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Epistemologie des sciences sociales

– entendues au sens

– entendues au sens large – confrontent les autres sciences sociales : Où passe la démarcation entre le monde des signes et celui des choses ? Quels sont les divers paramètres d’un acte de signification ? Les langues sont-elles des systèmes arbitraires irréductibles ou des manifestations spécifiques d’une même grammaire générale ? Trois frontières apparaissent nettement au fil de cette exposition : au-delà du premier logocentrisme linguistique émergent d’autres sémiotiques, celles notamment de l’icône et de l’indice ; au-delà du système de la langue, l’énergétique de la parole et ses effets performatifs posent la question de l’efficacité symbolique, relationnelle ou proprement communicationnelle (et pas seulement cognitive) de nos échanges sémiotiques ; le fantôme d’une grammaire générale enfin, sous l’immense diversité des idiomes, conduit les sciences du langage à dialoguer aujourd’hui avec les logiciens et les anthropologues de la cognition. La sociologie, la démographie, l’anthropologie et la psychologie sociale sont souvent désignées par le terme générique de « sciences sociales ». Afin d’éviter les confusions, Jean-Michel Berthelot, dans le dernier chapitre de la première partie, propose de les appeler « sciences du social ». Celles-ci relèvent à la fois d’une histoire spécifique, qui fixe leur problématique et leurs opérations de base, et d’un espace épistémique commun, marqué par le primat d’un modèle rationaliste et expérimentaliste. Ce dernier, cependant, est doublement bousculé et complexifié : par la formulation, dès la fin du xix e siècle d’une position épistémologique alternative, fondée sur les oppositions entre sciences de la nature et sciences de l’esprit, explication et compréhension, raison expérimentale et raison interprétative ; par le dégagement de divers programmes et théories, orientant l’analyse de la recherche des causes vers celles des structures, des fonctions, du sens, des raisons… La diversité et la pluralité, qui résultent de ces mouvements, s’expriment dans des positions épistémologiques souvent tranchées et polémiques permettant de dessiner in fine un espace s’organisant autour de trois pôles : un pôle objectiviste, issu de l’idéal durkheimien de « considérer les faits sociaux comme des choses » et prônant une conception physicaliste de la science ; un pôle rationaliste et intentionnaliste, insistant sur la nécessaire compréhension des raisons des acteurs ; un pôle postmoderniste, textualiste et relativiste, enfin, rompant avec les précédents et endossant le risque d’une dissolution de toute scientificité. Ainsi décrites, les diverses sciences sociales, malgré la spécificité de leur histoire, rencontrent des objets et des problèmes proches et élaborent des formules de recherche et des théories souvent transposables d’une discipline à l’autre. Leur domaine propre de préoccupation s’enrichit ainsi d’une réflexion interdisciplinaire aux formes multiples dont nous avons choisi, dans notre deuxième partie, « Les grandes traverses », de retenir quelques thématiques centrales. La plus récemment apparue – même si, par l’intermédiaire de l’économie elle s’inscrit dans la durée – est celle que présente Pierre Livet sous l’intitulé « Action et cognition ». En s’interrogeant sur l’action – notamment dans le cadre de l’individualisme méthodologique –, les sciences sociales postulent que les comportements observés peuvent être référés à des éléments cognitifs (les « raisons » des acteurs), dont la saisie n’est elle-même possible que par l’intermédiaire d’autres comportements (par exemple ce que « disent » les acteurs). Il y a là une difficulté épistémologique majeure, élaborée de manière diverse par les programmes de sciences sociales centrés sur l’action. Pierre Livet en retient trois : celui de l’économie, postulant la rationalité des acteurs ; celui de l’ethnométhodologie, induisant de leur part une « capacité cognitive interactive » ; celui, enfin, de la sociologie, remontant du système aux acteurs. Le premier est celui qui suscite la littérature la plus importante, du fait des distorsions entre les comportements sociaux effectifs et les calculs de l’agent supposé rationnel. Ces difficultés internes – suscitant l’ouverture de l’enquête à la psychologie et à la linguistique cognitives – se doublent de difficultés externes, liées au rapport entre le local et le global, le rationnel, le contextuel et le relationnel. Ces dernières difficultés,

thématisées également par la philosophie analytique, sont d’une certaine manière prises en charge par la sociologie. Pierre Livet expose les diverses variantes d’un recentrement sur les capacités cognitives des acteurs en sociologie et la fécondité de cette perspective pour la géographie et pour l’histoire. Histoire et structure, diachronie et synchronie, approches transversales et approches longitudinales constituent un thème récurrent des sciences sociales contemporaines. Robert Franck le traite dans une perspective explicative : l’explication, en sciences sociales, ne mériterait-elle pas d’accorder une place plus importante à l’histoire ? Le développement de cette question passe par deux voies. En quoi l’histoire comme discipline – telle qu’elle est présentée dans la première partie de cet ouvrage – peut-elle apporter son concours explicatif aux autres sciences sociales ? Comment cet apport peut-il s’insérer dans la logique de l’explication elle-même ? Les distinctions élaborées par Braudel dans l’étude des temporalités historiques et la détermination du niveau de la « longue durée » fournissent la réponse à la première question. Une analyse critique des formes logiques de l’explication dans les sciences, séparant l’explication par les mécanismes empiriques – ce qui engendre l’effet –, de l’explication par les conditions théoriques – les modèles ou les structures au sens de Lévi-Strauss –, permet à la fois de comprendre et de résoudre le débat entre histoire et structure issu du structuralisme. L’histoire ne concerne pas les conditions théoriques mais les déterminations empiriques d’émergence des phénomènes. Le problème est dès lors de préciser comment elle peut effectivement contribuer à cette explication. Robert Franck propose une analyse critique de deux modalités de cette contribution en économie : l’économie « évolutionnaire » et l’approche marxienne. Holisme et individualisme constitue une opposition très fortement marquée tout au long de l’histoire des sciences sociales au point qu’elle peut en constituer un véritable analyseur. Bernard Valade entreprend de la traiter selon la double exigence d’une clarification terminologique et d’une mise en perspective théorique de longue durée. Cernant d’abord l’espace sémantique dans lequel les deux termes se développent, il met en évidence à la fois leur solidarité avec des traditions de pensée remontant des Lumières à l’Antiquité, et leur complexité interne. Holisme et individualisme se déclinent différemment selon qu’ils sont saisis dans une perspective ontologique, épistémologique, éthique ou objectale. C’est, cependant, la dimension méthodologique qui nourrit le débat de fond en sciences sociales et mobilise la réflexion d’auteurs comme Hayek, Popper, Boudon, Dumont, etc. Cette dimension a trait au problème central de l’explication et ouvre sur les grands débats épistémologiques qui ont opposé, dès la fin du siècle dernier, les tenants d’un modèle explicatif aux partisans d’un modèle compréhensif dans les sciences sociales. Reprenant les diverses positions en présence, du néokantisme de la fin du siècle dernier au néopositivisme des récentes décennies, en passant par les théoriciens du Cercle de Vienne, Bernard Valade nuance considérablement le débat, se démarque de ses élaborations idéologiques et manichéistes et invite à une complémentarité raisonnée – et raisonnable – des termes et des procédures. Quelle est la syntaxe adaptée à l’écriture des sciences sociales ? Cette question est fortement débattue depuis deux décennies. Elle retrouve, selon d’autres modalités, des oppositions anciennes : celle entre approches nomothétiques et approches idiographiques avait été élaborée par les philosophes allemands dès le début du siècle, pour penser la différence entre sciences physiques et sciences historiques. Jean- Claude Gardin fait le point sur ce dossier, à travers l’examen d’un débat plus récent sur la part respective du modèle et du récit dans les disciplines des sciences sociales. Il définit, dans un premier temps, les diverses acceptions dans lesquelles peuvent s’entendre les deux termes en question et met en évidence leurs relations complexes : il n’est pas de récit qui, d’une certaine façon, ne modélise pas la réalité, ni de modèle qui puisse s’épargner la nécessité d’un commentaire en langage naturel. Ces interférences tiennent notamment à la polysémie des termes et à la possibilité d’en définir à chaque fois une version « forte » –

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