Views
11 months ago

Museikon_1_2017

119

120 | Laura Jiga Iliescu fait l’objet d’une recherche ethnologique approfondie ; elle est rarement attestée et relativement peu décrite. Ainsi, au lieu de conclusions prématurées, quelques observations s’imposent. 1. Notre intérêt principal s’est concentré sur l’effort d’améliorer notre interprétation d’un phénomène culturel. Nous avons essayé d’observer la manière dont les prescriptions de la théologie orthodoxe concernant les icônes – en particulier la relation entre prototype et représentation – et la doctrine selon laquelle le pouvoir miraculeux des icônes et des saints dérivent seulement de Dieu, ont été assumées, interprétées, modifiées et mises en pratique par certains individus du xix e siècle sur le territoire de la Roumanie d’aujourd’hui, surtout dans la partie méridionale du pays, dans le cas concret d’une pratique appelée génériquement « les yeux des saints ». 2. Ce qui surprend, c’est la diversité des cinquante-six réponses. Elle contraste avec la taille réduite du corpus. Il convient également de souligner la nature unitaire d’un corpus pourtant hétérogène de documents sur un phénomène qui a soumis les saints à un changement de statut, en fonction d’une contextualisation tant magique que religieuse non-canonique de l’ingrédient sacré : de la poussière ou un morceau d’enduit extrait(s) de la paroi de l’église. 3. De manière inattendue, la relation entre le dogme officiel et la pratique canonique peut être ambiguë : l’ensemble de la pratique non-canonique est parfois contraire au dogme officiel ; cependant nous avons aussi mis en évidence des situations dans lesquelles les pratiques non-canoniques sont articulées sur la base du principe dogmatique officiel de la théologie orthodoxe, qui concerne le statut de l’icône et des saints. 4. Le fait de corroborer les informations ethnologiques avec celles fournies par l’étude de l’histoire ou par l’histoire de l’art religieux peut mener à une série d’analyses détaillées pour chaque cas : ses saints endommagés, leur emplacement dans l’ensemble iconographique et architectural de l’église en question, les traces de détérioration volontaire ou accidentelle, les datations des peintures endommagées et surtout le rapport avec d’autres rites et signes visibles dans le même édifice. Ces observations minutieuses permettront d’arriver à des interprétations nuancées du cadre religieux qui a marqué, à diverses époques, non seulement l’état des édifices respectifs, mais aussi les moyens par lesquels les habitants se rapportaient à ces églises. Des cas tels que ceux du Hațeg seront, par exemple, reconsidérés du point de vue des observations que nous proposons ici. 5. Tout ce qui se trouve dans une église – peintures murales, piliers, stalles et le reste du mobilier, bougies et cierges, objets de culte – compose un ensemble qui a des rapports avec un répertoire de gestes, de rites, de croyances, d’histoires, de souvenirs etc. Toutes ces catégories constituent des expressions du mode de vie et de la pensée de ceux qui utilisent le sanctuaire : les ktitors (fondateurs), les constructeurs, les peintres, le clergé, les laïcs, les pèlerins, les touristes, aussi bien que les enchanteurs. L’intérieur ou l’extérieur de la zone délimitée par les parois doit être également mis en relation directe avec le ‘corps’ même de l’église. Nous avons affaire à un espace que la consécration par les rituels liturgiques et par les autres prières transforme en un milieu ou en un support physique propice à un ensemble de gestes individuels (socialement formalisés). Du point de vue canonique, ces gestes se situent parfois dans la zone ambiguë entre permissivité et interdiction, voire dans la catégorie des rituels interdits. Ce qui mérite enfin d’être observé, c’est le rôle de palimpseste que jouent les parois d’une église. Les traces visibles des rites liturgiques et des pratiques défendues sont incorporées à ces parois. Elles témoignent des actions accomplies ouvertement ou secrètement dans cet espace. L’édifice devient ainsi lui-même un participant à ces rituels. Fig. 21, 22, 23 : Mutilations des yeux et des bouches dans les représentations des saints et des donateurs. Peintures murales médiévales de l’église de Strei (Hațeg). Clichés : Mihai Bilici (22), Vladimir Agrigoroaei (21, 23).

2015-nouveau-livret-chretien-magazine
U “STCYP OU. 66 - Ville de Saint Cyprien
NDC_135_version_web - Dici
Le Miroir des âmes, ou, Exposition des différents états des âmes par ...
Visions d'Anne-Catherine Emmerich sur la vie de Notre-Seigneur ...
Février - The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints
Accomplis tes promesses, O Dieu - LWF Assembly
I Fiorett, Les petites fleurs de la vie du petit pauvre de Jésus-Christ ...
Ménologe de la Compagnie de Jésus : assistance d'Italie - Libr@rsi
La Bible résiste-t-elle face à la critique scientifique? - EBAF
La Parole de Dieu dans l'Écriture - Conférence des évêques ...
Louis Bréa, La Vierge à l'Enfant dans le tabernacle céleste
Histoire de l'Académie royale des inscriptions et belles lettres ...