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11 months ago

2000 ans après… oser encore y croire

La christianisation est en recul en Europe. Un écart s’est progressivement installé entre les structures ecclésiastiques et le monde contemporain. Il faut, de toute urgence, dire autrement la foi chrétienne, se rapprocher des pratiques des origines, regarder le monde avec plus d’indulgence et concevoir le rôle du clergé de manière plus intégrée à la société. Gérard Bénéteau offre ici une série de propositions bien précises qu’il articule autour de citations évangéliques : accueil des pauvres, morale sexuelle plus tolérante, rapports clairs entre le politique et la religion, statut du prêtre, place des femmes dans l’Église, œcuménisme... Au point de départ de tout, la résurrection du Christ, qui module notre vie aujourd’hui et après notre mort.

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2000 ans après… grandissant entre les difficultés de nos itinéraires de vie et les affirmations péremptoires de l’Église. Et ne tarderont pas à suivre mes interrogations sur la façon étrange — parfois inquiétante — dont celle-ci fonctionne en interne. Tout cela, sur fond de pluralité religieuse développant des confrontations au cœur même de la France des cathédrales. Autant de raisons amenant beaucoup aujourd’hui à renoncer à toute croyance, ou quelques-uns à vivre en camp retranché. Pour ma part, je n’ai jamais songé à abandonner le navire, ni mon service de matelot, sur ce qui ressemble de plus en plus au Titanic : ce Titanic dont on dit que les musiciens jouaient, sur le pont, « Je crois en Toi, mon Dieu » pendant que le bateau s’enfonçait dans la mer. Cette image s’est imposée à moi en comparant certains reportages des foules massées Place Saint-Pierre, avec la pratique religieuse en grand déclin dans la plupart des communautés de notre vieux continent : autour de moi, famille, amis, jeunes des écoles où je suis présent ne cachent pas, pour la plupart, qu’ils sont maintenant « bien loin de tout ça ». Je m’interroge souvent sur ce dont discutent nos capitaines quand ils se réunissent en conclaves, synodes et autres « assemblées plénières ». Les échos, plus ou moins feutrés, qui nous en parviennent, ne semblent pas traduire d’inquiétudes extrêmes. Certes, je partage leur conviction que le message évangélique peut encore donner sens, et pour longtemps, à la vie de plus d’un. Reste que le nombre de ceux qui, dans le monde occidental, disent encore leur foi au Christ ressuscité, et au royaume de fraternité qu’il nous ouvre, est en chute libre. Quant à celui de ceux qui se rassemblent chaque dimanche, « le jour du Seigneur », pour proclamer et célébrer cette foi, il se réduira bientôt à une peau de chagrin. Sans parler de ceux, plus ou moins croyants et exceptionnellement pratiquants, qui ne voient plus en l’Église 12

avant-propos qu’une institution sclérosée incapable de s’adapter aux réalités d’aujourd’hui et de s’amender, de façon crédible, de ses erreurs d’hier. C’est du moins ce que j’en vois, d’où je suis. Je sais, d’aucuns, autour de moi, parlent volontiers de « signes de renouveau ». Un « renouveau » dont témoignent des communautés nouvelles qui proclament, chantent, voire dansent, leur foi enthousiaste. Leurs adeptes ne doutent pas un instant de leur capacité à vaincre « la culture de mort » qui, selon eux (reprenant les mots de Jean-Paul II), aurait saisi nos contemporains. Ces communautés sont les forces vives de rassemblements inédits, dont les reportages médiatiques viennent à point rajeunir l’image du pratiquant moyen. Un « renouveau » dont témoignent ces prêtres africains qui, après nous avoir pardonnés de leur avoir prêché l’Évangile dans les pas des colonisateurs, viennent maintenant, par leur jeunesse et par les rythmes de leurs célébrations, ranimer nos assemblées dominicales moribondes. Un « renouveau » dont témoigne à chaque nuit pascale un nombre exceptionnel de baptêmes de jeunes et d’adultes. Un « renouveau » dont témoigne cette quête de spirituel qui conduit tant de pèlerins sur les routes de Saint-Jacques-de- Compostelle… Et puis, il y aura aussi les bénéfices à venir de la « nouvelle évangélisation ». Avec « les groupes Alpha » où la Bonne Nouvelle se partage, comme les produits Tupperware dans l’après-guerre, avec des kits de prêts à penser, prêts à croire, prêts à convaincre. Avec les prédicateurs de rue qui, eux aussi, s’inspirent de pratiques anglo-saxonnes et n’hésitent pas à grimper sur des tabourets ou 13