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3 months ago

2000 ans après… oser encore y croire

La christianisation est en recul en Europe. Un écart s’est progressivement installé entre les structures ecclésiastiques et le monde contemporain. Il faut, de toute urgence, dire autrement la foi chrétienne, se rapprocher des pratiques des origines, regarder le monde avec plus d’indulgence et concevoir le rôle du clergé de manière plus intégrée à la société. Gérard Bénéteau offre ici une série de propositions bien précises qu’il articule autour de citations évangéliques : accueil des pauvres, morale sexuelle plus tolérante, rapports clairs entre le politique et la religion, statut du prêtre, place des femmes dans l’Église, œcuménisme... Au point de départ de tout, la résurrection du Christ, qui module notre vie aujourd’hui et après notre mort.

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2000 ans après… ment, Sylvain Tesson : « Ma foi s’est éteinte, comme on coupe la lumière en sortant d’une pièce. » Coup sur coup, dans ce paysage préoccupant, deux bonnes surprises : la démission de Benoît XVI et l’élection du pape François. En abandonnant volontairement sa fonction, Benoît XVI — qui avait jusqu’alors plutôt manifesté un goût prononcé pour un conservatisme bon teint — accomplit un geste dont on n’a peut-être pas bien réalisé la portée iconoclaste. Le cardinal André Vingt-Trois, lui, l’apprécie avec des mots à la hauteur de l’événement, déclarant : « Un tabou est brisé. » La décision de retrait de Benoît XVI apparaît en effet comme un démenti à bien des propos qui avaient accompagné les années de maladie et les semaines d’agonie du pape Jean-Paul II. Elle autorise à penser que l’Esprit Saint pourrait bien ne pas totalement suppléer nos handicaps humains. Ce qui pourrait entraîner un doute supplémentaire sur sa parfaite maîtrise de bien d’autres événements et choix… comme ceux faits lors des conclaves ! Mais la plupart de ceux qui saluent en termes dithyrambiques la sagesse de Benoît XVI (souvent les mêmes que ceux qui s’émerveillaient d’un Jean-Paul II faisant, publiquement, don de ses dernières forces) n’en sont sans doute pas là. Quelques semaines plus tard, les cardinaux (qui, pour beaucoup, sont ceux qui ont élu huit ans plus tôt le cardinal Joseph Ratzinger), font un choix singulièrement différent en apportant, cette fois, leurs suffrages à un cardinal sud-américain — première du genre — Jorge Mario Bergoglio. La surprise est grande Place Saint-Pierre. Mais, comme tou jours en pareille circonstance, l’accueil enthousiaste est de rigueur et les mêmes qui saluent la chaleur du pape François n’avaient jamais eu le moindre mot sur le peu de charisme de son prédécesseur. 18

avant-propos Je suis de ceux qui ne tardent pas à penser qu’un peu de cordialité et, surtout de simplicité, dans l’exercice de la fonction ne peut faire que du bien. Mais le rajeunissement n’est pas pour autant garanti : si Benoît XVI a invoqué son grand âge pour quitter sa charge, son successeur la reçoit ayant, à plus de 76 ans, dépassé de près de deux ans, celui auquel les évêques doivent normalement présenter leur démission au Souverain pontife ! Depuis son élection, le pape François a eu des mots, changé des pratiques (à commencer par son propre mode de vie) et posé des gestes qui prolongent les attitudes et soulignent les préoccupations des premiers instants de son pontificat. Chacun de ses propos — d’autant qu’il n’est pas avare de déclarations : exhortation officielle, prédications, interviews, réactions spontanées… — est commenté, voire interprété, le plus souvent à l’aune de l’ouverture. Réjouissant certains ; et agaçant d’autres. En fait, après un Jean-Paul II très politique, puis un Benoît XVI, habitué des bibliothèques et des débats théologiques, le pape François manifeste tout simplement — dans tous les sens du mot — la vision très pastorale qu’il a de sa mission. D’où l’importance (pas seulement pour des raisons de dialogue avec nos frères orthodoxes et protestants) qu’il se présente comme l’évêque de Rome, rappelant ainsi ce service de proximité, de protection et de pardon que le Christ a confié à Pierre et que sont appelés à exercer chacun des évêques, successeurs des apôtres. Ce que traduit aussi son évidente volonté d’accueillir avant de juger. Et même si pour un certain nombre de sujets sensibles sur lesquels il est attendu, il rappelle volontiers le Catéchisme (pas un chef-d’œuvre d’ouverture), il se veut, avant tout, compréhensif et indulgent pour les personnes. Tel un bon curé de paroisse qui, dans son confessionnal, n’est pas là pour appliquer un code de sanctions, mais pour accueillir celui qui, comme le fils prodigue, 19