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1 week ago

2000 ans après… oser encore y croire

La christianisation est en recul en Europe. Un écart s’est progressivement installé entre les structures ecclésiastiques et le monde contemporain. Il faut, de toute urgence, dire autrement la foi chrétienne, se rapprocher des pratiques des origines, regarder le monde avec plus d’indulgence et concevoir le rôle du clergé de manière plus intégrée à la société. Gérard Bénéteau offre ici une série de propositions bien précises qu’il articule autour de citations évangéliques : accueil des pauvres, morale sexuelle plus tolérante, rapports clairs entre le politique et la religion, statut du prêtre, place des femmes dans l’Église, œcuménisme... Au point de départ de tout, la résurrection du Christ, qui module notre vie aujourd’hui et après notre mort.

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2000 ans après… à déléguer davantage de décisions aux Conférences épiscopales régionales ou nationales. Certes, l’exhortation apostolique Amoris Laetitia traduit une nouvelle fois — sur un ton bien nouveau pour ce genre de documents — l’esprit de miséricorde qui habite le pape François et son humilité personnelle face aux fragilités et aux épreuves des personnes. Mais la longueur même du texte, et l’absence de décisions concrètes, traduisent une évidente difficulté à faire bouger les lignes sur des sujets où les clivages continentaux, historiques, théologiques, canoniques, inter-paroissiaux, intercommunautaires […] restent vifs. Et voudrait-il (ce qui n’est pas assuré à ce jour), réformer des modes de pensée et d’agir dans des domaines où l’Institution a désespéré tant et tant, que l’on peut légitimement se demander s’il aura le temps, les soutiens nécessaires et les partenaires cléricaux pour mener à bien cet aggiornamento. D’ailleurs, est-ce bien de réformes que rêvent ceux qui fréquentent encore assidûment nos paroisses ? Nombre d’entre eux, qui n’ont pas été enthousiasmés par l’idée même d’être sollicités par un questionnaire, n’ont d’ailleurs pas tardé à faire savoir qu’il ne leur semblait pas très opportun d’ajouter de nouveaux bouleversements à un monde qui a déjà bien trop changé depuis le siècle des Lumières ! Car, si en 2013, le printemps romain nous a réservé d’heureuses surprises, le « printemps français » (comme va s’appeler l’un des groupes les plus radicaux des manifestants contre le mariage gay), lui, s’est révélé particulièrement rude ; et pas seulement sur le plan météorologique. On est alors en train de débattre au Parlement de la loi sur le mariage pour tous. Débattre « à la mode de chez nous », aurait-on envie de dire, quand on compare avec la manière dont le même 22

avant-propos sujet a été discuté en Belgique et le sera dans la très catholique Irlande. Un sujet sur lequel l’Église peut légitimement exprimer son opinion. Mais, parmi les évêques qui ne tardent pas à faire connaître leur pensée, tous ne le font pas avec les mots les mieux choisis. Certains vont même gravement déraper. De plus, « les années sida » ne sont pas si loin. Avec, là encore, des propos d’autant plus insupportables qu’ils stigmatisaient des personnes en grande détresse. Et les refrains compassionnels pour ceux auxquels on interdit d’aimer comme ils sont n’ont fait alors qu’ajouter à la colère. Sans compter que les mêmes, qui voient en toute circonstance matière à rendre grâce à Dieu, l’exonère totalement de ce « désordre » dans sa création. Très vite, et malgré les réfutations — pas vraiment convaincantes — de tous sentiments homophobes, les déclarations maladroites seront les seules que l’on retiendra, et la faute n’en revient pas, loin de là, aux seuls médias. Et force est de constater que les argumentaires sont intellectuellement, historiquement et anthropologiquement souvent médiocres, exaltant une vision idéalisée du couple et de la cellule familiale, bien loin des réalités vécues par beaucoup. Ayant totalement perdu la main sur le déroulement d’événements où les plus mesurés ne parviennent pas à se faire entendre, l’Église de France donne alors le sentiment qu’elle est en harmonie de pensée avec des groupes et groupuscules qui rassemblent de très diverses sources d’inquiétudes et de rejets et qui ont en commun des positionnements politiques définitivement conservateurs, voire réactionnaires. S’y ajoute la violence, au moins de mots, avec laquelle ils vont les exprimer. Plus grave : aucune voix « autorisée » n’est venue condamner haut et fort ces proclamations intempestives présentées comme ayant leur source dans la foi chrétienne et s’en réclamant pour 23