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10 months ago

2000 ans après… oser encore y croire

La christianisation est en recul en Europe. Un écart s’est progressivement installé entre les structures ecclésiastiques et le monde contemporain. Il faut, de toute urgence, dire autrement la foi chrétienne, se rapprocher des pratiques des origines, regarder le monde avec plus d’indulgence et concevoir le rôle du clergé de manière plus intégrée à la société. Gérard Bénéteau offre ici une série de propositions bien précises qu’il articule autour de citations évangéliques : accueil des pauvres, morale sexuelle plus tolérante, rapports clairs entre le politique et la religion, statut du prêtre, place des femmes dans l’Église, œcuménisme... Au point de départ de tout, la résurrection du Christ, qui module notre vie aujourd’hui et après notre mort.

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2000 ans après… fois passée l’émotion d’un moment et peu soutenus par leur environnement familial, amical et social, délaissent assez vite la pratique religieuse. Vanessa Schneider, dans le supplément magazine du Monde de juin 2013 a parlé très justement du phénomène particulier que représentent ceux qu’elle appelle les « petits convertis » : « Ces nouveaux croyants vivent leur foi à l’image de leur jeune âge. Comme une aide dans les grands et petits soucis : “Dès que j’ai envie de pleurer, que quelque chose me tracasse, je vais prier, ça m’aide.” Et, souvent, leurs prières concernent l’école, le centre de leur vie d’enfant : “Un jour j’ai demandé à Dieu que ma maîtresse ne soit pas là et Il m’a écouté, elle était malade ce jour là… J’ai voulu vérifier si Dieu existait, maintenant j’en suis sûr.”» Les parents, pas trop emballés au départ, finissent généralement par être « respectueusement attendris », demeurant cependant « perplexes et embarrassés ». Leur acquiescement s’accompagne d’une totale délégation pour une formation pour laquelle ils s’avouent totalement incompétents. Que subsistera-t-il de cet émerveillement enfantin lorsque les grands-parents ne seront plus là pour les accompagner à la messe lors de grandes fêtes pendant les congés scolaires ou quand surgiront les interrogations et les troubles de l’adolescence auxquels l’idée qu’ils s’étaient faite de Dieu paraîtra sans doute peu adaptée ? Reste ce besoin diffus de spirituel : « Le xxi e siècle sera religieux, ou ne sera pas ! » Il brasse pêle-mêle d’authentiques guetteurs de sens dans un monde où peu de leaders en tous genres leur en proposent ; d’autres, plus prosaïquement, en quête, de « zénitude » pour pacifier leur quotidien ; ou tous ceux qui, sous le poids d’épreuves 16

avant-propos dramatiques, croient trouver ainsi — au moins pour un moment — réponse à l’incompréhensible… Au christianisme tel qu’ils peuvent le percevoir au travers de l’Institution catholique, les premiers préfèrent des engagements humanistes, les autres la sagesse d’un temple bouddhiste ; et de plus en plus nombreux sont ceux qui trouvent plus matière à enrichissement chez Frédéric Lenoir ou Matthieu Ricard que dans nos prédications. Quant à ceux que leur détresse rend prêts à suivre le premier gourou qui passe, il ne manque pas de propositions ; souvent, non sans dangers de toutes sortes, qui peuvent rapidement les conduire d’adeptes… à victimes. Peut-on ajouter à ces quêtes religieuses, les adhésions à l’islamisme le plus radical ? Elles n’y sont, sans doute pas totalement étrangères. Mais pour mon voisin de palier (dans le nord-est parisien), de métro, pour 90 % de ma famille, de mes amis, de mes plus proches compagnons de route, comme de mes partenaires de combats qui, pour beaucoup, ont été baptisés, puis « ont tout fait » : petite et grande communion, confirmation, mariage à l’Église (d’aucuns y seraient même revenus plusieurs fois si celle-ci les y avait autorisés), qu’est devenu le Dieu des chrétiens ? Et si beaucoup de ceux que je croise fréquemment, dans le monde associatif reconnaissent volontiers que leur regard bienveillant sur l’autre quel qu’il soit et leur soutien spontané aux pauvres et aux petits, ne sont pas étrangers à la foi profonde de leurs parents ou grands-parents, ils ajoutent, en même temps, qu’ils ne voient pas bien ce qu’ils viendraient, aujourd’hui, puiser à cette source. Ce ne sont pas des bouffeurs de curés ; il n’y a d’ailleurs plus guère de curés à bouffer. Ils s’éloignent simplement sans bruit d’une Église dont ils ont le sentiment qu’elle, la première, s’est éloignée d’eux. Comme l’exprime, sobrement mais radicale- 17