vous avez loué la chocolaterie

de votre oncle. On peut dire que vous aimez les défis !

« Cet oncle avait sa chocolaterie à la montagne à Aley, l’une

des régions estivales les plus florissantes. Je lui ai alors

proposé de me louer son magasin pour l’été. Il a juste posé

une condition : que ma mère se porte garante du projet.

Elle a accepté. Un jour, une femme koweïtienne est entrée

pour acheter du chocolat, mais n’avait que de la monnaie

koweïtienne. J’ai couru chez le voisin, acheté un journal et

consulté le taux de change. J’ai fait le calcul et lui ai vendu dans

sa devise. Ce jour-là, j’ai fait plus de profit qu’avec toutes les

autres ventes réunies. La semaine qui a suivi, j’ai inscrit sur la

vitrine du magasin « bureau de change », afin d’encourager la

clientèle étrangère. De retour à Beyrouth à la fin de l’été, j’ai

demandé à mon oncle de me doubler mon salaire en raison

du profit que j’avais réussi à réaliser. Il a accepté, mais à la

condition que je puisse vendre les chocolats qu’il importait et

autres douceurs, dans plusieurs régions du pays. C’était un

nouveau défi pour moi que j’ai relevé durant deux ans. L’hiver

je travaillais à Beyrouth et l’été à Aley ».

Vous avez cependant quitté cet univers pour

travailler au Koweït dans le gaz. Qu’en est-il de cette

aventure ?

« À 16 ans, j’ai quitté l’univers du chocolat. J’ai eu

l’opportunité d’ouvrir une compagnie de gaz au Koweït

avec le fils d’un autre oncle. Nous étions les premiers

à introduire les bouteilles de gaz au Koweït que nous

importions de la frontière saoudienne de Dammam. Cette

nouvelle expérience a duré deux ans, jusqu’à mes 18 ans.

Un désaccord est ensuite survenu entre mon cousin et

notre partenaire koweïtien. Ce dernier m’a alors proposé de

prendre 25% des parts, mais j’ai refusé, car je ne voulais pas

diviser la famille. Je suis donc revenu au Liban, je me suis

marié à l’âge de 20 ans et j’ai commencé à travailler avec

mon père. Pourtant, le virus du chocolat ne me quittait pas.

J’ai décidé alors d’arrêter le travail avec mon père ».

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 101


Success stories

Patchi Paris, avenue Victor Hugo

Vous reprenez ensuite la chocolaterie de votre

oncle et la baptiser « La bonbonnière ». Avant-gardiste,

vous innovez notamment en proposant un prix unique par

produit. Racontez-nous.

« J’ai été revoir l’oncle avec lequel j’avais débuté. Il avait

un des plus beaux magasins près de la Municipalité de

Beyrouth. Il me propose alors 1500 livres libanaises, un

salaire de ministre. J’ai refusé son offre ne voulant pas

rester salarié, et j’ai une fois de plus négocié pour qu’il me

confie son magasin en location-gérance, que j’ai appelé

« La bonbonnière ». J’ai passé les dix premiers jours à

observer les employés, car la mode et les tendances

avaient changé. J’ai ensuite innové en engageant deux

femmes, chose qui ne se faisait pas avant dans le secteur.

Il est bon de rappeler que la vente de chocolat à cette

époque était rare et se faisait surtout aux occasions :

mariage, naissance, baptême, etc. J’ai ensuite effectué une

étude du marché pour comparer mes prix de vente avec

ceux des autres magasins et j’ai décidé d’avoir un prix fixe

par article. Aux clients réfractaires, je proposais de faire

le tour des magasins et d’acheter d’où ils le souhaitaient,

mais ils revenaient chez moi. J’ai aussi innové en proposant

des packages. J’ai créé une boîte spéciale de douceurs pour

les enfants, qu’on distribuait dans les églises : avec 100

boîtes vendues, j’offrais 10 boîtes en cadeau. J’ai aussi créé

des offres pour les mariages : pour 100 boîtes vendues, la

mariée recevait une immense boîte spécialement conçue

pour elle. Voyant que les affaires allaient bien, j’ai confié

à mon frère le magasin d’Aley et me suis occupé de celui

de Beyrouth. Ça a duré près de dix ans, avant que nous

rompions le partenariat avec mon oncle. Je voulais voler

de mes propres ailes et ce n’était plus rentable pour moi de

travailler avec lui ».

Parlez-nous de l’ouverture du premier Patchi

en 1974.

« Armé de mes années d’expérience, j’ai décidé d’ouvrir un

tout petit magasin dans le bâtiment du Pavillon à Hamra,

rue marchande et prestigieuse de la capitale. J’avais bâti

une réputation et mes premiers clients ont vite commencé

à défiler. Mais mes fournisseurs, probablement jaloux de

mon succès, m’ont mis des bâtons dans les roues. J’ai alors

pris l’avion pour Naples, en Italie, la capitale du chocolat

et des dragées, pour rencontrer le plus grand producteur

et le convaincre de me faire confiance et de travailler avec

moi en exclusivité. J’avais pourtant très peu d’argent à

investir. Cet homme m’a fait confiance et m’a donné de la

marchandise sans contrepartie financière, le temps que je

puisse la vendre ».

102


NIZAR CHOUCAIR OU L’ÉPOPÉE D’UNE RÉUSSITE ÉBLOUISSANTE

Patchi, l’ultime cadeau-chocolat

D’où vient le nom Patchi ?

« En me promenant dans les ruelles de Rome, lorsque je

venais de quitter Naples, j’ai vu une publicité scintillante

sur laquelle était inscrit “Baci”, qui veut dire “un baiser”.

De retour à Beyrouth, j’ai couru chez mon avocat pour

enregistrer le nom Patchi, après avoir changé deux lettres

pour des raisons de propriété intellectuelle ».

Patchi représente aujourd’hui 197 boutiques

dans le monde et une réputation d’excellence.

« J’étais le spécialiste des festivités, mais j’ai voulu me

tourner vers la production de chocolat. J’ai engagé le

meilleur chef chocolatier et me suis procuré les plus jolis

produits d’emballage. Les gens en parlaient. Nous étions

pourtant en 1976 et la guerre avait éclaté au Liban. Cela ne

m’a pas empêché d’ouvrir mon deuxième Patchi avec un ami

dans la région d’Achrafieh, dans la montée de la pharmacie

Alexandre. Beaucoup d’Arabes et de ressortissants du

Golfe venaient au Liban acheter du chocolat. C’est ainsi que

Patchi a commencé à grandir. Actuellement, nous avons

197 boutiques Patchi dans le monde incluant le Liban et les

pays du Golfe. Nous avons aussi 5 ateliers de production de

chocolat à Beyrouth, Dubaï, Jeddah, en Égypte et en Syrie.

Un des symboles de notre chocolaterie est la fleur que nous

confectionnons et que vous trouvez dans nos arrangements.

Nous possédons aussi un atelier de confection spécialisé

de plus de 1000 mètres, ainsi qu’une imprimerie. Je n’ai

d’ailleurs jamais cessé de répéter à mes enfants qu’il n’y

avait rien de mieux que le travail et la réussite. Et la route ne

s’arrête pas là. Je continue ». n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 103


104


Une

industrie-phare

à l’export

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 105


Une industrie-phare à l’export

L’entrée du domaine de Ksara

EXPRESSION UNIQUE D’UNE CULTURE,

LES VINS LIBANAIS SÉDUISENT LA FRANCE,

BERCEAU DE CETTE INDUSTRIE

« Je boirai du lait le jour où les vaches mangeront du raisin » - Jean Gabin

106


« Nous pouvons être

les meilleurs grâce à

notre expérience, à notre

histoire et aux conditions

climatologiques idéales dont

nous bénéficions. »

M. Zafer Chaoui, président de l’Union Vinicole du Liban et de Château Ksara,

premier domaine viticole libanais.

Produit du terroir, associé à la douceur de vivre

et au goût, le vin libanais véhicule une image

positive du pays et représente, avec les bijoux,

une des industries phares à l’export. L’histoire

du pays serait, d’ailleurs, associée à celle du vin : selon

Zafer Chaoui, président de l’Union Vinicole du Liban et

président du conseil d’administration de Château Ksara

depuis 1991, des études confirmeraient que les habitants

du pays étaient parmi les plus anciens producteurs

de vin au monde et les premiers à l’avoir distribué, en

4500 av. J.-C. en Méditerranée, la première transaction

enregistrée émanant de Byblos. On en aurait également

découvert dans les tombes des pharaons. C’est dire la

relation du pays au vin; celui-ci y a un temple des mieux

préservés à Baalbeck, le temple de Bacchus, dieu de

la vigne, du vin et de la fête. Les vins de la région sont

également mentionnés plus d’une fois dans la Bible.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 107


Une industrie-phare à l’export

EN AVAL DE LA PRODUCTION À L’EXPORT, LA FRANCE CONSTITUE

UN PARTENAIRE PRIVILÉGIÉ POUR LE LIBAN

La production de vin s’affaiblit sensiblement durant la période

ottomane du pays, sans toutefois disparaître, pour connaître un

nouvel essor par la suite, notamment vers la fin de la Première Guerre

mondiale. Les prêtres jésuites, qui fondent le domaine de Ksara en

1857, seront les premiers à produire du vin rouge sec et à lancer

la production commerciale de vin au Liban. En effet, le prêtre Kirn

découvre alors, sur ces 25 hectares de terre entre Tanaïl et Zahlé,

tout le potentiel du terroir et convainc les frères de faire pousser du

raisin pour la viticulture, jetant ainsi les bases de l’industrie vinicole

libanaise. Des années plus tard, le pays connaîtra une floraison

de domaines viticoles de qualité et le vin libanais acquerra, petit

Le temple de Bacchus, dieu du vin, à Baalbeck,

témoigne d’une production vinicole millénaire au Liban.

Le vin Ksara est entreposé dans des galeries s’étalant sur 2 km,

datant de l’époque romaine.

à petit, ses lettres de noblesse et une renommée internationale.

Aujourd’hui, Château Ksara, vendu par les jésuites en 1973 à ses

actuels propriétaires, est l’un des plus grands et des plus anciens

domaines du Liban et reçoit plus de 70 000 visiteurs par an.

Toutefois, le véritable boom aura lieu dès la fin de la guerre

libanaise de 1975-1990. De huit producteurs à la veille de 1975,

ils sont quarante et un aujourd’hui, de dimensions très inégales.

La production globale s’élève à 8 ou 9 millions de cols dont 2,5 à 3

millions destinés à l’export. Sur ce marché à l’export, qui représente

un chiffre d’affaires relativement limité (15,6 millions de dollars US

en 2014, 13,9 millions en 2015 et 15,4 millions en 2016), la France

dispute la première place aux États-Unis et au Royaume Uni. La

France n’est cependant ni un très grand marché ni un marché facile

pour les vins libanais, en dépit d’un « rapport qualité-prix (pour les

vins libanais) qui serait un des meilleurs au monde », de l’avis de Zafer

108


LES VINS DU LIBAN

La famille Hochar posant dans les caves de Château Musar

Chaoui. 95% des vins consommés en France sont des vins

français ; 90% des vins consommés en Italie sont italiens.

Pour la France, par exemple, sur les 5% restants, l’Espagne

et l’Italie, qui sont de grands producteurs, se taillent la part

du lion, en dépit « des affinités entre les vins libanais et les

vins français » selon l’expression même de Chaoui, la France

étant le partenaire de prédilection du Liban en matière de

production. Les cépages des vins libanais sont, en effet,

essentiellement français, de nombreux œnologues libanais

ont été formés en France alors que beaucoup de châteaux

libanais ont aussi recours à des œnologues français.

Parmi ces châteaux, Musar, qui jouit d’une relation

doublement privilégiée avec la France. En effet, Gaston

Hochar, qui a été le premier après les jésuites à planter

des vignes, avait suivi des études dedecine en France

avant de retourner au Liban. La pratique médicale ne le

tente pas, le pays est sous mandat français et les militaires

veulent du vin. Hochar y voit une opportunité. Son amitié

avec Ronald Barton, propriétaire de Château Langoa Barton

et basé au Liban durant la Deuxième Guerre mondiale,

renforce ses liens avec Bordeaux et influence le style de

Musar. Hochar plante ses premières vignes en 1930 et

incorpore Château Musar. Il sera le premier à recevoir le prix

du célèbre Decanter Magazine en 1984, qui sera attribué

par la suite aux propriétaires des domaines de Petrus et de

la Romanée-Conti.

Château Musar exporte 80% de sa production, alors que

seul 45% environ de la production totale libanaise connaît

le même destin. Les principaux marchés à l’export de ce

vin haut de gamme sont le Royaume-Uni et les États-Unis.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 109


Une industrie-phare à l’export

C’est à partir de l’Angleterre qu’est d’ailleurs gérée

l’activité à l’export de Musar.

Ramzi et Sami Ghosn, les frères fondateurs de

Massaya qui, à leur retour au pays dans les années 90,

prennent en charge le domaine de leurs ainés, iront

eux aussi chercher le soutien et le savoir-faire français

lorsqu’ils décident de se lancer dans une aventure

vinicole. Ils solliciteront l’un des meilleurs vignerons

de Châteauneuf du Pape, Daniel Brunier du Domaine

du Vieux Télégraphe, ainsi que Dominique Hébrard,

l’ancien propriétaire de Château Cheval Blanc, grand

cru classé A Saint Emilion. Ces mêmes « parrains »

s’associeront à eux dans leur projet œnotouristique

inauguré en 2014 à Kfardebiane. Comme dans le cas

de leur propriété à la Bekaa, le projet associe négoce,

boutique et restauration. À Kfardebiane, Massaya

produit l’ensemble de ses vins blancs, représentant

50 000 à 60 000 cols annuels.

Chez Soif d’Ailleurs, caviste parisien, IXSIR fait de nombreux aficionados.

Taillevent Paris propose déjà

plusieurs grands vins libanais.

UNE DISTRIBUTION QUI COMMENCE À DÉPASSER LE MARCHÉ CAPTIF DE LA RESTAURATION LIBANAISE

Le volume exporté ne fait pas pleinement honneur au potentiel de la production locale et qui s’explique en partie, pour ce

qui est de la France, par un mode de distribution élémentaire. Jusque-là, seule une poignée de cinq à six agents libanais de

produits ethniques (labné, fromage et autres produits alimentaires) se chargeaient de la distribution des vins libanais sur le

marché français, visant en premier lieu les restaurants libanais (dont près de 400 à Paris et ses environs). La restauration

libanaise y est encore la locomotive du marché, même si de nouveaux canaux de distribution commencent à s’imposer. La

venue de nouveaux producteurs et la digitalisation font évoluer le paysage. IXSIR, par exemple – dont un des principaux

actionnaires est Carlos Ghosn, le PDG de Nissan Renault – se tourne, avec succès, vers les distributeurs français spécialisés

en vins étrangers haut de gamme, s’adressant aux bars à vins et aux restaurants selects de l’Hexagone. Chez Soif d’ailleurs,

le seul caviste de vins étrangers à Paris ou The Wine by One, IXSIR fait de nombreux aficionados. Sans compter sa présence

chez Taillevent Paris aux côtés d’autres grands vins libanais comme Marsyas et Musar. Le caviste parisien a ouvert une

antenne à Beyrouth en 2012, qui constitue, avec celle de Londres, les seules émanations à l’étranger de la prestigieuse

maison. Ce sont les relations de Fattal – distributeur d’un certain nombre de vins français au Liban – avec la famille Gardinier,

propriétaire de Taillevent, qui ont conduit ce premier à ouvrir à Beyrouth. Dans la capitale libanaise, le caviste situé dans les

jardins de Tabaris fait sa propre sélection et a accès, grâce à Taillevent Paris, à des vins sous allocation ainsi qu’à de petits

viticulteurs auxquels il n’aurait pas eu accès seul. De son côté, Taillevent Paris vend Musar, Kefraya et IXSIR.

110


LES VINS DU LIBAN

Le vignoble de Château Kefraya, dans la Bekaa-Ouest, s’étale sur plus de 300 hectares de coteaux en terrasses, au pied du Mont Barouk

Le digital représente environ 10% des ventes de la marque à l’étranger,

qui vend également à des plateformes en ligne locales.

En parallèle du canal grand public, les vins libanais peuvent

se prévaloir d’être présents auprès des plus grandes tables

françaises, qu’il s’agisse de Musar au Georges V, trois

étoiles Michelin, chez Lucas Carton et Pierre Gagnaire par

le passé, ou d’IXSIR en passe d’être proposé chez Ducasse

– une dégustation y a eu lieu récemment – et au Café

de l’Homme. Nombre d’entre eux sont servis également

dans les restaurants étoilés à New York, à Londres ou à

Shanghai.

L’organisation de dégustations permettant de s’adresser

à un public connaisseur et demandeur vient compléter le

paysage de la distribution. Une jeune agence, Les Crus

du Liban, créée par des passionnés « animés par le désir

commun de faire découvrir toute la richesse des vins

libanais en France », est ainsi particulièrement active

sur ce créneau ; en novembre dernier, elle organisait une

dégustation de six vins libanais chez Soif d’ailleurs. Pour

la promotion, IXSIR joue aussi des réseaux sociaux, créant

grâce à sa communication, une plus grande sensibilité et

un plus grand intérêt pour la marque. Le digital représente

environ 10% des ventes de la marque à l’étranger, qui

vend également à des plateformes en ligne locales.

Certaines petites entreprises telles Beyrouthparis.com

et Lebanus, et plus récemment 209 Lebanese Wine, ont

pris le parti de se centrer sur la vente des vins sachant

que la commercialisation à l’export à partir du Liban a

de nombreuses contraintes : coût du transport, produit

cassable, stockage et chaleur, réglementation…

LE SOUTIEN DU GOUVERNEMENT LIBANAIS CONFÈRE

UNE NOUVELLE ENVERGURE AU SECTEUR

Si certaines marques se font de plus en plus proactives,

ne comptant pas seulement sur les agents, le secteur

se fait fort aussi du soutien officiel grandissant du

gouvernement libanais via le ministère de l’Agriculture,

qui organise chaque année, une foire, Vins du Liban, dans

un pays-phare de l’industrie. La première édition de cet

événement a eu lieu en France en 2013. L’édition 2016

s’est déroulée le mois de novembre dernier à New York. La

LDE, la Lebanese Diaspora Energy, s’est aussi mise de la

partie ; la conférence qui réunit la diaspora dans différents

pays, cherchant à créer des liens avec le pays natal, a

également mis le secteur du vin à l’honneur.

Il ne fait pas de doute que le vin libanais est potentiellement

promis à un grand avenir. « Les obstacles à être compétitifs

à l’export proviennent du prix des terrains rédhibitoire au

Liban, et de l’habillage entièrement importé, explique Zafer

Chaoui. Mais nous pouvons être les meilleurs grâce à notre

expérience, à notre histoire et aux conditions climatologiques

idéales dont nous bénéficions », conclut-il. n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 111


112


ÉCONOMIE / CROISSANCE

Qu’en pensent

les présidents

d’associations ?

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 113


Les présidents d’associations

Dr. Joseph TORBEY

Président Crédit Libanais

Association des Banques du Liban

DR. JOSEPH TORBEY

Le secteur bancaire demeure le

véritable pilier de l’économie

nationale

Tout au long de son histoire, le secteur bancaire

libanais a joué un rôle décisif et primordial dans la

vie économique et politique du pays. Véritable pilier

et moteur de croissance de l’économie, ce secteur

finance cette économie dans des proportions plus

élevées que le reste de la région, dans ses deux

secteurs public et privé. De ce fait, le secteur

bancaire continue d’agir en tant que partenaire

stratégique de l’État et de l’économie nationale,

assurant ainsi bien-être social, expansion et

création d’emplois dans un contexte international

et régional des plus difficiles.

Tout au long de son histoire, le secteur bancaire libanais a

joué un rôle décisif et primordial dans la vie économique et

politique du pays. Véritable pilier et moteur de croissance

de l’économie, ce secteur finance cette économie dans des

proportions plus élevées que le reste de la région, dans ses

deux secteurs public et privé. De ce fait, le secteur bancaire

continue d’agir en tant que partenaire stratégique de

l’État et de l’économie nationale, assurant ainsi bien-être

social, expansion et création d’emplois dans un contexte

international et régional des plus difficiles.

Du fait de l’ouverture du Liban sur l’extérieur, les banques

libanaises opèrent dans plus de 33 pays et 111 villes du

monde, (dans les pays arabes voisins, la région du Golfe,

l’Europe, l’Afrique et les États-Unis). Et s’il est vrai que

les Libanais, bien éduqués, armés d’un esprit fortement

entrepreneurial et dotés d’un sens aigu des affaires,

constituent eux-mêmes l’actif le plus précieux du pays et

de son économie, il n’en demeure pas moins que l’autre

pilier du Liban continue à être sa structure économique et la

stabilité de son système bancaire.

Au cours de la dernière crise financière internationale, et à

l’inverse des tendances et indicateurs mondiaux, le secteur

bancaire libanais a fait preuve d’une résilience remarquable

face aux remous financiers. Aujourd’hui, le secteur bancaire

libanais continue de croître, avec des ratios de liquidité

et une base de fonds propres adéquats. Ceci démontre la

flexibilité et la capacité du système à faire face et à gérer

les événements défavorables répétés, qu’ils soient internes

ou externes. De plus, nos banques libanaises gèrent les

risques, veillent à l’application vigilante des lois concernant

la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du

terrorisme, appliquent les sanctions financières imposées

114


Siège central du Crédit Libanais

à Beyrouth

à certains pays et certaines entités et mettent en œuvre

les réglementations de la Banque centrale et celles des

instances internationales. Le secteur bancaire libanais,

moderne et agile, relève ces défis en montrant sa capacité

à incorporer et appliquer toutes les mesures internationales

requises.

Une telle résilience est également due au cadre

réglementaire solide, efficace et judicieux mis en place par la

Banque centrale du Liban et par son bras de surveillance, la

Commission de contrôle bancaire, auquel viennent s’ajouter

un dialogue continu et une coordination constante avec

l’Association des Banques du Liban, la première du genre

dans la région.

En 2016, les actifs des banques commerciales ont dépassé

le seuil des 200 milliards de dollars et le secteur demeure

très liquide, avec un ratio de liquidité primaire de 81%.

Les capitaux propres des banques commerciales au Liban

ont atteint les 18 milliards de dollars, reflétant ainsi un

renforcement continu des fonds propres des banques, qui

répond aux exigences de solvabilité de la Banque centrale.

De même, les dépôts des clients ont augmenté, en 2016,

de l’ordre de 6,45% pour atteindre les 163 milliards de

dollars.

Nous pouvons ainsi affirmer, en toute confiance, que

l’exploit majeur du Liban au niveau économique demeure la

stabilité de son secteur bancaire qui continue d’agir en tant

que partenaire dynamique, qui soutient indéniablement

la croissance économique et la promotion du bien-être,

et contribue à la création d’emplois pour une population

hautement dynamique. n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 115


Les présidents d’associations

Fady Gemayel, président de l’Association

des Industriels libanais

FADY GEMAYEL

L’industrie libanaise, un grand

potentiel à exploiter.

Un entretien avec Fady Gemayel, président de l’Association des Industriels libanais

et patron lui-même d’une des belles success stories de l’industrie libanaise, Gemayel

Frères, entreprise de papier et de carton, remet les pendules à l’heure quant au

secteur industriel et son rôle, mais aussi quant à son potentiel au sein de l’économie

libanaise. Si les sujets les plus médiatisés tournent autour des produits alimentaires

et du vin, tout un autre pan d’activités à valeur ajoutée, telles que l’automation des

usines, la programmation informatique ou les pharmaceutiques, recèle un potentiel

à développer, auquel il convient de créer un cadre favorable. Cela incombe aux

autorités auprès desquelles l’Association œuvre avec enthousiasme, dans l’objectif

de capitaliser sur « la force de l’industriel libanais », dixit M. Gemayel.

Gemayel qualifie ce dernier de « téméraire, flexible

et visionnaire » et constitue en cela le « partenaire

idéal pour toute collaboration », en particulier pour

les pairs français, par plusieurs aspects. Ainsi, le

Liban peut faire office de centre de conception de

produits à haute valeur ajoutée, de moteur vers l’Irak,

l’Iran et l’Arabie et de centre de production pour la

région ainsi que de plateforme d’accès au marché

inter-arabe. Dans ce cas, les entreprises françaises

bénéficieraient d’un avantage fiscal à s’implanter au

Liban. L’accord bilatéral France-Liban est entièrement

effectif depuis 2015 et les produits exportés sont

totalement exemptés de droits de douane. Reste la

question fondamentale de la confiance sécuritaire et

juridique pour le long terme.

Il faut noter que de grands groupes américains

et européens tels que General Electric, Nestlé,

Pepsi, Novartis font déjà appel aux entreprises

libanaises. Si elle est moins médiatisée dans le grand

public, l’automation des usines, l’électronique des

générateurs, l’industrie pharmaceutique, font partie

du savoir-faire libanais qui s’exporte tout autant que

le vin et l’alimentaire. Le pays est bien positionné

pour les industries peu consommatrices d’énergies,

requérant un personnel qualifié, moins cher que le

personnel français, et devrait théoriquement, sur

cette base, attirer des activités de sous-traitance.

116


RELATIONS CROISÉES FRANCE-LIBAN,

UN TERREAU FERTILE

Ainsi, Soft Solutions avec 700 salariés au Liban,

dont 200 programmeurs, fournit les systèmes

d’information des grands distributeurs, comme

Auchan et la FNAC. L’entreprise a implanté son

laboratoire au Liban au début des années 2000.

Aujourd’hui, on en compte plusieurs dans les

différentes régions du pays.

Murex, leader de l’édition de logiciels, a également

ouvert des bureaux au Liban. Fondée par Salim Eddé,

l’entreprise dont le siège social se trouve à Paris,

travaille avec les institutions financières les plus

renommées dans le monde. Elle emploie aujourd’hui

2000 salariés et opère dans les plus grands centres

financiers. Elle est présente dans 60 pays et couvre

également l’Asie et l’Amérique du Sud.

Istisharat, basée au Liban, fournit des produits de

bancassurance et des Progiciels de Gestion Intégrée

à de grands clients à travers le monde, y compris des

entreprises figurant dans le classement Fortune 500.

60% des revenus du groupe proviennent de l’export.

De même Matelec, groupe diversifié dans l’électricité,

qui emploie plus de 1000 personnes dans le monde,

produit les panneaux électriques pour Eurodisney

et a pris une participation dans Transfo Matelec en

France.

Manutech, lui, fournit les convoyeurs pour les

aéroports de Paris pendant qu’Uniceramic, avant de

mettre la clé sous la porte, avait fourni la céramique

pour le métro de Paris.

À l’instar de Matelec, Gemayel Frères, leader du

secteur du papier et du carton, a voulu avoir une

présence française pour mieux servir l’Europe, ayant

décelé des complémentarités possibles entre son

activité au Liban et celle des fabricants français.

L’entreprise fait alors l’acquisition, en 2013, de La

Papeterie du Doubs en Franche-Comté, appelée

maintenant Gem Doubs. Remise sur les rails, celle-ci

reçoit le trophée de l’espoir économique de la région

Franche-Comté en 2015. À partir du Liban, Gemayel

Frères, produisant du papier pour caisses ondulées et

des nids d’abeilles pour l’ameublement, dessert les

grands groupes européens et des groupes français

tels que Courvoisier et Moët Chandon pour leurs

articles de promotion dans la région, et L’Oréal pour

le packaging destiné aux points de vente.

La finesse et le savoir-faire libanais servent également

le secteur du luxe, pour lequel les fabricants locaux

fournissent des produits en marque blanche ou

« white label ». À titre d’exemple, Boisselier du Rif

produit les humidificateurs pour l’une des marques

de cigare les plus prestigieuses au monde. Siom

fournit les plus grands noms de l’argenterie en France

et dans le monde. Aux États-Unis, Neiman Marcus et

Tiffany comptent parmi ses clients. Le groupe, qui

fournit les chaînes hôtelières les plus prestigieuses

du type Ritz Carlton, Neiman Marcus, Marriott et

Fairmont, aimerait également développer sa relation

avec les hôteliers français.

Pour la direction du groupe, le Liban peut également

concurrencer, sur le créneau des produits à haute

valeur ajoutée et du design, les offres brésilienne et

chinoise qui servent le marché français. Le président

de l’Association fait d’ailleurs remarquer son intérêt

pour les designers libanais, notamment les fashion

designers auquel il aimerait accorder son soutien.

L’autre créneau encore insuffisamment exploité est

celui de l’industrie pharmaceutique : Novartis, Merck

et autres laboratoires de taille plus petite font déjà

appel à des sous-traitants libanais.

LA FORCE DE LA DIASPORA ET DES RÉSEAUX

LIBANAIS POURRAIT ACCOMPAGNER LES

INDUSTRIELS FRANÇAIS

Hormis les secteurs de compétence spécifiques

identifiés et l’avantage compétitif libanais –

notamment pour les processus moins automatisés

et les petites séries – le Liban bénéficie d’un

atout majeur en sa diaspora. Celle-ci, de par son

implantation et ses connexions à travers le monde,

peut ainsi représenter un levier significatif pour les

entreprises françaises, en particulier pour le marché

africain dont la croissance attire actuellement

toutes les convoitises. Les Libanais, présents depuis

longtemps dans tous les recoins d’Afrique et non

seulement dans les grandes villes, permettraient

aux grands groupes un maillage géographique bien

plus large. Les chiffres, qui restent minimes eu

égard au potentiel – nous importons globalement

pour 2 milliards de dollars US et n’exportons que

pour 60 millions – s’en trouveraient positivement

affectés. n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 117


Les présidents d’associations

NICOLAS CHAMMAS

Le Liban doit devenir une plateforme de réexport

de produits franco-libanais pour la région

Afin de réduire le déficit des échanges économiques et commerciaux entre la France

et le Liban, aujourd’hui en défaveur de ce dernier, le président de l’Association des

commerçants de Beyrouth appelle à s’inspirer du modèle économique entre la

France et le Maroc. « Je voudrais que le Liban se tourne vers ce format, que nous

devenions un partenaire à part entière de la France et que nous ne restions pas

un partenaire junior, comme un petit frère vis-à-vis du grand », souligne Nicolas

Chammas. Même s’il est conscient que combler ce déficit ne se fera pas dans un

avenir prévisible, il appelle notamment la Chambre de commerce franco-libanaise

à axer davantage les relations sur le qualitatif que sur le quantitatif, en se fixant des

objectifs atteignables.

Les relations entre la France et le Liban sont

fondées sur une longue coopération commerciale et

économique. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

« Les relations diplomatiques, politiques, culturelles et

économiques entre la France et le Liban sont séculaires et

remontent à l’époque du règne de Saint-Louis (Louis IX, roi

de France, 1226-1270). Naturellement, durant le mandat

français sur la Syrie et le Liban, les liens se sont renforcés à

tous les niveaux, notamment économiques et commerciaux.

Cela a coïncidé avec l’essor de l’Association des commerçants

de Beyrouth (ACB) qui prit son envol quasiment au début du

mandat, en 1921, avec pour rôle d’organiser le secteur ainsi

que les échanges entre les deux pays. Notons que l’histoire

très lointaine entre nos deux pays, nous ne la prenons

jamais pour acquise, nous la remettons constamment

en question pour la renforcer. Cette relation bilatérale a

cependant traversé plusieurs périodes. Avant la guerre de

1975, le Liban était considéré comme la vitrine du Proche-

Orient, de l’excellence française et des articles français de

toutes sortes. Or, à la sortie de la guerre, les autres pays

de la région nous avaient largement dépassés et le Liban,

naguère plateforme, était devenu un simple marché de

consommation, une réalité qui retentit au niveau du déficit

de la balance commerciale entre les deux pays ».

Comment y remédier ?

« Nous ambitionnons aujourd’hui de transformer le Liban

en plateforme d’exportation, non seulement de biens mais

aussi de services, dans toutes les directions et notamment

vers la France, partenaire toujours privilégié. Je souhaiterais

m’inspirer du modèle entre la France et le Maroc. Comme

le Maroc, nous avons la francophonie et la langue française

en partage. Mais avec le Maroc, la France a eu des relations

non seulement commerciales mais économiques très

étroites. Par exemple, quand il avait été question d’établir

des centres d’appels dans l’Hexagone, les pays du Maghreb

étaient très bien positionnés. De plus, le Maroc est devenu

en pointe dans les secteurs d’avenir notamment celui

de l’automobile, avec de grands fabricants français qui y

sont présents. Plus encore, il y a un port franc établi grâce

à une initiative française. Le Maroc joue aussi un rôle

prépondérant dans le secteur des hautes technologies,

comme l’industrie aéronautique qui a une très forte valeur

ajoutée. Naturellement, l’économie et les ressources

humaines marocaines se prêtent à ce genre de rôle, mais

le soutien de la France a été indispensable, de même que

les transferts de technologie entre les deux pays. C’est vers

ce modèle et format que je voudrais que le Liban se tourne.

D’ailleurs, j’ai invité la Chambre de commerce franco-

118


éexport de produits franco-libanais pour la région. Pour

ce faire, il faut des entreprises fortes et des partenariats

stratégiques entre des PME françaises et libanaises. Le tissu

entrepreneurial entre les deux pays doit donner naissance à

des productions communes. La conception se ferait dans un

pays et la production dans l’autre.

Que suggère l’Association des commerçants de

Beyrouth, dont vous êtes le président, pour renforcer les

échanges commerciaux du Liban avec la France?

Nicolas Chammas, président de l’Association des

commerçants de Beyrouth.

libanaise à se fixer des objectifs, d’abord qualitatifs, mais

également quantitatifs, afin de réduire à terme ce déficit.

Ensuite, il s’agira de quantifier et voir si nous sommes

parvenus à atteindre les objectifs ».

Comment rééquilibrer le partenariat francolibanais

en donnant une meilleure part au Liban? Et que

peut faire la CCFL dans ce sens ?

« Il s’agit d’étoffer les relations non seulement commerciales

mais aussi économiques et culturelles entre les deux pays,

car le Liban a beaucoup à offrir et l’exemple du Maroc est

très édifiant à ce sujet. Nous avons aussi été informés qu’il y

avait un déficit de membres français au sein de la CCFL. Plus

on éveillera les entreprises françaises aux réalités libanaises,

plus on pourra profiter de l’apport technique et technologique

de la France et devenir un partenaire privilégié à forte valeur

ajoutée. Nous n’avons pas vocation à créer des usines

tournevis pour les uns et les autres ; nous avons vocation

à être partie prenante dans la chaîne de valeur ajoutée, non

seulement pour le marché libanais mais au-delà.

Il est vrai que nous avons perdu en grande partie notre rôle

de vitrine, mais nous pouvons devenir une plateforme de

« La “French tech”, reconnue dans le monde entier,

arrive à s’exporter non seulement grâce aux efforts des

pouvoirs publics français, mais aussi grâce à des dirigeants

d’entreprises comme Xavier Niel, fondateur du fournisseur

d’accès internet Free qui a investi ses propres deniers pour

ouvrir son école 42 dans la Silicon Valley, aux États-Unis

en 2016. Destinée à former gratuitement les codeurs de

demain, l’école existe aussi à Paris depuis 2013. Il s’agirait

alors d’importer l’esprit de la « French Tech » au Liban au

vu de la grande proximité qu’a le Liban avec la France. Or,

c’est la Grande Bretagne qui a pris les devants au Liban en

matière de technologie, avec l’importation de « UK Lebanon

Tech Hub ». C’est bien entendu une bonne chose, mais la

France est notre partenaire naturel et historique. Il faudrait

tabler sur cela, car les secteurs traditionnels (agriculture,

industrie et commerce) ne pourront pas sortir l’économie

libanaise de sa léthargie ».

Un souhait profitable au Liban

« En tant que président de l’Association des commerçants

de Beyrouth, j’appelle à un renforcement significatif du rôle

de la haute technologie et de l’économie du savoir dans

la formation du PIB, ce qui aura des effets certains. C’est

encore un secteur balbutiant au Liban et c’est là où la France

pourrait jouer un rôle. L’Association des commerçants de

Beyrouth est au four et au moulin : au four pour défendre

les intérêts, non seulement des commerçants, mais aussi

de la communauté des affaires au Liban face aux attaques

en règle menées à leur détriment au niveau des impôts,

des charges et autres tracasseries administratives. C’est

une guerre de tous les jours que nous menons. L’autre œil

de l’Association est fixé sur l’avenir et notamment sur la

consolidation des relations franco-libanaises qui ne pourra

que rejaillir positivement sur les échanges entre les deux

pays et les deux peuples ». n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 119


Les présidents d’associations

Dr Bassam Frenn, président de l’Institut

de recherche industrielle (IRI)

L’INSTITUT DE RECHERCHE INDUSTRIELLE,

bras technique du gouvernement libanais

Que ce soit dans le domaine du contrôle de la qualité des marchandises aux

douanes, des analyses et des recherches appliquées, de la protection des consommateurs

libanais, de l’accréditation des normes ISO aux entreprises, ou des services

et du développement industriels, l’Institut de recherche industrielle (IRI), véritable

bras technique du gouvernement libanais, est présent. Premier institut de la région

à devenir, en 2010, membre associé d’EuroLab, un rassemblement européen de

centres de recherche, cet organisme, peu connu du grand public, est pourtant le

garant de la recherche, de la sécurité publique, de la santé humaine et du contrôle

industriel au Liban.

120


Les laboratoires de l’IRI, les seuls habilités à contrôler

et accréditer les activités de soudage.

Le laboratoire de génie civil

et mécanique

Établi en 1953, sous le mandat de Camille Chamoun,

l’Institut de recherche industrielle est avant tout un institut

de recherche appliquée qui élabore des solutions aux

problèmes techniques et scientifiques que rencontrent

les entreprises libanaises. Ses laboratoires et centres

spécialisés travaillent en étroite collaboration avec les

entreprises et les différents ministères impliqués.

À l’origine, le bâtiment de l’IRI était situé à Beyrouth, près

de l’Université américaine. Il employait une vingtaine de

personnes, majoritairement des Américains et des Anglais.

En 1982, le bâtiment est entièrement détruit lors de

l’invasion israélienne. Le docteur Bassam Frenn, passé par

les rangs du Conseil de développement et de reconstruction,

en reprend la gestion en 1998. Il ravive l’institut, convainc

des Libanais de la diaspora, dont le professeur Joseph

Matta, directeur des laboratoires, de revenir en assurer

le bon fonctionnement et organise, en 2004, l’installation

de l’institut dans ses locaux actuels, sur le campus de

l’Université libanaise à Hadath.

« L’IRI a aujourd’hui plus de 15 laboratoires qui couvrent

les secteurs de l’alimentaire, du textile, du pétrole, de la

métrologie (l’art d’étalonner les instruments) et du génie

(civil, électrique, mécanique, etc.) », explique Joseph Matta.

Ce regroupement de laboratoires sous une même casquette

est assez unique dans le monde : le modèle le plus courant

est celui où chaque ministère gère sa propre agence. C’est,

par exemple, le cas de la FDA (Food and Drug Administration)

aux États-Unis, qui dépend du ministère de la santé.

« L’IRI s’est développé au fur et à mesure des besoins

exprimés par le gouvernement libanais, explique Matta.

À chaque fois que le gouvernement avait une exigence

technique quelconque que personne ne pouvait concrétiser,

nous investissions et nous la réalisions ».

Frenn a également supervisé la création de centres spécialisés

qui fournissent informations et services spécialisés aux

industries qui en expriment le besoin. C’est le cas, par

exemple, de la Bourse de sous-traitance et de partenariat

(BSTP) qui, comme son nom l’indique, promeut la soustraitance

et le partenariat entre les sous-traitants libanais et

les petites et moyennes industries internationales ; ou encore

du Centre libanais de production propre (LCPC), qui prodigue

aux entreprises les conseils leur permettant d’assurer un

développement industriel et environnemental durable.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 121


Les présidents d’associations

Siège de l’IRI à Hadeth

UN ORGANISME DE RÉFÉRENCE ENTIÈREMENT

AUTOFINANCÉ

L’IRI est un organisme à but non commercial qui emploie près

de 180 personnes à temps plein et ne bénéficie quasiment

d’aucune aide de la part de l’État. Il tire la majorité de ses

revenus de la facturation des services, tels les tests, les

recherches, la délivrance de certifications ISO, ou encore

la formation de personnel sur la sécurité alimentaire,

cosmétique, etc., dans la région. « Nous avons, par exemple,

formé 60 agents à la sécurité alimentaire dans le Kurdistan

irakien », précise Matta.

L’IRI est surtout en charge de l’évaluation de la conformité

des produits. Divers décrets-lois statuent, en effet, que les

marchandises alimentaires ou cosmétiques, les appareils

électroménagers, les matériaux de construction, les

équipements médicaux et autres, doivent être contrôlés à

leur entrée sur le territoire libanais. De plus, l’IRI est l’un des

deux seuls laboratoires habilités à contrôler la marchandise

alimentaire, et le seul habilité à contrôler et accréditer les

activités de soudage.

À l’inverse, les industriels libanais qui veulent exporter leurs

marchandises vers l’Europe et les États-unis, peuvent les

faire tester et analyser par l’IRI, car l’institut est accrédité à

l’international en plus d’être membre de différents organismes

internationaux. « Nous sommes le premier laboratoire de la

région à être accrédité à l’international, explique Joseph Matta.

Nous avons la norme ISO 17025, qui gère la compétence du

laboratoire depuis 2004, date de sa création. 379 méthodes

élaborées par nous sont accréditées ».

Depuis 2010, et grâce à ses qualifications, l’IRI est le premier

organisme non européen à être membre d’EuroLab, un

rassemblement européen de centres de recherche. « Cela

signifie que se faire tester par l’IRI équivaut à se faire tester

par un institut européen », conclut Matta. n

122


CHARLES ARBID

Une stratégie nationale pour promouvoir la marque

« Liban » est en cours

Durant notre entretien, le président de la Lebanese Franchise Association (LFA),

Charles Arbid, a réitéré ce qu’il avait annoncé en ouverture de la 7e édition du

Beirut International Franchise Forum and Exhibition (Bifex) – le rassemblement

annuel des franchisés libanais –, le 27 avril dernier au BIEL (Beyrouth) : le lancement

« prochain » d’une stratégie de promotion des marques libanaises dans le monde.

En cette période de crise économique, comment

se porte le secteur de la franchise au Liban ?

« La situation économique au Liban n’est pas encore sur

une piste de reprise. Les indices de consommation restent

malheureusement à perte, les chiffres que nous avons sur

le premier trimestre de 2017 (Indice de ventes de détails

publié par la LFA et la Chambre de commerce de Beyrouth

et du Mont-Liban) comparativement avec ceux de l’année

dernière à la même période, montrent un léger changement

dans certains secteurs et un recul dans d’autres. Cependant,

les performances des franchises libanaises et du secteur

de la franchise en général restent résistantes aux chocs,

même en cette période de crise économique que traverse le

pays. Mais nous ressentons quand même une pression sur

les marchés en raison de l’insécurité dont nous souffrons

depuis plusieurs années, et cela nous empêche de sentir la

reprise que nous aurions souhaité voir ».

Qu’en est-il des enseignes libanaises et de leur

essor à l’étranger ?

« Nous poursuivons toujours le développement des

enseignes libanaises à l’étranger, dans les pays du Golfe

surtout et récemment en Afrique. En effet, en Afrique, nous

déployons un grand effort afin de pouvoir pénétrer le marché

des pays africains où, d’une part, il y a une demande pour les

enseignes libanaises, et de l’autre, une diaspora libanaise

très active dans l’économie africaine, qui exerce un effet de

levier à nos antennes libanaises. Il nous faut faire encore

un grand effort de commercialisation de nos enseignes.

Dans cet objectif, nous travaillons avec le gouvernement

libanais, en particulier avec le ministère de l’Économie

et du Commerce pour assurer une plus large présence

des marques et enseignes libanaises dans les salons et

les grands événements internationaux. Il s’agit aussi de

travailler sur l’image du pays, car toutes les turbulences qui

secouent la région et le cumul de certains facteurs négatifs

ont affecté cette image. De là nous est venue l’idée d’une

grande initiative nationale, celle de créer la “marque Liban

(Brand Lebanon) ».

Que pouvez-vous nous dire sur la thématique

du Bifex (The Beirut International Franchise Forum and

Exhibition) que vous organisez annuellement ?

« Justement, notre 7e édition du Bifex a été dédiée cette

année au concept « Branding Lebanon », qui consiste

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 123


Les présidents d’associations

Charles Arbid président de la LFA.

Quels liens entretient la LFA avec la Chambre de

commerce franco-libanaise présidée par Gaby Tamer ?

à construire une stratégie nationale pour développer,

promouvoir et défendre la marque « Liban ». Il s’agit, non

seulement de promouvoir des services, des produits et

des franchises, mais aussi le savoir-faire et l’art de vivre à

la libanaise. Il est surtout question de pouvoir transmettre

la vraie image de notre pays, car ce que les gens voient

de l’étranger, c’est surtout les conflits politiques qui n’en

finissent plus. Or, le Liban a d’autres messages à partager.

Des messages de créativité, d’art, de culture, de qualité et

de savoir-faire que nous souhaitons mettre en lumière. D’où

l’importance et la symbolique de cette initiative aux aspects

multiples : touristique, industriel, culturel et évidemment

économique, sans oublier notre diaspora libanaise que

nous souhaitons intégrer à ce projet, à nos côtés. Cette

initiative a d’ailleurs été adoptée par le Premier ministre,

Saad Hariri, et a reçu l’appui du président de la République,

Michel Aoun, qui s’est dit très heureux de notre action. Un

comité décisionnel est aussi en train de se former. Nous

avons discuté des points techniques de cette initiative

durant le Bifex du 27 avril 2017, qui a rassemblé un parterre

de grands experts mondiaux ayant travaillé sur ce type de

projet. Les idées recueillies lors des différents panels vont

d’ailleurs contribuer à construire une image de marque qui

sera promue à travers une vaste campagne de promotion

du Liban à l’étranger ».

« La Lebanese Franchise Association entretient des liens

très étroits, que ce soit avec la CCFL, avec la Chambre de

commerce et d’industrie de Paris Île-de-France (CCIP) ou

avec la Fédération française de la franchise qui a parrainé les

premiers pas de la LFA et qui, d’ailleurs, nous accompagne

encore dans beaucoup de programmes de mise à niveau,

de formations et d’échanges d’informations. La Lebanese

Franchise Association est également la collègue de la

Fédération française de la franchise sur les bancs du Conseil

mondial de la franchise. Quant à l’histoire et la relation qui

lient la franchise libanaise à la française, elle se développe

continuellement. Il est vrai qu’il y a une grande présence

de marques et enseignes françaises au Liban, mais nous

travaillons également dans les deux sens pour promouvoir

le développement des enseignes libanaises sur les marchés

français et européens. Sans oublier qu’il existe une forte

coopération aux niveaux culturel et commercial entre nos

deux pays ».

Qu’est ce qui bloque alors ?

Et que souhaitez-vous ?

« Nous avons besoin, d’une part, de plus de stabilité dans

notre pays, un facteur qui ne dépend pas de nous. Il faut

aussi donner aux gens une plus grande envie de venir visiter

le Liban, en stimulant leur appétit de consommation. Il s’agit

aussi d’investir et de s’investir dans les enseignes libanaises.

Or, le ralentissement est global à ce niveau et ne se limite

pas aux relations bilatérales franco-libanaises. Je voudrais

aussi souligner l’importance des aspects artistiques et

culturels ainsi que du secteur de la mode ; des créneaux

qui peuvent également être développés et renforcés au

niveau des échanges entre la France et le Liban. Nous nous

attelons d’ailleurs, avec nos partenaires, au développement

de ces secteurs, afin de leur assurer essor et expansion ». n

124


Entrepreneuriat

social

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 125


Entrepreneuriat social

ARC EN CIEL, ambassadrice d’un

modèle de développement durable

d’avant-garde

En 2015, Arc en Ciel est nommée « Social Entrepreneur of the Year » par la prestigieuse

Fondation Schwab, à l’origine du forum économique mondial de Davos, une première pour

un établissement libanais qui a réussi, au fil des ans, à élaborer un modèle opérationnel

unique. Ce modèle lui vaut aujourd’hui de dispenser des cours de développement durable

dans les universités européennes les plus sélectes telles que Sciences Po Lyon ou l’École

Supérieure de commerce et développement 3A. Grâce à cette distinction, l’association est

amenée à rejoindre le réseau mondial des entrepreneurs de la fondation – quelque 300

entreprises et ONG triées sur le volet – et à participer activement au Forum économique

mondial de Davos.

Des dizaines de milliers de personnes fragilisées ou vivant avec des handicaps sont soutenues par l’association Arc en Ciel

126


La sémantique « entrepreneuriat social » n’était

pas encore à la mode à l’époque où Pierre Issa,

en 1985, au cœur de la tourmente de la guerre

du Liban, crée une structure pour la réinsertion

sociale des handicapés que nulle entité publique ne

prend alors en charge. Plus récemment, l’ONG se

distinguera par son intervention tout aussi vitale dans

la gestion de la crise des déchets qui sévit depuis juillet

2015. En trente ans, la mission que l’organisation

s’était assignée s’est élargie pour embrasser huit

grands axes : l’agriculture, l’emploi, l’environnement, la

jeunesse, la mobilité, la santé, le social et le tourisme.

En œuvrant pour le développement durable avec pour

mission d’intégrer les plus démunis, elle supplée aux

carences des pouvoirs publics et bénéficie de ce fait,

de par sa position apolitique et aconfessionnelle

atypique, d’un capital sympathie important auprès de

la population, de même qu’auprès des cœurs altruistes

en Occident.

En 2015, 460 volontaires venus du monde entier, aux

côtés d’un effectif de 650 personnes, ont contribué

à l’action de l’ONG qui a soutenu 40 000 personnes

fragilisées - 75% de celles-ci vivent avec des handicaps

ou une mobilité réduite. Les contributeurs viennent

d’univers divers tout autant que les personnes servies :

des détenteurs de doctorats comme des nonuniversitaires,

des chrétiens comme des musulmans,

des Libanais comme des Français ou des Mexicains.

« Les couleurs de l’arc-en-ciel se lèvent pour tous,

dit Pierre Issa se référant à la Genèse (9 :16), et l’arc

sera dans la nuée, et je le regarderai, pour me souvenir

de l’alliance perpétuelle entre Dieu et tous les êtres

vivants, de toute chair qui est sur la terre » ; d’où le nom

de l’ONG qui sert les uns et les autres sans discriminer.

Parmi les leitmotivs de l’ONG, « Cultiver la différence »,

mais aussi « La personne en difficulté au service de la

personne en difficulté », un modus operandi singulier.

Ainsi, ce sont les personnes handicapées elles-mêmes

qui se mettent au service de leurs pairs handicapés,

en fabriquant les fauteuils roulants. Arc en ciel s’est

alliée à Handicap International pour ouvrir un premier

atelier de production de fauteuils roulants et assurer

une formation à la fabrication. Dans la Brocante, dans

ses locaux à Damour, l’ONG offre une formation à ceux

qui viennent à elle : ponçage, peinture, menuiserie. Le

local avait démarré comme centre de récupération et

magasin social : vêtements, meubles, électroménager,

dont les ventes servaient à répondre aux besoins des

personnes démunies qui s’adressaient au centre. Il

a ensuite évolué vers la menuiserie et la production.

L’activité ne génère pas moins de 17 000 USD par mois

en moyenne. En plus de la brocante, de nombreuses

personnes passent des commandes de travaux de

menuiserie auprès de ce centre, devenu une fraternité

avec le temps, comme la plupart des centres d’Arc en

Ciel.

Pour le transfert de savoir-faire, l’association collabore

avec de nombreuses ONG françaises telles Asmae,

Action Nord Sud ou encore ACTED. Des entreprises

françaises la soutiennent de diverses façons : la

CMA CGM a financé un projet de réaménagement et

d’équipement des classes spécialisées pour enfants en

situation de handicap lourd, dans la région défavorisée

de Taanayel dans la Békaa ; Lafarge avait offert la

matière pour la construction du centre de Jisr El Wati et

la Fondation d’entreprise Hermès finance un projet axé

sur la préservation de la réserve naturelle du Chouf,

à travers la formation et la mise en place d’actions

par des jeunes. L’activité de traitement des déchets

hospitaliers fait également appel à la technologie

d’une usine lilloise.

Issa fait remarquer la générosité des Français

en matière de solidarité. Ce ne sont pas que les

institutionnels qui appuient l’ONG, mais aussi et

surtout les particuliers et les fondations ; en cash

tout autant qu’en service volontaire. Des centaines

de volontaires bénévoles ont contribué aux activités

d’Arc en Ciel, laquelle fait déjà partie des institutions

accréditées pour le service civique. Elle collabore

étroitement avec la Guilde Européenne du Raid dans

le cadre de deux régimes de contrat : service civique

& volontariat de solidarité internationale (VSI). Arc

en Ciel Liban bénéficie d’un appui jeune et motivé

pour le développement de ses activités ; d’autre part,

les volontaires français, jeunes diplômés recrutés

par l’association, bénéficient quant à eux d’une

opportunité pour mettre en pratique leur savoir

académique, tout en découvrant une nouvelle culture.

Plus récemment, l’AFD (Agence française pour le

développement) a accordé 2 millions d’euros à Arc

en Ciel pour soutenir son action dans la crise des

déchets. En effet, l’association est l’un des premiers

acteurs à s’être mobilisé pour trouver une solution

efficace au problème des poubelles privées. Plus

de 80 municipalités consultent d’ailleurs l’ONG. La

mise en place de services proposant de récupérer

les déchets plastiques et incitant au tri a marqué un

premier pas vers une prise de conscience globale de

l’importance du recyclage au quotidien. L’association

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 127


Entrepreneuriat social

Pour le traitement des déchets hospitaliers, l’ONG fait appel à la technologie d’une usine lilloise

a d’ailleurs proposé un décret pour faciliter et inciter,

de manière plus systématique, au recyclage dans le

pays. Elle prône une stratégie basée sur la valorisation

des déchets qui suppose un bon tri à la source et un

transport sans compactage, stratégie qui exige des

centres de tri de proximité et, par conséquent, un

système décentralisé. Pierre Issa insiste sur la prise

en compte des particularismes locaux, rejetant les

solutions incinératrices dont il a été question, sous le

seul prétexte que celles-ci sont pratiquées à Paris ou à

Vienne. La France est capable de contrôler l’incinération,

ce qui n’est pas le cas du Liban, et de manière générale

la tendance n’est plus à cette méthode, fait observer le

fondateur d’Arc en Ciel.

En prise avec l’actualité socio-économique,

l’association n’a pu que se pencher également sur

le sort des refugiés syriens, à défaut de solutions

gouvernementales, pour redresser une situation

qui pèse sur le pays et qui perdure. Les besoins à ce

niveau sont pressants. Les centres de Taanayel (Békaa)

et Halba (Nord) accueillent de nombreux réfugiés.

Cohérente dans sa mission d’appui aux groupes

fragilisés, l’association ne refuse aucune personne

qui sollicite son aide. Si elle sait gérer l’urgence et

l’actualité, son action s’inscrit néanmoins dans le long

terme et ne dépend pas des budgets et des agendas de

l’aide internationale au développement, trop souvent

politiques et ponctuels.

Quid de la continuité ? Au plan local, Arc en Ciel

identifie les besoins macro, devise une stratégie, met

en œuvre un modèle pilote qu’elle teste sur plusieurs

années. En cas de succès, le modèle est adopté

et répliqué au sein de l’organisation. Forte de son

expérience et de sa connaissance du terrain, l’ONG

fait du lobbying actif et soumet des propositions de

lois dans ses domaines de compétence. 120 articles

de loi, dont la plupart concernent la loi d’orientation

des handicapés, ont été proposés. L’établissement

indépendant a l’oreille des pouvoirs publics, au vu

de son poids et de son activité sur le terrain. L’ONG

128


ARC EN CIEL

Arc en Ciel est l’une des premières associations à avoir promu l’importance du tri et du recyclage

compte plus de 400 000 usagers dans sa banque

de données. Sans elle, l’État aurait eu à gérer une

situation sociale encore plus grave. Pragmatique

et au cœur même de l’écosystème auquel elle a

contribué, elle propose des modèles alternatifs de

partenariat public-privé. Ainsi, après la réinsertion

sociale des personnes handicapées, qui constitue son

principal cheval de bataille, elle s’emploie à élaborer

un projet de loi concernant le régime de couverture

sociale. L’inclusion, la gestion de l’eau, les déchets,

l’environnement et l’agriculture, sont de grands enjeux

sur lesquels l’ONG se penche. Pour cela, elle ne lésine

pas sur l’investissement dans le capital humain, une

ressource dont elle apprécie la richesse. Et pour ne

pas dépendre de la disponibilité de fonds extérieurs

– 90% de l’aide internationale au développement

passe par les ministères et les organismes publics, la

rendant inefficace –, elle se finance par des activités

sur le terrain et est gérée comme une entreprise :

chaque centre – elle en compte 20 – doit gérer et

équilibrer son propre budget.

Après avoir développé un modèle de coopération

unique Nord-Sud-Sud, qui a permis de lever les

barrières culturelles Nord-Sud, l’association est

en passe de représenter un modèle pour le Nord

également. Sa réussite a effectivement séduit les

acteurs du développement en France et aux États-

Unis où l’ONG opère deux entités : Arc en Ciel France

et Arc en Ciel US.

Ces réalisations ne sont pas restées sans

reconnaissance : au-dede la grande réussite de

cette entreprise sociale, Pierre Issa a reçu, en 2015,

l’insigne de Chevalier dans l’Ordre national de la Légion

d’honneur, des mains de l’ambassadeur de France.

La même année, l’Espagne lui a décerné la croix de

commandeur de l’ordre du Mérite civil espagnol. À

noter que le fondateur d’Arc en Ciel est également

le parrain de la promotion 2015 de l’école des 3A en

France. n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 129


Entrepreneuriat social

FAIR TRADE LEBANON, une référence

régionale dans le domaine du commerce

équitable

Membre de la WFTO (World Fair Trade Organization) depuis 2010, Fair Trade Lebanon

(FTL) est une ONG libanaise fondée en 2006 par un noyau d’amis et de militants pour le

développement durable : Samir Abdelmalak, Philippe Adaimé, Jad Bitar, Gabriel Debbane

et Joanne Karkour. Ils constatent qu’il existe dans les régions rurales une infrastructure de

production agricole sous-employée ainsi que des savoir-faire traditionnels inestimables.

Ils choisissent alors le commerce équitable pour soutenir les petits producteurs et les

coopératives de transformation de ces régions.

Leur premier partenariat avec Artisanat SEL

France est décisif, puisqu’à travers ces premières

commandes de produits ils parviennent à

rémunérer dignement les producteurs locaux,

démontrant ainsi que la voie du commerce équitable

est possible. Ce sera là le seul partenariat jusqu’en

2009, l’année où Fair Trade Lebanon décide de

développer de nouveaux marchés européens.

Grâce à FTL, plus de 120 produits sont commercialisés sous la marque

«Terroirs du Liban»

Du haut de ses dix années d’activité, FTL se positionne

aujourd’hui comme un organisme de référence

régional dans le domaine du commerce équitable et

comme principal moteur du développement agroéconomique

au Liban. L’association compte à ce jour,

avec sa branche commerciale (Fair Trade and Tourism

Lebanon), une trentaine d’employés en charge de ses

grands axes de travail. Ainsi, FTL offre des formations

(hygiène, marketing, commerce équitable, initiation au

marketing digital...), des équipements de production et

soutient également les producteurs afin qu’ils puissent

améliorer et mettre à norme leurs produits ainsi que la

chaîne de production, tout en appliquant les principes

du commerce équitable auprès des producteurs.

De plus, FTL sensibilise le grand public au concept

du commerce équitable, notamment à travers la

célébration-phare de la Journée mondiale du commerce

équitable ainsi que les formations auprès des écoles et

universités.

En 2014, FTL lance le projet des « Fair Trade Towns »

visant à diffuser le concept de commerce équitable

130


Célébration du 14 Juillet à l’ambassade de France, en 2017

HORECA 2016 avec Guillaume Gomez

auprès des citoyens, plus particulièrement dans un

cadre de développement local intégré. L’année 2015

a vu la concrétisation de ce projet par la signature

de la charte des Fair Trade Towns par les présidents

des 9 municipalités libanaises impliquées dans le

projet. Ainsi Abra, Aïn Ebel, Baskinta, Bissariyyeh,

Fourzol, Kfar Tebnit, Mheidthe, Menjez et Sidon font

désormais partie du réseau mondial des Fair Trade

Towns. L’objectif du projet est d’apporter aux 9 villages

sélectionnés un soutien économique, social et culturel,

et d’unifier les efforts et les ressources des principaux

acteurs dans chaque village, tels que les écoles, les

autorités locales et les résidents, afin de consolider

la sensibilisation au commerce équitable, accroître

les ventes, améliorer la vie quotidienne des petits

producteurs et leur permettre ainsi de rester dans leur

région d’origine.

Inauguration de la célébration de la Journée mondiale du commerce équitable.

De gauche à droite : M. Philippe Adaimé, M. Samir Abdelmalak, S.E. Mme Elizabeth

Richard, ambassadrice des États-Unis au Liban et S.E.M. Jean Oghassabian,

ministre d’État pour les affaires des femmes.

En parallèle à la dynamique de soutien, FTL a permis

aux petits producteurs de conquérir de nouveaux

marchés pour leurs produits, au niveau national, dans

les principales chaînes de supermarchés et d’épiceries

spécialisées ainsi que dans le secteur HORECA. Plus

de 120 produits de « Mouneh » libanaise, naturels et

authentiques, sont aujourd’hui commercialisés sous la

marque « Terroirs du Liban ».

Au niveau international, FTL exporte une large

gamme de produits dans les réseaux du commerce

équitable, notamment en France, en Allemagne, en

Autriche, en Italie, au Japon, en Grande-Bretagne,

en Australie, au Koweït et bientôt aux États-Unis.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 131


Entrepreneuriat social

L’équipe de Fair Trade Lebanon à l’ambassade du Liban à Washington, dans le cadre de l’évènement de dégustation de produits libanais,

avec quelques amis et membres de l’ambassade

Ses principaux partenaires commerciaux en France

sont : Solidar’monde (graines, huile d’olive, hummus,

caviar d’aubergine, savon à l’huile d’olive), Ethic Valley

(mélasse de grenade, eau de rose et de fleur d’oranger,

fleur de sel) et Sophim (huile d’olive).

L’année 2017 a été marquée par plusieurs projets

fructueux et très prometteurs. Ainsi, l’ONG participe

chaque année à plus de 12 salons libanais dont

HORECA Beirut, Beirut Cooking Festival ainsi que les

marchés solidaires de Noël (décembre 2016 et 2017)

et du printemps (mai 2016 et 2017) à l’Institut français.

FTL participe également, depuis deux ans, à la

célébration du 14 Juillet à l’ambassade de France.

Aussi, afin de développer l’export, FTL prend-elle part

aux principaux salons professionnels internationaux, à

savoir Sial en France, New York Fancy Food Show aux

États-Unis, Gulfood à Dubaï, Dortmund en Allemagne

et Tuttaunaltracosa en Italie.

Fair Trade Lebanon s’est également spécialisée

dans l’organisation d’évènements tels que le

déjeuner champêtre annuel pour la célébration de

la Journée mondiale du commerce équitable, avec

la participation des coopératives du réseau de

FTL qui assurent le repas en proposant des mets

traditionnels et ruraux. Cet évènement réunit chaque

année plus de 2 000 personnes, une vingtaine de

coopératives et des représentants des partenaires

locaux et internationaux. Par ailleurs, FTL a organisé

un évènement de dégustation de produits libanais

naturels, à l’ambassade du Liban à Washington D.C.,

auquel étaient conviés plus de 400 invités de la diaspora

libanaise et du milieu professionnel américain.

Enfin, FTL a lancé un manuel d’animations « Liban des

terroirs pleins d’espoirs » comme outil de sensibilisation

au commerce équitable auprès des élèves et étudiants,

dans les écoles et les universités, en collaboration avec

Artisans du Monde et le CCFD – Terre Solidaire (le 5

132


FAIR TRADE LEBANON

Em Touma, membre de la coopérative d’Aïta El Fokhar, préparant du saj

lors de l’évènement FTL à l’ambassade du Liban à Washington, D.C.

mai 2017) et l’AFD. La mallette pédagogique (manuel,

DVD et étude de filière autour du Zaatar et Hummus)

a été lancée en France, en février 2017, l’occasion

pour l’organisation de présenter les produits du terroir

libanais aux consommateurs français, ainsi que sa

mission de soutien aux petits producteurs dans les

villages et les zones rurales, soutien qui leur permet

de vivre décemment de leur travail et de préserver le

savoir-faire culinaire libanais. Cet évènement a été

suivi, le 5 mai, d’une conférence à l’Institut français au

Liban, adressée aux directeurs et corps professoral des

principales écoles du pays.

Responsabilité, transparence, respect de l’état de droit,

équité et démarche inclusive, sont autant de valeurs

défendues par Fair Trade Lebanon et de notions

indispensables à la mise en place d’un système de

gouvernance efficient. FTL œuvre sans relâche à la

diffusion de ces normes et valeurs, afin de contribuer

à la stabilité du pays et de préparer la société civile à

relever les défis à venir, aussi bien socio-économiques

qu’environnementaux.

Lancement de la mallette pédagogique en France

Fair Trade Lebanon aspire à apporter sa pierre à

l’édifice, dans le processus d’édification d’un Liban

moderne et équitable, apte à se mouvoir dans un

contexte mondialisé afin d’assurer sa prospérité et

celle de tous ses citoyens. n

Fair Trade Lebanon en chiffres :

Unités de production et de transformation alimentaire 49

Bénéficiaires directs 2000

Bénéficiaires indirects 4200

Produits certifiés Fairtrade par FLOCERT 12

Produits certifiés Biologiques 12

Produits développés et certifiés WFTO (World Fair Trade Organization) 79

Produits commercialisés sous la gamme « Terroirs du Liban » 120

Points de vente au Liban 41

Importateurs internationaux 13

Points de vente à l’étranger 4000

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 133


134


Le Liban

en France

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 135


Le Liban en France

ARCHITECTES LIBANAIS EN FRANCE

des promoteurs d’une nouvelle urbanité

Ils sont architectes avant tout, libanais ensuite, et il ne fait nul doute que leur origine

leur permet d’appréhender particulièrement bien les subtilités de milieux culturels

complexes et changeants. Ils sont les enfants de la guerre et de l’après-guerre, ceux d’un

microcosme où les enjeux ont été depuis des décennies complexes et vitaux. Ils ont été

poussés à explorer de nouvelles méthodes de socialisation et de communication dans un

environnement qui bouge vite, digitalisation et autres ruptures – guerres et révolutions –

obligent. Ainsi, dans un monde globalisé, perdu dans la standardisation et la conjugaison,

nombreux sont les architectes libanais, pour beaucoup formés à Paris dans les grandes

écoles et ateliers, qui ont non seulement fait leur propre chemin, mais qui sont aussi

sollicités pour des travaux d’intérêt public.

Tour et gare du projet Réalimenter Masséna.

136


Youssef Tohme

d’offrir des logements à des prix accessibles. Une

formule originale permet à chaque résident d’acheter

non un appartement mais un « volume » tarifé au mètre

carré. « Le résident a ainsi le contrôle de l’évolution de

son appartement », explique l’architecte. En effet, la

surface peut être ainsi doublée lorsqu’il en aura les

moyens ou le désir.

Projet d’habitation les Cityzens, Brazza Bordeaux, France

DES ARCHITECTES D’ORIGINE LIBANAISE

COMPTENT PARMI LES PLUS COTÉS DE

L’HEXAGONE

Youssef Tohmé, Lina Ghothmeh, ne sont pas des noms

inconnus de la scène parisienne ; ils sont jeunes et ils

tracent. À Paris, en Estonie, en Hongrie, au Japon, à

Berlin... Le monde est vaste et ils en sont citoyens, avec

l’engagement dans la vie de la cité que cela suppose.

Tohmé, même pas 50 ans, dont l’atelier YTAA, Youssef

Tohmé Architects and Associates, se trouve sur les

hauteurs de Beyrouth, a remporté un appel d’offres

international pour la réhabilitation du quartier de

Brazza de Bordeaux. Son projet a été retenu parmi 200

candidatures. Situé sur la rive droite de la Garonne,

Brazza Nord était par le passé une zone industrielle

bordée d’un grand parc à proximité. Celui-ci a donné

le ton à l’approche de Tohmé. Le concept proposé par

YTAA vise à connecter les résidents au fleuve et au

parc au travers d’espaces verts (40 mètres de large,

500 mètres de long) et prend en compte la nécessité

Pour l’architecte-urbaniste, il revient aujourd’hui

aux artistes, aux designers et singulièrement aux

bâtisseurs d’endosser le rôle de sociologues; a fortiori

dans des pays où les communautés se mélangent et

s’affrontent. Le débat public est au cœur de sa réflexion:

« L’espace public est un reflet, une représentation de la

société », dit l’architecte qui a également été, en 2014,

commissaire général d’Agora, la biennale d’architecture

d’urbanisme et de design de Bordeaux. Et d’ajouter :

« Quand la société est en plein changement, comme

à présent, en plein questionnement sur son identité

notamment, ces questions se posent aussi sur l’espace

public ».

En 2002, le diplômé de l’École d’architecture Paris-

Villemain s’était vu confier l’étude du réaménagement

de la gare d’Austerlitz chez Arep. L’année suivante,

dans l’atelier de Jean Nouvel, il assistait à la conception

de The Landmark au centre-ville de Beyrouth (projet

mis en pause), avant d’être nommé chef de projet

du musée du Louvre Abou Dhabi, dans sa phase

préliminaire, et de concevoir, en collaboration avec

109 Architects, l’iconique Campus de l’Innovation, de

l’Economie et du Sport de l’Université Saint Joseph de

Beyrouth.

LINA GHOTHMEH, ARCHITECTE D’UN RAPPORT

INTIME À LA TERRE ET À LA MÉMOIRE

Tout aussi dynamique et sensible à la dimension sociale

de son métier, Lina Ghothmeh, formée à l’Université

Américaine de Beyrouth, remporte Réinventer

Paris, un des plus ambitieux concours européens

d’architecture. Lancé par la mairie de Paris, il concerne

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 137


Le Liban en France

Architecture du Musée national estonien. @ Takuji Shimmura

L’architecte franco-libanaise Lina Ghotmeh.

la réhabilitation d’une vingtaine de sites urbains, le

mot d’ordre étant l’innovation architecturale, urbaine

et sociale. Plus de 800 candidatures sont reçues; le

projet de Ghothmeh est retenu pour Réalimenter

Masséna, la réhabilitation de l’ancienne Gare Masséna

dans le 13ème arrondissement. Le projet est pensé par

Ghotmeh comme un lieu d’échanges, de débats ainsi

qu’une base avancée de la recherche et de l’économie

circulaire dédiée à l’alimentation. Conçu sur le mode

de l’économie collaborative, Réalimenter Masséna

permettra d’apporter une pratique concrète à l’écologie

urbaine et de réinventer un rapport à la terre plus

durable et une autre vision de la rénovation urbaine. Le

bâtiment en bois portera 1 000 m² d’espaces verts et

une gaine de plantes grimpantes sur toute la façade.

De même, 250 mètres linéaires de jardins investiront

les rampes qui relient les 14 niveaux du bâtiment et

ceinturent la gare attenante. Au moins 1,2 tonne de

produits comestibles seront produits. Dans ce cadre,

« on va cultiver et se cultiver », explique l’architecte,

poétique. « Dans moins de trois décennies, nous serons

plus de 9 milliards d’individus sur terre et il faudra deux

138


ARCHITECTES LIBANAIS EN FRANCE

STONE GARDEN

fois et demie la planète pour subvenir à nos besoins

si nous continuons à ce rythme. Il est urgent de

réfléchir aux moyens de se réapproprier la terre, notre

source nourricière ; d’investir dans la biodiversité et

de développer la résilience des systèmes agricoles »,

souligne-t-elle. L’habillage en bois et le réemploi de

plus de 80 % des déchets du chantier confirment la

démarche durable du cabinet. La livraison du chantier

est prévue pour 2019. L’architecte qui porte haut

l’ambition de concevoir le bâtiment de manière plus

durable et responsable, voit son rôle gagner un sens

plus conséquent.

En 2006, à 27 ans, cette architecte habitée remportait

avec ses jeunes associés Dan Dorell et Tsuyoshi

Tanele, le concours du Musée national estonien, qu’elle

a pris le temps d’imaginer, en dehors de ses heures de

travail chez Jean Nouvel. C’est à la suite de ce concours

que Ghothmeh a choisi de fonder son propre cabinet

avec deux associés japonais et italien. Le musée,

34 000 mètres carrés et 69 millions d’euros, a ouvert

ses portes en septembre dernier, suscitant un grand

enthousiasme médiatique.

Sa sensibilité et son approche des dynamiques

susceptibles de produire de l’espace lui vaudront de

collectionner les prix prestigieux : AFEX (Architectes

français à l’Export ) 2010, Najap 2007-2008 décerné

par le ministère français de la Culture et de la

Communication, Ressegna Lombardia di Archittettura

2008 et Red Dot Award. En plus de faire partie de

la liste de l’European Architects Review des « 10

architectes visionnaires pour la nouvelle décennie »,

elle est souvent invitée à intervenir auprès de diverses

institutions comme la Royal Academy of Arts à

Londres ou la Columbia University à New York, tout

comme ses pairs, Tohmé ou Jad Tabet, autres figures

de l’architecture en France.

UNE ARCHITECTE DE LA LUMIÈRE CHOISIE POUR LE

BEMA, HALA WARDÉ

Son nom a commencé à circuler dans les milieux

libanais profanes depuis qu’elle a été choisie, en 2016,

pour le développement du BeMA (Beirut Museum

of Art), parmi 70 candidats et par un jury composé

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 139


Le Liban en France

BEMA, Museum of Art, Beyrouth

Ces architectes renommés

émettent tous la même envie

viscérale de pouvoir contribuer

au dessin du Liban d’aprèsguerre,

déplorant ne pas

pouvoir y mettre à profit leurs

talents d’urbaniste faute de

commandes publiques.

L’architecte franco-libanaise Hala Wardé.

d’architectes internationaux de haute volée : Rem

Koolhaas, Lord Richard Rogers, feue Zaha Hadid, Dr.

Farès el-Dahdah, Dr. Rodolphe El-Khoury, la présidente

d’APEAL (Association for the Promotion and Exhibition

of the Arts in Lebanon) Henriette Nammour, pour n’en

citer que quelques-uns.

Pour l’architecte penseur, « il ne s’agit pas que d’un

musée, mais d’un sujet urbain sur un site chargé de

symboles : il appartient au campus de l’USJ, se situe sur

l’ancienne ligne de démarcation, sur la route de Damas,

près du musée MIM et du Musée national ». Wardé a

prévu un grand jardin sur le site et une tour centrale

de 120 mètres de haut qui abritera des programmes

complémentaires du musée (installations, ateliers

d’art, etc.). « Un campanile de douze mètres sur douze

de base, comparable à celui de la place Saint Marc à

Venise, pour marquer le territoire, explique l’architecte,

poétique, « comme un phare, un signe urbain d’appel

à la culture ». Wardé travaille notamment sur la

lumière et sur le recyclage de l’eau dans ce projet qui

aura recours à des matières minérales (pierre, brique,

céramique, etc.) et qu’elle conçoit également comme

un belvédère pour voir la ville.

140


ARCHITECTES LIBANAIS EN FRANCE

Le Louvre d’Abou Dhabi

Le parcours de l’architecte remonte cependant à

bien plus loin. En 1990, Hala Wardé intègre l’atelier

de Jean Nouvel, son professeur à l’École Spéciale

d’Architecture. En 1999, elle en devient partenaire

après avoir notamment collaboré à un grand ensemble

de bureaux et de commerces, One New Change situé

derrière la cathédrale Saint Paul, et participé au sein

de l’agence à de nombreux projets à travers le globe.

Elle se verra attribuer la direction du projet du Louvre

Abou Dhabi et fondera, en 2008, HW architecture

avec quelques anciens des Ateliers Jean Nouvel avec

lesquels elle travaille en partenariat privilégié sur

l’institution muséale.

Le projet, lancé en 2006, est en passe de prendre fin

onze ans plus tard. Construit sur l’île de Saadiyat, le

musée s’inscrit dans le cadre plus large d’un district

culturel qui comprend le musée Guggenheim, un musée

maritime et un centre de spectacles. Chaque salle est

conçue comme un bâtiment inspiré des villes arabes

blanches. Un grand dôme, « machine à lumière »,

protège les espaces de déambulation. « Nous avons

travaillé avec la lumière naturelle, joué avec le vent,

l’eau, la poussière », raconte Hala Wardé pour qui il va

de soi de penser « écologie et développement durable »,

avant de préciser que « la fonction première du dôme

d’Abou Dhabi est de créer un microclimat ». Elle n’est

pas qu’esthétique.

L’architecte possède également sa propre vision du

paysage urbain libanais, beyrouthin en particulier.

Elle mentionne la nécessité d’y « ramener de l’espace

public, de ramener les jardins dans la ville ». Elle veut

« encourager le plaisir du piéton, du citoyen » et songe

à « un programme qui remette la ville en relation

avec la mer, comme à Barcelone où on sent la mer

très loin dans la ville ». Faut-il vivre à l’étranger pour

prendre conscience de la « situation géographique

extraordinaire du Liban et des quelques restes de

paysages qu’il faudrait préserver ou amplifier ? ».

ROUEIDA AYACHE AU SERVICE DU « DÉSIR

D’ARCHITECTURE » DANS UN MONDE GLOBALISÉ

Dès sa sortie de l’École Spéciale d’Architecture à

Paris, Roueida Ayache rejoint, en 1991, le cabinet

parisien Architecture Studio et y est assignée à la

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 141


Le Liban en France

Théâtre National de Bahrein.

programmation d’un Musée d’Architecture comme

projet de diplôme. Elle fait aujourd’hui partie des

douze associés de ce studio pluriculturel qui travaille

à l’échelle du globe : la Chine, le Moyen-Orient, le

Pakistan, l’Europe, et qui revendique la collégialité

dans la conception même des projets, plus difficile que

la collégialité au niveau de l’exécution. On ne s’étonne

pas de l’étendue d’intervention d’AS Architecture

lorsqu’on comprend la philosophie de l’agence qui

voit dans l’architecture une capacité à penser l’espace

urbain et la vie de la cité, voire à conférer des identités,

bien que la définition de celles-ci soit un vaste sujet,

comme le dit Ayache. En bonne philosophe - Ayache

possède un DEA de philosophie - elle s’interroge sur la

question comme sur tant d’autres et prône, de ce fait,

loin du passéisme, la réinterprétation continue d’une

identité transposée dans un matériau contemporain,

dans la recherche de la mixité et d’une certaine poésie.

Architecture Studio

Énumérer les projets d’AS serait trop long : l’auditorium

de la Maison de la Radio, la restructuration du Campus

de Jussieu, l’éco-quartier Parc Marianne à Montpellier,

les hôpitaux Sainte Marguerite ou Paul Guiraud, n’en

constituent que quelques exemples en France. Les

projets phares incluent notamment l’Institut du Monde

Arabe, « une belle rencontre et intégration de culture par

l’architecture contemporaine », le Parlement européen

142


ARCHITECTES LIBANAIS EN FRANCE

Parlement Européen, France.

de Strasbourg, un travail de très grande taille (200

000 m2) conçu et entièrement supervisé par l’AS,

depuis l’architecture jusqu’au mobilier, et qui conférera

au cabinet une visibilité à l’international, à l’instar

d’autres projets emblématiques : la Fondation Onassis

à Athènes où l’usage du marbre blanc fait référence

à la pureté de l’architecture antique grecque ; le plan

directeur de l’exposition universelle de Shanghai en

2010 ; plusieurs projets de mosquée et d’avenues à

la Mecque, en Arabie Saoudite, qui sont l’occasion de

« travailler sur un des hauts lieux du monde et sur la

qualité de vie dans la “ville lente”, par rapport à la ville

des autoroutes », incluant notamment la création

de centres piétons et de microclimats. En Chine, elle

ouvre des bureaux à Shanghai et à Pékin. Au Moyen-

Orient, elle réalise le théâtre national de Bahreïn, une

tour Rotana emblématique à Amman. À Beyrouth, elle

collabore à An Nahr, un développement mixte résidentiel

et commercial dans la région du fleuve de Beyrouth.

Interrogée sur l’architecture au Liban, Ayache, dans

une formule toute à elle, a recours à une métaphore :

« Au Liban, on a des mots, mais on n’a pas la syntaxe ».

Elle confirme voir de belles architectures, mais rappelle

aussi la nécessité d’une vision urbaine, d’un schéma

directeur, une réflexion en amont sur tout un quartier :

« Ce qui manque, c’est de penser l’espace public ou

le caractère d’un quartier ». C’est ainsi que Ayache

pense, à défaut d’une vision urbaine pour l’intégralité

de la ville, au réaménagement de la corniche par

exemple, en une promenade depuis Solidere jusqu’au

bout… qui embrasserait tout Beyrouth. La corniche est

d’ailleurs un des rares rendez-vous mixtes et ouverts

de la ville et c’est bien « le front de mer qui fait les

villes méditerranéennes. Alors, rendons hommage à

notre Méditerranée ; repensons le littoral de 210 km ;

pensons symboliquement ». Optimiste de nature, Roueida

Ayache est de ceux qui pensent que, même si le gâchis

est là, une infinité de moyens d’action et de remèdes

demeurent possibles. Sa force, en tant qu’architecte et

citoyenne du monde, Ayache la tire de son biculturalisme

plutôt que de son bilinguisme, lequel sera à son sens

« une condition de l’humanité de demain ». Un vrai

multiculturalisme et non « un pot-pourri, culture de

consommation courante » qui ne va pas bien loin.

Dans le contexte de mondialisation et du débat du

dialogue des cultures corollaires, l’architecte constate

« un désir d’architecture, une recherche d’identité par

l’architecture contemporaine, une identité d’aujourd’hui

pas un pastiche du passé ». Roueida Ayache se trouve

d’ailleurs chanceuse d’exercer cette profession,

aujourd’hui et maintenant. Et l’architecture se réjouit

sans doute de la compter parmi ses ambassadeurs.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 143


Le Liban en France

L’architecte Antoine Chaaya

ANTOINE CHAAYA, L’ARCHITECTE DES MUSÉES

Solidere a voulu que le Musée de Beyrouth soit conçu par

l’architecte des musées par excellence. C’est le francolibanais

Antoine Chaaya, un des onze partenaires du

cabinet Renzo Piano, prix Pritzker d’architecture, qui est

en charge du projet dont la deuxième phase vient d’être

livrée. Le projet, sur lequel l’agence s’était penchée

dix ans auparavant, avait été mis en veilleuse et a été

réactivé récemment, avec la libération de la donation

de 30 millions de dollars US par le Fonds Koweitien.

« Le sujet est sensible, le thème est fragile, car il ne traite

pas que d’archéologie, mais de l’histoire de Beyrouth,

souligne l’architecte. Il se veut un trait d’union entre le

passé ancien et le passé récent de la ville ».

Le musée retrace l’histoire de la ville de Beyrouth à

travers les siècles, sachant que le site archéologique

ne présente que des fragments d’une certaine période.

Architecturalement, il pose la question « du rapport de

la ville de Beyrouth à la mer et du site lui-même à la

mer. On a fait appel à l’imagination et à la métaphore,

dit Chaaya. Ce bâtiment peut être comme un phare

qui regarde vers la mer et qui scrute la ville ». Ainsi,

144


ARCHITECTES LIBANAIS EN FRANCE

Broad Contemporary

Art Museum, Los Angeles.

le musée est conçu comme un cube en verre tout en

transparence « pour ne pas bloquer la vue sur la mer ».

La partie muséographique en dessous du niveau de la

rue est ouverte sur le parc archéologique. Le musée se

trouve sur l’emplacement de l’ancien cinéma Rivoli :

seul le tiers du lot est constructible selon le master

plan et les constructions ne devront pas dépasser les

15 mètres en hauteur au-dessus de la rue. « Nous

essaierons de faire un bâtiment responsable qui

explore également la géothermie, nous chercherons à

utiliser l’eau de la nappe phréatique pour rafraîchir ».

Aussi, l’agence qui travaille sur le siège de la Société

Générale au centre-ville s’est-elle « fait fort de faire

accepter que la banque soit ouverte à la ville. Le rez-dechaussée

sera transparent, sous forme de piazza, pour

accueillir des concerts, des manifestations culturelles,

une fondation d’art. Nous voulons aussi penser à la vie

des piétons et la favoriser. La piazza sert de connexion

entre le projet et la ville ». À la Société Générale, le

studio d’architecture a prévu un jardin suspendu

de 2000 m², pour des arbres de 14 à 16 mètres de

hauteur « afin de donner à Beyrouth un petit poumon

supplémentaire. On a des responsabilités vis-à-vis de

la ville et de notre réputation ».

La création d’espaces verts et de rencontre et la

réhabilitation du piéton sont au cœur des sujets de

l’agence, « y compris aux États-Unis, le pays des

voitures », insiste Chaaya. Là, Chaaya est engagé sur

le projet de l’extension de l’Université de Columbia en

partenariat avec SOM (Agences Skidmore Owings &

Merrill). « Le campus actuel clôturé exprime la fierté

du siècle dernier, observe Chaaya. L’extension exprime

la fierté et les valeurs de ce siècle : l’ouverture, la

tolérance. Il vise à partager l’espace avec la ville ; il

reprend possession du rez-de-chaussée. C’est un

campus, mais il est perméable et est complètement

ouvert à la ville. C’est une révolution ». Le deuxième

bâtiment, une école des arts (ciné, théâtre, galerie

d’art), sera bientôt inauguré. L’agence a commencé à

travailler sur ce projet en 2002. Le premier bâtiment, un

centre de recherche de neurosciences de 45 000 m², est

déjà opérationnel : 150 scientifiques, sur une capacité

de 800 environ, y travaillent déjà, dont deux prix Nobel.

Le troisième bâtiment formé d’amphithéâtres et de

salles de réunion est un Forum dédié à la parole ; le

quatrième aux grands enjeux du monde contemporain.

Chaaya, passager très régulier des vols Paris-New

York du fait du projet de Columbia, a longtemps investi

les États-Unis. Pendant sept années, il a notamment

travaillé à Los Angeles sur le Lacma (Los Angeles

County Museum of Art) et le Broad Contemporary Art

Museum. Il avait précédemment participé à différents

projets iconiques de l’agence qu’il a rejoint dès 1984,

après un diplôme de l’USEK et quelques années

d’expérience au Liban qui lui ont vite fait comprendre

que pour travailler à la mesure de son ambition, il lui

fallait partir. Il postule alors chez Renzo Piano Studio

qui le tentait tout particulièrement. Il est embauché,

participe à des missions sur la Nouvelle Calédonie, la

Postdam Platz à Berlin ou le siège social du prestigieux

quotidien Il Sole 24 Ore, son premier projet en tant que

partenaire après dix années dans la structure. Il apprend

alors l’italien qu’il parlera et écrira couramment.

« À la guerre comme à la guerre », dit justement cet

enfant de la guerre, reconnaissant « avoir eu la chance

magnifique de participer à des projets qui vont au-de

de l’architecture ; c’est de la poésie ».

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 145


Le Liban en France

Jad et Sami Tabet,

Atelier Tabet architecture

et urbanisme.

Pour ces visionnaires, qui redonnent au métier ses lettres

de noblesse, l’architecture n’est pas seulement affaire d’érection

de bâtiment. Un logement a vocation à devenir habitat.

Grand Lycée Franco-Libanais de Beyrouth

146


ARCHITECTES LIBANAIS EN FRANCE

Logements Montparnasse.

JAD ET SAMI TABET : DES AGENTS ENGAGÉS DE LA

MÉTAMORPHOSE URBAINE

Bien avant cette génération d’architectes, citoyens

du monde, les frères Jad et Sami Tabet avaient ouvert

leur atelier à Montparnasse et s’étaient entièrement

engagés dans les problématiques locales d’habitat.

Les projets de réhabilitation et de reconversion ainsi

que la requalification de sites urbains sensibles et de

quartiers anciens en cours de mutation constituent leur

dada. Ils interviennent sur les projets de construction

de logements sociaux, de résidences étudiantes et

d’équipements publics.

Au cours des dernières années, l’Atelier Tabet situé dans

le 14ème arrondissement de Paris, s’est également

intéressé aux questions de développement durable

et a conçu des bâtiments à basse consommation

d’énergie. Sami, diplômé de l’Institut des Beaux-Arts

de Beyrouth, a longtemps collaboré avec Roland

Schweitzer, architecte et urbaniste, grand connaisseur

de l’architecture en bois et proche des valeurs

écologiques et solidaires. La réhabilitation du logement

pour l’intégration des plus démunis est une activité

qui leur a valu d’être lauréats du Prisme d’Or décerné

par le ministère du Logement en 2000 et du premier

Palmarès de la réhabilitation de l’Habitat décerné en

2001 par le ministère de la Culture.

Pour ces visionnaires, qui redonnent au métier ses

lettres de noblesse, l’architecture n’est pas seulement

affaire d’érection de bâtiment. Un logement a vocation

à devenir habitat. Habiter c’est tisser dans la ville tous

les liens nécessaires à l’usage et à la vie commune. C’est

d’ailleurs dans cet esprit que s’inscrit la démarche de

ces architectes qui ont choisi de participer à l’écriture

de la métamorphose urbaine, tout en gardant l’humain

au cœur de celle-ci.

S’ils ne visent pas de grandes déclarations sur

l’histoire ou la politique, tous ces architectes libanais

sont néanmoins engagés, l’architecture étant pour

eux un lieu de rencontres. Et quand bien même ils

exerceraient leur métier en France et dans les villes

du monde, ces architectes renommés émettent

tous la même envie viscérale de pouvoir contribuer

au dessin du Liban d’après-guerre, déplorant ne pas

pouvoir y mettre à profit leurs talents d’urbanistes

faute de commandes publiques. n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 147


Le Liban en France

Table ronde au 9ème Festival du film francophone d’Angoulême, en août 2016.

De gauche à droite : Antoine Khalifé, Maya de Freige, Nadine Labaki, Danielle Arbid et Philippe Aractingi.

LA FRANCE, SOUTIEN ESSENTIEL

D’UNE GÉNÉRATION MONTANTE

DE RÉALISATEURS LIBANAIS*

Le cinéma libanais n’est étranger ni au public français ni à ses organes officiels. La France

est d’ailleurs le seul État avec lequel il existe un accord de coproduction. Cet accord ne

peut toutefois pas, à lui tout seul, satisfaire aux besoins de financement de la production

libanaise. La Fondation Liban Cinéma mandatée par le ministère de la Culture œuvre à

dynamiser cet accord de co-production avec la France et à le réactualiser.

Les réalisateurs libanais se rendent à Cannes tous les

ans emmenés par la Fondation Liban Cinéma, l’Office

du Tourisme du Liban à Paris et IDAL (Investment

Development Authority of Lebanon). Ils sont de plus en

plus jeunes et de plus en plus créatifs.

Vatché Boulghourjian, avec son film Tramontane

qui raconte l’histoire d’un malvoyant à la recherche

de son identité dans un pays meurtri, a reçu le prix

Découverte au Festival du film francophone de Namur

en octobre 2016. Le réalisateur avait été sélectionné

148


Affiche de Waves ’98

d’Ely Dagher

dans la quinzaine des réalisateurs en 2015 après

avoir également remporté le troisième prix de la Ciné

fondation en 2010. En 2015, c’est Ely Dagher qui

remporte, avec son film d’animation Waves ’98, la

Palme d’or du Court métrage au Festival de Cannes.

En 2016, 18 courts métrages sont présentés à Cannes,

pour la plupart réalisés par des étudiants, contre neuf

films en 2014. Leurs aînés, réalisateurs de longs

métrages, sont aussi très chaleureusement accueillis

sur la Croisette, dont notamment Philippe Aractingi

avec son dernier-né Listen, sorti sur les grands écrans

à Beyrouth en 2017. Quelques mois plus tard, c’est

le Festival du film francophone d’Angoulême qui leur

rend hommage. Nadine Labaki, Philippe Aractingi,

Randa Chahal, Danielle Arbid, Carlos Chahine…

LE FINANCEMENT : UN PARCOURS DU

COMBATTANT, ESSENTIELLEMENT SOUTENU

PAR LA FRANCE

Vatché Boulghourjian

Pour produire Tramontane, Boulghourian dépose

des candidatures auprès de tous les supports

institutionnels et gouvernements aux potentiels,

participe à tous les forums et ateliers dans le

monde y compris le forum de co-production au

Festival international du film de Thessalonique.

C’est ainsi que Gabrielle Dumon, de la maison de

production parisienne Le Bureau, les rejoint comme

co-productrice. Ensemble, ils postulent à l’Aide aux

Cinémas du Monde du CNC qui leur accorde son

soutien. Il leur faudra également mobiliser différents

établissements pour pouvoir monter le film : le Qatar

et les Émirats arabes unis avec le soutien de Venice

Biennale College Cinema, the Sundance Institute, Arte

et the Berlinale World Cinema Fund.

Ne disposant donc pas de centre national de soutien

au cinéma, les réalisateurs libanais se voient contraints

de solliciter l’aide extérieure, celle de la France étant

l’une des plus anciennes et des plus pérennes : 80%

de la production libanaise est à ce jour financée

par celle-ci, selon Maya de Freige, présidente de la

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN

149


Le Liban en France

Philippe Aractingi.

Les réalisateurs ne sont pas des

ambassadeurs du Liban en poste ;

ils sont avant tout des artistes qui ont

besoin de travailler leur art...

Fondation Liban Cinéma. Ainsi, ils s’orientent vers le

Fonds d’Aide au Cinéma du Monde dont la contribution

est en général de l’ordre de 150 000 euros ou vers

l’Aide à la francophonie dont la contribution maximale

se situe aux alentours de 40 000 euros. Dans ce

panorama clairsemé, le soutien du CNC français reste

fondamental quand bien même très contraignant car

conditionné : il faut qu’il y ait un co-producteur français

et la moitié du budget doit être dépensée en France, en

post-production par exemple.

L’autre acteur de poids est la chaîne de télé Arte,

laquelle achète vingt films par an pour un montant de

100 000 à 300 000 euros par film. La contribution d’Arte

se fait sous deux modalités différentes : en préachat

ou en coproduction. « Une seule fois seulement, Arte

m’a acheté un film ; c’était Sous les bombes », raconte

Philippe Aractingi qui dit aussi avoir systématiquement

sollicité l’institution. Idem pour Ghassan Salhab, un

des Libanais particulièrement appréciés des Français

qui, bien qu’ayant bénéficié d’une aide de 40 000 €

du Fonds francophone de production audiovisuelle du

Sud, n’a pas pu obtenir le soutien de la chaîne pour son

dernier film, La Vallée. L’aide française serait corrélée à

une certaine représentation de ce que devrait être le

cinéma libanais, à « la vision que le Nord a du Sud »,

« à un cinéma difficile ; la guerre, la misère. Il faut avoir

l’aval de la France sur le contenu pour avoir les fonds »,

poursuit le réalisateur de Bosta, d’Héritages, de Sous les

bombes, une des figures de proue du cinéma libanais

qui « n’a plus envie de se justifier à chaque fois qu’il

veut faire un film » et qui n’a « plus forcément envie

de ne traiter que la guerre et la misère ou de répondre

à une demande, mais de suivre son propre désir, son

inspiration du moment ». Les réalisateurs ne sont pas

des ambassadeurs du Liban en poste ; ils sont avant

tout des artistes qui ont besoin de travailler leur art,

comme l’ont signifié à Angoulême Danielle Arbid

et Philippe Aractingi qui dit s’être longtemps senti

responsable mais avoir maintenant simplement envie

de faire des films, plaisants, romantiques. Listen, son

dernier-né, en est une illustration.

150


RÉALISATEURS LIBANAIS

Scène du film Listen de Philippe Aractingi.

LE SECTEUR SE STRUCTURE ET SE

PROFESSIONNALISE

Ghassan Salhab, réalisateur de La Vallée.

Ainsi, pour faire leur film et parce qu’ils ne peuvent pas

faire autrement, c’est-à-dire ne pas faire de cinéma,

ils montent le financement sur mesure et se font

créatifs en la matière. Ils font appel au « love capital,

des gens qui aiment travailler avec eux », selon Salhab

et qui sont prêts à baisser considérablement leurs prix,

ainsi qu’à des investisseurs locaux lesquels, financiers,

exigent un rendement, ou à des mécènes qui les

soutiendront de manière ponctuelle à l’instar de la

banque d’investissement FFA.

Les créateurs indépendants sont de plus en plus

soutenus par une poignée de producteurs libanais tels

qu’Abbout Production, qui a pris le pari de l’audace en

portant les projets et en cherchant des coproducteurs à

l’étranger. Georges Choucair, le fondateur de la société

de production qui a déjà soutenu 23 films, s’engage

non seulement pour et dans le cinéma libanais, mais

aussi pour et dans le cinéma du monde de manière plus

large. Il promeut aussi, en particulier, le cinéma français

au Liban et au Moyen-Orient par le biais de Métropolis,

la salle de cinéma qui a fêté ses dix ans, en été 2016, en

présence du réalisateur français Jacques Audiard.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN

151


Le Liban en France

Guédiguian dit trouver « évident » son choix

d’acteurs libanais, « exceptionnels et qui sont tous

devenus des amis », et relève « la générosité et

le professionnalisme » des équipes techniques

libanaises. Le Liban jouit d’avantages compétitifs

certains par rapport à l’Afrique du Nord ou à d’autres

pays du Moyen-Orient : présence de professionnels

locaux et d’équipes très qualifiées, coûts moindres,

diversité des paysages et décors impressionnants,

distances courtes. Si le pays se distingue par un

véritable savoir-faire, a fortiori avec la jeune génération

de plus en plus nombreuse à investir le métier, il pâtit

cependant de l’absence d’une institution souveraine

à l’instar de la Jordan Commission qui assure toute la

logistique aux cinéastes étrangers : permis, hôtels, etc,

attirant de la sorte de nombreuses productions.

Carlos, film français partiellement tourné au Liban.

LA FRANCE, MARCHÉ ÉTRANGER DE PRÉDILECTION

DU CINÉMA LIBANAIS ; LE LIBAN, POTENTIELLE

PLATEFORME DE TOURNAGE POUR LA FRANCE

Si les films français ont leur public au Liban, la France

demeure aussi un des marchés qui accueillent le plus

favorablement le cinéma libanais. Elle est, de manière

générale, le pays qui est le plus à l’écoute du cinéma

du monde et nombre de cinéastes libanais y ont,

d’ailleurs, élu domicile et y ont fait leurs classes. Tout

comme celui qui se veut leur ange gardien, Serge Akl,

le dynamique directeur de l’Office du Tourisme du

Liban à Paris.

En parallèle à son action en faveur de la présence

libanaise à Cannes, Akl cherche à promouvoir le Liban

comme destination de tournage. Robert Guédiguian y

a déjà tourné une partie de son Histoire de Fou et avant

lui, Olivier Assayas une très grande partie de son film

Carlos.

Ainsi, l’industrie du cinéma peut-elle constituer une

réelle source de revenus pour le Liban – le tournage

de Carlos en 2010 aurait généré environ un million

de dollars pour le pays, en 3 à 4 mois de tournage.

Pour la promouvoir, l’Office du Tourisme du Liban

à Paris a lancé à Cannes, il y a plusieurs années,

www.a35mmdebeyrouth.com, une plateforme en

ligne qui se veut un guide complet des films, tournages,

réalisateurs et acteurs. Très bien reçue, elle a permis

de nombreux contacts entre réalisateurs, producteurs

et autres professionnels du cinéma.

De plus en plus primés, les réalisateurs de courtsmétrages

d’aujourd’hui pourraient, dans un cadre

propice, devenir les grands réalisateurs de demain. C’est

dans cette perspective que la Fondation Liban Cinéma

travaille, avec le soutien de la Banque Centrale, à la

mise en place d’un fonds d’investissement spécialisé.

La circulaire 416 émise par la Banque permet aux

cinéastes d’emprunter à des taux bonifiés (de l’ordre de

1%) sur 16 ans. Cette dernière s’est également investie

dans Liban Factory aux côtés de Abbout Production : un

projet de 250 000 USD qui finance quatre réalisateurs

libanais qui travailleront chacun en binôme avec

des réalisateurs du monde, français, bosniaques,

costaricains, et les courts métrages seront présentés

à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes.

Quand le Grand Argentier développe une sensibilité pour

le secteur et que celui-ci se fédère, on peut tourner. n

* À l’heure où cet ouvrage allait sous presse, on annonçait la

sortie du film de Ziad Doueiri, L’Insulte, une œuvre franco-libanaise

unanimement saluée par la critique.

152


DESIGN

LE DESIGN,

une autre vitrine du Liban

L’Institut du monde arabe, haut lieu de l’art, de la culture, de l’anthropologie, leur a fait

honneur plus d’une fois : Milia M, Karen Chekerdjian, Bokja, etc. La nouvelle génération

de designers libanais, à l’instar de leurs illustres prédécesseurs qui se sont forgé une

renommée planétaire, semble porter haut l’image du Liban : beauté, créativité et

humanisme transcendent les frontières. Au printemps 2016, c’est avec Karen Chekerdjian,

designer produit que l’IMA « inaugure avec éclat son renouveau », dit Jack Lang, président

de l’institution, qui ajoute : « La mode était déjà présente, mais c’est la première fois

que l’on donne carte blanche à un designer. Cet entrecroisement entre art, culture,

civilisation et créativité dans le monde arabe donne à voir autre chose que la violence

relayée dans les médias ! » Découvrir les collections des designers libanais dans l’un des

musées nationaux de Paris redore le blason d’un métier assimilé à un phénomène de

mode passager.

PLATFORM, Coffee table de Karen Chekerdjian

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 153


Le Liban en France

La créatrice libanaise Milia Maroun livre son interprétation de la Kimabaya, à l’Institut du monde arabe.

« Cet entrecroisement entre art, culture, civilisation et créativité

dans le monde arabe donne à voir autre chose que la violence relayée

dans les médias ! »

PARIS FAIT LA PLACE HAUTE AUX JEUNES

DESIGNERS LIBANAIS

Un mois après Karen Chekerdjian, c’est au tour de Milia

M. d’investir les lieux, à l’occasion de la Fashion Week

parisienne, avec sa Kimabaya, une pièce atemporelle,

universelle, fusion entre le kimono traditionnel et

l’abaya. Pour son entrée au musée, la designer ose un

vêtement écologique inédit : un manteau-jardin vivant,

en phase avec un des grands enjeux de notre temps.

Pour cette exposition, la designer de mode a collaboré

avec Nada Debs, un autre nom du design libanais

apprécié du public parisien.

Milia Maroun, invitée de l’IMA, a fait ses classes à

Esmod Paris et chez Vanity pour ensuite lancer sa

propre marque en 2000 à partir de Beyrouth. Depuis,

Esmod a ouvert ses portes dans la capitale libanaise et

nombreux sont les designers libanais qui montent, issus

de cette institution. Sans oublier que Paris, capitale de

la mode et du goût, reste un point de passage obligé

pour qui veut se positionner sur ce secteur.

154


DESIGN

La Maison Rabih Keyrouz à Beyrouth (crédit Nadim Asfar)

Rabih Keyrouz en pleine séance d’essayage (crédit Sylvain Oger)

Zuhair Murad

LA GÉNÉRATION « HAUTE COUTURE »

Représentée par Elie Saab, Zuhair Mrad, Rabih

Keyrouz , Georges Chakra ou Georges Hobeika, cette

génération a pavé le terrain à la jeune génération en

conquérant les podiums et les chasses gardées du

show-biz. Elles sont une flopée de célébrités à se faire

habiller par ces grands designers.

Elie Saab a pignon sur rue avec deux espaces dans

le triangle d’or : le rond-point des Champs-Élysées

et l’avenue Georges-V ; son compatriote Georges

Hobeika, membre invité de la Chambre syndicale,

stagiaire durant la guerre dans les ateliers de Chanel,

inaugure une salle d’exposition en 2010 sur la très

prestigieuse rue Royale.

Quant à Rabih Keyrouz, ancien élève de la Chambre

syndicale de la couture parisienne, décoré Chevalier

des arts et des lettres en 2014, c’est en 2009 qu’il

revient installer son studio dans la ville de ses études,

boulevard Raspail, dans ce qui fut longtemps le petit

théâtre de Babylone. Il avait préalablement fondé, en

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 155


Le Liban en France

Céline Dion habillée par Elie Saab aux American Music Awards

L’actrice Lily Collins à la Vanity Fair party,

dans une robe signée Elie Saab

1998, la Maison Rabih Keyrouz à Beyrouth où, durant

dix ans, il créera des pièces uniques à des femmes qui

l’inspirent. Aujourd’hui, artisans et façonniers français

collaborent avec le couturier pour créer ses collections

de prêt-à-porter de luxe.

LA JEUNE GÉNÉRATION DE DESIGNERS SE

POSITIONNE PRINCIPALEMENT SUR LE MARCHÉ

GLOBAL DU PRÊT-À-PORTER

La génération actuelle, dans le sillage de Keyrouz –

beaucoup d’entre eux sont passés par Starch, le mini

incubateur fondé par ce dernier – se différencie de celle

qui la précède par l’inscription de ses collections dans

des inspirations personnelles, des références abstraites

et des problématiques actuelles, plutôt que dans le

passé et la tradition. Ils sont plus nombreux à se lancer

sur le marché du prêt-à-porter créateur, cherchant à

saisir les opportunités du marché du luxe high street

proposé à des prix abordables, et à développer des

marques, répondant ainsi à une demande croissante

156


DESIGN

Georges Chakra présentant sa collection au Paris Fashion Week 2016

Joe Arida, Yasmina Jaber, Bashar Assaf, Nour Najem et Élie Metni, jeunes

talents libanais lancés par Starch, au salon de Tranoï à Paris.

La robe de mariée Georges Chakra,

collection automne-hiver 2017/2018

la mode, restent significatifs : coûts de fabrication,

qualité et finissage, frais d’exportation, accès au

financement, etc. Nul établissement national, à

l’instar du British Fashion Council ou de la Maison de

la Mode à Marseille, pour soutenir le secteur. L’Institut

Méditerranéen de la Mode basé à Marseille, qui révèle

et accompagne chaque année de jeunes designers

français et méditerranéens triés sur le volet, intègre

chaque année dans son programme, et ce depuis un

certain temps, un designer libanais.

pour une mode contemporaine et authentique. Nombreux

également sont les designers libanais à faire le pari du

passage de la scène locale ou régionale vers la scène

globale, a fortiori au vu du ralentissement des économies

du Golfe, avec plus ou moins de succès. Les obstacles à

lever pour intégrer stratégiquement le design libanais,

qui en a tout le potentiel, dans l’industrie globale de

C’est pour pallier un tant soit peu cette absence

d’institution locale de soutien que Rabih Keyrouz, avec

Tala Hajjar, consultante en mode, et en collaboration

avec Solidere, a fondé Starch en 2008, une association

qui s’est donné pour mission d’accompagner et de

promouvoir les talents libanais les plus prometteurs :

mentorat, participation à des foires et événements

internationaux, visibilité médiatique, en plus d’un

espace mis à disposition par le promoteur immobilier

Solidere, à Saïfi Village, pour exposer les collections de

cette génération montante. Ainsi, les jeunes designers

tels que Nour Najem, Bachar Assaf, Joe Arida, ont

exposé leurs créations à Tranoï, l’iconique rendez-vous

international du design, en janvier 2016 à Paris. Cette

plateforme artistique propose, chaque saison, une

sélection pointue de designers internationaux, pour les

mettre en contact avec les acteurs les plus influents de

l’industrie de la mode.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 157


Le Liban en France

Une robe de la collection « Doux Rêve », automnehiver

2017-2018, signée Sandra Mansour

blog Une Libanaise à Paris, promeut les talents qui

l’inspirent de par le monde, y compris les Libanais.

D’autres bloggeuses telles que Lana Sahili (L’armoire

de Lana), ou Nour Arida (N de Nour), de même que la

journaliste Maria Nadim de Prestige, contribuent à la

promotion des jeunes créateurs libanais, en portant

leurs créations durant la Fashion Week parisienne. Liza

Asseily, propriétaire du fameux restaurant Liza à Paris,

place de la Bourse, organise autour de la semaine de la

mode, dans son restaurant, la semaine des designers

libanais. La franco-libanaise, multi passionnée, prévoit

d’élargir sa contribution dans ce domaine.

La styliste Sandra Mansour

Parmi les étoiles montantes, le parcours de Sandra

Mansour semble s’inscrire, lui aussi, dans la lignée de

celui des grands de la mode libanaise. Après des études

à l’École des beaux-arts de Genève, c’est auprès d’Elie

Saab, à Beyrouth, qu’elle se familiarise avec l’univers

de la mode et apprend à en manipuler les outils pour

donner corps à ses idées. Elle s’en va ensuite à Paris

poursuivre un mastère en fashion design à l’Instituto

Marangoni, avant de revenir au Liban, en 2010, y

fonder l’atelier à partir duquel sa carrière de styliste

hautement talentueuse sera lancée. Les princesses

Victoria et Madeleine de Suède, ou encore la princesse

Mette-Marit de Norvège, ne tarderont pas à succomber

au charme de ses créations, et l’épouse du prince Ernst

August de Hanovre, Ekateryna Malysheva, choisira de

convoler en justes noces, vêtue d’une sublime robe

signée Sandra Mansour.

PARIS, UNE PLATEFORME OBLIGÉE À PARTIR

DE LAQUELLE LES CRÉATEURS LIBANAIS

CONQUIÈRENT LE MONDE

La capitale française étant, pour ce qui est de la mode,

une plateforme globale incontournable, les designers

libanais s’y pressent autant que les acheteurs et les

médias du monde. L’Office du Tourisme au Liban, grâce

aux efforts de son directeur Serge Akl, s’est mis de la

partie, organisant des événements rue du Faubourg

Saint-Honoré et prenant à cœur de promouvoir le

Liban comme il peut. Samar Youssef, à travers son

Aux côtés des designers de vêtements, il ne faut

pas oublier les designers de meubles, de produits et

de bijoux : Christina Debs, Rosa Maria, Roula Dfouni,

Vanina et dans une autre catégorie, le très célèbre

Sélim Mouzannar, designer de bijoux, dont les

créations sont également vendues auprès d’enseignes

phares comme L’Éclaireur, le Bon Marché, Merci et

autres concept stores pour public averti. Dans l’autre

sens, Sélim Mouzannar a ouvert à Beyrouth, Macle,

dans le triangle d’or d’Achrafieh, un espace qui met en

avant les créations d’une poignée de designers choisis

parmi les plus doués de leur génération, dans l’idée de

rapprocher les inspirations des bijoutiers du monde

entier, français et libanais compris.

LA FRANCE REPRÉSENTE, POUR LE TALENT

LIBANAIS, LE CŒUR D’UN RAYONNEMENT

ARTISTIQUE

Si les designers libanais demeurent hypercréatifs et

sillonnent les Fashion Weeks et les événements et

expositions dans l’Hexagone, il n’en reste pas moins

que la génération émergente, talentueuse et révélée,

continue à peiner pour se faire connaître et placer.

Ils sont nombreux, comme Nour Najem, à dire avoir

besoin d’accès à plus de visibilité et de promotion dans

ce pays qui, pour beaucoup d’entre eux, est un peu leur

deuxième maison, et qui voient en Paris, comme dans

leur propre créativité, non seulement un centre de mode

mais aussi un centre de rayonnement artistique et

culturel. Le design, pour eux, n’est pas qu’une question

de show-biz ou de mode passagère. Le design, « c’est

le retour à la vie. Quelque chose que l’on laisse derrière

nous, car les seules traces qui nous survivent, ce sont

les objets… », comme le dit Karen Chekerdjian. Ses

confrères et consœurs aspirent, eux aussi, à pouvoir

faire part de leur créativité et de leur art dans le berceau

de la culture et de l’art, à savoir la France. n

158


DESIGN

ELIE SAAB,

un pionnier de la haute

couture au Liban, un géant de

la mode internationale

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 159


Le Liban en France

ELIE SAAB BOUTIQUE GEORGE V

BEYONCE

Alors que les enfants de son âge s’amusaient à

jouer au soldat ou à fabriquer des avions en papier,

Elie Saab, lui, contemplait déjà sa conquête du

monde de la haute couture. Il a à peine neuf ans

lorsqu’il commence à dessiner et découper des robes pour

ses sœurs, en employant les moyens du bord : de simples

nappes de table qu’il déniche dans la maison de famille.

Passionné, il s’emploie à développer et à perfectionner ses

dons de fashion designer en exerçant ses talents bien aude

du cercle familial et des voisines du quartier.

En 1982, à dix-huit ans, il ouvre son atelier de couture à

Beyrouth, alors que le Liban est plongé dans une guerre qui

le ravage à tous les niveaux : politique, économique, social

et infrastructurel. C’est durant cette période qu’il fait défiler

au Casino du Liban et voit sa réputation aussitôt lancée,

devenant ainsi, dans un pays souvent associé à la défaite, la

destruction et le chaos, un symbole de réussite, d’élégance

et d’espoir. C’est alors que le jeune créateur de mode se met

à habiller célébrités et membres de familles royales moyenorientales,

leur confectionnant de somptueuses robes

qu’elles revêtent aux grands évènements médiatiques et

aux cérémonies haut de gamme.

Ambitieux et maître de son destin, Elie Saab continue

de tracer son chemin et ne tarde pas à transcender les

frontières saturées du Moyen-Orient, étendant sa marque

160


DESIGN

Halle Berry Academy Awards 2002

ELIE SAAB - BRUTON STREET

vers l’Europe et le reste du monde dès les années 1990.

En 1997, il est le seul non-italien invité à faire partie de la

Camera Nazionale della Moda Italiana, et c’est à Rome qu’il

présente sa collection Haute Couture pour la première fois

en dehors du Liban. En 2000, c’est dans la Ville Lumière que

le couturier présente, enfin, sa collection Haute Couture.

C’est la consécration parisienne. Il est par la suite invité

à devenir membre de la Chambre syndicale de la Haute

Couture, en 2002, un privilège accordé, en ce temps-là, à

de très rares créateurs non français, dont Armani, Versace,

Valentino et Saab.

Les stars et les personnalités du gotha sont nombreuses à

être conquises par le couturier, que l’on surnomme déjà le

« Roi du tapis rouge ». On ne compte plus les aficionados :

la reine Rania de Jordanie, Angelina Jolie, Céline Dion, la

princesse Stéphanie de Luxembourg, Kate Winslet, Carla

Bruni-Sarkozy, la princesse Victoria de Suède, Charlotte

Casiraghi, Halle Berry, Beyoncé, Michelle Yeoh, Jennifer

Lopez, Aishwarya Rai, Gwyneth Paltrow, Sarah Jessica

Parker, Diane Kruger, Sonan Kapoor et Taylor Swift, pour

n’en citer que quelques-unes.

C’est aussi en 2002 qu’il ouvre son premier salon Couture,

dans le 8e arrondissement, pour répondre à la demande de

sa clientèle internationale. Après Paris, c’est sa boutiquephare

à Beyrouth qu’il ouvrira en 2005, lançant la même

année ses premières collections prêt-à-porter et accessoires

à Paris. En 2006, il devient membre correspondant de la

Chambre syndicale de la haute couture et enchaîne, en

2007, les inaugurations de prestigieuses boutiques, dont un

salon de Haute Couture et une boutique de 1000 m² dans le

« Triangle d’Or », au rond-point des Champs-Élysées.

Au-delà d’être un créateur de mode, Elie Saab est un

entrepreneur dont le succès ne doit rien à la chance. C’est

grâce à un travail acharné et infatigable, ainsi qu’à une vision

bien claire et une ambition tenace, qu’il se trouve aujourd’hui

à la tête d’une entreprise florissante et d’une marque quasi

impériale, dont l’espace architectural s’étend à travers le

globe. Et si les ateliers et les studios Haute Couture de la

maison restent à Beyrouth, laquelle demeure sa source

d’inspiration, Paris devient le fer de lance de l’activité

d’Elie Saab. C’est d’ailleurs de son siège parisien, un hôtel

particulier situé à l’avenue Raymond-Poincaré dans le 16e

arrondissement, qu’Elie Saab met en place une équipe de

professionnels dans différents départements : salons Haute

Couture, atelier, studio prêt-à-porter, studio accessoires,

communication et marketing, merchandising, mariage et

administration, qui, ensemble, jouent un rôle clé au niveau

de l’expansion internationale continue de la marque.

En 2015, une deuxième boutique est ouverte à Paris,

avenue George-V, suivie, en 2016, d’une boutique amirale

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 161


Le Liban en France

Une édition limitée de bouteilles Évian

à Mayfair, à Londres, et plus récemment d’une boutique

à Madison Avenue, à New York, en 2017. La marque est

aujourd’hui présente dans plus de 200 points de vente à

travers le monde, dont notamment au Printemps à Paris,

Harrods à Londres, Saks, Bergdorf Goodman et Neiman

Marcus aux États-Unis, à Dubaï et au Qatar, chez Saks Fifth

Avenue à Mexico City et dans le grand magasin Tsum à

Moscou, parmi tant d’autres.

L’activité et la croissance de la marque Elie Saab sont suivies

de près par le fondateur et son fils, venu l’épauler au niveau

de la direction du marketing et de l’image de marque.

S’étant fixé comme objectif d’élargir son portefeuille clients,

la marque multiplie les partenariats dans l’univers du luxe,

développant ainsi de nombreuses licences : une série de

fragrances avec le groupe Shiseido, une collection de lunettes

avec Safilo, une édition signée pour la Rug Company... Elie

Saab va même jusqu’à explorer le design au-dede la

mode : « Si je n’avais pas été créateur de mode, j’aurais été

architecte. J’ai toujours été fasciné par l’architecture des

choses ; j’aime les volumes, les structures », confesse Saab,

pour qui il est essentiel de pouvoir exprimer sa créativité aude

de l’univers de la fashion design.

Le créateur a également apporté sa touche créative à

une édition limitée de bouteilles Évian ainsi qu’au design

intérieur du méga yacht ES117, en partenariat avec le

constructeur de yachts Oceanco et Weyves Couture (un

concept qui vise à produire des yachts de luxe griffés par

des stylistes de mode réputés). Il avait également contracté

un partenariat avec le groupe BMW Moyen-Orient pour le

design d’une édition limitée de la BMW X5 Sport. Cependant,

il se consacre essentiellement au design des intérieurs de

ses boutiques à travers le monde.

Cette fulgurante réussite a également instillé dans l’esprit

du designer le désir de contribuer à la formation des

étudiants et des futures générations de créateurs. Aussi

va-t-il parrainer, en 2012, un partenariat entre la Lebanese

American University (LAU) et le London College of Fashion,

pour la création d’une licence en fashion design dont le

cursus permet aux étudiants d’apprendre et de perfectionner

les outils et les compétences requis pour obtenir un diplôme

de standard international. En 2016, le créateur signe

également un partenariat avec MBC Group, un des plus

grands groupes de médias au Moyen-Orient, pour produire

« Project Runway Middle East », une adaptation au monde

arabe du fameux programme de mode télévisé global, dans

l’idée de transformer les talents en designers de demain

pour le monde arabe, et de les préparer à l’univers compétitif

qu’est le monde de la mode. Depuis quelques années, Elie

Saab sponsorise aussi le lauréat du Festival d’Hyères de la

mode et de la photographie, contribuant ainsi à mettre en

lumière les liens intrinsèques qui unissent le monde de l’art,

de la culture et de la mode sur la scène globale.

Depuis tous les tapis rouges et tous les projecteurs du

monde, Elie Saab n’a jamais oublié ni la scène libanaise

ni la région arabe. C’est une vision globale de la mode, de

l’entreprenariat et de la réussite internationale qu’il veut

plutôt offrir, à coup d’ambition, de passion et de travail sans

relâche. n

162


CUISINE LIBANAISE

RESTAURATION / HÔTELLERIE

La cuisine libanaise, une révolution

fédératrice des palais

Redécouvrir la gastronomie libanaise est l’occasion de redécouvrir l’identité libanaise elle-même, tout en saveurs

et en diversité. Ses chantres se font fort de l’exporter au pays-phare de la gastronomie, la France, depuis des

décennies. Ils sont nombreux, ces dernières années, à avoir été distingué pour leur art, car la cuisine en est un, qui

fait même l’objet d’une résolution de mars 2014 du Parlement européen. « Le repas français est désormais inscrit

sur la liste du patrimoine mondial immatériel de l’Unesco ». Nicolas Audi, Hussein Hadid, Karim Haïdar, Anthony Rahayel et

bien d’autres, enchantent les fins palais français. Leurs prédécesseurs avaient fait découvrir au grand public français, il y a

des décennies, les douceurs et la convivialité de la cuisine libanaise, en ouvrant des bistrots dans les quartiers de Paris, de

Montpellier ou de Toulouse, où ils ont, depuis, pignon sur rue et se fondent dans le paysage local. Noura, Al Rimal, Al Dar, Le

Bois le Vent, Byblos ou Al Diwan par le passé, font partie des adresses cotées de la capitale ; c’est à ce premier d’ailleurs que

l’Institut du monde arabe a confié son restaurant panoramique qui surplombe la capitale, le Ziryab. Al-Ajami, un des plus

anciens dans la capitale, a ses aficionados réguliers tels que l’ancien ministre Dominique de Villepin. À Beyrouth, premier

restaurant gastronomique en son temps, il s’enorgueillit d’avoir accueilli à dîner André Malraux et Laurence d’Arabie.

Le Zyriab by Noura offre une vue unique sur Paris

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 163


Le Liban en France

Vue du restaurant Al-Sultan Brahim, à Jounieh

Tony Rami, président du Syndicat des restaurants, cafés,

night-clubs et pâtisseries du Liban

Cet engouement quasi universel pour la cuisine libanaise

est bien loin de surprendre Tony Rami, le président du

Syndicat des restaurants, cafés, night-clubs et pâtisseries

du Liban et propriétaire du Al-Sultan Brahim, pour qui

« le monde entier connaît déjà le Liban sans l’avoir visité,

à travers sa cuisine. Cette variété incomparable de plats

savoureux bien concoctés et à base de produits sains,

servis dans une ambiance conviviale et chaleureuse, ne

peut que séduire la clientèle », explique-t-il avant d’ajouter :

« N’oublions pas non plus la pâtisserie libanaise qui connaît

un succès grandissant aux quatre coins du monde ».

Et pour mieux illustrer la richesse de notre cuisine nationale,

il rappelle que le mezzé traditionnel zahliote était constitué

de plus de 70 plats.

Dans l’autre sens, dans les années 2000 surtout, au

lendemain de la guerre, les Français ont investi le Liban en y

ouvrant quelques enseignes prestigieuses ou en organisant

des semaines gastronomiques très attendues. La cuisine est

une denrée pas rare, qui circule librement entre Beyrouth et

Paris, Marseille et Beyrouth. Valeur de base, nourricière et

saine, elle fédère et transcende les frontières.

164


CUISINE LIBANAISE

Pierre Achkar, président du syndicat des hôteliers du Liban et propriétaire

du Printania Palace et du Monroe Hotels Group

Pour Pierre Achkar, président du syndicat des hôteliers

du Liban, les rapports entre la France et le Liban, qui

remontent à la Première Guerre mondiale, ainsi que la

présence des Français au Liban tout au long de la période

mandataire, ont grandement contribué à l’évolution des

secteurs de la restauration et de l’hôtellerie dans le pays

du Cèdre, aussi bien au niveau de la gestion hôtelière

que de la gastronomie. « L’hôtellerie est un secteur qui

existe depuis plusieurs siècles et qui, au fil du temps,

s’est développé à un rythme incroyable pour constituer,

aujourd’hui, l’un des secteurs les plus importants de

l’économie libanaise », explique M. Achkar qui connaît

le sujet sur le bout des doigts puisqu’il est également le

propriétaire et le gérant du Monroe Hotels Group, mais

surtout de l’illustre Printania Palace situé à Broumana,

dans la montagne libanaise, hôtel construit en 1937 par

un ingénieur français d’origine basque.

L’hôtel Printania Palace situé à Broumana

Charles de Gaulle sur le perron de l’hôtel Printania au début des années 1940. Georges Achkar, fondateur de l’hôtel, est au premier rang, au centre.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 165


Le Liban en France

Dans un esprit explorateur, la

plateforme en ligne Délicieux Secret,

fondée par Fadi Abou – par ailleurs

propriétaire du restaurant Al Ajami et

petit-fils du fondateur – fait un tabac.

La plateforme, qui s’adresse à des

gourmets, vend des produits bio haut

de gamme en ligne.

DES ENSEIGNES À LA CROISÉE DE LA MODERNITÉ ET

DE LA TRADITION

Place de la Bourse, les banquiers, les journalistes, les

publicitaires, courent se sustenter chez Liza, la piquante

brune qui a bâti, avec grâce, une institution en face du

Palais Brongniart : une brasserie libanaise contemporaine,

dont l’institution sœur à Beyrouth a élu domicile dans un

chic palais de la rue Trabaud. Le restaurant est cité par

tous les guides prestigieux comme un des incontournables

parisiens. L’épopée Liza remonte à 2005 ; depuis, la jeune

femme avec son acolyte, la designer Maria Ousseimi, et

son époux Ziad Asseily, a fait des petits sur l’Hexagone :

la Boulangerie L de Liza rue de la Banque, le café libanais

aux Galeries Lafayette, un service traiteur, la livraison

à domicile et la vente à emporter. Dans cette trajectoire

en flèche, Liza s’était adjoint les services du célèbre chef

Karim Haïdar, installé, lui aussi, dans la Ville Lumière.

Ancien avocat, venu à la cuisine par passion, Haïdar plaide

la révolution des restaurants libanais à Paris, Beyrouth et

Londres. Il ouvre le bistrot Au 29 en 2003, puis La Branche

de l’Olivier en 2008, un restaurant gastronomique où

conjointement, avec un chef français, Stéphane Balène,

il renouvelle la cuisine libanaise de la mer dans le plus

grand respect des produits, des cuissons et des saveurs

du Liban. Il enchaîne ensuite avec la restauration rapide,

en ouvrant le Comptoir libanais. Haïdar, comme Liza, fait

partie de cette jeune génération qui, affranchie des codes,

explore saveurs et univers culinaire, tout en préservant

l’héritage. Le chef s’est également investi d’une mission

plus large, celle de faire connaître la cuisine et l’art de la

table du monde arabe par la création d’une Académie

de cuisine arabe intégrant les chefs et personnalités les

plus marquantes de la gastronomie et de la culture. Pour

faire connaitre la cuisine libanaise, il a publié différents

ouvrages – traduits en plusieurs langues – dont le dernier

de concert avec Andrée Maalouf, l’épouse du célèbre

académicien.

Al Ajami compte parmi les plus anciens restaurants libanais à Paris

Dans le même esprit explorateur, la plateforme en ligne

Délicieux Secret, fondée par Fadi Abou – par ailleurs

propriétaire du restaurant Al Ajami et petit-fils du

fondateur – fait un tabac. La plateforme, qui s’adresse à

des gourmets, vend des produits bio haut de gamme en

ligne. Abou arpente la planète à la recherche d’un produit

d’exception, répondant à un cahier des charges très

contraignant. Il fournit les grandes tables telles que Pierre

Gagnaire, Alain Ducasse et les palaces tels que le Shangrila,

le George V, le Bristol, etc. Et le concept ne s’adresse

pas qu’aux professionnels ; il permet aussi au grand public

d’accéder à ces produits au prix du gros et livre des plats

166


CUISINE LIBANAISE

Liza ou la cuisine libanaise réinventée

Le restaurant est cité par tous

les guides prestigieux comme un des

incontournables parisiens.

L’épopée Liza remonte à 2005.

cuisinés, car « se régaler à la maison est l’alpha et l’oméga

de la gastronomie », selon le jeune fondateur passionné,

qui ravitaille également de grandes tables à Hong Kong,

Singapour ou Dubaï.

Quant à Kamal Mouzawak, le fondateur du restaurant

coopératif Tawlet, la cantine ouverte en 2009 à Beyrouth

et chérie par la presse internationale pour sa cuisine

authentique et conviviale autant que pour son modèle

opérationnel, il promeut aux quatre coins du monde l’art

de la table libanaise et tout l’humanisme et l’art de vivre

qui l’accompagnent. L’été 2016, Tawlet était l’invité, une

semaine durant, de la cantine MERCI, le concept store

parisien bobo du 11e arrondissement. À l’occasion de

cette semaine, Tawlet a proposé tous les jours un menu

différent, caractéristique d’un savoir-faire et d’une

région particulière du Liban. Une centaine de femmes

ont participé, à Beyrouth, à cette initiative qui a voulu

célébrer la cuisine familiale libanaise, ses traditions et ses

diversités, mais qui se veut avant tout une entreprise de

développement humain. Mouzawak a d’ailleurs reçu le Prix

Prince Claus 2016, décerné à des individus et organismes

qui entreprennent des actions culturelles innovantes dans

les régions où « les possibilités d’expression culturelle,

de production créatrice et de préservation du patrimoine

culturel sont limitées ».

DES RENCONTRES ET DES ÉCHANGES

PONCTUELS ENTRE LES DEUX RIVES : SEMAINES

GASTRONOMIQUES ET ÉVÉNEMENTS

D’autres ambassadeurs représentent la gastronomie

libanaise en France de façon plus ponctuelle : le chef

Hussein Hadid, ancien banquier d’affaires chez Goldman

Sachs, s’est vu décerner le prix du « Chef de l’Avenir »

par l’Académie internationale de gastronomie (AIG). De

même, le chef Nicolas Audi, ancien architecte et grand

prix exceptionnel 2014 de l´Académie internationale

de gastronomie, s’était chargé du dîner annuel tenu par

cette dernière, la même année, à l´hôtel Bristol de Paris,

revisitant les plats traditionnels libanais. La recherche de

l´excellence et le raffinement, le sens de la précision et

du soin, sont les marques de ces anciens professionnels,

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 167


Le Liban en France

Mouzawak a reçu le Prix Prince

Claus 2016, décerné à des individus

et organismes qui entreprennent

des actions culturelles innovantes

dans les régions où « les possibilités

d’expression culturelle, de production

créatrice et de préservation du

patrimoine culturel sont limitées ».

Luana Belmondo, ont régalé l’équipe d’Anne-Sophie

Lapix et leurs invités, qui ont pu déguster une cuisine

libanaise traditionnelle, contemporaine et familiale »

(source Libnanews). Une émission spéciale Liban, en

2014, sur France 5, en partenariat avec l’Office de

tourisme du Liban, emmenait un journaliste explorateur

découvrir la cuisine libanaise, sous la guidance d’une

libanaise, chef et traiteur. L’émission à succès était

l’occasion également d’une balade touristique entre les

marchés de Beyrouth, de Batroun et du Mont-Liban.

Kamal Mouzawak, fondateur du restaurant coopératif Tawlet

banquier, architecte ou avocat, qui ont pris le pli de ne

rien laisser au hasard.

Il n’y a pas que la capitale qui connaît les chefs du Liban ;

pour inaugurer, en 2015, la 2e édition des « Rencontres

gourmandes de la Méditerranée » au Môle Passedat,

à Marseille, c’est le Liban et sa richesse culinaire que

le chef triplement étoilé, Gérald Passedat, a choisi de

mettre à l’honneur. Cette même année, la semaine de

la gastronomie libanaise a aussi investi la télévision. Le

talk-show préféré des Français, C à Vous, « a battu tous

les records d’audience par rapport à la rentrée, avec

une moyenne de 843 000 téléspectateurs chaque soir.

Kamal Mouzawak, Karim Haïdar et Anthony Rahayel,

accompagnés de la chef permanente de l’émission,

Les rencontres se produisent dans l’autre sens aussi :

les chefs français viennent fréquemment à Beyrouth

faire découvrir leurs créations à un public amateur de

bonne chère. Les restaurants français continuent, eux

aussi, de choisir Beyrouth parmi les grandes villes du

monde pour y ouvrir leurs portes. En effet, afin d’attirer

les grandes enseignes de la restauration française,

Solidere a grandement facilité leur installation dans la

capitale libanaise, mettant à disposition les locaux, en

échange du savoir-faire et des compétences.

Cette politique n’est plus de mise au regard de

l’environnement économique actuel. C’est surtout la

cuisine libanaise qui voyage à travers le monde, grâce

à des chefs passionnés et respectueux du terroir dont

ils sont issus. Celle-ci a noué avec la France, où elle

est bien représentée, des relations privilégiées. Et si

elle y est particulièrement appréciée, c’est qu’au-de

d’une forme de repas, elle représente un art de vivre,

un temps fort de la vie sociale et amicale. n

168


L’hôtel San Regis, parisien d’esprit,

libanais d’appartenance

C’est en 1857 que Monsieur Edmond Petit fait construire cet hôtel particulier. À l’époque,

l’avenue des Champs-Elysées était déjà un haut-lieu de rencontres mondaines.

En 1923, Simon André Terrail, propriétaire

de la Tour d’Argent, acquiert cette belle

demeure pour la transformer en hôtel de

luxe, au carrefour de la mode, du spectacle

et des affaires. C’est ainsi que le San Regis

ouvre ses portes pour accueillir les nombreux

touristes anglais pour qui Paris constitue une

destination des plus prisées.

Avec sa situation très enviée à quelques pas de

la maison Christian Dior, le San Regis devient le

rendez-vous incontournable de la mode. Plus encore,

nombreuses sont les figures de proue du cinéma et

de la mode à y élire domicile, avec des habitués tels

que Carmel Snow, rédactrice en chef de Harper’s

Bazaar, Lauren Bacall, Romy Schneider, Gene Kelly,

Jacqueline Bisset, Candice Bergen ou Louis Malle…

En 1983, Élie Georges, en quête de l’hôtel idéal,

tombe sous le charme du San Regis : sa localisation

privilégiée, les proportions de sa façade néoclassique,

l’harmonie des espaces intérieurs, les antiquités,

l’histoire du lieu… Il en fait immédiatement

l’acquisition et met un point d’honneur à redorer le

blason de cette demeure d’exception. Des rénovations

intenses et méticuleuses sont entreprises, tant

pour la modernisation et la décoration de l’hôtel,

que pour la restauration des meubles anciens. Tout

est mis en œuvre pour que le San Regis conserve

son style unique et son atmosphère familiale qui

lui vaut, chaque année, d’être sélectionné parmi les

plus beaux hôtels au monde (Travel+Leisure, Condé

Nast Gold List, Andrew Harper’s Hideaway Report…)

et d’être l’un des lieux de résidence privilégiés de

personnalités et d’artistes en quête d’authenticité.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 169


Le Liban en France

L’OFFICE DE TOURISME DU LIBAN

À PARIS, figure de proue du pays du

Cèdre en France

« Je ne vends pas du tourisme, je vends du voyage ;

je ne fais pas de la communication, je vends les atouts du Liban. »

Le teint clair, le cheveu roux, la taille haute, Serge

Akl n’a décidément pas le look libanais. Et pourtant,

le directeur de l’Office de Tourisme du Liban est

l’ambassadeur du pays par excellence ; du Liban créatif,

du Liban entreprenant, du Liban ouvert sur le monde.

Il est le porteur d’une symbolique importante puisque

cet Office a été créé par le président Charles Hélou

dans les années soixante alors qu’il était président du

Conseil National du Tourisme, le CNT. En 1967, l’Office

de Tourisme du Liban prend ses quartiers en France

dans le très prestigieux Faubourg Saint Honoré et a

pignon sur rue dans d’autres capitales du monde :

Londres (Piccadilly Circus), Stockholm, Francfort,

Jeddah et le Caire (Place Tahrir). De toutes ces antennes,

ne subsistera que celle de Paris, méfaits de la guerre.

La mission première de l’Office est de promouvoir le

tourisme au Liban à travers des actions auprès des

agences de voyages et des tour opérateurs. L’Office

participe ainsi au Salon du Tourisme à Paris, organise

des voyages de familiarisation au Liban et des voyages

de presse. Il promeut le tourisme rural, le chemin de

grande randonnée, le LMT (Lebanon Mountain Trail),

les festivals d’été, etc.

C’est à partir du sommet de la francophonie, en 2002, où

des centaines de journalistes s’étaient rendus au pays

du Cèdre, que ce dernier aurait commencé à susciter

plus d’intérêt auprès du public français, selon Serge

Akl. En 2000, date où il prend ses fonctions, le directeur

qui a également pour charge d’entretenir les relations

avec la presse française, sait très bien qu’il ne peut pas

« vendre le tourisme libanais de manière traditionnelle » :

la guerre est encore trop présente dans les esprits et

la côte et la montagne sont dénaturées par le ciment,

la promotion immobilière et la pollution. Il va alors

travailler à changer l’image et la perception du Liban,

en se focalisant sur la culture du pays au sens large :

la créativité, un certain art de vivre… « Je ne vends pas

du tourisme, je vends du voyage ; je ne fais pas de la

communication, je vends les atouts du Liban, explique

Akl. Ma stratégie est de vendre du rêve, un art de vivre,

la rencontre de l’étranger avec le Libanais qui a quelque

chose à lui offrir à part l’archéologie ».

170


Au cours de la dernière édition du Festival de Cannes, l’Office du Tourisme du Liban a soutenu et

organisé plusieurs déjeuners mettant à l’honneur les films libanais présentés cette année.

« Le plus grand atout du Liban, c’est notre culture et

notre société civile », poursuit-il, fier de son Liban mais

toutefois lucide quant à l’état des choses. Il fait remarquer

au passage que la Chambre Syndicale de Haute Couture

de Paris compte parmi ses membres exclusivement

français et italiens, deux Libanais, Rabih Keyrouz et Elie

Saab. Ainsi, il contribuera à des événements promouvant

les designers ainsi que d’autres créatifs libanais qu’il a pris

le parti de soutenir : photographes, musiciens, écrivains,

en France surtout, mais aussi parfois ailleurs. « C’est la

culture qui est porteuse d’intérêt », dit-il. Et il s’en ira à

la recherche de « projets qualitatifs qui permettent de

hisser le Liban et de le sortir du cadre du statut de pays

en guerre, économiquement fatigué, et plus récemment

alourdi par l’afflux des réfugiés, pour le faire rayonner ».

Il contribuera à accompagner et soutenir les artistes

libanais dans les institutions muséales les plus

prestigieuses : IMA, Jeu de Paume, Maison Européenne de

la Photographie, Centre Pompidou…

En 2006, la guerre monopolise l’attention à nouveau.

Serge Akl choisit cependant de ne pas interrompre la

communication, mais de le faire autrement. Ainsi, il organise

en juin 2007 à la Cité internationale des Arts à Paris une

exposition de photos sur la guerre, mais sans images de

guerre. Des photographes libanais, français et italiens sont

invités à se produire. À la suite de cette exposition, Akl est

sollicité par François Ebel, le directeur des Rencontres de

la Photographie d’Arles, qui souhaite montrer cette même

exposition aux OFF des Rencontres d’Arles, la même

année. 1500 visiteurs s’y rendront durant la fameuse Nuit

de la Roquette du festival. Par la suite, il mettra le Liban à

l’honneur dans Paris Photo, pour ensuite devenir partenaire

de Photomed France en 2013 et initier Photomed Liban, le

plus grand évènement de photographie au Moyen Orient,

en partenariat avec le ministère de la Culture, l’Institut

Français du Liban et des sponsors commerciaux. Le festival

en est à sa quatrième édition.

Akl croit au pouvoir de l’image. Aussi, ne lui faudra-t-il pas

beaucoup pour répondre aux sollicitations de la Fondation

Liban Cinéma et emmener le Liban au festival de Cannes,

un des plus grands rendez-vous médiatiques au monde

après les Jeux Olympiques.

En 2005, le Liban aura son pavillon au Festival, une

première mondiale pour le cinéma libanais. Et pour coller

encore plus à sa mission de catalyseur du tourisme au

Liban, Akl lance la plateforme 35 mm à Beyrouth, qui

s’attelle à la promotion du territoire comme destination

de tournage. Plusieurs productions françaises et francolibanaises

ont été, depuis, tournées au pays du Cèdre,

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 171


Le Liban en France

Elie Saab et Dita Von Teese.

Who Killed Bruce Lee.

créant ainsi une certaine dynamique économique sur

place, durant plusieurs jours, voire plusieurs mois.

L’autre grand apport de l’Office du Tourisme a trait à la

musique. L’Office contribue sérieusement à promouvoir en

France la nouvelle scène musicale alternative libanaise :

Lumi, Scrambled Eggs, Zeid Hamdan, Who Killed Bruce

Lee... Des concerts sont organisés dans les salles

parisiennes les plus prestigieuses comme La Cigale et

La Boule Noire avec le soutien d’Assaad Debs, figure

mythique de la nuit parisienne, anciennement directeur du

Palace et qui a contribué au développement de groupes

tels que Texas, Ben Harper, Rita Mitsouko. C’est ce même

franco-libanais président de La Cigale, ultra sollicité, qui

crée sur l’impulsion de l’Office du Tourisme et avec ce

dernier, Rising Beirut, un évènement qui met en scène de

nombreux groupes libanais en France, lesquels se verront

proposer de nouvelles opportunités dans la foulée. L’Office

fait ainsi « d’une pierre plusieurs coups, affirme Akl. Il

permet à des Libanais de se produire en France, il promeut

l’image du Liban et crée des opportunités business pour

ces artistes ».

En matière de sponsoring, l’Office du Tourisme ne lésine

pas non plus. Il soutient de nombreuses initiatives

associatives franco-libanaises ainsi que des événements

comme le Festival Est-Ouest, promeut la présence

libanaise à la Foire de Caen des Producteurs dans le

monde et accueille régulièrement dans ses locaux des

événements, dont des vernissages et des signatures qui

mettent le Liban et l’amitié franco-libanaise à l’honneur.

Akl raisonne également sur base de chiffres : 150 000

français visitent le Liban par an selon les statistiques,

et seuls 5% de ce marché passent par une agence de

voyage, d’où l’intérêt de dépenser efforts et budgets

ailleurs qu’uniquement sur ces dernières et de réfléchir de

manière innovante. La meilleure promotion qu’on puisse

faire du Liban est celle d’une terre de lien, et l’Office excelle

à faire passer le message en la matière.

Lieu de rencontres et d’accueil, l’Office de Tourisme du

Liban est devenu la plaque tournante des liens entre la

France et le Liban et les frontières de son action ne cessent

d’être repoussées. En effet, l’activité de son directeur ne

se limite plus à la France, et depuis deux ans Serge Akl a

officiellement vocation à travailler à l’échelle de l’Europe.

Cet organisme unique et polyvalent a pour vocation de

« servir le leadership de l’ambassade du Liban » dont il

vient épauler les actions. Plus son rôle s’élargit et dépasse

les frontières, plus le monde nous découvre… et plus, au

final, nous nous redécouvrons nous-mêmes. n

172


Salim Eddé,

fondateur du musée MIM.

MUREX, une inspiration phénicienne

et une gouvernance occidentale

Son nom est déjà connu de beaucoup, car il est non seulement associé à une fulgurante

réussite franco-libanaise dans le domaine de l’informatique financière, mais aussi à une

ou deux passions : celle des minéraux et celle du Liban. Salim Eddé a créé le musée MIM

qu’il vous fait visiter avec enthousiasme, vous racontant l’origine de telle pierre et de telle

autre, sa formation, son âge, son usage, et comme tout passionné, il n’en a pas qu’une, de

passion. Le Liban en demeure la plus intense.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 173


Le Liban en France

Spécimens époustouflants

de minéraux exposés au

musée MIM

aucunement à le faire sur le dos des salariés, bien au

contraire. Le bureau de Beyrouth est d’ailleurs le plus

jeune au sein de l’entreprise. La moyenne d’âge y est

de 30 ans ; 15% des employés sont des Libanais qui

étaient dans le groupe à New York ou à Paris et qui

ont, eux-mêmes, demandé à rentrer. Les employés du

groupe sont heureux de travailler pour cette entreprise

qui intéresse ses éléments les plus investis et les plus

prometteurs : 17% des salariés détiennent soit des

actions, soit des stock-options.

Après avoir créé Murex en 1986 à Paris, laquelle

est devenue un des leaders de l’informatique

sur son marché, Eddé et ses associés ont

voulu redonner quelque chose au pays pour « faire

en sorte que les Libanais s’y fixent » et ne prennent

plus les routes de l’exil ». En 1996, en plein cœur de

la tourmente provoquée par l’opération « Raisins de

la colère » contre le Liban, il entreprend d’ouvrir un

bureau à Beyrouth, qui se chargera du contrôle qualité

de l’activité. Avec le temps et en dépit des vicissitudes

de l’environnement, Beyrouth deviendra avec 500

salariés, le deuxième centre d’activité après Paris qui

en compte 950.

À Beyrouth, « il y a de très bonnes universités et

d’excellentes formations », affirme Eddé. En effet,

l’entreprise y recrute principalement à l’ESIB, l’AUB,

l’Université Libanaise, des diplômés en génie et en

computer sciences. « Pourquoi les arracher d’ici et les

recruter pour l’étranger ? » poursuit-il. Les salaires

sont équivalents ici et là. L’activité tire sa rentabilité

de la différence de charges et d’impôts et ne cherche

Si le capital est encore familial, la gouvernance ne

l’est pas. Les fondateurs commencent déjà à prévoir

le relais et l’avenir, la deuxième génération de la

famille ne travaillant pas dans l’entreprise, les enfants

ayant choisi d’autres créneaux. Une des dernières

entreprises à être encore indépendantes sur ce

marché, les concurrents étant détenus pour la plupart

par des fonds d’investissements, Murex est aujourd’hui

considérée comme un acteur global : elle possède

17 bureaux à travers le monde dont notamment, New

York, Singapour, Pékin, Tokyo, Paris et Beyrouth et sert

70 pays sur tous les continents. Pour ce qui est du

chiffre d’affaires par pays, le Royaume-Uni arrive en

tête, suivi de l’Allemagne et des États-Unis, la France

ne représentant que 3% du chiffre d’affaires total.

La Turquie et le Moyen-Orient y prennent une place

grandissante.

Ces deux derniers sont gérés à partir de Beyrouth

qui s’implique aussi, grâce à son savoir-faire, dans

le développement de code informatique. Le secteur

bancaire s’orientant comme les autres, mais encore

plus particulièrement, vers une automatisation

profonde et poussée, le potentiel est grand sur ce

créneau pour un groupe comme Murex , ambitieux et

diversifié sur sa propre niche. Avec des contraintes

réglementaires accrues dans l’industrie bancaire,

la gestion du risque requiert des calculs de plus en

plus complexes qui doivent être effectués de façon

quasi instantanée, à des coûts de plus en plus bas, au

regard de la concurrence et des volumes. Le nombre

de transactions est amené à augmenter : Murex traite

actuellement deux à trois millions de transactions par

174


MUREX

Les employés du groupe sont

heureux de travailler pour cette

entreprise qui intéresse ses

éléments les plus investis et

les plus prometteurs : 17% des

salariés détiennent soit des

actions, soit des stock-options.

Murex à Beyrouth

Les locaux ultramodernes de la société Murex à Beyrouth

jour. Une demande pour dix millions de transactions

par jour de la part des mêmes clients est également

à venir. La société est bien positionnée face à ce

besoin croissant, grâce à une veille technologique, une

innovation constante et des ressources humaines de

qualité. Dans ce secteur, en effet, le capital humain

constitue l’élément-clé.

Ainsi, « le potentiel est grand pour le marché

informatique au Liban, lequel pourrait se développer

beaucoup plus ; comme en Irlande, souligne Salim Eddé.

Il faut au préalable établir l’infrastructure nécessaire

qui permette à cette industrie de se développer. Les

contraintes sont jusque-là très importantes ; elles sont

notamment liées à l’Internet, aux télécommunications,

à l’électricité et à une fiscalité non adaptée à la

propriété intellectuelle, facteur clé dans l’industrie

informatique. Pour exemple, les communications sont

dix fois plus chères qu’en France. À débit égal, on paie

dix fois plus cher au Liban », souligne-t-il. Pour Murex,

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 175


Le Liban en France

cependant, cette différence de coût reste gérable, la

masse salariale qui s’élève à 75%, représentant le plus

lourd des coûts d’exploitation.

Hormis le fait de créer une dynamique économique de

par la création d’emplois dans le pays, l’entreprise est

un modèle d’inspiration. Une success story initiée par

deux jeunes entrepreneurs de 27 et de 28 ans avec

un capital initial de 7500 euros, lequel génère, 30 ans

plus tard, un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros

et emploie 2050 personnes à travers le globe. Une

histoire de prise de risque, de flair et de collaboration :

bardé de diplômes – MIT, Polytechnique et Chicago

University – qui vous destinent traditionnellement

au parcours classique des grands cabinets de conseil

et multinationales, Salim Eddé choisit très tôt de

sortir de cet univers par trop théorique. Avec son

ancien camarade de promotion, ingénieur chimiste

à la base comme lui, ils fournissent des services de

conseil à la société pétrolière Elf. C’est dans le cadre

de cette prestation qu’ils décident de créer la structure

Murex. La fin des années quatre-vingt correspond au

développement faste des marchés financiers. Murex y

voit une opportunité et fait appel à Élias, le cadet des

Eddé qui s’attelle au développement d’un logiciel pour

les banques…

Et l’histoire commence. Les frères Eddé se joindront,

un à un, à l’aventure, de même que leur beau- frère.

« Sans eux, Murex n’aurait pas été ce qu’il est ». Salim

Eddé rend un hommage appuyé à ses proches, à qui il

attribue le succès de l’entreprise plus qu’à lui-même.

Dans sa gratitude vis-à-vis des autres membres

de la fratrie et des employés, dans sa lucidité, son

détachement et son amour authentique du pays –

il n’a pas voulu obtenir de nationalité autre que la

libanaise – sa passion pour les pierres minérales et la

grandeur de la nature qu’elles racontent, Eddé est un

de ces hommes d’affaires atypiques qui transforment

le terrain en profondeur. n

176


BAHJAT RIZK, attaché culturel du Liban

à l’UNESCO, l’inlassable pèlerin d’un

pluriculturalisme éclairé

Attaché culturel à plein temps, depuis 1990, de la délégation du Liban auprès de l’UNESCO,

mais également et surtout, penseur à plein temps, Bahjat Rizk, juriste et philosophe de

formation installé à Paris, s’emploie depuis le début du nouveau millénaire à penser le

dialogue des cultures, au regard de l’expérience de l’identité pluriculturelle libanaise, qui

pour lui ne se limite pas à un simple slogan.

Bahjat Rizk, attaché culturel du Liban à l’UNESCO

L’expérience libanaise est une réalité et elle

« continue d’interpeller parce qu’elle reste une

expérience ouverte. L’expérience libanaise

du vivre-ensemble est surtout prise comme

exemple affectif et empirique », fait remarquer Rizk

qui a pris le parti de la conceptualiser pour mieux

l’asseoir. Avec la distance de l’intellectuel et la passion

de l’humaniste, il vise à rationaliser un débat qui a

tendance à virer à l’émotif – tant il touche à l’inconscient

collectif – et à être instrumentalisé jusqu’à conduire

à de sanglants conflits, en prenant comme référant

Hérodote, le père de l’Histoire, auquel la charte de

l’UNESCO elle-même fait également référence.

La plupart des conflits recensés dans le monde sont

d’ordre culturel, selon les rapports de l’UNESCO sur le

sujet ; y compris les printemps arabes qui constituent,

eux aussi, des chocs culturels. C’est ainsi que Rizk va se

pencher sur le fait culturel et sa dimension hautement

politique. En dehors de ses heures de représentation

à l’UNESCO, il s’acharnera à coucher sur papier sa

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 177


Le Liban en France

Hérodote (-480 – vers -425 av.

J.-C.), historien grec considéré

comme le Père de l’histoire,

chercha à comprendre les

premiers chocs de civilisation.

pensée et ses recherches et publiera trois ouvrages :

Les identités culturelles libanaises, Les paramètres

d’Hérodote et Monologues intérieurs.

Ils sont le fruit d’une réflexion et d’un cheminement

engagés depuis de longues années. Observant

qu’aujourd’hui toutes les sociétés sont concernées par

le dialogue des cultures, il élargit son cadre initial focalisé

sur le Liban et entreprend une réflexion anthropologique

sur les identités culturelles collectives, nécessaire

exercice à l’heure de la mondialisation. « Après le 11

septembre 2001, le pluralisme culturel ne fait plus

rêver. La mondialisation aussi a changé la donne. Elle

est, tout comme la chute du Rideau de fer, à l’origine

d’un grand malentendu. L’effondrement de l’idéologie

communiste autoritaire ainsi que la disparition des

idéologies du siècle dernier n’ont pas permis à tous

les hommes de jouir des mêmes libertés, comme on

le présageait. De même, l’espace ouvert et de libre

L’expérience libanaise est

une réalité et elle « continue

d’interpeller parce qu’elle

reste une expérience ouverte.

L’expérience libanaise du vivre

ensemble est surtout prise

comme exemple affectif et

empirique ».

circulation s’est avéré être un espace de compétition

sauvage, sans règles adaptées pour le réguler, faisant

l’avantage des plus forts financièrement face aux plus

démunis, ainsi que de ceux qui pouvaient accaparer

et maîtriser les moyens technologiques et financiers.

Une autre logique darwinienne s’est substituée à la

précédente », explique Bahjat Rizk.

Toutefois, alors que les politiques sont dans la

confrontation et dans l’actualité pure, Rizk, lui, propose

une approche alternative d’anthropologie politique,

en référant à des critères vieux comme le monde ou

presque, ceux d’Hérodote. Bien avant l’avènement des

religions monothéistes, le philosophe grec chercha

à comprendre les premiers chocs de civilisation au

travers de paramètres structurants, à son sens, de

l’identité, à savoir la religion, la race, la langue et les

mœurs. « Qu’il s’agisse du discours humaniste d’une

élite confortable ou du discours guerrier, c’est kifkif,

affirme-t-il. Les deux ont montré leurs limites ».

Le terrain est autre, plus complexe et requiert des

178


UNESCO

Siège de l’UNESCO à Paris

structures pour être viable. Ainsi, le philosophe qui

pratique le terrain, cherche à définir des paramètres

structurants du vivre ensemble pour que celui-ci soit

praticable réellement et durablement au-dedes

formules et des vœux pieux.

Rizk est plus original que Huntington lorsqu’il opte

pour Hérodote, parce que ce dernier cherche à négocier

alors que le premier articule toute sa réflexion – thèse

du choc des cultures – autour du rapport de forces,

lequel suppose une pensée totalitaire, dont l’histoire

a montré, en dernier ressort, qu’elle n’aboutit qu’à

la barbarie et à l’effondrement. Rizk part alors en

guerre ou plutôt en pèlerinage pour rencontrer les

décideurs politiques en France et au Liban, les acteurs

qui comptent, pour faire changer les choses. « Je n’ai

cessé de crier, écrit ou s’écrie Rizk. Crier pour ma mère,

crier pour ma terre, pour ma patrie, pour ma planète.

Crier pour ma famille, ma communauté, ma race ».

Entendu la race humaine. Il n’épargnera aucun effort

pour aller à sa rencontre, pour favoriser le débat, les

échanges et par là même, les rencontres : il participe

à des conférences organisées par des think tanks,

des universités, des écoles, des associations. Il est

continuellement sollicité, par les Français, les Franco-

Libanais, et il répond toujours présent : le centre IDRIS,

l’Institut des Hautes Études pour la Défense Nationale,

l’ULCM (Union Libanaise Culturelle Mondiale), la

Sorbonne, les Amis du Cèdre Marie-Louise, le Salon

de la Découverte du Liban à Courbevoie, l’Office du

Tourisme du Liban toujours actif pour promouvoir le

pays et les relations franco-libanaises, pour ne citer

que quelques exemples.

Et cette amitié entre la France et le Liban demeure bien

solide. L’attestent les nombreux événements à travers

l’Hexagone ainsi que les jumelages entre différentes

villes françaises et villes ou agglomérations libanaises :

Jezzine et Compiègne, Aix-en-Provence et Baalbeck.

« Il y a une écoute. Le Liban touche les Français et les

Libanais », dit Bahjat Rizk qui constate également que

les Libanais de deuxième génération résidant en France

continuent de suivre les activités franco-libanaises.

L’intellectuel, ancien professeur de philosophie, se veut

rester à leur écoute « parce que j’ai besoin de rêver et

que je ne sais pas dire, ni agir tout seul, ni tendre la

main », écrit-il dans Monologues intérieurs, son roman

philosophique publié chez Orizons. Mais aussi, parce

qu’il a besoin de dissiper les malentendus à l’instar de

celui qui s’est enclenché un certain 11 septembre 2001

et le florilège de thèses violentes qui l’ont accompagné.

Dans ses ouvrages comme dans ses pérégrinations, ce

citoyen lucide et éclairé tend clairement la main à ses

congénères, à ses compatriotes, à ses lecteurs, à tous

ces hommes et ces femmes qui lui ressemblent, pris

dans l’engrenage de l’angoisse identitaire. n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 179


180

Le Liban en France


Maison

d’artisans

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 181


Maison d’artisans

HERMÈS, une maison d’artisans

française en plein cœur de Beyrouth

Deux syllabes synonymes de luxe à la française, de maroquinerie et carré de soie, de

qualité, d’élégance et de discrétion.

Depuis juillet 2010, les Libanais n’ont plus

besoin de voyager pour s’offrir les produits

emblématiques de la maison Hermès : celle-ci

a ouvert boutique au centre-ville de Beyrouth, à Bab

Idriss, près des Souks, et ce, grâce à Nicolas et Michèle

Garzouzi qui ont signé un partenariat avec la maison

pour la distribuer au Liban. Ils ont spécialement créé

pour l’occasion la société Galop SAL, en référence

aux origines équestres de la marque. « Depuis plus

de 20 ans, nous connaissons la maison Hermès avec

laquelle nous entretenons d’excellents rapports

basés sur le respect et la confiance, explique Michèle

Garzouzi. Travailler avec eux est une expérience

magnifique aussi bien humaine que professionnelle ».

La boutique Hermès du centre-ville, dont

l’investissement en décoration uniquement s’est

chiffré à plus de 3,5 millions d’euros, offre, sur ses

150 mètres carrés, une sélection des produits de

la maison à une clientèle libanaise soucieuse de

se distinguer. « Nous avons toujours privilégié la

clientèle locale dans l’attribution des sacs et autres

produits. Nous avons autant d’hommes que de

femmes qui se font plaisir et en offrent », affirme

Michèle Garzouzi.

Hermès n’aime pas se définir comme une maison

de luxe, mais plutôt comme une maison d’artisanat

créatif qui propose à sa clientèle 14 savoir-faire

différents : la maroquinerie, bien sûr, fer de lance de

la maison, mais aussi les fameux carrés de soie et

les cravates, les parfums, les chaussures, la sellerie,

182


La boutique Hermès à Bab Idriss, Beyrouth

l’horlogerie, la petite bijouterie, les arts de la table,

les arts de vivre (serviettes de plage...), les enfants,

le prêt-à-porter homme et femme et les chaussures.

« La boutique au Liban est l’écrin de produits conçus

avec passion par des artisans français détenant un

savoir-faire unique souvent légué de génération en

génération, explique Michèle Garzouzi. Ces produits

défient le temps et n’obéissent aucunement aux

exigences saisonnières de la mode ».

Avec Chanel, Hermès est l’une des deux dernières

maisons de luxe à être indépendantes et appartenir

à des familles. Le groupe LVMH, premier groupe

de luxe au monde avec des marques comme Louis

Vuitton, Dior, Givenchy, Balenciaga, Moët et Chandon

ou Hennessy, a bien tenté d’en prendre le contrôle

en 2010, mais y a renoncé quatre ans plus tard, en

raison de la contre-attaque menée par la famille,

farouchement attachée à son indépendance.

Hermès est une maison de luxe française dont les

origines remontent à 1837, lorsque Thierry Hermès

ouvre, à Paris, une manufacture de harnais et de

selles. La troisième génération de la famille anticipe

le déclin de la filière équestre et lance les articles de

voyages et accessoires. Les années 1920 verront

l’émergence d’Hermès couturier. Aujourd’hui, la

maison est présente sur tous les continents et génère

un chiffre d’affaires annuel de plus de cinq milliards

d’euros. Son PDG depuis 2013 est Axel Dumas,

membre de la famille fondatrice de la maison. n

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 183


184


Automobile

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 185


Automobile

LA SAGA RENAULT AU LIBAN

De la Monastella des années 30 aux modèles intelligents des années 2010, les

voitures Renault ont imprimé de leur style et de leur parfum hexagonal les neuf

dernières décennies de l’histoire automobile du pays du Cèdre.

Affluence à la salle d’exposition Tamer, en 1931

186


Lancement de la nouvelle gamme Renault devant l’hôtel Saint Georges en 1932

Fawzi Tamer devant un modèle Renault en 1934

Renault Primaquatre 1931

Renault Monastella RY4, 1929

(version luxueuse de la Monasix)

La relation entre Renault et le Liban est presque

aussi vieille que celle de l’histoire automobile dans

le monde et aussi solide que celle qui lie la France

au pays du Cèdre, où le goût et le choix automobiles

n’ont presque jamais failli à la francophilie de ce petit pays

du Proche-Orient. Elle remonte, en effet, à une époque

bien antérieure à l’ère Carlos Ghosn, actuel PDG de la

compagnie d’origine libanaise, lequel, par son accession

à la tête du groupe, a non seulement redressé la barre et

provoqué un nouvel essor de Renault à l’échelle mondiale,

mais a également couronné ces liens privilégiés entre la

marque au losange et sa clientèle libanaise.

L’histoire de la compagnie française au Liban démarre,

en effet, au tournant des années trente avec la famille

Tamer, qui promeut la marque automobile sur les marchés

libanais et syrien pendant les périodes mandataire et

post-mandataire. À cette époque, le marché local est

progressivement inondé des modèles conçus par le

constructeur, comme la Renault Monastella, produite

entre 1929 et 1932, la Renault Prima en 1931 ou encore

les légendaires Renault Normale et Dauphine, fabriquées

dans les années 50. Les véhicules français se vendent

néanmoins dans un contexte de fortes tensions dans un

monde arabe sous influence franco-britannique.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 187


Automobile

LA PÉRIODE FASTE DES ANNÉES 1950-1970

Les années glorieuses n’émergeront ainsi qu’après la période

d’indépendance. Au Liban, les années 50 et 60 restent, en effet,

marquées par un engouement de plus en plus prononcé pour les

Renault, exacerbé par le style original, fluide et élancé de modèles

comme la Normale, la Dauphine et l’Alpine Renault que promeut

le concessionnaire Bassoul-Heneiné. Cette période fondatrice va

ancrer durablement la relation entre les consommateurs libanais

et le constructeur français, malgré une compétition acharnée avec

l’italien Fiat et le français Peugeot, les constructeurs japonais étant à

l’époque peu représentés dans le paysage automobile du pays.

L’Alpine A110 1962, la pépite sportive de Renault…

Les années 1960 sont

couronnées par l’arrivée de

la Renault Alpine, la pépite

sportive de Renault sur route

et en compétition.

Alors que Renault prend une place de plus en plus importante dans

le quotidien des Libanais, la R4 et la R8 deviennent les deux fleurons

du constructeur. Aussi emblématique que la Citroën 2 CV, la Renault

4 s’impose, en effet, comme l’un des piliers de la commercialisation

grand public au Liban ainsi que dans le monde. Avec son moteur arrière,

ses quatre portes, sa polyvalence et son style unique, la Renault 8 est

perçue, quant à elle, comme la « diva » des rallyes du pays. Les années

1960 sont ensuite couronnées par l’arrivée de la Renault Alpine, la

pépite sportive de Renault sur route et en compétition. Si cette

dernière devient une véritable légende au Liban comme en Europe,

elle ne sera pas autant commercialisée que les R4 et R8, notamment

en raison de sa non-polyvalence et de son prix élevé.

188


LA SAGA RENAULT AU LIBAN

LA RENAULT, UN OUTIL DE « RÉSISTANCE » DURANT LES

ANNÉES TROUBLES

Il n’en demeure pas moins que le Liban et Renault connaîtront

une période d’or dans les années 50-70 avant de faire face, à

partir de 1975, aux aléas et aux contraintes de la guerre qui

éclate dans le pays.

Dans les souvenirs des mordus de la marque au losange et

des nostalgiques de cette période prospère, la Renault R6

incarne encore aujourd’hui le dernier modèle de ces années

de paix et d’insouciance qui précèderont le déclenchement

Renault 4 – 1961

Renault 4CV Normale – 1950

… ressuscitée en 2017 au salon de Genève

du conflit en 1975. Fait néanmoins très marquant, en

dépit des hostilités qui dureront jusqu’en 1990, Renault et

son concessionnaire local Bassoul-Heneiné continuent de

travailler et de vendre des modèles aussi mythiques que la

R12, considérée comme la « voiture du peuple libanais ».

Devenue l’« emblème » d’une résistance à la mort, d’une

mobilité en pleine stagnation et de fiabilité dans un cadre

désolé, cette voiture cohabite avec la mythique R5. Cette

dernière apportera un souffle de jeunesse et de dynamisme

à toute une génération, en particulier aux étudiants qui

cherchent le rêve et l’escapade dans une voiture économique,

puissante et au design « atemporel ».

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 189


Automobile

La R5 sera, par ailleurs, connue pour son franc succès

dans les rallyes du Liban, surtout dans sa version Turbo,

qui deviendra le symbole de la puissance optimisée

avec son 1.4 T coupleux et puissant.

Déjà avant la guerre, les rallyes donnent à Renault une

place prééminente dans le monde de la compétition

automobile au Liban. En 1968, a lieu la première course

dans le pays. Les Libanais Jean Bassili et Antoine Slim

décrochent alors la victoire dans une Renault 10. Deux

ans plus tard, c’est dans une Renault 12 Gordini que

Gérard Asfar et Amin Hamoud franchiront, les premiers,

la ligne d’arrivée. Ces compétitions se poursuivront et

verront s’imposer, tour à tour, la R16 en 1974, la R17

Gordini en 1980, la R5 Turbo en 1984 et 1985, et la Clio

Williams en 1993.

La R6 incarne à ce jour le dernier modèle des années d’insouciance qui

ont précédé le déclenchement du conflit en 1975.

La Renault 10 Gordini, gagnante du premier Rallye du Liban en 1968

La R5 Turbo, deux fois championne du Rallye du Liban, en 1984 et 1985.

La Renault 17 Gordini, gagnante du

Rallye du Liban en 1980

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LA SAGA RENAULT AU LIBAN

Duster, le nouveau best-seller de Renault

LES NOUVEAUX ENJEUX POST-GUERRE LIBANAISE ET LA

CONCURRENCE ASIATIQUE

À la fin de la guerre et au début des années 1990, Renault

essaie de reprendre la route de la commercialisation par

l’introduction de plusieurs modèles comme la Renault 19

et la Clio I. Dans un contexte très compétitif, marqué par un

début de modernisation technologique et l’omniprésence

des modèles japonais comme Nissan, Mitsubishi et

Toyota, cette réussite commerciale reste relative. La

concurrence farouche entre constructeurs automobiles à

l’échelle mondiale pousse Renault à engager un processus

de modernisation qui ouvre la voie à une nouvelle ère

d’innovation technologique et de digitalisation. Mais celleci

s’avère peu concluante lors de cette première phase

et ne manquera pas d’impacter l’engouement pour la

marque sur le marché libanais qui, de 1990 à 2000, perdra

progressivement une partie de sa clientèle. Ce n’est qu’à

partir des années 2000 que la marque française remonte

en puissance et corrige le tir de manière graduelle,

réussissant, depuis sa fusion avec Nissan, à regagner la

confiance de plusieurs acquéreurs locaux et de beaucoup

d’acheteurs de marques japonaises ou coréennes. Ce

regain de confiance et d’attrait sur le marché local se

confirme, à partir de 2010, avec l’entrée en force de la

marque Dacia et surtout du petit SUV Duster. Ce dernier a

largement contribué à gonfler les ventes au Liban au cours

des dernières années.

Ce retour de l’histoire sur ses pas devra, sans doute,

s’installer dans la durée, d’autant plus que le constructeur

sera à l’avenir amené à jouer un rôle précurseur sur le

marché libanais. Ses modèles hybrides et électriques

devraient, en effet, séduire une jeunesse de plus en plus

sensible aux questions environnementales, dans un pays

qui souffre d’un niveau de pollution particulièrement

élevé ainsi que de réseaux routiers souvent très

embouteillés.

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 191


Automobile

CARLOS GHOSN

le Libanais qui ressuscita Renault

Depuis son arrivée à Renault, en 1996, et le

rattachement du constructeur japonais Mitsubishi

au groupe Renault-Nissan 20 ans plus tard, le

PDG actuel du groupe, Carlos Ghosn, ne fait que

gagner en influence et en puissance.

C’est en 2000 que ce stratège automobile, d’origine

libanaise, se lance dans une profonde restructuration du

groupe français. Les coûts sont alors réduits, les structures

productives modernisées. Cette refondation pave la voie à

une impressionnante ascension, appuyée par le ralliement

du géant japonais Nissan qui renforcera la présence de la

marque au losange dans la zone stratégique de l’Asie du

Sud-est.

Renault couronne cette montée en puissance par

l’intégration d’un autre géant japonais, Mitsubishi Motors,

fusion qui vient consolider l’image positive qu’a su se

réinventer la marque française. Depuis, le constructeur

jouit d’une réputation de fiabilité qu’incarnait la Renault

12 il y a plus de trente ans, résultat du partage des

plateformes et des technologies franco-japonaises. n

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Diplomatie

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 193


Diplomatie

NAJI ABI ASSI

« En promouvant la paix, la diplomatie dynamise

l’économie et les investissements ».

Ambassadeur du Liban en France de 1994 à 1999, puis près le Saint-Siège, l’Ordre

de Malte et le Portugal de 2004 à 2008, diplomate émérite et maintes fois conseiller

auprès des Nations unies, du ministère libanais des Affaires étrangères et de la

présidence de la République libanaise, S.E. Naji Abi Assi nous livre ici sa vision

du noble rôle, conciliateur et préventif des conflits, que joue la diplomatie dans

le monde, mais aussi de l’effet fédérateur que peut exercer la francophonie au

bénéfice des pays y adhérant.

Au-delà d’harmoniser les rapports entre

les nations, la diplomatie peut-elle véritablement

favoriser les affaires ?

La diplomatie, dans son acception la plus large, est

un moyen pour les individus et les collectivités de

prévenir les conflits, sinon de chercher à les régler

d’une manière pacifique, en se basant sur le tact,

l’intelligence et le sens de l’équité. Par son recours aux

voies du dialogue, de la négociation, de la médiation

et de la conciliation, elle tend vers la conclusion

d’accords qui garantissent l’intérêt mutuel.

D’une manière plus spécifique, la diplomatie

concerne tout particulièrement les relations entre

les États. Et pour les États, la diplomatie constitue le

véhicule principal de la politique étrangère, c’est-àdire

un outil privilégié au service de l’intérêt national

et des choix stratégiques des dirigeants. Ces choix

sont notamment à caractère politique, sécuritaire,

économique et culturel.

Or, il se trouve que le fait de chercher à promouvoir

la stabilité et la paix (ainsi que la bonne gouvernance)

dans un pays donné, rassure les hommes d’affaires

et favorise l’activité économique et commerciale

et la dynamique des investissements.Toutefois,

afin de développer d’une manière plus directe les

échanges internationaux et le commerce extérieur,

les gouvernements ont de plus en plus recours à ce

qu’il est désormais convenu d’appeler la «diplomatie

économique».

Comment définiriez-vous cette forme de

diplomatie ?

La diplomatie économique est devenue un objectif

prioritaire de la politique étrangère. Elle confère

à l’ensemble des représentations diplomatiques

et consulaires, ainsi qu’à leurs réseaux, la mission

de soutenir les efforts de relance économique des

gouvernements, en ayant recours aux voies et moyens

susceptibles d’encourager les investissements

respectifs, la création d’opportunités facilitant

les affaires au profit de l’économie nationale, la

conclusion d’accords de coopération économique

ou d’assistance financière, l’ouverture de nouveaux

débouchés pour les produits nationaux, tout cela

en liaison avec les entreprises et les associations

professionnelles concernées (telles que la Fédération

des chambres de commerce libanaises et tout

particulièrement la Chambre de commerce francolibanaise

en ce qui nous concerne).

Il est à noter à cet égard que l’ambassadeur du Liban

en France est membre d’honneur de la CCFL.

Comment fonctionne concrètement la

«diplomatie économique» ?

Les représentations diplomatiques et consulaires

et leurs divers réseaux sont, ou devraient, en tout

cas, être équipés de bases de données économiques

actualisées, disposer bien sûr d’un site internet

interactif et recourir aux divers médias pour publier

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M. Naji Abi Assi, au début de son mandat d’ambassadeur en France (1995), reçu par le président François Mitterrand et

le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Alain Juppé.

des informations pertinentes sur l’environnement

économique et juridique du pays. Ils sont appelés à

organiser ou faciliter l’organisation de séminaires, de

foires et de forums promotionnels, en coordination

avec le gouvernement et les opérateurs économiques

nationaux, en vue de soutenir le développement à

l’international des entreprises libanaises, tout en

protégeant leurs droits et intérêts légitimes et en

gardant un contact étroit avec les officiels et les

milieux d’affaires des deux pays.

Le fait que la diplomatie libanaise soit présente dans

les pays de la diaspora, lui permet de jouer un rôle

fédérateur et d’aider les échanges franco-libanais

à s’épanouir vers l’international. Il est à relever

que dans le cadre du recrutement de nouveaux

diplomates, les profils disposant d’une compétence

économique sont de plus en plus encouragés.

Pouvez-vous citer des cas de succès

enregistrés par la diplomatie à cet effet ?

Il y en a plusieurs. C’est la diplomatie libanaise qui a

réussi à convaincre les Nations unies, en 1974, de

créer la Commission économique et sociale pour l’Asie

occidentale (ESCWA), dont le siège est à Beyrouth.

La diplomatie libanaise a également contribué à la

bonne organisation des conférences de Paris I, II

et III qui cherchaient à apporter une aide financière

internationale au Liban (jusqu’à 7,5 milliards de

dollars), susceptible d’accompagner le gouvernement

AU CŒUR DE LA COOPÉRATION FRANCE-LIBAN 195


Diplomatie

M. Naji Abi Assi, vers la fin de son mandat (1999), avec le

président Jacques Chirac et l’ambassadeur Jean-François Girault.

Naji Abi Assi, troisième à partir de la gauche, entouré de Boutros Assaker,

ambassadeur de la Ligue arabe en France, Gaby Tamer, président de la CCFL, et

Shérine Audi, directrice générale de Bank Audi France, à l’événement organisé par la

CCFL à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, en octobre 2016.

« La diplomatie est un outil privilégié au service de l’intérêt national et des

choix stratégiques des dirigeants. »

libanais dans ses efforts visant à restructurer la dette

publique, relever les défis de la relance de l’activité

économique et de la reconstruction, financer les

programmes de développement et renforcer le

secteur privé.

Les négociations diplomatiques ont également abouti

à la signature de «l’Accord d’association entre le

Liban et l’Union européenne» qui a remplacé l’ancien

Accord de coopération et qui vise, notamment, à

stimuler le partenariat et les relations économiques

et commerciales entre le Liban et l’Europe, ainsi qu’à

ouvrir d’importants nouveaux débouchés en matière

de commerce, de libre-échange et d’investissement...

En 2012, en coordination avec la France, le Liban a

réussi à créer le «Groupe international de soutien au

Liban», composé des cinq pays membres du Conseil

de sécurité, de l’Allemagne, de l’Italie, du Secrétariat

général des Nations unies, de l’Union européenne et

de la Ligue des États arabes, en vue de favoriser la

stabilité au Liban, aider l’économie libanaise, mieux

faire face au problème des réfugiés syriens et assurer

une assistance concrète à l’armée libanaise.

La culture a-t-elle un rôle dans la promotion

des échanges commerciaux et industriels ?

Tout ce qui se ressemble s’assemble. Il est certain que

le partage d’une même langue, d’un cadre juridique

et législatif similaire et de valeurs communes facilite

le contact et les ententes. C’est dans ce sens que la

francophonie cherche à promouvoir la solidarité et

les échanges économiques, industriels, financiers

et commerciaux entre ses différents membres,

à travers des mécanismes divers. Il me plaît de

rappeler que l’exposition culturelle que l’ambassade

du Liban en France avait organisée à l’Institut

du monde arabe, grâce à l’appui du ministère de

la culture et de divers organismes concernés,

avait fortement stimulé, à partir de 1999, le flux

touristique vers le Liban. n

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REPRÉSENTATION

DIPLOMATIQUE FRANÇAISE

AU LIBAN DEPUIS

L’INDÉPENDANCE

Armand de

Blanquet DU

CHAYLA

(1898-1996) :

envoyé

extraordinaire et

plénipotentiaire à

Beyrouth du

23 mai 1946

jusqu’en 1952

Georges BALAY

(1903- ?):

envoyé

extraordinaire et

plénipotentiaire

à Beyrouth du

23 avril 1952

jusqu’en 1955

Louis ROCHE

(1903-1989) :

ambassadeur de