Désolé j'ai ciné #6

djcmagazine

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Buried Rodrigo

Cortés (2010)

Débrouillard dans sa manière de maximiser la petitesse de son budget et de son cadre,

minimaliste à l’extrême (un cercueil... et c’est tout), intelligent dans sa critique virulente du

système gouvernemental contemporain (la bureaucratie en prend plein la poire) et plus

directement de la politique du pays de l’Oncle Sam (les implications morales de ses politiciens

dans les conflits internationaux en tête) tout en traitant sobrement du sujet bouillant du

terrorisme, effrayant - surtout pour les claustrophobes -, et au final jusqu’au-boutiste et

déchirant; le film de Cortés nous fait le témoin privilégié d’un cauchemar six pieds sous

terre tendu à l’extrême, en nous pliant complètement dans tous les sens, alors que le tout

se passe, uniquement, dans une petite boite. Singulier, réglé comme une horlogerie suisse

(pas de flashbacks, d’aérations inutiles ou de divers stratagèmes visuels, on y voit juste

un homme, son téléphone, ceux qui sont au bout du fil, et son cercueil) et Hitchockien en

diable (on pense instinctivement aux brillants “La Corde” et “Lifeboat”), “Buried” ne serait

cependant rien sans la partition habitée d’un Ryan Reynolds proprement monstrueux (son

plus beau rôle à ce jour). Avec son sens du timing hors du commun - il ne joue pas Paul

Conroy, il il l’est -, littéralement au bord de la rupture (mentalement et physiquement, ses

doigts étaient en sang et son corps rempli de terre quasiment à chaque fin de journée de

tournage), l’acteur se détruit littéralement en dévoilant face caméra toute la rage, la peur,

la colère, le désespoir et la frustration d’un homme injustement condamné à mort. Bref, un

pur trip claustro qui en impose et qui tient méchamment en haleine durant une heure et

demi, tout simplement.

Jonathan Chevrier

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