Essentiel Prépas n°17 - mai 2018 - HD

headwayadvisory

L'Essentiel Prépas, magazine digital entièrement dédié aux prfesseurs des classes préparatoires économiques et commerciales. Magazine édité par HEADway Advisory.

MAI 2018 | N° 17

ÉCONOMIQUES

& COMMERCIALES

PAROLES DE PROF

« À l’écrit, on élimine, à l’oral, on recrute » : les épreuves d'entretien de personnalité

et de motivation à l'oral du concours d'entrée en école de management

DOSSIER

Comment former

ses étudiants à l’ère

du numérique et

de l’intelligence

artificielle

xxxxxxx

ENTRETIENS

Delphine Manceau

et Sylvie Jean

(Neoma BS)

Emmanuel Métais

(Edhec BS)

YouTube


EDITO

Des Grandes écoles "agiles"

contre des universités

les "boulets aux pieds" ?

Sommaire

MAI 2018 | N° 17

Les ESSENTIEL DU MOIS 4 à 8

Dans un point de vue donné aux Échos à l’occasion du premier anniversaire de la

présidence d’Emmanuel Macron, le Prix Nobel d’économie, Jean Tirole, analyse

ainsi la situation de l’enseignement supérieur français : « Face aux grandes écoles,

hautement sélectives, mieux dotées, et agiles grâce à une gouvernance plus souple,

face à une forte concurrence internationale pour les étudiants et les chercheurs,

l'université a des boulets aux pieds. On lui demande de servir de variable d'ajustement

au chômage, de réaliser l'impossible (enseigner dans le même programme

à des étudiants à la préparation très hétérogène) ; on l'a dotée d'une gouvernance

absurde, quasiment sans regard externe ; et l'on a joué au Meccano avec elle en

dévoyant une bonne idée - le programme Idex - pour constituer des mastodontes

hétérogènes et ingouvernables ».

L’émergence de très grandes universités. L’analyse de Jean Tirole a le mérite

d’être claire mais n’en cache pas moins les réels progrès qu’ont réalisés les universités

ces dernières années. Certes la création des Comue (communauté d'universités

et d'établissements) n’a pas produit les effets escomptés, mais n’en sont pas

moins apparues de nouvelles grandes universités. Aix-Marseille, Bordeaux, Strasbourg

et même Paris (PSL, Sorbonne Université et maintenant l’Université de Paris)

se sont ainsi dotées d’universités de taille mondiale capables de trouver leur place

dans les classements internationaux.

Des écoles d'ingénieurs trop dispersées. Face à ces nouvelles grandes universités

les grandes écoles d’ingénieurs restent encore trop dispersées. Si on fait

exception de l’Institut Mines Télécom (IMT), de Paris Sciences et Lettres ou encore

de Paris Saclay, et en attendant la mise sur orbite de la « New Uni » de l’École polytechnique,

leur taille reste insuffisante pour se comparer avec les grandes universités

de technologie mondiales. Il n’y a guère que dans des classements très pointus,

par exemple leur capacité à former des dirigeants, que l’École polytechnique ou

Mines ParisTech peuvent performer.

Les écoles de management françaises à la pointe de l’internationalisation.

Dans ce paysage contrasté d’un enseignement supérieur français qui n’en finit pas

de se chercher, les écoles de management font figures de championnes. Même si

elles ont quelque peu rétrogradé dans les classements des business schools du

Financial Times, elles y occupent toujours des places de choix. Même la plus petite

d’entre elles accorde à la dimension internationale un poids qu’on ne trouve nulle

part aux États-Unis et rarement dans la plupart des pays européens. Sans doute

aussi parce qu’elles ont dû se singulariser vis-à-vis des instituts d’administration

des entreprises (IAE), gratuits, les écoles de management françaises ont su développer

une vision internationale qui leur permet aujourd'hui de recruter et de s’implanter

à l’étranger.

Et maintenant ? Alors que le gouvernement va autoriser les regroupements d’universités

et de Grandes écoles à tester de nouvelles formes de gouvernance, il est

plus que jamais nécessaire pour tous les acteurs de trouver des terrains d’entente

pour faire entendre la voix de l’enseignement supérieur à l’étranger. Comment les

universités pourraient-elles se passer du formidable

travail qu’ont réalisé les écoles de management pour faire

vivre l’enseignement supérieur français à l’étranger ? Et

en retour comment les Grandes écoles pourraient ignorer

l’impact que sont capables d’avoir de grandes universités

reformées ? Le tout est de trouver des formes de coopération

qui laissent chacun s’exprimer. Et ça ce n’est pas

encore gagné…

Olivier Rollot

Rédacteur en chef

ENTRETIEN 10-11

Neoma BS :

un nouveau PGE

pour 2018

PUBLI-INFORMATION 12-13

Pourquoi conseiller Grenoble

École de Management

à vos élèves ?

DOSSIER 14 à 17

Comment former

ses étudiants à l’ère

du numérique et de

l’intelligence artificielle

ENTRETIEN 18-19

« La révolution digitale change

notre métier »

PAROLES DE PROF 20 à 23

Les épreuves d'entretien de

personnalité et de motivation

à l'oral du concours d'entrée

en école de management

REPÈRES 24-25

Étudiants étrangers :

France is back !

"L’Essentiel du Sup - Prépas" est une publication du groupe

33 rue d’Amsterdam | 75008 Paris |

Directeur de la publication : Sébastien Vivier-Lirimont |

Rédacteur en chef : Olivier Rollot | o.rollot@headway-advisory.com |

Responsable commerciale : Fanny Bole du Chomont |

f.boleduchomont@headway-advisory.com - 01 71 18 22 62 |

Photo de couverture : Fotolia

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 2 MAI 2018 | N°17


NANTES | PARIS | BEIJING | SHENZHEN

DEPUIS 16 ANNÉES

CONSÉCUTIVES

6 e 4 e

CLASSEMENT

SIGEM

INSERTION

PROFESSIONNELLE

« Parce que l’audace s’affirme avec le savoir, nous développons vos expériences,

Parce que le talent s’exprime grâce à la culture, nous multiplions les influences,

Parce que leadership et responsabilité doivent se faire écho, nous visons plus haut.

Notre vocation ? Vous permettre de développer la vôtre ! »

Nicolas ARNAUD

Directeur Audencia Grande École

www.audencia.com

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 3 MAI 2018 | N°17


L’ESSENTIEL DU MOIS

HEC va rejoindre l’École polytechnique

EN BREF

→→

810 000

810 000 candidats

ont confirmé un ou

plusieurs vœux sur

Parcoursup soit près de

50000 plus que l’année

dernière à la même

époque. En moyenne

ce sont 7,7 vœux

qu’ont formulé chaque

candidat. Là aussi

la hausse est nette

puisque ce n’étaient

que 7,1 vœux qui

avaient été formulés en

2017. 68 % de ces vœux

se sont portés sur

des filières sélectives

(CPGE, BTS, DUT,

écoles d'ingénieurs,

etc.) avec des hausses

particulièrement nettes

en IUT (+26 %) et

STS (+15,5 %). Si les

CPGE enregistrent

une augmentation

significative du

nombre de candidats

ayant confirmé un vœu

avec un total de 114 966

(soit une augmentation

de 11,7 %), elles

enregistrent une baisse

du nombre de vœux

confirmés (672596

au total soit -2,3 %

par rapport à 2017).

En tout ce sont 11 %

des vœux confirmés,

soit près de 672000,

qui sont formulés pour

entrer en CPGE.

→ Consultez le

dossier complet

du MESRI

Le conseil d’administration d’HEC a mandaté la direction générale

de l’école pour « initier un projet d’alliance avec le groupement

New Uni » (mené par l’École polytechnique). Cette

nouvelle alliance devrait prendre la forme agile d’une joint-venture

et concentrera son activité autour de projets de recherche

et d’enseignement innovants, à fort potentiel international,

relevant tous du domaine de la technologie et de l’innovation

économique. « Ce partenariat renforcé devra s’appuyer, dès sa

création, sur des projets très concrets au service des étudiants

et de la recherche. Je pense à des programmes joints allant

du Master au Doctorat, à des formations pour entrepreneurs

ou encore à des travaux de recherche conjoints sur le modèle

de ceux déjà initiés entre HEC et les écoles du groupement

New Uni », explique Jean-Paul Vermès, le président du conseil

d’administration.

Ecricome veut « davantage d’équité »

dans l’accès au concours

La BCE l’avait annoncé il y a quelques semaines. À partir de la

session 2020 : le concours Ecricome entend également promouvoir

un renforcement de la logique de filières alors que les candidatures

issues des CPGE technologiques françaises et étrangères sont en

augmentation constante (+6,8 % en 2018). Le règlement général

des concours sera donc modifié afin que l’inscription au concours

Ecricome Prépa dans la voie technologique (ECT) soit réservée aux

candidats titulaires d’un baccalauréat technologique, technique ou

professionnel. De plus un candidat ayant présenté le concours dans

une voie n’est pas autorisé à le retenter dans une voie différente

l’année suivante. Enfin seuls les candidats en deuxième année de

classe préparatoire pourront s’inscrire au concours.

« Inside Audencia » : 3 jours d’immersion

pour des élèves de prépas

Du 23 au 25 avril, Audencia BS a accueilli 37 étudiants en

première année de classes préparatoires pour leur faire vivre son

programme Grande école pendant leurs congés de printemps. Ils

ont suivi des cours, rencontré des étudiants, découvert le réseau

des diplômés et visité Nantes. Pour sa première édition, l’initiative

a rencontré un large succès auprès des étudiants puisque l’objectif

→ L’École polytechnique cherche son nouveau président qui

devrait être choisi avant l’été. n

initial de 30 places a été dépassé et l’école a dû refuser quelques

dizaines d’étudiants.

→ Si les étudiants invités doivent s’acquitter de leurs frais de

déplacement, Audencia prend en charge l’ensemble des frais d’hébergement,

de restauration et de visites culturelles. n

Un double diplôme architecte-manager

à l’Essec

L’Essec et l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles

(ENSA-V) lancent un double diplôme d’architecte – manager sans

équivalent en France. Ce double cursus, d’une durée totale de

cinq ans, suivi en alternance dans les deux écoles, débouche sur

l’obtention à la fois du Diplôme d’État d’architecte et de l’Essec

Grande École. « Il faut transformer les méthodes de conception et

de mise en œuvre des projets, l'organisation et le pilotage de leurs

acteurs », explique Patrice Noisette, professeur à l’Essec Business

School pour lequel ce double diplôme « répond à ces enjeux en

conjuguant les deux cultures et les compétences de l'architecture

et du management, il forme des professionnels capables de

répondre aux besoins de conduite de projet des grandes agences

internationales pluridisciplinaires d'architecture ou d'urbanisme ou

des grands maîtres d'ouvrage publics ou privés ».

Les étudiants du programme Grande école de l’Essec pourront,

dès l'année de pré-master suivre un programme de sensibilisation

à l'architecture puis intégrer le double diplôme lors d'un

cursus alterné entre les deux établissements. De leur côté, les

étudiants de l'ENSA-V pourront, pendant leur 3 e année, suivre un

programme de sensibilisation au management et intégrer le double

diplôme après leur première année de master sous la forme d'un

cursus alterné. n

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 4 MAI 2018 | N°17


L’ESSENTIEL DU MOIS

Grenoble EM rénove son programme

Grande école

« C’est notre responsabilité d’évoluer du modèle de la business

school à celui de la "school for business and society". Une

grande école doit répondre aux étudiants et au monde économique

bien sûr. Mais elle doit aussi proposer une vision et des

solutions aux grands défis humains. » Le directeur général de

Grenoble EM passe aux actes en rénovant son programme

Grande école. Parmi les nouveautés à retenir : un thème par

année pour former des diplômés INSIDE (Inspirés, Novateurs,

Sociaux, Intégrés, Décideurs, Entrepreneurs), un nouveau séminaire

de rentrée en première année ou encore le renforcement

de la capacité d’innovation de nos étudiants, de la réflexivité et

de la transversalité. « Nous mettons pleinement en place le GEM

Learning model (modèle pédagogique de GEM lancé en 2016)

avec ses 4 piliers : l’humain au travers de la réflexivité ; les cours

en pédagogie active ; un projet transversal par année qui permet

aux étudiants de mieux comprendre la nécessité de tous les

enseignements de l’année et de mobiliser les connaissances et

compétences qu’ils y ont développées », explique Armelle Godener,

la directrice de la pédagogie (voir « 3 questions à Armelle

Godener » : https://youtu.be/5xp6oNh97ds).

L’objectif de cette nouvelle maquette est de permettre aux futurs

diplômés de l’école, pendant les 10 ou 15 premières années de

leur vie professionnelle, de « répondre aux besoins des entreprises

et de la société en général, et de se réaliser professionnellement

en étant capables de détecter des opportunités, de s’y

préparer, de se lancer et de faire face à la société évolutive qui

est la nôtre aujourd’hui ».

→ GEM a également lancé une nouvelle plate-forme de marque

pour « fédérer toutes les communautés de l’École et renforcer

l’identité distinctive de GEM » en s’appuyant sur un environnement

grenoblois composé de laboratoires, centres de

recherche et départements R&D. Dans cet esprit l’expression

« Business Lab for Society » vient désormais se positionner sous

le logo de l’école. Quant à sa nouvelle signature, « ACTTHINKIM-

PACT », elle « incite à l’action, celle d’avoir un impact réel sur

sa vie, sa carrière, son entreprise, et la société » (voir le film de

présentation). n

EN BREF

→→

168 millions d’euros par an

Pour la deuxième fois, le

Groupe Sup de Co La Rochelle

s’est soumis à l’étude BSIS,

créée pour mesurer l’impact

des business schools sur leur

environnement local. Son

impact sur son territoire atteint

selon l’étude les 168 millions

d’euros par an.

→→

Emlyon et Neoma primées

par l’AACSB pour leurs

innovations pédagogiques

Afin de valoriser les

innovations pédagogiques

développées par les écoles de

commerce au niveau

international, l'organisme

d'accréditation internationale

AACSB organise depuis

quelques années le challenge

« Innovations that inspire ».

À l’occasion de la 3 e édition de

ce challenge Emlyon et Neoma

figurent parmi les 30 business

schools dans le monde primées

pour leurs innovations

pédagogiques en matière de

formation interculturelle.

Welcome to

Dublin & Oxford

Possibilité de suivre la

totalité du cursus en anglais,

à Oxford selon la pédagogie

anglo-saxonne et/ou à Dublin

au cœur des startups et des

nouvelles technologies.

PROGRAMME GRANDE ÉCOLE ● DIPLÔME VISÉ BAC+5 ● GRADE DE MASTER

Pionnière dans l’âme, l’EM NORMANDIE n’a cessé de se réinventer pour offrir à ses étudiants une vision d’avenir, en

adéquation avec les attentes du monde de l’entreprise. Parcours Élite International spécial prépas, Parcours Accompagnement

Professionnel spécial prépas pour l’alternance, les stages d’année optionnelle, de fin d’études… sont autant de clés pour

garantir la réussite et l’épanouissement professionnels futurs des étudiants.

L’ESPRIT DE CONQUÊTE

Programme Grande Ecole

en Formation Initiale.

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L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 5 MAI 2018 | N°17


L’ESSENTIEL DU MOIS

EN BREF

→→

ICN lance

deux nouvelles

spécialisations

en apprentissage

En plus de la spécialisation

déjà existante en

management de la supply

chain et des achats, l’école

ouvre deux nouvelles

spécialisations dans les

domaines de la banque

et de la distribution

omnicanal sur le campus

ICN de Metz.

→→

Le bureau du

SIGEM renouvelé

Le SIGEM

(Système

d'Intégration

aux Grandes

Ecoles de Management)

a renouvelé son bureau.

Jean-Christophe

Hauguel, président du

SIGEM depuis 2015

et directeur général

adjoint - directeur

des programmes de

l'EM Normandie, a été

réélu pour trois ans.

Le nouveau bureau est

également composé

de : François Dubreu,

directeur des relations

institutionnelles de

KEDGE Business School,

réélu vice-président,

Béatrice Nerson,

directrice adjointe

de Grenoble Ecole de

Management, réélue

trésorière et Rémy Challe,

directeur de l'INSEEC

Business School, élu

secrétaire.

→→

Les 50 ans de la

Course de l’Edhec

ESCP Europe plus que jamais à l’ère digitale

« Aujourd'hui un dean doit

s’emparer de la question digitale

! » Directeur général d’ESCP

Europe, Frank Bournois est allé

à la rencontre du monde digital

ces derniers mois en rencontrant

experts et entreprises. En

vue : de vraies innovations dans

la manière d’enseigner pour

répondre aux besoins des entreprises

mais aussi de recruter ses

étudiants. « Nous allons intensifier

nos liens avec les écoles d'ingénieurs pour avoir de plus en

plus d’étudiants double diplômés pour anticiper les besoins des

entreprises », relève Frank Bournois.

Des enjeux spécifiques. Bâti sur un modèle multi-campus ESCP

Europe a, plus qu’aucune autre business school, la nécessité

d’employer les ressources digitales pour faire communiquer ses

campus, ses étudiants, ses professeurs. « Nos activités numériques

ne se substituent pas aux humanités classiques mais les

complètent », assure Frank Bournois, qui avait déjà introduit l’enseignement

du coding dans son école il y a deux ans : « Un succès

fou ! Mais il faut aussi regarder du côté du design, de l’éthique,

de la sociologie pour bien développer sa dimension digitale. Notre

idée directrice : le digital doit être au service d’une pédagogie

augmentée ».

D’ici 2022 un tiers des enseignements d’ESCP Europe seront

dispensés en ligne, un autre tiers dans le cadre d’enseignements

traditionnels et le reste en petits groupes. « Nous nous appuierons

largement sur des temps pédagogiques numérisés réalisées

par notre corps professoral mais pas seulement. L’excellence est

aussi développée dans nos établissements partenaires », reprend

Frank Bournois. L’école construit aujourd'hui une grande bibliothèque

numérique pour pouvoir utiliser dans ses cours l’ensemble

des ressources de l’école. « Notamment en executive education

nous pourrons répondre de manière beaucoup plus rapide aux

demandes des entreprises », commente Vasquez Bronfman, dean

associé en charge de l’enseignement numérique de l’école. Cela

signifie également la nécessité de repenser les espaces de cours

pour permettre à ce nouveau modèle de fonctionner.

ESCP Europe a déjà créé trois MOOCs sur Coursera (en « éco-

management », « management interculturel » et « business européen

») et surtout un master executive 100 % en ligne (l’EMIB).

D’abord sur son campus de Madrid, puis en anglais et en français

à la rentrée prochaine. Cette année ce sont 42 étudiants

qui le suivent du monde entier. « Nous nous adressons à des

personnes qui ne peuvent pas facilement se déplacer et qui, où

qu’ils soient, peuvent toujours accéder à la formation », explique

Vasquez Bronfman. Autres libertés du cursus : celle de suivre son

cursus au moment qui vous convient et dans un laps de temps

assez large. « Les entreprises veulent former dans le monde entier

en associant le on line et le présentiel et nous allons créer un track

"blended" pour réunir les deux. » Un « mélangé » qui devrait être la

norme dans les années à venir pour Frank Bournois. Le cours de

« prérequis », qui est proposé aux étudiants qui rejoignent l’école

et rattrapent les cours pendant l’été, sera ainsi digitalisé en forme

« blended » cette année.

20 experts interrogés. Au sein de l’observatoire des mutations

numériques Netexplo sept grandes entreprises se sont jointes

à ESCP Europe pour mesurer ses impacts sur leur organisation.

Vingt experts comme Alex Lebrun (responsable de la recherche sur

l’intelligence artificielle chez Facebook), Dov Moran (créateur de la

clé USB) ou Karl Schroder (un auteur de science-fiction canadien)

se sont interrogés sur ce qu’était une entreprise à l’ère digitale.

« Dans la Silicon Valley on se tient les uns les autres, on "rely on

one another". Une start up ne crée jamais exactement le produit

auquel elle avait songé au début. Le secret c’est le pivot, l’agilité,

la capacité à pivoter d’un projet à un autre », confie Luc Julia, qui

fut l’inventeur du système Siri d’Apple puis directeur de l’innovation

de Samsung. Cette qualité de « pivot » est essentielle et s’accompagne

d’autres comme la résilience, la capacité à communiquer

de manière interculturelle ou, bien sûr, à travailler en groupe.

« Nous devons montrer à nos étudiants la force mais aussi les

limites de ces technologies et notamment du transfert de la

responsabilité du monde à la machine », commente Vasquez

Bronfman. L’expérience de la Moral Machine du MIT, où un

conducteur doit choisir entre plusieurs options d’une voiture autonome

confrontée à un accident, en est une excellente illustration.

« Qui doit survivre, un enfant contre trois personnes âgées,

le conducteur ? Ce sont des enjeux moraux auxquels ne devons

pouvoir réfléchir quand certains pensent même qu’une intelligence

artificielle (IA) pourrait mieux être à même de juger qu’une intelligence

humaine. » n

Implanté sur six campus (ici celui de Londres) ESCP Europe est

l’archétype de l’école de management de l’ère digitale.

Pour sa 50 e édition,

la Course Croisière

EDHEC, premier

événement sportif

étudiant d'Europe, s’est

déroulée à Brest du 20

au 28 avril 2018 avec

plus de 230 équipages,

3 000 participants,

12 000 visiteurs

et 23 nationalités.

À l'occasion de cet

anniversaire, un bateau

regroupant les présidents

de la 1 re , 10 e , 20 e , 30 e , 40 e

et 50 e Course, a été réuni

pour la première fois.

© ESCP Europe

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 6 MAI 2018 | N°17


C l u b A d e t e m

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Lancement le 30 mai 2018

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L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 7 MAI 2018 | N°17

# A d e t e m

@ A d e t e m


EN BREF

→→

Christophe Germain

est nommé directeur

général d’Audencia

Business School

Directeur général adjoint

d'Audencia depuis plus

de 10 ans, Christophe

Germain a été nommé

directeur général

d'Audencia BS le 24 avril.

Un poste qu'il connaît

bien pour en avoir assuré

l'intérim en 2016 avant

la nomination d'Emeric

Peyredieu du Charlat.

Depuis il s'était largement

consacré à la création

de l'antenne chinoise

d'Audencia : la SABS

(Shenzhen Audencia

business school).

Diplômé d’un doctorat

(Université Bordeaux

IV) & de l’IHEE

(Institut des hautes

études de l’entreprise),

Christophe Germain a

occupé successivement

à Audencia les postes

de directeur adjoint du

programme Grande école

(2002 - 2007), directeur

académique (2007 -

2015), directeur général

adjoint (2010 - 2015 /

2016 - 2018), directeur

général par intérim

(janvier 2016-septembre

2016), directeur général

de Shenzhen Audencia

Business School (2016 -

2018). « Après ses succès

dans le développement

de notre école SABS

en Chine comme dans

son poste de directeur

général adjoint, confier

les pleins pouvoirs à

Christophe Germain pour

accompagner l’école dans

ses prochaines échéances

est une évidence, ne seraitce

que par sa connaissance

fine du milieu de

l'Enseignement Supérieur

et de la Recherche, dont

l’écosystème complexe et

les codes sont spécifiques »

explique Laurent Métral,

le président directeur

général d’Audencia.

Audencia marque

des points à Shenzhen

Cela n’avait rien d’évident au début : quand la plupart des écoles

de management françaises ont préféré s’installer à ou près

de Shanghai, Audencia a choisi en 2016 de s’implanter dans

une ville nouvelle : Shenzhen, aux portes de Hong Kong. « En

septembre 2016 l’Université de Shenzhen avait entrepris des

négociations avec différentes business schools dans le monde et

nous nous sommes montrés les plus réactifs », explique Christophe

Germain, directeur de la SABS (Shenzhen Audencia business

school) et maintenant d’Audencia. Un choix qui pourrait se révéler

de plus en plus gagnant…

Une métropole de taille mondiale. La SABS s’est installée

au cœur de ce qui est aujourd'hui la métropole dont le développement

est le plus dynamique dans le monde. Selon les experts

d’Oxford Economics, Shenzhen sera ainsi la septième ville la plus

importante du monde en 2030 ! En cinquante ans – la « zone

économique spéciale » de Shenzhen a été lancée en 1980 – elle

sera ainsi passée du statut de petite ville de 30000 habitants à

celui une métropole de taille mondiale qui compte aujourd'hui plus

de 10 millions d’habitants. Son secret : être à la fois un centre

financier majeur et le siège d’industries de pointe comme le fabricant

de téléphonie mobile Huawei. De son côté l’Université de

Shenzhen, créée en 1983, compte aujourd'hui 34000 étudiants

– dont 1500 étrangers – et 2500 professeurs.

Un développement accéléré. Juillet 2016 : accord entre l’université

et Audencia. Septembre 2016 : lancement de l’école.

Septembre 2017 : lancement des premiers programmes. En un

an la SABS était née. « Nous n’avons absolument pas pour objectif

d’y accueillir tous nos étudiants mais d’y développer certains

programmes liés aux spécificités de la ville, par exemple en

finance, en innovation ou en entrepreneuriat

», reprend Christophe Germain.

Le tout dans le cadre d’un joint-venture

où l’université amène ses locaux - et une

partie du financement jusqu’au moment

où les comptes s’équilibreront - et

Audencia son expertise. « Je m’assure

que la qualité soit la même qu’à Nantes

dans le cadre de programmes délivrés

exclusivement en anglais. »

Pas forcément enthousiastes au début,

les étudiants français y découvrent vite

des opportunités de stages et d’emploi

exceptionnelles dans un écosystème très

porteur. Des étudiants chinois y suivent

également les programmes co-construits

par Audencia et l’université de Shenzhen :

des masters en supply chain et management,

un E-MBA et un DBA (Doctorate

of Business Administration). Aujourd'hui

la faculté compte dix professeurs et

ils seront bientôt vingt. D’ici quatre ou

cinq ans ce seront en tout environ 500

étudiants qui y seront reçus chaque

année. S’ils peuvent être logés sur le

campus la plupart préfèrent éviter le

couvre-feu – à 23 heures – et louer des

logements en ville.

Le voyage d’études du E-MBA.

Chinois ou Français les 103 étudiants

du E-MBA d’Audencia étaient présents

L’ESSENTIEL DU MOIS

Le bâtiment de l’université

de Shenzhen dans lequel la

Shenzhen Audencia business

school est implantée.

dès cette année à Shenzhen pour y fêter la fin de leur cursus –

rencontres avec des entreprises, banquet et karaoké à tue-tête

au menu – puis pour se rendre à Hong Kong pour y découvrir

d’autres entreprises. En tout huit nationalités venues en particulier

des campus d’Audencia de Nantes, Paris, Alger et Shenzhen.

Si les Français sont encore les plus nombreux, avec 32 étudiants

les Chinois sont la deuxième nationalité donc ce programme

qui dure de 16 à 20 mois (12 mois en accéléré) et est facturé

38 500 euros. « Un bon value for money dans une école triple

accréditée pour un programme qui comprend la réalisation d’un

projet stratégique individuel quand d’autres le font ensuite »,

relève William Hurst, le directeur de l’Executive Education de

l’école.

Se différencier. Audencia propose aujourd'hui trois MBA différents

: Full Time (plutôt à des cadres, étrangers à 92 %, ayant

entre sept et douze ans d’expérience professionnelle), Executive

Euro MBA (à distance depuis 20 ans avec cinq universités européennes)

et l’Executive MBA. « Le Full Time est le marché le plus

concurrentiel au monde. Il faut se différencier et nous le faisons

avec notre double localisation en France et à Shenzhen », assure

William Hurst, qui note que « seules l’Insead et l’IMD peuvent

faire venir des étudiants chez elles en Europe, les autres cursus ».

Plateforme régionale, le campus de Shenzhen d‘Audencia amène

ainsi des étudiants asiatiques à y étudier avant, peut-être, de se

rendre à Nantes.

Mais au-delà c’est à la formation continue en général que s’intéresse

William Hurst dans les pays où l’école est implantée :

« En Algérie nous formons avec l’ESAA des dirigeants de grands

groupes qui, ensuite, poussent leurs entreprises à nous demandes

des formations sur mesure ». n

© Audencia BS

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 8 MAI 2018 | N°17


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supérieur. Déclinée au format webzine mensuel

pour 2 000 professeurs de classes prépas

économiques et commerciales ainsi que d’un

blog d’information alimenté chaque jour.

La chasse de tête pour les profils

de managers des organisations

académiques et d’enseignants

chercheurs au travers d’une approche

métier exclusive et d’une double

expertise RH et académique.

Accompagnement en marketing

et communication (production

des supports print et web, conception

et mise en œuvre de la stratégie

réseaux sociaux).

Accompagnement à la valorisation

de la recherche.

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L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 9 MAI 2018 | N°17


ENTRETIEN

Neoma BS : un nouveau PGE

Plus de modularité, de rythme, renforcement de sa dimension internationale, extension du continuum

avec les classes prépas, le programme Grande école de Neoma BS va être renouvelé en 2018. Sa

directrice générale, Delphine Manceau, et la directrice du programme Grande école, Sylvie Jean, nous

expliquent comment.

© Neoma BS

© Neoma BS

→ → Delphine Manceau :

d’ESCP Europe à Neoma BS

Après un passage par une plus

petite enseigne – elle dirigeait

l’ebs Paris depuis la mi-mars

2016 – Delphine Manceau, 47 ans,

a pris la direction de Neoma BS

en juillet 2017. Diplômée d’ESCP

Europe, titulaire d’un doctorat en

sciences de gestion (HEC Paris) et

habilitée à diriger des recherches

(HDR) de l’université Pierre-

Mendès-France de Grenoble,

Delphine Manceau a été

directrice académique de ESCP

Europe de 2005 et 2008 et en a

dirigé la division « corporate » de

2011 à 2016. Entre les deux elle

a fondé et dirigé l’Institut pour

l’innovation et la compétitivité i7.

→ Sylvie Jean a pris direction

du programme Grande école de

Neoma BS en avril 2017. Elle était

jusque-là directrice des admissions

et de l’année prémaster de l’Edhec

BS. Titulaire d’un DEA en gestion

et d’un doctorat en marketing de

l’université de Montpellier, obtenu

en l’an 2000, Sylvie Jean était

entrée cette même année à l’Edhec

comme professeur de marketing

et y avait notamment coordonnée

le programme bachelor et dirigé le

MSc ingénieur Global Business.

Olivier Rollot : Le programme Grande École (PGE) de Neoma

BS va être largement refondu à la prochaine rentrée.

Pouvez-vous nous donner les grands axes de cette

évolution ?

Sylvie Jean : Nous sommes entrés dans la phase 2 de la

création de Neoma Business School suite à la fusion et, dans

cette nouvelle étape, nous avons souhaité renouveler notre

programme Grande école. Nous créons un nouveau format

qui donne plus de modularité et plus de rythme, dans les lieux

d’études comme dans les contenus. Nous renforçons le va-etvient

entre l’académique et le professionnel. Plutôt que de durer

un an, l’année de césure – pour laquelle opte la grande majorité

de nos étudiants – pourra être divisée en deux périodes de

six mois suivies de cours. Le cycle master pourra être effectué

en deux ou trois ans. Enfin, l’apprentissage est très fortement

présent à Neoma avec 30 % de la promotion. Les étudiants ont

le choix de faire le cursus en apprentissage sur 2 ans (M1 et

M2) ou en 1 an (M2).

Delphine Manceau : La dimension internationale de notre

PGE va également être renforcée. Nous organisons des

échanges académiques avec 300 partenaires dans le monde.

Nos étudiants vivent ainsi une véritable immersion avec, autour

d’eux, peu d’étudiants français chez chaque partenaire. Ils vivent

une expérience d’intégration dans la culture locale et les habitudes

pédagogiques du pays au sein d’établissements dont la

majorité sont accrédités par Equis, AACSB, AMBA ou EPAS. Être

triple accrédités nous facilite la conclusion d’accords avec les

meilleures business schools.

O. R : On parle beaucoup du « continuum » entre les

classes préparatoires et les grandes écoles. Y avez-vous

travaillé dans le cadre de la réforme de votre PGE ?

S. J : Oui. Nous créons à la rentrée prochaine un cours « Humanités

& Management », qui permettra à nos étudiants de faire

le lien avec les grands auteurs qu’ils ont découvert en classe

préparatoire et les cours de management. Le cours est d’ailleurs

conçu avec des professeurs de prépas. Nous proposerons

aussi à nos étudiants un cas fil rouge interdisciplinaire à partir

d’un cas réel d’entreprise qui permet d’aborder différentes

matières enseignées et ainsi de mieux appréhender le passage

entre la classe préparatoire et l’école. Nous revendiquons notre

intérêt pour les CPGE qui représentent 70 % de nos effectifs en

première année, soit 770 étudiants (chiffre stable cette année).

O. R : Comment se déroule l’intégration de vos nouveaux

étudiants ?

S. J : Le service « Talent et Carrière », particulièrement développé

à Neoma, joue un rôle central dans l’intégration des

étudiants à leur nouvel univers. Il les aide à réfléchir sur

eux-mêmes et sur leurs aspirations personnelles et professionnelles.

Dès la rentrée, il organise les « Starting Days ». Cette

année, nous leur avons demandé d’imaginer des produits et

des services innovants en lien avec les jeux paralympiques.

Ils travaillent leur projet en mode action, entrent le « faire »

et amorcent ainsi la transition avec la prépa. Les entreprises

sont présentes et apprécient beaucoup ce moment. L’année

prochaine, le thème privilégié sera la RSE.

O. R : Neoma a toujours eu une dimension humaine affichée.

Comment se caractérise-t-elle ?

S. J : Par exemple par les « modules de trajectoire individuelle »

que pilote ce même service Talent et Carrière avec de nombreux

ateliers pendant toute la scolarité. Nous voulons faire cheminer

nos étudiants en donnant une forte place à leur développement

personnel.

O. R : La vie associative aura toujours sa place ?

D. M : Bien sûr et nous allons même la mettre encore mieux en

avant. Notre Parcours Entrepreneuriat Associatif (PEA) associe

cours le matin et projet associatif l’après-midi. Le tout en anglais

et en associant les diplômés. Ce parcours permet de vraiment

faire le lien entre les activités associatives des étudiants et leurs

études, générant des synergies et un apprentissage appliqué.

Être membre actif et impliqué de la vie associative c’est fédérer

des équipes, gérer des budgets, monter des projets. La vie associative

n’est pas un « à côté », elle devient alors centrale dans

l’apprentissage et mobilisée par les enseignants comme champ

d’application.

O. R : Quels doubles diplômes, certifications, peut-on obtenir

à Neoma ? Est-ce possible d’être un manager

ingénieur ?

S. J : Nous proposons à nos étudiants de faire un mastère

spécialisé avec Centrale Supélec. Nous avons aussi des

parcours intégrés avec l’ESIGELEC à Rouen, et d’autres doubles

diplômes, par exemple avec l’URCA (Université de Reims Champagne-Ardenne)

en géopolitique. En termes de certificat, nous

proposons à nos étudiants de passer les niveaux 1 et 2 du CFA

(Chartered Financial Analyst), très reconnu à l’international en

finance. Nous avons aussi 12 doubles diplômes à l’international,

notamment aux Etats-Unis et en Russie, ou encore un DBA joint

avec l’Université Jiao-tong de Shanghai.

O. R : Beaucoup d’écoles de management connaissent

des problèmes financiers. Comment se porte Neoma ?

D. M : Nous bénéficions d’un modèle économique robuste avec

les moyens de nous développer en France et à l’international, de

conduire notre transformation digitale, de construire un nouveau

campus à Reims et de réaménager nos infrastructures à Rouen

(où nous ne savons pas encore si nous rénoverons complètement

le campus ou déménagerons). Nous allons également

développer notre corps professoral en recrutant chaque année

près de 20 nouveaux professeurs. Nous avons aujourd'hui

160 enseignants-chercheurs permanents et nous comptons

monter à 200 dans les trois ans.

O. R : Ce n’est pas trop difficile - trop cher -, de recruter

des professeurs internationaux ?

D. M : Nous ne nous inscrivons pas dans une logique de

« mercato ». Ce que nous offrons, ce sont de bonnes conditions

d’intégration et de recherche pour fidéliser les profes-

>>> suite page 11

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 10 MAI 2018 | N°17


ENTRETIEN

>>> suite de la page 10

seurs français et internationaux que nous recrutons. Il n’est pas

question pour nous de recruter des professeurs qui se consacreraient

uniquement à la recherche. Ils doivent effectuer au moins

120 heures de cours. Je crois fortement dans le modèle de l’enseignant-chercheur

dont la recherche nourrit l’enseignement.

O. R : Quelle est la proportion de professeurs et étudiants

étrangers à Neoma ?

D. M : 60 % de nos professeurs et 25 % de nos étudiants sont

internationaux. Il est possible de suivre les cours entièrement en

anglais dès la première année, et la dernière année du PGE est

quasiment à 100 % en anglais.

O. R : Vous n’ouvrirez jamais de campus à l’étranger ?

D. M : Si, en partenariat avec un acteur local très bien implanté,

dans un objectif d’immersion dans le système d’enseignement

supérieur du pays. En Chine, nous allons inaugurer à la

rentrée une école commune d’Innovation et de Business avec la

prestigieuse Université de Nankai. Notre école, implantée sur le

campus de Nankai, est située à 100 kilomètres de Pékin au sein

de la zone économique de TEDA (Tianjin Economic-Technological

Development Area), fondée en 1984 et aujourd’hui en rapide

développement. Notre but est d’attirer d’excellents étudiants asiatiques

dans des programmes joints Neoma Nankai. Nous avons

par exemple un programme sur le digital au pays de WeChat et

d’Alibaba qui permet d’avoir une vision complémentaire de l’approche

des GAFA auxquels on se réfère toujours en Europe.

La Chine est aujourd'hui centrale dans notre stratégie internationale.

En atteste notre capacité à recruter des lycéens chinois via

des partenariats avec des lycées d’excellence mais également

via le concours postbac du « Gao Kao » car nos programmes

sont visés par le ministère de l’Enseignement Chinois. Notre

programme CESEM en chinois est également une vraie réussite :

trois années complètes de cours en Chine ! Notre Institut Confucius

for Business nous offre également une très belle visibilité. n

Après ses campus

de Reims, Rouen

et Paris, Neoma BS

s’implante cette

année en Chine

© Neoma BS

Semaine du Management 2018

Lors de la Journée anniversaire

des 50 ans de la FNEGE

du jeudi 24 mai 2018...

#MANAGEMENT2018

Le forum

des académiques

et des professionnels

du management !

Inscription obligatoire

Ouverture de

Muriel Pénicaud,

Ministre du Travail

du 22 au 25 mai 2018

Cité Internationale

Universitaire de Paris

17 Boulevard Jourdan,

75014 Paris

Clôture de

Frédérique Vidal,

Ministre de l’Enseignement Supérieur,

de la Recherche et de l’innovation

Et de nombreux autres intervenants !

à découvrir sur www.management2018.fr

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 11 MAI 2018 | N°17


PUBLI-INFORMATION

Pourquoi conseiller

Grenoble Ecole de Management

à vos élèves ?

© Bruno Ramain

Vous les avez guidés pendant 2 ans…

Aujourd’hui, vos élèves sont prêts

- grâce à vous et à leur ténacité -

à passer le cap des concours.

Et demain, que souhaitez-vous pour

eux ? Comme nous à Grenoble :

qu’ils trouvent leur voie, qu’ils

approfondissent leurs savoirs, et

qu’ils agissent en citoyens éclairés.

Voici comment nous envisageons de

continuer à Grenoble Ecole

de Management (GEM) ce que

vous avez entrepris.

Festival Géopolitique :

un record de visites en 2018

19 345 visiteurs, sur place et en ligne,

ont assisté à l’événement sur le thème

« Un 21 e siècle américain ? » en

mars 2018 avec 100 intervenants, des

conférences, des débats, un escape game,

des projections et des expositions.

Depuis sa création, le Festival s’est

attaché à traiter tour à tour des

problématiques géopolitiques globales et

des thématiques pointues liées à un pays

ou une zone géographique précise.

En 2017 : Le pouvoir des villes.

En 2016 : Dynamiques africaines.

En 2015 : À quoi servent les frontières ?

En 2014 : Eurasie, l’avenir de l’Europe ?

Après 10 ans de croissance, le Festival grenoblois est aujourd’hui un événement

d’envergure européenne, connu et très apprécié. Il est parvenu à répondre à sa

mission initiale : créer un lieu de rencontres pour tous ceux qui s’intéressent aux

questions internationales, un carrefour de toutes les géopolitiques accueillant nos

étudiants, des classes préparatoires, des lycéens, des professeurs, des entreprises et

des experts de tous horizons. n

Disponible en replay sur www.festivalgeopolitique.com

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 12 MAI 2018 | N°17



Pour comprendre le monde

Les entreprises ont besoin de managers qui entendent

le monde dans sa complexité historique,

géographique, politique et économique. Pour défricher

de nouveaux marchés, pour comprendre les

consommateurs, pour imaginer des solutions aux

problèmes locaux.

Pour leur répondre, Grenoble Ecole de Management a

placé la géopolitique au cœur de ses enseignements

fondamentaux, dans le prolongement des enseignements

de prépa. Des cours de tronc commun et des

électifs, un semestre dédié à Columbia University

(NY) et plusieurs doubles-diplômes notamment avec

l’IRIS de P. Boniface, et bien sûr depuis 10 ans le

Festival de géopolitique.

Pour franchir les frontières

En prépa, vos élèves ont pu enrichir leurs connaissances

linguistiques. À Grenoble, ils pourront les

expérimenter, côtoyer en classe des étudiants internationaux,

suivre dès la 1 re année des parcours tout

en anglais ou trilingues. Et surtout partir. S’ouvrir sur

d’autres cultures. En échange, tout naturellement.

Mais aussi en parcours transcontinental à Pékin,

Cambridge, New York, Vancouver ou Montréal pour

un semestre. Ou dans l’une des formations Masters

of Science de GEM dispensées à Berlin ou Singapour.

suite page 13


suite de la page 12

Pour explorer Grenoble et la technologie

Grenoble n’a pas pour seules richesses les montagnes qui la dominent.

Elle est un lieu d’échange, de mixité et d’expérimentation. C’est une

ville jeune, internationale, en mouvement. Une capitale mondiale de

l’innovation et de la technologie.

GEM est née dans ce creuset et a tissé des liens forts avec son écosystème

économique et scientifique. Elle est membre fondateur du

campus d’innovation GIANT axé sur les TIC, l’énergie et la santé. Cet

ancrage technologique a permis à GEM d’imaginer de très nombreux

parcours orientés « techno » : Global Tech, Tech Biz, Entrepreneurs,

Big Data, Management de l’Énergie…

Pour apprendre et en avoir conscience

En classe, vous leur avez appris à travailler dur, à se poser les bonnes

questions, à avoir des fondamentaux solides. À Grenoble, nous allons

poursuivre ce travail. Nous avons revisité la pédagogie du programme

Grande Ecole pour la rentrée 2019. L’objectif : déployer à

grande échelle notre modèle pédagogique, le GEM Learning model

et ses 4 piliers : la réflexivité, la pédagogie active, la gestion des

imprévus et la transversalité. L’objectif de cette nouvelle maquette

est double : donner du sens à ce qui est dispensé pour obtenir un

engagement fort des étudiants ; permettre à nos futurs diplômés de

répondre aux besoins des entreprises et de la société en général,

d’être capables de détecter des opportunités professionnelles, de s’en

emparer et de se lancer sereinement.

Pour découvrir de nouvelles manières

d’apprendre

À l’instar des écoles d’ingénieurs qui proposent des Fab Labs, GEM propose

à ses étudiants des Business Labs, véritables plateformes pédagogiques

où l’étudiant peut tester ce qu’il apprend en situation réelle

ou virtuelle. Le « magasin connecté » sert de terrain aux cours de finance,

de droit, de marketing, ou de management de l’innovation. Les

apprentissages par l’expérience comme les Serious games, les live business

cases, les MOOC, les Edtechs sont omniprésents tout au long des

années passées à Grenoble. Pour accueillir et accompagner ces pédagogies

innovantes, deux nouveaux campus expérientiels et immersifs

ouvriront d’ailleurs à Paris et à Grenoble en 2019 et 2020.

Pour bâtir sa carrière et être guidé

Le vécu hors de la salle de classe contribue à façonner les étudiants.

Un département complet de GEM y est dédié. Il fédère l’ensemble des

services nécessaires pour leur permettre de profiter pleinement de leur

expérience à GEM (financement des études, diversité, intégration, développement

personnel) mais également de développer leurs « business

skills » indispensables pour s’épanouir professionnellement. De l’entrée

à la sortie de l’école, quels que soient les parcours choisis (alternance,

apprentissage, chez un partenaire international ou français, en création

d’entreprise, en association), chaque étudiant bénéficie d’un accompagnement

qui le guide vers l’emploi. 93 % de nos jeunes diplômés trouvent

un emploi en moins de 4 mois, et 22 % débutent à l’international.

Pour découvrir de nouveaux champs

Nous ne vous apprendrons pas que la transversalité des savoirs favorise

l’ouverture d’esprit. Pour en faire une réalité, nous avons noué de

nombreux doubles diplômes avec des écoles ou universités françaises

qui n’enseignent pas la gestion et le management. Les étudiants de

GEM peuvent dès la 1 re année suivre en parallèle des licences de droit,

philosophie, histoire, économie et lettres à l’Université Grenoble

Alpes. En 2 e et 3 e année, l’univers des possibles s’élargit avec des

doubles diplômes en ingénierie, design, luxe, humanitaire… Un atout

PUBLI-INFORMATION

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 13 MAI 2018 | N°17



indéniable pour les entreprises qui se disputent ces doubles profils,

forts d’une culture business et d’une connaissance sectorielle acquises

simultanément.

Pour agir et penser la société de demain

Dans un monde en mouvement, où la plupart des enfants nés en 2018

occuperont des métiers qui n’existent pas encore, dans des pays actuellement

émergents et avec des modes de collaboration qui relèvent

encore de la science-fiction, notre but à tous, en tant qu’enseignants,

est d’armer au mieux les étudiants pour une succession de carrières

dans un monde global et imprévisible.

Grâce aux recherches de ses professeurs, GEM est aujourd’hui reconnue

dans le monde académique pour ses travaux autour du digital, de

l’énergie, de la santé, de l’économie du partage, de l’entrepreneuriat

et de la paix économique. Ces savoirs produits par GEM irriguent tous

ses cours et permettent aux étudiants d’éprouver les sujets qui impacteront

la société de demain.

Convaincus que ce sont eux qui pourront faire bouger les entreprises

et peut-être la société toute entière, nous les préparons à reconnaître

et affronter les phénomènes émergents, à se forger leurs propres opinions

par l’expérimentation et la pensée en action.

Pour toutes ces raisons, GEM est un choix logique, ambitieux,

celui d’une école en mouvement, à la fois visionnaire et

solidement ancrée dans le monde actuel.

Grâce à vous, nous accueillons des étudiants cultivés,

travailleurs et ambitieux.

Comme vous, nous aimons notre métier, nos étudiants, et

fondons tous nos espoirs dans leur capacité à inventer des

solutions concrètes aux grands défis humains et à s’épanouir

en tant que femmes et hommes éclairé(e)s.

GEM dans les classements

> Classée 6 e business school française par la presse française

(L’Étudiant, Le Point, Le Parisien) et 5 e par le Figaro

> Top 25 européen

> Top 50 mondial


D O S S I E R

Comment former

ses étudiants à l’ère

du numérique et

de l’intelligence artificielle

C’est sans doute le défi qui englobe tous les

autres : comment répondre à la vertigineuse

expansion du numérique et de l’intelligence

artificielle ? Tant pour répondre aux

besoins des entreprises que pour

former ? Une question qui

taraude tout l’enseignement

supérieur et jusqu’au plus

haut niveau de l’État.

© Fotolia

Le hall de Kedge BS à Bordeaux

L

’ère numérique pas encore digérée, les formateurs doivent

maintenant faire face à la montée en puissance d’une intelligence

artificielle (IA) qui s’apprête à tout bouleverser. « La

nouvelle école que nous devons inventer devra nous permettre

de relever le défi immense de notre utilité dans un monde bientôt

saturé d’intelligence artificielle », promet Laurent Alexandre

dans son livre « La Guerre des intelligences » (JC Lattès). « Il

y a 20 ans nous formions des diplômés qui allaient travailler

dans le marketing et la finance. Nous avions remarquablement

appris à des étudiants à aller puiser dans des stocks de connaissance

», confirme Bernard Belletante, le directeur d’emlyon BS

qui remarque que « 2020-2030 va être la décennie de l’intelligence

artificielle. Ce qui signifie que notre responsabilité c’est

de développer les compétences d’individus qui vont devoir

travailler dans des systèmes complexes t ». Exactement ce que

professe Laurent Alexandre en remarquant : « Chaque année

800 000 jeunes se présentent sur le marché de l’emploi. Serontils

mis en concurrence avec des robots dopés à l’IA faible ? ».

: Quelle place pour les humains ?

Certaines études, comme celle de Frey et Osborne (Frey &

Osborne, 2013), évaluent à 47 % le nombre d’emplois aux

États-Unis à « risque de substitution » par des robots matériels

ou logiciels. Une analyse plus récente de l’OCDE (Arntz, Gregory,

& Zierahn, 2016) évalue un risque plus faible en partant du

principe que « les tâches automatisables à l’intérieur d’un emploi

donné seront remplacées par d’autres tâches moins automatisables

». 9 % des emplois de l’OCDE seraient à un risque supérieur

à 70 % d’être automatisables. Plus 10 à 15 % des emplois

qui vont disparaitre dans les 10 ans du fait de la digitalisation

et autant qui seront créés. Mais en tout ce seront au moins la

>>> suite page 15

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 14 MAI 2018 | N°17


D O S S I E R

© Skema

>>> suite de la page 14

moitié qui seront profondément impactés. « Et pour la première

fois dans tous les secteurs à la fois. Notre premier défi collectif

de prendre conscience de l’ampleur de la mutation. La compétition

entre les grandes économies va se jouer sur ce domaine ;

et nous n’avons pas vocation au low cost ! », insiste la ministre

du travail, Muriel Pénicaud devant les partenaires sociaux réunis

en ce début d’année au congrès de CentreInffo. Car il n’y aura

pas que les chauffeurs routiers qui seront remplacés par des IA à

l’ère de la conduite autonome. Même les professionnels les plus

reconnus aujourd'hui, au premier chef les médecins, sont potentiellement

menacés d’une transformation majeure de leur activité.

Face au monceau de données qui va être traité par les entreprises

médicales, ils risquent en effet de n’être bientôt que de

simples intermédiaires entre celles-ci et leur malade. Comme les

infirmières le sont aujourd'hui avec eux ? « Quand les machines

permettent des diagnostics plus précis que les humains, les

médecins doivent se concentrer sur l’écoute de leurs patients. Et

être formés pour ça », positive le politologue américain et auteur

de l’ouvrage « In Defense of a Liberal Education » Fareed Zakaria

lors du Wise, le congrès consacré chaque année à l’éducation à

Doha. « L’IA professeur peut venir en aide au professeur humain

qui ne peut être expert en tout. Les élèves sont de plus en plus

habitués à apprendre avec une IA depuis leur enfance par leurs

jeux », assure Jingfang Hao, fondatrice de l’entreprise chinoise

Skema BS démarre son année par un travail en

commun entre les étudiants de tous ses campus

WePlan et écrivaine. « En utilisant les technologies un professeur

peut enseigner individuellement plutôt qu’à la classe », estime

James Crabtree, professeur à l’université de Singapour. Ce que

défend également Jörg Dräger pour la Fondation Bertelsmann

en estimant que « c’est toute la différence entre une éducation

fondée sur un tableau noir central, que nous avons fini par adopter,

et celle qu’on donnait auparavant à des enfants de tous âges

mêlés dans la même classe qui se formaient individuellement

avec leur propre cahier de connaissance ».

Autant de questions qui viennent rappeler que le premier

challenge est de répondre à la demande massive d’éducation

dans le monde. « Avec l’hétérogénéité des classes, la nécessité

de psychologues, de matériel, etc. chaque élève coûte 2,5 fois

plus cher à éduquer aux États-Unis qu’il y a trente ans », établit

Jörg Dräger, qui ne voit pas comment on pourrait être « efficace

pour répondre à ces demandes sans un recours massif aux

nouvelles technologies ». Mais faut-il créer ses propres technologies

ou utiliser celles des grands acteurs comme Google, qui

s’améliorent à mesure que de plus en plus d’utilisateurs les

adoptent ? Une question que pose James Crabtree devant le

« coût exorbitant des nouvelles technologies », sans se poser les

questions qu’on se pose souvent en Europe sur l’appropriation

des data par les grands acteurs du web.

>>> suite page 16

→→

Comment former les cadres

qui manquent au numérique ?

Alors que toutes entreprises

sont en pleine mutation

numérique, les entreprises du

secteur, et notamment celles

qui sont regroupées dans leur

syndicat professionnel, le

Syntec Numérique, ne savent

plus comment trouver tous les

cadres dont elles ont besoin.

« Nous créons en moyenne 11 000

emplois nets par an et recrutons

chaque année 40000 cadres

quand l’industrie en recrute

26000, la banque-assurances

13 000 ou encore le commerce

18 000. Le numérique est un

secteur qui tire la croissance de

toute l’économie », assure le

président de Syntec Numérique,

Godefroy de Bentzmann, qui

s’attend à une croissance de

+ 3,6 % en 2018 et revendique

19 000 créations nettes d’emplois

en 2016. « Chaque année il nous

manque 10 000 diplômés dans

la branche, dont une majorité

d’ingénieurs », confirme le

délégué général de l’association

Talents du numérique (ex Pasc@

line) qui réunit entreprises et

établissements du numérique.

Créer des « EdTech » françaises et européennes

Les défis liés au digital devraient idéalement reposer sur le développement

d’« EdTech » françaises. Aujourd'hui, 90 % des investissements

dans le monde viennent des États-Unis et de Chine. « On estime

qu’on y a investi 3,5 milliards d’euros ces trois dernières années sur

un marché de l’éducation de 180 milliards d’euros. C’est à la fois peu

et beaucoup en progression avec des besoins considérables en Chine

– 250 millions de personnes à former – et aux États-Unis le besoin de

produire un enseignement moins coûteux », commente Marie-Christine

Levet, co-fondatrice du premier fond d’investissement européen

dédié à l’éducation et la formation, Educapital. Un sujet tellement

sensible pour Neoma BS qu’elle crée un incubateur d’EdTech « Nous

voulons devenir un lieu d’expérimentation avec un accélérateur d’entreprises

EdTech pour tester les avancées technologiques et les nouvelles

approches pédagogiques. Toutes les composantes de l’apprentissage

peuvent être repensées avec des salles modulables et des espaces de

co-working ouverts vers les start up », explique sa directrice générale,

Delphine Manceau, dont l’école va également devenir éditeurs de cas

virtuels qui seront diffusés, d’ici un an, par la Centrale de cas et de

médias pédagogiques. En tout l’Observatoire des start up de la Ed-

Tech liste aujourd'hui plus de 300 start up en France. « Beaucoup sont

sous financées et vivent d’appels à projets ministériels pour lesquels

elles tordent leur modèle initial », constate Marie-Christine Levet

dont le fonds dispose aujourd'hui de 47 millions d’euros qui vont être

investis dans 15 à 20 sociétés pour « leur assurer de la pérennité et sélectionner

une quinzaine de champions européens pour ne pas laisser

Google et Apple s’emparer de tout le marché… ». n

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 15 MAI 2018 | N°17


D O S S I E R

>>> suite de la page 15 : Développer les bonnes compétences

À la suite de la publication fin mars 2018 du « Rapport sur l’intelligence

artificielle » (IA) du mathématicien et médaillé Fields

Cédric Villani, un programme national pour l’IA va être initié en

France. Coordonné par l’Inria (Institut national de recherche en

informatique et en automatique), il va s’appuyer sur un réseau de

quatre ou cinq instituts spécialisés pour former de plus en plus de

jeunes à ces nouveaux défis tout en développant une recherche

de pointe. Mais aussi utiliser au mieux les technologies digitales,

au sens large, pour mieux enseigner à des étudiants dont on

redoute qu’ils tombent sinon dans les griffes des GAFAM (Google,

Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) ou de leurs équivalents

chinois, les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Huawei et Xiaomi).

Deux grands défis pour notre enseignement supérieur alors qu’un

autre rapport, celui de François Taddei sur la « Société apprenante

» met en avant une autre intelligence : collective celle-là.

Dans son rapport, Cédric Villani propose de multiplier par trois le

nombre de personnes formées en IA à horizon 3 ans. Selon lui

« les formations en mathématiques et en informatique existantes,

qui rassemblent les briques de base utiles à l’intelligence artificielle,

devraient s’orienter naturellement vers l’enseignement de

l’intelligence artificielle ». C’est le cas pour les écoles d’ingénieurs

qui, déjà, mettent sur pied des formations spécifiques sur ce

sujet. L'École polytechnique et Google France viennent ainsi de

créer une chaire internationale d'enseignement et de recherche

dans le domaine de l'intelligence artificielle qui a « vocation à

renforcer l'écosystème d'excellence en France en IA, en attirant

les talents internationaux et en formant les chercheurs et innovateurs

de demain. » Le nouveau programme de niveau master

Artificial Intelligence and Advanced Visual Computing de l'X

bénéficiera de son soutien. « Cette chaire nous permettra de

tirer profit de l'excellence française en matière de formation par

la recherche et de double compétence informatique-mathématiques,

pour faire émerger une génération de jeunes talents qui

créeront les métiers numériques de demain », assure Paule Cani,

professeure à l'École polytechnique et porteuse de la chaire.

Cédric Villani insiste également pour la formation de spécialistes

hybrides. « Nous allons intensifier nos liens avec les écoles d'ingénieurs

pour avoir de plus en plus d’étudiants double diplômes

pour anticiper les besoins des entreprises », relève justement le

directeur d’ESCP Europe, Frank Bournois, qui a été le premier à

introduire le coding dans l’enseignement de ses étudiants. Même

réflexion du côté de Skema BS, qui développe avec Microsoft

une nouvelle gamme de parcours hybrides alliant technologie

et management en formation initiale et continue. « Nous devons

apporter une remise à niveau à nos étudiants sur le plan technologique

mais aussi recruter des étudiants qui manifestent un

vrai intérêt pour cette évolution », analyse sa directrice générale,

Alice Guilhon, quand Bernard Belletante estime s’interroge :

« Dans un an et demi IBM va lancer un calculateur qui traitera

à la seconde 10 puissance 19 opérations. C’est-à-dire la vitesse

du cerveau ! On ne peut plus raisonner, on ne peut plus travailler

de la même manière. Comment former des jeunes qui auront

accès dans une dizaine d’années à des milliards d’objets connectés

? » Une problématique qui passe également par des alliances

entre écoles d’ingénieurs et de management comme celles que

lancent l’Efrei Paris et l’Essca et qui débouche sur la création

d’un bachelor commun et du premier double diplôme manager

/ ingénieur des écoles postbac. « Nos métiers, le marketing, la

comptabilité, la finance, deviennent de plus en plus technologiques

et nous devons attirer et former des jeunes qui ont en eux

>>> suite page 17

Trois questions à Bernard Belletante,

directeur d’emlyon BS

Comment l’enseignement de la

gestion doit-il évoluer dans les

années à venir pour répondre

aux défis du numérique, de

l’intelligence artificielle (IA),

des Big Data, etc. ?

Le schéma n’est pas clair.

Nous avons devant nous un

certain nombre de phénomènes

économiques qui vont impacter

les métiers des entreprises et les

processus de décision. Donc les structures qui forment leurs cadres. Dans

un an et demi sera lancé un calculateur qui traitera à la seconde 10 puissance

19 opérations. C’est-à-dire la vitesse du cerveau ! Cela aura le même

impact sur lui que la grue l’a eue sur nos bras. L’autre révolution c’est celle de

l’intelligence artificielle et toutes ses composantes. Nous allons être face à

des « machines apprenantes » qui vont aller plus vite que notre cerveau.

La deuxième rupture va être celle de la gratuité. L’explosion des puissances

de calcul va rendre gratuit des biens qui étaient payants. Un institut a même

calculé que 75 % de la demande actuelle des ménages allait être gratuite

dans les dix à douze ans. Nous rentrons donc dans une société d’abondance

alors que l’économie est la science de la rareté. Les nouvelles sources

énergétiques sont inépuisables et quasi-gratuites. Les data, qui ont toutes les

caractéristiques d’une matière première, ne s’usent pas quand on les utilise.

Au contraire elles s’enrichissent.

La troisième rupture est celle de l’espace et du temps. Nous entrons dans un

monde d’immédiateté où le temps se fait court et où il faut réagir de plus

en plus vite. Or les robots vont plus vite que nous. Comment réagir ? Avec

quelle éthique ?

Mais comment préparer vos diplômés à tous ces défis ?

C’est notre rôle et c’est aussi pour cela que nous sommes implantés à Shanghai

et Casablanca : pour avoir des capteurs qui nous permettent de réagir

vite. Nos maker’s lab permettent d’apprendre à maîtriser la puissance de la

machine. Nous avons moins besoin de salles, de livres, de cours et plus de

lieux de flux, d’expériences, d’intelligences… pour laisser l’homme maître

de sa destinée. Le « joint initiative agreement » que nous avons signé avec

IBM est là aussi pour cela. Nous avons créé un poste de « directeur des nouvelles

intelligences », membre de notre Comex, pour nous approprier toutes

ces problématiques. Sur les huit professeurs que nous avons embauchés cette

année, quatre ont des spécialités en lien avec l’IA.

Mais quelle est l’utilité d’un campus dans ce nouveau paradigme ?

Il faut créer des « lieux d’émotion » pour donner un sentiment de communauté.

Des événements symboles qui doivent être inoubliables. Cette année,

nous avons réuni tous les nouveaux étudiants de tous nos programmes

ensemble pour un « early makers’ game ». 100 intervenants étaient là pour

créer cette émotion.

Ensuite, ce qui était une école pendant trois ans va devenir une communauté

de compétences tout au long de la vie, un « centre commercial » des

intelligences dans lequel on reviendra régulièrement. Il faut entretenir son

diplôme ! À nous de créer des espaces, réels et virtuels, pour cela. À nous

de matérialiser des portefeuilles de compétences et des communautés

d’apprentissage.

Demain ira-t-on vers un diplôme dans une seule école ou choisira-t-on

d’associer des pièces, comme un Lego, dans différentes business school

labellisées Equis ou AACSB ?

Le futur des business school c’est d’être des communautés d’apprenants et

d’expérience. n

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 16 MAI 2018 | N°17


suite de la page 16

ces deux dimensions », remarque le directeur général de l’Essca,

Samir Ayoub.

Mais encore faut-il former les enfants dès le plus jeune âge

« Les besoins de formation en IA ne pourront être remplis qu’à

l’aide d’un renforcement considérable de notre système éducatif

en mathématiques et informatique » insiste Cédric Villani. Il

demande donc – il en parlait déjà dans son précédent rapport

sur l’enseignement des mathématiques –, la mise en place d’un

enseignement d’algorithmique dès le cours préparatoire. Un long

chemin en vue que d’autres prennent déjà. En s’appuyant sur ses

800 millions d’internautes, le président chinois, Xi Jinping, entend

« faire de la Chine une cyber-superpuissance capable, d'ici une

dizaine d'années, d'être le leader mondial en intelligence artificielle

(IA), informatique quantique, semi-conducteurs et réseaux

mobiles 5G ». Que pèseront face à lui et ses BATX (Baidu,

Alibaba, Tencent et Xiaomi), face aux GAFA, les 1,5 milliard d’euros

qu’a prévu de mobiliser Emmanuel Macron pendant son quinquennat

pour développer l’IA en France ?

: Utiliser le digital et l’IA

pour mieux former

D O S S I E R

« Nous devons proposer les pédagogies nécessaires pour former

des jeunes qui vivent déjà dans une "humanité digitale". La vision

digitale est dépassée et nous sommes déjà à nous interroger sur

les effets du transhumanisme ou de l’intelligence artificielle (IA).

Nous sommes dans Asimov ! », s’exclame le directeur de Rennes

SB, Thomas Froehlicher. ESCP Europe construit aujourd'hui une

grande bibliothèque numérique pour pouvoir utiliser dans ses

cours l’ensemble des ressources de l’école. « Notamment en

executive education nous pourrons répondre de manière beaucoup

plus rapide aux demandes des entreprises », commente

Vasquez Bronfman, dean associé en charge de l’enseignement

numérique de l’école.

Une priorité comprise depuis plusieurs années déjà par le

groupe Ionis, dont fait notamment partie l’ISG, qui a créé à cet

effet la plateforme de cours Ionis X sur laquelle elle a 200 à 300

étudiants inscrits pour suivre des cours 100 % en ligne. « L’ensemble

des étudiants de nos écoles d'ingénieurs en utilisent

également les cours dans une logique de classe inversée. C’està-dire

que les notions qu’ils ont apprises en ligne sont ensuite

commentées en cours avec leurs professeurs. En suivant ses

cours à la maison pour réaliser ses TP à l’école l’évaluation des

étudiants est meilleure », se félicite son vice-président exécutif,

Fabrice Bardèche. Une réalité qu’on retrouve également à l’Edhec

dont le BBA on line est une déclinaison d’un programme qui a

été créé il y a plus de dix ans pour

les sportifs. « Aujourd'hui le digital

nous impacte aussi bien dans

le contenu des programmes que

dans les services support ou l’accompagnement

des étudiants »,

signifie son directeur général,

Emmanuel Métais, dont l’école

teste en ce moment des chatbots

qui répondront aux questions

des étudiants concernant leurs

carrières. En commençant par des

étudiants en MBA. Une première

approche avant de s’adresser à

des coachs. n

O. R

→→

La création de l’Institut

PRAIRIE Le CNRS, Inria,

l’université PSL et les

entreprises Amazon, Criteo,

Facebook, Faurecia, Google,

Microsoft, NAVER LABS,

Nokia Bell Labs, le Groupe

PSA, SUEZ et Valeo font

converger intérêts

académiques et industriels et

s’unissent pour créer, à Paris,

l’Institut PRAIRIE dont

l’objectif est de devenir une

référence internationale de

l’intelligence artificielle.

Des étudiants de Neoma BS en expérience immersive

© Neoma BS

L’ÉTUDIANT AU CŒUR DE NOTRE

PÉDAGOGIE

L’École a décidé de mettre en scène sa nouvelle

signature – Lead For Change – qui marque un

tournant pour BSB, « Entre la double accréditation

internationale EQUIS et AACSB, notre ancrage

dans le Top 15 des grandes écoles management

françaises, nos nouveaux campus ou notre

statut EESC, l’École a changé de dimensions.

Lead For Change traduit cette dynamique

d’impulsion et d’accélération, en même temps

que cela réaffirme notre positionnement, qui place

l’étudiant au cœur de notre pédagogie. Cette

signature et ce nouveau film révèlent l’ambition

que nous avons pour nos élèves ».

Cette ambition, c’est de révéler les talents qui

changeront le monde, de contribuer à former

des acteurs de ces transformations. Ce film

souligne notamment la proximité des élèves avec

l’encadrement et leur vie sur un campus repensé

autour de l’expérience étudiant.

bsb-education.com

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 17 MAI 2018 | N°17


ENTRETIEN

© Edhec

« La révolution

digitale change

notre métier »

Moins d’un an après son arrivée à la tête de

l’Edhec BS, Emmanuel Métais fait le point avec nous

sur tous les chantiers auxquels il s’est attelé. En

têtes de liste se trouvent « l’expérience étudiante »

et la transformation digitale de son école.

Olivier Rollot : Vous êtes depuis un peu moins d’un an à

la tête de l’Edhec. Quel grand chantier entendez-vous

lancer ?

Emmanuel Métais : La révolution digitale change notre métier.

Les professeurs sortent de leur salle de cours. Nous formons des

nouveaux types de managers plus agiles et entrepreneurs. D’un

côté c’est une génération fabuleuse qui veut changer les codes

et entreprendre. De l’autre des entreprises nous demandent

de former des jeunes polyvalents, digitaux, créatifs, etc. Notre

prochaine grande séquence d’investissement sera donc consacrée

à « l’expérience étudiante ». Un sujet sur lequel nous avons

déjà créé une cellule dédiée en juin dernier.

O. R : Qu’entendez-vous par « expérience étudiante » ?

E. M : Notre responsabilité c’est de partir de là où sont nos

étudiants pour construire avec eux des parcours. Pas question

pour nous de leur proposer de choisir tous leurs cours avec des

rayons de supermarché ! Le digital nous permet d’individualiser

les parcours en mesurant combien de temps tel ou tel étudiant

passe sur son cours de comptabilité, s’il regarde ou pas des

vidéos, etc. Nous pouvons suivre individuellement chacun d’eux

et leur envoyer les contenus spécifiques dont ils ont besoin.

Chacun doit pouvoir atteindre un niveau minimum et progresser

ensuite sur tel ou tel sujet.

O. R : Vous vous distinguez ainsi clairement des plateformes

d’enseignement à distance type Coursera ?

E. M : Le modèle économique de Coursera n’est pas stabilisé.

Aujourd'hui Netflix produit des films, pourquoi Coursera ne

rachèterait-il pas un jour un campus ? Ce qu’il nous restera ce

sera notre expertise pour construire des parcours. Mais aussi

une expérience présentielle que nous allons encore améliorer en

équipant toutes nos salles de cours de chaises Steelcase polyvalentes

et de murs sur lesquels on peut écrire et projeter des informations.

Le tout en conservant quelques amphis. À Harvard on

utilise tous les outils, du tableau à la craie au projecteur. Bientôt

tous nos professeurs pourront facilement se filmer pendant leur

cours.

O. R : Vos professeurs sont toujours motivés par ces

innovations ?

E. M : Bien sûr il y a des professeurs plus ou moins motivés

pour évoluer. Des professeurs qui donnent des cours magistraux

magnifiques. Mais plus personne ne se demande pourquoi il faut

mettre ses cours en ligne. La technologie libère la pédagogie et

embarque tout le monde dans le mouvement. Nous avons d’ailleurs

modifié les règles de gestion pour dépasser l’impact de

la seule heure de cours et récompenser ceux qui savent mettre

leurs cours en ligne. Nous nous appuyons sur les plus motivés et

avons créé un « Pedagogical Innovation Lab » pour accompagner

les professeurs avec des ingénieurs pédagogiques.

En 2020 nous voulons ainsi que 20 % de nos cours soient

dispensés en « blended », en mêlant cours en ligne et en présentiel.

Quand on a des promotions de 750 on comprend vite que

c’est plus intéressant de profiter des cours pour discuter avec les

étudiants que de délivrer vingt fois le même cours !

O. R : Le développement de la dimension digitale des programmes

est donc aujourd'hui une priorité pour vous ?

E. M : Ce n’est pas une nouveauté. Le BBA on line est une déclinaison

d’un programme que nous avions créée il y a plus de dix

ans pour les sportifs de haut-niveau. Aujourd'hui le digital nous

impacte aussi bien dans le contenu des programmes que dans

>>> suite page 19

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 18 MAI 2018 | N°17


ENTRETIEN

>>> suite de la page 18

les services support ou l’accompagnement des étudiants.

Nous testons des chatbots qui répondront aux questions des

étudiants concernant leurs carrières. En commençant par des

étudiants en MBA. Cela constituera pour eux une première

approche avant de s’adresser à des coachs.

O. R : La population des étudiants en formation continue

est-elle plus propice au développement du on

line ?

E. M : Avec les sportifs de haut niveau et les personnes

handicapées, ce sont effectivement ceux qui souhaitent le

plus étudier à distance. Parfois parce qu’ils n’ont pas forcément

les moyens de se déplacer. C’est ce qu’on appelle

l’« education poverty », ce segment d’apprenants qui ont

seulement les moyens d’étudier en ligne tout en possédant

des capacités intellectuelles évidentes. Si on y ajoute ceux qui

veulent gagner du temps – « time poverty » - c’est un nombre

considérable d’étudiants potentiels qui viennent s’ajouter aux

étudiants classiques présents sur les campus. D’où la digitalisation

de nos programmes.

C’est l’expérience étudiante qui doit faire évoluer leurs cours,

pas la technologie !

O. R : La question de la pérennité du modèle économique

des business schools est sur toutes les lèvres.

Comment se porte l’Edhec ?

E. M : Nous voyons bien que les pouvoirs publics mettent de

moins en moins de moyens dans l’enseignement supérieur

alors que les besoins de financement sont tout simplement

énormes. Avec des enseignants-chercheurs qui enseignent

très peu et qu’on presse de publier dans les revues pour

monter dans les classements et obtenir les accréditations, la

recherche représente un coût considérable pour les écoles

de management et ce sont finalement les étudiants qui la

financent.

O. R : Alors qu’à l’Edhec c’est la recherche qui finance

l’école…

E. M : Depuis 15 ans l’Edhec est parvenue à faire de sa

recherche en finance une source de revenus. Nous avons

d’abord créé un centre de recherche pour développer notre

notoriété puis un spin off pour en vendre les résultats aux

professionnels de la finance sous la forme d’indices. Nous

estimons aujourd'hui que ce sont chaque année 30 milliards

de dollars qui sont investis au travers des indices que nous

avons créés. En touchant une petite commission sur chaque

dollar placé, la part de cette recherche représente aujourd'hui

15 % des 120 millions d’euros de notre budget.

Cette ingénierie au quotidien repose sur une équipe de 40

personnes : ingénieurs de recherche, commerciaux et professeurs.

Elle crédibilise nos étudiants et nous permet d’attirer

des professeurs comme Laurent Calvet et Raman Uppal.

O. R : N’est-ce pas un modèle difficilement transposable

dans d’autres domaines que la finance ?

E. M : Chaque école doit trouver ses points forts. À l’époque

où nous avons commencé à développer cette recherche nous

avons pris une bonne décision de gestion en anticipant la

baisse des revenus tirés de la taxe d’apprentissage.

O. R : L’Edhec a lancé en 2016 un mouvement d’augmentation

des frais de scolarité des écoles de management

françaises. Jusqu’où peut-on aller ?

E. M : Si on veut continuer à augmenter nos frais de scolarité

il faut en même temps être capables d’accompagner

ceux qui n’en ont pas les moyens. Aujourd'hui nous redistribuons

10 millions d’euros par an aux étudiants. C’est la clé pour

continuer à progresser alors que le rapport entre le coût des

études et les perspectives de carrière qui sont offertes reste très

intéressant.

O. R : Autre source de revenus pour les écoles : la formation

continue. Que représente-t-elle pour l’Edhec ?

E. M : Environ 15 % de nos revenus sur tous les segments :

formations en intra dans les entreprises comme diplômantes.

L’essentiel est à Paris mais nous en délivrons également à Nice,

Paris et à l’étranger. La croissance est régulière mais nous y

investissons prudemment car la formation continue doit être tirée

par le corps professoral. Ces formations sont de plus en plus en

ligne avec, par exemple, un E-MBA qui compte 200 étudiants.

Nous ne souhaitons pas faire du volume mais développer

quelques belles pépites.

O. R : L’année dernière l’Edhec Business School a radicalement

changé la façon dont elle faisait passer les oraux en

proposant un entretien collectif à la place du traditionnel

entretien individuel. Quel bilan en tirez-vous ?

E. M : Cela s’est très bien passé et a confirmé notre hypothèse

selon laquelle il était temps d’évoluer. Bien sûr cela demande

une logistique très lourde de réunir ces groupes d’étudiants mais

cela nous permet de mieux déceler des étudiants possédant les

valeurs et les soft skills que les entreprises recherchent. Et tout

particulièrement la capacité à travailler en groupe.

O. R : L’Edhec propose cette année vingt places supplémentaires

aux élèves issus de CPGE. Qu’en est-il de votre

recrutement international ?

E. M : 40 % de nos étudiants sont des internationaux. Nous

constatons même une véritable explosion du nombre de candidats

internationaux dans notre International BBA et ses trois

parcours : le « Global business » que nous proposons avec

l’UCLA, le « Business management » et enfin le BBA on line.

O. R : Plus largement comment l’Edhec se développe-t-elle

à l’international ?

E. M : Nous avons fait le choix délibéré de ne pas ouvrir de

campus à l’étranger. Si nous ouvrions un campus en Chine nous

ne pourrions pas y recruter les meilleurs étudiants. Ces meilleurs

étudiants nous devons les convaincre de venir sur nos campus en

France. Nous sommes certes implantés à Londres et à Singapour

mais c’est pour y faire de la recherche en finance. Il n’y a guère

que l’Insead qui ait réussi à avoir deux implantations, à Fontainebleau

et Singapour, de même valeur. Harvard est une marque

globale mais n’est qu’à Boston.

De plus je ne suis pas certain que ce soit pédagogiquement très

intéressant d’amener tous ses étudiants sur son propre campus à

l’étranger. Nous préférons proposer des triples diplômes avec la

SKK Graduate School of Business en Corée ou Berkeley BS aux

États-Unis.

O. R : Quel regard jetez-vous sur les classements des

écoles de management qui vous maintiennent pratiquement

toujours à la 5 e place ?

E. M : En France certes mais à l’international, le Financial Times

nous classe régulièrement entre la 1 re et la 3 e des Grandes Écoles

françaises, selon les programmes. Mais cela ne se convertit pas

automatiquement auprès de la presse française. Le système a

tendance à se reproduire du côté des CPGE qui semblent soumis

à un classement immuable. Nous ferons un jour sauter le plafond

de verre parisien ! n

→→

Emmanuel Métais :

20 ans à l’Edhec

Nommé directeur général de

l’Edhec en 2017 Emmanuel

Métais, 48 ans, était depuis

2015 directeur de la grande

école et des MSc et travaillait

depuis plus de 20 ans au

sein de l'Edhec. Il y enseigne

la stratégie d'entreprise et

plus particulièrement les

stratégies disruptives et la

performance des fusionsacquisitions.

Emmanuel

Métais a également dirigé le

département « Management

& Stratégie » de l'Edhec

Business School entre

1997 et 2005. Après avoir

supervisé en 2002 la

première accréditation

AACSB de l’école, il a

dirigé le portefeuille des

programmes internationaux

post-graduate de 2005 à

2008 et pris la direction

de l'Edhec Global MBA

de 2006 à 2015. Ce grand

sportif – il a pratiqué le

hockey sur glace à un

haut niveau – est titulaire

d'un PhD in Strategic

Management.

→ Emmanuel Métais a

succédé à Olivier Oger qui

dirigeait l’Edhec depuis près

de 30 ans.

→ → L'Edhec lance une

chaire « Innovation &

transformation

permanente »

« Aujourd'hui, l'enjeu n'est

pas d'innover une fois mais

de placer son organisation

dans les conditions de

son renouvellement en

continu », explique Pierre

D'Huy, directeur des

programmes Internationaux

de l'Edhec Executive

Education et responsable

de la chaire « Innovation

et transformation

permanente » que lance

son école pour « apporter

un nouvel éclairage sur

cette question centrale pour

les entreprises ». Soutenue

par le groupe Somfy,

spécialisé dans les solutions

domotiques pour la maison

connectée, son enjeu est

d’« imaginer les produits

et services de demain mais

aussi anticiper les futurs

modes de consommation

pour adapter les canaux de

distribution ».

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 19 MAI 2018 | N°17


PAROLES DE PROF

"À l’écrit, on élimine ;

à l’oral, on recrute"

Les épreuves d'entretien de personnalité et de motivation

à l'oral du concours d'entrée en école de management

© Fotolia

Par Nicole Eparvier, Professeure

de Chaire supérieure (économiedroit)

en CPGE ECT au Lycée

Brémontier de Bordeaux

et Alain Joyeux, Professeur de

Chaire supérieure (géopolitique)

en CPGE ECS au Lycée Joffre de

Montpellier

Au cours de l’entretien, ce ne sont pas les connaissances

académiques qui sont appréciées, mais le savoir-être, le jury cherche

à cerner la personnalité des candidats, et le savoir-faire à travers les

expériences et la capacité à se projeter dans l’avenir. Il est impératif

de se préparer à cet exercice car l’improvisation n’y a pas sa place

et le coefficient affecté à cette épreuve est très élevé, une mauvaise

prestation orale est souvent synonyme de non admission.

Les différents types d’entretien

C’est une épreuve commune à toutes les écoles de management, qu’il soit

individuel, collectif, en face à face ou inversé. Les jurys sont composés de deux

ou trois personnes, un représentant de l’école, professeur ou membre de la

direction, un professionnel, quel que soit son secteur d’activité, et souvent un

ancien élève.

L’entretien individuel

C’est la forme la plus fréquemment retenue, qui dure de 30 à 40 minutes.

Certaines écoles proposent de débuter cet entretien par un exposé de 10 à

20 mn ou par des ateliers et jeux de rôles qui prennent appui sur :

> une question d’ordre général (Audencia, ISG, INSEEC, Rennes SB) ;

> un centre d’intérêt ou une passion illustré par un support choisi par le candidat

: une photo, un objet, un accessoire, une présentation informatique (EM

Strasbourg) ;

> une projection d’un court métrage relatif à un sujet de société (ESC

Clermont) ;

> la présentation d’un rocket pitch qui consiste en la présentation d’un projet

de produit ou de service innovant sur la base de trois objets préalablement

choisis : ampoule, lunettes de soleil, mouchoir… (ESC Troyes-SCSB) ;

> une situation réelle (Essec, Montpellier BS) ;

> un jeu de cartes représentant des objets réels (ICN) ;

> un article de presse (Toulouse BS) ;

> la réponse à 4 questions correspondant à 4 thèmes : expérience (expérience

qui a été la plus marquante), personnalité (personnage historique qui vous

intrigue le plus), créativité (si vous aviez un super pouvoir pendant 1 heure)

et projet (le stage idéal pour vous) (format de emlyon) ;

> un atelier « Think Tomorrower » (ESC Pau) basé sur le problem solving.

Accompagnés par des coachs et en suivant une méthodologie fondée sur le

design thinking, les candidats disposent de 2 éléments : une carte « métier »

associée à une carte « innovation » (technologique, sociétale ou environnementale)

: le mix entre ces 2 cartes doit leur permettre d’identifier des pistes de

développement : un nouveau métier, une application, un nouveau modèle d’entreprise

ou un service/produit innovant…

L'entretien individuel prend alors appui sur ce que le candidat a éprouvé lors de

cet atelier.

À partir de ces différents supports, il s’agit d’élaborer un raisonnement

construit. Le jury cherche à apprécier la capacité à organiser rapidement une

réflexion et à défendre par un discours argumenté une position. Le discours

neutre est à éviter.

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 20 MAI 2018 | N°17

>>> suite page 21


PAROLES DE PROF

>>> suite de la page 20

Avec ou sans première partie, l’entretien consiste en une discussion libre entre

les membres du jury et le candidat afin de cerner sa personnalité, ses motivations,

son potentiel d’évolution et son projet.

Il débute par une présentation de l’étudiant, son parcours scolaire, ses centres

d’intérêt, sa projection dans l'avenir. Certaines écoles demandent de remplir

un curriculum vitae ou un questionnaire personnalisé (Kedge, EM Strasbourg,

ICN, ESC Dijon-BSB, Inseec, ISG, Neoma, Rennes SB, CV projectif pour ESC

La Rochelle ou Skema) qui sert de base à l’échange.

L’authenticité est recommandée, ne pas s’inventer des qualités ou des expériences

car le jury est expérimenté et cherche à apprécier l’adéquation entre la

personnalité, les projets de l’étudiant et le cursus de formation proposé. Sont

notés positivement la qualité de la relation (capacité à communiquer, réactivité),

la qualité de l’expression orale (pas de familiarité, concentration), le

niveau de culture générale (curiosité naturelle et regard porté sur le monde), la

compréhension des problématiques (maturité, esprit critique), la capacité à se

projeter dans l’avenir.

L’entretien collectif

Pratiqué par l’ESC La Rochelle, il dure 45 mn préparation comprise. Un groupe

de 6 étudiants doit élaborer un projet commun (sportif, culturel, humanitaire,

artistique, professionnel figurant parmi les activités actuelles des associations

de l’école). Il définit la portée du projet, les objectifs, et les résultats attendus

puis présente son projet au jury. Le jury évalue la posture de chaque

candidat dans le cadre des échanges et de la présentation ainsi que la capacité

du candidat à contribuer au fonctionnement du groupe et la qualité de

communication.

L’Edhec constitue également des groupes de 6 candidats qui vont rester 2 h

dans la même salle avec un jury de 3 personnes. Le format de l’entretien se

compose de trois étapes :

• Prise de parole en public (individuel) : présentation classique du candidat

(3 mn). Un thème d’improvisation (Livre / Peinture / Musique / Recette / Cinéma

/ Danse / Fleur / Design / Entreprise / Valeur / Sentiment / Ami / Proverbe

/ Enfance…) est tiré au sort par chaque candidat, et introduit dans sa présentation,

à son gré, sans que le thème ne soit prédominant sur la présentation de

l’individu.

Évaluation sur l’impact (un speech qui fait la différence, de l'énergie, de l'endurance)

; l’engagement (un speech qui montre que le candidat a envie de faire

des choses pour lui et pour les autres… avec ambition, authenticité et des

valeurs) ; l’innovation (un speech « inspiré et inspirant » qui sort des sentiers

battus)

• Prise de décision (collectif) : coopétition c’est-à-dire coopérer et donner

le meilleur de soi au sein d’un groupe. Par l’intermédiaire de la présentation

vidéo d’une entreprise (cas réel d'un entrepreneur qui est un ancien de l'Edhec,

visionnée une seule fois), l’exercice repose sur une question ouverte en

relation avec une problématique de l’entreprise, pour laquelle trois pistes de

réflexion sont proposées. La recherche d’informations sur une interface PC

(ordinateurs à disposition) amène à une prise de décision et la rédaction d’une

argumentation collective (avec les principaux arguments - durée 50'). Chaque

juré observe 2 candidats. Sont évaluées l'interaction, la collaboration avec les

candidats.

• Prise de recul (individuel) : il s’agit de défendre sa candidature au cours d’un

entretien individuel en pouvant prendre du recul par rapport aux deux précédentes

étapes (durée 15'). À cette phase est associé un questionnaire de

motivations que le candidat remplit en ligne pendant la session (durée 15'),

pendant que son camarade passe en entretien, vu que chaque membre du jury

voit 2 candidats.

L’entretien en face à face

Spécifique à HEC Paris, appelé également le triptyque, l’épreuve propose aux

candidats trois rôles qu’ils doivent successivement assumer dans un ordre

aléatoire : convaincant, répondant, observateur.

Le convaincant tire un sujet, il prépare pendant 15 mn et dispose de 4 mn

devant le jury pour défendre sa thèse. Il est impératif d’être structuré et clair vu

le bref temps imparti.

Les candidats venus passer les entretiens (ici à l’EM Strasbourg) portent pour la

plupart des habits neutres : un costume bleu marine pour les hommes, un tailleur

gris pour les femmes.

Le répondant qui est face au convaincant prend des notes pendant les 4 mn

d’exposé. Sans préparation, soit il prend le contre-pied de ce qui vient d’être

dit et défend une thèse opposée, soit il approfondit les arguments du convaincant

de manière plus pertinente. Un débat s’engage entre les deux candidats

dont l’attitude constructive et la capacité de négociation sont appréciées.

Les deux observateurs n’interviennent pas, ils prennent des notes sur la qualité

des arguments développés et sur la manière de les exposer. À la fin du face

à face, ils partagent avec les membres du jury leur avis sur la prestation des

deux candidats, avis objectif non sur le fond des idées mais sur la manière des

protagonistes à partager leurs idées.

L’entretien inversé

Grenoble EM est la seule école proposant ce type d’exercice. L’entretien

inversé fonctionne de la manière suivante : le candidat doit d’abord choisir

un membre du jury, il a ensuite le droit de lui poser des questions afin d’établir

une discussion. Le jury est souvent composé de trois personnes, dont un

président, qui ne peut pas être interrogé, ce qui laisse généralement seulement

deux options. Durant environ une dizaine de minutes, c’est le candidat qui va

mener le débat, le but étant de créer un échange fructueux avec le membre du

jury interrogé. À la fin de cet échange, le candidat doit restituer en une minute

l’entretien par un bref résumé.

Le but n’est pas simplement d’avoir un échange banal avec le membre du

jury, mais de créer une véritable interaction. Il faut l’intéresser et établir un lien

d’empathie avec quelqu’un d’inconnu. Il faut surtout éviter le format « interrogatoire

de police » en enchaînant les questions sans se soucier de la cohérence

des propos. Le jury veut voir comment évolue le candidat lorsque l’on lui

donne des responsabilités.

Connaître l'esprit et les attendus d'une

épreuve à laquelle il faut se préparer

Cette épreuve est définie par les écoles comme

un entretien de personnalité et de motivation

La personnalité : les écoles ne recherchent pas de profil particulier. Bien au

contraire, leur richesse se nourrit de la diversité de leur recrutement, tant du

point de vue de la personnalité des candidats que >>> suite page 22

© EM Strasbourg

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 21 MAI 2018 | N°17


suite de la page 21

de leurs origines géographiques, sociales ou culturelles. Les candidats doivent

donc éviter à tout prix de se conformer à une supposée norme attendue par les

écoles : celles-ci conseillent toujours au futur candidat d’« être soi-même ». Il

est cependant important de ne pas se construire artificiellement une personnalité

pour cette épreuve, ce serait l'échec assuré.

La motivation : après deux années en classes préparatoires, un étudiant

ne candidate pas par hasard dans une école. Il s’agit d’un projet mûrement

réfléchi. Le candidat doit donc être capable de faire partager au jury l’envie

qu’il a de rentrer dans une école. Cela suppose, de sa part, une certaine capacité

à se projeter dans l’avenir, y compris, parfois, avec une dose de rêve. En

revanche, cette école n’attend pas de l’étudiant un projet professionnel précis

et encore moins un projet de métier particulier. Toutefois, si un tel projet existe

vraiment, le candidat peut l'exprimer.

La cohérence entre la personnalité, la motivation et le monde de l’entreprise

vers lequel la plupart des étudiants se destine sera un élément clé de l’évaluation

de l’entretien. Par exemple, vouloir travailler dans la finance de marché

alors même qu'on a présenté une appétence pour les questions humanitaires

ou sociales ne sera pas forcément jugé très cohérent par le jury.

Ce que l’épreuve d’entretien n’est pas

L’épreuve d’entretien n'est pas de "culture générale" au sens académique de

cette expression et n’est d'ailleurs directement liée à aucune des disciplines

évaluées à l'écrit mais, indirectement, elle les mobilise toutes.

Elle ne consiste pas en une sorte d'analyse psychologique du candidat : l'entretien

est un échange, les membres du jury sont des praticiens du management,

non des praticiens en psychologie.

L’entretien n’évalue pas des connaissances : celles-ci ont déjà été évaluées

à l’écrit. Ceci dit, si le candidat manifeste un intérêt pour le problème de la

faim dans le monde ou pour l’Impressionnisme, le jury vérifiera la réalité

des connaissances sur le sujet. Mais il faudra aller plus loin que de simples

connaissances factuelles. Ce qui intéressera le jury, c’est la capacité du candidat

à partager avec lui une opinion, une réflexion, un ressenti, une émotion

ou même une passion pour tel ou tel sujet. C’est la force de conviction et la

bivalence cohérence/originalité de l'argumentation qui seront évaluées. Il

faut absolument éviter de se limiter à des considérations de type « café du

commerce ».

Les jurys n’ont pas pour objectif de déstabiliser les candidats : ils cherchent

à les mettre en confiance de manière à établir un véritable échange et avoir

ainsi les meilleures chances de rencontrer une personnalité. En revanche, si

le candidat s'invente un personnage ou de faux centres d’intérêt, le jury s’en

apercevra et il deviendra alors beaucoup moins sympathique ! Cependant, pour

mieux cerner la personnalité et la réactivité de l'étudiant, le jury pourra le faire

sortir de sa « zone de confort », l'amener sur un terrain ou une thématique qui

ne lui est pas familière.

Les principaux conseils donnés aux candidats

par les professeurs de CPGE

Il est absolument indispensable que le candidat montre sa parfaite connaissance

de l'école dans laquelle il postule et des possibilités qu'elle offre. C'est

« cette » école qui recrute et pas n'importe quelle école. Chaque école a ses

spécificités : formations proposées, accréditations, associations et il ne faut

pas ignorer quelques caractères saillants de la ville et de la région où elle

est implantée (spécificités régionales, personnalités, grandes organisations/

entreprises…)

L’entretien est un échange : il faut veiller à toujours répondre exactement à

la question posée. Si la réponse est détournée du sens de la question, il y a

progressivement rupture de l’échange et le jury ne sera pas dupe d'une volonté

de contourner le propos attendu. Il est recommandé de soigner sa tenue vestimentaire,

son langage et son attitude : saluer l’ensemble des membres du jury,

attendre l’invitation du jury pour s’asseoir, se tenir droit les mains sur la table,

regarder tous les membres du jury, respirer régulièrement. Il est aussi conseillé

de tester sa voix : elle ne doit pas être monocorde ou inaudible. La voix reflète

un peu la personnalité. La gestuelle est à travailler (par exemple, en se faisant

filmer) : entre l’exubérance méditerranéenne et une attitude figée ou fuyante,

un juste milieu est à trouver ! Il faut regarder tous les membres du jury, même

celui qui ne pose pas de question… ou qui semble penser à autre chose.

L'objectif est que le candidat se mette un minimum en valeur : les professeurs

conseillent de ne pas garder les mains sous la table, de ne pas être affalé

sur la chaise, les épaules rentrées. Aucun code esthétique n'est évidemment

PAROLES DE PROF

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 22 MAI 2018 | N°17

attendu mais l'important est de montrer une posture avantageuse. Une tenue

vestimentaire sérieuse est recommandée mais il convient surtout d'être à

l'aise : il faut pouvoir respirer (!) et prévoir que les épreuves ont lieu fin juin et

début juillet, une saison parfois très chaude alors même que toutes les salles

d'interrogation ne sont pas climatisées.

Les professeurs recommandent d'être attentifs à la qualité de l'expression

orale : les « ouais » ou autres expressions triviales doivent être bannies, les

phrases doivent être claires, construites et donc aisément compréhensibles.

Les réponses trop longues nuisent à la dynamique de l’échange et certains

membres du jury peuvent être frustrés de ne pas pouvoir poser toutes les

questions souhaitées.

Il est nécessaire d'être le plus concret possible : il faut toujours prouver les

propos par des exemples tirés d'expériences. Cela permet aussi souvent

d’amener le jury sur un terrain qui est favorable au candidat. Il lui est suggéré

de privilégier la description de sa place et de son rôle dans l'expérience qu'il

relate et non de parler du groupe en général.

Maîtriser l’actualité, savoir analyser un évènement et prendre position sont des

impératifs.

Pendant l'entretien, il faut veiller à faire apparaître un net intérêt pour ses

semblables et une capacité à s'intégrer dans une équipe, à partager des idées,

à aller vers les autres, à faire preuve d'empathie.

Les principaux critères d'évaluation par les jurys

La note finale est toujours établie par consensus entre les jurés. La notation n’a

rien de comparable avec celles des écrits : la moyenne des notes oscille entre

12 et 14/20 selon les écoles.

Toutes les écoles évaluent grosso-modo les mêmes dimensions et

compétences :

Dimensions/compétences

Connaissance de l'école

Qualités

Cursus proposé, diplômes préparés,

partenariats, doubles diplômes, associations

Aptitudes intellectuelles Rigueur / Capacité d’écoute / Curiosité /

Synthèse

Aptitudes à l’action Liaison réflexion-action (sens pratique) /

Dynamisme / Autonomie

Capacités d'innovation

Traits de personnalité

Soft skills

Comportement pendant

l’entretien

Stages

Expérience d'un projet

Enthousiasme / Authenticité

Savoir être, comportement en groupe,

relations aux autres

Présentation / Maîtrise de soi / Pouvoir de

conviction

Intérêt / Narration

Les notes (sur 20) sont généralement attribuées selon la grille

ci-dessous :

0 à 4 Candidat qui n’a pas respecté l’esprit de l’épreuve ou qui s’est

montré à la limite de la correction vis-à-vis du jury.

5 à 8 L’école ne souhaite pas recruter ce candidat, le jury n’a pas été

convaincu par l’entretien.

9 à 12 Notes qui montrent que le jury n’a pas été capable de

trancher. Les écoles demandent aux jurys de ne mettre

qu’exceptionnellement ce type de notes.

13 à 16 Malgré quelques petits doutes, le jury est assez convaincu par

la prestation du candidat. Le classement d’admissibilité jouera

néanmoins dans le résultat final si la note est de 13/14.

17+ L’école veut recruter le candidat. Très bon entretien.

>>> suite page 23


PAROLES DE PROF

>>> suite de la page 22

Au-delà de tous ces critères, l'évaluation peut se résumer à la réponse à trois

questions que se poseront les membres du jury à l'issue de l'entretien :

- ce ou cette candidat(e) a-t-il (elle) du potentiel ? ;

- aurait-on envie de travailler avec lui ou elle ? ;

- la personnalité de ce (cette) candidat(e) sera-t-elle une valeur ajoutée pour

notre école ?

Le continuum classes préparatoiresgrandes

écoles facilite la préparation des

étudiants

Dans le cadre du groupe de travail sur le continuum CPGE-GE mis en place

par l'APHEC, l'APLCPGE et une quinzaine de grandes écoles, plusieurs initiatives

ont été mises en œuvre pour faciliter la préparation des étudiants aux

entretiens de personnalité et de motivation et, au-delà, de leur entrée dans les

grandes écoles.

Des vidéos sur les métiers, domaines et parcours

de management préparées par les écoles

Début mai 2018, des vidéos de format court (5 à 7 minutes) préparées par

certaines écoles seront mises en ligne sur le site de l'APHEC à la disposition

des professeurs de CPGE et de leurs étudiants. Ces vidéos, réalisées spécialement

pour les préparationnaires, présentent des métiers, des domaines ou

des parcours de management ainsi que des thèmes de recherche. Ces vidéos

constituent une fenêtre sur le monde du management que les étudiants pourront

utiliser pour s'approprier des réalités concrètes du monde des écoles puis

des entreprises dans lesquelles ils vont évoluer.

Des expériences d'immersions en organisation pour les

étudiants de fin de première année de CPGE

Au mois de juin 2018, une trentaine de lycées expérimentent une immersion

de leurs préparationnaires de première année en entreprise ou en association.

D'une durée d'une à deux semaines, cette immersion sera l'occasion pour les

étudiants d'assurer une mission simple sous la houlette d'un cadre responsable.

L'objectif est de casser certaines représentations que les jeunes peuvent

avoir du monde de l'entreprise qui ne se limite pas à une logique binaire (vrai

/ faux, bien / mal, etc.). Les étudiants pourront ainsi avoir un aperçu du travail

en équipe et de la nécessaire prise en compte du facteur humain dans une

organisation. Ils pourront utiliser cette expérience dans leurs entretiens de

personnalité et de motivation. Ces expérimentations mettent aussi les jeunes

à égalité : certains ont en effet des réseaux familiaux leur permettant d'effectuer

des expériences parfois riches durant l'été qui sépare les deux années de

prépa. D'autres en sont dépourvus. Proposer à tous une immersion renforce

l'équité.

Les écoles aident les professeurs de CPGE à préparer

leurs élèves

Enfin, de nombreux responsables de grande école se rendent régulièrement

dans les classes préparatoires pour donner des conseils sur cette épreuve et

même participer directement avec les professeurs à des « entretiens blancs »

toujours très utiles et appréciés par les étudiants. Des conventions instaurent

des séances de tutorat entre étudiants de grande école et préparationnaires.

Ces derniers vont sur site pour travailler sur le CV, la lettre de motivation, les

codes verbaux et non verbaux. Les dernières séances sont réservées aux

entraînements aux entretiens. Ces pratiques ne sont pas nouvelles mais elles

s'amplifient, suscitant beaucoup d'intérêt tant du côté des écoles que des

CPGE.

En conclusion

L'épreuve d'entretien de personnalité et de motivation est souvent angoissante

pour les candidats. C'est la première fois de leur vie qu'on leur demande de

parler d'eux, de se projeter concrètement. Il est possible de s'interroger sur

le sens d'une épreuve qui consiste à demander à des jeunes de 19 et 20 ans,

n'ayant connu que le lycée, de s'inscrire et de se projeter dans le « monde

réel ». HEC considère que c'est impossible : c'est pourquoi le « triptyque » n'est

pas une épreuve de motivation pour rentrer dans l'école. Pour autant, la plupart

des écoles ont profondément rénové les modalités de cette épreuve depuis

quelques années pour en atténuer les travers et faire en sorte qu'elle soit une

réelle opportunité pour évaluer des compétences et potentiels que les épreuves

écrites ne permettent pas d'apprécier. n

© Rennes SB

L’accueil des candidats aux oraux est aussi pour les écoles l’occasion de se montrer sous

leurs meilleur jour comme ici les « admisseurs » de Rennes SB en 2016

L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 23 MAI 2018 | N°17


REPÈRES

Étudiants étrangers :

France is back !

« France is back » proclame cette année Campus France dans l’édition 2018 de ses chiffres

clés. En cinq ans, le nombre d’étudiants étrangers en France a augmenté de 12,2 %.

Un mouvement qui semble s’accélérer depuis 2015, puisque la France enregistre une croissance

de 4,6 % sur un an, la plus forte hausse annuelle depuis 5 ans.

En tout les effectifs étudiants dans le monde ont progressé

de plus de 50 % en dix ans : ils pourraient être 80 millions

de plus en 2025. Aujourd'hui ils sont 4,6 millions (soit 2,2 % du

total) à partir étudier à l’étranger et ce nombre pourrait doubler

en sept ans pour atteindre les 9 millions en 2025 selon l’Unesco.

: Où seront les jeunes en 2025 ?

Alors que l’ONU prévoit une stagnation du nombre des 18-30 ans

d’ici à 2025 (-10 % en Europe, -7 % en Asie-Océanie, -2 % en

Amérique du Nord), leur nombre va progresser de 24 % en Afrique

subsaharienne.

: Quelle place pour la France ?

En cinq ans, le nombre d’étudiants étrangers en France a augmenté

de 12,2 %. Un mouvement qui semble s’accélérer depuis 2015,

puisque la France enregistre une croissance de 4,6 % sur un an, la

plus forte hausse annuelle depuis 5 ans. Oui mais alors que la mobilité

étudiante mondiale a progressé de 23 % entre 2009 et 2014, la part

de la France a progressé deux fois moins rapidement (+11,2 %) dans

DE LA POPULATION ÉTUDIANTE...


Source : base de données UNESCO (extraction janvier 2018).

le même temps et une bonne année 2015 ne suffit pas à renverser la

tendance. La France a ainsi reculé dans le même temps d’une place

et se situe au quatrième rang des pays d’accueil des étudiants en

mobilité derrière les États-Unis, le Royaume-Uni et maintenant l’Australie,

trois pays anglophones.

À la rentrée 2016, 325 000 étudiants internationaux étaient inscrits

dans l’enseignement supérieur français. 52,4 % d’entre eux sont des

femmes. Plus de 70 % d’entre eux suivent une formation dans les

universités. La croissance du nombre d’étudiants étrangers en France

se fait aujourd'hui essentiellement dans les grandes écoles (+ 27 %

en 5 ans) alors que les effectifs restent stables à l’université (+3 %).

Près de la moitié des étudiants en mobilité en France est originaire

d’Afrique. Viennent ensuite les étudiants de l’Union européenne (19 %),

d’Asie-Océanie (16 %), d’Amérique (9 %) et du Moyen-Orient (4 %).

: Europe terre d’accueil…

concurrencée

Si les États-Unis sont toujours, de loin, le premier pays d’accueil des

étudiants internationaux avec 46 % des étudiants en mobilité dans le

monde - et 35 % pour la seule

Union européenne -, l’Europe

est la première région d’accueil.

Grâce à la création de 2000

formations en anglais, les Pays-

Bas ont ainsi triplé le nombre

d’étudiants étrangers en cinq

ans. Mais de nouveaux acteurs

émergent. La Russie, avec une

progression de 50 % en cinq

ans, s’impose ainsi parmi les

principaux pays d’accueil et

talonne désormais l’Allemagne

et la France. De même la Chine

enregistre une progression de

75 % en cinq ans. Plus spectaculaire

est encore la progression

de l’Arabie Saoudite qui, avec à

son programme de bourses islamiques,

est passée en cinq ans

de la 30 e au 13 e rang mondial.

La concurrence est de plus

en plus rude sur un « marché

mondial » de l’éducation où les

acteurs se pressent. n

Sébastien Gémon



L’ESSENTIEL DU SUP | PRÉPAS 24 MAI 2018 | N°17

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