Désolé j'ai ciné #6

djcmagazine

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Pour les amateurs de ces deux actrices aussi belles que talentueuses, un film avec

l’une des deux Rachel, McAdams et Weisz, ça s’attend toujours avec une certaine impatience.

Mais un film avec les deux actrices ensemble, sous la caméra d’un cinéaste

talentueux déjà organisé, Sebastian Lelio (“A Fantastic Woman”), le projet devient

tout de suite gentiment immanquable.

Adaptation du roman éponyme de Naomi Alderman, et plaçant son intrigue au sein

de la communauté juive-orthodoxe de Londres, où les libertés individuelles sont sacrifiées

sur l’autel de la croyance et de la tradition, “Désobéissance» s’attache au retour

forcé (suite au décès de son père, éminent rabbin apprécié de tous) dans ce cadre

rigide et restrictif de Ronit, dont l’apparence physique et la vie personnelle (elle est

photographe à New-York), dénote complètement avec ses anciens contemporains.

Presque paria d’une communauté qu’elle a quitté pour d’obscures raisons (mais faciles

à déceler) et qui la renie poliment - sans forcément être hostiles comme d’autres

communautés -, elle y retrouvera deux amis de jeunesse, Dovid, devenu disciple du

rabbin, et sa femme Esti, avant de très vite troubler la quiétude et la discrétion de

leur quotidien...

Tragédie sentimentale bouleversante et nécessaire sur un amour impossible entre

deux êtres malades de ne pas pouvoir établir la moindre connexion par manque

de liberté (ce qui tranche avec les premiers mots de l’ouverture, annonçant que les

humains au contraire des anges et des démons, sont libres de choisir leur destinée),

malades de ne pas pouvoir assumer, être ce qu’elles sont réellement tant elles sont

enfermées dans un mode de vie trop formel et ritualisé pour elles. Deux âmes perdues

et divisées, qui se retrouvent, se connectent, se dévorent du regard dans un

balai des sens aussi romantique qu’il est puissant de désir inassouvi.

Véritable homme de la situation (remember son fantastique “Gloria”), Sebastian Lelio,

jamais juge ni bourreau pour ses personnages, transcende la certaine prévisibilité de

son oeuvre (qui peut douter qu’Esti résistera à la tentation incarnée par Ronit ?) pour

en faire un beau drame humain à l’atmosphère aussi bouillante qu’anxiogène, où la

complexité des émotions est le ciment d’un conflit inévitable, où l’idée de suivre son

coeur peut avoir des conséquences proprement dévastatrices.

Authentique, intense et forcément intime, pas exempt de quelques longueurs (surtout

dans sa seconde moitié) mais à l’épilogue étonnamment ouvert, criant de vérité

sans aligner une pluie de dialogues, «Désobéissance» magnifie la retranscription de la

passion sur grand écran, et ne serait pourtant rien sans les prestations ahurissantes

de justesse de Rachel Weisz (flamboyante), Alessandro Nivola (juste et touchant)

mais surtout de Rachel McAdams (parfaite), véritable pivot dramatique du métrage

en femme tiraillée au plus profond de son coeur.

La désobéissance et l’amour ont un prix, l’honnêteté encore plus.

Jonathan Chevrier

DE SEBASTIAN LELIO. AVEC RACHEL WEISZ, RACHEL MCADAMS... 1H54

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