Désolé j'ai ciné #6

djcmagazine

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04/07

joueurs

Alors que beaucoup (pour ne pas dire la majorité) de comédiens et comédiennes ne choisissent

leurs rôles qu’en fonction de la notoriété ou du nombre conséquent de billets verts

qu’ils peuvent en tirer, certains se montrent en revanche, beaucoup moins égocentriques

et cherchent avant tout à relever des défis... comme Tahar Rahim, dont la carrière singulière

et en dehors des clous, parle définitivement en sa faveur.

Passé un “Marie-Madeleine” douloureusement maladroit (où il campait rien de moins que

Judas) sortie fin mars dernier, le voilà de retour dans les salles obscures en ces douces premières

heures d’été aux côtés de la délicate Stacy Martin, avec “Joueurs” de Marie Monge

(qui a fait un petit tour sur la Croisette en mai dernier, du côté de la Quinzaine des Réalisateurs),

attendue comme une plongée inédite dans le septième art hexagonal, au coeur du

monde du jeu et de l’addiction qu’il suscite chez certains, une addiction qui peut prendre le

pas sur tout - même l’amour.

Une vision pimpante et underground du Paris by Night où jouer ne rime jamais vraiment

avec gagner, capté via le prisme enchanteur d’un couple supposément mal assorti (Tahar

Rahim, irrésistible, et Stacy Martin, parfaite), mais fou l’un de l’autre; deux coeurs gangrenés

par un milieu où il est impossible de ne pas payer, que ce soit de son compte en banque

ou carrément de sa personne.

Filmé comme un polar noir réaliste (plus que dans un reportage télévisé racoleur) et stylisé

plus ou moins virtuose (mention au montage dynamique couplé à la belle photographie de

Paul Guillaume), n’ayant jamais peur de se perdre dans le volontairement outrancier sans

trop crouler sous ses nombreuses références (les films de Marty Scorsese en tête), vraie

chronique sombre où le romantisme se mêle à la violence et l’excitation du jeu (joli parallèle

entre les deux relations loin d’être si différente) de manière palpable; “Joueurs”, sorte de

True Romance - toute propension gardée -, est un thriller aussi prenant qu’énergique, pas

dénué de quelques défauts dommageable certes, mais un habile petit moment de cinéma

porté par un couple, une belle paire d’as, séduisant en diable.

Encore un premier long à ajouter à la jolie liste des réussites du cinéma hexagonale de cette

(très) bonne cuvée 2018.

Jonathan Chevrier

DE MARIE MONGE. AVEC TAHAR RAHIM ET STACY MARTIN... 1H45

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