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72 LG FÉVRIER 2018 EMPLOI Un aperçu du travail frontalier au Grand-Duché de Luxembourg de ses origines à aujourd’hui Depuis 1985, l’augmentation du nombre de travailleurs frontaliers exerçant leur profession au Luxembourg n’a cessé d’augmenter, faisant ainsi du Grand-Duché un pays dont le marché du travail est unique dans l’Union européenne. Franz Clément, docteur en sociologie au LISER nous livre un aperçu de ce type de travail. Franz Clément Le «travailleur frontalier» Le Luxembourg accueille à lui seul un quart de l’ensemble des travailleurs frontaliers de l’Union européenne. La Grande Région dans sa totalité en accueille quant à elle un tiers. Ce phénomène, dont le début remonte à l’année 1985, n’a cessé de s’amplifier! Afin de ne pas confondre plusieurs notions, précisons d’entrée de jeu, ce que recouvre précisément l’expression «travailleur frontalier».

LG FÉVRIER 2018 73 C’est à partir de 1971, dans un règlement européen, que les autorités européennes ont pris juridiquement en compte le phénomène du travail frontalier au sein des Etats qui étaient alors membres de l’Union en devenir. Le Règlement 1408/71, en son article 1 er , b), et plus tard en 2004, le nouveau Règlement 883/2004, en son article 1 er , f) utilisent tous deux la définition suivante: «Le terme «travailleur frontalier» désigne tout travailleur salarié ou non salarié qui exerce son activité professionnelle sur le territoire d’un Etat membre et réside sur le territoire d’un autre État membre, où il retourne en principe chaque jour ou au moins une fois par semaine». [1] Par cette définition, deux critères sont ainsi mis en exergue. Le premier est de nature politique par la référence à deux Etats différents membres de l’Union. Le second critère est de nature temporelle puisque la formulation indique que le travailleur retourne en principe chaque jour ou au Source photo: LISER moins une fois par semaine dans l’Etat membre où il réside. Signalons encore que le Règlement 883/2004, en son article 1 er , j) indique que le terme «résidence» désigne le lieu où la personne réside habituellement. Ceci revêt une certaine importance en ce sens qu’en parlant de frontaliers «belges», «allemands» ou «français», il est utile de préciser que c’est la résidence et non la nationalité de ces travailleurs qui est prise en compte. Les travailleurs frontaliers belges, à titre d’exemple, comprennent ainsi l’ensemble de ces travailleurs ayant leur résidence en Belgique, peu importe leur nationalité. “Le Luxembourg accueille un quart de l’ensemble des travailleurs frontaliers de l’Union européenne” Evolution de l’emploi salarié intérieur par lieu de résidence Les données disponibles à l’Institut national de la statistique et des études économiques (STATEC) indiquent qu’au 1 er trimestre 2000, concernant l’emploi salarié intérieur par lieu de résidence, on dénombrait 239.204 personnes exerçant au Grand-Duché. Parmi ceux-ci on trouvait 156.480 résidents contre 82.724 travailleurs frontaliers. La proportion était ainsi de 65,4% de salariés résidents contre 34,6% de salariés frontaliers. 17 années plus tard, les chiffres ont très fortement évolué. En effet, au troisième trimestre 2017, on dénombrait un total de 406.102 salariés, dont 222.044 résidents et 184.058 frontaliers. La proportion était alors de 54,6% de salariés résidents contre 45,4% de frontaliers. Ces quelques indications montrent une évolution considérable du phénomène sur une période relativement courte. Parmi tous les frontaliers recensés au troisième trimestre de l’année 2017, 44.547 venaient de Belgique, 44.619 d’Allemagne et 94.891 de France. On le voit, à cette date, les frontaliers de France sont de loin les plus nombreux car ils représentent 51,6% de l’ensemble. Les frontaliers de Belgique et d’Allemagne, quant à eux, sont présents dans des proportions quasi identiques, à hauteur de 24,2% chacun. Relevons toutefois qu’au troisième trimestre 2017, pour la première fois, le nombre de frontaliers provenant d’Allemagne a dépassé, même si c’est très légèrement, celui des frontaliers venant de Belgique. L’explication du phénomène du travail frontalier est multiple. En voici les deux raisons principales. Une première raison est à trouver dans le taux de chômage des régions limitrophes du Grand-Duché. Ce taux y est plus élevé, surtout en France et en Belgique. La deuxième raison du recours aux travailleurs frontaliers est la suivante: certaines qualifications précises demandées par les entreprises établies au Luxembourg font défaut à l’intérieur du pays. Le recours à une main-d’œuvre qualifiée située à l’extérieur devient alors inévitable. Les ressortissants des Etats limitrophes du Luxembourg sont en moyenne de plus en plus qualifiés au fil du temps. De plus, le bassin de la Grande Région finit par attirer aussi des personnes très qualifiées venant de plus loin en vue d’être occupées au Luxembourg, dont une partie se rapproche physiquement mais réside encore hors du Luxembourg pour diverses raisons, notamment liées au marché du logement. Il est donc devenu évident que le travail frontalier est considéré par les responsables politiques et économiques du Grand- Duché de Luxembourg comme une nécessité à l’équilibre du marché du travail dans le pays. n Franz Clément, Dr en sociologie Chercheur au LISER (Luxembourg Institute of Socio-Economic Research) franz.clement@liser.lu [1] Règlement (CEE) n°1408/71 du Conseil, du 14 juin 1971, relatif à l’application des régimes de sécurité sociale aux travailleurs salariés, aux travailleurs non-salariés et aux membres de leur famille qui se déplacent à l’intérieur de la Communauté. Règlement (CE) n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 portant sur la coordination des systèmes de sécurité sociale. LISER Maison des Sciences Humaines 11, Porte des Sciences L-4366 Esch-sur-Alzette/Belval www.liser.lu

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