Views
1 week ago

2000 ans après… oser encore y croire

La christianisation est en recul en Europe. Un écart s’est progressivement installé entre les structures ecclésiastiques et le monde contemporain. Il faut, de toute urgence, dire autrement la foi chrétienne, se rapprocher des pratiques des origines, regarder le monde avec plus d’indulgence et concevoir le rôle du clergé de manière plus intégrée à la société. Gérard Bénéteau offre ici une série de propositions bien précises qu’il articule autour de citations évangéliques : accueil des pauvres, morale sexuelle plus tolérante, rapports clairs entre le politique et la religion, statut du prêtre, place des femmes dans l’Église, œcuménisme... Au point de départ de tout, la résurrection du Christ, qui module notre vie aujourd’hui et après notre mort.

2000

2000 ans après… vous qui avez été bouleversés par le message évangélique et qui ne l’avez pas retrouvé dans les paroles et les actes des croyants ; vous qui « décrochez » faute de trouver une paroisse qui parle encore une langue que vous (et vos enfants) puissent entendre… et comprendre ; vous qui êtes passés par des écoles de curés et de bonnes sœurs (qui n’avez pas tous été violés que je sache ; qui n’avez pas non plus tous été traînés au petit matin dans des chapelles glaciales) et qui vous rappelez encore que vos éducateurs croyaient en vous plus que vous n’y croyiez vous-mêmes et qu’ils vous répétaient qu’il n’y a pas de bonheur autrement que partagé ; vous qui confiez aujourd’hui votre enfant à l’Enseignement catholique, non pour le mettre dans une réserve d’excellence, mais parce que vous pensez que, là, ses difficultés seront mieux comprises et que, là, on lui apprendra à mieux comprendre les difficultés des autres ; vous qui, à Télérama et ailleurs, aviez salué l’audace de l’Office catholique du cinéma donnant en 1968 son prix à « Théorème » de Pasolini et vous tous les artistes encore inspirés par un Dieu qui prend le risque de la rencontre avec l’homme ; vous qui n’avez pu choisir ce que vous êtes, ou qui avez raté une étape majeure de vos choix de vie et qui, pour autant, auriez aimé demeurer membres de l’Église à part entière ; ou qui, pire, ne pouvez pas être baptisés pour n’avoir pas vécu en chrétiens, avant même que vous ayez eu l’envie de l’être ; vous qui, sans vraiment y croire, mais en y croyant quand même un peu, osez, un jour de grande détresse, allumer une bougie dans l’anonymat d’une église ; vous les incroyants et agnostiques de tous poils qui, autrefois, interpelliez notre incapacité à mettre en pratique les valeurs dont nous nous réclamons…

Avant-propos « Nous avons cru. Des siècles durant, nous n’avons pu vivre sans en appeler à Dieu. Cette relation n’était pas abstraite, elle façonnait notre rapport au monde, elle orientait l’espace et scandait le temps, produisait mille effets sur notre corps, notre alimentation, notre sommeil. Sans même y penser, nous placions les mystères bibliques au principe de notre existence quotidienne comme à la racine de l’histoire humaine. Aujourd’hui, cela paraît fou. Car la religion a beau se rappeler à notre souvenir, nous refusons de la prendre au sérieux. Nous voulons à toute force réduire l’élan spirituel à une pure chimère qui occulterait les vrais enjeux politiques, économiques… Nous croyons à tout, sauf à la foi. » Jean Birnbaum, directeur du Monde des livres, août 2014 9