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L'Écran de la FFCV n°121

L’ E C R A N • A V R

L’ E C R A N • A V R I L 2 0 1 8 • 3 4 © Universal/Working Title/REX/Shutterstock (Suite de la page 33) L’Écran ◗◗ Vous dites aussi que leurs films tournent en dérision l’idée de la recherche de la vérité… Ian Nathan ◗◗ Eh bien, les frères eux-mêmes s'opposent à toute forme d'interprétation de leurs films bien que ceux-ci soulèvent bon nombre de questions. C'est vrai que dans A Serious man, quand Larry se lamente « Pourquoi nous amène-t-il à se poser des questions s'il n'a pas l'intention de nous donner les réponses ? », il parle de Dieu mais le sous-entendu est évident. Barton Fink est l'archétype du ridicule pour ses prétentions artistiques : trouver la voix de « l'homme ordinaire ». Ceux qui cherchent la vérité dans l'univers des Coen finissent toujours par en être punis. L’Écran◗◗ Sur le plan technique, est-ce qu’il y a des choses qu’ils privilégient ? Ian Nathan ◗◗ Ce sont de vrais stylistes qui créent des mondes texturés, très détaillés pour chaque film. La seule salle du bowling dans The Big Lebowski est un chef-d'œuvre de représentations exubérantes, un abri loin du chaos de L.A. Mais la clé, en parlant de leurs prouesses techniques c'est que, malgré tout ce qui est dit, ce sont les images qui finalement nous racontent l'histoire. Depuis leur premier film, Sang pour sang, chaque prise a été conçue à l'avance, chaque plateau et chaque lieu localisés. C'est ainsi qu'a émergé ce don suprême pour la communication visuelle. Par exemple, l'objectif plongeant dans la bonde dans Barton Fink pour évoquer son désespoir, l'approche méthodique d'Anton Chigurh dans No country for old men, la pendule géante derrière la tour dans Le Grand saut représentent les éléments de l'intrigue qui pourront être assemblés pour mener l'histoire à sa fin. Il y a une invention folle (Arizona junior) et une pondération élégante (Miller's Crossing). Cependant, il y a la « patte » Coenesque. L’Écran ◗◗ Dans votre livre, vous mettez l'accent sur le rôle de la musique dans leurs films. Ils la considèrent comme un narrateur àpart entière... Ian Nathan ◗◗ C'est une autre façon de raconter une histoire. Dans le cas de O’Brotheret Inside Llewyn Davis particulièrement, l'utilisation de la musique folk ajoute àla narration et introduit une atmosphère. Ce n'est que lorsque nous entendons Llewyn chanter que nous commençons à comprendre ce qui se passe en lui. La musique et les images nous racontent l'histoire avec subtilité tandis que les personnages sont ambigus. L’Écran ◗◗ Quels sont vos films préfeŕeś des frères Coen et pourquoi ? Ian Nathan ◗◗ C'est une question intéressante. Quand j'ai commencé à écrire le livre, un de mes amis critique de cinéma m'a mis au défi de noter mes dix films préférés des Coen. Quand j'ai eu fini, j'ai refait la même chose pour voir si la liste était différente. Je ne vais pas vous ennuyer avec les fluctuations de ma liste mais il y avait des films qui remontaient dans mon estime : True

L’ E C R A N • A V R I L 2 0 1 8 • 3 5 Grit, Ave, César !, O’Brother et d'autres qui descendaient : Burn after reading, Fargo, Le Grand saut. Je m'empresse de dire que c'est un choix tout relatif ; je considère toujours Fargo comme une merveille de la vénalité humaine. Cependant, mes trois préférés restent les mêmes : A Serious man (la grande et confondante recherche de sens), Barton Fink (la pierre de Rosette de tous les films des Coen, si seulement je savais la lire) et mon favori, un film qui m'émeut de telle façon que je ne peux entièrement l'expliquer mais dont je ne me fatigue jamais, Miller's Crossing. C'est un film de gangsters et de détective privé, une étude de la fraternité, une romance empoisonnée par la violence et l'alcool, une comédie noire, une merveilleuse évocation presque musicale du langage de genre, et l'histoire d'un homme courant après son chapeau. Que voulez-vous de plus ? L’Écran◗◗ Et selon vous leurs moins bons films, et là aussi pourquoi ? Ian Nathan ◗◗ Les deux qui sont considérés comme plus faibles sont Intolérable cruauté et The Ladykillers, et puisque vous le demandez, je suis d'accord. Mais, encore une fois, tout est relatif. Je pourrais argumenter et citer bien des éléments fascinants dans ces deux films. Ils ne sont simplement pas aussi cohérents que les autres. Comme je le dis dans le livre, aucun des deux n'est un projet des Coen et on sent qu'ils ne leur appartiennent pas vraiment. L’Écran ◗◗ Voulez-vous ajouter quelque chose ? Ian Nathan ◗◗ Je pourrais continuer pendant des jours. Je ne me fatigue jamais de parler des Coen mais je laisse © Paramount/Miramax/REX/Shutterstock mon livre dire le reste. Et j'attends avec impatience leur aventure sur Netflix avec The ballad of Buster Scruggs au sujet duquel j'ai créé un blog si cela vous intéresse : https://iannathanblog.wordpress.com/2017/11/14t/thehistory-of-buster-scruggs/ Propos recueillis par Didier Bourg, Traduit de l’anglais par Françoise Brémaud. ➤ Les Frères Cohen, 30 ans de films cultes, éditions Gallimard, 175 pages, 35 euros. © Michael Tackett/Working Title/Polygram/REX/Shutterstock

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