Désolé j'ai ciné #6

djcmagazine

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Nous allons de surprise en surprise avec «Sauvage», quel paradoxe qu’est

ce film. Aussi doux qu’il est âpre, aussi tendre qu’il est violent… Le long-métrage

de Vidal-Naquet est absolument sans concession - au sens propre

comme au sens figuré -, plongée intimiste au coeur de la prostitution masculine

à travers Léo, un jeune homme de 22 ans qui enchaîne rencontres

sur rencontres alors que le garçon est clairement en recherche d’amour.

Il craque d’abord pour Ahd, un autre jeune homme qui se prostitue mais

qui ne l’aime pas en retour - il le clame même haut et fort, il n’est pas

gay - et cherche juste un homme plus âgé pour se sortir de cette galère.

Ensuite il s’éprend pour un autre garçon avant de se résigner - plus ou

moins - à vivre aux crochets de Claude. Sauf qu’entre-temps, Léo galère

pas mal entre des rencontres qui ne finissent pas toujours bien, un organisme

qui le lâche à petit feu et cette envie consumante de connaître

l’amour avec un gigantesque A. Un trop plein de sentiments qui joue de

mauvais tours à Léo, le menant de désillusion en désillusion.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Vidal-Naquet ne passe pas par

quatre chemins. Complètement brut de décoffrage, le film se permet d’aller

là où personne ne va jamais - le terrain de la prostitution masculine

bien plus tabou que la féminine - avec une attention et un regard profondément

humain, jamais moralisateur sur ces hommes tapis dans l’ombre

à la lisière de la forêt, survivant comme ils peuvent, chacun avec sa personnalité

entre un qui cherche l’amour, l’autre l’argent ou encore un autre

qui fait ça pour le plaisir. La caméra filme les corps aussi abruptement

que sensuellement dans des scènes aussi torrides que violentes - aussi

physiquement que psychologiquement -. Et au coeur de ce déchaînement

corporel, une lueur d’espoir pour Léo, celle d’aimer et surtout d’être

aimé en retour : par un homme surtout, mais même la moindre marque

d’affection lui conviendra - cette longue étreinte entre Leo et le docteur

qui le soigne - et tant pis s’il doit être roué de coups pour y parvenir, il

s’accroche jusqu’au bout.

«Sauvage» est une formidable pépite du cinéma français porté par un

Félix Maritaud (déjà aperçu dans «120 BPM») transcendant de justesse et

d’émotion et récompensé - à juste titre - du Prix Fondation Louis Roederer

de la Révélation. Une découverte de l’amour, une découverte de soi,

un formidable film où se côtoie les extrêmes et où les corps et les coeurs

abîmés sont perpetuellement en quête de ce quelque chose qui semble

toujours innacessible.

Margaux Maekelberg

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