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Epistemologie des sciences sociales

Toutefois, la principale

Toutefois, la principale subdivision, et celle dont l’évolution a le plus soulevé de difficultés, séparait la géographie humaine et la géographie physique. Du milieu naturel à l’environnement La place de la géographie physique au sein de la discipline a beaucoup fluctué. Au début du siècle, elle en constituait la principale composante. Même au sein des études régionales, la géomorphologie occupait une place de choix. La géographie vidalienne ne se prétendait d’ailleurs pas une science humaine, puisqu’elle concevait la discipline comme la « science des lieux ». L’école française de géographie s’était pourtant construite contre le déterminisme environnemental caractéristique de la géographie allemande. P. Vidal de la Blache et ses élèves se refusaient à considérer que la distribution des hommes, la manière dont ils vivent… étaient un strict résultat de l’influence du climat, du relief, etc. Ils interprétaient les rapports de l’homme au milieu en termes de possibilisme. Certes, le milieu présente certaines limites à l’activité humaine, mais, face aux différentes ressources qu’il offre, face aux contraintes qu’il fait peser, les hommes et les sociétés n’en sont pas réduits à adopter un seul comportement. Ils ont le choix entre plusieurs possibilités, plusieurs stratégies face à leur environnement. La notion de genre de vie permettait d’étudier comment les sociétés se confrontent au milieu, en fonction de leurs niveaux technologiques, de leurs valeurs, de leurs structures sociales et politiques… L’élevage nomade et l’agriculture sédentaire d’oasis constituent ainsi deux genres de vie très différents dans le même milieu aride. À la vérité, la géomorphologie acquit rapidement une certaine autonomie au sein de la géographie. Outre que l’on réduisait l’étude du milieu à celle du seul relief (au détriment du climat, du sol, de la végétation…), il apparaissait que les études géomorphologiques valaient en elles-mêmes, sans que l’on tente de les rapporter aux sociétés qui vivaient dans les espaces étudiés. Quand la nouvelle géographie s’est attaquée à la tradition vidalienne en prétendant ancrer fermement la géographie au sein des sciences humaines, elle a cherché à ostraciser la géographie physique, et y est pour une part parvenue. Cette géographie physique, réduite à une géomorphologie des paysages « naturels » n’avait rien à voir avec les sciences sociales. La position difficile des géographes physiciens procédait aussi du « spatialisme » de la nouvelle géographie. L’école vidalienne mettait l’accent sur les lieux. Les analyser passait à la fois par une perspective « verticale » mettant en rapport les différents éléments interagissant en ce lieu (hommes, sols, climat, relief…) et par une perspective « horizontale » qui mettaient les différents lieux en rapport et examinaient comment ils s’organisaient les uns avec les autres. Le premier point de vue portait sur le milieu, et la géographie physique avait son mot à dire. Le second – le seul que la « nouvelle géographie » accepte de considérer – met l’accent sur l’espace, et l’apport de la géographie physique y est bien moins pertinent. Une partie des géomorphologues rejoint durant les années 1970 les sciences dures. Ceux qui sont restés au sein des départements et des laboratoires de géographie se sont trouvés très marginalisés : exclus de la plupart des débats, enfermés dans des publications ou des colloques qui n’intéressaient plus la majorité des géographes « humains ». Dès les années 1970, certains géographes physiciens (G. Bertrand, G. Rougerie) s’emploient à renouveler leur discipline. Pour les uns, il s’agit de remettre en cause l’hégémonie de la géomorphologie, et d’accorder une place équivalente à la climatologie, l’hydrologie, la pédologie, la biogéographie. La

géographie physique doit offrir une vision globale de l’environnement, ce qui passe par la prise en compte de l’action de l’homme dans celui-ci. On ne parle plus de milieu naturel, mais de milieu physique. La multiplicité des facteurs qui interviennent, le fait qu’ils interagissent empêchent d’employer les méthodes qui avaient fait leur preuve quand les études portaient principalement sur le relief. L’analyse systémique et les modèles proposés par l’écologie permettent en revanche d’appréhender le milieu de manière globale. Cette perspective séduit d’autant plus qu’elle passe par une formulation « scientifique », et qu’elle rencontre un écho très favorable à un moment où l’on prend conscience du caractère global d’un certain nombre de questions qui se posent à l’échelle de la planète. À partir des années 1980, beaucoup de géographes physiciens, conscients de l’impasse dans laquelle ils se trouvent alors que les questions environnementales suscitent un grand intérêt, effectuent un revirement majeur, et placent fermement leurs recherches dans le champ des sciences humaines. Pour eux, il ne s’agit pas d’étudier la cuesta en tant que telle, mais d’analyser le milieu physique dans la perspective des sociétés qui s’y trouvent. C’est en termes de ressources et de risques qu’il convient de l’interpréter. Les travaux portant sur l’impact de l’activité humaine, sur la croissance soutenable, sur la pollution, sur le milieu urbain, sur la gestion des ressources et des risques, sur la perception de la Nature… se multiplient, montrant bien la place centrale qu’occupent les hommes dans cette géographie, qui préfère le terme d’environnement à celui de milieu physique. Beaucoup de géographes se démarquent alors de l’écologie. Ils ont beau jeu de montrer que la « nature » est pour une large part une construction humaine, que les hommes y ont leur place, et de dénoncer le danger des idéologies qui envisagent des valeurs extérieures (voire supérieures) à l’Homme. L’analyse spatiale La première attaque contre la géographie classique est le fait d’un courant qui émerge à la fin des années 1950. On lui donne en France diverses appellations : géographie quantitative, géographie modélisante, géographie néopositiviste, école de l’analyse spatiale. On va voir que les deux dernières sont les mieux adaptées, puisque ce courant vise à identifier les lois de l’organisation de l’espace. Remise en cause de la géographie classique Ce n’est pas en France que la géographie classique est d’abord battue en brèche, mais, dans les années 1950, en Suède, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Sa remise en cause en France est plus tardive, et s’opère dans les années 1960 et surtout 1970. Elle s’inspire des nouveaux courants apparus outre- Atlantique ainsi que des théories économiques fondées sur l’homo œconomicus (Ph. Pinchemel, P. Claval), et suscite l’adhésion de quelques jeunes géographes ayant fait une partie de leurs études dans les pays anglo-saxons ou au Québec. Le terme de « nouvelle géographie » s’impose pour les désigner, soulignant ainsi qu’elles rompent avec la géographie classique. La revue L’espace géographique, lancée en 1972, publie les résultats des nouvelles recherches. On souligne que les changements de la géographie du Monde rendent l’approche régionale classique obsolète. Si celle-ci pouvait traiter du monde rural et des sociétés traditionnelles, au sein d’un espace fragmenté et rendu opaque par la difficulté des transports, elle n’est pas à même de rendre compte d’un Monde bouleversé par l’urbanisation, la tertiarisation des sociétés, la révolution des transports, et, plus récemment, la mondialisation. La géographie régionale avait son mot à dire au sujet d’une Bretagne agricole, marquée par une langue et des coutumes locales, organisée par des petites villes. Comment

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