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Claude

Claude Haagen

LG FÉVRIER 2018 81 Rouge au cœur PAR JULIEN BRUN INTERVIEW POLITIQUE Faisant référence à la création d’un grand parti de gauche qui ferait barrage à la droite en cas d’une victoire trop écrasante du CSV aux législatives, Etienne Schneider a répondu à un confrère de Paperjam «j’y pensais»; dès lors le CSV est-il un partenaire de coalition envisageable pour le LSAP? À huit mois des élections législatives, les partis politiques du pays affûtent encore leurs programmes. Pour l’heure, les groupes de travail du LSAP planchent sur les sujets qui alimenteront les débats à venir. Une occasion pour LG de revenir sur l’état du socialisme luxembourgeois. Interview de Claude Haagen, président du LSAP. Comment expliquez-vous la débâcle des communales d’octobre dernier, y-a-t-il une perte de confiance chez les électeurs? Certes nos derniers résultats sont en effet moins bons que les communales de 2011 et 2005 pour lesquelles nous avions fait de très bons scores. Si nous avons perdu la ville d’Esch-sur-Alzette, nous restons néanmoins la deuxième force politique du pays. C’est donc une défaite mais certainement pas une «débâcle». Pour ce qui est de la confiance des électeurs, il ne faudrait pas perdre de vue que durant les élections communales, les citoyens votent en fonction de ce qui a été réalisé au cours des six dernières années et en fonction des programmes des six prochaines. Le socialisme en général et le LSAP en particulier fait-il encore espérer? Je le pense, oui. Il ne faut pas oublier que le LSAP a réalisé des projets sociétaux ambitieux au sein de la coalition gouvernementale, je pense au congé parental, à la réforme fiscale ou encore à la séparation de l’église et de l’état (qui n’est pas vraiment un sujet populaire). Si notre programme électoral n’est pas encore rédigé, nous devrons encore y inscrire des programmes sociaux et notamment ceux qui favoriseront la répartition du capital au niveau de la population résidente et frontalière. Le LSAP n’est-il pas victime de l’embourgeoisement des électeurs? Certes, la distinction entre les régimes «d’ouvriers» et «d’employés» a disparu mais il ne faut pas oublier que le régime unique des «salariés» est aussi une victoire du LSAP. Cela ne signe pas pour autant la mort du socialisme mais implique que nous repensions nos orientations tout en préservant nos valeurs. Je prends pour exemple la digitalisation qui va nécessiter de nombreux cadres législatifs à venir. Avec les embouteillages et les problèmes de mobilité, nous devons penser des solutions telles que le télétravail qui va nécessiter de nombreux cadres législatifs. Notre famille politique a une légitimité de par ses connaissances, son histoire et ses valeurs en droit du travail qui sont de réels atouts dans l’élaboration de la législation en la matière. Dix jeunes socialistes ont récemment appelé à rajeunir et à féminiser le LSAP dans une tribune du Tageblatt, fautil pour cela refondre le LSAP d’ici les législatives? Il existe des discussions diverses et notamment sur la composition du parti pour les années à venir mais ce ne sont pas pour autant des divisions. Je suis personnellement favorable au rajeunissement et à la féminisation du LSAP et de son pouvoir exécutif mais il serait inutile de refondre le parti pour en arriver là. La force du LSAP, c’est le dialogue: la tribune dont vous parlez en fait partie et je discute régulièrement avec ses signataires. Je sais déjà que cette question me sera posée au moins une fois par semaine durant les six prochains mois. Je ne connais pas pour l’heure le programme électoral du CSV comme ils ne peuvent pas connaître le nôtre et je continuerai de répondre que tout dépendra des résultats des élections. Pour ce qui est d’un hypothétique grand parti de gauche, avec quel parti de gauche le LSAP pourrait-il se fondre? Je ne partage pas cette idée, déjà mort-née, et lui nonplus d’ailleurs: ce qu’Etienne Schneider a voulu dire, c’est qu’à la suite de la défaite du Parti Socialiste français, Emmanuel Macron a profité d’un regroupement de sensibilités politiques diverses. C’est tout autre chose qu’«un grand parti de gauche» et n’oublions pas qu’une élection présidentielle française reste bien différente d’une élection législative luxembourgeoise. Existe-t-il un déficit démocratique à Luxembourg dès lors que sur les 3.575 candidats aux communales de 2017, seuls 267 étaient des résidents nonluxembourgeois (qui représentent 47,7% de la population) et que sur les 285.319 électeurs inscrits, les «résidents étrangers» n’étaient que 34.340? Je crois que le gouvernement ainsi que tous les partis politiques ont fait des efforts afin de sensibiliser les résidents nonluxembourgeois à exprimer leurs voix. S’inscrire sur les listes de sa commune reste néanmoins une décision personnelle et force est de constater que beaucoup qui le pourraient ne le font pas. Je ne sais pas pourquoi. Les élections communales sont pourtant l’occasion de s’identifier à sa ville et aux projets qui ont été réalisés et ceux à venir. n