Views
2 months ago

2000 ans après… oser encore y croire

La christianisation est en recul en Europe. Un écart s’est progressivement installé entre les structures ecclésiastiques et le monde contemporain. Il faut, de toute urgence, dire autrement la foi chrétienne, se rapprocher des pratiques des origines, regarder le monde avec plus d’indulgence et concevoir le rôle du clergé de manière plus intégrée à la société. Gérard Bénéteau offre ici une série de propositions bien précises qu’il articule autour de citations évangéliques : accueil des pauvres, morale sexuelle plus tolérante, rapports clairs entre le politique et la religion, statut du prêtre, place des femmes dans l’Église, œcuménisme... Au point de départ de tout, la résurrection du Christ, qui module notre vie aujourd’hui et après notre mort.

2000

2000 ans après… manifeste le désir de retrouver l’amour toujours offert par le Père. Comme il l’écrit dans son premier document officiel : « Le confessionnal ne doit pas être une salle de torture. » Une attitude et des paroles relevées positivement par nombre de journalistes non spécialisés et saluées avec lyrisme par les médias catholiques les plus ouverts, particulièrement en recherche d’une bouffée d’oxygène pour leur propre survie. Et si l’on peut comprendre le réconfort qu’elles apportent à un certain nombre de chrétiens que décourageait l’image surannée d’un Benoît XVI (ajoutant au poids des mots, le choc des photos), je m’étonne davantage d’emballements enthousiastes de nouveaux papolâtres (mis en garde par François lui-même) qui nous annoncent déjà la fin du tunnel ! Car, ne nous y trompons pas : la bonne surprise du pape François n’est pour beaucoup qu’un non-événement qui ne les concerne pas vraiment. Et qui ne ramènera pas de si tôt à la messe ceux qui l’ont, nombreux, abandonnée sous le pontificat de… Jean-Paul II. Même si Raul Castro a déclaré y penser si le pape maintenait ses déclarations en matière de politique internationale… Pour l’instant, le pape François manifeste clairement — d’aucuns assurent même que ses électeurs l’ont mandaté pour cela — sa volonté de mettre de l’ordre dans la maison vaticane, à commencer par le fonctionnement opaque de sa grosse tirelire. S’attaquant parallèlement à la réforme de la Curie, dont il appelle les membres à renoncer à leurs mœurs courtisanes, il crée le préalable indispensable à la cohérence et à l’autorité de sa parole. Sans que l’on puisse bien savoir encore la part de discrédit (il risque d’y avoir pas mal de Monsignori et même d’évêques compromis dans des affaires douteuses) que nous vaudra l’ouverture de cette boîte de Pandore. Plus difficile de cerner les intentions pontificales dans d’autres domaines où ses interventions ont pu sembler contradictoires. 20

avant-propos Parmi ses plus proches, il ne compte pas que des partisans convaincus de la nécessité de changements. Ainsi, le cardinal guinéen Robert Sarah qu’il promeut en novembre 2014 au poste sensible de préfet de la Congrégation du culte divin et de la discipline des sacrements. Trois mois plus tard, celui qui était déjà connu comme un fervent défenseur de la tradition de l’Église et des mentalités de son continent, publie un livre d’entretiens « Dieu ou rien » où il réaffirme son hostilité aux évolutions en cours de discussion. À l’inverse, la large consultation qui a précédé le Synode sur la famille a surpris positivement ceux des Catholiques qui déplorent qu’on ne leur demande jamais leur avis. J’ai moi-même mal perçu les modalités de l’opération. Les questions soumises aux fidèles (je suis de ceux qui ne les ont connues que par voie de presse) relèvent de statuts bien divers : demandes d’informations, vérifications d’évidences, sondages d’opinion. Elles ont été, par ailleurs l’occasion de rappeler cer tains principes et postulats — comme la fameuse « loi naturelle » — qui, pourtant, s’imposent de moins en moins à nombre de croyants. On pouvait donc s’interroger sur ce que ce questionnaire, et la diversité des réponses qui lui étaient apportées, permettraient de décrypter, et encore plus de décider, sur des sujets dont il devient tout à fait impossible d’avoir une parole unique, indépendamment de l’histoire de chacun, du continent et du pays où il vit, de sa culture individuelle et sociale, comme du caractère singulier de sa personne que l’on ne manque pas de rappeler par ailleurs. La simple prise en compte de cette diversité aurait déjà constitué un notable changement des pratiques. Et d’aucuns disaient que le pape François y était favorable. Sa venue d’un autre continent et la proximité qu’il manifeste pour les patriarcats orthodoxes, amenaient certains à penser qu’il serait enclin 21