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Epistemologie des sciences sociales

consolident à la fois

consolident à la fois l’espace argumentaire des sciences sociales. Trois pistes, trois niveaux de lecture sont ainsi possibles, selon l’intérêt du lecteur. I L’ouvrage est un édifice à trois étages. Le premier vise à présenter l’espace de connaissance des disciplines retenues, tel qu’il s’est constitué historiquement et noué dans un certain nombre de théories ou de programmes majeurs. Le deuxième prend acte de la proximité thématique et épistémologique de ces disciplines et se consacre à un certain nombre de problèmes transversaux : action et cognition, histoire et structure, modèle et récit, etc. Ces problèmes n’ont pas été choisis au hasard. Ils concentrent, certains depuis le début du siècle, une partie importante de l’effort théorique et réflexif mené au sein des sciences sociales. Le troisième, enfin, cherche l’unité de la pluralité : Peut-on réduire l’extrême diversité du domaine à une sorte de carte cognitive et programmatique ? Quels sont les présupposés ontologiques et épistémologiques qui sous-tendent les sciences sociales et quelle analyse philosophique peut-on en faire ? Une première lecture consiste à suivre chaque auteur dans sa façon d’élaborer le problème qui lui est soumis. La première partie, « Les grands territoires et leurs paradigmes » est inaugurée par la discipline la plus ancienne, l’histoire, immédiatement conjuguée au pluriel : « Les sciences historiques ». Jacques Revel y rappelle que l’appartenance de l’histoire aux « sciences sociales », malgré le succès du programme de l’École des Annales, a suscité des controverses diverses et continue de ne pas aller de soi. L’histoire est multiple et plurielle, et sa diversité se redouble de la longue durée dans laquelle elle s’inscrit, de l’Antiquité à nos jours. Diverses modalités de reconstituer son régime de connaissance sont donc possibles. Jacques Revel suggère celle associée au concept de « régime d’historicité » qui articule trois registres : « La construction d’un rapport au temps historique ; Les modalités cognitives d’un savoir sur le passé ; Les formes dans lesquelles ce savoir peut s’énoncer. » Deux régimes peuvent être ainsi distingués de l’Antiquité à nos jours : aux valeurs de l’exemplarité, de la narrativité, de la rhétorique qui façonnent l’historiographie ancienne, se substitue, à partir de la fin du xviii e siècle, une conception nouvelle de la connaissance historique et du métier d’historien : celle d’une « connaissance par les sources », c’est-àdire d’un « discours contrôlé » sur un certain type de réalité. L’idée de contrôle – ou de véridicité – est présente dès les origines de l’histoire, et se trouve dans la définition de l’informateur ou du témoignage donnée par les anciens. Mais elle devient centrale dans l’histoire moderne avec le développement de la critique des sources et l’appel aux disciplines auxiliaires susceptibles d’expertiser la matérialité des traces. De la mise en œuvre des techniques du travail historique découlent les problèmes épistémologiques qui agitent la discipline : le mot d’ordre résumé dans la célèbre formule de Ranke, « montrer comment les choses ont vraiment été », a ouvert la voie à une problématisation du « fait historique » et des conditions de la connaissance historique. Jacques Revel suit ainsi les débats où les historiens se trouvèrent pris, entre les injonctions contradictoires des tenants du monisme ou du dualisme explicatifs. Dans cette opposition, les opérations de connaissance mises en œuvre par les historiens, tranchent en faveur d’une réalité plurielle où formalisation, modélisation, application du modèle déductifnomologique de Hempel, même minoritaires, peuvent coexister sans heurt avec le travail de restitution narrative d’un moment ou d’une situation historiques déterminés. La géographie, à laquelle est consacrée le deuxième chapitre, est une discipline ancienne, dont il est rare

qu’une description soit fournie dans les ouvrages d’épistémologie. Or, après une période de relatif consensus sur ses objets et ses méthodes, elle connaît aujourd’hui une phase de ruptures, propice à la réflexion théorique et réflexive. Jean-François Staszak reconstitue cette évolution. Fondamentalement science de « l’espace humain », la géographie problématise cette notion en s’intéressant non à une substance – ou à une forme –, mais à un rapport, celui de l’Homme et de son espace, mouvant, chargé de sens « où le plus court chemin entre deux points n’est pas nécessairement la ligne droite… ». L’approche classique, notamment représentée par l’école vidalienne, privilégie la singularité des lieux et propose comme unité d’analyse, la région : « Chaque région constitue un individu géographique » qu’il faut décrire dans la corrélation de ses multiples aspects, tant physiques, qu’historiques et culturels. Cette conception idiosyncrasique – chaque région a sa personnalité spécifique –, descriptive et souvent littéraire, se voit battue en brèche par le développement d’une géographie quantitative, privilégiant la recherche des lois d’organisation de l’espace, et adoptant une norme stricte de scientificité, fondée sur l’analyse statistique des données et la construction de modèles. Cette démarche « néo-positiviste » ouvre l’analyse à de nouvelles techniques de recueil et de traitement de l’information et aboutit à la production de modèles hypothético-déductifs raffinés dans divers domaines. Cependant, cette nouvelle orientation épistémologique est également contestée et la géographie contemporaine prend diverses voies critiques – géopolitique, culturaliste, phénoménologique, postmoderniste – qui la rapprochent des autres sciences sociales, en lui faisant partager leur pluralité et leurs incertitudes. Le troisième chapitre traite de la « science économique ». Le singulier est, bien sûr, volontaire. L’économie occupe, au sein des sciences sociales, une position particulière que soutient fortement Bernard Walliser. Elle a construit, de façon relativement précoce, une armature théorique et conceptuelle qui, malgré les contestations et les ruptures, demeure sa colonne vertébrale et s’enrichit constamment de spécifications internes et d’ouvertures à des domaines nouveaux. À la différence des autres disciplines, une présentation systématique en est ainsi possible, à partir de trois entités : les agents, les institutions et le temps. Ces dernières, dont la conception s’est affinée considérablement durant le dernier demi-siècle, sont définies par des propriétés et des relations permettant leur inscription rigoureuse dans des modèles formels. Ainsi conçue, l’économie relève des mêmes interrogations épistémologiques que les sciences physiques : syntaxe formelle, mode de validation et d’opérationnalité des modèles. Cette armature logique forte, son lien étroit avec l’évolution des techniques économétriques, permettent à l’économie contemporaine d’établir un dialogue dédramatisé entre orthodoxie et hétérodoxie : courants keynésien et marxien dans les années 1950, courants institutionnaliste, cognitiviste et évolutionniste aujourd’hui. L’espace épistémologique construit est fondamentalement proche de celui des sciences physiques dont l’économie endosse, avec cependant de multiples nuances, l’épistémologie vérificationniste ou réfutationniste, tout en s’ouvrant à certaines préoccupations constructivistes. L’étude des langues, des formes de communication et des systèmes de signification occupe une position centrale dans la culture occidentale. Elle est également fondamentale pour les sciences sociales contemporaines, qui, de la linguistique structurale à la pragmatique, ont trouvé dans les sciences du langage une source d’inspiration quasi permanente. Daniel Bougnoux, dans le quatrième chapitre, choisit le parti d’une perspective historique pour retracer un parcours menant de Saussure à Austin et Searle, en passant par le moment structuraliste, la linguistique générative et la sémio-pragmatique de Peirce. L’option choisie est de suivre un courant – celui inauguré par « la coupure saussurienne » –, dans les diverses ramifications l’instituant en programme partagé par la linguistique, l’anthropologie, la sémiologie et la psychanalyse, puis de sauter à des approches alternatives, se développant en parallèle (Peirce) ou à la suite (Chomsky, Austin) des précédents et constituant la base de référence des travaux contemporains. À travers ce parcours s’organisent les grands problèmes auxquels les sciences du langage

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