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Pour un corpus des

Pour un corpus des inscriptions grecques de l’église Saint-Sauveur de Berestovo | 85 (6 : 25a) qui nous transmet les paroles d’une prière que Dieu enseigna à Moise, « Que le Seigneur fasse pour toi rayonner son visage et te fasse grâce ». Ainsi elle établit sans doute un parallèle entre le métropolite Pierre Movilă et le prophète, libérateur du peuple d’Israël. Au-dessus de l’image de Christ Grand Prêtre se trouve une inscription (Fig. 18) qui renvoie à son tour au Livre du Prophète Daniel : || 1 Ι(ησοῦ)Σ Χ(ριστό)Σ || 2 Ο Μ/ε/ΓΑΛ(ος) (?) ΔεΠΟΣ (?) || 3 Ο ΒΑΣΙΛΕΥΣ ΤΩΝ ΒΑΣΙΛΕΟΤ(ων) || 4 Κ(αὶ) ΚύΡΙΟΣ ΤῶΝ ΚΥΡΙΕΒΟΝΤ(ων) || 5 Κ(αὶ) ΜΕΓΑΣ ΑΡΧΙΕΡ(εύς) « Jésus Christ le Grand Souverain, le Roi des rois et Seigneur des seigneurs et Grand Prêtre » (cf. : Dan. 2. 47). 38 Malgré l’originalité des allusions bibliques contenues dans l’inscription de fondation par rapport aux inscriptions votives ordinaires de l’époque et l’utilisation par son auteur d’un lexique assez recherché, ce dernier respecte certaines règles bien établies comme la mention explicite du nom du donateur ayant restauré l’église et l’évocation des peintures réalisées. 39 L’allusion aux travaux du roi Salomon, qui a « fini ce qui n’a pas été fini » par le Roi David en édifiant le Temple de Jérusalem, visait sans doute à rapprocher les travaux de restauration de l’église de Berestovo de la construction de la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev sous le grand prince Iaroslav le Sage, autre entreprise comparée au grand œuvre de Salomon, notamment dans le « Sermon sur la loi et la grâce » de saint Hilarion, métropolite de Kiev et contemporain d’Iaroslav. Si saint Hilarion, qui prêcha dans l’église des Saints-Apôtres à Berestovo, identifiait le prince Vladimir au Roi David, qui érigea le Temple, et son « bon assistant » (« доброго послуха », témoin), le prince Georges-Iaroslav le Sage, au roi Salomon, qui présida à l’achèvement de l’ouvrage, 40 dans l’inscription de l’église Saint-Sauveur Pierre Movilă apparaît implicitement comme continuateur de l’œuvre de Vladimir. 41 La transcription des indications chronologiques, année de l’Incarnation et an du monde, demande de lourdes corrections pour que l’inscription soit intelligible. La date jusqu’ici retenue a été le 16 novembre 1644. 42 Néanmoins, elle ne correspond pas aux autres dates indiquées dans l’église : à côté de la représentation du métropolite agenouillé devant le Seigneur, la fresque de la « Donation de Pierre Movilă » offre en effet une autre inscription grecque, longue de trois lignes, dont une partie est effacée (Fig. 19), mais dans laquelle les indications de l’année de l’Incarnation, 1643, et de l’indiction (sans doute la 11 e ) sont visibles : ΕΝ ΕΤΕΙ (?) 7151 || ἈΠΟ Χ(ριστο)Υ ΑΧΜΓ, || Ιν(δικτιῶν)ος ια (?) †. La première ligne de ce texte offrait l’année, indiquée cette fois selon l’an du monde. La même date se retrouve sur l’inscription de fondation slavonne peinte sur la partie intérieure du mur ouest du narthex. Elle correspond à l’année de la consécration de l’église restaurée par Pierre Movilă, 1643, « de la création du monde 7151 ». Dans l’inscription de fondation en langue grecque, seuls les deux premiers chiffres de la date de la création du monde sont bien lisibles. 43 Il est possible de supposer que les derniers chiffres devaient correspondre à ceux indiqués sur la fresque de la Donation, soit 7152 (1643-1644, indiction 12), soit 7151 (1642-1643, indiction 11). Pourtant le mois indiqué dans le menologema de signature semble être « novembre », et donc, dans ce cas l’année de la naissance du Christ doit être 1643, comme sur la fresque de Donation, et non 1644. Ainsi, soit l’inscription a été peinte un an après toutes les autres décorations, y compris son pendant slavon, auquel cas il convient de lire l’année de la création du monde 7153, indiction 13 (avec inversion des lettres), soit l’année de l’Incarnation est erronée. L’hypothèse la plus probable pour rendre compte de cette contradiction chronologique est une tentative de la part de celui qui rédigea le texte de passer à la « nouvelle année » simultanément dans les deux systèmes de datation. Dans l’inscription de la fresque sont indiquées les dates 7151 – 1643, indiction 11, plaçant sa réalisation entre janvier et août de l’année 1643, tandis que la date de l’inscription de fondation grecque reflète, probablement, une adaptation maladroite par le rédacteur au changement d’année en septembre : ainsi l’année de la création du monde devient 7152, indiction 12, et entraîne fautivement à sa suite l’année de l’Incarnation. Une telle erreur expliquerait la date erronée de 1644. Il en découlerait que les travaux de décoration de l’église du Sauveur se conclurent vers l’automne 1643. On retrouve la même erreur de calcul et de synchronisation des deux systèmes de l’année du monde et de l’année de l’Incarnation dans une autre réalisation de l’Église de Kiev du temps de Pierre Movilă. Dans le comput ecclésiastique, publié dans le Psautier imprimé par la Laure des Grottes en 1643, on retrouve un synchronisme parfait de l’an du monde et de l’indiction, d’une part, et de l’Incarnation de l’autre. Dans l’un et l’autre cas, deux groupes de coordonnées se succèdent directement : l’an du monde 7151, d’une part, année de l’Incarnation 1643, indiction 11 ; d’autre part, l’an du monde 7152, année de l’Incarnation 1644 et indiction 12. 44 Elena Lopukhina a étudié les dates indiquées sur les offrandes de Pierre Movilă à l’ancien trésor de l’église de Berestovo (une croix en argent, un évangile et un calice, ce dernier uniquement connu d’après une description), et a attiré l’attention sur le fait que ces donations se sont étalées dans le temps entre 1640 et 1642, mais qu’elles ont toujours été offertes le même jour, à savoir le 1 er novembre. 45 La chercheuse suggère donc que ces dons étalés sur trois ans du métropolite de Kiev aient commémoré un événement significatif pour l’Orthodoxie kiévienne, le 1 er novembre 1632. Ce jour-là, le roi Władysław iv, au lendemain de Fig. 20 : Psautier, Kiev, 1643, p. 122-123. Cliché : Vera Tchentsova.

86 | Vera Tchentsova son accession au trône de Rzeczpospolita, garantit par un acte solennel le libre exercice du culte orthodoxe et le rétablissement de la hiérarchie ecclésiastique, autorisant également la restauration des édifices ecclésiastiques : « ...libre comme jadis la confession de la foi et l’octroi des sacrements, la réparation des églises et la construction de nouvelles en accord avec sa royale majesté ». 46 L’indication du mois de novembre (donc, de l’année 1643) dans l’inscription de fondation grecque n’était donc pas fortuite et renvoyait possiblement à une date d’achèvement idéale des travaux correspondant à la commémoration de l’acte royal. v. Sur la transcription et les perspectives d’étude des inscriptions grecques de l’église Saint-Sauveur. La recherche future sur les peintures de l’église Saint-Sauveur de Berestovo devra se fonder sur une transcription nouvelle de toutes les inscriptions grecques et slavonnes encore conservées, y compris celles, tardives, qui n’apparaissent que sur les couches reflétant l’activité des restaurateurs du xix e siècle. La comparaison de ces inscriptions avec celles conservées dans d’autres églises peintes par Jean et Georges et, au-delà, dans l’ensemble des édifices de culte orthodoxes qui conservent un décor du xvii e siècle, est riche de perspectives. Déjà, N. I. Petrov avait souligné la nécessité d’étudier dans quelle mesure les inscriptions de l’église Saint-Sauveur correspondent à des modèles prescrits par les différentes hermèneiai grecques auxquelles avaient recours les artistes, une démarche du plus haut intérêt. 47 En l’attente d’une telle étude approfondie, nous n’avons pu offrir ici que quelques remarques préliminaires concernant la transcription des textes accessibles. La lecture intégrale des inscriptions grecques de l’église Saint-Sauveur ne peut être tentée que lorsque leur état de conservation et leur localisation dans l’édifice le consentent. Tout approfondissement demeure lié à un travail de restauration doublé d’une campagne de documentation photographique de qualité. 1. Les archanges Michel et Gabriel. Parmi les inscriptions de l’église Saint-Sauveur, certaines frappent par leur originalité comme, par exemple, celle qui accompagne l’image du saint archistratège Michel, Fig. 21, 22 : Église Saint-Sauveur. L’archange Michel. Clichés : Vera Tchentsova. représenté brandissant une épée (Fig. 21-22). Selon la lecture faite par N. I. Petrov, son texte était le suivant : « Ὁρᾷς ἁμάρτημα ἑκάστου, ἀνορθώσεις τὰς ψυχάς, ἁρμόζεις ἀξίους, θρύπτεις τέλσον » (« Tu vois le péché de chacun, tu corriges les âmes, tu réunis les dignes, tu brises l’orgueil »). 48 Ce savant supposait que sous les pieds de l’Archange la fresque offrait une représentation de Lucifer déchu Toutefois, l’archange est représenté dans l’église Saint-Sauveur selon le canon iconographique du psychopompe (« ψυχοπομπός »), à savoir qu’il piétine un riche pécheur. 49 Cette iconographie s’inspire de la parabole évangélique de l’homme riche qui accumule des trésors, oublieux de sa fin prochaine (Luc 12 : 16-21). Une source homilétique met également en scène l’archange venant au secours d’un jeune pauvre que son riche voisin s’ingénie à faire périr pour que ce dernier n’hérite pas de ses biens. 50 Tous les efforts du riche se révèlent inutiles et le jeune homme, protégé par Saint Michel, survit pour épouser finalement la fille de l’homme riche, héritant ainsi de la fortune de celui-ci après sa mort. Sur la fresque de l’église Saint-Sauveur, l’archistratège piétine le corps du riche, mais en lieu et place de l’image habituelle d’un enfant, symbolisant l’âme, il tient en main gauche un rouleau, porteur d’un texte perdu. Les inscriptions sur la fresque peuvent recevoir des lectures alternatives à celles proposées par N. I. Petrov. Audessus de l’Archange : 51 Ὁ ἉΡΧ(ων) ΜΙΧΑΗΛ ́ Traduction : l’Archonte Michel. Au-dessous, à droite : ὉΡΑΣ ἉΜΑΡΤΗ||ΣΑΝΤ/ος/ ἈΝΔΡΟΣ ΕΠΙΘΑ[/νοῦς/] (?) || ΨΥΧ(ῆς) ἉΡΠΑΓΜΟΝ || ἌΞΙΟΝ ΟΡΩΝ /δε/ (?) ΤἔΛΩΣ † || ὁ ὀμετανόητος || φρϊξον ψυ[χὴ] μ(ου) [τ]α ορ[ώμενα]. Traduction : Tu vois le ravissement de l’âme d’un pécheur, homme riche, voyant la fin [dont est] digne

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