Désolé j'ai ciné #6

djcmagazine

12

Dès 2002, Cruise annonce au

monde que le génial David

Fincher, nom totalement

improbable mais férocement

bandant sur le papier, sera le

papa de “Mission : Impossible

III”. Le hic, c’est que le

comédien, qui n’a jamais

travaillé avec le papa de “Fight

Club” auparavant, va très vite

être confronté à la vision

profondément sombre du

cinéaste, et être totalement

rebuté par son idée mère,

pourtant alléchante : impliqué

Hunt dans une enquête sur le

trafic d’organes en Afrique.

Jugé trop sombre par l’acteur,

le jet de Fincher sera vite mis

au placard, obligeant de facto

le cinéaste à tourner les talons,

avant que Cruise ne se rabatte

sur l’un des jeunes cinéastes en

vue à l’époque, Joe Carnahan,

qui vient tout juste de faire

son trou dans l’industrie avec

l’excellent “Narc”.

Toutes les étoiles semblaient

alignées, un tournage était

même prévu pour l’été 2004,

mais à quelques heures des

premières prises de vues, la

collaboration entre Carnahan et

la production suit la même lignée

que celle entre elle et Fincher

: le futur papa de l’adaptation

ciné d’”Agence Tous Risques”

est proprement éjecté du projet

pour divergences artistique, son

script (axé sur les mouvements

politiques d’extrêmes droites

américains) étant lui aussi jugé

trop dark pour l’agent Hunt.

Repoussé d’un an - Cruise

partant tourner “La Guerre des

Mondes” -, “M : I : III” sera au final

confié au bleu J.J. Abrams, dont

la série “Alias” avait sensiblement

séduit le comédien.

Modifié de A à Z par le cinéaste, le

script change complètement de

tournure et zappe totalement le

casting d’origine (adieu Carrie-

Anne Moss, Scarlett Johansson

et Kenneth Branagh) pour

judicieusement lui en préférer

un nouveau (feu le grand Philip

Seymour Hoffman, Maggie Q

et Billy Crudup), et débarque

à la vitesse de la lumière dans

les salles obscures pour l’été

des blockbusters 2006, où

il se paye un accueil glacial,

officieusement causé par les

dérives médiatiques d’un Tom

Cruise visiblement très (trop

?) content d’avoir conquis le

coeur de la pétillante Katie

Holmes. Un échec injuste tant

l’opus, de loin le plus fidèle à la

série, renouait avec l’essence

même du thriller d’espionnage

profondément explosif initié

par De Palma.

Haletant avec son scénario

à tiroirs passionnant (entre

kidnappings, traques et

sauvetages divers) et

profondément ancré dans

la réalité, porté par un vrai

méchant imposant - Owen

Davian - et à la hauteur de la

stature imposante de Hunt

(plus humain, déterminé et

invincible que jamais); le film,

qui n’hésite jamais à mettre

(enfin) son héros au pied du

mur, se démarque tout du

long de M: I 2 et impose les

nouveaux codes de la saga

: un film d’espionnage et

d’action populaire, qui ne

bride pas son histoire au profit

du spectaculaire, et qui injecte

continuellement de nouveaux

visages.

More magazines by this user
Similar magazines