Désolé j'ai ciné #6

djcmagazine

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Haywire (Piegee)

Aussi fou que cela puisse paraître, le premier - et unique - passage dans le cinéma d’action de

Steven Soderbergh, “Haywire”, est totalement passé inaperçu ou presque, la faute à une sortie

estivale maladroite en 2012 (quelques semaines avant son plus populaire “Magic Mike”) et un

squattage intense sur les plateformes de téléchargements avant même que sa campagne

promotionnelle hexagonale ne débute.

Une petite bombe condamnée à l’oubli donc, un comble quand on sait la manie fort louable

du papa de “Hors d’Atteinte”, de constamment révolutionner son cinéma et de disséquer des

genres qui ne lui sont pas forcément familiers.

Partant d’un postulat assez basique (une machine de combat qui monnaye ses talents, décide

de partir à la retraite, et ça ne plait pas du tout du tout à son employeur qui veut l’éliminer...

) tout en étant porté par une pro de la tatane encore novice dans le business (la sublime

Gina Carano, ex-championne du monde à l’UFC), Soderbergh délivre un thriller d’action

sympatoche, aux combats renversants (mais un peu courts), mais qui ne décolle jamais. Car si

l’intrusion de flashforwards/flashbacks et l’approche frontale et expérimentale de l’itinéraire

pas comme les autres d’une femme pas comme les autres sent bon la « Soderbergh Touch

«, la courte durée du métrage, ses lacunes (et déviances) scénaristiques ainsi que le manque

de profondeur des persos masculins (incarnés par un casting de talent proprement indécent)

empêchent au film de réellement emballer le spectateur et de pleinement exploser à l’écran

comme toute bonne série B qui se respecte.

Un peu trop terre à terre, même s’il est nerveusement découpé et qu’il a le mérite de rendre

Barcelone et Dublin plus accessible que jamais, la péloche ne vaut au final que pour ses

moments de bravoure « fightés «, son cast de mâles qui fait beau au générique, et pour

l’envoûtante Gina.

Un problème en soi ? Pas vraiment, tant le mélange des trois reste un cocktail certes imparfait

mais des plus jouissifs sur un peu moins de 90 minutes, et que la partition physique puissante

et hors du commun de Carano, parachève de rendre infiniment charmant ce petit moment

de cinéma rondement bien mené et suffisamment dosé en action pure et frontale, pour

qu’il mérite qu’on lui prête un minimum d’attention, entre tous les bijoux qui parsèment la

filmographie du bonhomme.

Jonathan Chevrier

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