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4 months ago

La leçon du figuier. Billets d’encouragement 

Les hivers nous semblent souvent longs et nous apprécions que quelqu’un vienne nous rappeler que les temps obscurs touchent à leur fin, que les jours sont en train de s’allonger et que le soleil fait ses préparatifs. Jésus savait accueillir cet enseignement de la nature et il invitait ses disciples à avoir confiance, à vivre éveillés, à observer et à déchiffrer les langages silencieux de la vie. Son immense confiance et ses paroles d’encouragement nous aident à supporter les intempéries et les nuits, pour attendre patiemment l’arrivée du Royaume sans perdre courage, pour guetter les signes du printemps.

la

la leçon du figuier cette campagne en déterminera le degré de succès et le prestige ultérieur. On suppose que pour assurer la promotion de l’« événement Jésus », on a dû apporter le plus grand soin aux stratégies : quel allait être le public-cible, quelles émotions susciter, quels rêves mettre en route, comment présenter ses traits les plus séduisants et l’aspect le plus impactant de son message ? C’est à l’évangéliste Luc qu’est revenu le rôle de chroniqueur de la campagne et, compte tenu de l’aspect exceptionnel des choses qui se sont produites, il a préparé tout doucement les lecteurs pour qu’ils ne perdent pas pied : il présente en premier lieu le vénérable Zacharie avec tous ses attributs et bilboquets de la pire espèce : de caste sacerdotale, habitant Jérusalem, portant une barbe et un encensoir, officiant au Temple avec solennité. Ensuite, apparaît Marie, tout à fait générique, petite et insignifiante : jeune, issue d’un petit village et habitant dans un coin perdu de Galilée, une région truffée de contestataires et de rebelles anti-système. Mais regardez un peu, c’est elle et non pas l’honorable Zacharie qui est pleine de grâce et l’élue pour vivre à l’ombre de l’Esprit ; c’est elle qui est la première à entendre le nom de Jésus et l’invitée à assister et à participer au premier matin de la nouvelle création. Voilà donc que les pièces commencent à se déboîter selon les critères bien structurés qui sont les nôtres. Après quoi, est arrivée l’« opération lancement » du Dieuavec-nous. Mais comme son dessein s’est avéré absurde et déconcertant ! Pourquoi Bethléem, pourquoi une crèche dans une étable, pourquoi dans l’obscurité et dans l’anonymat de la nuit ? Pourquoi dans le pire fuseau horaire, au lieu 8

la leçon du figuier du zénith resplendissant de midi, et en public ; pourquoi en banlieue et pas dans la City, ou bien dans le World Trade Center de Jérusalem ? Pourquoi l’annonce a-t-elle été faite à des sans-papiers et non pas à des gens glamour, à la classe cultivée, religieuse, aisée et raffinée, capable d’influencer le petit peuple ? Sans même consulter le G-8 ni les lobbies du pouvoir, le FMI ou la Banque mondiale… Sans faire le calcul du dommage irréparable qu’allait subir la marque « Emmanuel » et des conséquences dans la réaction des marchés. Cette nuit-là a été une « spéciale générique » destinée à ceux qui ne verront jamais leur photo dans le Hufftington Post ou dans la revue Forbes, à ceux qui ne se sentiront jamais concernés en lisant : « Marque la différence. Fais un Master », ou « Habitue-toi à te sentir unique », parce que leur destin ce n’est ni être différents ni être uniques, mais d’entrer dans des statistiques : 25 % en situation de risque, un tiers qui n’arrive pas à la fin du mois, les menacés d’expulsion ou qui ont déjà perdu leur carte d’assurance maladie. Les signes de la gloire de cet Emmanuel vaudront également pour eux : serrés autour de Jésus, ils l’écouteront déclarer qu’ils sont les bienheureux, ils goûteront aux meilleurs vins lors d’une noce dans un village, ils s’assoiront dans l’herbe et mangeront des sardines et du pain à satiété. Parmi eux, il y avait celui qui n’avait pas gardé avec cupidité son appellation d’origine divine, celui qui s’était débarrassé de tout prestige, celui qui avait choisi d’être avec nous, comme un parmi tant d’autres, comme le dernier du 9