Views
2 months ago

181645_Syndicom_04_2018_low_FR

Le magazine syndicom aborde des thèmes syndicaux et politiques avec des explications de fond, sans oublier les domaines de la culture et du divertissement. Il entretient le dialogue au travers des médias sociaux et informe surles prestations, événements et offres de formation du syndicat et de ses organisations affiliées.

20 Le monde du travail

20 Le monde du travail « La planification à la minute du temps de travail fait émerger de nouvelles problématiques telles que la précarité. » Matteo Antonini Le travail à la tâche, « nouvelle » norme de référence ? Au Moyen Age, ce n’est pas le temps qui servait d’unité de mesure, mais l’action, le produit ou l’objet (travail à la tâche, etc ). Ce n’est que plus tard, avec les conquêtes sociales, que le travail à la tâche a été remplacé par le temps de travail, désormais défini comme norme de référence. Le travail à la tâche n’a toutefois jamais disparu du Code des obligations. Nous assistons aujourd’hui à un retour en arrière, notamment avec l’ubérisation. Mais le plus préoccupant, c’est la pression de plus en plus forte sur cette norme par le biais de la productivité. L’augmentation des maladies professionnelles, reconnues ou non, en est une conséquence. A cette problématique s’ajoutent de nouvelles formes de travail imposées, comme le travail temporaire ou la sous-occupation. La planification « à la minute » du temps de travail fait émerger de nouvelles problématiques telles que la précarité économique ou la conciliation entre vie professionnelle et vie privée. En tant que syndicat, nous devons affronter ces défis et apporter des réponses dans l’intérêt de nos membres. Donc, pour mieux appréhender les dimensions du phénomène, nous avons lancé une enquête auprès du personnel de distribution. Elle devrait nous permettre d’effectuer une analyse approfondie, et ainsi de définir nos revendications pour améliorer la situation. Matteo Antonini, responsable du secteur Logistique et membre du comité directeur Pour le secteur des télécommunications, négociations salariales fructueuses syndicom a obtenu des augmentations de 1,1 % en moyenne. La conjoncture est à la hausse. On parle à nouveau de renchérissement, alors que les primes d’assurance maladie explosent. Dans ce contexte, les syndicats de l’USS revendiquent des augmentations générales jusqu’à 1,5 %, ainsi que des montants uniformes. Pour le secteur des télécommunications ou technologies de l’information et de la communication (TIC), syndicom a rempli sa tâche en négociant, et obtenant des augmentations de 1,1 % en moyenne. Dans le détail, syndicom a convenu avec Swisscom d’une hausse de salaire de 1,1 % en 2018, pour les employé·e·s soumis à la CCT. Le montant de cette augmentation dépend de la performance individuelle et de la position dans l’échelle des salaires, avec une hausse d’au moins 0,5 % par an pour la majorité du personnel. Chez Cablex, le résultat des négociations prévoit un relèvement de la masse salariale de 1,1 % en 2018. Dès le 1er avril, le salaire cible (objectifs atteints) des employé·e·s de Cablex est relevé de 960 francs/an. Cela correspond à une hausse qui peut atteindre 80 francs par mois. Le reste de l’augmentation salariale devrait être versé en avril 2019, avec la participation au résultat d’exploitation. UPC se trouvant dans une passe difficile, syndicom s’est limité à approuver un gel des salaires, à condition qu’UPC se déclare disposé à renoncer à des suppressions d’emplois. Par contre, Sunrise et syndicom se sont accordés sur une augmentation de 1 % des salaires, et cela après avoir également conclu la nouvelle CCT 2018-2021. Taper où ça fait mal Encore une loi au rabais : sans contrôles ni pénalités financières, pas d’égalité ! En bonne forteresse du machisme, le Conseil des Etats a décidé au début du mois de renvoyer en commission un projet qui vise à imposer aux entreprises la transparence salariale. But du projet : combattre une inégalité persistante entre hommes et femmes. Malgré le droit à un salaire égal ancré dans la Constitution depuis trente-sept ans et la loi sur l’égalité, en vigueur depuis vingt-deux ans déjà, ces inégalités de rémunération sont toujours là. Le 8 mars, lors de la Journée internationale de la femme, il n’y avait donc pas grand-chose à fêter. Le même jour, le Gouvernement français a annoncé vouloir résorber d’ici à trois ans l’écart salarial de 9 % existant entre hommes et femmes, à travail équivalent. Ceci grâce à un simple... logiciel qui sera déployé dans les entreprises pour détecter les écarts de salaires injustifiés. Les entreprises auront trois ans pour éliminer ces différences de salaires. A partir de 2022 elles encourront des pénalités, jusqu’à 1 % de la masse salariale. Pourquoi serait-ce impensable en Suisse ? A l’instar de la taxe CO 2 , la pénalité financière n’est pas une nouveauté. Elle ne résoudrait pas le fond du problème, mais son application serait la même pour tous... Traquer les inégalités restantes à l’aide d’un simple logiciel ? (©DR) goo.gl/jRnBRP uss.ch/actuel/

« Il faut savoir si nous voulons une Poste qui profite à tous ou une entreprise qui remplit les caisses fédérales » Daniel Münger 21 « Il est temps d’établir toute la vérité sur la Poste ! » Le président de syndicom, Daniel Münger, s’exprime sur l’affaire CarPostal, les juteux bénéfices et l’hypocrisie du Parlement. Alors que la police fédérale enquête et que les milieux politiques exigent le départ de la patronne de La Poste, Susanne Ruoff, syndicom se tient à l’écart. Daniel Münger, êtes-vous trop prisonnier du partenariat social ? Non, pas du tout ! Madame Ruoff n’est actuellement* pas notre problème le plus urgent. Ce débat sur sa personne vise à détourner l’attention de sujets beaucoup plus importants, comme l’avenir de La Poste et du service public. Il s’agit maintenant d’établir la vérité sur CarPostal et La Poste. Les pouvoirs publics ne doivent pas être dupés. Détourner des subventions est inadmissible. Le comportement de CarPostal SA ne semble pas différer de celui d’autres groupes : des astuces comptables ont-elles été utilisées pour cacher les bénéfices ? Nous touchons là au cœur du problème. D’après ce que l’on sait, personne ne s’est enrichi chez CarPostal. Il s’agissait manifestement de tirer des avantages pour l’entreprise. Or cela révèle une contradiction fondamentale. D’un côté, La Poste doit fournir un vaste service public jusque dans les régions les plus reculées. Ce qui est juste, car c’est indispensable pour les clients, pour le pays et sa cohésion. De l’autre, La Poste doit dégager des bénéfices élevés pour son actionnaire, donc pour la Confédération. Il est raisonnable qu’un service public soit rentable. Mais doit-il aussi remplir les caisses de l’Etat et agir comme un groupe qui réduit les prestations, baisse les salaires, détériore les conditions de travail, externalise des parties d’entreprise pour se soustraire à la CCT et manipule les chiffres ? Je pense que ce n’est pas la bonne façon de procéder. Le responsable de l’Office fédéral des transports avoue avoir été choqué par la conception du profit chez CarPostal. Rappelons que cette même personne veut exclure les chauffeurs de passage de la protection salariale suisse, afin « Connaître la réalité des coûts » (© DR) de pouvoir baisser les salaires. Il se comporte comme les parlementaires qui feignent la surprise, alors qu’ils ont participé aux décisions concernant les objectifs de rendement. A vous entendre, on a presque l’impression que vous prenez la défense de la direction de La Poste ? Bien au contraire. Nous combattons les fermetures d’offices de poste et les licenciements. Nous dénonçons la dégradation des conditions de travail, les externalisations, etc. Quant à la direction de CarPostal, nos membres auraient beaucoup à raconter. Et aussi sur les salaires exorbitants de Madame Ruoff et des membres de la direction, sans oublier les bonus toujours plus élevés... Oui, aussi. La présence de ces managers à La Poste résulte de la même logique : il est absurde et fatal pour la Suisse qu’un service public aussi important soit géré comme un groupe axé sur la maximisation des profits. La responsabilité incombe au propriétaire. Donc à la Confédération. CarPostal est-il seul à avoir manipulé les chiffres ? Pouvez-vous encore croire au manque de rentabilité des offices postaux allégué par La Poste ? Pour être franc : depuis que La Poste utilise une nouvelle base de calcul pour établir les comptes des offices de poste, beaucoup affichent de moins bons résultats qu’avant. Cela fait réfléchir. Nous devons connaître la vérité sur les coûts. Nous voulons savoir combien coûte vraiment 1 kilomètre à CarPostal. Et quels sont les coûts des offices de poste. Ne risquez-vous pas de fournir ainsi des arguments aux chantres de la privatisation ? Il y aura toujours une entreprise privée pour proposer les mêmes prestations à moindre prix. Oui, mais via la sous-enchère salariale, avec de longs horaires de travail dangereux pour la santé et moins de sécurité pour les conducteurs et les passagers. Il suffit de regarder ce qui se passe dans le secteur de la logistique. Il y règne des méthodes parfois dignes du Far West. Il faut savoir ce que l’on veut. Voulons-nous une Poste utile à la collectivité et un service public de qualité, ou voulons-nous 1 milliard de bénéfice ? Voulons-nous un bon réseau de transports publics, moins polluant et de bonnes conditions de travail, ou voulons-nous le dumping salarial, des chômeurs et des paysages défigurés ? Le développement de la civilisation ne s’obtient pas gratuitement. Il faut en payer le prix. Il est grand temps d’avoir une réponse claire et une stratégie globale. Une stratégie globale pour CarPostal ? Oui, mais il faut aussi un concept pour les offices de poste et une stratégie globale pour La Poste. C’est une entreprise fantastique avec des employé·e·s performants, fiables et ponctuels. Il faut cesser de surexploiter ce bijou. Il faut en finir avec la distribution des colis chronométrée à la seconde et la suppression des pauses. Combattre la prolongation des horaires de travail, la pression, les réductions de salaire. Et définir une stratégie crédible pour la numérisation. Parfois, je m’imagine La Poste de demain. Une Poste qui mise sur un solide programme de formation. Une Poste moderne, axée sur les prestations pour la collectivité. Ce serait un véritable atout pour la Suisse. * L’interview a été réalisée le 26 février. syndicom.ch/fr/actuel/article/mettre-fin-a-larecherche-du-profit-dans-le-service-public/