Désolé j'ai ciné #6

djcmagazine

11/07

paranoïa

Passé une « plus ou moins « retraite qui a vu le bonhomme avoir un emploi du temps au

final aussi chargé qu’avant, le touche-à-tout de génie Steven Soderbergh revenait aux affaires

et derrière la caméra l’an dernier avec le jouissif “Logan Lucky”. Toujours prêt pour

les expérimentations les plus folles pour mieux réinventer son art, le bonhomme suit les pas

de Sean Baker et son “Tangerine”, en tournant son nouveau long-métrage, “Unsane” - “Paranoïa”

par chez nous - entièrement à l’iPhone.

Un sacré challenge technologique visant à rendre encore plus immersive et troublante

(surtout) cette nouvelle incursion dans le thriller psychologique à forte tendance horrifique

(huit ans après le magistral “Contagion”), contant les aléas d’une femme flanquée accidentellement

- ou pas - dans un hôpital psychiatrique, et qui désespère de prouver sa bonne

santé mentale avant de se voir frapper par un fantôme du passé bien décidé à la hanter.

Sur le papier, cette plongée intime et labyrinthique dans les arcanes du système hospitalier

et du calvaire intime d’une patiente façon” Vol au-dessus d’un nid de coucou” infernal à forte

tendance Lynchienne - avec la très demandée Claire Foy en vedette -, vendait suffisamment

de rêve pour qu’on soit un minimum attiré par la chose au-delà même de la présence de

Soderbergh derrière la caméra.

A l’écran en revanche, la déception pointe (très) vite le bout de son nez aussi bien d’un

point de vue visuelle (l’image est terne et souvent mal cadrée malgré quelques plans un poil

recherché plaçant instinctivement le spectateur en position de voyeur, le découpage est

archaïque...) que scénaristique, tant ce huis-clos paranoïaque et cauchemardesque dévoile

de manière bien trop précoce son jeu, ramant dès lors péniblement à développer l’intérêt

pour une intrigue minimaliste aussi peu originale que paresseuse - voire même limite ennuyeuse

-, manquant cruellement d’ampleur (un peu comme son “Effets Secondaires”, thriller

à tiroirs qui alignait les twists sans saveur) et n’exploitant jamais vraiment les nombreux

thèmes abordés, jusqu’à un final plus convenu tu meurs.

Privilégiant maladroitement la forme (bancale mais osée) au fond (jamais crédible ni prenant,

le cul coincé entre deux sièges dans son mélange des genres), “Unsane”, qui se rêve

aussi tortueux et ambiguë qu’un “Shutter Island” ou “L’Échelle de Jacob”, ne vaut alors que

pour la partition impliquée - et le mot est faible - d’une Claire Foy lumineuse, qui semble

tout du long croire en la force viscérale du métrage, vraie prise de risque assumée même

dans ses nombreux travers. Et elle est (sûrement) bien la seule.

Jonathan Chevrier

DE STEVEN SODERBERGH. AVEC CLAIRE FOY, JOSHUA LEONARD... 1H41

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