Désolé j'ai ciné #7

djcmagazine

26/09

rafiki DE

WANURI KAHIU. AVEC SAMANTHA MUGATSIA, SHEILA MUNYIVA... 1H22

Avant même sa projection à Cannes, “Rafiki” était appelé, au-delà de sa potentielle qualité

et au-delà même de son accueil tiède ou enflammé de la Croisette, à être une péloche qui

marquera autant son temps que les esprits, par son statut de pionnier.

Premier film kenyan sélectionné en compétition officielle à Cannes (et interdit de sortie

dans son propre pays), le film compte une love-story entre femmes, deux lycéennes filles

de deux opposants politiques, vivant dans une société kenyane très conservatrice (et où

l’intolérance face à l’homosexualité est... furieuse et violente), le tout au sein d’une intrigue

qui affirme sans trop le masquer, son apparenté à l’oeuvre phare de William Shakespeare,

“Roméo et Juliette”; sommet absolu des romances interdites.

Vrai coming of age movie à l’énergie pop férocement communicative et visuellement

inspirée (la photographie colorée, couplée à l’ambiance du cadre de Nairobi, fait un

malheur), tout autant qu’il est une sincère chronique contemporaine (entre le film social

africain et le wannabe teen movie indé US), le second long-métrage de la réalisatrice

Wanuri Kahiu, prenant gentiment son temps pour installer ses enjeux - simplistes pour le

coup, malgré sa courte durée -, marque sensiblement la rétine autant pour l’universalité

criante de son propos (le refus de conformisme de deux femmes voulant tout simplement

vivre leur vie et leur passion), que la justesse de ton de cette épopée sentimentalo-sensuelle

intime, délicate et emprunt d’une étonnante pureté, glissant lentement vers la tragédie.

Alors on pourra décemment lui reconnaître certains défauts (son académisme, son manque

de consistance scénaristique,...), mais impossible de ne pas se laisser enivrer par “Rafiki”,

jolie bulle de fraîcheur, de douceur et de fragilité, qui illuminera votre fin de rentrée ciné

2018.

46

Jonathan Chevrier

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