Désolé j'ai ciné #6

djcmagazine

08/08

under the

silver lake

C’était l’événement de la compétition cannoise,

bien au-dessus des retours en fanfare de Matteo

Garrone, Nuri Bilge Ceylan ou encore Jean-Luc

Godard : David Robert Mitchell est enfin de retour,

trois ans après l’excellent “It Follows”, avec

“Under The Silver Lake”, relecture décalée du film

Noir post-moderne des années 70. Si le choix du

genre peut surprendre quitte à s’inquiéter de

la cohérence thématique de son auteur, pas de

panique : l’adolescence, le nihilisme et le refoulement

reviennent ici au centre du récit, focalisé

sur un Andrew Garfield méconnaissable.

Pour autant, le bât blesse très vite, le réalisateur

américain n’arrivant jamais à remodeler ses

messages dans les travers de sa narration alambiquée.

Bien qu’assez passionnant par rapport à

son personnage principal complètement allumé

et faible, mal rasé et un peu bedonnant, David

Robert Mitchell manque de liant entre toutes

ses thématiques, quitte à complètement délaisser

le lien possible entre sa définition de la ville

de Los Angeles, espace cinématographique dédié

uniquement à l’image et au paraître, et son

personnage en proie à une crise amoureuse et

identitaire, ne le résumant qu’à de simples tautologies.

Blindé de références pour définir ses

espaces, comme dit précédemment, le réalisateur

use de la citation jusque dans son mouvement

de caméra (les couleurs et la musique en

hommage à Hitchcock côtoient la brutalité du

cadre et du cut chez Terrence Malick) mais a du

mal à se façonner une identité qui aurait pu, au

travers de tout ce système, faire naître un piratage

à l’intérieur de celui-ci. Le long-métrage

manque alors de mordant et suit inlassablement

un système narratif sans variations, emprunté

à Lynch mais trop usé et trop timide, pour n’en

sortir qu’en 140 minutes le message de la fin

de l’adolescence et d’un siècle entier de révolutions

religieuses, cinématographiques et technologiques.

A24 a, après la projection de “Under

The Silver Lake” à Cannes, rapatrié le film pour le

sortir dans six mois au lieu des deux prévus. Un

remontage serait alors envisageable pour réorganiser,

raccourcir et peut-être relever quelques

idées mal amenées ou malvenues. Et si le cas

étant, grand bien leur en fasse…

Tanguy Bosselli

DE DAVID ROBERT MITCHELL. AVEC ANDREW GARFIELD, RILEY KEOUGH... 2H19

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