Désolé j'ai ciné #6

djcmagazine

66

11/07

dogman

Pas qu’un petit personnage ce Matteo Garrone, papa des excellents “Gomorra” et “Reality”,

tous deux primés par le Grand Prix à Cannes (en 2008 et 2012), mais surtout chef de file du

renouveau du cinéma transalpin qui avait bien besoin d’un regain de fraîcheur. À l’image du

génial Nanni Moretti, le bonhomme a fait de la Croisette son nouveau terrain de jeu d’exception,

pas forcément une bonne chose au souvenir de son hautement mitigé “Tale of Tales”.

Trois ans plus tard et toujours aussi ambitieux, il revenait toujours sur la Croisette avec

“Dogman”, thriller crépusculaire façon western urbain aux doux contours de huis clos puissant

engoncé dans un cadre proprement apocalyptique et totalement coupé du monde

(telle une véritable forteresse de solitude face à la mer); où un père aimant/dresseur de

chiens capable d’amadouer le plus dur des chiens, se fait brutaliser par un ‘’ami’’, ancien

boxeur accro à la cocaïne sortie de prison.

Plus tôt dans l’année, Samuel Benchetrit adaptait son propre roman pour faire de “Chien”,

une fable politico-ironique surréaliste sur la déshumanisation de la société contemporaine

par le biais d’un homme devenant peu à peu, un chien docile.

Garrone, tout aussi inspiré, s’attaque à une descente aux enfers similaires mais infiniment

plus psychologique et tendue, d’un homme entraîné dans une spirale de violence implacable

et devant, comme un animal acculé par la peur et l’incapacité d’encaisser plus qu’il

ne l’a déjà trop fait, répondre en suivant la voie de la colère. Parce que tout appelle, dès les

premières minutes, à ce que cette douloureuse histoire finisse mal.

Noir, désespéré, retors, surréaliste - parfois à la limite de l’absurde -, formellement sublime,

offrant une auscultation proprement déroutante des laissés-pour-compte et porté par des

comédiens habités (Marcello Fonte, chien battu au regard crève-coeur, est formidable),

“Dogman”, mécanique huilée à la perfection, est un drame humain tragique et cathartique

à la tension permanente, un uppercut que l’on voit tout du long venir, mais qui nous met

k.o sans le moindre effort.

Jonathan Chevrier

DE MATTEO GARRONE. AVEC MARCELLO FONTE, EDOARDO PESCE... 1H42

More magazines by this user
Similar magazines