Désolé j'ai ciné #6

djcmagazine

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C’est l’histoire d’un projet que plus personne

n’attendait, mais qui ressurgit subitement

en 2015. Steven Soderbergh allait-il

relancer en même temps que “Ghostbusters”

de Paul Feig et “ExpendaBelles” de Robert

Luketic sa célèbre franchise “Ocean’s”,

mais uniquement avec des personnages féminins

? Alors que le premier reçut un accueil

entre le mitigé et le glacial, et le deuxième

en est encore au stade de gestation

; le troisième sort en juin, réalisé par l’élève

de la plus jeune Palme d’Or de l’Histoire du

cinéma, Gary Ross. Exit le casting original,

bienvenue à Sandra Bullock, Cate Blanchett,

Anne Hathaway ou encore Rihanna pour un

nouveau tour de piste, espéré classique… Et

classieux.

Malheureusement, le talent de Gary Ross

s’étant interrompu à “Pleasantville”, il est compliqué

pour ce réalisateur de tirer à nouveau une

épingle du jeu dans une imagerie visuelle allant

complètement à l’encontre de ce que son scénario

raconte. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que

plus qu’une bande de potes, la trilogie menée

par Danny Ocean dévoile au fil des films un programme

abstractisant sa trame narrative pour ne

faire accroître que de la suffisance volontaire de

tous ses protagonistes. Ainsi, “Ocean’s Twelve”

et le sous-estimé “Thirteen” se retrouvent être

un terreau d’expérimentations pastichées, alignant

les genres et les techniques cinématographiques

comme les perles pour faire les personnages

du film eux-mêmes des personnages

dont ils prennent progressivement conscience,

dans des saynètes où ils se donnent la réplique.

Leurs archétypes définissent dès lors le changement

de leur mentalité, où la nécessité et l’urgence

deviennent vaines au détriment de leurs

postures et leurs légendes désormais connues

dans la diégèse et chez le spectateur dans la

salle. Il était évident qu’un biopic se devait d’effacer

ces caractéristiques pour reconstruire un

univers, mais le chemin arpenté par la narratologie

se révèle bien trop usée par les tics de la

saga qu’il reboote et les clins d’œil putassiers se

révèle bien dangereux pour proposer un nouveau

segment de qualité. Si l’idée de se dire «

Les femmes peuvent très bien faire ce que les

hommes font » est louable, l’absence de gentrification

de la trilogie originelle – franchement,

que ce soit des hommes ou des femmes, le résultat

aurait été le même – et la reprise quasi scène

par scène de la moitié des actions des trois précédents

métrages inquiètent sur les bienfaits de

cette réadaptation.

La pénibilité de la mise en scène de Gary Ross

fait également bien défaut, réduisant ses actrices

à des archétypes qu’il est difficile de comprendre,

du fait d’un manque de progression

caractérielle. Seule Anne Hathaway tire son

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