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4 months ago

Ni le jour ni la nuit. Face à Guernica de Picasso

Un jour, un tableau survient dans notre vie : il est d’une présence insupportable. Comment se comporter face à cela ? Le fameux tableau de Picasso peut nous conduire à répondre. En participant de tout notre être, en regardant à notre tour, non seulement chacun de ses détails, mais en nous, pour voir se manifester toutes les dimensions du drame. C’est à une exploration que nous sommes conviés. Quelle accusation retentit alors avec Guernica, qui ne peut plus se taire, ni le jour ni la nuit ?

8 Le

8 Le dernier soir défendre de pareil découragement. Car cette vision n’est pas entièrement juste. Nous avons fait ce qu’il fallait… Et nous nous relevons encore. Seulement, les forces qui ont présidé aux premiers choix d’une vie comme d’une civilisation peuvent paraître s’estomper. Les réelles occasions de fierté ont beaucoup tardé, voilà que les personnes, comme les pays, semblent formées, placées, mais ne portent plus la conviction fondatrice qui les animait. Il semble alors qu’on ne trouve plus partout que les figures répétées d’une certaine hébétude, de la violence retournée, de la suffisance des intelligences dépassées, et une espèce de tautologie effrayante. Cette impression personnelle trouve un écho particulièrement tragique dans la vie publique récente, dans les événements extérieurs, qui se chargent malheureusement de la confirmer, et qu’un effroi sacré m’empêche de nommer ici plus précisément. Ce peut être le cas lorsque commence une guerre. De quelque manière qu’elle commence, elle se nourrit de notre anéantissement intime, où qu’il se soit niché, où qu’il ait déjà prise sur nous. L’immense fatigue de l’Occident de n’avoir que soi à défendre en pure perte relève d’un nihilisme qui

Le dernier soir 9 a sa part cynique de fierté : nous professons par bravade ne croire en rien lorsque nous sommes attaqués brutalement par les ravageurs, et c’est un beau mouvement sur le coup. Eux n’ont pas craint de piétiner cette vie et de nous montrer leurs mufles au nom de croyances mutilées, ils nous font reconnaître par leur acte la suprématie de cette insolence-là. Elle nous va bien. Elle est encore dans nos regards la marque d’un sens supérieur de la totalité, et même ceux qui croient ont plaisir à soutenir cette incroyance-là, tant elle est Gavroche et ingénue. Là où pour les victimes ce fut le dernier soir, ce genre de pied de nez de ceux qui aiment la vie n’a pas de prix. Pourtant nous ne saurions nous en tenir à cette seule formule. Nous serions en passe de trahir ce dernier soir si nous n’y mettions pas aussi certaines forces au-dessus de notre quotidien, et peu employées jusqu’ici, dont une passion folle pour la dérision n’est malheureusement pas seule capable de s’emparer. Et déjà, nous le faisons, certes… Mais regardons bien : il y a fort à craindre que cette désinvolture crâne ne soit pas longue en bouche, qu’elle ne s’achève pas sur une forme durable, qu’elle ne structure pas notre comportement de manière complète. C’est encore