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Museikon_1_2017

La poudre aux yeux des

La poudre aux yeux des saints Contributions ethnologiques au dossier des peintures murales endommagées en Roumanie Laura Jiga Iliescu Institutul de Etnografie şi Folclor ‚Constantin Brăiloiu’, Bucarest (ro) traduction de Vladimir Agrigoroaei summary: In the specific case of the Orthodox churches of Romania, the author wishes to analyze the information concerning the popular ritual which consists in the voluntarily removal of the eyes (or of the mouth) of the saints painted on the church walls, from the perspective of the dynamic relations established between the official dogma and the religious practice, both having as reference the icon and the figure of the saint. The systematization and interpretation of the answers to the mythological questionnaires launched by Bogdan Petriceicu Hasdeu at the end of the 19 th century combined with the ritual texts in the Romanian folklore open an ethnological perspective into a matter usually analyzed by religious art history specialists. Such practices concern the ritually formalized destruction of murals in churches in order to use the dislodged fragments of mortar or dust in magic. keywords: mural paintings, church, folkloric religiosity, erotical lyric, charms. rezumat: În cazul concret al bisericilor ortodoxe din România, autoarea dorește să analizeze informațiile referitoare la ritualul popular care constă în scoaterea voluntară a ochilor (sau a gurii) sfinților pictați pe zidurile bisericilor, din perspectiva relațiilor dinamice care se stabilesc între dogma oficială și practica religioasă, ambele având ca obiect referențial icoana și figura sfântului. Sistematizarea și interpretarea răspunsurilor la chestionarele ‚mitologice’ lansate de Bogdan Petriceicu Hasdeu la finele secolului al xix-lea, coroborate cu texte rituale din folclorul românesc, deschid o perspectivă etnologică asupra unei chestiuni de care se ocupă îndeosebi istoricii artei religioase. Este vorba despre distrugerea formalizată ritual a picturilor murale din biserici, pentru utilizarea cvasi-magică a fragmentelor sau prafului de mortar dislocate. cuvinte cheie: pictură murală, biserică, religiozitate folclorică, lirică erotică, descântec. Saint Jean Damascène affirmait à propos des icônes qu’elles étaient des « livres pour les illettrés » (βίβλιοι τοῖς ἀγραµ- µάτοις αἱ εἰκόνες), mais aussi qu’elles « sanctifiaient la vue » (τὴν ὅρασιν ἁγιάζουσαι). 1 Ce n’est peut-être pas un hasard si cette expression du saint a pu être interprétée en rapport avec les yeux, organe du corps humain, car le pluriel du mot ὅρασις a l’acception de « yeux ». Or, l’attribution aux icônes du pouvoir de sanctifier la vue exprime d’une certaine manière la conception byzantine selon laquelle elles n’étaient pas de banales illustrations des Écritures saintes ou un support pour l’enseignement ou apprentissage du catéchisme, comme dans le monde occidental. Les icônes étaient des objets liturgiques vivants ; elles étaient essentielles à la pratique religieuse. On dirait, comme Dillenberger, que ce développement orthodoxe est singulier, puisque l’aspect visuel et l’aspect verbal constituent deux réalités fondamentales, dont aucune ne peut prévaloir sur l’autre. 2 Si l’on suit les idées de saint Jean Damascène, défenseur des icônes contre le courant iconoclaste et contre les accusations d’idolâtrie, l’image et son prototype se trouvent dans un rapport simultané d’identité et de différence. Le saint précise d’ailleurs que les croyants ne prient pas l’image, bien qu’ils adorent la réalité exprimée par cette dernière, et grâce à elle. En raison de cette identité dans la dif- férence, le croyant doit savoir qu’il a affaire à la présence de Dieu à travers une réalité médiatrice. Il arrive ainsi que l’image et la réalité de Dieu fusionnent, quoiqu’elles ne soient pas identiques. Cette manière de se rapporter aux icônes a mené Dillenberger à la conclusion que, pour l’essentiel, « questions of faith are central to the making of icons in a way that is not characteristic of the West ». 3 Cela veut dire que les figures peintes dans un sanctuaire constituent des présences vivantes liées aux rituels accomplis dans cette église et, en même temps, aux fidèles qui participent de façon interactive à ces rituels. 4 Et alors, pourquoi quelqu’un irait-il jusqu’à les détruire volontairement? La relation d’identité subtile et la différence entre l’image et le prototype invisible fonctionnent elles toujours dans ces situations ? Quelle est la relation entre le dogme officiel et la pratique canonique populaire ? Est-il possible de respecter le dogme, tout en ignorant la praxis canonique ? En d’autres termes, la violation ou l’écart par rapport au canon officiel supposent-ils nécessairement des écarts par rapport au dogme ? Dans une étude qui porte un titre édifiant (Les Images abîmées : Entre iconoclasme, pratiques religieuses et rituels ‘magiques’), Simona Boscani Leoni a identifié trois catégories Museikon, Alba Iulia, 1, 2017, p. 107-122 | 107

108 | Laura Jiga Iliescu de motivations qui expliquent la détérioration des images sacrées par des actes volontaires des êtres humains. Ses recherches, qui portent sur les spécificités d’une aire alpine bien délimitée, ne peuvent pas être évoquées pour expliquer toutes les situations de ce type. Dans ce territoire bien défini, la chercheuse identifie trois typologies distinctes qui s’appliquent aux images abîmées : « la première concerne l’image endommagée et dissimulée pour des motivations religieuses (lors de la Réforme, mais aussi lors d’interventions de censure totale décidées par les autorités ecclésiastiques catholiques) ». 5 Or, ce genre de détérioration est bien répandu dans l’Europe entière. Le comportement agressif des chrétiens protestants envers les peintures sacrées s’est manifesté comme conséquence directe de leur refus de faire une distinction entre l’image et son prototype, de leur rejet du caractère médiateur de l’icône ou du statut intercesseur des saints dans les rapports des croyants avec Dieu. Les cas analysés par Simona Boscani proviennent de localités dont les habitants sont passés au Protestantisme. Selon la nouvelle doctrine, ces croyants ont caché les figures des saints peints autrefois sur les murs sous une strate de chaux blanche. La Roumanie n’est pas du tout étrangère à ce type de pratique, quoique l’on s’attende à ce qu’elle concerne les anciennes églises catholiques de Transylvanie, les édifices de culte des communautés saxonnes, devenues par la suite luthériennes, ou hongroises, passées en large partie au Calvinisme. Cependant cette situation ne concerne pas uniquement les Saxons et les Hongrois, tant s’en faut. Elle se manifeste aussi dans certaines églises des Roumains de la même région ; les cas que nous évoquerons sont tout à fait ambigus. Prenons l’exemple des églises du Hațeg, une vallée des Carpates située dans le Sud-ouest de la Transylvanie. La destruction des images dans ces édifices de culte témoigne de motivations diverses, que l’on pourrait traiter de ‘spectaculaires’, y compris du point de vue de l’implication des Protestants dans ces affaires de destruction. Il est pourtant risqué, dans une étude de nature scientifique, de considérer que ces actes doivent tous être attribués aux Calvinistes. Le xviii e siècle représente une période où nombre d’églises de la région, bi-rituelles, étaient utilisées à la fois par les Roumains calvinistes et par les orthodoxes ; ces mêmes églises sont devenues ensuite gréco-catholiques (en grande partie), quand certains membres de ces communautés roumaines ont adhéré à l’Uniatisme. 6 Le cas le plus édifiant est celui de l’église de Densuș, où la destruction des peintures murales peut avoir plusieurs motivations, échelonnées sur une période de temps plus longue. Cela dit, il est vrai que le passage d’une partie de la population au Calvinisme ou à l’Uniatisme – y compris pour une partie des nobles – pouvait être accompagné de la mutilation des peintures sacrées (représentant les saints aussi bien que le Christ), surtout dans le contexte d’un conflit confessionnel local. Néanmoins, la situation a été plus nuancée, car l’appartenance simultanée des membres d’une communauté locale à trois confessions chrétiennes différentes (Orthodoxie, Uniatisme et Calvinisme) a mené à des situations de compromis. Les destructions que l’on peut observer actuellement consti - tuent les conséquences d’un répertoire varié de gestes qui ont pu être réalisés dans un intervalle chronologique d’au moins 200 ans. Il faut les traiter avec beaucoup de précaution. Revenons à la classification de S. Boscani Leoni. Elle affirme que le deuxième type de destruction « a trait à la manipulation de l’image par égratignure ou écriture sur la couche picturale ». 7 Cette pratique est bien attestée dans le cas des églises de Roumanie, où l’écriture de noms, d’autres Fig. 1-8 : Peintures murales médiévales dans l’église de Densuş. Mutilations des yeux et des bouches des saints, voire du visage dans son entier, avec une finalité discutable. Clichés : Vladimir Agrigoroaei (1-2), Anca Crişan (3-8).

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