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Epistemologie des sciences sociales

tous. En simulant

tous. En simulant mentalement le fonctionnement de l’institution, les agents déterminent alors leurs actions directement en fonction de l’action des autres, dans un face-à-face qui introduit une dimension résolument stratégique. Ces interactions stratégiques sont étudiées par la théorie des jeux, qui considère des joueurs rationnels munis de déterminants très généraux, et qui ambitionne de servir de matrice à l’ensemble des interactions sociales. Elle a déjà acquis une position dominante dans la théorie économique, qui est réinterprétée comme un immense jeu portant sur les transactions effectuées par des joueurs identifiés comme producteurs ou consommateurs. Dans un jeu, les rapports entre les joueurs sont encore définis par des boucles d’interaction, mais ils opèrent à présent directement de manière bilatérale ou multilatérale sans entité susceptible de les médiatiser. Chaque joueur est toujours doté d’une rationalité instrumentale, optimisatrice ou plus limitée, dans la détermination de son action, définie conditionnellement à l’action anticipée de son adversaire. En revanche, la rationalité cognitive du joueur peut le conduire, pour anticiper Faction de l’autre, à former une croyance sur ses déterminants de choix et sur sa forme de rationalité, en particulier sur ses croyances. Les joueurs se trouvent alors engagés dans un système de croyances croisées à niveaux successifs sur leurs caractéristiques respectives, hiérarchie qui peut se poursuivre jusqu’à l’infini ou être bornée à un niveau fini. Le temps La théorie économique repose sur la notion d’équilibre entre agents, conçue à l’instar de la mécanique comme un état stationnaire du système en l’absence de perturbations de l’environnement exogène. Un équilibre concurrentiel, qui correspond à un point fixe de la boucle reliant les agents à l’institutionmarché, est résumé par un système de prix qui égalise les offres et les demandes des agents exprimées à ces prix. Un premier problème résulte de ce que l’équilibre est censé être réalisé par le commissairepriseur, sans qu’un processus concret d’atteinte de l’équilibre ne soit exhibé pour matérialiser cette entité fictive. Un second problème provient de la multiplicité des équilibres, fréquemment mise en évidence par le modélisateur, sans qu’un processus concret de sélection d’un équilibre ne soit là encore spécifié au nom des agents. La théorie des jeux repose sur une notion analogue d’équilibre entre joueurs, qui se diversifie en variantes plus ou moins fortes pour tenir compte des niveaux d’information et de rationalité des joueurs. Un équilibre de Nash correspond à un point fixe de la boucle reliant les joueurs entre eux, et s’exprime par un profil d’actions tel que l’action d’un joueur soit la meilleure réponse à celle des autres. Là encore, cet équilibre ne peut être calculé et suggéré que par une entité fictive, le régulateur de Nash, sauf si les joueurs sont capables par leurs seuls raisonnements de le simuler mentalement pour se placer à l’équilibre. Cet équilibre présente également une multiplicité discrète, voire continue, qu’il est nécessaire de lever, sauf si les joueurs sont capables de se coordonner sur l’un d’entre eux en s’appuyant sur des conventions partagées. La notion d’équilibre écarte toute idée de fonctionnalisme, car elle ne fait que privilégier un état stable, au sens où aucun acteur n’a intérêt à en dévier unilatéralement pour améliorer sa situation. Elle se distingue clairement de la notion d’optimum de Pareto, à savoir un état socialement satisfaisant, au sens où aucun autre état réalisable ne permet à un acteur d’améliorer sa situation sans diminuer celle d’un autre. En théorie économique, il se trouve qu’un équilibre concurrentiel coïncide avec un optimum de Pareto, mais ce résultat disparaît dès lors qu’apparaissent des défaillances du marché préalablement « pur et parfait ». En théorie des jeux, un équilibre de Nash n’a aucune raison d’être un optimum de Pareto

et peut être socialement indésirable, comme l’illustre fort bien le (trop) célèbre dilemme du prisonnier (voir encadré). Le dilemme du prisonnier La théorie économique se trouve confrontée à des paradoxes conceptuels, qui mettent en évidence des conséquences contre-intuitives de certains modèles, en particulier des résultats d’impossibilité dérivés d’hypothèses « raisonnables ». Le dilemme du prisonnier considère deux individus qui, ayant commis ensemble un forfait, sont interrogés séparément et simultanément, leurs réponses ayant des implications liées à un système judiciaire spécifique. Si les deux avouent, ils encourent une peine moyenne et si les deux nient, ils obtiennent une peine légère ; mais si l’un avoue et non l’autre, le premier est libéré alors que le second subit une peine lourde. L’équilibre de Nash consiste pour chaque prisonnier à avouer, cette action étant même dominante au sens où chaque prisonnier a intérêt à agir ainsi, quelle que soit l’action de l’autre. L’optimum de Pareto (symétrique) consiste en revanche pour les deux prisonniers à nier, car ils se retrouvent alors tous deux dans un état meilleur que s’ils avaient avoué leur forfait. Le dilemme met en relief le problème de la coopération entre joueurs, qui naît d’une contradiction entre intérêt individuel et intérêt collectif, dès lors que les joueurs ont un comportement rationnel porteur d’opportunisme. Il peut être résolu par une répétition indéfinie du jeu, l’issue collectivement optimale étant soutenue par des menaces croisées de cesser définitivement de coopérer si l’autre fait défection une fois. La notion d’équilibre a d’abord été définie dans un cadre statique, mais elle peut être étendue sans mal à une situation dynamique, du moins si les agents ont une claire conscience de leurs déterminants de choix futurs. Toutefois, elle suppose que toutes les décisions sont prises par les acteurs à l’instant initial, et qu’elles sont ensuite mises en œuvre fidèlement dans le futur, en l’absence de « surprises » dues à des événements non anticipés. L’équilibre dynamique repose sur une procédure de « rétroduction », qui veut que chaque acteur prenne à tout moment sa meilleure décision, compte tenu des décisions optimales de tous les acteurs sur les périodes ultérieures. Cette procédure peut même s’appliquer à un acteur unique, si celui-ci est susceptible de revêtir des « egos » successifs, caractérisés par des déterminants de choix qui évoluent dans le temps. Pour pallier les limites inhérentes à la notion d’équilibre, la théorie économique considère, à l’instar de la théorie des jeux, des processus dynamiques mettant en scène des interactions successives entre acteurs dotés de rationalité limitée. Ils rendent compte de la trajectoire suivie par le système, ponctuée d’irréversibilités et d’incertitudes radicales, et de son éventuelle convergence vers un équilibre asymptotique dépendant du contexte et de l’histoire. Ils permettent de s’affranchir de toute entité extérieure régulatrice puisque les décisions des acteurs sont prises de période en période en fonction des observations qu’ils réalisent dans le passé. Ils résolvent aussi le problème de la multiplicité des équilibres puisque la trajectoire du système est parfaitement déterminée par les conditions initiales et les facteurs exogènes instantanés. Les processus d’apprentissage sont individualisés pour chaque acteur, et se distinguent entre eux par la considération d’un champ d’observation et d’un degré de rationalité de l’acteur progressivement

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