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1 week ago

2000 ans après… oser encore y croire

La christianisation est en recul en Europe. Un écart s’est progressivement installé entre les structures ecclésiastiques et le monde contemporain. Il faut, de toute urgence, dire autrement la foi chrétienne, se rapprocher des pratiques des origines, regarder le monde avec plus d’indulgence et concevoir le rôle du clergé de manière plus intégrée à la société. Gérard Bénéteau offre ici une série de propositions bien précises qu’il articule autour de citations évangéliques : accueil des pauvres, morale sexuelle plus tolérante, rapports clairs entre le politique et la religion, statut du prêtre, place des femmes dans l’Église, œcuménisme... Au point de départ de tout, la résurrection du Christ, qui module notre vie aujourd’hui et après notre mort.

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2000 ans après… justifier la brutalité de leur expression, voire pour appeler à la rébellion contre la loi. Un silence qui, laissera des traces durables dans bien des esprits. Certes, au cours de l’été 2014, dans l’avion qui le ramène des JMJ de Rio, le pape François déclare à des journalistes : « Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? » Une parole qui, vingt ans plus tôt, aurait sans doute contribué à apaiser ceux qui, condamnés par la maladie, guettaient des réconciliations possibles avec le ciel. Mais qui, dans le contexte national, arrive tellement tard. Alors comment s’étonner que beaucoup dont le parcours de vie n’est pas qu’un long fleuve tranquille et qui n’en sont pas forcément responsables — et quand bien même le seraient-ils ? — se demandent ce que nous faisons de l’adresse de Jésus aux Pharisiens, étonnés de certaines de ses fréquentations : « C’est pour eux que je suis venu. » Et tellement davantage ne se le demandent même plus. Car, dès 1968, au lendemain des signes d’ouvertures du Concile, la publication par Paul VI de son encyclique Humanae vitae qui déclarait « intrinsèquement déshonnête » toute méthode artificielle de régulation des naissances, avait déjà instillé un doute profond sur la volonté de l’Église de comprendre les évolutions et les interrogations de son temps. De ces signes contradictoires, bon nombre de chrétiens sortiront désorientés : certains décontenancés par les réformes conciliaires (particulièrement en matière de liturgie où l’on a souvent fait fi du minimum de pédagogie nécessaire) ; d’autres, particulièrement parmi les plus jeunes, découvrant, après des siècles d’obligations de croire et de faire, les vertus d’une liberté de conscience qui permet les interrogations et les doutes et qui conduira bon nombre à l’abandon, voire au rejet. Évolutions ou ruptures vécues d’autant plus légèrement que parents et grands-parents restaient alors souvent fidèles : gardant ainsi la 24

avant-propos maison vers laquelle on pourrait toujours revenir, en cas de besoin. Mais, à l’abandon des pratiques (messes, baptêmes, confessions…), la foi qui les structurait n’aura pas résisté très longtemps ; même si dans ce domaine les évolutions sont plus insidieuses, et plus difficiles à mesurer. À ce que d’aucuns au Vatican désigneront bientôt comme le « tsunami de la sécularisation », la reprise en main et le repli sur les recettes traditionnelles, n’apportent aucun remède. Et, d’autant moins, que parmi ceux qui se disent encore croyants aujourd’hui, beaucoup ne sont plus bien au clair sur la fameuse « Bonne nouvelle » portée par l’Évangile. Ainsi, en quelques décennies, la relation à Dieu « qui façonnait notre rapport au monde, orientait l’espace et scandait le temps » a disparu de notre quotidien. Avec elle, les étapes rituelles qui rythmaient l’existence de beaucoup d’entre nous ; jusqu’à la célébration de l’ultime « à-dieu » qui, même traversé d’interrogations et de doutes, portait l’espérance d’un possible au-delà. Avec elle, aussi, les clefs de lecture de la profusion intellectuelle, culturelle et artistique qu’elle a engendrée. Des mutations d’environnement dont beaucoup n’ont pas encore pris conscience et qui pourraient bien valoir à certains, très au-delà d’un petit monde clérical, une véritable gueule de bois. Car ce qui est en jeu, c’est bien autre chose que l’avenir de la « firme vaticane ». C’est l’ouverture vers l’Infini que Léonard de Vinci fait surgir de la lumineuse douceur du ciel à l’instant de la dernière Cène ; c’est la compréhension intime des plus belles pages de saint Augustin à Bernanos, en passant par Thérèse d’Avila, Pascal et Spinoza ; c’est la prière intérieure qui habite les compositions de Jean-Sébastien Bach… Il y a peu de chances aujourd’hui que si des hommes débarquent bientôt sur Mars, on réédite l’épisode de 1969 quand, dans le monde entier, les téléspectateurs découvraient les premiers pas 25