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11 months ago

2000 ans après… oser encore y croire

La christianisation est en recul en Europe. Un écart s’est progressivement installé entre les structures ecclésiastiques et le monde contemporain. Il faut, de toute urgence, dire autrement la foi chrétienne, se rapprocher des pratiques des origines, regarder le monde avec plus d’indulgence et concevoir le rôle du clergé de manière plus intégrée à la société. Gérard Bénéteau offre ici une série de propositions bien précises qu’il articule autour de citations évangéliques : accueil des pauvres, morale sexuelle plus tolérante, rapports clairs entre le politique et la religion, statut du prêtre, place des femmes dans l’Église, œcuménisme... Au point de départ de tout, la résurrection du Christ, qui module notre vie aujourd’hui et après notre mort.

2000

2000 ans après… à sonner à nos portes pour nous assurer du paradis ou nous promettre l’enfer. S’y ajoute un cocktail inédit qui semble aussi faire recette : il mêle touches nostalgiques (soutanes, processions, bénédictions de bateaux, motos et animaux domestiques…) et parfaite adaptation aux toutes nouvelles technologies : on peut maintenant avoir son carême guidé sur son iPhone et le pape Benoît XVI qui avait ressorti des placards pontificaux certains éléments de la garde-robe papale que l’on croyait définitivement disparus, a, pendant les derniers mois de son pontificat, créé son propre compte Twitter. Au chapitre « modernité », il faudrait aussi parler des groupes de Rock chrétien qui proclament les bienfaits de Dieu avec d’autant moins d’états d’âme qu’ils ne font pas partie, comme ceux qu’ils rassemblent — et pour autant que l’on puisse en juger — des plus mal lotis par la Providence ! Un « renouveau » qui a ses prophètes, tels Frigide Barjot et le père Guy Gilbert, combles de la modernité, avec leurs mêmes perfectos, leur même langage un peu leste, contrastant avec leur même engouement pour les souverains pontifes aussi divers soient-ils et, dernière touche très tendance, leurs indispensables amis homosexuels… Autant d’initiatives et de postures, vantées avec lyrisme par ceux qu’elles n’ont pas à convaincre, mais qui ne parviennent pourtant pas, tant s’en faut, à enrayer le déclin général. Car la rapide expansion de communautés nouvelles s’est accompagnée d’autant de sources d’interrogations que de motifs d’espérance, et quelques sérieux accrocs sont venus écorner certaines trop belles images ; pas seulement parce que l’on trouve parmi ces nouvelles troupes (un terme qui me vient sans doute en pensant aux « Légionnaires du Christ ») de nombreux fervents réactionnaires de tous poils qui n’ont toujours pas bien digéré l’esprit de Vatican II. 14

avant-propos Comment, d’ailleurs, ne pas s’interroger sur le mode de discernement qui préside à l’accueil des candidats se présentant aux portes de ces communautés ? On semble trop souvent y penser que la piété compensera les fragilités ou l’immaturité des impétrants et que leurs certitudes proclamées, comme leurs jugements moraux assénés, seront la meilleure arme contre l’athéisme ambiant et « l’esprit de décadence » qu’ils dénoncent. Et leur formation intellectuelle et psychologique risque assez peu d’éveiller en eux le goût de l’interrogation et le sens des nuances. La venue de prêtres étrangers, outre qu’elle peut provoquer le rapide désenchantement des paroissiens et, parfois, quelques déboires aux évêques qui les accueillent, ne fait qu’atténuer une situation générale de pénurie. Et le pire est à venir : il faudra bientôt se passer de tous ceux qui, actuellement, continuent à œuvrer bien au-delà de l’âge légal de la retraite et qui constituent dans beaucoup de diocèses pas loin des deux tiers des prêtres dits « en activité » ! Dans bien peu de temps, il ne faudra guère compter que sur leur éventuelle intervention… depuis le paradis. Beaucoup n’entrevoient la réalité de cette situation que lorsqu’une occasion exceptionnelle les fait revenir vers une église ; en particulier lors d’obsèques. Ils découvrent alors qu’il peut être parfois difficile d’avoir une cérémonie religieuse et que, si celle-ci s’avère possible, elle ne sera vraisemblablement pas présidée par un prêtre. Certes, comme je peux le vérifier chaque année dans mes divers lieux de ministère, les baptêmes d’enfants en âges scolaires sont relativement nombreux. Encore faut-il rappeler une évidence : cela fait, bien sûr, autant d’enfants qui n’ont pas été baptisés à leur naissance. Et, comme pour les communautés religieuses, et comme pour les prêtres encore en service, le nombre total des baptisés (adultes, jeunes, bébés), affiche un déficit abyssal. De plus, beaucoup (jeunes, comme adultes), une 15