Jazz_magazine__30_janvier_2018

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édito

Frédéric Goaty

directeur de la rédaction

Tout un monde

JEAN-PHILIPPE BALASSE

Jazz Magazine

est édité par Jazz & Cie,

15, rue Duphot, 75001 Paris

Principaux associés

Pierre Bastid, Laurent

Guillemain, Christophe Gouju,

Edouard Rencker, ML Sylvain

Administration

Fatima Drut Jasic

Tél. : 01 56 88 17 62

C’est lors d’un reportage en Haïti que

notre confrère Jean-Philippe Balasse

d’Europe 1 a pris cette photo, qu’il

a récemment postée sur Facebook

en réponse aux propos injurieux de

l’actuel président des Etats-Unis,

dont l’un des prédecesseurs, Bill

Clinton, s’illustre d’une toute autre

manière dans Chasing Trane, le

documentaire de John Scheinfeld

consacré à John Coltrane : « Alabama

reflète la créativité et la profondeur de

John Coltrane. C’est une élégie criante de douleur soustendue

par l’amour. Un vrai chef-d’œuvre. » (Alabama,

faut-il le rappeler, fut composé par le saxophoniste

après qu’un attentat à la bombe eût provoqué la mort

de quatre jeunes filles afro-américaines dans une église

de Birmingham.)

John Coltrane était « comme un père » pour Sunny

Murray, à qui Anne Paceo rend un hommage vibrant

dans ce numéro. « Sunny, écrit-elle, a créé le sillon que

je continue de creuser chaque jour dans ma musique,

mon jeu et ma vie. »

Martial Solal, lui, nous raconte qu’il était « heureux

comme un prince » à Gütersloh, lors de son dernier

concert. « J’entendais ce que je jouais et je me disais

“quelle belle musique !”. Ce medley de thèmes de Duke

Ellington, c’était un miracle, parce qu’il survenait des

choses malgré moi. » Quant à Jon Hendricks, il avouait

à Thierry Guedj : « Tout ce qui est bon m’inspire, depuis

toujours. Tous les grands artistes, et pas uniquement

les musiciens. L’art, c’est tout un monde. » Un

monde que d’aucuns devraient essayer de mieux

comprendre. •

N° 702 – FÉVRIER 2018

Prix de vente au numéro :

6,90€ Jazz Magazine est une

publication mensuelle Jazz & Cie

SAS au capital de 350 000 euros

R. C. S. Paris B 802 298 588.

Représentant légal :

Edouard Rencker

Dépôt légal : 1 er trimestre 2018

Diffusion MLP

N° de commission paritaire :

1121 K 90618

N° ISSN : 2425-7869

© 2018 Jazz & Cie

Imprimé en France.

Imprimeries Léonce Déprez,

Z. I. Le Moulin, 62620 RUITZ.

Papier provenant de Finlande,

issu de forêts gérées durablement,

0 % de fibres recyclées,

eutrophisation : Ptot 0,011 kg/t.

Renseignements, réclamations, changement d’adresse

Service abonnement

et commande d’anciens numéros

TÉL. : 01 60 39 69 59 – Email : anne-claude.venet@lva.fr

Jazz Magazine – Service Abonnement – BP 50420 – 77309 Fontainebleau Cedex

Ce numéro comporte :

- un CD « Stardust Memories »

dans les exemplaires destinés

aux abonnés avec option CD.

LE PROCHAIN

NUMÉRO DE

JAZZ MAGAZINE

SERA EN KIOSQUE

LE 28 FÉVRIER

Sommaire

En couverture : Melody Gardot

photographiée en exclusivité pour

Jazz Magazine par Eric Garault.

N° 702

Février 2018

6 Rétrospective

Les Chocs 2017

16 Entretien

Melody Gardot

20 Dossier

Lee Morgan & John Coltrane

24 Hommage

Sunny Murray

26 Entretien

Martial Solal

30 Entretien

Jon Hendricks

34 Le Jour J

Le jour où le swing

triompha à New York

37 Le guide

Nouveautés,

rééditions,

téléchargements,

livres, dvd

69 Le live

Clubs, concerts, radio,

internet, télévision

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 3


signatures

la rédaction les pigistes les photographes

Ils en parlent

Directeur

de la publication

Edouard Rencker

Directeur

de la rédaction

Frédéric Goaty

(fredericgoaty

@jazzmagazine.com)

Rédacteur

en chef

Franck Bergerot

(franckbergerot

@jazzmagazine.com)

Communication,

partenariat et publicité

Céline Breugnon

(01 56 88 16 69,

celinebreugnon

@jazzmagazine.com)

Directrice

artistique

Claude Gentiletti

Responsable

diffusion kiosques

Maureen Richy-Dureteste

(01 60 39 69 13,

maureen.boisguerin@lva.fr)

Best man

Philippe Carles

Pervulgateur

inamovible

Frank Ténot

Chairman

emeritus

Daniel Filipacchi

Ils ont contribué

à ce numéro

Jacques Aboucaya, Pascal

Anquetil, Pierre-Henri

Ardonceau, Noadya Arnoux,

Philippe Bas-Rabérin, Thierry

P. Benizeau, Peter Cato,

Pierre de Chocqueuse, Vincent

Cotro, David Cristol, Guy

Darol, Lionel Eskenazi, Julien

Ferté, Ludovic Florin, Eric

Garault, Thierry Guedj,Jonathan

Glusman, Sylvain Gripoix, Hans

Harzheim, Paul Jaillet, Robert

Latxague, Félix Marciano,

François Marinot, Jean-Baptiste

Millot, Jean-François Mondot,

Stéphane Ollivier, Anne Paceo,

Thierry Quénum, Pascal Rozat,

Christian Rose, François-René

Simon, Alfred Sordoillet, Katia

Touré, Jean-Pierre Vidal,

Philippe Vincent.

SYLVAIN GRIPOIX

X/DR

Hector Gripoix

Futur lecteur (ou futur pigiste)

Bonjour, je m’appelle Hector, je suis né le

13 décembre 2017 et ma maman, Astrid, se

porte très bien. Quant à mon papa, Sylvain, il

paraît que vous avez souvent vu ses photos

dans Jazz Magazine depuis 2003. En tout

cas, voici la mienne, j’espère qu’elle vous

plaira. Sinon, ma chanson préférée est Cry

Like A Baby d’Aretha Franklin, un 45-tours

Columbia de 1966 que je vous recommande

vivement.

Thierry P. Benizeau

Pigiste depuis 2017

Le mois dernier, dans la chronique que

je consacrais à “Masters In Bordeaux”,

j’évoquais le choc ressenti lors de ma

première rencontre avec Martial Solal. C’était

en mai 1962, à Gaveau où m’avait emmené

ma mère pour un concert du Martial Solal Trio.

A quelque cinquante-cinq ans de distance,

ce ne fut pas un choc mais un privilège :

celui d’interviewer en compagnie de Franck

Bergerot l’un des musiciens que j’admire

le plus, et savourer l’humour intemporel du

doyen des jazzmen français.

X/DR

Thierry Guedj

Pigiste depuis 2014

Neuf mois après la disparition d’Al Jarreau, son

“fils spirituel”, le grand Jon Hendricks s’en est

allé. J’avais eu la chance de les filmer ensemble

en 2011 en répétition avec Kurt Elling, et de

prolonger avec Jon ce moment de pure euphorie

par une discussion autour de son héritage et

de ses disciples. Je savais que ces entretiens

auraient une valeur historique. Et je suis heureux

de partager avec vous dans les colonnes de

Jazz Magazine ce passionnant échange avec

Jon Hendricks. Pour que brille encore la flamme

du jazz vocal et du scat !

Actuellement sur

jazzmagazine.com

Ambrose Akinmusire et Dr.

Lonnie Smith à Jazz Fest

Berlin Par David Cristol

Laurent Coulondre et

Marcus Miller au Monte

Carlo Jazz Festival

Par Robert Latxague

Régis Huby au Théâtre 71

de Malakoff, Tony Tixier au

Duc des Lombards, Eric

Le Lann et Mossy Ways au

Sunset, Rhianon Giddens

et James Reese Europe au

TNB de Rennes

Par Franck Bergerot

Stéphane Payen et son

Workshop à Toulouse

Par Ludovic Florin

Ahmad Jamal au Palais des

Congrès, Dave Douglas et

Carla Bley au New Morning,

Gilad Hekselman au Sunset,

Nuit TSF à la Salle Pleyel

Par Jean-François Mondot

et Annie-Clarie Alvoët

Hervé Sellin et ses

Passerelles au Studio de

l’Ermitage, Jean-Marie

Machado et Danzas

au Triton, Hommage à

Gérard Terronès au

Sunside-Sunset, Jean-

Philippe Viret au Sunside

Par Xavier Prévost

Dave Rempis et Mike

Redd à La Dynamo

de Banlieues bleues

Par Paul Jaillet

Airelle Besson et Radio One

au Carré magique

de Lannion Par Guy Darol

Coltrane Forever avec

Boris Blanchet à Eymet

Par François René-Simon

Yves Rousseau et

Christophe Marguet au

Moulin de Vitrolles

Par Sophie Chambon

Ils ont également

contribué à

jazzmagazine.com

Annie-Claire Alvoët, Sophie

Chambon, Philippe Méziat,

Xavier Prévost.

La rédaction n’est pas responsable des textes, illustrations, photos et dessins publiés qui engagent la seule responsabilité de leurs auteurs. Les documents reçus

ne sont pas rendus et leur envoi implique l’accord de l’auteur pour leur libre publication. Les prix peuvent être soumis à de légères variations. Les indications

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et dessins publiés est interdite. Ils sont la propriété exclusive de Jazz Magazine qui se réserve tous droits de reproduction et de traduction dans le monde entier.

4 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 5


MELODY GARDOT

LA FNAC

AIME

NOUVEL ALBUM

LIVE IN EUROPE

Son premier album en public

EN CONCERT

01 JUILLET

l’Olympia – Paris

02 JUILLET

l’Olympia – Paris

Infos tournées

& réservations : magasins Fnac,

mobile et fnac.com

L’offre « Synchro Deezer » est réservée aux adhérents Fnac et est valable pour

l’achat d’un produit CD ou vinyle sur le site fnac.com ou dans un magasin.

Pour plus d’infos, rendez-vous sur www.fnac.com/deezer


les

CHOC

2017

magazine

chocs

et les

musiciens

de

2017

Musicien

français

de l’année

1 Emile

Parisien

2 Pierrick Pedron

3 Sylvaine Hélary

À nos Chocs discographiques et émois

live choisis sans concession par tous

les membres de la rédaction s’ajoutent

comme chaque année nos musiciens

français et étrangers favoris du même

millésime, désignés par un vote des plus

démocratiques. Et les gagnants sont…

6 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


Jacques

Aboucaya

Pascal

Anquetil

CHOC 2017

CONCERT 2017

Michel Pastre

Michel Pastre 5tet

Featuring Dany Doriz

& Ken Peplowski

1 CD autoproduit /

mpastre@sfr.fr

Claudia Solal

& Benjamin

Moussay

Jazz sur son 31,

L’Automne Club

Toulouse, 17 octobre

Fred Hersch

Open Book

1 CD Palmetto Records /

Bertus

Andy Emler

Création des

40 ans du

Concours de Jazz

de La Défense

La Défense Jazz

Festival

La Défense, 23 juin

Pause café pour Emile Parisien. Sans doute

l’un de ses rares moments de repos en 2017,

une année riche en émotions où on l’aura

vu jouer sa musique avec le projet Sfumato,

celle de John Coltrane avec Jeff Mills, honorer

la mémoire de Joe Zawinul , duettiser avec

Roberto Negro, etc., etc. Promis, 2018 sera

encore plus forte ! PHOTO : SYLVAIN GRIPOIX

Les deux bouts de la

chaîne. D’un côté, une

plongée dans la tradition

avec cet hommage rendu à

Lionel Hampton par Michel

Pastre et des solistes

brillants, soutenus par une

rythmique aussi homogène

que génératrice de swing.

De l’autre, un saut sans

entrave dans l’inconnu. La

rencontre de la poésie et

de la musique jaillie quasi

spontanément, du moins

en apparence. L’attrait

irrépressible de l’inouï,

au sens étymologique du

terme. Rien d’incompatible

entre ces deux

approches en apparence

contradictoires, Plutôt la

preuve qu’en art, toute

considération d’époque

reste superfétatoire. Et

qu’en définitive, il n’est de

goût que subjectif. •

Délicatesse du toucher,

sensualité de l’articulation,

raffinement de l’attaque,

fluidité de la phrase, clarté

des lignes, ravissement

harmonique, splendeur

intériorisée du son, tout dans

le jeu ailé de Fred Hersch

confirme que ce styliste

hors pair est l’un des très

grands pianistes de jazz

d’aujourd’hui.

Quant à l’événement

scénique de 2017, il restera

pour moi “le” concert aussi

improbable qu’inédit que ce

magicien d’Emler imagina

et monta pour célébrer les

quarante ans du concours

de la Défense. A la tête

d’un éphémère all stars

composé de vingt-neuf

anciens lauréats (dont

onze pianistes !), Andy le

Magnifique prouva, sous les

yeux d’André Francis (quatrevingt

douze ans et

cofondateur du concours)

tout ému, que “la” famille

du jazz, toutes générations

confondues, sait encore

vraiment faire la fête. •

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 7


les chocs 2017

Pierre-Henri

Ardonceau

Franck

Bergerot

Philippe

Carles

Pierre de

Chocqueuse

Vincent

Cotro

CHOC 2017

CONCERT 2017

Diego Imbert

Tribute To

Charlie Haden

1 CD Trebim Music /

L’Autre Distribution

Emile Parisien Quintet

Sfumato avec Michel

Portal, Vincent Peirani

et Wynton Marsalis

Jazz in Marciac,

Chapiteau

Marciac, 8 août

Sophia

Domancich

So

1 CD Sans Bruit / Bancamp

Lucky Dog

Péniche

Le Marcounet

Paris, le 6 février

Stéphan Oliva

Susanne Abbuehl

Øyvind Hegg-Lunde

Princess

1 CD Vision Fugitive /

L’Autre Distribution

Stéphan Oliva

Susanne Abbuehl

Øyvind Hegg-Lunde

Duc des Lombards

Paris, 12 mai

François Couturier

Tarkovsky Quartet

Nuit blanche

1 CD ECM / Universal

Hervé Sellin

All Stars

Radio France, Jazz sur

le vif au Studio 104

Paris, 21 octobre

Pierrick Pedron

Unknown

1 CD Fo Feo Productions /

Caroline-Universal

Claudia Solal

Benjamin

Moussay

Le Petit Faucheux

Tours, 6 octobre 2017

Diego Imbert,

contrebassiste recherché,

est aussi leader de

plusieurs groupes et a

déjà enregistré quatre

albums sous son nom.

Il vénère Charlie Haden

et a assemblé pour lui

rendre hommage un

casting parfait, avec

Enrico Pieranunzi et André

Ceccarelli, complété pour

quelques morceaux par

sept musiciens classiques

sur des arrangements

de Pierre Bertrand. Une

réussite.

Elève au collège de

Marciac, Emile Parisien

avait suivi les master class

de Wynton Marsalis à Jazz

In Marciac. Mais en 2017,

c’est lui qui a invité le

trompettiste à le rejoindre

sur scène. Le trompettiste

a chaleureusement joué le

jeu. Sur Temptation Rag

en trio d’abord, puis sur

Transmitting de Joachim

Kühn, en version déjanté !

Toute l’histoire du jazz

en quinze minutes, de La

Nouvelle-Orléans au free.

Etonnant, non ? •

“So”, un grand disque

de piano solo, sorti sur

la pointe des pieds (label

Sans Bruit !). Le poids

des notes et des silences,

la charge harmonique

jamais encombrante, une

musique hypersensible et

digne jusque dans cette

Pool of Tears (mare de

larmes) et cette reprise du

requiem Django. Quant

au concert de Lucky Dog

– Yoann Loustalot (bugle),

Frédéric Borey (sax ténor),

Yoni Zelnik (contrebasse),

Fred Pasqua (batterie) –,

c’était le tour de chauffe

de l’enregistrement

d’un disque à paraître

ces jours-ci, sous le

label Fresh Sound New

Talent de Jordi Pujol,

venu de Barcelone

pour l’occasion. On le

comprend. Si le piano en

est absent, “So” et “Lucky

Dog” ont à mon oreille

au moins une chose en

commun, l’ascendance

d’Ornette Coleman. •

Aussi élégante qu’autrefois

la complicité de Jimmy

Giuffre et de Jim Hall, la

relation qui se tresse entre

les “voix” de Susanne

Abbuehl et de Stéphan

Oliva n’en finit pas de

déployer un éventail de

lyrismes élémentaires en

une constante illustrationdémonstration

de la notion

d’empathie, portée ici à

un doux paroxysme par la

conjugaison du disque et

du live, jouant de l’aimable

décalage d’un pouvoir de

charme spéculaire. Soit

une double exploration

du panthéon abbuehlien :

de diverses phases de

l’œuvre giuffrien à un alliage

presque nostalgique des

bols indiens (souvenir

de Don Cherry ?) avec

les fascinantes finesses

percussives d’Øyvind

Hegg-Lunde, un pèlerinage

aimablement conclu par

la reprise d’une Lonely

Woman sertie jadis par

le producteur Philippe

Ghielmetti. •

Alternant avec bonheur

rêves collectivement

improvisés et

compositions originales

de François Couturier,

“Nuit Blanche”, troisième

album du Tarkovsky

Quartet, nous plonge au

cœur même de la création

musicale. Anja Lechner,

Jean-Louis Matinier,

Jean-Marc Larché

et François Couturier

déploient les lumineuses

couleurs d’une musique

acoustique et nous

font toucher la beauté

du doigt. Musicien de

l’année au regard des

articles qui lui ont été

consacrés, Thelonious

Monk aurait eu cent ans

le 10 octobre. Pour le

fêter, Hervé Sellin nous

fit revivre la musique qu’il

joua en tentet au Town

Hall de New York un soir

de 1959, partageant un

concert inoubliable avec

ses musiciens (Claude

Egea, Pierrick Pedron,

Rick Margitza, André

Villéger, la place manque

pour les citer tous) et un

public enthousiaste. •

Dans le neuvième

album du saxophoniste

s’épanouit tant le soliste

que le compositeur. Sa

sonorité fragile et acérée

explore une palette de

couleurs et une gamme

d’expressions qui trahit

l’empreinte sonore

d’Ornette Coleman et sa

joyeuse impertinence.

Dans un quartette

d’exception où brille le

tandem Thomas Bramerie

/ Gregory Hutchinson,

le pianiste Carl-Henri

Morisset incarne un pont

prometteur entre les

générations.

Claudia Solal et Benjamin

Moussay dévoilent

quant à eux sur scène le

programme de leur récent

“Butter In My Brain”. Le

minimalisme achevé et les

délicats environnements

sonores du Rhodes

ouvrent un espace à

l’onirisme de la pétillante

vocaliste. Comme elle,

j’en suis sorti « avec de

la crème sur ma chaise

et du beurre dans mon

cerveau ». •

8 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


David

Cristol

Guy

Darol

Stephan Crump

Ingrid Laubrock

Cory Smythe

Planktonic Finales

1 CD Intakt / Orkhêstra

Jacques Thollot

Thollot In Extenso

1 CD Nato /

L’Autre Distribution

Pat Thomas

Orphy Robinson

Frank Gratkowski

Jean-Paul Bourrelly

Jazzfest Berlin, A-Trane

Berlin, 2 novembre 2017

Yaron Herman Trio

& Guests

Théâtre de Cornouaille

Quimper, 18 novembre 2017

2017 a vu fleurir les

parutions oblitérant les

murs entre jazz, musiques

improvisées et écrites. Du

solo au grand ensemble,

ils sont nombreux à

explorer cette voie, de

Barry Guy à Matt Mitchell,

d’Aruán Ortiz à Mat

Maneri. Sur “Planktonic

Finales”, la saxophoniste

Ingrid Laubrock, le

contrebassiste Stephan

Crump (complice de

Vijay Iyer) et le pianiste

Cory Smythe (venu du

classique) tissent des

pièces subreptices, aux

climats oniriques émaillés

de brefs embrasements.

Quant aux Berlin-London

Conversations déclinées

trois soirs durant au

A-Trane dans le cadre

du Jazzfest Berlin,

difficile de faire plus

spontané que le concert

inaugural donné par ce

quartette sans batteur ni

répétition préalable, union

anarchique d’acoustique

et d’électrique, de rythmes

et d’abstractions, la liberté

en étendard. •

Joyau sonore glissé

dans un écrin à l’effigie

de Jacques Thollot,

cigarette aux lèvres contre

les tabous futuribles,

cette collection de pièces

précieuses du “poète

des drums” accroche

les cœurs avec tant

de délicatesse que les

contradictions entre le

jazz et la pop fondent

irrémédiablement, livrant

enfin le secret de l’or des

alchimistes. Le Grand

Œuvre interprété par

Thollot mais aussi ses

alliés et bienveillants

thaumaturges est bien sûr

éternelle. Il en va ainsi de

l’effet produit par le pianiste

Yaron Herman, mêlant

thèmes de Chostakovitch

et de Björk dans un

athanor en liberté où

l’improvisation, passant

du minimalisme à un

foisonnant maximalisme,

incluant le saxophone

arrangé de Guillaume

Perret, la guitare sorcière

de Federico Casagrande, le

drumming en corps-à-corps

de Ziv Ravitz, déverse ses

laves incandescentes. •

Forte présence scénique (Jazz à

La Villette, Rhino Jazz(s) Festival,

BatÔjazz...) mais aussi discographique

(le bel hommage à Charlie Parker sur

Impulse, un live au Village Vanguard

avec Enrico Pieranunzi...) cette année

pour le saxophoniste américain

Donny McCaslin, qui travaille déjà au

successeur de “Beyond Now”, qui fut

l’un des meilleurs disques de 2016.

PHOTO : PETER VAN BREUKELEN

Musicien

étranger

de l’année

1 Donny

McCaslin

2 Vijay Iyer

3 Fred Hersch

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 9


Lionel

Eskenazi

Ludovic

Florin

Son premier disque s’intitule

“Tonbé Lévé”, et « Tonbé Lévé,

précise-t-il dans le livret, c’est

suivre ses rêves ». Nul doute que

ce jeune batteur saura les suivre

et les réaliser sur le bon tempo.

PHOTO : ALEXANDRE LACOMBE

CHOC 2017

CONCERT 2017

Henri Texier

Concert Anniversaire

30 ans à La Maison de

la Culture d’Amiens

1 CD Label Bleu /

L’autre Distribution

Emile Parisien

Vincent Peirani

Andreas Schaerer

Michael Wollny

Café de la Danse

Paris, 21 octobre

Christophe

Monniot

Une Nouvelle Terre

1 CD Le Triton /

L’Autre distribution

Jozef Dumoulin

Orca Noise Unit

Théâtre du Pavé,

Un Pavé dans le jazz

Toulouse, 4 novembre 2017

Pour fêter les trente

ans de Label Bleu,

Henri Texier, entouré

de ses proches (Michel

Portal, Bojan Z, et

Manu Codjia), a eu

l’excellente idée d’inviter

les nouveaux musiciens

du label (Thomas de

Pourquery et Edward

Perraud) pour un concert

exceptionnel. Inédit,

éphémère et néanmoins

époustouflant. Si de ce

sextette il ne restera

qu’un disque – mais un

disque majeur ! – grâce au

talent de Philippe Tessier

du Cros, Emile Parisien,

Vincent Peirani, Andreas

Schaerer et Michael Wollny

rejouaient à l’inverse le

programme de leur disque

“Out Of Land” pour fêter

sa sortie, au Café de la

Danse, devant un public

littéralement envoûté par

ce superbe jeu collectif et

ces improvisations de haut

vol. •

L’album de Christophe

Monniot évoque-imagine

une terre nouvelle, la nôtre,

moins polluée, vivable. Par

moments très évocateur,

à d’autres dérangeant, il

équilibre merveilleusement

écriture et improvisation.

Soit de l’écologie mentale,

l’une des trois écologies

de l’écosophie de Félix

Guattari, menée par des

artistes tous maîtres

en leur domaine (Marc

Ducret, Stéphan Oliva,

Didier Ithursarry, Bruno

Chevillon, Franck Vaillant).

Côté concerts, je jette

mon dévolu sur Orca

Noise Unit avec Sylvaine

Hélary, Antonin Tri Hoang,

Bruno Chevillon et Toma

Gouband : finesse,

intelligence et implication

poétique. Ce fut magique

et hors du temps. •

Révélation

française

de l’année

1 Arnaud

Dolmen

2 Naïssam Jalal

3 Rodolphe Lauretta

10 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


les chocs 2017

Jonathan

Glusman

Frédéric

Goaty

Paul

Jaillet

Robert

Latxague

Stéphane

Ollivier

Eric Schaefer

Kyoto Mon Amour

1 CD ACT Music / Pias

Laurent de Wilde

New Monk Trio

1 CD Gazebo /

L’Autre Distribution

James Brandon

Lewis

No Filter

1 CD BNS / roughtrade.com

Roberto Negro

Dadada

Saison 3

1CD Label Bleu /

L’autre distribution

Gary Peacock

Tangents

1 CD ECM / Universal

Mario Batkovic

Théâtre des

Bouffes du Nord

Paris, 22 octobre 2017

Donny McCaslin

BatÔjazz

Lac du Bourget, 8 septembre

William Parker

Organ Quartet

La Dynamo de

Banlieues Bleues

Pantin, 28 mars

Joshua Redman

Jazz in Marciac,

Chapiteau

Marciac, 9 août

Craig Taborn

Sons d’Hiver,

Auditorium

Jean-Pierre Miquel

Vincennes, 26 janvier

Depuis que je participe

au référendum annuel de

Jazz Magazine, choisir

un disque de “world jazz”

est presque devenu une

habitude, mais c’est en

revanche la première fois

que mon “choc” implique

la tradition japonaise.

“Kyoto Mon Amour” du

batteur allemand Eric

Schaefer m’a tout de

suite fait penser à “Ginkai”

d’Hozan Yamamoto

et Masabumi Kikuchi,

référence en la matière.

Mais il est bien possible

que l’interaction entre les

instruments occidentaux

(dont une clarinette

basse) et asiatiques

(un koto) y soit encore

supérieure, ou disons

plus homogène. Seul sur

scène, l’accordéoniste

d’origine bosniaque Mario

Batkovic n’a certes pas ce

genre de préoccupation,

mais arriver à produire

du trip hop expérimental

et hypnotique (sans le

moindre effet) avec cet

instrument mérite tout

autant un autre “choc”. •

Biographe de Monk,

conteur d’histoires de

Monk – mais pas que –

à la télé, à la radio,

sur scène ou dans ce

magazine, Laurent de

Wilde sait tout faire. Et il le

fait encore mieux quand

il s’agit de son bon vieux

Thelonious. Son “New

Monk Trio” est un cadeau

fait à ceux qui rêvaient

d’entendre la Monk’s

music comme libérée du

poids des ans, légère,

élégante, pétillante, gracile,

graphique et dansante.

Le 8 septembre, j’ai vu

passer le fantôme tout

sourire de David Bowie

sur le Lac du Bourget !

Logique, puisque Donny

McCaslin, Jason Lindner,

Tim Lefebvre et Mark

Guiliana, les musiciens

de son ultime opus,

“Blackstar”, étaient en train

de jouer pour une centaine

de privilégiés sur la petite

scène du bateau le

Savoyard II. Quand le jazz

nouvelle vague prend la

tangente au fil de l’eau, on

nage dans le bonheur. •

Le brûlant saxophoniste

ténor James Brandon

Lewis a enfin enregistré

avec ses partenaires de

tournée, Luke Stewart, sa

basse agressive et funky,

et Warren “Trae” Crudup

et sa batterie explosive et

musclée. Ce nouveau trio

infernal balance avec une

belle débauche d’énergie

un jazz intense et palpitant

gorgé de spiritualité

et d’improvisations

incendiaires.

Dans le cadre du Festival

Banlieues Bleues,

nous retrouvons JBL

au sein d’un carré

magique constitué par le

contrebassiste libertaire

William Parker avec

l’homme tambour Hamid

Drake et le claviériste

fantasque Cooper Moore.

Cette superbe dream

team nous a régalés d’une

musique convaincante,

sauvage et stupéfiante.•

Sur scène comme en studio

le trio Roberto Negro,

Émile Parisien et Michele

Rabbia produit une musique

libre, vivante, qui se plaît

à surprendre par des

progressions rythmiques

ou harmoniques souvent

imprévisibles. Une manière

très particulière d’écrire un

jazz de fort relief.

En cette nuit d’août

gersoise Joshua Redman

avoue : « Amoureux des

climats générés lors

des rencontres entre

Don Cherry et Ornette

Coleman, j’ai trouvé du

bonheur à plonger dans

les mélodies savantes

d’Old And New Dreams »

Ainsi, entouré de Ron

Miles, Scott Colley et Brian

Blane, Redman fils nous

faisait-il partager les plaisirs

forts de la musique des

héritiers d’Ornette. Parmi

lesquels son père, Dewey,

saxophoniste lui aussi.

Manière d’hommage. •

“Daylight Ghost” de Craig

Taborn aurait tout aussi

bien pu se retrouver en

tête de mon palmarès

mais c’est pour sa

prestation époustouflante

d’intensité émotionnelle

et de concentration

langagière donnée à

Sons d’Hive que j’ai tenu

à distinguer ce pianiste.

Par sa puissance lyrique

et la densité matérialiste

de son jeu, Taborn

est l’un des artistes

contemporains les plus

innovants du moment.

C’est un autre artiste

étiqueté ECM, le grand

poète iconoclaste de

la contrebasse Gary

Peacock, qui m’aura

procuré mes plus beaux

émois discographiques.

A la tête d’un trio de

rêve composé de Marc

Copland au piano et de

Joey Baron à la batterie,

il signe une musique

d’une fraîcheur

d’inspiration, d’une

liberté de geste et d’une

irrésistible maturité. •

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 11


les chocs 2017

Pascal

Rozat

François–

René Simon

Katia

Touré

Jean-Pierre

Vidal

Philippe

Vincent

CHOC 2017

CONCERT 2017

Tigran Hamasyan

An Ancient Observer

1 CD Nonesuch /

Warner Music

Kenny Werner Trio

Duc des Lombards

Paris, 7 décembre

Denis Fournier

Alexandre

Pierrepont

Traités & accords

1 CD Vent du Sud /

allumesdujazz.com

Twins / The Bridge #0

Fred Jackson /

Stéphane Payen /

Makaya McCraven /

Edward Perraud

Tournée en France, 5-16 octobre

Binker & Moses

Journey To The

Mountain Of Forever

1 CD Gearbox Records /

Differ-ant

Wadada Leo

Smith & Vijay Iyer

Sons d’Hiver,

Espace Jean Vilar

Arcueil-Cachan,

17 janvier 2017

Ambrose

Ambrose

Akinmusire

A Rift In Decorum : Live

At The Village Vanguard

2 CD Blue Note / Universal

Kneebody

Duc des Lombards

Paris, 2 novembre

Henri Texier

Concert Anniversaire

30 ans à La Maison de

la Culture d’Amiens

1 CD Label Bleu /

L’Autre Distribution

Emile Parisien

Quintet Sfumato

Respire Jazz Festival

Aignes et Puypéoux, 1 er juillet

J’écris ce billet au sortir

du Duc des Lombards, là

même où, en l’an 2000,

Kenny Werner avait

inauguré ce splendide

trio avec Johannes

Weidenmüller (b) et Ari

Hoenig (dm). Et je reste

encore tout émerveillé de

cette heure et demie de

pure générosité, débutée

comme un génial tour de

prestidigitation musicale,

avant de s’aventurer

progressivement vers

les contrées reculées

de l’intime, pour se

clore en beauté par

de bouleversantes

retrouvailles avec la

batterie de John Betsch,

autour d’un Soul Eyes

d’anthologie. À l’opposé

de cet art raffiné de

l’interplay, c’est en solo

que Tigran Hamaysan a

peaufiné ce qui demeure

à ce jour le meilleur album

de sa jeune carrière,

dans un non moins

passionnant dialogue

avec lui-même. •

Oui, ce fut un choc que

ce tambour-poème à la

formule tout à fait inédite.

Entre Alexandre Pierrepont,

le narrateur (français) et

Denis Fournier le drummer

(pulsateur), il y a bien

davantage qu’un duo

soliste-accompagnateur et

même qu’une complicité :

l’esprit de l’Afrique –

berceau de l’humanité croiton

savoir – innerve de bout

en bout le projet comme

il innerve le jazz dans son

éternelle actualité.

Et quelle tournée, mes

aïeux, que celle du

Bridge #0 ! Deux fois deux

égalent quatre musiciens se

découvrant infatigablement

au fil de douze jours et

nuits passés ensemble et

d’une bonne dizaine de

performances sans musique

préconçue mais avec

parfois quelques autres

s’agrégeant pour donner

une couleur différente à ce

double duo saxophonebatterie,

c’est ce qui

pourrait s’appeler une libre

évolution permanente. •

Fleuron d’une scène

britannique en ébullition,

le duo sax-batterie

formé, respectivement,

par Binker Golding et

Moses Boyd signait

cette année un double

album intense, ingénieux,

à la fibre spirituelle et

incandescente. Premier

acte : une rythmique

implacable, enrichie par

leur terreau multiculturel

(citons le hip-hop ou le

calypso). Deuxième acte :

un dialogue entre free et

musiques improvisées

entrecoupé de quelques

salves de bop. Et cela,

avec le concours de

prestigieux invités. Côté

scène, un soir de janvier,

Wadada Leo Smith et

Vijay Iyer nous ont offert

un instant des plus

enchanteurs à l’abri d’un

froid mordant. Galvanisé

par les envolées

cosmiques du pianiste,

le trompettiste semblait

flotter. Les deux coloraient

le vide, matérialisaient la

pesanteur et semblaient

converser avec des

constellations. •

Le talent d’Ambrose

Akinmusire semble

décidément sans limite.

Sur la scène du Village

Vanguard, le trompettiste,

doté d’un panel sonore

qui ne cesse de se

singulariser, se réinvente

encore. Il nous offre en

quartette une musique

riche et changeante dans

ses formes comme dans

ses structures. Ecriture

concise, improvisations à la

fois denses et fragmentées

nous emportent jusqu’au

seuil harmonique de

l’abstraction.

Au Duc Des Lombards, le

Kneebody de Ben Wendel

et Nate Wood, débarrassé

du surpoids de certains

effets sonores encombrant

le dernier album, nous a

littéralement électrisé. Le

groupe délivra ce soir-là

par la pleine mesure de

sa virtuosité une leçon

collective enthousiasmante

de puissance et d’invention

débridée. •

Pour célébrer le jazz

“made in France” dont

certaines productions ont

été remarquables cette

année, rendons gloire à

l’enregistrement live d’un

de ses “parrains” qui a

regroupé autour de lui

avec sagacité certains de

ses vieux compagnons

de route (Michel Portal,

Bojan Z) et des musiciens

de la génération suivante

(Thomas de Pourquery,

Edward Perraud, Manu

Codjia). Un concert

mémorable et ô combien

jubilatoire ! Quant à Emile

Parisien, il fit à Respire Jazz

une de ces prestations

magiques dont il a le

secret, unissant dans une

même ferveur amateurs

patentés et néophytes du

jazz dans cette abbaye du

Sud-Charente perdue au

milieu de nulle part et où les

artistes donnent souvent le

meilleur d’eux-mêmes. •

12 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


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vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier et vous opposer à leur transmission éventuelle en nous écrivant.


entretien

texte texte Stéphane Ollivier

MELODY GARDOT

“Je n’ai rien à

cacher !”

Dans les rues de Paris, où Melody Gardot vient d’élire domicile,

fleurissent déjà les affiches de ses deux prochains concerts à l’Olympia.

Mais pour son nouvel album, “Live in Europe”, elle est aussi passée

par Lisbonne, Londres, Amsterdam, Barcelone. Rencontre avec une

chanteuse pour qui la scène est « l’espace de sa renaissance ».

Jazz Magazine Votre premier double-album

live compile des extraits de concerts donnés

entre 2012 et 2016 dans plusieurs grandes

villes européennes. A l’heure de la mondialisation,

les publics sont-ils encore différents

d’un pays à l’autre et influent-ils sur votre

façon de vous produire sur scène ?

Melody Gardot Bien sûr que les différences

demeurent, et heureusement ! Certains sont plus

spontanés dans leurs réactions, d’autres plus

bruyants ou plus expansifs parce que ça relève

de leur culture. Dans le disque, il y a un morceau

enregistré à Londres par exemple, que j’ai tenu à

conserver précisément parce que les gens sont en

train de parler. J’ai trouvé ça très drôle et je crois

que ça met bien en évidence ma façon d’envisager

la scène : un espace de vérité où l’artiste

révèle vraiment sa personnalité au-delà de l’aspect

purement musical. Je suis un peu comédienne,

j’aime communiquer directement avec les gens,

même dans un registre autoparodique parfois. Je

le fais souvent après des ballades un peu tristes

ou au fort pouvoir émotionnel, j’aime que les

gens aient la possibilité de rire pour décompresser.

Mais ça je le fais spontanément parce que

j’ai grandi dans les clubs et qu’il m’est plusieurs

fois arrivé de devoir gérer dans le public un spectateur

complètement saoul, ou un peu agressif,

en le faisant monter sur scène, ça fait partie de

mon histoire et des situations auxquelles j’aime

bien me confronter parce qu’elles ouvrent sur de

l’inattendu qui peut être très riche humainement et musicalement. Ce double

album, je l’ai conçu précisément pour qu’il rende compte au plus juste de ce

qui s’est passé sur scène au cours des quatre dernières années. Il aurait été

beaucoup plus simple de me limiter à deux ou trois concerts et d’y piocher

la matière d’un disque, voire de sortir sous la forme de CD l’enregistrement

du DVD “Live à l’Olympia” paru l’an dernier. Mais je n’avais pas envie de ça,

car ça ne donnait pas la mesure de l’étendue des territoires musicaux que

nous avions explorés durant cette période, ni de la diversité des humeurs

que nous avions développées sur scène au fil des soirs. Je me suis donc

astreinte à écouter plus de trois cents concerts enregistrés au cours de cette

période ! Ça m’a pris plus de quatre mois, ç’a été une vraie épreuve au terme

de laquelle je me détestais en n’entendant plus que mes défauts. Mais j’ai

progressivement compris que ce que je devais privilégier, au-delà de la pure

performance technique, c’était ce que je ressentais. Que ça m’émeuve, me

fasse rire, ou que soudain je sois époustouflée par le jeu du bassiste. Enfin

des choses basiques, ce qu’on recherche tous quand on va voir un artiste

sur scène ! Ça m’a demandé du temps pour trouver la bonne perspective, la

bonne distance par rapport à la musique, mais c’est ce qui a guidé l’essentiel

de mes choix. Il y a deux versions de Baby I’m A Fool, ce qui a priori peut

paraître une aberration. Mais moi j’ai trouvé au contraire que c’était intéressant.

La première version a été enregistrée à l’Opéra de Vienne en 2013 et

pour moi dont la famille est en partie originaire d’Autriche, c’était une vraie

émotion et un honneur de pouvoir me produire dans un tel lieu, comme une

sorte d’hommage que je lui rendais. Cette chanson ne pouvait pas ne pas

être dans la sélection. Mais quand j’ai écouté la version de la même chanson

donnée à Londres en 2016, j’ai trouvé l’énergie tellement belle et tellement

différente, légère, drôle, avec le groupe dans un état quasi hystérique, que

je me suis dit que c’était ça précisément que je voulais faire entendre, des

moments exceptionnels qui reflètent à travers leur diversité, à la fois l’étendue

de ce que je peux donner sur scène et en quelque sorte mon évolution au fil

du temps et selon les lieux.

16 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


X/DR (UNIVERSAL)

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 17


entretien Melody Gardot

Pourquoi n’avoir finalement sélectionné

que des morceaux enregistrés en

Europe ?

Sans savoir exactement ce que je voulais

M.G.

ou pourrais en faire, j’avais demandé au

cours de ces tournées que tous mes concerts

soient enregistrés en multipistes, mais pour des

raisons techniques et financières ça n’a pu se

faire qu’en Europe. C’est la principale raison pour

laquelle ce disque ne présente que des morceaux

captés dans des grandes villes européennes. Mais

c’est vrai aussi que je me sens bien en Europe,

que j’y ai un public fidèle et que c’était une façon

pour moi de le remercier que de sortir ce disque.

Vous vivez en France actuellement,

non ?

Oui, je me suis installée à Paris depuis

M.G.

quelques mois. C’est une période très

stimulante de ma vie. Je rencontre beaucoup

d’artistes, de poètes, de musiciens, dès que j’ai

une idée ou une envie, c’est très facile de la mettre

en route. D’un point de vue créatif et professionnel,

c’est vraiment l’idéal. Et puis c’est une sorte

de rêve que je réalise. Depuis que je suis toute

petite, j’ai envie de vivre à Paris. Il y a trois ans ç’a

failli se faire, mais je n’avais pas l’argent malgré

le succès, c’était trop juste pour que je me lance

dans l’aventure, sauf à vivre dans 20 m 2 . Là je

suis bien, c’est temporaire, je ne sais pas combien

de temps je vais rester mais je suis heureuse

que la rencontre ait enfin lieu. Parce que Paris,

je l’ai longtemps vécu comme une sorte de jeu

de séduction avec un homme qui me désire et

que je désire, qui me dit « allez viens chérie, viens

dans mes bras… », mais que je refuse en faisant

la coquette, la coquine… Et finalement là, après

dix ans de ce petit jeu, je succombe : « Ok, ok,

je viens, tu as gagné ! » Il faut dire qu’à Paris je

me suis toujours sentie comme chez moi. C’est

un sentiment très intime que je ne peux pas vraiment

expliquer. Ça me fait la même chose avec

la Pologne et Vienne, en Autriche, d’où ma famille

est originaire. Chaque fois que j’y vais, j’ai des

frissons. Emotionnellement, spirituellement, je suis

connectée avec ces lieux. La première fois que

je suis arrivée à Vienne, j’ai eu le sentiment de

rencontrer enfin des gens qui me ressemblaient

physiquement, avec les mêmes yeux, la même

couleur de cheveux, la même carnation un peu

mate, la même forme de visage, c’était très troublant,

comme si je retrouvais ma tribu…

Vous parlez un très bon français, je

sais que vous avez appris également

le portugais. C’est important pour connaître

une culture, un pays, de maîtriser la langue ?

‘‘

Ce que je veux voir sur scène,

c’est quelqu’un qui cherche,

qui affronte ses limites, qui à la

fin parvient à sortir de sa zone

de confort.”

ÉRIC GARAULT

18 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


M.G. C’est fondamental ! Mais je pense aussi

que pour une chanteuse il est important

d’avoir le respect de son public et qu’à chaque

concert il est indispensable au minimum de dire

quelques mots dans la langue du pays où l’on

est, c’est une question d’éducation. Dans tous

les pays où je joue j’ai une quinzaine de phrases

comme ça, que je peux décliner dans chaque

langue. Ensuite, dans les pays où je m’installe,

c’est autre chose, c’est à la fois un plaisir et une

nécessité que de s’initier à la langue. De mieux

maîtriser la langue française, en dehors du fait

que ça me permet de pouvoir aller m’acheter à

manger, ça m’ouvre aussi bien évidemment à la

psychologie intime des gens de ce pays.

Et alors ?

Ah vous êtes des intellectuels ! Vous réfléchissez

tout le temps ! Moi, je ne suis pas

M.G.

comme ça. Je suis dans l’expression spontanée

des sentiments ! Ça me surprend souvent cette

façon que vous avez de différer vos réactions…

Mais j’aime ça aussi, ça crée une profondeur,

une poésie qui n’appartient qu’à vous et qu’on

retrouve dans ce que votre chanson a de meilleur.

J’ai chanté à un moment une chanson de Barbara

qui s’appelle C’est trop tard, je ne sais pas si je

l’interprétais bien, mais ce que je peux dire c’est

que c’était très fort d’un point de vue émotionnel

de prononcer ces paroles. C’est une façon de parler,

de mettre des mots sur des situations amoureuses

et des sentiments, dont aucune Américaine

n’aurait l’idée. On ne perçoit pas le monde de la

même façon, on ne réfléchit pas et on n’écrit pas

comme ça en Amérique. Chaque langue a son

génie propre, et le français possède un don particulier

pour exprimer les sentiments dans toutes

leurs nuances. Le fait d’être aujourd’hui en mesure

de travailler avec des Espagnols, des Portugais

ou des Français m’apporte beaucoup dans mon

propre travail d’écriture. Il m’arrive souvent d’être

un peu fatiguée de l’anglais, de me plonger dans

une autre langue. C’est aussi une façon de me

ressourcer. D’être en capacité de percevoir et

traduire les sentiments dans tous ces idiomes

étrangers m’a permis d’exprimer mes émotions de

façon plus précise et de mieux les communiquer.

Au fond, c’est ce qui m’intéresse le plus.

Y-a-t-il des musiciens français que

vous appréciez particulièrement ?

Oui bien sûr. Je viens de participer au dernier

disque d’Ibrahim Maalouf par exemple,

M.G.

et j’adore quelqu’un comme Baptiste Trotignon, je

trouve que c’est un pianiste fabuleux. Mais j’aime

aussi des artistes moins connus. Je pense tout

repères

1985 Naissance,

le 2 février, dans

le New Jersey.

2003 Victime

d’un grave

accident de vélo.

Se remet grâce à

la musicothérapie.

2005 Premier EP,

“Some Lessons

– The Bedroom

Sessions”,

composé de

morceaux écrits

pendant sa

convalescence.

2006 Premier

album,

“Worrisome

Heart” réédité par

Verve en 2008.

2009 “My One

And Only Thrill”

sous la direction

artistique de Larry

Klein. Participe

à “Grand Écran”

d’Eddy Mitchell.

2010 Invitée par

Charlie Haden

à participer à

“Sophisticated

Ladies” (Verve).

2012 “The

Absence”, en

compagnie du

producteur Heitor

Pereira, plus

proche de la

world music.

2015 Retour au

jazz et à la soul

avec “Currency Of

Man”.

2016 Chante

The King Of

52nd Street dans

“The Passion Of

Charlie Parker”

(Impulse).

particulièrement à un accordéoniste qui s’appelle Ludovic Beier,

qui est très talentueux, qui s’inscrit dans la tradition manouche

mais qui compose aussi des mélodies très personnelles, d’une

grande richesse, quasi hypnotiques, qu’on a l’impression d’avoir

toujours connues. J’ai très envie de faire quelque chose avec

lui… Sinon, outre les grands noms – Jacques Brel, Georges

Brassens, Claude Nougaro, Charles Aznavour –, j’aime vraiment

beaucoup Stromae. J’ai trouvé qu’il était vraiment réconfortant

que quelqu’un ait du succès en faisant de la chanson à la fois

populaire et intelligente… La plupart du temps, je ne peux pas

écouter la pop music à la mode parce que les paroles sont affligeantes

de bêtise. Là, ça fait vraiment du bien. Mais vous savez,

la majeure partie de mon temps à Paris, je le passe à aller voir

des spectacles de danse, des concerts classiques. Récemment,

je suis allée voir un spectacle de Pina Bausch et j’ai trouvé ça

fabuleux. L’engagement physique et technique était exceptionnel.

C’est pour des choses comme ça qu’on sort de chez soi et

qu’on paie une place de spectacle… Voir quelqu’un sur scène

qui fait le minimum, ça ne m’intéresse pas. Ce que je veux c’est

voir quelqu’un qui cherche, qui affronte ses limites, qui à la fin

parvient à sortir de sa zone de confort.

La scène, c’est un espace de représentation ou de

recherche pour vous ?

C’est une question difficile, mais je peux essayer d’y

M.G.

répondre en renvoyant à l’image qu’on a utilisée pour la

pochette du disque. Au début, j’étais toute simple sur scène,

c’était un espace que je n’interrogeais pas, que je prenais à peine

en compte, le simple fait d’être parvenue à y monter pour chanter,

c’était une victoire. Ça me transformait, ça me donnait une

impression incroyable de liberté. L’accueil du public était chaque

fois une surprise. Longtemps, je suis restée dans cette attitude,

avec juste l’envie d’être moi, sans fard et en toute humilité. Je

pensais que ça suffisait pour transmettre des émotions. Avec

le temps, j’ai appris à prendre en compte la scène dans toutes

ses dimensions, à jouer avec. Je me suis mise à m’intéresser

au son, aux lumières, à la scénographie, car j’ai compris que

c’était important pour un artiste d’avoir la maîtrise de ses outils.

Pour autant, j’ai toujours tenu à rester moi-même, à demeurer

naturelle, sur scène comme ailleurs. C’est ce que j’entends

signifier par cette image sur la pochette : je n’ai rien à cacher ! Et

comme dans mon histoire l’évolution de mon corps a coïncidé

avec l’évolution de la musique, je peux le dire dans une photo.

Je suis arrivée sur scène les premières fois en chaise roulante,

puis avec des cannes, ça a pris dix ans avant que je puisse me

lever et prendre le micro sans aucune aide. Sur cette photo, je

me montre telle que je suis aujourd’hui, et je dis à mon public :

« Si je suis debout avec une guitare en pleine lumière, c’est grâce

à vous ! » Alors oui, la scène pour moi c’est tout ça : l’espace

de ma renaissance mais aussi d’une mise à nu perpétuelle. •

CD “Live in Europe” (Decca Records / Universal, sortie le 9/2).

CONCERTS Les 1 er et 2 juillet à Paris (Olympia).

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 19


SLADE

LEE MORGAN & JOHN COLTRANE

QUOI DE NEUF

CES DOCS ?

20 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


dossier

texte Frédéric Goaty

Visibles sur Netflix et

disponibles en DVD,

les documentaires de

Kasper Collin et de John

Scheinfeld, I Called Him

Morgan et Chasing Trane

rendent hommage aux

deux géants du jazz Lee

Morgan et John Coltrane.

X/DR (ARCHIVES JAZZ MAGAZINE)

IIl neige. Et les premières notes de Search For The New

Land, l’un des plus beaux morceaux de Lee Morgan, se

mêlent aux flocons. Le saxophoniste Billy Harper, présent

au Slug’s le soir du 19 février 1972 où le trompettiste fut

abattu par la femme de sa vie, Helen Morgan, contemple

une photo de ce couple si fusionnel : « C’est Helen ? Et

Lee... Je peux pas y croire... On les voyait tout le temps

ensemble... » Jymie Merritt : « Il n’a pas pu s’en sortir

cette nuit-là, et je n’ai jamais pu retourner dans cette rue.

Ni même à New York. J’étais détruit. » Bennie Maupin :

« J’étais curieux de savoir ce qui était arrivé à Helen. J’ai

su que la police l’avait arrêtée et emmenée en prison.

Mais je ne l’ai plus jamais revue... »

Billy Harper, Jymie Merritt, Bennie Maupin : ce n’est pas

le moindre des mérites de Kasper Collin que de donner

la parole à des musiciens qu’on voit trop rarement à

l’écran. Dans I Called Him Morgan, il enchaîne subtilement

témoignages (musiciens et proches de Lee Morgan

uniquement) et images d’archives (concerts, shows

télé) en les ponctuant avec les photos de Francis Wolff,

Valerie Wilmer et Chuck Stewart qui défilent façon portfolio

et placent le visage et le corps de Lee Morgan au

centre de son film. I Called Him Morgan s’attarde sans

concession mais avec émotion sur la personnalité de ce

trompettiste surdoué découvert par Dizzy Gillespie. Son

hard-bop intemporel habite chaque image.

Et puis il y a cette interview d’Helen Morgan, conduite par

Larry Reni Thomas, son professeur – et grand jazzfan –

de Civilisation Occidentale à Wilmington, là où elle était

retournée vivre après avoir purgé sa peine de prison.

« Vous aimez le jazz ?, lui demanda-t-elle lors du premier

cours – Oui, beaucoup... – Moi aussi. Mon mari était un

musicien de jazz vous savez... – Oh, vraiment ? Mais,

alors, c’était... – ...oui, Lee Morgan. Et vous savez ce qui

est arrivé, hein... » Se sentant en confiance, Helen Morgan

finit par se confier longuement à Larry Reni Thomas

début 1996, un mois avant qu’elle ne meure...

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 21


dossier Quoi de neuf ces docs ?

Morgan de Lee

Celle qui a aimé Lee Morgan et qui lui prit sa vie un sinistre

soir d’hiver, tandis qu’une tempête de neige s’abattait sur

la ville, est donc la voix off d’I Called Him Morgan. Sincère,

émouvante, elle raconte son enfance, sa jeunesse,

la naissance de son premier enfant – qu’elle a eu à... treize

ans –, son arrivée à New York, sa rencontre, un soir, avec

« ce petit garçon qui n’avait pas de manteau » et dont elle

n’aimait pas le prénom, « alors je l’appelais Morgan ». Ce

« Morgan » qu’elle a sorti de l’enfer de la drogue. Tous les

musiciens respectaient cette sorte de Baronne de Koenigswarter

sans le sou, et pas seulement parce qu’elle

était une excellente cuisinière. Plusieurs années après la

nuit tragique de février 1972, le contrebassiste Larry Ridley

croisa Helen Morgan. À sa grande surprise, il n’eut qu’une

seule envie : la prendre dans ses bras, lui qui savait si bien

ce que Lee Morgan devait à cette femme si malheureuse.

I Called Him Morgan est un documentaire qui fera date,

ce qui n’est pas un mince exploit quand on sait la surabondance

d’images disponibles aujourd’hui en un clic

sur le Net. Et comme

‘‘

précise le grand sage

Wayne Shorter, qui

doit son entrée chez

les Jazz Messengers

I Called Him

Morgan est un

documentaire

qui fera date,

ce qui n’est

pas un mince

exploit quand

on sait la

surabondance

d’images

disponibles

sur le Net.”

à son ami, à son frère

trompettiste : « Vous

auriez dû connaître Lee

Morgan... » Trop tard

Monsieur Shorter, trop

tard... Mais grâce à Kasper

Collin, on ne pourra

plus jamais écouter ses

disques de la même

manière.

Coltrane par Clinton

Chasing Trane, le documentaire

de John

Scheinfeld, semble être

destiné à un public plus

large que celui de Kasper

Collin. Il faut dire que

l’aura de John Coltrane

dépasse largement celle de Lee Morgan, qui n’a pas

gravé de 33-tours à la portée aussi universelle que “Giant

Steps”, “My Favorite Things” ou “A Love Supreme”, sans

parler de la merveille des merveilles, “Kind Of Blue” de

Miles Davis. Ainsi, la parole est donnée à des témoins

pas tous aussi légitimes que ceux qui s’expriment dans

I Called Him Morgan. D’aucuns ont tiqué, notamment,

en voyant Bill Clinton donner son avis sur la musique du

génial saxophoniste. Reste que les analyses de l’ex-président

des Etats-Unis sont plus profondes et avisées que

celle de Common et de Santana. Quant à John Densmore,

le batteur des Doors, il explique pourquoi Coltrane et Elvin

Jones ont changé sa perception de la batterie et la façon

Englewood Cliffs, New Jersey,

mercredi 17 février 1972. Lee

Morgan pénètre pour la dernière

fois de sa vie dans le studio de

Rudy Van Gelder, là où il grava

tant d’albums mémorables.

C’est à l’invitation de Charles

Earland que Lee Morgan,

accompagné de son saxophoniste

Billy Harper, participe aux séances

d’enregistrement d’“Intensity”,

le quatrième 33-tours pour la

firme Prestige de l’organiste de

Philadelphie, tout heureux de

pouvoir compter sur une sacrée

équipe de sidemen – quatorze au

dont il accompagnait Jim Morrison... « La

belle affaire ! », diront peut-être certains.

(Qui auraient tort.) Denzel Washington, lui,

“joue” Coltrane en voix off, et tout ce qu’il

dit est adapté de propos réellement tenus

par le saxophoniste. Belle idée.

A hauteur d’homme

Les témoignages de Sonny Rollins, exceptionnel,

Wayne Shorter, philosophe et malicieux,

McCoy Tyner, d’une rare humilité,

Benny Golson, Jimmy Heath, émouvants,

et Wynton Marsalis, pédagogique et sûr

de son fait, ainsi que les lumières du journaliste

Ashley Khan et du philosophe Cornel

West (« Il a laissé un peu de paradis

derrière lui ») font pencher la balance du

côté du savoir et de l’émotion partagés.

Plus que ceux des enfants de Coltrane,

sa belle-fille Antonia Andrews exceptée.

Et si les extraits live, à l’ère de YouTube,

ne surprendront que les néophytes (mais

croisons les doigts pour qu’il y ait toujours

C’était sa dernière séance

total, dont Hubert Laws et Billy

Cobham –, tous des habitués du

studio du grand ingénieur du son

Rudy Van Gelder. Quelques mois

plus tôt, au même endroit, Lee

Morgan avait mis en boîte les cinq

morceaux de son ultime 33-tours,

sobrement intitulé “Lee Morgan”.

Il ne sortira hélas qu’après sa

mort. Morgan, c’est aussi le titre

du dernier morceau d’“Intensity”,

ainsi nommé en hommage au

trompettiste par Charles Earland.

Le mardi 16, une chanson du

groupe Chicago (Happy ’Cause I’m

Going Home) et un tube sixties de

Gerry Goffin et Carole King (Will

You Still Love Tomorrow) sont mis

en boîte avec deux compositions

d’Earland,’Cause I Love Her et

Morgan, où Lee Morgan prend

son seul solo de la journée. Le

lendemain, Morgan et Harper

reviennent pour contribuer plus

activement à deux morceaux

supplémentaires : une seconde

reprise de Chicago, Lowdown (dont

22 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


STORY

des néophytes prêts à découvrir John

Coltrane !), les petits films familiaux révèlent

un Coltrane à hauteur d’homme,

souriant, touchant, avec toujours cette

mélancolie diffuse dans le regard. Chasing

Trane offre une vision claire et

respectueuse de l’œuvre et de l’héritage

de John Coltrane et a tous les

atouts pour intéresser un public pas

forcément averti. N’oublions jamais ce

que Michael Brecker disait : « Tous les

musiciens de jazz sont sous-estimés.

Allez dans la rue et demandez aux gens

s’ils connaissent John Coltrane. Vous

risquez d’être surpris... » •

DVD/BLU-RAY I Called Him Morgan, par Kasper

Collin (FilmRise, zone 1, sous-titres anglais

uniquement, 91 mn), et Chasing Trane, par John

Scheinfeld (Universal, toutes zones, sous-titres

français). À voir aussi sur Netflix.

l’intro de guitare fuzz sera samplée

en 1993 par les rappeurs jazzfans de

A Tribe Called Quest) et un remake

d’une des compositions préférées de

Lee Morgan, Speedball – la version

originale figure dans “The Gigolo”

(1965), un de ses grands classiques

Blue Note. Dans Lowdown, Morgan

cite la mélodie de Sleigh Ride, une

chanson populaire souvent associée

aux fêtes de Noël, et donc à la neige,

qui dehors tombait à gros flocons,

tandis qu’il faisait swinguer ses

pistons et que Rudy Van Gelder

enregistrait son ultime improvisation

sur bande... • JULIEN FERTÉ

A ÉCOUTER

Charles Earland : “Intensity” (Prestige, 16 et

17 février 1972). Lowdown et Speedball ont

paru à l’origine en 1973 sur un autre 33-tours

d’Earland, “Charles III”, mais figurent en bonus

tracks dans la version CD d’”Intensity”.

Lee Morgan : “Lee Morgan” (Blue Note, 17 et

18 septembre 1971). Avec Billy Harper, Bobbi

Humphrey, Grachan Moncur III, Harold Mabern, Jr.,

Jymie Merritt, Reggie Workman et Freddie Waits.

Bobbi Humphrey : “Flute-In” (Blue Note,

30 septembre et 1er octobre 1971).

Avec, entre autres, Lee Morgan, Billy Harper, Hank

Jones, George Duvivier, Idriss Muhammad...

Lee et sa drôle de machine

Si Lee Morgan avait pu voyager dans le

futur, qu’aurait-il pensé de “Morgan The

Pirate”, le nouveau disque du saxophoniste

Stéphane Payen ? Imaginons un peu...

Hackensack, 2 février 1958. « Allons voir à quoi

ressemblera le jazz quand j’aurai quatre-vingts

ans ! », s’écria Lee Morgan. Il tapa donc la date

du 2 février 2018 sur le compteur temporel de sa

Time Machine modèle H.G. Wells planquée sur

le toit du studio de Rudy Van Gelder, où il venait

de terminer son nouveau disque Blue Note*. Il

fit ainsi un bond de soixante ans dans le futur.

Toujours au même endroit, comme le prévoyait

la notice de sa machine ? Non, car il n’était plus

à Hackensack mais à Paris ! Qu’importe ! Du

haut de ses vingt ans, prêt à vivre les plus folles

aventures, Lee Morgan planqua sa machine dans

l’arrière-cour d’un immeuble et se mit à arpenter

les rues de la capitale. Il n’avait pas l’impression

d’être dans un futur si éloigné que ça. Les

voitures ne volaient pas, et chez les jeunes

hommes de son âge les costumes sombres,

les chemises blanches et les cravates étaient

toujours à la mode. Tout juste trouvait-il étrange

que la plupart des gens aient l’oreille vissée

sur des petits écrans de télévision sans fil dans

lesquels ils parlaient sans arrêt.

La rencontre

Stéphane, Sylvain, Frédéric, Matthias, Gilles et

Christophe restèrent bouche-bée : « Hey, you

look like... You are Lee Morgan !, s’exclama

Stéphane. Mais qu’est-ce que vous faites à

Paris ? Et comment se fait-il que vous ayez l’air

si jeune ? Et puis attendez, en 1972, votre femme

Helen vous a... – Woat ? Helen ? Who is she ?»

Pas de doute, c’était bien Lee Morgan, le Lee

Morgan des Jazz Messengers, de “Blue Train”

de John Coltrane et de tous ces disques Blue

Note qu’ils connaissaient par cœur. « Hey guys,

reprit Lee Morgan sans se démonter, j’ai comme

l’impression que vous êtes musiciens, non ? Et

si je ne m’abuse, c’est une trompette que tu

trimbales avec toi là... », dit-il d’un air malicieux

en faisant un clin d’œil à Sylvain qui, subjugué,

lâcha un timide « Heu, yes sir... ».

Dans le XX e au XXI e

Dans la soirée, tout ce beau monde s’était

retrouvé en plein cœur du XX e arrondissement.

Stéphane avait invité Lee Morgan chez lui

pour écouter le nouveau disque qu’il venait de

sortir, et dont il n’avait pas encore osé lui dire

le titre. Lee découvrit avec surprise que les

33-tours existaient encore, mais que le disque

de Stéphane ressemblait à un petit miroir rond

qu’on devait glisser dans un tiroir coulissant

pour l’écouter. « C’est vraiment pratique... Je

D’APRÈS LE FILM THE TIME MACHINE DE GEORGE PAL.

CHOC

magazine

peux voir la pochette ? “Morgan The Pirate” ?!

Is it me ? – Yes, Lee, we use your music as a

source of inspiration, pour créer quelque chose

de nouveau... » Avec “Morgan The Pirate”,

Stéphane et ses musiciens partaient des

mélodies originales pour emmener la musique

de Lee Morgan dans une nouvelle dimension.

Eux aussi, en quelque sorte, voyageaient dans

le temps. Search For The New Land, Party Time,

Mr. Kenyatta, Our Man Higgins, Melancholee :

tous ces morceaux que Lee Morgan découvrait

– ils n’existaient pas encore à l’époque d’où

il venait puisqu’ils avaient tous été composés

entre 1963 et 1967 – lui semblaient cependant

familiers. Il se réjouissait que le jazz puisse

continuer d’évoluer, et que des cats from France

prennent sa musique au sérieux. Il s’étonna

de l’absence de contrebasse, mais avoua son

admiration devant la précision chirurgicale des

arrangements, la virtuosité des souffleurs, cette

guitare étrange et sinueuse au son joliment «

grésillant » – c’est le mot qu’il employa, n’étant

évidemment pas encore habitué aux divers

effets électroniques... « Hmm, Coda HP, I like the

groove on this one... – Yes Lee, Steve Coleman

nous a beaucoup influencés aussi... – Steve

who ? – Heu, Coleman, il joue du sax alto, il vient

de Chicago... Si vous pouvez rester encore un

peu, je... – What time is it ? Damn, il est presque

minuit, je dois retourner dans mon époque ! »

Retour sur terre

« Vous verrez, Lee, fin 1958, vous allez

mettre le feu au Club Saint-Germain, puis

vous reviendrez à Paris en novembre 1959,

toujours avec Art Blakey, mais avec un

nouveau saxophoniste qu’on adore aussi,

Wayne Shorter... – Wayne ? With The Jazz

Messengers ?! Wow ! » En un éclair, sa machine

disparut. Stéphane et ses amis se demandèrent

si ce qu’ils venaient de vivre était bien réel. « On

a oublié de lui faire écouter Morgan The Pirate,

le morceau caché à la fin du disque !, s’écria

Stéphane – C’est le plus free/rock de tout le

disque, lui fit remarquer Gilles... Tu crois qu’il

aurait aimé ? – On ne saura jamais... » Nous, à

Jazzmag, on a aimé “Morgan The Pirate” en tout

cas. Vive 1958, vive 2018, vive la tradition, vive

la transgression, vive le jazz ! • FRÉDÉRIC GOATY

* Le 2 février 1958, les quatre derniers morceaux de “Candy”

furent mis en boîte avec Sonny Clark au piano, Doug Watkins à

la contrebasse et Art Taylor à la batterie.

A ÉCOUTER Stéphane Payen : “Morgan The Pirate” (Onze

Heures Onze / Absilone, [CHOC] Jazz Magazine). Stéphane

Payen (as, perc), Sylvain Bardiau (tp, bu), Frédéric Gastard (ts),

Matthias Mahler (tb), Gilles Coronado (elg), Christophe Lavergne

(dm). Villetaneuse, Midi Live, janvier 2017.

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 23


hommage

texte Anne Paceo

photo Bernard Macari

SUNNY MURRAY

L’essence de

la musique

Disparu le 7 décembre dernier, Sunny Murray fut toute sa vie durant

l’un des batteurs-clés de l’avant-garde du jazz. Ce natif d’Idabel dans

l’Oklahoma, a croisé la route de Cecil Taylor, Albert Ayler, Archie Shepp

et de Charles Gayle. Anne Paceo se souvient de ce grand maître.

J’ai rencontré Sunny en 2001. J’avais dix-sept

ans. A l’époque, je répétais toutes les semaines

avec un trio de jazz dans un studio du 13 e arrondissement.

Sunny venait régulièrement y travailler

la batterie. Quand il ne bossait pas, il restait assis

dans un coin du studio, toujours dans le même

fauteuil marron en velours, à discuter avec le tout

venant, une cigarette qui se consume toute seule

au coin de la bouche et son béret noir Kangol vissé

sur la tête. De temps en temps, il entrait dans

notre studio et nous écoutait avec bienveillance.

Un jour je lui demandai de me donner des cours.

Le rendez-vous était fixé : mon premier cours aurait

lieu le 29 octobre 2001. « Je vais t’apprendre

ce dont tu as besoin. » Il m’a fait tout recommencer

depuis le début. J’ai eu l’impression de

redécouvrir mon instrument, de le voir d’un nouvel

œil. Sunny me montrait les exercices sur des

congas vieilles comme le monde... À vrai dire, je

n’ai jamais entendu des congas chanter comme

ça. Parfois, quand j’arrivais en avance, je l’écoutais

travailler, toujours sur la même page, issue

de la méthode “syncopation”, qui était usée par le

temps, jaunie. Visiblement, cela faisait des années

qu’il l’emmenait partout. Avec cette page, il travaillait

les mêmes exercices à chaque fois, lentement,

le chabada et les rudiments, comme pour

trouver le bon geste, la bonne intention.

Après les cours, on parlait pendant des heures,

de musique, de jazz, d’avant-garde (ce que certains

appellent free jazz), de sa vie, de politique,

du combat afro-américain, de ses amis... Quand je lui parlais

en français, il me répondait en anglais et quand je lui parlais

anglais il me répondait en français. Comme s’il voulait que

j’apprenne, de toutes les manières. Je voyais toutes mes

idoles apparaître devant moi, Max Roach, Philly Joe Jones,

John Coltrane...

Je me souviens très bien de ce jour où il m’a parlé de Coltrane.

« C’était un homme calme, timide, très empreint de spiritualité...

Il savait donner les conseils les plus justes et précis...

Il était comme mon père. » Il avait les larmes qui montaient aux

yeux en évoquant son souvenir.

Avec le recul, et quelques années de plus, je me rends

compte à quel point ses enseignements étaient riches. C’est

comme s’il m’avait montré l’essence de cette musique en me

parlant de son histoire depuis l’intérieur, du chant, de l’intention,

de l’incarnation de chaque note. Sunny a créé le sillon

que je continue de creuser chaque jour dans ma musique,

mon jeu et ma vie. •

Batteure, compositrice et band lideure, Anne Paceo enregistrera en février

son prochain album, “Bright Shadows” (sortie prévue début 2019).

On pourra l’entendre le 3 février à Tournai aux côtés de Rhoda Scott et

le 13 avec Marion Rampal.

24 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


‘‘

Avec le recul, et

quelques années de

plus, je me rends

compte à quel point

ses enseignements

étaient riches.”

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 25


‘‘

J’étais bien

physiquement,

le piano me

convenait et puis,

je me disais

que c’était peutêtre

mon dernier

concert...”

26 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


entretien

texte Thierry P. Benizeau et Franck Bergerot

photos Jean-Baptiste Millot

MARTIAL SOLAL

1, 2, 3… Solal

Solo, duo, trio… À quatre-vingt dix ans, le pianiste Martial Solal reste

fidèle à ses trois formules de prédilection. Dans une interview à bâtons

rompus dont on trouvera d’abondants bonus sur jazzmagazine.com,

il s’en est expliqué à Thierry P. Benizeau et Franck Bergerot qui

découvrirent le jazz lors de ses concerts, il y a près d’un demi-siècle.

Le 23 août 1927 à Alger naissait Martial Solal. De

son aversion pour le solfège contractée auprès de

la professeure de piano de son enfance naquit un

goût pour l’improvisation qui l’amena des brasseries

algéroises à Paris. Figure omniprésente du

Club Saint-Germain à partir de 1953 et non content

d’y accompagner les plus grands jazzmen américains,

il devint un improvisateur d’une singularité

pleine d’esprit, vénérée jusqu’aux Etats-Unis où il

se rendit pour la première fois en 1963, à l’affiche

du Newport Jazz Festival et de l’Hickory House

de Manhattan. Composant pour le cinéma, le big

band et même le symphonique, c’est surtout dans

le domaine du trio qu’il s’est imposé en remettant

en cause les conventions du genre dans les

années 1960, avant de multiplier duos et solos à

partir des années 1970. Amateur de calembours

lorsqu’il s’agit de donner un titre (Thème à tics,

Averty c’est moi, Leloir est cher), il transposa cet

art dans le domaine musical avec une imagination

sans limites. En décembre dernier, il en donnait encore

l’illustration en compagnie des frères Moutin,

ses fidèles partenaires depuis quinze ans, lors d’un

concert privé célébrant son quatre-vingt-dixième

anniversaire alors qu’il revenait d’enregistrer un

nouveau disque solo à paraître en mars, “Live in

Gütersloh”, que sortait “Masters in Bordeaux”, en

duo avec David Liebman, et qu’était anoncé l’inédit

“Unreleased 1966 Los Angeles Sessions”.

Jazz Magazine Depuis combien de temps

n’aviez-vous pas donné de concert solo ?

Martial Solal J’en avais donné un à Strasbourg

en avril dernier, et un en 2011 à la Bibliothèque du

Congrès de Washington. Ce dernier est sorti en

disque, mais je n’ai pas aimé du tout. J’étais trop

en forme, trop excité. À la suite de quoi, je suis resté un an sans toucher mon

vieil ami [il désigne son piano Kawai], jusqu’à ce que Jean-Charles Richard

me suggère de jouer avec David Liebman. Nous nous sommes produits au

Sunside, à Bordeaux, à Radio France… J’hésite cependant à continuer. Les

concerts se font plus rares et lorsqu’ils sont trop espacés, c’est difficile de

remettre la machine en route. A contrario, depuis quelques années, peut-être

justement parce que les concerts sont plus rares, dès que je suis au piano, je

parviens à une concentration formidable, à m’extraire du monde. Ainsi mon

concert de Gütersloh, j’en suis très content. Je crois que c’est mon meilleur.

J’étais bien physiquement, le piano me convenait et puis, je me disais que

c’était peut-être mon dernier concert.

Qu’est-ce qui vous fait juger

de la qualité d’un concert ?

L’accueil du public peut être indicatif, mais si mon épouse me dit

M.S.

s’être endormie, c’est mauvais signe. Comme si mon jeu dépendait

de la qualité de son sommeil de la veille ! [Rires partagés avec Mme Solal qui

assiste à l’entretien] En sortant de scène, on ne sait pas vraiment, sauf si l’on a

vraiment mal joué. Le plus catastrophique, c’est le manque de concentration.

Autrefois, il m’arrivait de m’égarer dans mes pensées et, dans ce cas, mon

jeu devient automatique, sans intérêt. La concentration, c’est être là, plus

rien d’autre n’existe : que vous ayez un rhume ou mal au dos, vous l’oubliez.

Lors du concert solo de Strasbourg par exemple, j’étais anémié, crevé, j’ai dû

me rendre à l’hôpital aussitôt après, pour des transfusions mais, pendant le

concert, j’étais un autre. J’ai parlé au public beaucoup plus que d’habitude,

j’ai fait le clown et, une fois au piano, la concentration était telle que plus rien

d’autre n’existait.

Et cette concentration se manifeste-t-elle de la même façon

en trio ?

Un concert solo, c’est comme rédiger un roman. On a beau avoir un

M.S.

certain métier, connaître le premier chapitre et les personnages, on est

seul devant sa table de travail et sa page blanche. En trio, il y a les autres, c’est

plus détendu parce que la responsabilité est partagée, même si ça n’exclut

pas l’exigence en matière d’organisation dramatique, de diversité. Au fil des

années, je me suis lassé de la routine des chorus qui se succèdent d’un soliste

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 27


entretien Martial Solal

‘‘

Dans les années 1950, le

public s’ennuyait vite. On ne

pouvait pas jouer de ballade,

à moins d’être vraiment génial

et que ça ne dure pas trop.”

à l’autre et j’aime varier les plaisirs, laisser par exemple

quelques mesures à François Moutin puis l’interrompre

tout à coup. Depuis quinze ans qu’il existe, notre trio

avec son frère Louis est tellement rodé ! Mais ils ne sont

pas toujours libres. En octobre 2016, à l’Opéra de Lyon,

j’ai fait venir Mads Vinding, le bassiste danois, et Bernard

Lubat, qui est un très bon batteur.

Comment s’est faite la rencontre avec David

Liebman ?

On a correspondu à distance, échangé quelques

M.S.

partitions originales, retenu les plus faciles à mémoriser

et, à son arrivée, nous avons survolé quelques

titres au Conservatoire de la rue de Madrid, à Paris. On

s’est revu chez moi à Chatou pour déchiffrer les originaux.

David est exactement le type de musicien que

j’aime, qui connaît toute la tradition du jazz, mais qui

peut aussi aller vers l’improvisation libre ou la musique

contemporaine. Lorsque l’on s’est retrouvés au Sunside,

il ne nous restait qu’à dresser une liste de standards

dont on a conservé la tonalité usuelle sans autre

concertation. Dave appréhendait un peu, sachant que

j’avais joué trente ans avec Lee Konitz. Il se demandait

comment j’allais comprendre son jeu, mais trois

secondes ont suffi pour balayer cette inquiétude.

En solo, vous prenez plus de

liberté avec les tonalités…

M.S. J’aime les changer en cours de

route, faire des incursions de l’une

à l’autre, là où la musique m’entraîne. Je

m’ennuie vite. J’aime la nouveauté, la fraîcheur,

ce qui m’incite à quelques folies à

mes risques et périls. À Gütersloh, j’ai joué

un medley de thèmes d’Ellington et, malgré

moi, au milieu de Caravan est apparu un

autre thème de Duke. Là, la difficulté n’est

pas d’aller ailleurs mais de savoir revenir,

de donner une cohérence au tout. Lorsque

l’on prend ce genre de risque, on sait qu’il

va falloir imaginer très vite une solution. Ça

suppose technique, réflexe. Le réflexe, c’est

la première qualité qu’on attend d’un jazzman.

En trio, avec les Moutin, on se connaît

tellement que l’on peut ralentir ou accélèrer

de façon impromptue. Ils sont très rompus

à l’exercice. Ce sont tous deux des matheux

au sens propre ! Néamoins, c’est souvent le pianiste qui décide, qui tire

le fil conducteur. Même en duo. Avec David, il me semble que c’est souvent

moi qui donnait la direction, en posant tel ou tel accord, ou en introduisant un

passage harmonique non prévu. Et, presque d’un commun accord, on le fait

durer, sans rien dire à personne, peu importe le nombre de mesures. Avec le

pianiste Jean-Michel Pilc, en décembre 2016 au Sunside, lors du premier set

du premier jour, j’ai eu la sensation que chacun voulait décider de la marche

à suivre. À l’entracte, le plus amicalement du monde, on a convenu que l’on

ne pouvait pas être deux à décider, qu’il fallait que l’on s’écoute plus. Si vous

jouez Body And Soul de façon conventionnelle, ça ne pose aucun problème.

Mais si vous introduisez des passages rubato, allongez ou réduisez des séquences,

quelqu’un doit sinon prendre la direction, du moins précèder. Il peut

arriver que l’autre ne suive pas et que l’initiateur doive passer la marche arrière.

Avec Lee Konitz, le musicien avec lequel vous avez le plus joué

en duo, c’est la même stratégie ?

Avec Lee Konitz, comme avec Dave, j’ai presque toujours donné

M.S.

l’orientation. Evidemment, je ne vais pas lui mettre des bâtons dans

les roues, si j’entends qu’il veut faire autre chose. On se connait tellement !

En 2005, à Londres, j’ai joué de façon imprévue avec Wayne Shorter. J’ai

compris, un peu tard, qu’il ne voulait pas de tempo. Moi, je tiens toujours au

tempo, au moins à un moment donné. Si j’avais compris plus tôt qu’il tenait à

jouer totalement rubato, sans carrure rythmique, ç’aurait été plus satisfaisant.

Jouer rubato ne me pose pas de problème particulier. Jouer un chorus intéressant

en tempo sur la grille d’I Got Rhythm est beaucoup plus difficile que

d’improviser librement, même si les deux situations exigent un vrai bagage

musical. Mais le vrai challenge à mes yeux, c’est d’arriver à se renouveler sur

canevas harmonique simple, parce que tout ayant été dit, il faut se montrer

réellement inventif pour rester captivant. C’est ça là que la liberté se joue.

Depuis les années 1990, les musiciens ont beaucoup complexifié

la métrique du jazz. À l’écoute, par exemple, de votre concert

à Antibes en 1974 (“Jazz à Juan”, SteepleChase), dans la façon dont

vous déroutez le public, on pourrait entendre des prémisses de cette

évolution alors que votre approche des standards paraît plus classique

avec David Liebman...

28 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


Thierry P. Benizeau,

Franck Bergerot “at home

with Martial Solal”.

Avec David, peut-être que l’on ne se connaissait

pas encore suffisamment. Pourtant, on

M.S.

n’a cessé de se surprendre mutuellement. À Antibes,

on ne se posait pas la question en ces termes. La

rythmique jouait les quatre temps et il se peut que, à

l’intérieur de ça, soient survenues des illusions rythmiques,

ou peut-être même des erreurs de notre part,

parce qu’il nous arrive aussi de nous casser la figure.

Mais il n’y avait aucun parti pris de nouveauté sur

ce plan. Je me souviens que l’on était très excité

et très concentré. Dans les années 1950, le public

s’ennuyait vite. On ne pouvait pas jouer de ballade,

à moins d’être vraiment génial et que ça ne dure

pas trop. Pour plaire, il fallait mieux jouer vite et fort.

Aujourd’hui, le public contemporain est plus ouvert

et plus préparé à entendre des choses difficiles. Ça

offre plus de liberté aux musiciens, au-delà du simple

souci de plaire. Quant à la question des mesures

complexes, c’était un effet de vogue il y a quelques

années, presque une obligation qui me semble être

passée de mode. À part le trois temps, la valse, je

n’ai jamais aimé les mesures impaires. Il me semble

que c’est difficile de faire swinguer un sept temps.

En revanche, placer des équivalents de cinq ou sept

temps dans une mesure à quatre temps, c’est dans

la nature du jazz.

Vous souvenez-vous d’un compte rendu

de l’un de vos concerts avec Lee Konitz

à Bougival intitulé Le Lièvre et la tortue et paru

dans Jazz Hot ? Le lièvre, c’était vous évidemment

!

Ça me dit quelque chose. J’étais insupportable.

Jusqu’à une époque récente, j’ai tou-

M.S.

jours eu l’impression de jouer trop. Lee m’a raconté

que lorsqu’il lui avait fait écouter notre duo, Chick

Corea avait dit qu’il n’avait jamais entendu un saxophoniste

accompagner si bien un pianiste. J’ai néanmoins

une interprétation différente : mon jeu en duo

se réfère aux sonates violon-piano. Ecoutez celles

de Maurice Ravel et de Georges Enesco : les deux

parties sont entièrement imbriquées et le pianiste ne

s’y trouve pas confiné en position d’accompagnateur.

S’il s’agit d’un duo de saxophones, ou même

saxophone-batterie, on n’exige pas de l’un des deux

de s’assujetir à un rôle d’accompagnateur. David a

l’habitude des duos et, même si avec Richard Beirach,

son partenaire de prédilection, le piano est

plus en retrait que je ne le suis, il a le sens de cette

réciprocité. Tout dépend de la personnalité avec qui

l’on dialogue. Avec Toots Thielemans ou Stéphane

Grappelli, ç’aurait été déplacé de jouer comme avec

David ou Lee. J’aime beaucoup jouer avec Eric Le

Lann, et c’est encore différent parce qu’il joue d’un

instrument très sonore. Il n’y a pas de règle, seul

compte le résultat.

repères

+

sur

jazz

magazine.

com

Duke Ellington,

Paul Motian,

les machines,

la musique

classique,

l’héroïne... :

La conversation

continue avec

Martial Solal sur

jazzmagazine.com

1927 Naissance

le 23 août à Alger.

1945 Débuts

professionnels.

1950 Installation à

Paris. Fréquente le club

Saint-Germain dont

il deviendra l’un des

résidents.

1953 Premières séances

en sideman (Django

Reinhardt, Don Byas) et

à la tête de son trio.

1955 Prix Django

Reinhardt de l’Académie

du jazz.

1956 Pianiste de Lucky

Thompson, séance

avec les Kentonians,

premier grand orchestre,

premier solo, première

collaboration avec André

Hodeir.

1959 Création au Club

Saint-Germain de la Suite

en Ré bémol avec Roger

Guérin, Paul Rovère et

Daniel Humair.

1959-1963 Musiques

de films (Match contre la

Au piano, vous semblez toujours avoir avoir la vivacité

du lièvre et ignorer vos quatre-vingt dix ans.

Chaque matin, je me réveille sans y penser, et quand

M.S.

j’en prends conscience, c’est la fin du monde. Au sens

propre, tout peut s’arrêter pour moi demain et c’est terrible. Et

en même temps, je suis content d’avoir tenu jusque-là. La plupart

des gens meurent à quatre-vingt neuf ans, c’est la grande

mode. Même si j’étais mort à quatre-vingt neuf ans et onze mois

et demi, on aurait dit que je suis mort à quatre-vingt neuf ans.

J’aurais été très vexé ! Il y a mille choses que je voudrais faire,

mais je n’ai plus le temps ni l’énergie. Parler c’est facile, je suis

assis, mais dès que je me lève, mon âge vient se rappeler à moi.

Le plaisir de jouer est toujours là, c’est le désir qui fait parfois

défaut. À Gütersloh, mon dernier concert jusqu’à nouvel ordre,

j’étais heureux comme un prince. J’entendais ce que je jouais

et je me disais « quelle belle musique ! ». Ce medley de thèmes

de Duke Ellington, c’était un miracle, parce qu’il survenait des

choses malgré moi. Le hasard ou la chimie qu’on a dans la tête

à ce moment-là ! •

CD “Unreleased 1966 Los Angeles Sessions” (Fresh Sound / Socadisc).

“Live At Theater Gütersloh” (European Jazz Legends-Intuition / à paraître).

Avec David Liebman : “Masters in Bordeaux” (Sunnyside / Socadisc).

mort, À Bout de souffle,

Le Testament d’Orphée,

Echappement libre).

1960-1969 Trio

avec Guy Pedersen

et Daniel Humair,

puis Gilbert Rovère et

Charles Bellonzi, sur

un répertoire original.

Premiers séjours

américains.

1968 Quartette

avec Lee Konitz, Henri

Texier et

Daniel Humair.

1970 Trio à deux

contrebasses “Sans

Tambour ni Trompette”

avec Gilbert Rovère et

Jean-François Jenny-

Clark

1974-1975 Retour aux

standards sur les solos

“Himself”, “Nothing Bud

Piano”, “Plays

Duke Ellington”

1977 Premier disque en

duo avec Lee Konitz et

première collaboration

avec Marius Constant.

1981 Nouveau big band.

1994 Série d’émissions

“Martial Solal improvise

pour France Musique”.

1997 “Just Friends”

avec Gary Peacock et

Paul Motian et “Plays

Ellington” avec le

Dodecaband.

1999 Duo avec

Eric Le Lann.

2001 Village Vanguard

avec François Moutin

et Bill Stewart et début

du trio avec les frères

Moutin pour la suite de la

tournée américaine.

2005 Newdecaband

avec sa fille Claudia.

2011 “Works for Piano

and Two Pianos” par Eric

Ferrand-N’Kaoua.

2017 L’année de ses 90

ans, disques en duo avec

David Liebman et solo

qu’il annonce comme

son dernier… peut-être.

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 29


‘‘

Qu’est-ce

que le jazz ?

Des chants

religieux

interprétés

à l’extérieur

de l’église.”

30 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


hommage

texte Thierry Guedj

photo Giuseppe Pino

JON HENDRICKS

Les voix d’un seigneur

Jon Hendrick, qui nous a quittés le 22 novembre 2017, avait accordé

il y a sept ans un long entretien au réalisateur Thierry Guedj. Ella Fitzgerald,

Annie Ross, Dave Lambert, Bobby McFerrin, Al Jarreau, Gregory Porter,

mais aussi Count Basie, John Coltrane, Miles Davis : souvenirs d’un géant

du scat qui faisait chanter les mots comme personne.

En 2011, à l’occasion d’une séance de travail

dans un studio de Broadway immortalisée

dans mon film Al Jarreau l’enchanteur, j’ai été

témoin de la fascination d’Al Jarreau et de

Kurt Elling pour Jon Hendricks, leur maître

chanteur et père spirituel. Tous deux partagent

la même histoire à quelques années

d’intervalle : celle d’une première rencontre

avec Hendricks au cours de laquelle, paralysés

par l’admiration qu’ils lui vouaient, ils

n’avaient osé lui adresser la parole. Pour eux,

Jon Hendricks était le patron.

Cet éternel jeune homme qui arrêtait le temps

en un éclat de rire, mais s’est éteint le 22

novembre à 96 ans, était un pionnier du jazz

vocal. Et si son œuvre a atteint un large public,

c’est aussi par l’intermédiaire de groupes

et de chanteurs sans doute plus populaires

que lui, qui s’en sont faits les messagers,

d’Al Jarreau à Gregory Porter en passant

par George Benson et les Manhattan Transfer.

Il a donc été question d’héritage, et des

moments forts de sa carrière dans l’entretien

que Jon Hendricks m’avait accordé au cours

de ce tournage.

Jazz Magazine Al Jarreau, Kurt Elling

et vous avez tous trois un père pasteur.

Comment cet héritage religieux s’est-il

traduit dans votre parcours musical ?

Jon Hendricks Il est important pour chaque

musicien de jazz de connaître l’histoire de

cette musique et son origine. Qu’est-ce que

le jazz ? Des chants religieux interprétés à

l’extérieur de l’église. Au moment de l’abolition

de l’esclavage, dans les rues des grandes villes comme Savannah en

Georgie, les Afro-Américains chantaient des spirituals en modifiant les paroles :

« Oh Lord, I’m coming home » devenait « Oh baby, I’m coming home ». Ainsi

est né le blues, dont le jazz est une variante. Mon père étant pasteur, j’ai été

familiarisé dès mon plus jeune âge avec les chœurs religieux. Enfant, je passais

tout mon temps avec ma mère, pianiste à l’église. Mes frères et sœurs

sortaient jouer, mais je ne les accompagnais jamais : je considérais les choses

de la vie avec le plus grand sérieux. Je devais avoir six ans lorsqu’un jour ma

mère m’a pris la main, et conduit vers le piano. Elle a commencé à jouer un

spiritual et je me suis mis à chanter, pour la première fois. C’était très beau,

nous traduisions en musique notre complicité. J’étais son enfant préféré parmi

ses… douze garçons et ses trois filles ! Mon Dieu ! [Rires.]

Très jeune, vous avez fait une rencontre

décisive avec Art Tatum.

Oh oui ! Art Tatum était mon voisin, il vivait à cinq maisons de la nôtre.

J.H.

Je l’écoutais improviser des phrases très complexes au piano avec

une virtuosité fantastique, puis j’essayais de l’imiter avec ma voix. Alors il me

corrigeait, décomposant la même phrase en s’arrêtant sur les notes que j’avais

loupées ! C’est ainsi que j’ai appris à chanter si vite. Je n’ai jamais appris à

lire la musique : je chante, puis je réagis à ce que j’entends, je me corrige. Il

m’a aidé à développer ce don.

Quelles étaient vos influences

à cette époque ?

Tout ce qui est bon m’inspire, depuis toujours. Tous les grands artistes,

et pas uniquement les musiciens. L’Art, c’est tout un monde.

J.H.

Mais pour ce qui est du jazz vocal, Ella Fitzgerald était la meilleure. Elle avait

parfaitement assimilé le travail des instrumentistes modernes, Charlie Parker,

Dizzy Gillespie et les boppers. Elle les a accompagnés en tournée et s’est

nourrie de leurs idées, c’était devenu une immense improvisatrice. J’ai eu la

chance de chanter avec elle mais je restais un peu en retrait, c’était elle qui

prenait la main, elle avait une force phénoménale. Une maîtresse femme…

Une sorte de déesse !

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 31


entretien

Jon Hendricks

repères

1921 Naissance,

le 16 septembre,

à Newark (Ohio).

1928 Commence

à chanter en

public.

1957 Forme

le trio Lambert,

Hendricks & Ross.

Premier album,

“Sing A Song

Of Basie” (ABC

Paramount).

1958 Participe à

“New York N.Y.”

de George Russell

(Decca).

1968 S’installe à

Londres avec sa

famille. Participe à

“Underground” de

Thelonious Monk

(Columbia).

1979 Écrit des

paroles pour

l’adaptation

du Birdland de

Joe Zawinul

par Manhattan

Transfer.

1985 Nouvelle

collaboration

avec Manhattan

Transfer sur

“Vocalese”

(Atlantic).

1990 “Freddie

Freeloader”

(Denon), avec Al

Jarreau, George

Benson, Bobby

McFerrin, Wynton

Marsalis, Stanley

Turrentine...

2003 Tourne avec

Mark Murphy,

Kurt Elling et Kevin

Mahogany.

2017 Meurt le

22 novembre à

New York.

Il avait quatrevingt

seize ans.

Jon Hendricks et

Annie Ross à Jazz

à Vienne en juillet

2000.

CHRISTIAN ROSE

Jon Hendricks, Al Jarreau, Kurt Elling : fous rires en coulisse ou vocal summit ? Les deux mon capitaine ! Extrait du documentaire de Thierry Guedj,

Al Jarreau l’enchanteur, qui sera projeté en version longue le 17 mars à Paris au Club de l’Etoile (14, rue Troyon, tél. 01 43 80 42 05, avec un miniconcert

en première partie.

Comment est né votre

grand projet, “Vocalese” ?

“Vocalese” est la version chantée de

J.H.

morceaux instrumentaux qui n’étaient

pas destinés à devenir des chansons. Cette

idée germait en moi depuis l’âge de douze ans.

Mes quatre frères aînés et moi appréciions les

sorties au cinéma et je me mettais en quête de

50 cents pour payer nos tickets. En ville j’apprenais

par cœur les chansons diffusées par

les juke-boxes, et lorsqu’une personne s’en

approchait avec un nickel [5 cents], je l’interpellais

: « Attendez ! Si vous me donnez votre

pièce, je chanterai la chanson de votre choix. »

Et j’interprétais leur chanson, intégralement : le

texte bien sûr, mais aussi toutes les parties instrumentales,

je passais des cuivres au piano !

Ils étaient enchantés ! Cette habitude de chanter

tous les instruments est donc née de mon

engouement pour les sorties au cinéma !

“Vocalese” ne se réduit pas à une

performance vocale. Les textes que

vous écrivez sur les solos instrumentaux

sont de véritables nouvelles, des scénarios

de film…

Quand vous êtes un auteur, les mots ne

J.H.

viennent pas de vous, ils viennent à travers

vous. Les mots tombent de mes manches,

je ne peux les arrêter… Je suis inspiré par la vie,

par ce qui m’entoure, des situations comiques

ou tragiques. Pour Avenue C, un instrumental

arrangé par Count Basie sur lequel j’ai posé

mes mots, j’ai déambulé sur cette avenue au cœur du Lower East Side à

New York. Lorsque l’endroit m’était devenu parfaitement familier, j’ai commencé

à décrire ce que j’observais. Et j’ai écrit le texte en vingt minutes.

Cette familiarité est essentielle dans le processus d’écriture, n’essayez

jamais d’écrire sur quelque chose que vous ne connaissez pas !

Lambert, Hendricks & Ross était un groupe novateur, un

monument qui a inspiré toute une génération de chanteurs.

En 1957, Annie Ross venait d’arriver de Londres avec un show à

J.H.

succès, Cranks, qu’elle donnait sur Broadway. Dave Lambert et

moi étions invités à une fête donnée par un ami commun qui souhaitait

nous la présenter, une soirée mondaine avec des gens de la “haute société”.

Nous la voyons alors descendre les escaliers dans une sublime robe

de soirée rose, c’était impressionnant ! Nous nous sentions tout petits.

C’est Dave qui s’est lancé : « Oh… Vous êtes Annie ? » Et moi : « Nous

souhaitons ajouter une troisième voix à notre duo, une voix féminine… La

voix d’une très belle femme. » Elle ne pouvait pas refuser ! [Rires.] Notre

premier enregistrement était consacré à la musique de Basie. « Annie,

vous serez la trompette, Dave le trombone, et moi le sax ténor. » Ces rôles

nous convenaient parfaitement, nous pouvions vocaliser les solos mais

aussi les parties orchestrales. Pour les textes, Dave et Annie chantaient

une phrase musicale sur laquelle j’écrivais instantanément, sans oublier

une note. Nous étions complémentaires, Lambert, Hendricks & Ross

est un groupe unique en son genre. D’autres formations font partie de

la même famille comme les Double Six, créé par Mimi Perrin. Elle s’est

consacrée au style “Vocalese” bien avant qu’il soit populaire. Elle était très

créative, avec une superbe voix… Et si gentille. J’avais écrit Birdland pour

les Swingle Singers, mais ils n’ont pas aimé mon texte, que j’ai proposé

aux Manhattan Transfer… et c’est devenu un immense succès. C’est

certainement le groupe le plus proche de Lambert, Hendricks & Ross,

car ils font la même chose !

32 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


EXTRAIT DE “AL JARREAU L’ENCHANTEUR”

Votre héritage est immense. Un de vos enregistrements

les plus émouvants réunit à vos côtés

Al Jarreau, George Benson et Bobby McFerrin.

Je suis parti d’un morceau de Miles Davis, Freddie

J.H.

Freeloader. Je connaissais personnellement les interprètes

originaux et souhaitais raconter une histoire qui parlait

un peu d’eux. Certains étaient plus philosophes que les

autres, comme John Coltrane : il était très profond, il pensait

tout le temps. Et cela s’entend dans sa musique, personne

ne peut jouer comme ça ! Miles aussi pensait tout le temps…

mais pas à la musique, à quelque chose de totalement différent.

[Il éclate de rire.] Je connaissais aussi Cannonball

et les autres, et j’ai imaginé une discussion philosophique

entre eux, autour de la drogue. Ceux qui en vendent, ceux

qui en consomment et qui en meurent. La drogue a tué

John… et Miles ! Il ne s’est jamais remis de sa consommation

d’héroïne. Qui que vous soyez, vous partez pour un long

voyage avec votre premier shoot, et l’issue sera tragique.

Certains préfèrent l’ignorer, d’autres le savent bien. Je pense

que Coltrane était attaché à la vie, aimait profondément sa

famille, mais au fond il savait. C’est la grande tragédie du

monde occidental : la disparition de tous ces immenses musiciens

de jazz à cause de l’héroïne. J’ai perdu tant d’amis !

John Coltrane me manque, quelle âme merveilleuse… Pour

interpréter ce texte, j’ai pensé aux chanteurs qui pourraient

au mieux approcher les timbres des instruments originaux.

Réunir Al [Jarreau], George [Benson] et Bobby [McFerrin],

c’était le paradis ! Ce sont de grands musiciens, qui savent

s’emparer de la sonorité des instruments. Et je me suis offert

le rôle de Coltrane, qui ne jouait pas des notes mais des

phrases entières, d’une grande complexité. Il prenait son

solo après celui de Miles, développant une histoire personnelle

à partir de la dernière phrase jouée par le trompettiste.

Incroyable… comme les deux oreilles d’un même musicien.

Bobby McFerrin a un don extraordinaire, qui dépasse sa

formation classique – ses parents étaient chanteurs d’opéra.

Un conseil : n’essayez pas de le diriger. Son style est si

personnel qu’il transformera tout ce que vous lui demandez

et vous l’offrira à sa manière. Et ce sera génial ! J’avais

rencontré George Benson à Rochester quand il jouait dans

le club d’un de mes frères. C’était un jeune guitariste prometteur

à l’époque. Un jour, l’entendant chanter, je lui dis :

« George, je ne savais pas que tu chantais aussi bien ! » Il

me répond : « Rien d’exceptionnel, je l’ai toujours fait pour

amuser les gens. » Je l’ai vraiment encouragé à développer

ce talent, il n’en avait pas trop envie. Un soir où je donnais un

concert au festival de jazz de San Francisco, je le fais monter

sur scène : « Mesdames et messieurs, un grand chanteur :

George Benson ! » Il était fou… Mais il a pris un tel plaisir

ce soir-là que chanter est devenu pour lui un besoin, et il ne

s’est plus jamais arrêté.

C’est également votre génie de l’improvisation

et du scat qui a marqué ces chanteurs…

Quand Basie jouait Whirly Bird sur un tempo extrêmement

rapide, il m’invitait sur scène et Frank Fos-

J.H.

ter disait : « Il vient me piquer mon solo ! » C’est toujours

une aventure le scat, c’est à chaque fois différent. Car il est

impossible de se souvenir de ce que vous avez chanté la

fois précédente !

Il y a une véritable filiation entre vous et Al Jarreau, qui passe

aussi par le scat.

Au milieu des années 1960, je chantais dans un club de Sausalito, le

J.H. Trident. Et six soirs de suite, je vois débarquer un grand type qui s’installe

au premier rang et ne me quitte pas des yeux, comme s’il m’étudiait…

et il me ressemblait ! Après un concert, il vient me parler : « Comment scattestu

? » On ne m’avait jamais posé une telle question. Je lui explique alors qu’il doit

étudier toutes les harmonies d’une chanson pour développer son improvisation

sur les accords. Al était un jeune chanteur de jazz, mais il n’avait jamais scatté

en public. Deux jours après cette première rencontre, je lui propose de me

rejoindre sur scène. Et il a mis le feu dans la salle ! C’est depuis devenu sa

spécialité, et j’adore improviser avec lui car il m’ouvre de nouveaux horizons.

Il a son propre style et j’apprends de lui autant qu’il a appris de moi. Il faudrait

aussi parler de Dianne Reeves. Une artiste exceptionnelle qui maîtrise le scat

comme personne. Elle a bien plus que du glamour à offrir, son chant est un

cadeau pour nous tous. Et de Gregory Porter. Je ne comprends pas toujours

ce qu’il chante… mais c’est toujours intéressant et créatif. Comme Al Jarreau, il

a le sens du public. Ces deux-là donnent tout : leur cœur, leur âme, leur corps.

Un artiste appartient à son public. •

‘‘

Quand vous êtes un auteur,

les mots ne viennent pas de

vous, ils viennent à travers vous.

Les mots tombent de mes

manches, je ne peux les arrêter...”

HANS HARZHEIM

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 33


le jour

j

16

janvier

1938

texte Franck Bergerot

illustration François Plassat

À ce

momentlà

dans

le monde

GUERRE D’ESPAGNE

Le 25 juillet commence la

bataille de l’Èbre, dernière

grande offensive des

Républicains espagnols

qui se soldera par une

défaite en novembre.

L

Le jour où le

swing triompha

à New York

En ce jour jazz, au sud de Central Park, le Carnegie Hall

accueillait son premier concert de jazz* en la personne de

Benny Goodman. Au nord, à Harlem, le Savoy Ballroom,

surnommé par les danseurs de lindy hop “The Home of

Happy Feet”, était le théâtre d’une bataille d’orchestres entre

Chick Webb et Count Basie. Les spectateurs du premier

concert finirent cette nuit historique au second. Suivons les.

34 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


GUERRE MONDIALE

Le 13 mars, les troupes

nazies entrent à Vienne.

Le 30 septembre, les

accords de Munich

laisseront les mains

libres à Hitler pour

envahir les Sudètes.

MISE AUX POINGS

Le 22 juin, le boxeur noir Joe

Louis bat le champion d’Hitler,

Max Schmeling, par KO au

premier round. Tâtant les biceps

de Joe Louis, le président

Roosevelt aurait déclaré :

« Voici le genre de muscles qui

nous seront nécessaires pour

battre l’Allemagne. »

LES DÉBUTS DE

CLARK KENT

Le 18 avril,

Superman fait

sa première

apparition publique

en couverture du

numéro 1 d’Action

Comics.

PHOTOS : X/DR

DDepuis 1935, le clarinettiste Benny Goodman, l’idole des jeunes, suscite des

scènes d’hystérie dont les moralistes se sont emparés pour souligner les

effets néfastes du swing. Afin de montrer que le jazz est digne de l’écoute

attentive d’une vraie grande salle de concert, une affiche apparaît sur les

murs de Manhattan : “Benny Goodman and his Swing Orchestra in the first

swing concert in the history of Carnegie Hall”. Quelques nouveaux arrangements

sont aussitôt travaillés, la rédaction du programme est confiée à Irving

Kolodin, critique de musique classique au New York Sun, et le 16 janvier

1938, bravant un piquet de pro-franquistes protestant contre de récents

concerts de soutien aux Républicains espagnols donnés par Goodman, les

fans prennent possession de la salle légendaire. Le rideau se

lève sur un emprunt au répertoire de Chick Webb, Don’t Be

That Way, réarrangé pour l’occasion par son auteur Edgar

Sampson et propulsé par le batteur Gene Krupa, l’autre star

de l’orchestre. Après une ballade arrangée par Fletcher Henderson

et l’indicatif du Count Basie Orchestra One O’Clock

Jump, on s’attaque à Twenty Years of Jazz, suite de reprises

survolant l’histoire du jazz du Sensation rag de l’Original

Dixieland Jazz Band à la Blue Reverie de Duke Ellington. Ce

dernier a refusé d’y jouer lui-même mais a prêté ses solistes,

Cootie Williams, Johnny Hodges et Harry Carney. Bientôt, ce

sont Count Basie en personne, sa rythmique et ses fidèles

Lester Young et Buck Clayton qui se joignent à une longue

jam sur Honeysuckle Rose…

Mais tandis que Lionel Hampton et Teddy Wilson se présentent

pour la prestation du quartette avec Goodman et

Krupa, Basie et ses comparses s’esquivent sans attendre

l’entracte pour rejoindre à Harlem le Savoy Ballroom, aux

alentours duquel la circulation est bloquée par les spectateurs

faisant la queue pour assister à la grande bataille

entre l’orchestre maison depuis 1933, celui de Chick Webb,

et le Count Basie Orchestra, accueilli deux ans plus tôt à

New York comme une bande de ploucs du Kansas. Tous deux rivalisent

d’ardeur sur les deux estrades destinées depuis l’ouverture en 1926 à

accueillir orchestres résident et invité. La température s’élève inexorablement,

d’autant plus que le programme du Carnegie Hall invitait le public à

se rendre au Savoy sitôt la fin du concert. Ce que firent Benny Goodman

et sa clique. Duke Ellington, également présent, accepte de se mettre au

piano, aussitôt rejoint par le Count Basie Orchestra. Mais Chick Webb est

confiant… Son orchestre et sa jeune chanteuse Ella Fitzgerald sont chez

eux, devant leur public, qui se montre cependant guère moins sensible aux

deux vocalistes de Basie, Billie Holiday et Jimmy Rushing.

Dignes de la presse sportive, les comptes rendus mentionnèrent le vote du

public du Savoy en faveur de son champion Chick Webb, tout en concluant

au match nul (voir ci-contre). •

* La musique noire y avait déjà été accueillie en 1893 avec la cantatrice noire Sissieretta Jones et

les Fisk Jubilee Singers, en 1912, 1913 et 1914 avec Jim Europe, en 1928 avec W.C. Handy et Fats

Waller, en 1929 avec Paul Robeson.

‘‘

Dignes de

la presse

sportive, les

comptes rendus

mentionnèrent

le vote du public

du Savoy en

faveur de son

champion Chick

Webb, tout

en concluant

au match nul.”

Amsterdam

News

« L’intensité du combat

ne faiblit à aucun

moment, Chick pariant

sur l’agressivité, Count,

plus musical, plus

scientifique, jouant

la décontraction.

Nullement impressionné

par le drumming

puissant de Chick

qui suait à grosses

gouttes sur ses

cymbales et suscitait

les cris d’approbation

et d’encouragement, le

Count fit preuve d’un

contrôle inébranlable,

opposant aux assauts

tonitruants de Chick

des traits et des

arpèges racoleurs qui

désarmaient de plus

en plus la force de son

adversaire. »

Downbeat

« Les applaudissements

saluant chacun des

deux orchestres furent

tels qu’il fut difficile

de désigner le plus

populaire des deux.

Si le vote du public

donna l’avantage

à Chick Webb sur

Dans la

presse

Count Basie, les deux

orchestres jouèrent

magnifiquement, Basie

séduisant les danseurs

et Webb volant

constamment la vedette

sur ses tambours. Billie

Holiday enchanta ses

fans avec My Man. Ella

Fitzgerald fit sensation

avec Loch Lomond et

toute la foule se mit à

swinguer avec elle, puis

accompagna le blues

de Jimmy Rushing de

ses cris. Les mouchoirs

s’agitaient, les gens

hurlaient, l’excitation

était intense… De l’avis

général, la victoire s’est

jouée à peu, dans un si

bon esprit qu’un match

retour fut annoncé dans

un futur proche. »

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 35


TSF TSFJAZZ.COM

JAZZ

It’s a

human

*

thing.

*Rien n’est plus humain que le jazz.


SONS OF KEMET,

L’EFFET MAGIQUE

IMPULSE ?

Le groupe du

saxophoniste Shabaka

Hutchings vient de

signer pour le label

Impulse et sortira

début avril son premier

album, “Your Queen

Is A Reptile” (tout un

programme).

le guide

nouveautés rééditions téléchargement livres dvd

En mémoire de Memo

Pour découvrir sur scène de larges extraits du

nouvel album du saxophoniste et clarinettiste

basse David Murray et du slammeur Saul

Williams, “Blues For Memo” (Motéma / Pias,

en digital le 2/2, dans les bacs le 16/2), on se

rendra le 6 février au Théâtre Claude Debussy

de Maisons-Alfort (Festival Sons d’Hiver).

les abréviations utilisées dans Le Guide

acc accordéon

afl flûte alto

arr arrangements

as saxophone alto

b contrebasse

bars saxophone

baryton

bcl clarinette basse

bjo banjo

bs saxophone basse

bsn basson

btb trombone basse

bu bugle

cello violoncelle

cl clarinette

cla claviers,

synthétiseurs

cnt cornet

comp composition

cor cor

dir direction

dm batterie

elb basse électrique

elg guitare électrique

elp piano électrique

elec effets

électroniques

fl flûte

g guitare

htb hautbois

Complétez

votre collection

Du côté des rééditions,

saluons les labels indés “qui

font le job” : fin 2017, Gordon

Anderson de Real Gone Music

a ainsi réunit pour la première

fois deux 33-tours Impulse

d’Ornette Coleman sur un seul

CD, “Ornette At 12” (1969)

et “Crisis” (1972). Liner notes

signées Howard Mandel.

hca harmonica

hp harpe

mar marimba

org orgue

p piano

perc percussions

plt platines

prod production

prog programmation

ss saxophone soprano

ssn saxophone

sopranino

tb trombone

tp trompette

ts saxophone ténor

tu tuba

vib vibraphone

vln violon

voc chant

vtb trombone à pistons

CHOC

magazine

Page 23

Stéphane Payen Morgan The

Pirate

Page 48

Didier Petit D’Accord

François Bourassa Quartet

Number 9

Raphaël Imbert Music Is My

Hope

Camille Bertault Pas de géant

Minnie Riperton Perfect

Angel : Deluxe Edition

Pierre De Bethmann Trio

Essais / Volume 2

Sinne Eeg Dreams

Page 50

Mark Murphy Midnight Sun

Page 62

Vinny Golia Wind Quartet Live

At The Century City Playhouse

André Manoukian Apatride

Magic Malik Fanfare XP

Bruno Ruder & Rémi

Dumoulin Gravitational Waves

Thiefs Graft (La greffe)

Martial Solal Solo Piano

(Unreleased 1966, Los Angeles

Sessions), Volume 1

Bobo Stenson Trio Contra la

indecisión

X/DR

Cordes

sensibles

Bill Frisell, A Portrait : c’est le

titre du premier documentaire

consacré au merveilleux

Bill Frisell. On y aperçoit

notamment ses regrettés

confrères guitaristes Jim Hall

et John Abercrombie. Sortie

début février, à commander

sur billfrisellfilm.com.

X/DR (UNIVERSAL)

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 37


le guide

avant-première

CD événement

Wes Montgomery

In Paris, The

Definitive ORTF

Recording

On connaît et vénère ce concert parisien de

mars 1965 depuis ses premières parutions

“pirates”, mais il n’avait jamais suscité

le travail d’édition que lui consacre Zev

Feldman, de l’intégrité des transferts à la

qualité du livret), avec la complicité de l’INA,

détentrice des bandes originales de l’ORTF.

CHOC

magazine

JEAN-PIERRE LELOIR (RESONANCE RECORDS)

Premier et seul livre écrit à ma

connaissance sur le guitariste, le

Wes Montgomery d’Adrian Ingram

entérine une perception de sa

biographie assez peu contestable.

Il y a les Beginnings, les Riverside

Years et le Commercial Success.

On ne discutera pas ici des effets

– néfastes ou bénéfiques – du style

de Creed Taylor sur les disques

de Wes qu’il produisit à partir

de 1964 chez Verve, puis chez

A & M, où il fut enregistré au sein

d’effectifs importants, souvent d’un

goût douteux (mais d’où Wes sut,

même en des formats très courts,

rester lui-même sur un répertoire

d’originaux et de tubes du moment).

Il reste que pour le jazzfan pur et

dur, de 1964 à la mort de Wes en

1968, la quête des enregistrements

live en petite formation est une

Paris, 27 mars 1965,

dans la coulisse

du Théâtre des

Champs Elysées :

Arthur Harper,

Harold Mabern,

Wes Montgomery et

Jimmy Lovelace.

réelle préoccupation, fussent-ils

de moyenne qualité sonore, tels

les quatre titres du Half Note de

février 1965 – Caravan sur les

chapeaux de roue façon Grand

Prix de Formule 1 ! –, l’un des

concerts où put se roder le Wes

Montgomery Quartet avant de

s’envoler pour l’Europe. Car Wes,

grand aérodromophobe, s’était

enfin résolu à prendre l’avion pour

se produire sur le Vieux Continent.

Cette tournée fut l’occasion de

nombreuses captations audio ou

vidéo, live ou studio, anglaise, belge

ou hollandaise, en quartette ou avec

différents musiciens européens

(de Martial Solal à Han Bennink !),

mais ce grand concert du Théâtre

des Champs-Elysées enregistré

pour l’Office de Radio Télévision

Française par André Francis en est

la pièce la plus convoitée.

Ce 27 mars 1965, en dépit

d’un accueil critique assez

condescendant, le public est au

rendez-vous, avec notamment

de nombreux guitaristes, parmi

lesquels Joseph Reinhardt et René

Thomas (voir les photos dans

le livret, qui comprend d’autres

clichés rares de Jean-Pierre Leloir).

Ils sont tous venus entendre Four

And Six – légendaire démarquage

de Summertime imaginé par Wes

qui sert d’ouverture au concert – et

sa fameuse stratégie consistant

à faire se succéder chorus en

single notes, puis en octaves et

enfin en block chords. La fièvre

qui s’est déjà emparée du public

gagne le clavier d’Harold Mabern,

vigoureux pianiste de Memphis

encore méconnu des connaisseurs

malgré ses antécédents au sein du

Jazztet d’Art Farmer ou du Roland

Kirk Quartet. Suit Impressions

de John Coltrane, dix minutes de

montée en chauffe où de chorus

en chorus le thermomètre menace

d’exploser. Il faut bien une ballade

pour se remettre – The Girl Next

Door –, puis le fameux traitement

bossa d’Here’s That Rainy Day

avant de finir le premier CD par

Jingles, autre cheval de bataille

de Wes. Est-ce l’entracte ? Le

second CD commence par To

Wayne, hommage à Wayne Shorter

38 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


playlist

10 morceaux qui tournent

sur les platines de la rédaction

2 CD Resonance / Bertus

Wes Montgomery (elg), Harold Mabern

(p), Arthur Harper (b), Jimmy Lovelace

(dm) + Johnny Griffin (ts). Paris,

Théâtre des Champs Elysées, 27 mars

1965. Liner notes : Vincent Pelote, Zev

Feldman et Pascal Rozat. Interviews :

Harold Mabern et Russell Malone.

d’Harold Mabern qui fait vitrine de

toute sa verve. Et voici Johnny Griffin,

désormais parisien, qui fait son

entrée pour reproduire l’exploit de

l’album “Full House” enregistré en

club à Berkeley trois ans plus tôt : Full

House, Blue’n Boogie… plus ‘Round

Midnight, que Wes Montgomery hisse

toujours à un tel niveau de musicalité

que le ténor s’y trouve presque de

trop, surtout lorsqu’il rompt le charme

en terminant sa première phrase avec

un clownesque « Baby » fredonné. Il

se retire pour un Twisted Blues final

qui fait jaillir le public des sièges. Et

moi avec. • ALFRED SORDOILLET

Julian Lage The Ramble

En trio avec Scott Colley à la contrebasse et Kenny Wollesen à la

batterie, Julian Lage affirme sa personnalité et entre dans une nouvelle

dimension avec cet album qui commence sur les chapeaux de roue par

cette ramble (randonnée) jubilatoire.

Où ça ? “Modern Lore” (Mack Avenue / Pias, sortie le 2/2)

Melody Gardot March For Mingus

Cet instrumental durait à peine plus d’une minute dans “Currency Of

Man” (2015), le revoilà live in Utrecht comme étiré au bord de la rupture, dans une ambiance de feu.

La diva callipyge met aussi en valeur ses musiciens.

Où ça ? “Live in Europe” (Decca Records / Universal, sortie le 9/2)

Clovis Nicolas The 5:30PM Dive Bar Rendez-Vous

Trois ans après “Nine Stories”, ce contrebassiste installé à New York revient avec un album centré

autour de la fameuse Freedom Now Suite de Sonny Rollins. On aime son entrée en matière avec

cuivres en frontline, propulsée par le swing en or massif du batteur Kenny Washington.

Où ça ? “Freedom Now Ensuite” (Sunnyside / Socadisc, déjà dans les bacs)

Chris Dave And The Drumhedz Lady Jade

Dans un album qui oscille entre soul, hip-hop et jazz, cette reprise inattendue d’un très beau thème

signé en 1976 par Alan Pasqua et figurant dans “Million Dollars Legs” de Tony Williams. Chris Dave,

grand batteur éclectique !

Où ça ? “Chris Dave And The Drumhedz” (Blue Note / Universal, déjà dans les bacs)

Hugh Coltman All Sleeps Away

Inspiré par la plus musicale des séries télé, Treme, le nouvel album du chanteur

anglais fleure bon La Nouvelle-Orléans à travers une reprise et onze chansons

originales. All Sleeps Away est l’une des plus émouvantes.

Où ça ? “Who’s Happy” (Okeh / Sony Music, sortie le 2/3)

Henri Texier Amir

« Du nouveau ! Toujours du nouveau ! », martèle avec passion le grand Henri dans

ses liner notes. Et si paradoxalement il commence par rejouer l’une de ses plus anciennes

composition, il lui redonne une âme... toute neuve.

Où ça ? “Sand Woman” (Label Bleu / L’Autre Distribution, sortie le 2/2)

Joachim Kühn New Trio The Crystal Ship

Il y a relecture et relecture, et quand cet enfant des utopies des sixties interprète un standard des

Doors, on jurerait entendre la voix de Jim Morrison entre ses touches d’ivoire et d’ébène de son

piano littéralement habité par l’esprit du poète rockeur.

Où ça ? “Love & Peace” (ACT Music / Pias, déjà dans les bacs)

Raphaël Imbert The Circle Game

Extrait du CD joliment titré “La Musique est mon espoir”, cette reprise d’une chanson de Joni

Mitchell millésime 1970 est chantée à deux voix par Marion Rampal et Aurore Imbert est illuminée

par le saxophone soprano fiévreux du leader.

Où ça ? “Music Is My Hope” (Jazz Village / Pias, déjà dans les bacs)

Dr. Lonnie Smith 50 Ways To Leave Your Lover

Double hommage du vénérable organiste à turban. Au bijou pop de Paul Simon et à Steve Gadd,

encore lui, signataire d’une mémorable partie de batterie que le brillant Jonathan Blake réinvente

à sa manière derrière ses fûts.

Où ça ? “All In My Mind” (Blue Note / Universal, déjà dans les bacs)

The Chick Corea Steve Gadd Band

Return To Forever

Quarante-cinq ans après avoir gravé la version originale pour

ECM, Chick Corea revisite façon voyage au long cours (plus de

dix-sept minutes !) ce classique intemporel avec l’un de ses

batteurs fétiches, Steve Gadd.

Où ça ? “Butterfly” (Concord Jazz / Universal, déjà dans les bacs)

X/DR (MACK AVENUE)

Julian Lage

X/DR

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 39


le guide

MON

DISQUE

A MOI

Rez Abbasi

Unfiltered Universe

1 CD Whirlwind / whirlwindrecordings.com

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. Prenez le trio

Indo-Pak Coalition de Rudresh

Mahanthappa (dont un nouvel

album vient justement de paraître),

ajoutez-y Vijay Iyer et Johannes

Weidenmüller, et vous obtiendrez le

groupe Invocation de Rez Abbasi,

soit une sorte de all-star de l’indojazz

new-yorkais contemporain,

dont le guitariste d’origine

pakistanaise est une figure discrète

mais néanmoins essentielle.

Après un premier album nourri

de tradition hindoustanie (“Things

to Come”, 2009) et un autre de

chants soufis qawwalî (“Suno

Suno”, 2011), “Unfiltered Universe”

tire cette fois son inspiration de

la musique carnatique d’Inde

du Sud. Un jeu d’influences que

seuls les fins connaisseurs du

sous-continent sauront démêler,

d’autant qu’elles s’enrichissent

toujours de multiples éléments

allogènes : culture jazz, sonorités

rock, ou encore compositions à

tiroirs métriques complexes et à

la Steve Coleman. En faisant le

choix délibéré de renoncer à tout

instrument traditionnel (tablas, sitar

etc.), Abbasi donne ainsi naissance

à une musique résolument

moderne, dénuée de tout exotisme,

mettant en valeur la diversité des

personnalités qui s’y expriment :

une contrebasse inébranlable, une

batterie forte en maths, un piano

anguleux, un saxophone abrasif

et une guitare à la fluidité quasi

liquide, survolant avec aisance un

album particulièrement stimulant. •

PASCAL ROZAT

Rez Abbasi (elg), Rudresh Mahanthappa

(as), Vijay Iyer (p), Johannes

Weidenmüller (b), Dan Weiss (dm) +

Elizabeth Mikhael (cello). Brooklyn,

Systems Two, 2-3 février 2016.

Romain Baret

Naissance de l’horizon

1 CD Label Pince Oreilles / Inouïe

Nouveauté. La

pochette interpelle

avec sa méduse,

son titre qui est

aussi celui du

premier morceau, et le reste de

la track list (Schizophrénie, La

Guerre des classes n’aura pas

lieu, Respire, La Temporisation

du rêve, pour ne citer que ceux

en français). S’il suffisait d’un

titre et d’une pochette… Mais

l’imagination est au rendez-vous

de cette fusion qu’un rapide

survol pourrait assimiler aux

banalités du genre. Et bien

non ! On s’amuse, on retient

son souffle, on s’essouffle, on

le reprend, entraîné par ces

embardées thématiques un peu

folles et les zébrures électriques

du leader, attiré dans de havre de

quelque arpège d’où trompette

ou saxophone s’élanceront

bientôt vers la haute mer. Et que

l’on aborde une île mystérieuse,

que l’on s’égare sur la mer

des Sargasses ou que l’on soit

précipité sur les 40 e Rugissants,

de nouveaux horizons ne cessent

de se dérober tout au long de ce

disque où l’identité de ce quintette

du Pince Oreilles (collectif de

la région lyonnaise) se décline

sous des climats constamment

changeants et assez prometteurs.

• FRANÇOIS MARINOT

Forent Briqué (tp), Eric Prost (ts),

Romain Baret (elg, voc), Michel

Molines (b), Sébastien Necca (dm).

Anti Rubber

Brain Factory

Marokaït

1 CD LFDS Records / Bandcamp

Nouveauté. Après cinq

disques, les trois derniers en

collaboration avec la confrérie

soufie Hmadcha d’Essaouïra,

Yoram Rosilio (qui créa le pupitre

de contrebasse au sein de Ping

Machine, dont on retrouve ici

quelques membres) revient avec

son Anti Rubber Brain Factory

mais sans ses amis marocains

dont il reprend cependant Mull

Anuba : miroitement de flûtes

évoquant le Don Cherry d’“Eternal

Rhythm” suivi d’une espèce de

“nocturne” des deux batteurs

d’où émerge une procession

orchestrale accompagnant

l’addition progressive de trois

solos (soprano, trompette, tuba).

S’y peut lire un fort ancrage

dans le free jazz, le goût des

masses sonores composées ou

magazine

Un membre de la rédaction choisit

dans sa discothèque un grand

classique, un trésor oublié ou

un disque injustement méconnu.

Steve Lacy

Roswell Rudd

Quartet

Schooldays

Hat Hut – 1973

Le tromboniste Roswell Rudd nous a quittés

le 22 décembre dernier à l’âge de 82 ans,

alors qu’il venait de publier Embrace, disque

de standards, avec la chanteuse Fay Victor

(RareNoise). Revisitant une discographie à

première vue disparate, on note cependant

certaines résurgences : le goût des voix

(notamment celle de Sheila Jordan, mais

aussi parfois la sienne), l’Afrique et plus

largement l’ethnomusicologie qu’il découvrit

étudiant auprès d’Alan Lomax, avec comme

permanence un lyrisme franc et chaleureux

compensant une technique et un vocabulaire

à l’étendue assez modeste, qui lui suffirent

pour passer directement du dixieland au free

jazz, et dont il sut faire au sommet de son

art de belles contributions : le New York Art

Quartet, les groupes d’Archie Shepp, Gato

Barbieri, Carla Bley, Enrico Rava ou Marcello

Mellis. Mais c’est peut-être auprès de Steve

Lacy, lui aussi enfant du dixieland, qu’il

donna le meilleur de lui-même, comme ici, en

“pianoless quartet”, sur les compositions de

Thelonious Monk, qu’ils vénéraient tout deux.

En compagnie de Henry Grimes (b) et Dennis

Charles (dm), qu’ils fréquentèrent séparément

chez Cecil Taylor, ils s’ébattent en toute

spontanéité sur la scène du Phase Two Coffee

House de New York, en 1963. Publiées en 1975

sur Emanem sous le nom de Steve Lacy,

ces captations furent ensuite rééditées en

1995 puis en 2002 par le précieux label Hat

Hut Records. • FRANCK BERGEROT

improvisées comme sur Dance

In The Cave Of Bou Jeloud

emprunté à la confrérie Jajouka.

Où l’on comprend que Rosilio

poursuit le défrichage de ses

racines marocaines, ici à travers

cinq traditionnels issus de

différentes régions. La rythmique

renouera avec le vertige

polyrythmique des karkabous, le

piano aura des accents de harpe

donso n’goni et la contrebasse

évoquera le guembri mais pas

moins l’instrument de Charles

Mingus, chacun étant invité à

être soi-même, galvanisé par

la puissance des riffs et tutti

orchestraux. • FRANÇOIS MARINOT

Nicolas Souchal, Jérôme Fouquet

(tp, fl, perc), François Mellan

(sur 2 plages soubassophone,

fl, perc), Jean-Brice Godet (cl,

fl, perc), Jean-Michel Couchet

(ss, as, fl, perc), Florent Dupuit

(ts, bfl, fl, picolo, perc), Benoît

Guenoun (ts, ss, fl, perc), Paul

Wacrenier (p, vib, balaphon, fl,

perc), Yoram Rosilio (b, arrt),

Rafaël Kœrner, Eric Dambrin (dm,

perc). Arcueil, l’Anis Gras, du 28

au 30 septembre 2016.

Louis Armstrong

The Nightclubs

1 CD Dot Time / Socadisc

✪ ✪ ✪ ✪

Inédit. Les captations live de

Louis Armstrong ne manquent

pas, mais les traces de ses

prestations en club sont plus

rares. Lorsque l’on sait qu’il s’agit

ici de différentes excellentes

moutures du All Stars des

années 1950 (le personnel cidessous

parle tout seul), qu’à

San Francisco il joue West End

Blues devant une Billie Holiday

qui apprit à chanter en écoutant

la version de Satchmo, qui

clame sa reconnaissance dans

le public et qu’il salue pour lui

dédier A Kiss To Build A Dream

On, on se laisse tenter par

ces inédits tirés des Research

Collections du Louis Armstrong

Museum, même si sur le plan

sonore, on aurait probablement

pu faire mieux. Mais l’orchestre

est galvanisé par la proximité

du public : versions longues et

surchauffées des succès des Hot

Five-Seven (Muskrat Ramble,

Struttin’ With Some Barbecue),

pièces néo-orléanaises apparues

40 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


plus tard dans son répertoire tel

New Orleans Function inspiré des

enterrements néo-orléanais, un

original chanté de 1955 Pretty

Little Missy cosigné par Billy

Kyle, une tendre reprise de Lazy

River… • ALFRED SORDOILLET

Louis Armstrong (tp, voc), Jack

Teagarden ou Russ Phillips ou

Trummy Young (tb), Barney Bigard

ou Edmund Hall (cl), Earl Hines ou

Marty Napoleon (p), Arvell Shaw ou

Dale Jones ou Milt Hinton (b), Cozy

Cole ou Barrett Deems (dm) + Velma

Middleton (voc). New York, Bop

City, fin juin 1950. San Francisco,

Club Hangover, mars 1952. Boston,

Storyville ou University, octobre

1953. New York, Basin Street, 2

juillet 1955. Burlington, Brant Inn,

23 janvier 1958.

Lena Bloch &

Feathery

Heart Knows

1 CD Fresh Sound New Talent / Socadisc

Nouveauté. Le journaliste et

producteur Dan Morgenstern,

qui en a vu d’autres, signe des

liner notes élogieuses sur la

saxophoniste Lena Bloch et son

quartette Feathery travaillant

sur des fonctions orchestrales

et un répertoire tranquillement

débridé, où certains ostinatos

évoquent l’Orient parmi des

harmonies plus européennes.

Sur l’exposé de piano-sax de

Three Treasures, je ne suis pas

surpris que Morgenstern, en

dépit de ces arômes orientaux,

entende des réminiscences de

la musique de Lennie Tristano

telle que jouée par Warne Marsh

et Lee Konitz (avec qui Lena

Bloch étudia et dont elle retient

certaine rétention expressive et

le sens du fil mélodique). Tout

repose ici sur l’écoute mutuelle

et un vagabondage exigeant d’où

découle une imprévisibilité de tous

les instants. On est surpris de

retrouver ici le puissant Cameron

Brown dont j’associais encore le

nom à l’Archie Shepp des années

1970 ou au quartette de George

Adams et Don Pullen. Il partage

avec le batteur Billy Mintz une

conception délicate et fluide de

la rythmique, rarement en simple

situation d’accompagnement au

côté d’un Russ Losing très habité

notamment lorsqu’il déploie avec

le bassiste une réharmonisation

de la Suite française en ré mineur

de Bach lui donnant un petit côté

E Lucevan le Stelle de Puccini

(La Tosca), le pathos en moins.

• FRANÇOIS MARINOT

Lena Bloch (ts), Russ Lossing (p),

Cameron Brown (b), Billy Mintz

(dm). Hampton, Charlestown Road

Studio, 27 juillet 2017.

GAGNEZ

3 COFFRETS COLLECTOR

DE L’ANTHOLOGIE

DE LA LONGUE ET PROLIFIQUE

CARRIÈRE DU LÉGENDAIRE

BLUESMAN

JOHN LEE

HOOKER

A L’OCCASION DU 100 E ANNIVERSAIRE DE SA NAISSANCE

Date

limite du jeu

le 14 février

2018

NEWS

Dans les bacs (et désormais en streaming) le 16 février, le nouvel album

ECM du saxophoniste anglais Andy Sheppard, “Romaria”, avec Eivind

Aarset à la guitare, Michel Benita à la contrebasse et Sebastian Rochford

à la batterie • Sept jours plus tard, toujours sur ECM, on découvrira

“Descansado - Songs For Films” de la chanteuse Norma Winstone et

“Travelers” du saxophoniste et clarinettiste Nicolas Masson. En mars,

on annonce aussi un album live inédit du trio Keith Jarrett avec Gary

Peacock et Jack DeJohnette • Entre deux tournées avec Herbie Hancock

et Chick Corea, le guitariste Lionel Loueke a enregistré en duo avec la

chanteuse Céline Rudolph. “Obsession” sortira sur le label... Obsessions

le 23 février • Disponible le 9 février, la compilation “We Out There”

(Brownswood Recordings), qui réunit « les talents les plus prometteurs de

la nouvelle scène jazz anglaise sous la direction musicale du saxophoniste

Shabaka Hutchings, parrain du projet ». Avec, entre autres, Maisha, Ezra

Collective, Moses Boyd, Nubya Garcia... • Sortie début mars, “Dreams And

Connections”, le nouvel album de Baptiste Herbin (Space Time Records

/ Socadisc), avec Eduardo Farias (p), Darryl Hall (b) et Ali Jackson (dm).

Concert le 19 mars au New Morning (Paris) •

100 titres incluant hits, raretés, inédits,

et enregistrements live réunis dans un

coffret 5 CD collector (format livre à

l’italienne), le tout richement illustré et

documenté.

Réglement du jeu concours

Ce jeu concours Jazz Magazine – Universal est ouvert à toute personne

physique majeure résidant en France Métropolitaine.

Les dotations mises en jeu sont les suivantes :

- 3 COFFRETS DE 5 CD + UN LIVRE À L’ITALIENNE DE 54 PAGES.

Valeur unitaire : 53,99 euros

Valeur totale des lots mis en jeu : 161,97 euros

Pour participer, il suffit d’envoyer un mail à :

jeu.concours@jazzmagazine.com avec le nom de l’artiste du COFFRET

“JOHN LEE HOOKER” en objet du message et vos coordonnées complètes

dans le corps du message, avant la date du tirage au sort réalisé le 16 février

2018 à 15h (de convention expresse entre le participant et « L’organisatrice »,

les systèmes et fichiers informatiques de Jazz Magazine feront seuls foi).

Tous les frais exposés postérieurement au jeu notamment pour l’entretien et l’usage de ces lots

sont entièrement à la charge du gagnant. Le règlement complet peut être adressé gratuitement,

sur simple demande par e-mail à : jeu.concours@jazzmagazine.com

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 41


le guide

Livre

The Bridge #9

Epiphany

1 CD The Bridge / acrossthebridges.org

Nouveauté. Au cœur de cette

neuvième formation (et septième

album) du projet The Bridge : la

voix. Un duo paritaire de poètesrécitants

fait jeu égal avec un

clarinettiste fureteur et un batteur

à l’impressionnant curriculum

vitae. Les instrumentistes

s’adaptent au rythme et au

ton du verbe, au contenu des

textes ou aux incantations des

néo-troubadours. Mike Ladd

brille notamment sur la pièce de

résistance, un Call Me Marlowe

regorgeant de références

musicales et littéraires, Mankwe

Ndosi gringottant fiévreusement

en soutien. Dana Hall sait planter

un décor avec peu de moyens : un

simple frémissement de tambours

sur Where We Learn What Was

Happening et c’est toute la culture

des Amérindiens qui se dessine.

Les effets, plutôt rustiques, sont

utilisés sans excès. De fait la

retenue l’emporte le plus souvent,

et l’auditeur est récompensé par

plusieurs moments hors du temps.

Le tandem formé par Kassap

et Hall fonctionne à merveille,

élaborant avec savoir-faire des

environnements idoines à la mise

en valeur des vocalistes. A noter

qu’il s’agissait au départ d’un

quintette à deux clarinettistes,

formation inhabituelle s’il en est,

et que cette captation voit le

groupe réduit à un quartette. Nul

lieu de le regretter, car voici l’un

des disques les plus satisfaisants

de la série. • DAVID CRISTOL

Mike Ladd (voc, élec), Mankwe

Ndosi (voc), Sylvain Kassap (cl,

élec), Dana Hall (dm). Poitiers,

Carré Bleu, 8 octobre 2015.

John Benson

Brooks

Folk Jazz U.S.A. – Alabama

Concerto

1 CD Fresh Sound Records / Socadisc

✪ ✪ ✪ ✪

Réédition. Jordi

Pujol frappe

encore un

grand coup en

réunissant deux

disques du pianiste, compositeur

et arrangeur John Benson

Brooks : “Folk Jazz U.S.A.” (Vik,

1956) et “Alabama Concerto”

(Riverside, 1958). Prototype de

l’unsung hero, John Benson

Brooks signa pourtant, dans

les années 1940, de nombreux

arrangements pour les orchestres

swing. Si l’on remarque une

certaine proximité d’écriture

avec Gil Evans, dont Brooks fut

un ami proche (Evans enregistra

ses compositions Sirhan’s Blues

et Where Flamingos Fly), on

est séduit par l’originalité et

la fraîcheur de cette musique

inspirée d’un folklore américain

qu’il revitalise, usant même

des ressources de la musique

classique européenne, pour en

détourner, sans les dénaturer,

les propriétés harmoniques

et rythmiques, vers un jazz

moderne où les parties écrites et

l’improvisation se recoupent, voire

se confondent. Parfois au piano,

Brooks recourt à un personnel

que l’on ne présente plus (voir

ci-dessus), le guitariste Barry

Galbraith, aujourd’hui quelque

peu oublié, apportant sur les deux

disques un contrepoint à cette

musique impressionniste d’une

rare inventivité, notamment en

tempo lent. •

THIERRY P. BENIZEAU

Nick Travis ou Art Farmer (tp),

Zoot Sims (as) et Al Cohn (bars)

ou Cannonball Adderley (as),

Barry Galbraith (elg), John Benson

Brooks (p, arr), Buddy Jones ou

Milt Hinton (b), Osie Johnson (dm

seulement sur “Folk Jazz U.S.A.”).

Webster Hall ou Reeves Sound

Studio, New York, novembre 1956

et juillet-août 1958.

Joe Bushkin

Quartet

Live at the Embers, 1952

1 CD Dot Time / Socadisc

Réédition. Le nom de Joe

Bushkin aujourd’hui tend à se

perdre dans l’anonymat de la

foule de pianistes blancs qui

s’illustrèrent dans les clubs de la

52 ème Rue ou à l’ombre des big

bands swing des années 1930-

40. Aussi, à l’arrivée de ce disque

sur mon bureau, l’ai-je considéré

avec une curiosité certaine…

et certainement coupable

Blues et

féminisme

noir

Angela Davis

Éditions Libertalia, 416

pages, 20 €

Le blues de

Gertrude “Ma”

Rainey, Bessie

Smith et Billie

Holiday ? Une

musique de femmes fortes, émancipées,

conscientes et hardies. Une musique de

femmes noires prêtes à en venir aux mains,

rageant déjà à travers le micro, face aux

affres de leur condition sociale dans une

Amérique ségrégationniste. On parle là de

Gertrude “Ma” Rainey et de Bessie Smith,

deux chanteuses de blues d’envergure dont

l’œuvre porte définitivement le sceau des

prémisses du féminisme noir galvanisé dans

les années 1970 aux États-Unis. On parle

aussi de Billie Holiday, qui, dans les années

1940, prend le flambeau bien au-delà des

malheureuses péripéties de sa propre

existence. C’est la conclusion majeure que

l’on tire de l’ouvrage didactique que leur

consacre la féministe et militante des droits

de l’homme Angela Davis, dont la version

originale est parue en 1998. À l’issue de

cette vibrante, imposante et minutieuse

analyse de la portée idéologique et sociale

des chansons de ces blueswomen, force

est de constater que les sobriquets dont

elles ont toujours été affublées (“mère du

blues” pour Ma Rainey ou “impératrice du

blues” pour Bessie Smith) sont bien loin

de suffire à cerner toute la dimension de

leurs chansons, tant au niveau des paroles

que dans la façon de les déclamer. Et avec

Lady Day, c’est la rencontre fracassante

entre conscience sociale et musique qui

éblouit. « Dans la musique, dans son phrasé,

dans son tempo, dans le timbre de sa voix,

les racines sociales de la douleur et du

désespoir que vivent les femmes éclatent

au grand jour », écrit notamment Davis à

son propos. Liberté sexuelle à travers le

prisme de la race et du genre, rapport à

l’homme et l’homme Noir, spiritualité ou

encore la fameuse thématique du voyage,

sont décortiqués à travers un corpus de

titres contextualisés avec brio. L’ouvrage

est agrémenté de photos d’archives et d’un

CD compilant les titres les plus éloquents

de Ma Rainey et Bessie Smith (avec

retranscription des paroles). Sans compter

une bibliographie complète. Ce travail

colossal d’Angela Davis est prodigieux tant

cette musique que l’on croyait connaître

revêt soudainement une dimension encore

plus salutaire. Et, mieux encore, par les

temps qui courent, sa traduction arrive

définitivement à point nommé. • KATIA TOURÉ

de se trouver constamment

détournée par des pianistes plus

modernes, plus prestigieux, plus

branchés. Combien de fois n’estil

pas reparti sous la pile des

nouvelles entrées. Et le voici enfin

sur ma platine. Certes une oreille

distraite pourrait y entendre les

leçons combinées d’Earl Hines,

Teddy Wilson et une pointe d’Art

Tatum… Soit quelque chose

d’assez commun. À ceci près

qu’il y a une véritable patte

Bushkin, vive, insatiable, déliée

sans les excès de Tatum, d’une

main droite portée sur le trait

mélodique que la gauche poursuit

avec un mélange de solidarité

et d’indépendance tout à fait

fascinant qui nous ferait parfois

presque deviner la présence d’un

deuxième pianiste. Si l’on ajoute

qu’à l’Embers de la 54 ème Rue,

où son engagement de deux

semaines fin 1951 fit une telle

sensation qu’il en dura seize, il

était entouré de Milt Hinton et

Jo Jones, plus un Buck Clayton

d’une merveilleuse légèreté, il

ne vous reste plus qu’à vous

précipiter sur cet enregistrement

réalisé sur l’Ampex du violoniste

du NBC Symphony Orchestra

et audiophile, David Sarser (et

publié précédemment en 2006

sous le nom de Buck Clayton). •

FRANCK BERGEROT

Joe Bushkin (p), Milt Hinton (b),

Jo Jones (dm) + Buck Clayton (tp).

New York, en concert à l’Embers,

début 1952.

Cyrus Chestnut

There’s A Sweet, Sweet Spirit

1 CD HighNote / Socadisc

Nouveauté. Après “Natural

Essence” en 2016, Cyrus

Chestnut sort déjà un nouvel

album. En dehors de Chopin,

qu’il jazzifie (version swing du

Vingtième Prélude dans une

réharmonisation soignée), le

pianiste puise dans la Great Black

Music pour son répertoire : outre

ses compositions personnelles

et l’une de Buster Williams, on

trouve des pièces de Bobby

Hutcherson, des standards

(Nardis, Rhythm-A-Ning), une

reprise de chanson soul et une

autre d’une musique spirituelle

récente. L’ensemble ne souffre

42 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


d’aucun défaut – arrangements

habiles, cohésion de l’ensemble,

grand swing, etc. – si ce n’est

une forme que je qualifierais

de laisser-aller, ce qui est

bien différent du lâcher-prise.

Raison pour laquelle, peut-être,

si je goûte l’inscription du trio

de Chestnut dans ce que le

philosophe Christian Béthune

nomme la « communauté

mimétique », j’en ressors plus

admiratif que vraiment ému. •

LUDOVIC FLORIN

Cyrus Chestnut (p), Buster Williams

(b), Lenny White (dm) + Steve

Nelson (vib). Brooklyn, System Two

Recording Studios, 27 février 2017.

Ce disque procure des émotions

douces et intenses et se termine

par un mémorable Gaddzooks

futuristico-fusionnant où Chick

Gadd et Steve Corea ne font plus

qu’un. Messieurs, c’est quand

vous voulez dans les festivals

d’été. • PETER CATO

Chick Corea (p, elp), Steve Gadd

(dm), Lionel Loueke (elg, voc),

Steve Wilson (as), Carlitos Del

Puerto (elb), Luisito Quintero (perc)

+ Philip Bailey (voc). Clearwater

(Floride), 2017.

– MAINTENANT DISPONIBLE –

The Chick Corea

Steve Gadd Band

Chinese Butterfly

2 CD ou 3 LP Concord Jazz / Universal

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. Chick Corea et

Steve Gadd se sont croisés pour

la première fois en 1965 dans

le groupe de Chuck Mangione.

Depuis, ils ont enregistré

ensemble “The Leprechaun”,

“My Spanish Heart”, “Friends”

et “Three Quartets”, ce chefd’œuvre,

en 1981. Ces fringants

septuagénaires pourraient

se contenter de rejouer leurs

classiques des années 1970 sur

scène et de publier un double

live que nous serions déjà ravis.

Mais quoi de mieux pour faire

fructifier leur demi-siècle de

complicité musicale que de jouer

sept nouvelles compositions ?

Chick’s Chums, la première, est

signée John McLaughlin. Dès

les premières secondes, le geste

de Gadd et sa capacité à faire

respirer la musique enchantent,

tandis qu’aux claviers Corea

combine verve mélodique et

malice virtuose. Les sept autres

compositions sont de sa plume,

sauf Wake Up Call, cosignée avec

Lionel Loueke. Ce qui au passage

situe la soif d’invention de ce

pianiste et compositeur horsnormes

qui, à bientôt soixantedix-sept

ans, n’a décidément

pas envie de se reposer sur ses

lauriers. Et quand il pioche malgré

tout dans son ancien répertoire,

c’est pour transfigurer l’un de ses

classiques, Return To Forever.

Sammy Davis, Jr.

The 1961-62 Marty Paich

Sessions

2 CD Jackpot / Pias

Réédition. Il fut à la fois danseur,

chanteur, acteur, fantaisiste et

imitateur, aussi est-on peut-être

mal inspiré de s’en tenir à un seul

de ses talents. Le fait est que,

chez Sammy Davis Jr, l’intuition

rythmique du danseur rejaillit

sur le chanteur. Mais on aurait

tort de minimiser les qualités du

second. Ces deux CD regroupant

quatre albums du début de sa

période Reprise, et en particulier

ses premières collaborations

avec l’arrangeur californien Marty

Paich, valorisent l’originalité de

sa palette vocale : une voix posée

et bien timbrée mais au timbre

changeant, un registre et une

force de projection respectables

combinée à un phrasé flexible et

volontiers surprenant. Si l’emprise

du danseur est sensible dans la

précision légère avec laquelle

il survole Let There Be Love,

le chanteur fait aussi planer

l’esprit du gospel (Gonna Build A

Mountain), emmène l’orchestre

avec une énergie de shouter, se

rapproche de Sinatra ou associe

drive et drôlerie à la façon d’une

Anita O’day dans une fantaisie

syncopée due à Truman Capote et

Harold Arlen. Les quatre albums

sont «redistribués» par fragments

épars pour dissocier les séances

de Paich de celles d’autres

arrangeurs (Morty Stevens, Neal

Hefti...) où évoluent Bud Shank,

Red Callender, Bill Perkins, Bob

Cooper, Jimmy Rowles ou Mel

Lewis, aréopages qui conviennent

à l’éclectisme bien compris de

Davis. • PHILIPPE BAS-RABÉRIN

Personnels détaillés dans le livret.

Groove, textes engagés et poésie vocale :

une étincelante fresque humaniste

où souffle l’esprit du spiritual

et de la soul music !

– EN CONCERT –

14/02 PARIS

FESTIVAL AU FIL DES VOIX

08/05 COUTANCES

FESTIVAL JAZZ SOUS LES POMMIERS

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 43


le guide

FOCUS

Clean Feed

“Quantité, qualité et diversité, voilà le credo de Clean Feed !”,

clame le producteur Pedro Costa, animateur de la firme de

Lisbonne depuis 2001. Jeunes pousses prometteuses, jazzmen

exigeants et improvisateurs de toutes latitudes cohabitent au

sein d’un catalogue défiant la loi du marché.

Loin de ses travaux pour grands

ensembles, ou de sa collaboration

avec Pharoah Sanders scindée

sur les disques “Spiral Mercury”

en CD et “Primative Jupiter” en

LP, Rob Mazurek (cnt, p, élec)

est seul à “Rome”. Pour cette

commande radiophonique de la

RAI, il rend hommage à plusieurs

artistes parmi lesquels Fellini et

Le Caravage. Ces explorations

abstruses ne représentent pas

le versant le plus abordable du

cornettiste, mais piqueront la

curiosité de ses admirateurs.

Sur “Sing Me Some Cry”, Eric

Revis (b) est entouré de Ken

Vandermark (ts, cl), Kris Davis (p)

et Chad Taylor (dm). Sans renier

leurs appétences libertaires,

les musiciens servent avec

rigueur des partitions apportées

par chacun des membres. Sur

des formats plus cadrés qu’à

l’accoutumée, Vandermark en

profite pour rappeler, sur ses

deux instruments, qu’il est un

soufflant dont le lyrisme à fleur de

peau est adossé à une redoutable

technicité. Les coups de baguette

cristallins de Chad Taylor font

également merveille.

Mind Games est un quartette

mené par la

Polonaise

Angelika Niescer

(as), victorieuse

du prix Albert

Mangelsdorff au

Jazzfest Berlin

2017, où elle

s’est produite avec Tyshawn

Sorey. “Ephemera Obscura” [✪

✪ ✪ ✪] recèle des pièces finement

ouvragées, qu’il faut prendre le

temps d’apprivoiser, à l’opposé

des fausses valeurs du jour à

date de péremption imminente.

Des idées, de la fraîcheur et

de l’humour, en synergie avec

l’hyperpianiste Denman Maroney.

Plus viril, l’album “Last Kind

Words” voit le groupe Roots Magic

d’Alberto Popolla reprendre avec

panache des compositions de Charley

Patton, Pee Wee Russell, Marion

Brown, Julius Hemphill, Roscoe

Mitchell, Hamiet Bluiett et Henry

Threadgill. Rarement aura-t-on

entendu succession de blues aussi

galvanisants, complétés par quelques

titres du leader. Evoquons enfin deux

séances de musique improvisée

d’obédience darwinienne.

Après l’excellent “Anthropocène”,

Platform livre avec “Flux Reflux” [✪

✪ ✪ ✪] une nouvelle

descente dans le

son infinitésimal.

Sculptant

l’atmosphère et

fouaillant les soussols,

Xavier Charles

(cl) est brillamment

épaulé par une violoncelliste, un

batteur et le pianiste Jonas Cambien,

familier du label. Etat d’hypnose

garanti. Résultat comparable pour

Big Bold Back Bone, qui se propose

de contrecarrer l’appauvrissement

de l’écosystème. Autour du guitariste

Luis Lopes, figure-clé de la scène

portugaise, s’activent Marco von

Orelli (tp), Sheldon Suter (dm)

et Travassos (élec), homme aux

multiples talents

puisqu’il est le

graphiste en chef du

label. La piste unique

d’“In Search Of The

Emerging Species”

[✪ ✪ ✪✪] entretient un

suspense inquiet et

vous flanque le trouillomètre à zéro.

Un troisième opus, “Emerge”, est

annoncé pour le premier trimestre

2018. • DAVID CRISTOL

Clean Feed / Orkhêstra

Jean-Paul

Estiévenart

Behind The Darkness

1 CD Igloo / Socadisc

Révélation !

Nouveauté. Ce trompettiste

est devenu depuis le milieu des

années 2000 un omniprésent

de la scène belge, mais son

deuxième album en trio est celui

de la révélation. Celle d’une forte

personnalité de leader et de

compositeur dont le premier titre,

“Wanted” chez De Werf, avait

échappé à notre perspicacité.

Le timbre et la phrase posent

un univers d’un onirisme dont la

puissance ne tient pas de la virilité

du hard bop même si elle y prend

racine, mais d’une intonation

comme interrogative qui laisse

l’imagination en suspens. Ce

mode de discours évoque, tout

particulièrement dans Mixed

Feelings, la musique d’Ambrose

Akinmusire, pas seulement dans

sa dimension instrumentale –

cette grasse sonorité dans le

grave qui s’envole avec une

soudaineté gracieuse vers des

aigus comme dans un tourbillon

de neige –, mais aussi dans cette

écriture orchestrale (qui nous fait

oublier qu’il ne s’agit là que d’un

trio), cette circularité de l’initiative

et cet ancrage de l’improvisation

dans la partition dont elle prolonge

la dimension dramatique. À la

rythmique très active et dansante

de Sam Gerstmans et Antoine

Pierre, viennent s’ajouter sur un

titre le saxophone onctueux de

Steven Delannoye et sur un autre

une deuxième trompette en rerecordings

pour une brève mais

joyeuse effusion. Un disque qu’on

n’est pas prêt d’oublier. •

FRANCK BERGEROT

Jean-Paul Estiévenart (tp), Sam

Gerstmans (b), Antoine Pierre (dm)

+ Steven Delannoye (ts). Bruxelles,

Jet Studio, juin 2015 et février

2016.

Théo Ceccaldi

Freaks

Amanda Dakota

1 CD Tricollectif / L’Autre Distribution

Nouveauté. Frank Zappa, Brigitte

Fontaine, Godley & Creme, Les

Baxter, John Zorn, Carl Stalling,

Meshuggah, Os Mutantes,

The Art Ensemble Of Chicago,

Odeurs, James Chance, Albert

Marcœur, Médéric Collignon,

Kronos Quartet, Mars Volta...

(Liste non-exhaustive.). J’entends

tout cet univers référentiel

détaler entre mes oreilles façon

zapping frénétique. À la tête

de ces Freaks, l’infatigable,

imprévisible et inénarrable

virtuose Théo Ceccaldi s’affirme

en leader maximal, capable de

violoner moderne sur le fil du

rasoir, secondé par une équipe

de sidemen qui sont ses frères

de sons et ses colocataires de

squat. “Amanda Dakota” fait

bouger les lignes en se faufilant

dans les intervalles comme

on se roule dans le foin. Ces

six turbulents agitateurs de

polysons non conformes jouent

très sérieusement de la musique

pas sérieuse – ou serait-ce

l’inverse ? Quoi qu’il en soit, ce

cocktail sonore plaira aux jeunes

en manque de références. Et

aux vieux qui les ont peut-être

oubliées. • PETER CATO

Théo Ceccaldi (vln, cla, voc),

Benjamin Dousteyssier (as,

bs), Quentin Biardeau (ts, cla,

voc), Giani Caserotto (elg, cla),

Valentin Ceccaldi (cello), Etienne

Ziemniak (dm) + Dom Farkas (voc).

Villetaneuse, Studio MidiLive, du 6

au 9 février 2017.

Gábor Gádo

Laurent

Blondiau

Vie Land

Quintessence

1 CD BMC / UVM

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. L’ombre de Jean-

Sébastien Bach plane sur cet

album dont les compositions

sont pourtant toutes du guitariste

hongrois Gábor Gádo, qui n’est ni

le premier ni, sûrement, le dernier

à trouver son inspiration chez le

44 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


présente

en partenariat avec MUSIC LX

Soirée PARIS JAZZ CLUB

1 ENTRÉE = 3 CLUBS = 6 CONCERTS

EUROPEAN JAZZ

LE LUXEMBOURG INVITE LA POLOGNE

JEUDI 15 FÉVRIER 2018 – 21H

DUC DES LOMBARDS | BAISER SALÉ | SUNSET

KRZYSZTOF

KOBYLINSKI

Piano solo

D U C D E S L O M B A R D S

MAXIME

BENDER

Universal Sky

JEFF HERR

Corporation

S U N S E T

ANNA GADT

EXTEMPORIZING

Ensemble

feat.

ANNEMIE

OSBORNE

MACIEK

PYSZ

Quartet

B A I S E R S A L É J A Z Z C L U B

DOCK IN

ABSOLUTE

Duc des Lombards, Baiser Salé, Sunset respectivement 42, 58 & 60 rue des Lombards 75001 PARIS

M° Châtelet / RER Les Halles - Location : FNAC, www.parisjazzclub.net et sites des clubs


le guide

GROS PLAN

X/DR

Zara McFarlane

From Jamaica with love

Avec “Arise”, la chanteuse britannique Zara McFarlane

cultive, sans concession, son héritage afro-caribéen

jusqu’alors exprimé en filigrane sur ses deux précédents

disques.

Noire et fière, Zara McFarlane ? La

chanteuse londonienne n’utilise

absolument pas cette formule.

Quand bien même on évoque les

paroles sans équivoque de Pride,

l’un des titres phares de “Arise”,

son troisième album. Fière de ses

racines africaines, de ses origines

jamaïcaines, de sa négritude…

N’est-ce pas la profession de foi

qu’elle formule sur ce disque,

produit par l’un de ses complices,

le batteur Moses Boyd, lui-même

britannique d’origine antillaise ?

La trentenaire s’en tient

d’abord à évoquer les aspects

instrumentaux de ce disque qui

a de quoi surprendre. On pourrait

presque parler d’un virage à

180 degrés tant elle nous avait

habitué à un jazz plutôt classique,

saupoudré de néo-soul, ponctué

de mélodies éthérées. Place

aux lignes de basses charnues

et aux rythmiques déchaînées

dignes de soirées sound system,

où dub et reggae règnent en

maître. Sans compter quelques

salves de calypso. « Je tenais à

des rythmiques spécifiquement

caribéennes et à des harmonies

vocales propres à la musique

que j’écoutais plus jeune. »

Cette musique trouve sa source

en Jamaïque, île des Grandes

Antilles dont sont originaires ses

parents. Gregory Isaacs, Junior

Murvin, Ken Boothe, The Congos,

The Abyssininans ou encore les

crooners et divas du rocksteady.

« Célébrer mes origines était un

processus inconscient. D’ailleurs,

mis à part les reprises, les paroles

me sont venues en tête bien plus

tard. »

Diaspora afro-caribéenne

Sur “Arise”, elle reprend

notamment Peace Begins Within

de la chanteuse Nora Dean

et Fisherman du groupe The

Congos. Mais contrairement à

son admirable reprise du Police

And Thieves de Junior Murvin

dans son précédent disque, les

arrangements ne donnent pas

tout à fait la primeur au jazz. À

cela s’ajoutent des originaux

aux titres évocateurs comme

Fussin’ And Fightin’, Riddim,

Freedom Chain ou encore Ode To

Kumina – le kumina étant une

musique du folklore jamaïcain

importée par les esclaves du

peuple Congo. « J’ai dans

l’idée de monter une comédie

musicale autour du folklore

jamaïcain. Mes recherches m’ont

notamment menée vers la culture

traditionnelle qu’est le kumina.

Elle occupe une large place

dans l’histoire de la Jamaïque.

Je pense notamment à la traite

négrière dont les conséquences se

font encore sentir aujourd’hui. »

On y arrive… « Je n’étais pas

certaine de ce sur quoi je voulais

écrire mais en prêtant attention à

ce qui se passe autour de moi, en

regardant ce à quoi la diaspora

afro-caribéenne est confrontée

en Europe, j’en suis arrivée à ces

paroles qui disent quelque chose

de notre société et du monde

dans lequel on évolue. » Nous y

voilà... Zara McFarlane est bien

forcée d’admettre qu’elle en est

à une vibrante exploration de sa

négritude à l’instar de ses pairs

et complices sur “Arise” comme

Moses Boyd, Binker Golding ou

Shabaka Hutchings (qui fait office

de clarinettiste sur le morceau

Silhouette). « Nous glorifions

naturellement ce que nous

savons et ce que nous sommes.

Aussi, si le jazz appartient

aux Africains-Américains, ses

racines se reflètent dans la

musique caribéenne. Après tout,

le ska n’est-il pas le jazz de la

Jamaïque ? »

Une ode aux Caraïbes

C’est dans la banlieue de Londres,

à Dagenham, qu’a grandi Zara

McFarlane au sein d’une famille

nombreuse. Chez elle, la musique

s’écoute plus qu’elle ne se joue.

Mais dès l’âge de huit ans, elle

prend des cours de piano, de

danse, de théâtre avant de se

lancer dans le chant. Après des

études consacrées à la musique

populaire à l’Université de West

London, cette inconditionnelle de

Sarah Vaughan et Nina Simone se

met en tête d’étudier le jazz. Elle

entre alors à la Guildhall School

of Music & Drama de Londres où,

d’ailleurs, elle rencontre son futur

saxophoniste Binker Golding. Elle

est alors membre de Tomorrow’s

Warriors, sorte de programme

éducationnel dédié au jazz. Avec

ce collectif, elle multiplie les jam

sessions au Jazz Cafe de Londres.

À ses côtés, le batteur Moses

Boyd et le pianiste Pete Edwards,

crédité sur l’ensemble de ses

disques. Elle rejoint également

Jazz Jamaïca, un big band de

reggae et de ska jazz qui lui

donne l’occasion d’accompagner,

sur scène, le trompettiste sudafricain

Hugh Masekela. Autant

dire qu’avant sa rencontre avec

Gilles Peterson, Zara McFarlane a

déjà quelques faits d’arme plutôt

notables à son actif. C’est quand

elle enregistre un premier EP en

2010 qu’elle attire l’attention du

boss de Brownswood. Quelques

mois suffiront pour qu’il la signe

sur son label et que son premier

album sorte dans les bacs. « Je

n’en revenais absolument pas.

J’étais aussi terrifiée qu’excitée. »

Depuis, la chanteuse a fait du

chemin et ajoute quelques cordes

à son arc. Comme son intégration

à la Royal Shakespeare Company

en tant que chanteuse, pour

un spectacle inspiré par la

pièce Antoine & Cléopâtre dont

la musique est signée Laura

Mvula. « Je considère que tous

mes disques sont une ode aux

Caraïbes mais l’auditeur ne le

perçoit peut-être pas. » En ce qui

concerne ce dernier album, cela

ne fait aucun doute. • KATIA TOURÉ

CD “Arise” (Brownswood).

46 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


compositeur allemand. Ce qui

distingue cependant son travail

des autres, c’est l’étonnante

fusion entre sa manière et l’esprit

du compositeur, qui balance

entre la guitare façon jazz

pastoral des années 1970 et la

musique baroque, en privilégiant

le contrepoint. Laurent Blondiau,

bien connu depuis sa présence

au sein du MégaOctet d’Andy

Emler, apporte une touche

bienheureuse de tiraillement.

Sans jamais verser dans le horspropos,

ses improvisations strient

le répertoire, lui apposant des

phrases zigzagantes qui peuvent

parfois davantage évoquer le

contrepoint de la Seconde Ecole

de Vienne, incarnée par Webern.

• LUDOVIC FLORIN

Laurent Blondiau (tp), Gábor Gádo

(elg). Bruxelles, 8-9 mars 2017.

Alexandra Grimal

Kanku

1 CD ONJ Records / L’Autre Distribution

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté.

Beaucoup de

variété dans cet

album composé

de multiples

séquences comme des étoiles

appelées à disparaître pour en

faire naître d’autres – définition

de Wikipedia pour la supernova

reproduite à l’intérieur du

digipack et lue par Alexandra de

sa voix enfantine trois minutes

et demie après l’extinction de la

dernière plage. La saxophonistecompositrice

en appelle d’abord

aux oiseaux, puis entre avec sa

voix sur un genre de méditation

sonore avant que son saxophone

énergique et feutré n’emporte

la décision et l’adhésion. La

leader, soutenue pour ce projet

par l’ONJ, a choisi la formule

du trio à configuration variable

(solo-duo-trio). On avance hors

des sentiers battus et plutôt

sur le chemin de la Voix lactée

(ô sœur lumineuse), où les

miaulements, les tapotements,

les surgissements parfois

violents d’une musique des

sphères électrifiée sont un

support favorable à l’émergence

de la rêverie. Je ne sais pas si

le kanku qui sert d’appellation

à cette aventure fait référence

à la gestuelle saccadée et

géométrique d’une figure ainsi

nommée du karaté (Alexandra

est très concernée par l’Orient).

Mais son album est ouvert à tous

les inattendus et déclenche les

inentendus, au-delà des genres,

des frontières, des continents, des

planètes, des galaxies. Un espace

du dedans démesurément libre. •

FRANÇOIS-RENÉ SIMON

Alexandra Grimal (ts, voc, appeaux),

Sylvain Daniel (elb), Eric Echampard

(dm). Orléans, studio Csolfa, 2017.

Danny Grissett

Remembrance

1 CD Savant / Socadisc

Nouvauté. Un pied dans

la tradition, l’autre dans

la modernité, et même la

postmodernité. Tel apparaît

Danny Grissett dans cet album

où ses partenaires, en particulier

Dayna Stephens, sont mus

par une conception esthétique

semblable à la sienne. S’agissant

du saxophoniste, l’une des

révélations de ces dernières

années, son album “The

Nepenthetic Place” (Sunnyside,

2013) révélait à la fois son

ancrage dans la lignée des grands

aînés et sa capacité à se projeter

dans un futur dont sa brillance

dessine déjà les contours. Il suffit,

du reste, de jeter un œil (et une

oreille) sur ses collaborations,

d’Ambrose Akinmusire à Gerald

Clayton en passant par Tom

Harrell ou la chanteuse Gretchen

Parlato, pour juger de son

éclectisme. Son discours est

empreint de cohérence, tant au

ténor qu’au soprano. Grissett,

pour sa part, alterne piano et

Fender Rhodes, créant, sur ce

dernier instrument, des climats

évanescents (Renatus). Au piano,

il fait montre d’une technique

éprouvée et d’une audacieuse

subtilité harmonique. Son jeu,

succession de développements

véloces à la Peterson et de block

chords, lui permet d’exprimer les

sentiments les plus divers, de

l’allégresse de Woody’n You et

du monkien Gallop’s Gallop à la

rêverie suggérée par Prelude To A

Kiss, en passant par la nostalgie

de Lament For Bobby. Une variété

d’inspiration caractéristique de

ce disque dont le titre se prête à

plusieurs niveaux d’interprétation.

• JACQUES ABOUCAYA

Danny Grissett (p, Rhodes), Dayna

Stephens (ts, ss), Vicente Archer

(b), Bill Stewart (dm). Brooklyn,

System Two Recording Studio,

19 avril 2017.

SUITE PAGE 48

LES NOUVEAUTÉS CRISTAL RECORDS

HERVE SAMB

« TERANGA »

Avec Teranga, Hervé Samb présente son concept

Jazz Sabar”. Ici la danse sénégalaise offre l’hospitalité

au jazz, et le sabar, percussion typique

locale, révèle la vitalité contemporaine de la musique

africaine. Une invitation à des allers-retours

entre tradition et modernité, servie par une pléiade

de jeunes talents et des artistes éternels.

Sortie LE 9 FÉVRIER

Concert de sortie LE 13 FÉVRIER

au STUDIO DE L’ERMITAGE (Paris)

KORA JAZZ TRIO

« PART IV »

Malgré d’évidents liens historiques entre le jazz et

la musique traditionnelle africaine peu de projets

réussissent la fusion de ces musiques…. Pionnier

du genre, le Kora Jazz Trio revient avec un sixième

album réalisé par l’éclectique Eric Legnini.

Sortie LE 16 FÉVRIER

Concert de sortie LE 15 MARS

au NEW MORNING (Paris)

& EN TOURNÉE EN FRANCE

LOUIS SCLAVIS / BERNARD LUBAT

« IMPULS »

Comme sur le précédent album de la collection

« les dialogiques d’Uzeste » avec Sylvain Luc et

comme sur le suivant auquel participera Michel

Portal, ce duo « Impuls », respire le désir du large,

l’énergie du « dépassement de soi ».

Sortie LE 23 MARS

SEBASTIEN TEXIER & CHRISTOPHE MARGUET 4TET

« FOR TRAVELLERS ONLY »

Avec François Thuillier au tuba et Manu Codjia à

la guitare ces musiciens aux personnalités fortes

forment un orchestre original profondément enraciné

dans le jazz mais parfaitement ancré dans

notre époque actuelle, qui offre une musique libre

et ouverte, résolument tournée vers l’avant.

Sortie LE 6 AVRIL

Concert de sortie LE 9 JUIN

au TRITON (Les Lilas - 93)

« THE EXTRAVAGANT MISTER GILLESPIE :

SMALL GROUPS – BIG BANDS – LATIN

DIZZY »

3 cds et un livret concoctés

par CLAUDE CARRIÈRE

DANS LES BACS

DISTIBUTION SONY MUSIC ENTERTAINMENT

WWW.CRISTALRECORDS.COM

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 47


les ch cs

CHOC

magazine

Didier Petit

D’Accord

1 CD Rogue Art / rogart.com

NOUVEAUTÉ. On ne va pas en

Chine, on ne goûte pas au vide et

à l’impesanteur sans éprouver une

nécessité, celle de désirer l’infini,

les confins du néant et la légèreté

d’être, la musique comme un point

de ralliement.

Depuis que Didier Petit s’est transporté

en Chine, en 1999, puis dans un

Airbus A310 Zéro Gravité, en 2015, le

violoncelliste improvisateur jazzsuperman

déclare être devenu « différemment

le même ». Cette nuance subtile, on

l’entend, et on pourrait dire qu’on

la voit et la touche, dans son disque

enregistré à Pékin, dernière aventure d’un

instrumentiste seul, ou presque ; dernières

faces d’une tentative cosmogonique pour

partager l’ailleurs, les sons de l’ailleurs,

cette utopie vécue par un musicien libéré

des contraintes, affranchi de l’espace et

de ses frontières mais toujours connecté

au monde de la mondialité, joyeuse et

endommagée, endommagée de plus

en plus. Commentant cette expérience

sensible, il dit avoir réalisé l’accord, la

concordance de l’être et du vide. Didier

Petit est d’accord avec l’idée, le souffle

d’une idée, son battement, qui est de se

ressentir rien et tout à la fois. C’est toute

la puissance métaphysique, métasonique

de cette gravure fixée en Chine, dans un

lieu, La Plantation, ouvert aux vents de

l’instant et donc à des voix mêlées aux

envols du violoncelliste, à ses accents de

rage et de douceur, d’humanité convulsive

et apaisée ; à des montées de larmes,

à des éclats de lumière et de gaîté ; des

gravités non graves, aériennes, délicates,

gracieuses, labyrinthiques, planantes. En

accord avec tous les accents du monde,

le mandarin et le français surtout, tous

les murmures et soupirs, toutes les

désolations et espérances, en appel,

en rappel de ce qui semble petit mais

immense, comme de vouloir la Lune et

d’en fouler le sol. • GUY DAROL

Didier Petit (violoncelle, cosmocelle, voc,

comp, public). Pékin, La Plantation,

26-27 novembre 2016.

François

Bourassa

Quartet

Number 9

1 CD Effendi / Naxos

NOUVEAUTÉ. Un choc, un vrai, qui

vous surprend parce que vous ne

vous y attendiez pas. Un choc,

un vrai, parce qu’à la réécoute le

sentiment d’hébétude ne faiblit pas.

Un choc, un vrai, quand la musique

possède tant de qualités.

Déjà le neuvième album pour le pianiste

montréalais François Bourassa, entouré

d’une équipe soudée depuis 2002. Une

telle longévité d’existence se perçoit dans

l’épaisseur de la musique. Chacun est

à sa place, sait parfaitement le rôle qu’il

doit jouer dans la mécanique à rouages

précis imaginée par le leader. La pièce

d’ouverture, révérence à Carla Bley et

Stockhausen, époustoufle d’emblée.

Une énergie folle, une écriture dense et

nourrissante, des solistes de haut niveau.

La suite du disque continue de planer

dans les hauteurs. L’expression peut se

faire parfois très noire (d’un noir dense et

profond sur Frozen), extraordinairement

énergique (Lostage) ou très fine et

sensible, en un équilibre entre évidence

et abstraction tout à fait convaincante et

stimulante (18, rue de l’Hôtel de ville). Si

tous les musiciens se révèlent excellents,

je dois avouer mon faible pour le

saxophoniste André Leroux, sorte de Steve

Grossman contemporain des grands jours.

Quant au leader, je goûte particulièrement

ses stimulantes compositions : lignes

mélodiques striées, structures variées,

orchestration de groupe, etc. Voilà un

disque qui confirme d’une part que

les scènes canadiennes mériteraient

davantage d’attention en France, d’autre

part qu’il est urgent de découvrir de

ce côté-ci de l’Atlantique le François

Bourassa Quartet ! • LUDOVIC FLORIN

André Leroux (ts, fl, cl), François Bourassa

(p), Guy Boisvert (b), Greg Ritchie (dm).

Montréal, Studio PM, 19-21 juin 2017.

Raphaël Imbert

Music Is My Hope

1 CD Jazz Village / Pias

NOUVEAUTÉ. Voici un disque fou,

inclassable, survolté. Un petit

miracle qui ne cesse de tourner sur

ma platine depuis une dizaine de

jours. J’ai l’impression que Raphaël

Imbert s’est installé dans une église,

a invité deux chanteuses (Aurore

Imbert et Marion Rampal) puis a

ouvert les bras.

Le disque remonte aux sources de

la musique noire (spirituals, protest

songs, blues) mais pour en faire sentir

la dimension universelle. D’ailleurs, le

premier morceau du disque n’est pas un

spiritual à proprement parler, même s’il

est traité comme tel. Il s’agit d’un chant

composé en Allemagne vers 1934-35 par

les premiers déportés puis repris pendant

la guerre d’Espagne. Dans le même ordre

d’idée, on trouvera dans ce disque un

magnifique chant occitan, Vaqui lo polit

mes de mai (Voici le joli mois de mai),

traité comme un gospel. Le disque repose

sur deux piliers très solides, le chant

(Aurore Imbert et Marion Rampal, auteure

il y a quelques mois d’un très beau

disque Main Blue, un retour aux sources

qui n’est pas sans lien avec ce projet)

et le saxophone aylérien c’est-à-dire

écorché, tendu, tempétueux, carbonisé de

tendresse de Raphaël Imbert (également

à la clarinette basse). Je pourrais ajouter

un troisième pilier, celui des guitares,

qui instillent un son contemporain, et se

marient merveilleusement avec le reste.

La version brûlante et possédée de Didn’t

My Lord Deliver Daniel (de Paul Robeson),

dont les paroles disent « Seigneur, toi qui

as délivré Daniel de la fosse aux lions/ et

Jonah du ventre de la baleine/ pourquoi

n’avoir pas libéré tous les hommes ? »)

montre que finalement spirituals et protest

songs se rejoignent. Un grand disque

furieux et tendre. • JEAN-FRANÇOIS MONDOT

Raphaël Imbert (ts, bcl), Pierre Durand

(elg), Thomas Weirich (elg), Pierre-François

Blanchard (cl), Jean-Luc Di Fraya (dm),

Aurore Imbert, Marion Rampal (voc). Paris,

mai 2017.

Minnie Riperton

Perfect Angel : Deluxe

Edition

2 CD Capitol / Universal

RÉÉDITION. En 1974, la soulwoman

Minnie Riperton entrait dans une

nouvelle dimension artistique

grâce à l’apport décisif d’un multiinstrumentiste

et producteur nommé

Stevie Wonder. “Perfect Angel”, le

fruit de leur collaboration, vient d’être

réédité en version Deluxe.

Avant de passer à la postérité avec cet

album essentiel auréolé de Lovin’ You,

ballade céleste coécrite avec son mari

Richard Rudolph, Minnie Riperton s’était

faite connaître dès la fin des années

1970 au sein de Rotary Connection,

combo chicagoan aux saveurs musicales

psychédéliques et métissées, entre soul,

rock et gospel. Son premier album,

“Come To My Garden”, disparut vite

des radars. Ce qui ne fut pas le cas

de “Perfect Angel”, petit miracle de

perfection fragile tout en tendresse et

sensualité. En 1974, Stevie Wonder était

au sommet de son art, et cela s’entend

partout, tout le temps : il excelle au

piano électrique, mais aussi à la batterie,

devenant ainsi l’un des sidemen de son

propre groupe, Wonderlove, réquisitionné

pour les séances d’enregistrement. Ses

compositions (la chanson titre, Take A

Little Trip) sont à la hauteur de celles qui

figuraient alors sur ses disques. Côté

inspiration, Minnie Riperton et Richard

Rudolph s’étaient mis au diapason. Cette

édition comprend un CD riche de dix

passionnantes versions alternatives, dont

une de Don’t Let Anyone Bring You Down,

qui figurera in fine sur “Adventures In

Paradise”, l’autre classique seventies de

cette regrettée vocaliste à la voix d’ange.

Un ange parfait. • NOADYA ARNOUX

Minnie Riperton (voc), Stevie Wonder

(elp, hca, voc), Hubert Laws (fl), Marlo

Henderson, Michael Sembello, Richard

Dudolph (elg), Reggie McBride (elb), Ollie

E. Brown (dm), Rocky Dzidzornu (perc),

Shirley Brewer, Lani Groves, Diniece

Williams, Yvonne Wright (voc). Los Angeles,

Record Plant, 1974.

48 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


Camille Bertault

Pas de géant

1 CD Okeh / Sony Music

NOUVEAUTÉ. Révélée via les réseaux sociaux grâce à sa

relecture vertigineuse de Giant Steps de John Coltrane,

Camille Bertault confirme tous les espoirs placés en elle

avec ce second album produit par Michael Leonhart.

Technique sans faille, phrasé funambule, précision d’orfèvre,

scat papillonnant : Camille Bertault est une surdouée. Et si Mimi

Perrin, Jon Hendricks et Al Jarreau auraient sans doute été fiers

d’elle, c’est parce qu’elle l’a, ce tout petit supplément dame,

cette douce folie artistique qui fait toute la différence, entre

gouaille et sophistication. Cette jeune femme n’est pas seulement

une vocaliste hors-norme mais aussi une interprète capable

de réinventer sur le chant un tube sixties de François Hardy

(Comment te dire adieu, dont chaque mot est sensuellement

étiré), un classique fifties de Georges Brassens (Je Me Suis

Fait Tout Petit, cette chanson d’homme qu’elle féminise avec

ce qu’il faut de distance et de rieuse insolence), un délire

nineties de Brigitte Fontaine (Conne, où elle tutoie comme par

ricochet les cimes du délire façon Catherie Ringer). Et quand

cette mademoiselle sans gêne ne s’accorde pas toutes ces

libertés sur paroles, elle ajoute ses propres vers, pas piqués des

hannetons, sur des musiques de Maurice Ravel (incroyable Arbre

Ravéologique), Jean-Seb’ Bach (ahurissant Goldberg en duo avec

son alter ego Dan Tepfer), Wayne Shorter (Casa De Jade, avec

vocaux subtilement démultipliés) et, bien sûr, John Coltrane dans

Là Où Tu Vas, son petit bateau ivre à elle qui fend les flots de

Giant Steps. Sans oublier de signer des pop songs séduisantes

(Nouvelle York) et un mini-opéra allumé (Comptes De Fées).

Attention, une étoile est née. • FRÉDÉRIC GOATY

Camille Bertault (voc), Michael Leonhart (tp, bu, org, cla, perc),

Matthias Malher (tb), Stéphane Guillaume (cl, bcl, fl, as), François

Salque (cello), Daniel Mille (acc), Dan Tepfer (p), Christophe “Disco”

Minck (elb), Joe Sanders (b), Jeff Ballard (dm). Paris, Studio de la

Seine, du 2 au 10 mars 2017.

Pierre De

Bethmann Trio

Essais / Volume 2

1 CD Aléa / Socadisc

NOUVEAUTÉ. D’un éclectisme aussi

improbable que surprenant, Pierre

De Bethmann et son trio font une fois

encore un grand écart, du Miss Ann

d’Eric Dolphy au Belle Ile En Mer,

Marie Galante de Laurent Voulzy.

Deux ans ont passé et d’évidence, Pierre

de Bethmann, Romano, et Rabeson, dont

la relation musicale fusionnelle ne semble

jamais s’être dissipée, œuvrent à nouveau

sans calcul, seulement guidés par le

désir et le plaisir de réimaginer. Purement

acoustique (le pianiste délaisse pour un

temps son Fender Rhodes), le trio multiplie

les audaces, explorant d’une approche

spontanée cet éventail harmonique si vaste,

qu’il transpose avec justesse de figures

classiques en singulières, au gré de leurs

intuitions. C’est ainsi une succession de

toiles sonores souvent imprévisibles, aux

trames fluides mais toujours lisibles, qui

se dessinent comme autant de fugaces

esquisses aux impressionnistes éclats.

Le pianiste exprime ici, dans toute sa

plénitude, la finesse et la limpidité d’un

jeu constamment en mouvement, donnant

fréquemment l’impression de se dédoubler,

tout en prenant soin d’occuper naturellement

l’espace avec le sens de l’équilibre et du

partage. Témoin par exemple, cet intense

Chant des Partisans, dont le pianiste met

à nu le corps mélodique, qu’il détourne

vers une saisissante mélancolie à la

tonalité claire/obscure. Il l’accompagne

à main gauche d’ostinatos aux tonalités

graves, soulignés par les profondeurs

minimales de la contrebasse. Puis, évoluant

progressivement vers un long intervalle

d’échanges improvisés, l’élan commun

des trois musiciens nous emporte, pour

atteindre alors des merveilles d’inventions.

Immanquables retrouvailles d’un trio que

l’on espère ardemment revoir sur scène. •

JEAN-PIERRE VIDAL

Pierre De Bethmann (p), Sylvain Romano

(b), Tony Rabeson (dm). Pompignan, Recall

Studio, 27 et 28 juin 2017.

Sinne Eeg

Dreams

1 CD Stunt / UVM

NOUVEAUTÉ. Quelques concerts dans

des clubs parisiens et des festivals

français ainsi qu’un Prix du Jazz

Vocal à l’Académie du Jazz en 2014 à

la surprise générale ont fait que l’on

commence enfin à connaître en France

cette superbe chanteuse danoise dont

nous avons salué ici les trois derniers

disques.

Après huit albums enregistrés avec des

musiciens scandinaves parmi les meilleurs,

Sinne Eeg, qui chante régulièrement

aux Etats-Unis, a choisi une rythmique

américaine pour l’accompagner mais a eu

aussi l’excellente idée d’emmener avec elle

au fameux studio Systems Two son fidèle

et excellent pianiste Jacob Christoffersen.

Histoire, sans doute, de préserver une

complicité de longue date avec un musicien

qui connaît tout d’elle et de ne pas opérer de

rupture avec son passé musical. Pari réussi

pour une chanteuse qui ne subordonne pas

son art à la quête de nouveaux marchés. On

retrouve donc le style qu’elle a forgé au fil

des ans, fait d’une souplesse rare alliée à

un sens inné du rythme. Et ce swing parfois

intérieur habite autant les morceaux de

sa plume (The Bitter End, titre au parfum

soul qui ouvre l’album, ou Aleppo dont

l’articulation et le sens tragique pourraient

faire penser à Youn Sun Nah) que les

standards qu’elle sait choisir (superbe What

Is This Thing Called Love, occasion d’un bel

échange entre Scott Colley et Joey Baron,

et délicieux I’ll remember April). Le naturel

de ses quelques scats qui ne sont jamais

des passages obligés montre combien Sinne

Eeg est une musicienne accomplie (elle est

également saxophoniste à ses heures) et

la finesse de grain d’une voix qu’elle n’a

jamais besoin de forcer constitue la cerise

sur le gâteau. « J’essaie de privilégier la

spontanéité, l’improvisation et le sentiment

de joie pure qui m’anime quand je chante ».

Tout est là ! • PHILIPPE VINCENT

Sinne Eeg (voc), Jacob Christoffersen (p),

Larry Koonse (elg), Scott Colley (b), Joey

Baron (dm). New York, janvier 2017.

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 49


le guide

CHOC

magazine

FOCUS

MPS

Nouvelle série de rééditions du label allemand culte

MPS : digipacks façon pochettes de 33-tours et

remastering soigné en bonus.

A tout chanteur, tout honneur. Et

quand il s’agit de Mark Murphy,

on s’incline : “Midnight Mood”

(1967) [CHOC] est sans doute son

meilleur disque avec “Sings”.

Accompagné

par une version

réduite (en

octette) du Kenny

Clarke Francy

Boland Big Band,

ce merveilleux

styliste qui

a toujours su faire rimer

romance avec élégance revisite

une poignée de classiques

inoxydables. Swinguissime

version de Jump For Joy,

abordé a cappella par la

face émotionnelle, touchante

relecture d’I Get Along Without

You Very Well d’Hoagy

Carmichael en duo piano/voix

avec Boland. Mon tout mélangé

avec des originaux d’excellente

facture, tels le crépusculaire

Hopeless, le subtilement latin

Sconsolato ou le dansant Just

Give Me Time.

Le chant est aussi

à l’honneur dans

“In Tune” (1971)

[✪ ✪ ✪ ✪] du Trio

d’Oscar Peterson

+ The Singers

Unlimited. Les

harmonies

vocales ensoleillées de Bonnie

Herman, Len Dresslar, Don

Shelton et Gene Puerling

préfigurent celle de Take 6 et

s’accordent en douceur avec

le trio du maître canadien,

sur des standards certifiés (It

Never Entered My Mind, The

NEWS

Shadow Of Your Smile...) ou des

instrumentaux “en chantés” du

plus bel effet – dans Children’s

Game, le piano volubile contraste

avec les envolées rêveuses de

scat démultiplié du quartette.

Passé les touches funky et

psychédéliques de Zoom, qui

ouvre le “Spectrum” (1971)

de Volker Kriegel, guitariste

allemand pionnier du jazz-rock,

on s’ennuie un peu. La faute à la

raideur de la section rythmique

et, à un degré moindre, au son de

piano électrique moyennement

délectable de John Taylor, qu’on

retrouve plus à son avantage

dans “Decipher” (1973) [✪ ✪ ✪ ✪]

en trio avec deux autres piliers du

jazz britannique,

Chris Lawrence

(b) et Tony Levin

(dm). Dans une

esthétique qu’on

peut aisément

situer dans celle

du chef-d’œuvre

de Chick Corea, “Now He Sings,

Now He Sobs”, John Taylor,

alors âgé de trente et un ans,

commençait d’affirmer un style

généreux, maîtrisé, un toucher

subtil et puissant qui gagnera

encore plus en profondeur par

la suite. Enfin, on retrouve dans

premier album MPS de Monty

Alexander, “Here Comes The

Sun” (1971), tout ce qu’on aime

chez le pianiste jamaïcain :

fermeté et vivacité, swing rieur,

quelque part entre Oscar Peterson

et Ahmad Jamal, mais rien de

prondément original, si ce n’est

sa version très plaisante de So

What de Miles Davis. • JULIEN FERTÉ

Beau planning de sorties pour ONJ Records : le 2 mars, “Voyage imaginaire

dans les ruines de Detroit” du groupe Palimpseste du bassiste Sylvain Daniel

(Laurent Bardainne, saxophone ténor, Manuel Peskine, piano et Fender Rhodes,

Mathieu Penot, batterie, en concert le 3 avril à Banlieues Bleues 2018). Le 30

mars, “Animal” du tromboniste Fidel Fourneyron avec Joachim Florent à la

contrebasse et Sylvain Darrifourcq à la batterie. Le 27 avril, “Rebirth Reverse”

(réédition en double vinyle de “Rebirth” paru en mai 2016 + “Reverse”, version

acoustique de “Rebirth”) du trompettiste Fabrice Martinez et son combo

Chut ! (Fred Escoffier, piano et claviers, Bruno Chevillon, contrebasse et basse,

Éric Echampard, batterie) et “ONJ Concert Anniversaire 30 ans // Jazz à la

Villette” (coffret CD et DVD du concert donné le 2 septembre 2016 à la Cité de la

Musique pour les trente ans de l’ONJ) •

John Gruntfest &

Greg Goodman

In This Land All The Birds Wore

Hats And Spurs

The Beak Doctor

1 LP ou téléchargement / thebeakdoctor.bandcamp.com

Nouveauté. Ce label pionnier dans

la documentation des musiques

improvisées de la Côte Ouest est

né en 1978 à l’initiative de Greg

Goodman, Larry Ochs et Henry

Kaiser. En sommeil depuis des

années, voilà qu’il resurgit avec

deux vinyles somptueusement

édités. Animateur depuis quarante

ans d’une salle vouée à l’avantgarde

à Berkeley, Goodman a

partagé la scène avec John Cage,

Evan Parker, Wadada Leo Smith,

Mats Gustafsson ou Lukas Ligeti.

Paraissent aujourd’hui un duo inédit

avec Derek Bailey enregistré en

1992, et le titre dont il s’agit ici,

qui couple une face enregistrée en

1984 à une autre datée de 2008.

L’influence des minimalistes (Pure

Mind) et de formes venues d’Asie

(Great Bird, pièce-maîtresse du

disque) se font sentir, la musique

se présentant comme une suite

de variations autour de motifs

répétitifs en enfilade et donnant un

sentiment d’inexorabilité cosmique

comparable à une marée montante.

On peut aussi penser à certaines

plages de Pharoah Sanders du

milieu des années 70, à travers

le lyrisme du saxophoniste, sans

l’étaiement d’une section rythmique

et avec une prise de son plus

artisanale. Une pièce en trois parties

occupe la deuxième face. L’état

d’esprit demeure mais l’humeur y

est plus fébrile et grinçante, plus

variée aussi avec du piano préparé.

Edition limitée à 100 exemplaires.

• DAVID CRISTOL

John Gruntfest (ts), Greg Goodman

(p). Berkeley, Woody Woodman’s

Finger Palace, 1984-2008.

Tom Guarna

The Wishing Stones

1 CD Destiny Records / destinyrecordsmusic.com

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté.

Apprécié et

distingué par ses

pairs aux Etats-

Unis – il a joué

avec notamment Chick Corea,

Wallace Roney, Mark Turner

et Branford Marsalis, et s’est

vu “nominer” aux Grammy

Awards –, Tom Guarana s’est

offert une équipe de luxe pour

son septième album : John

Patitucci, Brian Blade et Jon

Cowherd – l’autre co-fondateur

de Fellowship. Un écrin sur

mesure où s’épanouissent les

compositions du guitariste et

son toucher très particulier,

subtil mélange de tradition et

de modernité, cet ancien élève

de John Abercrombie citant

volontiers parmi ses influences

Jim Hall, Barney Kessel, mais

aussi Allan Holdsworth et John

Scofield. Que ce soit en son clair,

saturé ou même synthétique, son

phrasé, à la fois souple, fluide,

précis et lumineux, conquiert

immédiatement par ses envolées

inspirées, toujours lisibles et

chantantes, d’autant qu’elles sont

remarquablement mises en valeur

par des compagnons sensibles,

toujours à l’écoute – Blade et

Patitucci forment une rythmique

impeccable. Quant aux thèmes

de Guarna, sans être d’une folle

audace, ils séduisent par leur

raffinement et leur esprit, dans la

lignée des maîtres précités et des

réalisations de Kurt Rosenwinkel,

avec un savant mélange de swing

à l’ancienne, de jazz fusionnant

à la Metheny et de productions

ECM. Un disque riche et plaisant.

• FÉLIX MARCIANO

Tom Guarna (elg), Jon Cowherd

(p, elp), Jon Patitucci (b), Brian

Blade (dm). New York, studio Sear

Sound, 2 et 3 mai 2016.

Roger Guérin

Le Formidable Roger Guérin

1 CD Fresh Sound / Socadisc

✪ ✪ ✪ ✪

Réédition. Alain Tercinet décédé,

nous ne pouvions plus compter

que sur Jordi Pujol pour nous

livrer et commenter ces belles

pages du jazz français écrites par

le grand soliste Roger Guérin, ici

évoquées entre 1951 et 1958 au

fil de six séances. En 1951, au

sein du quintette de James Moody

(ici d’un alto parkérien introverti),

Guérin est déjà la promesse de ce

qu’il sera dès 1954 (auprès d’un

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informatique et libertés du 06/01/78, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier et vous opposer à leur

transmission éventuelle en nous écrivant.

JZ0149


le guide

Jimmy Raney au sommet de son

art), le trompettiste interprétant

les leçons laissées par Clifford

Brown lors de son séjour parisien

de 1953, avec une délicatesse

de propos et de phrasé tant sur

l’up tempo que dans la ballade.

En juillet 1956, à Raymond Fol et

Maurice Vander entendus dans

les séances précédentes succède

Martial Solal pour la première

séance sous son nom de Guérin

(qui restera fidèle au pianiste, du

Jazz Groupe de Paris au big band

des années 1980). On retrouve

le trompettiste la même année

au sein du quartette de Christian

Chevallier, en 1958 à la tête

d’un Roger Guérin-Benny Golson

Quintet (avec Bobby Timmons) et à

la tête d’un quintette comprenant

Solal et le vibraphoniste Michel

Hausser. Sans atteindre le niveau

atteint avec Raney, de bien belles

faces tout de même en fort bonne

compagnie d’un trompettise qui

nous manque. • FRANCK BERGEROT

Personnels mentionnés ci-dessus

plus Pierre Michelot ou Jean-Marie

Ingrand (b), Pierre Lemarchand,

Jean-Louis Viale ou Christian

Garros (dm), D. Rivera (cga).

Détails dans le livret illustré de

photos de Jean-Pierre Leloir.

Tom Harrell

Moving Picture

1 CD High Note / Socadisc

Nouveauté. Après avoir

expérimenté ces dernières années

diverses formations élargies –

dont récemment un quintette à

deux trompettes avec Ambrose

Akinmusire –, Tom Harrell prend le

contre-pied de cette démarche en

enregistrant pour la première fois

depuis 1991 (!) un album dans la

formule classique du quartette,

entouré d’une rythmique de

fidèles compagnons. Une forme

de retour aux fondamentaux,

donc, où affleurent plus d’une fois

les racines hard bop de celui qui

fit ses débuts au côté d’Horace

Silver. Mais pas seulement : sur

les mélodies acidulées d’Apple

House et Different Clouds, le

trompettiste surprend ainsi en

doublant ses parties à l’unisson

par le procédé du double-tracking,

d’ordinaire réservé aux chanteurs

pop (cf. les Beatles). Quant à Gee,

A. Bee, avec son groove entêtant

rehaussé de percussions et

ses tournures bluesy, il n’est

pas sans évoquer un bon vieux

boogaloo. Enregistré en duo

acoustique avec le pianiste

Danny Grissett, Vibrer (en

français dans le texte) offre

un contraste saisissant avec

le reste de l’album, en même

temps qu’il en constitue le point

culminant : conçue comme une

longue suite essentiellement

écrite (sous la triple influence de

Bud Powell, La Nouvelle-Orléans

et Olivier Messiaen !), la pièce

maintient de bout en bout une

tension féconde qui fait honneur

aux talents de compositeur de

Tom Harrell. • PASCAL ROZAT

Tom Harrell (tp, bu), Danny

Grissett (p, elp), Ugonna Okegwo

(b), Adam Cruz (dm, perc).

Pompignan (Gard), Sound Music,

20-21 septembre 2016.

Jeff Herr

Corporation

Manifesto

1 CD Igloo / Socadisc

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. En 2014,

l’album “Layer Cake” de la

Jeff Herr Corporation donnait

un sacré coup de jeune à la

formule canonique du trio

saxophone/contrebasse/

batterie, en y infusant des

grooves contemporains d’une

redoutable efficacité. Avec ce

nouvel album, le batteur-leader

luxembourgeois poursuit dans

cette direction sans pour autant

s’y laisser enfermer ; car si le

rythme est toujours au cœur du

propos, on sent également ici

la volonté clairement affirmée

de laisser respirer davantage

la musique et de soigner les

compositions, qui prennent

souvent l’aspect de mini-suites

aux sections contrastantes.

L’un des grands charmes de

ce trio résulte de la tension

féconde entretenue entre

la précision chirurgicale du

tandem contrebasse/batterie

et le placement beaucoup plus

libre du saxophone tout à la

fois inventif et expressif de

Maxime Bender, qu’on pourrait

situer pour faire vite dans la

lignée d’un Chris Potter, avec

Livre

Guitaristes,

Volume 2

Ouvrage collectif

dirigé par Pierrejean

Gaucher

Outre Mesure, 155 p., 27 €

Il y avait donc un

volume 1 et depuis

quinze ans, quoique

ne pratiquant

que d’une guitare aussi sommaire (façon

Bobby Lapointe) que mes connaissances

théoriques, je m’y suis souvent plongé

pour examiner deux ou trois choses à la

compréhension desquelles mon métier

critique m’invitait. Et chaque visite dans

ces pages me faisait regretter de ne pas

disposer d’une seconde vie. Il en est déjà

de même en tournant les pages de ce

volume 2 où Gilles Réa nous fait découvrir

quelques stratégies harmoniques sur

le blues au fil de l’Histoire, où Sylvestre

Planchais nous initie à l’art du tapping, où

Eric Löhrer nous invite à une économie de

gestes et à une géographie plus naturelle

du manche, où Romain Pilon lève un coin de

voile sur la pensée et le geste de Jim Hall,

Peter Bernstein, Kurt Rosenwinkel et leurs

héritiers, où Thierry Vaillot nous emmène

dans les Balkans résoudre quelques

problèmes rythmiques et harmoniques, où

Pierre Perchaud nous incite à laisser tomber

le médiator, où Mathias Berchadsky nous

ouvre les portes du flamenco, où Pierrejean

Gaucher redécouvre pour nous l’utilité des

cordes graves et cordes à vide. Le tout

illustré de partitions et leurs tablatures,

ponctué de quelques exemples à retrouver

sur internet. Cerise sur le gâteau, une

leçon d’écoute “active” par Marc Ducret,

sur laquelle tout simple jazzfan devrait

se pencher et que ceux qui se pensent

musiciens ne devraient pas négliger.

• FRANCK BERGEROT

toutefois une expression plus

concentrée. Hasard ou non,

on retrouve d’ailleurs en invité

sur trois titres l’un des plus

fidèles compagnons de Potter

en la personne d’Adam Rogers,

dont la guitare – utilisée

comme une deuxième voix

mélodique plutôt que comme

un support harmonique –

apporte un élément de variété

appréciable. Seule reprise de

l’album, Same Girl de Randy

Newman accueille, sur fond

de contrebasse à l’archet et

de carillon, la voix caverneuse

de Lata Gouveia, entraînant

l’auditeur dans une ambiance

lugubre et décadente qu’on

n’attendait pas forcément. •

PASCAL ROZAT

Maxime Bender (ts, ss), Laurent

Payfert (b), Jeff Herr (dm) +

Adam Rogers (elg), Lata Gouveia

(voc). Tutange et Differdange

(Luxembourg), février et juin

2017.

André Hodeir

Essais (Complete Paris &

New York Sessions)

2 CD Fresh Sound / Socadisc

✪ ✪ ✪ ✪

Réédition. Outre l’album du

même titre paru sur Swing en

1954, ces “Essais” réunissent

“Le Jazz Groupe de Paris joue

André Hodeir” (Véga,1956),

“American Jazzmen Play André

Hodeir” (Savoy, 1957) et “Jazz

et Jazz” (Fontana, 1960). En

1954, on entend le compositeur

encore embarrassé d’ambitions

multiples, puis en 1956

préciser ses visées dans un

univers sonore encore très

marqué par le nonette de Miles

Davis. Si la reprise d’“Essais”

en 1957 par un prestigieux

personnel américain fut

décevante, le répertoire en est

enrichi notamment d’Alphabet,

11 minutes de solos et

de variations orchestrales

constamment renouvelées

sur le blues. En 1960, André

Hodeir joue encore de l’écrin

en sextette pour de fortes

personnalités autonomes

(Roger Guérin, Martial Solal)

tout en osant une polyrythmie

prémonitoire (Osymetrios), puis

52 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


LE GRAND RENDEZ-VOUS DE LA MUSIQUE

ET DES MUSICIENS

1/2/3 JUIN 2018

GRANDE HALLE

DE LA VILLETTE

PARIS

www.musicora.com

# musicora18

dolenc.fr Crédits photos : Shutterstock

Plus d’informations et billetterie

sur www.musicora.com


le guide

GROS PLAN

soumet son Jazz Groupe de Paris

(nonet) à deux longues suites

où s’accomplit la singularité

Hodeirienne : improvisation

simulée au profit d’une intense

interaction entre soliste et

orchestre (Jazz Cantata, avec

Christiane Legrand), atypicité

formelle et harmonique (Le

Palais idéal) annonçant le flux

continu d’Anna Livia Plurabelle.

À quoi s’ajoutent la performance

du flûtiste Raymond Guiot

sur l’improvisation simulée

harmonisée à cinq voix en rerecording

de Flautando et la

reprise de la bande magnétique

de Jazz et Jazz réalisée au

GRM en 1952, mais avec

Martial Solal au lieu de Bernard

Peiffer le soliste de la création.

Qui désormais s’attaquera

sérieusement aux grandes années

d’André Hodeir, des archives

inédites aux deux grandes suites

joyciennes Anna Livia et Bitter

Ending jamais rééditées sur CD ?

• FRANCK BERGEROT

Détails dans le livret de 12 pages

avec commentaires de Jordi Pujol

et liner notes d’origine d’Hodeir ou

Gunther Schuller.

Jo Jones

The Drums

2 CD Frémeaux & Associés / Socadisc

✪ ✪ ✪ ✪

Réédition. En 1973, Louis

Panassié enregistrait une leçon

de batterie donnée par Jo

Jones, figure clé de l’histoire

de la batterie, mais également

monument d’élégance musicale,

scénique et de charisme.

L’étudiant qui faisait l’acquisition

de ce double LP était en de

bonnes mains : détail des

parties de la batterie, roulement,

rim shot, différentes battues,

nuances et variations dans

l’accompagnement, démonstration

de solos constituent le premier

CD de la présente réédition qui

comprend quelques bonus. Le

deuxième CD couvre, en plus

complet, la séquence Drummers I

Met au cours de laquelle Jo Jones

visite les grands batteurs du jazz

hot au swing – Baby Dodds, Gene

Krupa, Sid Cattlet, Walter Johnson,

Sonny Greer, Manzie Campbell,

Chick Webb – et quelques figures

moins connues, voire restées

anonymes, mais qui marquèrent sa

pratique. Il n’oublie pas d’illustrer

quelques styles de tap dancers

du bout de ses baguettes. Le LP

se terminait par un duo avec le

pianiste Willie “The Lion” Smith sur

Sweet Sue qui a été remplacé par

Caravan avec Milton Buckner à

l’orgue. Ça dépote, mais je regrette

mon cher “Lion” Smith. Cerise

sur le gâteau : les propos de Jo

Jones sont reproduits en anglais et

traduits en français dans le livret. À

vos baguettes ! •

ALFRED SORDOILLET

Jo Jones (dm). New York, février

1973. + Milton Buckner (org).

Biarritz, juillet 1969.

Sarah Lancman

A contretemps

1 CD Jazz Eleven / Absilone

Révélation !

Nouveauté. C’est Giovanni

Mirabassi qui coproduit avec la

chanteuse et offre sa dynamique

caution par un solo brillamment

enlevé dès la première chanson.

Gianluca Renzi et Gene Jackson

l’assistent avec une égale

justesse tout au long du disque de

swing en latin feeling, de ballade

en up tempo. Et Sarah Lancman

mérite un tel entourage, sa diction

sur la pointe des pieds se coulant

avec une fluidité très séduisante

dans des textes de sa plume

(l’un d’eux cosigné par Francis

Lalanne) d’un même naturel

qu’ils soient écrits en français

ou anglais, déclinant d’autant

de façons le bonheur d’aimer

et d’être aimé dont l’expression

culmine peut-être dans le duo

vocal joyeusement complice

avec Toku sur I Want Your Love.

Invité sur quelques titres au

bugle, il fait entendre sur ce titre

une voix proche de Kurt Elling

et partage le temps d’un chorus

scatté l’incontestable musicalité

de la chanteuse. Celle-ci signe

la majorité des mélodies que

complètent quelques partitions

du pianiste. Une réussite.

• ALFRED SORDOILLET

Sarah Lancman (voc), Giovanni

Mirabassi (p), Gianluca Renzi (b),

Gene Jackson (dm) + Toku (voc,

bu), Lukmil Perez (perc). Chon Buri

(Thaïlande), Karma Sound Studio,

29 juin au 6 juillet 2017.

Dizzy

Gillespie

L’autre

centenaire

Un concert inédit de 1973 et un coffret compilant les

meilleures faces du trompettiste entre 1945 et 1962 se

bousculent en têtes de gondole.

On nous a reproché à l’automne

dernier d’avoir fêté les cent ans de

la naissance de Thelonious Monk

en oubliant Dizzy Gillespie, son

exact contemporain. Nous nous en

sommes expliqués… Mieux valait

un vrai beau dossier que deux petits

hommages convenus. Et nous aurons

bien d’autres occasions de célébrer

Dizzy, qui aura donc été le grand

absent de ce centenaire dans les

médias. Cet oubli n’est cependant

pas anodin. Peut-être le clown

qu’était Dizzy (revoir tout de même le

portfolio de notre n° 700 en novembre

dernier), qui illumina l’austérité des

scènes du jazz en un temps où les

fastes joyeux de la période swing

les avaient désertées, ne fait-il plus

recette auprès de générations ne

le connaissant que par le disque.

Sa mémoire souffre peut-être aussi

d’autre chose. Créateur du bebop,

dont il fut le théoricien, il ne l’est qu’à

l’ombre projetée par la dimension

romanesque de Thelonious Monk

et Charlie Parker. Et autre chose : il

me semble que son art instrumental

n’accède à la plénitude de la maturité

que tardivement, dans les années

1950, alors que son rôle moteur dans

la salle des machines de l’Histoire est

achevé. Il y aura des grands disques

et de grands concerts, et de moindres

toujours attachants, mais en un si

grand nombre que leur importance

se dilue. Tel cet inédit “Live At

Singer Concert Hall” (1) idéalement

capté au festival de Laren le 25 août

1973. Entouré de petits maîtres,

qui parviennent cependant à nous

surprendre et ravir – Alexander Gafa

(elg), Mike Longo (p), Earl May (elb),

Mickey Rocker (dm), plus Jon Faddis

(tp) invité sur

deux titres –, sur

des plages latines

parfois un peu

longuettes, Dizzy

Gillespie reste

un géant… qui

mérite cependant

d’être (re)découvert en priorité

au travers du coffret imaginé par

Claude Carrière : “The Extravagant

Mr. Gillespie” (2) [✪ ✪ ✪ ✪]. Chacun

de ses trois CD thématiques (“Small

Groups”, “Big Bands”, “Latin Dizzy”)

a le mérite de faire visiter cette salle

des machines des années 1945-49,

incontournable mais souvent difficile

à repérer, et les étincelants salons

1 ère classe du paquebot Gillespie

où nous sommes invités à nous

prélasser ou à danser, ici entre 1950

et 1962. • FRANCK BERGEROT

(1) The Lost Recordings-Fondamenta / Sony

Music. (2) Cristal Records / Sony Music.

54 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


David Linx

7000 Miles

1 CD Sound Surveyor / L’Autre Distribution

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. On ne présente

plus David Linx, l’une des voix

majeures du jazz actuel. Héritier

du grand Mark Murphy, il a

développé son art à l’écart de

toute facilité, multipliant les

rencontres avec des musiciens

venus de tous les horizons (Paolo

Fresu, Ibrahim Maalouf, Rhoda

Scott, Maria Joao) et à travers

des répertoires très variés où

Claude Nougaro et Jacques

Brel ont trouvé leur place. S’il a

enregistré ces dernières années à

plusieurs reprises avec l’excellent

Brussels Jazz Orchestra de Frank

Vaganée, le voici à nouveau dans

une formation plus intime qui

laisse sans doute plus de liberté

à sa voix insaisissable. Au point

que son trio forme un véritable

quartette à ses côtés. Guère

étonnant, puisque l’entreprise

n’est pas le résultat d’une lubie

mais d’une longue complicité

construite après plus d’une

centaine de concerts donnés

autour du répertoire de Nougaro.

Sur un album où Linx signe

les deux tiers des titres mais

où les reprises ont leur place

(bel arrangement sur Night And

Day, reconstruction du Dock Of

The Bay d’Otis Redding, Poses

de Rufus Wainwright, très bien

choisi), le chanteur ne fait qu’un

avec un trio de première classe

qui a su comprendre son exigence

artistique depuis longtemps.

Quant aux textes, les anglicistes

apprécieront • PHILIPPE VINCENT

David Linx (voc), Pierre-Alain

Goualch (p), Diego Imbert (b),

André Ceccarelli (dm).

Julien Lourau

& The Groove

Retrievers

Julien Lourau & The Groove

Retrievers

1 CD 2Bird1Stone / L’Autre Distribution

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. Il nous tardait de

retrouver la ferveur et l’éclat de

ces Groove Retrievers au-delà

de la prestation live, non sans

appréhension. Par bonheur, on ne

perd rien ici de l’enchantement,

ni des vibrantes pulsations

qu’ils déploient sur scène, tirant

du sein de divers folklores et

traditions musicales cet entrelacs

de styles et d’ambiances noués

en toute humilité et respect de

leurs sources : flamboyants

rythmes latino-américains (dont

une reprise du répertoire des

colombiens Meridian Brothers)

portés par Sebastien Quezada,

Javier Campos Martinez et,

l’auteur de Congo, Felipe

Cabrera ; cordes pétries d’un

groove rock et presque bluesy,

notamment sous les doigts de

Mathilda Haynes, associées à

la voix éraflée de la chanteuse

Mélissa Laveaux qui signe

deux compositions ; section de

Pianiste et compositeur il crée

l’événement en s’entourant de 4

percussionnistes d’horizons divers

Keyvan Chemirani, Marion Fretigny,

Christian Hamouy et Gisèle David.

NOUVEL ALBUM

«Tout ce qui se frappe, se frotte, se pince, se gratte,

s’effleure à travers le monde est réuni dans cet album.

Nous sommes au paradis des percussions»

Jean-François Mondot pour jazzmagazine.com

Disponible dans sa version numérique sur Deezer,

Spotify, Itunes, Qobuz et en CD sur les sites

jeanmariemachado.com et editionshortus.com

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 55


le guide

BOOK

vents (Julien Lourau, Céline

Bonacina et Antoine Berjeaut)

qui entremêle funk, samba,

rumba et jazz ; cérémoniels

vocaux aux accents vaudous ;

effluves orientaux du violon du

Tunisien Jasser Haj Youssef

particulièrement subtil sur

Samuel de Felipe Cabrera (où

s’élance le pianiste Robert

Mitchell), et plus démonstratif

sur Tu Mi Turbi de Julien

Lourau… Au cœur de ce

superbe élan syncrétique : un

groove inflexible et enchanteur.

• KATIA TOURÉ

Antoine Berjeaut (tp), Julien

Lourau (saxes), Celine Bonacina

(bars), Jasser Haj Youssef, Johan

Renard (vln), Robert Mitchell

(p, elp), Mathilda Haynes (g),

Felipe Cabrera (b, voc), Jon Scott

(dm), Sebastien Quezada, Javier

Campos Martinez (perc, voc),

Melissa Laveaux (voc, g).

Studio de L’Ermitage, Paris,

Janvier 2017.

John McLaughlin

& The 4th

Dimension

Live @ Ronnie Scott’s

1 CD Abtract Logix / La Baleine

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. John McLaughlin

a fêté ses soixante-seize ans

le 4 janvier dernier, et comme

les autres grands créateurs

d’univers de sa génération,

les Herbie Hancock, Chick

Corea, Dave Holland et autres

“enfants de Miles”, le temps

qui passe ne semble guère

avoir de prise sur lui. Et même

s’il n’ouvre plus de failles

créatives aussi profondes

que naguère, il est toujours

sur la brèche. Ainsi, en mars

dernier, était-il à l’affiche

du club londonien où il

commença de se produire dès

le début des années 1960. Il y

revisitait notamment quelques

standards du Mahavishnu

Orchestra, les toujours aussi

puissants, lyriques et brûlants

Meeting Of The Spirits, Miles

Beyond, Vital Transformation

et Sanctuary. On rêverait

certes qu’il rejoue un beau

soir cette musique avec les

membres originaux du groupe,

mais John McLaughlin n’est

Sigma, 1965-

1996, Histoire

d’un festival

d’avant-garde

Par Emmanuelle Debur

Atlantica, 198 p., 23 €

Une manifestation pluridisciplinaire

bordelaise qui vit défiler Merce

Cunningham, Iannis Xenakis, Meredith

Monk, Catherine Ribeiro, Cathy Berberian,

Klaus Nomi, Pink Floyd, le Living Theater,

Bartabas dont la troupe Zingaro naquit

à Sigma en 1984 et mille autres plus

ou moins connus. Le jazz eut aussi sa

place dans ce festival imaginé par Roger

Lafosse, saxophoniste que certaines photos

montrent, sax alto au cou, aux côtés de

Boris Vian, Charlie Parker ou Don Byas… Il

s’en souviendra plus tard en invitant Martial

Solal (qui fit l’ouverture de la 2 ème édition),

Sun Ra, Duke Ellington, Miles Davis, les

deux Evans (Bill et Gil), Chris McGregor, Soft

Machine, Bernard Lubat… Philippe Méziat

raconte comme dans un rêve le concert qui

réunit à la même affiche Joe Albany et Chet

Baker. Le reste de cet album du souvenir

est foutraque et coq à l’âne comme pouvait

l’être la programmation de Sigma, mais

témoigne d’un beau bilan. • FRANÇOIS MARINOT

NEWS

Nunc., « label indépendant dédié aux musiques

libres réunies autour de l’expérience de l’instant

et du son » vient de publier simultanément

“Travel Patterns” du guitariste Richard Comte

(et créateur de Nunc.), “Electro Griot” du groupe

Vegan Dallas (Comte, Simon Henocq, Benjamin

Flament, Julien Chamla) en partenariat avec

Coax Records et “Titanomakhia E.P.” de Roue

Libre (Comte, Quentin Biardeau et Théo Lanau).

Plus sur nunc-nunc.com • Pierrejean Gaucher

est le guitariste, arrangeur et réalisateur du

nouveau disque du chanteur Damien Jourdan,

“Je regarde le ciel” (Absilone / damienjourdan.

net) • En plus de ses deux récents albums, “Roll

With The Punches” et “Versatile”, le chanteur Van

Morrison reviendra le 16 février avec un DVD sous

le bras, “In Concert” (Eagle Vision / Universal).

Deux shows, l’un filmé dans les studios de la BBC

et l’autre en plein air à Belfast • Deux ans après

avoir réédité le très recherché “Ti Jan Pou Vela”

de 1988, le label Heavenly Sweetness publiera le 2

février “An Ka Sonjé”, le nouveau CD du chanteur

et trompettiste Edmony Krater • Déjà dans les

bacs, la “Constellations Box” (Instinct Collection

/ Outhere Music) d’Aka Moon, vingt CD couvrant

la période 1992 / 2015 du trio de Fabrizio Cassol

(as), Michel Hatzigeorgiou (elb) et Stéphane

Galland (dm), de leur premier album éponyme à

l’inédit “Light Ship Trio”. Livret de 56 pages en

bonus. Parallèlement, le groupe sort leur nouvel

album, “Now” •

pas un nostalgique, et comme

son mentor Miles il préfère aller

de l’avant, revitaliser avec The

4th Dimension, groupe réactif et

soudé s’il en est, un répertoire

vintage qui ne demande que ça.

Cet excellent live mélange donc

l’ancien et le récent (superbe

version de New Blues Old

Bruise). Du jazz électrique ancré

dans l’histoire et l’actualité,

habité par un maître du genre

qui n’a toujours pas dit son

dernier mot ? Bienvenue au

Ronnie Scott’s en 2017. •

JULIEN FERTÉ

John McLaughlin (elg), Gary

Husband (cla, dm), Étienne Mbappé

(elb), Ranjit Barot (dm, perc).

Londres, Ronnie Scott’s, mars

2017.

Pat Martino

Formidable

1 CD HighNote / Socadisc

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. À soixante-treize

ans, et trente-sept ans après la

rupture d’anévrisme qui l’avait

obligé à réapprendre à jouer de

la guitare comme un débutant,

lui le virtuose encensé par ses

pairs (demandez à Bill Frisell, Lee

Ritenour ou Julian Lage...), Pat

Martino est de retour avec un

album d’une étonnante fraîcheur.

La formule orchestrale, un trio

guitare / orgue / batterie plus

deux souffleurs renvoie aux

glorieuses sixties, aux disques

avec Willis Jackson, Jack McDuff,

Don Patterson, au soul jazz du

chitlin’ circuit et des nuits sans

fin à aligner chorus sur chorus

avec une dextérité qui laissait

toujours pantois son rival (et

ami) George Benson. Certes, le

maître n’a plus tout à fait ses

doigts de vingt ans, ni la capacité

de graver dans le marbre

électrique des improvisations

à couper le souffle (ceux qui

connaissent ses soli dans

Strings, 1967, ou Impressions,

1974, savent de quoi on parle),

mais son time et son timbre sont

inaltérables, sans parler de son

invention mélodique – écoutez

le Duke Ellington’s Sound Of

Love de Charles Mingus. Bref,

“Formidable” n’est peut-être pas

un disque fantastique, mais c’est

tout de même... formidable qu’un

musicien de ce calibre puisse

encore nous procurer quelques

frissons de bonheur. Respect. •

FRÉDÉRIC GOATY

Pat Martino (elg), Pat Bianchi (org),

Carmen Intorre, Jr. (dm) + Alex

Norris (tp, bu), Adam Niewood (ts).

New York (New Jersey), Jankland

Recording, du 17 au 19 avril 2017.

Roscoe Mitchell

Discussions

1 CD Wide Hive / Orkhêstra

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. Issu du développement

du matériau thématique gravé en

trio aux côtés du pianiste Craig

Taborn et du batteur Kikanju Baku

(“Conversations I & II Wide Hive”,

2013), ce nouveau projet est une

suite de huit pièces pensée comme

un work in progress. A partir de

quatre d’entre elles, dont il a confié

la transcription pour orchestre

aux étudiants de sa classe de

composition au Mills College –

où il occupe la chaire autrefois

tenue par Darius Milhaud –,

Mitchell a extrait les éléments

d’une œuvre expressionniste où

le foisonnement des timbres, la

dispersion des tonalités, la pulsion

suggérée forment un dripping

sonore à la Jackson Pollock.

Dans les jaillissements aériens du

sopranino de Mitchell dialoguant

avec les flûtes de Wilfredo Terrazas

(Cascade, Home Screen), les

improvisations collectives et les

interventions aléatoires des solistes

de l’orchestre (Discussion I et

Discussions II), on retrouve ce qui

a toujours fasciné dans cette Great

Black Music imaginée il y a quelque

cinquante ans par les créateurs

de l’AACM et de l’Art Ensemble Of

Chicago. • THIERRY P. BENIZEAU

Roscoe Mitchell (sopranino sax),

James Fel (electronics), William

Harvey (tp), Andrew Strain (tb),

Brett Corso (p), Tiffany Bayly (tuba),

Wilfredo Terrazas, Stacey Pelinka

(fl), Jesse Barrett (htb), Rachel

Condry (cl, bcl), Erin Irvine (basson),

Roy T. Malan, Mia Bella d’Angeli

(vln), Clio Titon (alto), Crystal

Pascucci (cello), Richard Worn (b),

Jordan Glenn (dm), William Wynant,

Scott Siler (perc), Steed Covart

(conductor). Berkeley, Fantasy

Studios, 7-8 novembre 2016.

56 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


GROS PLAN

HENRI TEXIER

nouvel album

« SAND WOMAN »

MICHAEL PUTLAND

Norma

Winstone

Le label Sunnyside réédite trois disques réalisés dans les

années 1990 par la vocaliste britannique Norma Winstone.

AVEC LE SAND QUINTET

SÉBASTIEN TEXIER, VINCENT LÊ QUANG,

GAUTIER GARRIGUE, MANU CODJIA

Voici l’occasion de (re)découvrir

le style intimiste d’une chanteuse

peu connue en France mais

qui est, depuis des décennies,

une des figures majeures

de la scène d’outre-Manche

où elle collabora avec Mike

Westbrook, John Surman ou

Kenny Wheeler pour ne citer que

quelques noms. Sur “Well Kept

Secret” (1993), enregistré à Los

Angeles, elle est accompagnée

de façon très classique par le

trio du subtil Jimmy Rowles, un

habitué de l’accompagnement

des vocalistes. Au sein de

cette rythmique que complète

la batterie de Joe La Barbera

se distingue particulièrement

la basse de George Mraz avec

lequel la chanteuse interprète

un beau duo. Le répertoire est

composé de standards et de

deux compositions du pianiste,

dont le fameux The Peacocks.

On retrouve des standards ainsi

que des compositions d’Antonio

Carlos Jobim sur “Manhattan

In The Rain” (1997) où la

chanteuse est accompagnée par

ses compatriotes, le pianiste

et claviériste Steve Gray, le

bassiste Chris Laurence et sur

quelques thèmes par le ténor ou

la clarinette de Tony Coe dont

les improvisations se mêlent

harmonieusement au timbre

de la vocaliste. “…Like Song,

Like Weather” de 1998 [✪ ✪ ✪ ✪]

contient également bon nombre

de standards mais l’album

propose aussi des compositions

instrumentales de Tony Coe,

Steve Swallow ou Carla Bley

sur lesquelles Norma Winstone

a écrit des paroles. Elle y est

accompagnée par le piano de

John Taylor, qui fut son mari et

son partenaire en compagnie de

Kenny Wheeler au sein du groupe

Azimuth. Le pianiste, également

responsable des arrangements,

sait créer une ambiance intimiste

tout en enveloppant les mélodies

de son phrasé

chatoyant. Son

entente avec

la vocaliste

est optimale

et l’alliance

de ces deux

sensibilités

produit des moments d’une

grande intensité. Au total ces

trois enregistrements couvrant

une période de cinq ans donnent

un bref aperçu de la carrière

d’une vocaliste toujours active

et qui compte parmi les grandes

stylistes du jazz européen. •

THIERRY QUÉNUM

3 CD Sunnyside / Socadisc

CONCERTS 2018

12 JANVIER > PÉRIGUEUX - THÉÂTRE L’ODYSSÉ

23 JANVIER > VIENNE - LE THÉÂTRE

10 MARS > CAFÉ DE LA DANSE - PARIS

17 MARS > LE PERREUX - CENTRE CULTUREL

31 MARS > PARIS - MAISON DE LA RADIO

5 AVRIL > AMIENS - MAISON DE LA CULTURE

19 MAI > SENART - THÉÂTRE

26 MAI > ETRECHY - SALLE JEAN MONET

29 MAI > SENART - THÉÂTRE

10 JUIN > ROUEN - L’OPÉRA

CRÉATION GRAPHIQUE • www.links-web.fr

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 57


le guide

Tandis qu’il joue une ballade,

le trompettiste Adam Johnson

(Sammy Davis, Jr.) envoie

méchamment paître un client

émêché du club. « Hey Adam,

joue-nous donc quelque chose

de plus gai ! – De plus gai hein ?

Tiens, motherf..., va donc foutre

ce fric dans un jukebox, ok ? »,

répond-il en lui balançant des

biftons. Rentré chez lui, Adam

essaye de se calmer en écoutant

de la musique, ce qui réveille

son voisin, Willie Ferguson

(Louis Armstrong), qui vient lui

demander de faire moins de bruit.

Willie est en pyjama, et Adam

l’éconduit lestement.

JAZZ

AU CINÉ

magazine

En trompettiste tourmenté qui

essaie de panser les plaies

béantes de sa vie – il a perdu

sa femme et son fils dans un

accident de voiture –, Sammy

Davis, Jr. est plus que crédible

dans A Man Called Adam. Sa

liaison avec Claudia (Cicely Tyson,

future épouse de Miles Davis) lui

A Man

Called

Adam

Le jazz à l’écran n’est pas toujours là où on l’attend.

Exemple : quand Louis Armstrong surgit en pyjama dans

le drame de Leo Penn A Man Called Adam.

fera-t-elle entrevoir la lumière ?

Rien n’est moins sûr. Il rejette ses

amis, refuse tous les compromis,

et manque donc de respect

à son voisin jazzman, Willie

Ferguson / Louis Armstrong, dont

l’apparition dès les premières

minutes ajoute encore plus

d’authenticité à l’histoire.

[Attention spoiler : mêlant mort

subite et performance scènique,

la fin du film est particulièrement

éprouvante.]

Le grand Louis a beau faire son

Armstrong, notamment dans une

autre scène, en club celle-là, où

il chante le blues avec sa gouaille

merveilleuse, il est l’hommejazz

d’un film-jazz curieusement

méconnu en France. • PETER CATO

DVD A Man Called Adam (Lions Gate /

Studio Canal).

Sal Nistico Quartet

Live at Carmelo’s 1981

2 CD Fresh Sound / Socadisc

✪ ✪ ✪ ✪

Inédit. En juin 1979, le Carmelo’s,

restaurant de Los Angeles, s’ouvrit

au jazz en invitant, pour une semaine,

une formation disposant ainsi de

sept soirées pour roder en public

son programme. Musiciens locaux

et aussi visiteurs s’y succédèrent au

cours des années 1980. Au début

de 1981, vint le tour du quartette de

Sal Nistico. Captées le 22 janvier,

les treize pièces qui composent ce

double CD étaient restées jusqu’ici

inédites. Assez inexplicablement,

car leur exhumation se justifie :

révélé auprès de Woody Herman

avant d’entrer chez Count Basie,

puis Buddy Rich, Nistico fut d’abord

considéré comme un musicien de big

band avant de poursuivre, à partir de

1980, une carrière free lance. Or ces

enregistrements montrent qu’il mérite

de figurer au nombre des meilleurs

saxophonistes de l’époque. Il est vrai

que cette génération fut fertile en

solistes de valeur. Il se montre ici leur

égal dans l’idiome qui est le sien,

celui du hard bop. Plénitude d’un

son volontiers tranchant, volubilité,

dilection pour les morceaux en

tempo rapide (encore qu’il détaille

superbement les ballades comme My

Old Flame). La liberté du direct permet

à chacun d’improviser longuement

(Lester Leaps In, Equinox). Occasion

pour apprécier pleinement les autres

musiciens, dont Frank Strazzeri au

piano solo dans Close Enough For

Love. L’ultime pièce, The Theme, de

Miles Davis, s’interrompt brutalement,

faute de bande magnétique assez

longue pour tout enregistrer. Preuve

que ce matériau est livré brut,

sans tripatouillage d’aucune sorte.

• JACQUES ABOUCAYA

Sal Nistico (ts), Frank Strazzeri (p),

Frank De La Rosa (b), John Dentz (dm).

Los Angeles, Carmelo’s Sherman Oaks,

22 janvier 1981.

Matthis Pascaud

Square One

Share

Shed Music / Absilone

Révélation !

Nouveauté. Belle prise de risques

pour un premier album ! De fait, plutôt

que de marcher prudemment dans les

traces de ses aînés en se contentant de

décliner des formes connues, Matthis

Pascaud n’a pas hésité à ouvrir des

portes et à transgresser les genres pour

explorer de nouveaux territoires. Plus

proche du rock progressif que du jazz,

l’univers de ce guitariste vendéen de

27 ans combine courageusement le

binaire électrique avec une bonne dose

d’improvisation en s’appuyant sur des

complices aux qualités éprouvées – tels

Christophe Panzani, Benoît Lugué et

Tony Paeleman – qui font partie des

figures de proue de la génération

montante. De dix compositions originales

à haute teneur énergétique, de leurs

formules rythmiques sophistiquées et

de leurs effets électroniques, Pascaud

tire des climats denses et obsédants,

des parfums de death metal et d’électro

déchirés de traits de guitare rageurs

sans s’interdire les ambiances plus

planantes, dans la lignée de ce que

faisait l’Electric Epic de Guillaume Perret.

On sort ébouriffé par tant d’audace,

désorienté par tant d’envies mais,

surtout, charmé de ce labyrinthe aux

mille surprises – difficile de deviner

ce qui arrive après une mesure. Une

formation qui doit faire des étincelles sur

scène, bien loin des groupes de reprises

de standards… • FÉLIX MARCIANO

Christophe Panzani (ts), Matthis

Pascaud (elg), Benoît Lugué (elb),

Karl Jannuska (dm) + Tony Paeleman

(cla). Poitiers, Studio des Bruères,

décembre 2016.

Riverside

The New National Anthem

1CD Greenleaf / greenleafmusic.com

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. Teinté de révérence

iconoclastique (bel oxymore), l’album

58 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


de ce quartette Riverside réuni par

Dave Douglas et Chet Doxas est

un hommage non-dissimulé à la

musique de Carla Bley associant

des compositions originales à

trois thèmes issus du répertoire

de la pianiste / compositrice.

Ainsi The New National Anthem

qui ouvre le présent album et lui

donne son titre, n’est autre que

le morceau de Carla Bley inclus

en 1968 dans le mythique “A

Genuine Tong Funeral” co-signé

par Gary Burton. Dans les deux

autres compositions de Carla

Bley, minutieusement arrangées

par Douglas, on retrouve cette

musique familière et surprenante

à la fois, aux accents retrofuturistes

(King Korn) avec

citations obligées de Nino Rota

(Enormous Tots). Never Mind, ma

pièce préférée de l’album, dont

on doit l’écriture finement ciselée

à Steve Swallow, laisse chanter

librement les timbres veloutés

de la trompette bouchée et du

saxophone. Dave Douglas quant

à lui signe des compositions où

alternent flamboyance (Il Sentiero),

jeu volubile (King Conlon) et

minimalisme (If I Drift). A l’instar

de Carla Bley, les musiciens

inventifs de Riverside réalisent,

dans l’improvisation collective,

cet amalgame d’ingrédients

de la musique traditionnelle

américaine : bluegrass, spirituals,

folklore des Appalaches, klezmer

et blues. Et de ces onze plages

enracinées tant dans l’americana

que dans le jazz, il émane une

rafraîchissante impression de

liberté. • THIERRY P. BENIZEAU

Dave Douglas (tp), Chet Doxas (cl,

ts), Steve Swallow (elb), Jim Doxas

(dm). Toronto, Humber College

Recording Studios, 29-30 août

2015.

Joe Rosenberg

Ensemble

Tomorrow Never Knows

1 CD Quark / Les Allumés du Jazz

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. Un grand leader est

un alchimiste de personnalités.

Joe Rosenberg est un grand

leader. Par certains aspects

de son son, il évoque Wayne

Shorter, mais aussi Steve Lacy. Le

répertoire de son nouveau disque

passe sans trembler d’une reprise

d’Ustad Rashid Khan à John

Lennon ou Ellis Marsalis, chaque

fois avec goût et cohérence.

“Tomorrow Never Knows” est

une réflexion sur le temps, ni

dramatique, ni cyclique. Voilà une

musique qui d’une certaine façon

se laisse traverser par le temps.

En revanche, c’est un jeu sur le

continuum temporel qui domine

la troisième plage, une reprise

du Portrait Of Tracy de Jaco

Pastorius, que Joe Rosenberg

fait sonner un peu comme du

Charles Mingus avec une touche

de Thelonious Monk, notamment

au moment des improvisations. La

version de Tomorrow Never Knows

de Lennon ne serait d’ailleurs

sans doute pas reniée par The

Bad Plus. On l’aura compris, tous

ces musiciens sont au diapason

d’une expression singulière,

fine, sensible et habitée.

• LUDOVIC FLORIN

Joe Rosenberg (ss), Didier Petit

(cello), Bruno Angelini (p), Arnault

Cuisinier (b), Edward Perraud (dm).

Paris, Studio Sextan, décembre

2016.

Kamil Rustam

Cosmopolitain

1 CD Canufeelit Records / canufeelitrecords.com

Nouveauté. Aux Etats-Unis, ils

s’appellent Dean Parks, Steve

Lukather ou Jay Graydon. En

France, Claude Engel, Denis

Lable ou Kamil Rustam. Des deux

côtés de l’Atlantique, on a lu

des centaines de fois le nom de

ces guitaristes de studio sur les

pochettes de disques des plus

grands artistes. Kamil Rustam a

commencé sa carrière en France

mais vit désormais aux Etats-Unis,

et son premier album sous son

nom reflète cette double attache.

On y retrouve Laurent Verneret

ou Tim Lefebvre à la basse,

Manu Katché ou Vinnie Colaiuta

à la batterie, sans parler des

Frenchies Américains d’adoption,

tels Philippe Saisse ou Hadrien

Feraud. Un casting trois étoiles qui

permet à l’élégant guitariste de

distiller un jazz électrique fleurant

bon la richesse mélodique,

harmonique et rythmique de

la fin des années 1970 et du

début des années 1980, dans la

photo Flavien Prioreau — design collette.paris

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 59


le guide

lignée des Lee Ritenour et autres

Larry Carlton. Chouette reprise

façon John Mayer de Tempted

des Squeeze, et mention à New

Amsterdam, bâti autour d’un solo

de Michael Brecker datant de

1997. • FRÉDÉRIC GOATY

Kamil Rustam (elg, g) avec, selon

les plages, Mike Cottone (tp), Bob

Reynolds, Michael Brecker (ts),

Marc Berthoumieux (acc), Randy

Kerber (p), Arnaud Dunoyer (cla,

p, elp), Edward “Eddie” Brown

(org), Philippe Saisse (vib), Hadrien

Feraud, Richard Bona, Antoine

Katz (elb), Michael Valerio, Laurent

Vernerey, Tim Lefebvre (b), Vinnie

Colaiuta, Peter Erskine, Manu

Katché (dm), Rafael Padilla, Roland

Gajata (perc) + Andrew Lippman

(tb), Ludovic Louis, Charlie

Peterson (tp), Randy Gist (saxes),

Trevor Wesley, Amy Keys, Windy

Wagner (voc).

Hervé Samb

Teranga

1 CD Cristal Records / Sony Music

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. En wolof, langue

la plus parlée au Sénégal, le

terme “teranga” fait référence à

l’hospitalité. Le guitariste Hervé

Samb n’aurait pu trouver titre

plus à-propos pour cet album

chaleureux. Les compositions

nous enveloppent, nous

réconfortent, nous accueillent

sur un territoire musical

bigarré. Le guitariste y déploie

le concept du jazz sabar soit

un jazz aux thèmes vivifiants,

agrémenté des caractéristiques

du sabar, typiquement sénégalais.

Percussion, le sabar sert

notamment l’improvisation

comme on peut l’entendre sur le

tout premier morceau, Thiossane.

Parfois, c’est la guitare qui prend

le relais ou alors les voix que

Samb convoque pour mieux

asseoir son propos. Il s’entoure

ainsi d’artistes aux terrains de jeu

divers parmi lesquels les rappeurs

et chanteurs Faada Freddy et

Nongo D, membres fondateurs

de Daara J (l’un des groupes de

rap les plus célèbres du pays de

la teranga), le rappeur Mike Ladd,

le bassiste Alune Wade, l’ancien

membre du fameux Xalam,

Souleymane Faye, ou encore

Ndiouga Dieng, l’un des piliers de

l’Orchestra Baobab, décédé peu

de temps après l’enregistrement

du disque. Ces deux derniers,

monuments culturels au Sénégal,

sont sollicités sur des chansons

traditionnelles à la portée

majestueuse. Si l’on estime que

le guitariste aurait pu aisément se

passer de la relecture de certains

standards, il arrive toutefois à y

apporter une touche fraîche et

inédite. On ne résiste donc pas

à l’envie d’inscrire le jazz sabar

comme un style à part entière,

tant il est empreint de passion(s).

• KATIA TOURÉ

Hervé Samb (g), Pathe Jassi (b),

Alioune Seck (perc), Abdoulaye Lo

(dm) + détails dans le livret. Studio

La Factory, Dakar (Sénégal), Mali

2016.

Marta Sanchez

Quintet

Danza Imposible

1 CD Fresh Sound New Talent / Socadisc

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. Installée à New

York depuis 2011, la pianiste

madrilène Marta Sanchez

prolonge, après “Partenika”

(2015), son travail en quintette

avec Jerome Sabbagh et Roman

Filiu. On est capté d’emblée

par la poésie des décalages

rythmiques, suggérant un effet

d’écho et donnant sens à cette

“Danza Imposible”. C’est le cas

dès les premières mesures de

Copa de Luz tandis que, dans

la pièce éponyme, les motifs

mélodiques répétés semblent se

poursuivre à très courte distance.

Cette dimension linéaire peut

s’entendre comme une référence

appuyée au contrepoint baroque,

autant que produire l’illusion

d’une jam session ou un effet

workshop, comme le souligne

Ben Ratliff dans ses liner notes.

Une fascinante tendance quasi

picturale à l’abstraction qui

s’appuie sur la fusion réussie

entre les sonorités des deux

saxophonistes (Board), chacun

conservant un large espace

d’expression individuelle. Plus

loin, Nebulosa explore une texture

collective hors de toute contrainte

rythmique, puis Flesh travaille

la technique très ancienne du

hoquet à partir d’une pulsation

finement décomposée. Si elle

ne tire pas la couverture à elle

Livre

Jazz en coulisses,

1984-1995

120 Backstage Portraits of Jazz Greats

by Eric Mannaerts

martine.dekeersmaeker@gmail.com, 148 p., 25 €.

Admirablement assemblés, mis en page

et imprimés au format carré des prises

de vue, ces 120 portraits ont été réalisés,

comme indiqué par le titre du recueil, en

coulisses où Eric Mannaerts a su saisir le passage des artistes (Miles

Davis entre deux portes), voire capter leur attention (le sourire d’Elvin

Jones) ou même leur complicité (Freddie Hubbard soufflant quelques

notes à son intention), dans le mouvement (Carla Bley partageant une

taffe avec Steve Swallow) ou dans la pose avec ou sans instrument,

fixant un interlocuteur hors champ (Gato Barbieri démontant son

bocal) ou directement l’objectif (Annette Peacock désinvolte, mains

dans les poches). Interviewé par Philippe Méziat en ouverture, Guy

Le Querrec raconte les hasards de son amitié avec Eric Mannaerts,

d’un stage que ce dernier suivit aux Rencontres d’Arles en juillet

1998 au tour du pays breton qu’il fit en 2016 avec femme et enfants

dans les villes de la triple exposition de Guy sur la Bretagne, avant

de succomber un mois plus tard d’un cancer foudroyant, sans

avoir pu voir publié ce livre dont il avait pensé la mise en page.

• FRANCK BERGEROT

NEWS

Le label Phono (Distrijazz) vient d’éditer pour

la première fois en CD “Fast Livin’ Blues” de

Jon Hendricks, enregistré en septembre 1961

à New York avec, notamment, Joe Newman

(tp), Al Grey (tb) et Pony Poindexter (ss, ts).

Chronique dans notre prochain numéro • Maceo

Parker et son sax alto reviennent le 14 février

avec “It’s All About Love” (Leopard / Socadisc),

enregistré avec le WDR Big Band de Cologne

• L’ancien chanteur de Frank Zappa Napoleon

Murphy Brock est l’un des solistes invités du nouveau disque du Ed Palermo

Big Band, “The Adventures Of Zodd Zundgren” (Cuneiform Records /

palermobigband.com), basé sur le répertoire de Zappa et de Todd Rundgren

• Vient de paraître, “Nuevo Mundo” du pianiste Manu Guerrero (Jazz Family

/ Socadisc), enregistré en compagnie de Samy Thiebault (saxophone),

Minino Garay (percussions), Felipe Cabrera (contrebasse)... • David et Alfred

Vilayleck (guitare et basse), Hughes Mayot (saxophone) et Franck Vaillant

(batterie) forment le groupe Peemaï, dont le répertoire revisite les musiques

traditionnelles du Laos et qui vient de sortir son premier CD éponyme (Shred

Records / L’Autre Distribution) • Pierre Perchaud (guitare), Tony Paelman

(claviers), Vikor Nyberg (contrebasse) et Donald Kontomanou (battterie)

accompagnent la chanteuse Julie Henrikssen dans son premier album,

“Out Of Chaos” (Sound Surveyor / L’Autre Distribution). Sortie le 2 février •

Déjà dans les bacs, le premier album du bassiste Laurent Salzard, “Time

Keeper” (Dreamophone, avec notamment Christophe Panzani au saxophone,

Fred Dupont au piano et Anthony Jambon à la guitare. En concert au Sunet

(Paris) le 13 février •

60 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


comme soliste, le jeu fluide

et aérien de Marta Sanchez

s’accorde à son écriture,

tenant ensemble les différentes

parties dans Scillar ou doublant

habilement la contrebasse dans

Junk Food. En définitive, sans que

rien n’apparaisse figé, c’est bien

la cohérence d’une écriture et

d’une pensée musicale originale

qui soude ce groupe et nous ravit.

• VINCENT COTRO

Roman Filiu (as), Jerome Sabbagh

(ts), Marta Sanchez (p), Rick

Rosato (b), Daniel Dor (dm). New

York, Big Orange Sheep, 7 et 8

mars 2017.

Jonathan Saraga

Journey To A New World

1 CD Fresh Sound New Talent / Socadisc

Révélation !

Nouveauté. Après un premier

CD en quintette (“First Vision ”,

2012) et un duo avec Adam

O’Farrill (“Contrumplation”, 2014),

voici un album longuement mûri

par le jeune trompettiste newyorkais.

Saraga se dit touché

et influencé par les héros des

scénarios de jeux vidéo, auxquels

il s’identifie. Il évoque aussi

l’empreinte du penseur mystique

Sri Aurobindo. Ici en effet, chaque

pièce autant que le tout peut

s’entendre comme un itinéraire

peuplé de personnages associés

ou opposés dans un constant

jeu de forces. La musique tire

son étonnante maturité de

sa capacité à suggérer une

expérience singulière mais assez

ouverte pour que l’auditeur se

l’approprie. Uprising, qui ouvre

l’album, développe à partir d’un

motif cyclique sur treize notes

un matériau d’une incroyable

richesse de couleurs et de climats

dans lequel puisent les solistes.

Dans The Great Journey, une

longue séquence thématique

incorpore progressivement

mélodie, rythme et interaction à

un choral initial dénudé. Malgré

un cadrage minutieux des

structures, le leader s’exprime

sans retenue jusqu’au solo

intégral (Sabbath Prayer).

Sa sonorité est riche, jamais

encombrée d’effets, sa phrase

chante naturellement sans jamais

perdre en force directionnelle.

L’alto flûté ou plus rugueux de

Remy Le Bœuf révèle aussi

un soliste habité (écouter leur

dialogue dans The Guardians),

que sont aussi les autres

contributeurs à ce captivant

album d’un musicien à suivre

de très près. • VINCENT COTRO

Jonathan Saraga (tp), Rémy Le

Bœuf (as), Aki Ishiguro (g), Chris

Pattishall (p, Rhodes), Rock

Rosato (b), Kenneth Salters (d).

New York, Peter Karl Studios, 25

novembre 2015.

Matthew Shipp

Magnetism(s)

2 CD RogueArt / www.roguart.com

✪ ✪ ✪ ✪

Réédition / Nouveauté. Le

premier disque est la réédition

remastérisée de “Magnetism”,

produit en 1999 sur Bleu

Regard par Michel Dorbon,

fondateur de RogueArt. La

relation entre Rob Brown et

Matthew Shipp remonte à

1987, époque où les deux

hommes débutèrent ensemble

un parcours professionnel qui,

pour William Parker, commença

dès les années 1970 sur la

loft scene new-yorkaise. Hier

comme aujourd’hui, Brown

défend un jeu d’alto aigrelet,

tout en incises acerbes et

volètements fuyards. Un adepte

du haïku piquant, plus cordial

à la flûte sur quelques titres.

Les compositions (un jazz

cubiste alors inédit) sont de

Shipp, tandis que le deuxième

disque, capté sur scène et

largement improvisé, est

crédité aux trois musiciens.

L’évolution se mesure dans

les conversations à l’absence

de garde-fou, de respect

d’une forme préalable et de

contrainte du chronomètre.

Ainsi, les deux séances sont

parfaitement complémentaires.

J’ai un faible pour la session

studio, sa fraîcheur, la

concision des morceaux,

les promesses en germe de

ce que ces stakhanovistes

allaient nous proposer au

cours des décennies suivantes.

Par comparaison avec le trio

régulier de Shipp avec Michael

Bisio (b) et Whit Dickey puis

SUITE PAGE 64

©Thomas Dorn,

EN CONCERT

©Edouard Beau

EN CONCERT

1 2 F É V R I E R 2 0 1 8 - 2 0 H 3 0

KAYHAN KALHOR &

ALI BAHRAMI FARD

LOCATION POINTS DE VENTE HABITUELS

www.molpe-music.com

1 5 M A I 2 0 1 8 - 1 9 H 3 0

T I T I R O B I N

REBEL DIWANA

LOCATION POINTS DE VENTE HABITUELS

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 61


les ch cs

CHOC

magazine

Martial Solal

Solo Piano - Unreleased 1966

Los Angeles Sessions - Volume 1

1 CD Fresh Sound / Socadisc

INÉDIT. En 1966, Ross Russell, ex-patron de Dial, imagina un

nouveau label qui ne vit pas le jour. Trois albums solos de

Martial Solal restèrent inédits. Le premier volume est révélé

par le producteur Jordi Pujol. Monument pianistique !

Etait-ce l’air de la côte Ouest ou la qualité du Steinway ? Martial

Solal est survolté dès l’introduction-interlude démoniaque de

Groovin’ High évoquant les ragtimes injouables de Conlon

Nancarrow. Il passe le thème de Dizzy Gillespie au kaléidoscope :

nocturne tintinnabulant de quelques mesures ; stride à la syncope

boiteuse sur lequel on sait qu’il aime faire caracoler les aigus ;

souvenir d’Earl Hines pétrissant le thème à deux mains ; vigoureuse

walking bass à main gauche que ponctue la droite avant de

reprendre son phrasé soudain interrompu par un formidable

martèlement du grave… Retour à la “mécanique Nancarrow” sur

l’exposé de Scrapple From The Apple, mais cette fois-ci déréglée

(semblant de faux doigté dissonant sur le A, tambourinage du pont),

voire grippée (points d’orgue sur la reprise du A), puis emballée

(deux chorus débridés dans l’extrême grave), surgissement de

“cartons” étrangers au morceau (standard, french cancan…),

ostinato d’une note aigüe bloquée que narguent les graves…

Now’s The Time pourrait être cosigné Tex Avery, on pense au

jeune Cecil Taylor (Billie’s Bounce), à Paul Bley (‘Round Midnight),

à Debussy (I Can’t Get Started) et voici une hiératique salutation

à Bud Powell qui n’a plus que cinq semaines à vivre (Un Poco

Loco)… Le répertoire du premier bop étincelle de mille feux. Les

détracteurs maudiront, les fans pourront préférer un Solal plus

“adulte” mais ne sauront bouder cette pierre d’angle qui manquait à

son œuvre en solo. • FRANCK BERGEROT

Martial Solal (p). Glendale, Whitney Studios, 18, 19 et 21 juin 1966.

Vinny Golia

Wind Quartet

Live At The Century City

Playhouse

1 CD Dark Tree / Orkhêstra

INÉDIT. Il y a presque quarante ans,

l’un des plus prolifiques multiinstrumentistes

se produisait dans

un théâtre californien à la tête d’un

singulier quartette de bois et cuivres.

Précieusement exhumé par le dénicheur

passionné Bertrand Gastaut, c’est un

joyau baroque qui s’offre aux amoureux

des marges et paradoxes de la West

Coast avec cette trace phonographique

d’un groupe sans “rythmique” tissant une

aventure frémissante entre plain-chant et

contrepoint, manière de “free” suave où

se déploie l’éventail de quatre virtuosités

associées au gré d’une impressionnante

palette de timbres et volumes, de la corne

de brume du baryton de Vinny Golia aux

effets de volière de son piccolo, tandis

que John Carter surenchérit à force de

suraigus et d’harmoniques et que les

pistons de Bobby Bradford colorent et

sculptent l’ensemble d’ombres cuivrées,

Glenn Ferris – alors benjamin du groupe

– imposant avec une plutôt discrète

efficacité de chaleureuses ponctuations.

Soit un objet sonore d’une séduisante et

très diverse originalité qui ne peut que

faire regretter la rareté de Vinny Golia

sous nos cieux, malgré quelques concerts

hors des frontières étatsuniennes, avec

notamment Anthony Braxton ou nos amis

Joëlle Léandre et Bernard Santacruz... •

PHILIPPE CARLES

Vinny Golia (bars, cl, bcl, fl, afl, piccolo),

John Carter (cl), Bobby Bradford (cnt), Glenn

Ferris (tb). Los Angeles, 13 mai 1979.

André

Manoukian

Apatride

1 CD Mad Chaman / La Baleine

NOUVEAUTÉ. Laissons-nous porter

par ce toucher de piano droit et franc,

sans maniérisme aucun, par ces

mélodies dansantes et accrocheuses,

parfois jouées avec les cordes

étouffées (Otantik), ou encore par

l’émergence d’une citation inattendue

(une Gnossienne de Satie dans

Marathon Monk).

Dans les années 1940, le critique Leonard

Feather inventa le blindfold test pour

obtenir de ses interlocuteurs un avis

impartial sur ce qu’ils entendaient. Si

le procédé a depuis permis de déjouer

quelques préjugés (racistes, sexistes…),

il m’aurait peut-être facilité la tâche ces

jours-ci face au disque d’un pianiste

davantage connu pour ses activités

passées ou présentes dans les médias…

À la réflexion, c’aurait été parfaitement

inutile, vu l’immédiateté avec laquelle

cette évocation musicale de l’Arménie par

André Manoukian fit voler mes a priori. De

quelle manière ? Par une sorte de premier

degré assumé, qui le conduit certes à

accumuler sans complexe tout ce qui peut

sonner “oriental” et dont il dresse luimême

la liste (tambours sacrés iraniens,

violoncelle turc, chant syrien, duduk

arménien, rythmes “Alaturka”), mais

d’où transparaît néanmoins une réelle

cohérence et, plus important encore,

une totale sincérité. Pourquoi dès lors

chercherait-on à comparer sa démarche à

celle, plus intellectuelle et autrement plus

virtuose, d’un Tigran Hamasyan (auquel

on ne peut évidemment s’empêcher de

songer) ? Ou y guetter ce qui relèverait

de la “pure” tradition arménienne (sans

surprise, pas grand-chose) ? Nous voici

en présence d’un très bel album, tout

simplement. • JONATHAN GLUSMAN

André Manoukian (p), Kevan Chemirani,

Naghib Shanbehzadeh, Youssef Hbeish

(perc), Pierre Alain Tocanier, Nicolas

Viccaro (dm), Ozer Arkun, Guillaume Latil

(cello), Christophe Wallemme (b), Hervé

Gourdikian (saxes), Lena Chamamyan (voc).

62 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


Magic Malik

Fanfare XP

1 CD Onze Heures Onze / Absilone

NOUVEAUTÉ. Une communauté réunie

autour du flûtiste Magic Malik et de

ses concepts de composition dont

chacun est invité à s’emparer par

l’improvisation comme par l’écriture,

les deux activités étant intimement

entrelacées. Pour un résultat sensuel

et ravissant au sens fort.

Vous en connaissez déjà certains d’entre

eux, Denis Guivarc’h, Olivier Laisney

complice d’Alexandre Here, l’âme du

label Onze Heures Onze, peut-être Johan

Blanc, Nicolas Bauer et Vincent Sauve

du quartette The Khu. Les autres, c’est

dommage que leurs interventions ne soient

pas identifiées. En effet, au fil de l’écoute,

on aimerait faire leur connaissance, car

dès le duo de flûtes de l’ouverture (donc

Malik et Fanny Ménégoz) auquel succèdent

(comme un caméléon change de couleur)

un duo trompette-soprano, on est frappé

par l’implication de chacun, la hauteur

de point de vue et la faculté de se fondre

dans les ensembles écrits d’un savante

étoffe ou de s’en échapper seul ou par

groupes d’improvisation avec une fluidité

qui rend cette musique insaisissable et

captivante comme l’eau d’une fontaine.

Et passant de la chronique de la réédition

du Palais Idéal d’André Hodeir à celle-ci,

je me demande ce qu’en aurait pensé ce

dernier. Son vécu de théoricien du swing

et son idéal de compositeur omnipotent

l’auraient probablement rendu sourd à

ceci. Pourtant cette faculté de la musique

à autogénérer son renouvellement constant

à l’intérieur d’un morceau me semble

parent de ses préoccupations et le tire de

la solitude historique qui fut la sienne. •

FRANCK BERGEROT

Olivier Laisney (p), Johan Blanc (tb), Malik

Mezzadri, Fanny Ménégoz (fl, voc), Maciek

Lasserre (ss), Pascal Mabit, Denis Guivarc’h

(as), Mïlys Maronne (mélodica), Alexandre

Herer (elp), Daniel Moreau (synth), Jonathan

Joubert, Kevin Lann (elg), Nicolas Bauer

(elb), Vincent Sauve (dm). Villetaneuse,

Midilive Studios, avril 2017.

Bruno Ruder &

Rémi Dumoulin

Gravitational Waves

1 CD Association du Hajeton / Absilone

NOUVEAUTÉ. Il est des musiques

dont toute la saveur ne s’exprime

que sur scène comme si l’illusion

du live jouait en leur faveur. Si

l’intimité de l’Amphi de l’Opéra de

Lyon où il fut enregistré a tout pour

générer l’illusion, ce concert de fin

de résidence avec Billy Hart passe

l’épreuve du disque en beauté.

Dès la ritournelle répétitive de piano

introductive dont s’empare Billy Hart,

entêtante comme un moulin à musique,

on pressent un avènement : exposé

mélodique fantomatique ; envol d’Aymeric

Avice d’un son gras et lyrique sur le swing

déconstruit, façon art brut, de Billy Hart

immédiatement à l’écoute du soliste et

complice de Guido Zorn ; solo de ténor

naissant comme en miroir à la formule

pianistique initiale avant de dérouler

ses volutes sur les géométries libres

et foisonnantes dessinées au sol par le

piano ; ce dernier se portant vers quelques

visions abstraites avant d’être entraîné

par la walking bass doublant soudain

un vrai tempo swing, brève éclaircie

avant retour à l’interrogation inquiète

de l’intro. Les deux pièces dédiées au

réalisateur Rainer Werner Fassbinder et

au compositeur Charles Ives semblent

être les mouvements d’une même

pièce dont le déploiement thématique

puis l’improvisation conversationnelle

s’apparentent à la musique de chambre

par la complémentarité et la profondeur

mélodique et timbrale des cinq “voix”

réunies. Des qualités que l’on retrouve

dans la vis harmonique sans fin de

Delectable Mountains qui tourne

inlassablement de part et d’autre de

l’élégiaque Stroszek, d’abord sur une

rêverie de peaux et de cymbales puis

sur un collectif free. Neuf pièces d’une

admirable dimension orchestrale qui

donne à rêver. • FRANCK BERGEROT

Aymeric Avice (tp, bu), Rémi Dumoulin (ss,

ts, comp), Bruno Ruder (p), Guido Zorn (b),

Billy Hart (dm). Lyon, Amphi de l’Opéra,

14 et 15 janvier 2016.

Thiefs

Graft (La greffe)

1 CD Jazz & People / Pias

NOUVEAUTÉ. Entouré de MC et de

slammeurs dont les mots-sons

sans censure sonnent juste, ce trio

de contrebandiers post-modernes

mêle le meilleur des cultures jazz

et hip-hop.

Qu’il semble déjà loin le temps où les

Steve Coleman, Branford Marsalis et

autres Greg Osby osèrent le choc des

solos vs. le poids des mots, mettant face

à face culture instrumentale et invention

verbale, sans parler des Gang Starr, A

Tribe Called Quest ou The Roots, qui,

peu de temps avant, avaient commencé

de puiser leur inspiration dans les bacs à

solde de 33-tours jazz (vive le sampling).

Aujourd’hui, la nouvelle génération des

jazzmen créatifs a naturellement la

culture hip-hop en elle, et pour nombre

de ses représentants – du moins ceux

qui ne méprisent pas ce genre, ce qui

peut arriver –, J Dilla compte autant

que John Coltrane, Timbaland que

Bob Thiele, Kendrick Lamar que Jon

Hendricks, etc., etc. Le second album de

Thiefs est un événement, car rarement

la greffe avait aussi bien prise entre ces

mondes. Ici les rappeurs d’expérience

(Mike Ladd) et les slammeursromanciers

(Gaël Faye) ne sont pas

conviés pour faire tapisserie, mais

pour s’élever au niveau de Christophe

Panzani, Keith Witty et David Frazier, Jr.,

dont la culture hybride – cela s’entend

dans chaque son, chaque groove –

s’accorde idéalement avec ces hommes

de paroles qui, chacun à sa manière,

creusent dans la langue de Shakespeare

et de Molière l’idée de déracinement,

de douleur, de frustration et, in fine, de

création (im)pure. • FRÉDÉRIC GOATY

Christophe Panzani (ts, anches, elec),

Keith Witty (b, elc), David Frazier, Jr. (dm)

+ Aaron Parks (p, cla), Mike Ladd, Gaël

Faye, Guillermo E. Brown, Grey Santiago,

Edgar Sekloka (voc). New York, The

Speakeasy et Brooklyn Recording.

Bobo Stenson

Trio

Contra la indecisión

1 CD ECM / Universal

NOUVEAUTÉ. Peu pressé de faire des

disques – “Indicum”, le précédent,

date de 2011 –, Bobo Stenson sort

enfin un nouvel album avec Anders

Jormin, le bassiste de son trio depuis

les années 1980, et Jon Fält à la

batterie, ce dernier enregistrant pour

la troisième fois avec un pianiste

suédois qui n’a pas oublié d’éblouir.

Ils partagent tous trois le souci du

détail et de la mélodie. Bobo Stenson

fait délicatement sonner ses notes et

séduit par la finesse de son toucher, ses

harmonies élégantes, son jeu délicatement

introspectif. Son batteur ajoute de la

couleur à la musique par de subtils

bruissements de cymbales, de souples

figures percussives. Anders Jormin utilise

toutes les ressources que lui offre son

instrument, son jeu à l’archet renforçant

l’aspect onirique de cette musique modale

qui semble constamment flotter entre ciel

et terre. Si le programme de cet album est

varié, une esthétique européenne du jazz

s’affirme depuis longtemps sous les doigts

du pianiste. Rendues méconnaissables par

de savants jeux de miroirs harmoniques,

des compositions d’Erik Satie, de Béla

Bartók et de Federico Mompou comptent

parmi les nombreuses réussites de cet

enregistrement, les pièces confiées au

trio par Jormin, auteur de la moitié du

répertoire, étant également remarquables.

Bobo Stenson qui ne signe ici qu’un

morceau reprend une nouvelle fois une

composition du chanteur cubain Silvio

Rodríguez. Après son adaptation d’Olivia,

première plage de “Cantando” publié en

2008, Canción contra la indecisión ouvre

et donne son titre à un disque lyrique qui

fait entendre des images et ne dévoile

ses secrets qu’après bien des écoutes

attentives. • PIERRE DE CHOCQUEUSE

Bobo Stenson (p), Anders Jormin (b), Jon

Fält (dm). Lugano, Auditorium Stelio Molo,

RSI studio, mai 2017.

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 63


le guide

Livre

Hugues Panassié, l’œuvre

et sa réception

Par Laurent Cugny

Outre Mesure, 166 p., 17 €

Hugues Panassié fut un personnage

fondateur de la critique et de la

diffusion du jazz en France. Passé la

période pionnière, il lui fit aussi perdre

beaucoup de temps en réduisant le jazz

à ce qu’il en connaissait de manière

très fantasmée – même et peut-être

surtout en ce qui concerne les origines

que, en amont des années 1920, il ne connaissait pas si bien que

ça –, à travers une vision du monde paradoxale où le culte du Noir

voisinait avec une sensibilité d’extrême droite. Laurent Cugny a eu

la patience de tout lire de et sur Panassié, d’analyser et soupeser le

pour, le contre et l’à peu près. Avec son dernier chapitre “Conclusion

générale”, on peut dire que le dossier Panassié est clos et que l’on

peut passer à autre chose. • FRANCK BERGEROT

Livre

Conversation avec

John Coltrane

Par Frank Kofsky

(Lenka Lente, 50 p., 9 €)

Cette longue interview, Coltrane l’a

accordée à Frank Kofsky dans sa voiture

sur le parking d’un supermarché (!) le

18 août 1966, moins d’un an avant son

décès. Des extraits en avaient paru en

1983 dans Le Jazzophone et d’autres dans

Vibrations à l’aube de ce siècle. La version

originale a été publiée par Kofsky lui-même en 1970 dans son livre

Black Nationalism And The Revolution in Music puis fut entièrement

reprise dans l’indispensable Coltrane On Coltrane. On le sait, Coltrane

croyait davantage à la communication par la musique que par le

langage. Mais il n’était pas muet pour autant. Kofsky (1935-1997)

était quant à lui un historien américain engagé, marxiste, désireux

que le monde s’améliore et se retrouvant avec Coltrane dans cette

perspective (« Je veux être une force du bien », lui dit ce dernier).

Voilà pourquoi ce qu’il ressort le plus de cet entretien, c’est la pensée

de Coltrane (je n’ai pas dit ses opinions). Kofsky sait naturellement

à qui il a affaire, il sait emmener son interlocuteur avec autant de

pertinence que de simplicité. Malcolm X, la New Black Music, ses

enjeux, ses conditions, le public, les critiques négatives, Ascension,

mais aussi Miles, Albert Ayler, Elvin, pourquoi le soprano ou son désir

d’apprendre et d’en savoir toujours plus, c’est un Coltrane à la fois

proche et soucieux de ne se laisser prendre par rien que révèle cette

indispensable conversation. • FRANÇOIS-RENÉ SIMON

SUITE DE LA PAGE 61

Newman Taylor Baker (dm), plus

rond et accessible, et dont on

recommande l’album consacré

à Duke Ellington (“To Duke”), ce

trio-là s’inscrit dans la tradition

du free jazz chauffé à blanc ou,

pour citer Shipp, de « l’école du

mystère ». • DAVID CRISTOL

Matthew Shipp (p), Rob Brown (as,

fl), William Parker (b). New York,

Carl Seltzer Sound et The Stone, 26

janvier 1999 et 13 juillet 2016.

Alex Stuart

Aftermath

1 CD Jazz Family / Socadisc

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. Comme d’autres

musiciens de sa génération, Alex

Stuart pratique l’hybridation des

genres. Ce guitariste australien

résidant à Paris s’est en effet

nourri aussi bien de jazz que de

rock, de pop, de groove et de

musiques du monde pour élaborer

un univers bigarré. Son quatrième

album est ainsi marqué par des

motifs entêtants qui renvoient

aux traditions folkloriques

ancestrales, avec des rythmiques

asymétriques et des arpèges en

boucle inspirés des tourneries

africaines – l’héritage, sans doute,

d’expériences camerounaises.

Même si sa guitare occupe

une place importante dans la

construction de ses compositions

originales, Stuart ne se met jamais

en avant, préférant la dynamique

de groupe à la juxtaposition

des individualités. Ses trames

harmoniques dépouillées et ses

mélodies lancinantes, dans un

registre résolument modal, vous

emportent par l’élan de ses

fulgurances. Mention spéciale

à Arnaud de Casanove pour

l’expressivité de sa trompette et

la justesse toujours surprenante

de sa phrase. Davantage que les

prouesses techniques, c’est la

dimension évocatrice qui guide

ce groupe soudé dans sa quête

d’une musique sans frontière dont

la poésie invite à la transe et au

voyage intérieur. • FÉLIX MARCIANO

Arnaud de Casanove (tp, p, elp),

Irving Acao (ts, p), Alex Stuart (g,

elb), Ouriel Ellert (elb), Antoine

Banville (dm, perc) + Nicolas Dri

(org, g, elp). Paris, studio

Mercredi 9.

Third Coast

Ensemble

Wrecks

1 CD RogueArt / roguart.com

Nouveauté. Amorcée par

l’ethnologue et journaliste

Alexandre Pierrepont, à

l’origine de nombreux projets

transatlantiques (il est ici

conseiller artistique et auteur

des textes qui servent de

trame à la composition), cette

rencontre entre l’Ensemble

Nautilis basé à Brest et dirigé

par le clarinettiste Christophe

Rocher et une nébuleuse

de musiciens représentant

tous les courants de la scène

“progressiste” de Chicago avait

sur le papier de quoi séduire.

Pourtant, si l’on peut être

sensible à cette thématique

filée de la frontière et de

l’horizon, de la traversée et du

naufrage, et se sentir concerné

a priori par l’ambition du projet,

l’intelligence de son dispositif et

la pertinence d’un programme

esthétique renvoyant à la pensée

“archipélique” de Glissant, le

résultat est d’un ennui sans

fond. Débarrassée de son vernis

conceptuel, cette longue suite

confuse et brouillonne composée

par un Rob Mazurek peu inspiré,

se contente le plus souvent de

re/sur-jouer de vieilles recettes

post-free qui ne font plus

illusion. Du rapport au texte à

l’articulation entre improvisation

et parties écrites en passant par

l’utilisation de l’électronique, tout

sonne vieux. L’avenir se joue

décidément ailleurs. •

STÉPHANE OLLIVIER

Rob Mazurek (cnt, comp, dir),

Christophe Rocher (cl, bcl), Steve

Berry (tb), Philippe Champion (tp),

Jeff Parker (g), Nicolas Peoc’h

(as, ss), Tomeka Reid (cello),

Christopher Bjurström (p), Lou

Malozzi (el, voix), Irvin Pierce

(ts), Avreeyl Ra (dm), Mazz Swift

(vln), Frédéric B. Briet (b), Nicole

Mitchell (fl), Nicolas Pointard

(dm), Vincent Raude (elec). Brest

et Pantin, 13 et 16 octobre 2015.

64 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


Tony Tixier

Life Of Sensitive Creature

1 CD Whirlwind Recordings / Socadisc

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. Un chaloupé

irrésistible sur des rythmes

pourtant souvent boîteux, des

couleurs denses par leur vivacité et

leur contraste, un phrasé de main

droite qui projette la mélodie en

avant selon des angles vifs mais

un lyrisme d’une ardente intensité,

stimulé par une main gauche

jamais au repos dans le transport

de l’ostinato à feu roulant comme

dans l’aiguillon ou le poudroiement

de l’harmonisation pointilliste

rompu par l’unisson soudain des

deux mains comme on tombe

dans les bras l’un de l’autre au

cours d’un jeu exaltant. On visite

un blues extatique où le piano

exulte (Home At Last), un Tight Like

This hilarant et méconnaissable,

un Darn That Dream au contraire

feuilleté avec les égards que l’on

réserve aux vieux grimoires prêts

à s’effriter sous les doigts pour

avoir été trop manipulés mais d’où

le pianiste parvient encore à tirer

des enseignements nouveaux, et

encore un bref Isn’t She Lovely

qui semble se consumer sous les

petites flammèches bleues de

réharmonisations minimales…

Plus des originaux inattendus

où l’on s’égare au gré des

crépitements tourbillonnants d’une

rythmique follement complice du

pianiste. Bravo ! • FRANCK BERGEROT

Tony Tixier (p), Tommy Crane

(dm), Karl McComas-Reichl (dm).

New York, Sear Sound Studios,

29-30 avril 2016.

Unitrio

Picasso

1 CD Fresh Sound New Talent / Socadisc

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. La présente

production en trio, signée Damien

Argentieri, Alain Tissot et Frédéric

Borey confirme une tendance

profonde et durable : celle d’un

jazz contemporain de plus en plus

tourné vers une musique sans

cesse plus narrative, intime, et

éloignée des virtuosités vaines.

L’idée de départ : l’observation

par chaque membre du groupe

de quelques tableaux de Picasso,

puis la composition d’un thème

découlant de ladite observation.

Aux connaisseurs de l’œuvre du

maître d’en juger, mais en réalité

peu importe, la musique est belle :

compositions raffinées, expression

retenue, parfois bondissante, mais

toujours délicate. On y retrouve à

distance l’esprit des trios emmenés

par le Canadien Michael Blake, ou

Alban Darche, ou Mathieu Donarier.

A l’instar de ses confrères, Frédéric

Borey développe ainsi un jeu tout

en finesse et inflexions subtiles.

La seule limite de la présente

formule – trio strict sans aucun

changement d’instrumentation –

semble toutefois être celle d’un

certain confinement sonore, mais

on goûtera l’élégance, à l’image

d’une miniature finement travaillée.

• ERIC QUENOT

Frédéric Borey (ts), Damien

Argentieri (org), Alain Tissot (dm).

Soignolles-en-Brie, Studio Mesa,

janvier 2017

kronik express

Basile Mouton

Trio

Terrain de jeux

1 CD Arts et Spectacles /

Socadisc

Révélation !

Nouveauté. Déjà

remarqué notamment

dans le groupe

Aurore, ce bassistecontrebassiste

ardéchois

signe un premier album

en trio semi-acoustique,

avec Maxime Fougères

(elg) et Frédéric

Pasqua (dm). Moderne,

lyrique et élégant,

son jazz se distingue

par des compositions

personnelles raffinées,

avec un sens des

couleurs et des

nuances qui laisse

beaucoup d’espace à

l’improvisation et aux

respirations Une belle

réussite qui promet des

concerts passionnants.

• FÉLIX MARCIANO

Oz Noy - Ray

Thistlethwayte

Darren Stanley

Ozone Squeeze

1 CD Abstract Logix /

La Baleine

Nouveauté. Nouveau

projet du guitariste

israélien installé aux

Etats-Unis depuis

vingt ans, enregistré

façon power trio

funk-rock-jazz avec le

claviériste et chanteur

Ray Thistlethwayte

et le batteur Darren

Stanley. Originaux de

bonne facture, reprises

convaincantes (Ebony

Eyes de Stevie Wonder,

Come Together des

Beatles, Waiting In Vain

de Bob Marley). Pas

essentiel mais, comme

on disait naguère dans

Pariscope, « On passe

un bon moment ».

• PETER CATO

Deniz Peters

Simon Rose

Edith’s Problem

1 CD Leo Records /

Orkhêstra

Nouveauté. Partisans

de l’austérité, ne passez

pas votre chemin. Ce

duo piano et saxophone

(baryton et alto) venu

d’Autriche sait jouer

des silences entre les

notes, après avoir puisé

son inspiration dans les

écrits de la philosophe

et théologienne Edith

Stein (occise à Auschwitz

en 1942) au sujet de

l’empathie, aptitude

si peu à l’ordre du

jour de nos sociétés

angoissées. L’attention à

la subjectivité de l’autre

s’applique ô combien

à la pratique musicale,

notamment s’agissant de

dialogue, ici aux accents

sombres et spartiates.

• DAVID CRISTOL

Yannick Robert

Benoît

Vanderstraeten

Baïkal

1 CD Alien Beats Records /

Wiseband

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. Amis

de longue date,

Yannick Robert et

Benoît Vanderstraeten

se retrouvent dans

une formule rare :

un duo électrique

guitare-basse. Un

dépouillement structurel

qui met en valeur leurs

savantes compositions

personnelles mais aussi

leur évidente complicité

tout en leur offrant

un beau terrain pour

l’improvisation. Loin de

toute démonstration

technique, leur musique

trans-stylistique séduit

par son originalité

et ses racines jazz

traditionnelles, d’autant

qu’elle est servie par

des arrangements

soignés et des chorus

inspirés, interprétés avec

une grande sensibilité.

• FÉLIX MARCIANO

Luise Volkman

Eté large /

Eudaimonia

1 CD NWog /

nwog-records.com

Nouveauté. Luise

Volkmann (fl, as) a

un don narratif de

romancière mais un

métier de musicienne

acquis à Leipzig, Berlin

et Paris. Cet espèce

d’oratorio profane

consiste en une série

de portraits orchestraux

(flûtes, voix, trombone,

saxes alto, ténor et

baryon, violoncelle,

piano, batterie) pour des

alliages inattendus dans

le cadre d’une œuvre

que, pour piquer au

plus juste les curiosités,

on situera entre la

Carla Bley d’“Escalator

Over The Hill” et les

mélodies d’André Jolivet,

Henry Threadgill et

Morton Gould. À suivre.

• FRANCK BERGEROT

David S. Ware Trio

Live In New York,

2010

1 CD AUM Fidelity /

Orkhêstra

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. Troisième

publication posthume

des œuvres inédites

de ce maître des

anches radicales, cet

enregistrement est un

sommet d’improvisation

spontanée. Accompagné

par le fidèle William

Parker et le foisonnant

Warren Smith, Ware

souffle dans un saxello

(alto droit) vintage de

1926 pour balancer

un discours torride et

sinueux aux fragrances

orientales. Au ténor, il

demeure éternellement

effrayant. Recommandé.

• PAUL JAILLET

Denny Zeitlin &

George Marsh

Expedition (Duo

electro-acoustic

improvisations)

1 CD Sunnyside / Socadisc

Nouveauté. Dès les

sixties, Denny Zeitlin

pratiquait divers claviers

électriques, notamment

avec le batteur George

Marsh. Cinquante ans

après, le duo s’embarque

dans l’improvisation

totale, principalement

idiomatique, sans

toutefois s’y restreindre.

Ils produisent ainsi de

très belles choses, même

si les sons employés

par le claviériste ne sont

pas toujours les mieux

venus. L’expression

“spontaneous

composition” utilisée

par Zeitlin trouve sa

pleine signification via la

dimension orchestrale.

• LUDOVIC FLORIN

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 65


le guide

kronik express

Jorane Cariou

The Path Up

1 CD Unit / unitrecords.com

Nouveauté. Premier

album en leader pour

ce jeune pianiste formé

au Centre de musique

Didier Lockwood. Invité

et directeur musical :

le guitariste Pierre

Perchaud. Le répertoire

est entièrement original

et l’accent placé sur la

mélodie et la vocalité,

mises en valeur par une

harmonie riche et fluide.

Les climats rythmiques

et sonores sont joliment

variés (Catharsis) et mis

en œuvre par un groupe

soudé que complètent

Damien Varaillon et

Stéphane Adsuar. A

découvrir et confirmer sur

scène. • VINCENT COTRO

Igor Gehenot

Delta

1 CD Igloo/ Socadisc

Nouveauté. Ce jeune

pianiste belge se

présente ici à la tête d’un

quartette européen où

ses qualités d’élégance

et de lyrisme mélodique

donnent tout son sens à

la présence du bugliste

Alex Tassel. À la faveur

d’une belle prise de

son, l’écoute mutuelle

provoque et aiguise celle

de l’auditeur, plongé

dans une atmosphère

intimiste où se dégage

chaque détail des

compositions et des

arrangements. La paire

Viktor Nyberg / Jérôme

Klein soutient l’ensemble

avec finesse tant dans

les grooves contenus que

dans les tempos swing

plus intenses. Step 2

réunit la plupart de ces

qualités. • VINCENT COTRO

Larry Carlton +

SWR Big Band

Lights On

1 CD 335 Records, Inc. /

SWR / Socadisc

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. Enregistré

live in studio en

Allemagne avec le

SWR Big Band, voici le

nouveau disque d’un

élégant virtuose qui

n’a plus rien à prouver.

Entre standards de jazz

(Milestones, My Favorite

Things) et de Steely

Dan (Kid Charlemagne,

Black Friday) et compos

personnelles (Room 335,

Mellow Out), sa guitare

fluide brille dans de

luxueux écrins sonores,

sur des arrangements

façon Parick Williams /

Peter Herbolsheimer /

Henry Mancini. Classe. •

JULIEN FERTÉ

Ramona Horvath

Lotus Blossom

1 CD Black & Blue /

Socadisc

Nouveauté. Installée à

Paris depuis quelques

années, la pianiste

roumaine Ramona

Horvath signe son

deuxième album pour

Black & Blue, après un

hommage à son confrère

et mentor Jancy Korossy,

icône du jazz de l’autre

côté du “rideau de fer”

dans les années 1960.

En solo, en trio (Nicolas

Rageau, Philippe Soirat)

ou en quartette (André

Villéger), elle allie

musicalité, technique

sans faille et toucher de

velours sur des mélodies

de Broadway, qu’elle

adore. À découvrir.

• PHILIPPE VINCENT

Die Enttäuschung

Lavaman

1 CD Intakt / Orkhêstra

Nouveauté. Un

dynamique groupe

berlinois constitué il y

a plus de vingt ans par

les musiciens du “Monk

Casino” d’Alexander von

Schlippenbach. Rudi

Mahall, Axel Dörner

et Jan Roder sont

maintenant associés

à Christof Thieves et

Michael Griener pour

jouer avec vivacité et

souplesse une musique

originale, ludique et

spontanée qui combine

avec malice dixieland,

swing, hard-bop, avantgarde

européenne et

acrobaties techniques.

Réjouissant. • PAUL JAILLET

Hradcany

Y’ocam

1 CD Quoi de neuf docteur

/ Muséa

✪ ✪ ✪ ✪

Nouveauté. Ce trio

réunit Serge Adam

(trompette), Philippe

Botta (saxes, fl ney),

David Venitucci (acc)

autour de musiques

originales inspirées très

ouvertement du bassin

musical s’étendant des

Balkans à la Turquie.

Voici quinze ans qu’ils en

explorent les ressources

et qu’ils perfectionnent

cette façon de se les

approprier et de les ouvrir

à ce métier d’arrangeur

et d’improvisateur

qui fait la différence

avec une multitude

d’entreprises voisines se

bousculant sur créneau.

• FRANÇOIS MARINOT

Estafest !

Bayachrimae

1 CD BMC / UVM

Nouveauté. Anton

Goudsmit (elg), Oene

van Geell (alto vln,

cajon), Jeoren van

Vliet (p), Mete Erker

(saxes) : ces musiciens

hollandais qui avaient

l’habitude de jouer au

sein de différents duos

choisirent d’unir leurs

forces en un quartette

d’où résultent fraîcheur,

spontanéité et fluidité

de jeu, sur le ton d’une

musique de chambre

empreinte de sonorités

folk. Après deux disques

sur Challenge, ils

furent remarqués au

Jazzhead de Brême par

les représentants du

Budapest Music Center

et invités à y enregistrer

en public. Une situation

qui magnifie les

qualités du groupe. •

FRANÇOIS MARINOT

Ron Miles

I Am a Man

1 CD Enja-Yellowbird /

L’Autre Distribution

Nouveauté. Le trio

aérien que le cornettiste

de Denver forme depuis

plusieurs années avec

Bill Frisell (g) et Brian

Blade (dm) s’élargit

au quintette avec

Jason Moran (p) et

Thomas Morgan (b).

Soit un casting all-star

de circonstance qui,

comme souvent, ne

tient pas pleinement

ses promesses : la

musique reste de haut

niveau, mais au-delà

de performances

individuelles

remarquables (l’intro de

piano habitée de Darken

My Door), le groupe

peine à définir clairement

les contours de son

univers. • PASCAL ROZAT

Kenny Werner Trio

Animal Crackers

1 CD Pirouet / Universal

Nouveauté. Bien qu’enregistré

avec la section rythmique de “The

Melody”, un disque de Kenny

Werner récompensé par un Choc,

“Animal Crakers” est loin d’être

aussi convaincant. Peu inspiré

lors de cette séance, le pianiste a

visiblement cherché à diversifier

la palette sonore de ses nouvelles

compositions sans trop y réussir.

Le synthétiseur ne parvient pas

améliorer l’erratique Breathing

Torso, une pièce improvisée, et

s’il apporte une autre couleur à

la musique, le Fender Rhodes

ne compense nullement la

banalité des thèmes, l’absence

de mélodies fortes étant l’un des

points faibles de ce nouvel opus.

En interaction permanente avec le

pianiste, Johannes Weidenmueller

et Ari Hoenig s’impliquent dans

la création de morceaux aux

métriques inhabituelles. Ari ou

Animal Crackers déconcertent

par leurs cellules répétitives et

leurs pesants rythmes impairs.

Également improvisé, Mechanical

Arm s’enlise et ne mène nulle

part. On retrouve heureusement

le piano inventif de Kenny Werner

dans Iago, morceau qu’il prend le

temps de développer, et dans les

trois standards que contient cet

album inégal, I Should Care dont

le thème reste longtemps masqué,

If I Should Lose You joué sur

tempo très rapide, et The Song Is

You dont il renouvelle partiellement

l’harmonie. • PIERRE DE CHOCQUEUSE

Kenny Werner (p), Johannes

Weidenmueller (b), Ari Hoenig (dm).

Oberhaching, Kyberg Studio, 9 et

10 mai 2016.

Joshua White

13 Short Stories

1 CD Fresh Sound New Talent / Socadisc

Révélation !

Nouveauté.

Après avoir

abondamment

documenté la

jeune scène

new-yorkaise sur son label Fresh

Sound New Talent, le producteur

catalan Jordi Pujol se tourne vers

la Côte Ouest où, nous dit-il, sont

apparus récemment nombre de

nouveaux musiciens intéressants.

Le premier à faire l’objet d’un

enregistrement sur cette nouvelle

série est le pianiste Joshua White,

né en 1985, et déjà bien implanté

sur la scène de Californie du

sud où il a accompagné des

musiciens aussi divers que le

saxophoniste Charles McPherson

et le bassiste Mark Dresser qui

ne tarit pas d’éloges sur lui. Ce

premier disque sous son nom

propose treize compositions

personnelles soit en quartette soit

en solo qui révèlent un musicien

en pleine possession de ses

moyens. En effet White est aussi

à l‘aise dans des ballades aux

harmonies somptueuses que

dans des morceaux au tempo

rapide où son jeu n’est pas

sans évoquer un Cecil Taylor.

Les plages en solo sont tantôt

pensives et rubato tantôt vives

et capricantes et montrent un

toucher délicat ou une grande

maîtrise des aspects percussifs

du piano sans que cette virtuosité

soit jamais gratuite. Celles en

quartette sont également soit

introspectives soit animées d’un

swing contagieux et l’interaction

entre les musiciens y est

optimale, aboutissant à une

véritable sonorité de groupe.

Bref, ce premier disque est une

réussite et révèle un musicien

qu’on aura plaisir à suivre dans

son évolution. • THIERRY QUÉNUM

Joshua White (p), Josh Johnson

(as), Dean Hulett (b), Jonathan

Pinson (dm). Glendale, Tritone

Recording, 9 mars 2017.

Frank Zappa

Halloween 77

3 CD Zappa Records / Universal

✪ ✪ ✪ ✪

Réédition/inédits. En 1983,

le 33-tours picture disc “Baby

Snakes”, illustré par une photo

de Norman Seef, révéla quelques

extraits des quatre concerts

donnés par Frank Zappa en

octobre 1977 au Palladium de

New York. Sa version CD fut

publiée cinq ans plus tard. Le

film du même nom, après une

petite carrière underground en

cassette VHS made in USA, eut

66 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


droit à sa version DVD en 2004.

Ce triple CD, hormis quelques

bonus tracks enregistrées le 30

octobre, reprend l’intégralité de la

soirée finale du Palladium, celle

du 31, le jour – ou plutôt le soir

– d’Halloween, la fête préférée

de ce joyeux païen de Zappa.

Face à un public chaud comme

la braise et entouré d’hommes

de mains capables, sur simple

demande, d’incarner ses désirs

fusionnels les plus fous, Zappa

zappait avec rigueur et frénésie

entre jazz-rock, prog rock, hardrock,

musique contemporaine,

disco, punk – n’en listez plus !

C’était très souvent drôle,

volontiers politically incorrect et

étourdissant de virtuosité. Les

improvisations débridées fusaient

(mention Tommy Mars et Adrian

Belew) et Terry Bozzio était

intenable (chanteur, acteur, stand

up comedian et accessoirement

grand batteur). Quant au maître

de cérémonie, MC intarissable,

chanteur cartoonesque et

guitar hero insatiable, il régnait

sereinement sur son jardin

extraordinaire : la scène. •

PETER CATO

Frank Zappa (elg, voc), Adrian

Belew (elg, voc), Tommy Mars,

Peter Wolf (cla), Patrick O‘Heran

(elb), Terry Bozzio (dm). New York,

1977.

Eliot Zigmund

Time Was

1 CD SteepleChase / Socadisc

Nouveauté. Abstraction faite

de l’indigence graphique de la

pochette, “Time Was”, signé

par le quartette mené par

l’expérimenté batteur américain

Eliot Zigmund, est un moment

subtil de jazz feutré. Tout ici

tend vers une délicatesse

d’interprétation conjuguée à une

écoute mutuelle et une réelle

complicité. Avec le pianiste Bill

Evans ou encore le contrebassiste

Gary Peacock, Eliot Zigmund

n’a eu de cesse de cultiver l’art

discret d’un drumming épuré.

Son jeu, aux muscles légers,

n’a rien perdu de sa finesse

assurant, avec une fermeté

mesurée, l’assise rythmique

de reprises pertinentes qui

constituent l’album. Privilégiant

des tempos plutôt apaisés, elles

deviennent le terrain du jeu

idéal pour les saxophones

tout en maîtrise et rondeur de

Chris Cheek, très à l’aise dans

ce contexte relaxé. Mais les

deux confirmations du disque

sont sans doute le pianiste

Mike Eckroth (déjà repéré

auprès de John Scofield),

au phrasé particulièrement

délicat et nuancé, et le

contrebassiste Morrie Louden,

dont Supposition, unique

composition originale, est,

avec la superbe reprise du

Eiderdown de Steve Swallow,

l’un des moments les plus

incisifs à apprécier. Et même si

rien de dépasse réellement de

cet impeccable savoir-jouer, on

se laisse sans effort séduire par

ce quartette aux fondements

éminemment collectifs et

sincères. • JEAN-PIERRE VIDAL

Chris Cheek (as, ts), Mike

Eckroth (p), Morrie Louden (b),

Eliot Zigmund (dm). New York,

System Two Studios, 2011.

SINNE EEG

SORTIE LE

26 JANVIER 2018

Sinne Eeg voix

Joey Baron batterie

Scott Colley basse

Jacob Christoffersen piano

Larry Koonse guitare

La chanteuse de jazz danoise, star confirmée

en Europe, remplit toutes les conditions :

tonalité cuivrée, intonation parfaite, swing,

goût infaillible et prise de risque.

C’est une musicienne accomplie qui

a également un talent pour chanter avec

un grand naturel…

Elle s’est entourée d’une équipe de rêve.

4,5/5 DOWNBEAT

EN CONCERT

AU SUNSIDE • PARIS

le 9/02/2018 à 21 h

Duo Sinne Eeg & Jacob Christoffersen

UnaVoltaMusic

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 67

SINNE EEG JAZZ MAG.indd 1 16/01/2018 13:18


les jeudis

Jazz Magazine

s’installe

au Bal Blomet.

Découvrez

la programmation

de 2018.

22

février

2018

20h30

PHILIPPE LEVY-STAB

Pierrick

Pedron

Avec le remarquable “Unknown”,

produit par Laurent de Wilde,

ce jeune vétéran de la scène jazz

hexagonale, altiste d’exception

s’il en est, est passé dans

une dimension supérieure.

Pierrick Pedron : saxophone

Thomas Bramerie : contrebasse

Carl Henri Morisset : piano

Elie Martin Charrière : batterie

Prochain concert

DANIEL LOBER

Le 29 mars

Sarah Lancman

“Toutes ces choses qui sont belles, toutes ces choses qui s’emmêlent”,

chante-t-elle dans son nouvel album “A contretemps”, enregistré aux côtés

de Giovanni Mirabassi, avec lequel elle forme un superbe duo.

Elégance et sensualité doublée d’un phrasé d’authentique

jazzwoman. Nouvel album déjà disponible.

Sarah Lancman : voix

Giovanni Mirabassi : piano

33 rue Blomet - 75015 Paris

Réservations : www.balblomet.fr

Horaire : 20h30


WYNTON MARSALIS

L’EUROPÉEN !

Wynton Marsalis sera

sur la route avec le Jazz

At Lincoln Center

Orchestra le 10 février

à Genève (Victoria Hall),

le 11 à Zürich (Tonhalle

Maag), le 12 à

Aix-en-Provence (Grand

Théâtre de Provence), le

13 à Toulouse (Grands

Interprètes), le 14 à

Bordeaux (Opéra

National), le 16 à Paris

(Philharmonie), le 18 à

Bruxelles (Palais des

Beaux Arts, “Monk &

More”) et du 23 au

24 à Luxembourg

(Philharmonie, “Duke

Dizzy Monk & More”,

“Benny Goodman King

Of Swing” et “Who Is

Duke Ellington ?”)

FRANK STEWART

le live

festivals clubs concerts radio internet télévision

Les dix ans

du Périscope

Le Périscope de Lyon fête ses dix

ans et accueille pour l’occasion

les 9 et 10 février deux soirées de

“Fadaises”, sous-titrées “Secret

Line Up”. Traduction : programme

surprise, avec une carte blanche

laissée à la trentaine de musiciens

qui ont fait de ce club leur lieu de

création et de répétition. Pour ceux

qui préfèrent savoir ce qu’ils vont

écouter, la chronique dans ces

pages du disque de Romain Baret

guidera les pas des Lyonnais vers le

Périscope le 2 février.

DAVE KAUFMAN

Chris Speed (saxophone),

Christ Tordini (contrebassiste)

et Dave King (batteur)

Une tournée très Speed

Le saxophoniste Chris Speed est l’hôte du Duc des

Lombards les 22 et 23 en compagnie du contrebassiste

Chris Tordini et du batteur Dave King. Sa tournée

européenne passera également par Ostende le 25 et

Zürich le 28.

SCOT FRIEDLANDER

Diable, revoilà

Big Satan !

Créé il y a vingt ans, le trio Big Satan de

Tim Berne, Marc Ducret et Tom Rainey

est de retour le 13 à Ivry-sur-Seine dans

le cadre de Sons d’hiver, où il jouera en

première partie du duo Band of Dogs

(Jean-Philippe Morel et Philippe Gleizes) et

son invité Otomo Yoshihide.

Big Satan

X/DR

X/DR

ANDYEMLER.ORGUE Le 21 février, Andy

Emler se mettra aux grandes orgues de l’Auditorium

de Radio France, pour faire jouer ses compositions

au saxophoniste David Liebman. Le 2, aux Lilas

(Triton), il aura été l’invité du duo Band of Dogs de

Jean-Philippe Morel.

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 69


endez-vous

STEPHEN FREIHEIT

Double plateau

Le 20 février, à Paris, le

Square One du guitariste

Matthis Pascaud et le

Watershed du pianist Tony

Paeleman qui ont deux

musiciens en commun (le

saxophoniste Christophe

Panzani et le batteur Karl

Jannuska) partageront la

scène du Sunset.

Voix couronnée

Couronnée d’un [CHOC]

du mois dans ces pages,

la chanteuse Sinne Eeg et

son fidèle pianiste Jacob

Christoffersen seront le 8

février à Pouzages (L’Echiquier

à la même affiche que le

New Monk Trio de Laurent

de Wilde) et le 9 à Paris au

Sunside.

Saxes, tambours

et vielle

L’assemblée générale du

festival Jazz à Luz sera suivie

le 3 février à Luz-Saint-

Sauveur d’un concert de la

quatorzième mouture de The

Bridge (les saxophonistes

Dave Rempis et Keefe

Jackson, les batteurs Peter

Orins et Didier Lasserre) dont

les musiciens d’Hart Brut (le

chanteur-percussionniste

Thomas Baudoin et le joueur

de vielle à roue Romain

Baudoin) seront les invités.

Duo de choc

Remarqué en mars 2017 à

Banlieues Bleues et dans nos

pages en mai pour le disque

“Journey To The Mountain Of

Forever” ([CHOC] de l’année

dans ces pages), le duo Binker

& Moses de Golding et Moses

Boyd se produira le 1 er février à

Paris (Duc des Lombards) et le

3 à Vitrolles (Moulin à Jazz).

À L’AFFICHE

Double

pupitre

Le trompettiste Yoann Loustalot

présentera le disque du

quartette Old & New Songs

(avec François Chesnel, Frédéric

Chiffoleau et Christophe

Marguet) le 2 dans Open Jazz

(France Musique), dans le cadre

de la Folle Journée de Nantes,

et le 8 à Paris (Sunside). Le 21,

à Liège, au Jacques Pelzer Jazz

Club, et le 22 de retour à Paris

(Sunset), il présentera le

quartette Lucky Dog (Frédéric

Borey, Yoni Zelnik et Fred

Pasqua). Le 3, toujours dans

la capitale, il aura été l’invité

du pianiste Christian Brenner

au Café Laurent.

JEAN-BAPTISTE MILLOT

X/DR

LeQuang, Humair, Kerecki

Humair, du trio

au quartette

Le batteur Daniel Humair

jouera en trio avec Michel

Portal et Bruno Chevillon le

2 février à Alfortville dans

le cadre de Sons d’hiver,

avec Vincent Lê Quang le

3 à Lausanne (Chorus) et le

17 à Tours (Petit Faucheux),

en quartette avec Régis

Huby, Matthieu Donarier et

Bruno Chevillon le 6 février à

Malakoff (Théâtre 71).

Le retour de

Manuel Villaroel

Il y a longtemps que l’on

n’avait pas entendu le pianiste

Manuel Villaroel en club. Le

voici de retour en trio avec

Juan Villaroel et Baptiste

Thiébault le 21 à Paris au

Sunside.

Malcolm

Braff Trio

Malcolm Braff

sur la route

Le pianiste Malcolm Braff

est sur la route en trio avec

Reggie Lucas et Lucas

Koenig le 22 à Paris (Petite

Halle) et le 24 à Mâcon

(Crescent), au sein du

quartette de Minino Garay

(avec Manu Codjia et Felipe

Cabrera) le 9 à Saint-Etienne

(Le Fil), et en compagnie

de Jacques Schwartz-Bart,

Laurent David et Stéphane

Galland le 16 aux Lilas (Triton)

et le 19 à Paris (Duc des

Lombards).

Danse de l’esprit

Le 6 février le Centre des

Bords de Marne du Perreuxsur-Marne

accueillera le

Spirit Dance Quintet d’Yves

Rousseau et Christophe

Marguet avec Fabrice

Martinez, David Chevallier et

Bruno Ruder.

VALK

Une soirée qui

tient en Allen

Le 15 février à l’Epace

Carpeaux de Courbevoie,

le concert de l’octette All

My Life du pianiste Laurent

Courthaliac en hommage à

Woody Allen sera suivi de la

projection du film Manhattan

de Woody Allen.

Paco & Co

Du 8 au 10 février, le batteur

Paco Séry s’est vu offrir une

carte blanche à la Petite

Halle du Parc de La Villette à

Paris. La liste des musiciens

susceptibles d’y participer est

assez impressionnante. Les

paris sont ouverts...

Les contes

de Perrot

À découvrir, le quartette

Lande du contrebassiste

Alexandre Perrot (PJ5,

pAn-G, Lou Tavano) qui

ravive l’histoire et l’héritage de

Charles Mingus et de George

Russell, avec la complicité de

Quentin Ghomari, Julien Soro

et Ariel Tessier, jouera le 15 à

Paris à l’Atelier du Plateau.

L’art du duo

Le 10 février, deux versions

de l’improvisation en duo se

répartiront les deux scènes du

Triton, avec Joëlle Léandre-

Élise Caron et Michel Portal-

Theo Ceccaldi. Une autre

version est attendue le 6 à Metz

(Trinitaires), le 7 à Schiltigheim

par le tandem Joëlle Léandre-

Serge Tessot-Gay

Le grand Charles

Co-fondateur du label culte

Strata East, ancien complice

de Jackie McLean et Andrew

Hill, le trompettiste Charles

Tolliver est attendu les 12

et 13 février à Paris au Duc

des Lombards, où il sera

accompagné d’Antonio

Farao, Heiri Kaenzig et Gary

Husband.

Charles Tolliver

JIMMY KATZ

70 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


le live

agenda Jonathan Glusman

Melting Potts

Les 9 et 10 février,

Steve Potts et le trio

de Jobic Le Masson

(Peter Giron et John

Betsch) seront les

hôtes de l’intimiste

Babilo, au pied de

la butte Montmartre

(Paris, Jules Joffrin).

Auparavant, il aura

donné la réplique

aux textes de Nancy

Huston et Denis

Hirson lus par euxmêmes,

le 1 er à la

Maison de la Poésie.

D’un Pierre

deux coups

Pierre de Bethmann, qui

jouera le repertoire de son

nouveau disque en trio

([CHOC] dans ces pages

avec Sylvain Romano et

Tony Rabeson) les 2 et 3

février à Paris au Sunside,

rejoindra Christophe Dal

Sasso et le percussionniste

Sylvain Ghio pour une

exploration électroacoustique

du Cosmos le

16 à Aix-en-Provence.

Transeuropéen

Le 15 février, la soirée “1

entrée, 3 clubs, 6 concerts”

de la rue des Lombards sera

aux couleurs de l’Europe

sous le titre “Le Luxembourg

invite la Pologne”, la Jeff

Herr Corporation alternant

avec l’Anna Gadt

Extemporizing Ensemble au

Sunside, l’Absolute Trio de

Philippe Koch avec le Maciek

Pysz 4tet au Baiser Salé et

le Maxime Bender Universal

Sky le pianiste Krzysztof

Kobylinski.

Une soirée Magic

Après sa résidence à la Petite

Halle de Paris, la Fanfare XP

de Magic Malik présentera son

disque le 15 février au Studio

de l’Ermitage. L’occasion de

juger par vous-même l’un des

[CHOCS] de ce numéro.

Magic Malik et sa fanfare XP

Du swing au

marabi

Le 2 février, l’Umlaut Big Band

occupera la scène du New

Morning pour une soirée de

pur swing des années 20-30

joué à l’ancienne par l’avantgardiste

collectif Umlaut

dont une petite phalange,

Cape Doctor (Louis Laurain,

Bertrand Denzler, Sébastien

Beliah et Hannes Lingens) se

détachera le 7 au Pannonica

de Nantes pour une “South

African Jazz Party”.

Bain de jouvence

« J’ai choisi d’aller

à la découverte de

jeunes musiciens. Leur

énergie et leur vision

du jazz, sans barrière

de style ou d’école, leur

faculté de bousculer

mes codes m’a donné

l’envie de partager l’idée

de ce que doit être un

grand ensemble de jazz

aujourd’hui. » Tel est la

profession de foi de Franck

Tortiller pour le MCO

Collectiv qu’il présentera

les 2, 3, 8, 9 et 10 février à

Sceaux (les Gémeaux).

Marlène Dietrich et ses hommes : Andy Sheppard,

le Major Guillaume de Chassy et Christophe Marguet.

X/DR

LAUREVILLAIN

FESTIVALS

ALTITUDE JAZZ FESTIVAL,

Briançon & environs,

jusqu’au 3 février (altitudejazz.

com)

Avec entre autres :

Le 1 er Festen (Damien Fleau /

Jean Kapsa / Olivier Degabriele /

Maxime Fleau)

Le 2 Les Routes du Jazz

Le 3 Jazz Suprême (causerie

avec Raphaël Imbert), Impérial

Orphéon, Six Ring-Circus

LES HIVERNALES DU JAZZ,

Vannes & environs, jusqu’au

4 février (leshivernalesdujazz.

com)

Le 2 Yoann Minkoff / Chris Nolly

/ Charles Pasi

Le 3 Tom Ibarra (Jeff Mercadié /

Auxane Cartigny / Antoine Vidal /

Pierre Lucbert)

Le 4 Sarah Lenka 5tet avec

Malo Mazurié

SONS D’HIVER, Val-de-

Marne, jusqu’au 17 février

(01 46 87 31 31, sonsdhiver.

org)

Le 2 Michel Portal / Daniel

Humair / Bruno Chevillon, Mike

Reed’s Flesh & Bone 7tet avec

Greg Ward

Le 3 Hubert Dupont 5tet (Tosha

PARIS

JEUDI 1 ER

Bab-Ilo Christophe Joube /

Sébastien Lovato / Ichiro Onoe

Baiser Salé Sylvain Beuf / Alain

Jean-Marie

Bal Blomet Fireworks 4tet

(Vincent David / Stéphane

Guillaume / Jean-Charles

Richard / Baptiste Herbin)

Café Laurent Christian Brenner

/ Jean-Pierre Rebillard

Caveau de la Huchette David

Blenkhorn Jazz Band

Duc des Lombards Binker

& Moses

Jazz Café Montparnasse

Ellen Birath And The Shadow

Cats

Jazz Club Etoile Vigon & the

Dominos

Marcounet Francis Lockwood

New Morning Juan De Marcos

Afro-Cuban All Stars

Petit Journal Michel Fidgety

Feet Jazz Band

Sunset Migrations (Philippe

Lopes de Sa / Jean-Philipe

Bondy / Philippe Monge / Bao

Louis Lao)

Sunside Sebastian Studnitzky

“Ky Organic”, Yaël Angel 4tet

VENDREDI 2

Bab-Ilo Morena Fattorini / Alain

Jean-Marie, Linda Bergmark

et invités

Baiser Salé Olivier Manoury /

Sergio Gruz

Bal Blomet Suite For Battling

Siki (Olivier Laisney / Ricardo

Izquierdo / Manu Codija / Karim

Blal / Mauro Gargano / Stefano

Lucchini)

Vukmirovic / Denis Guivarc’h

/ Pierre Mangeard / Patrick

Chartrol), Cie Lubat invite Luther

François et Alfred Varasse

Le 4 Sylvain Luc et les frères

Chemirani

Le 6 Roberto Negro, David

Murray Infinity 4tet (Orrin Evans /

Jaribu Shahid / Nasheet Waits) /

Saul Williams

Le 7 Sons Of Kemet (Shabaka

Hutchings / Oren Marshall / Seb

Rochford / Tom Skinner), Soweto

Kinch Trio (Nick Jurd / Gregory

Hutchinson)

Le 9 Nguyên Lê / Ngô Hông

Quang, Omar Sosa / Jacques

Schwarz-Bart Creole Spirits

Le 10 Louis Sclavis / Dominique

Pifarély / Vincent Courtois, Steve

Lehman Sélébéyone (Hprizm

/ Gaston Bandimic / Maciek

Laserre) / Carlos Homs / Chris

Tordini / Damion Reid)

Le 13 Tim Berne Big Satan

(Marc Ducret / Tom Rainey,

Band Of Dogs (Jean-Philippe

Morel / Philippe Gleizes) / Otomo

Yoshihide

Le 15 Stephan Oliva, Davis

Krakauer / Kathleen Tagg

Le 16 Carl Hancock Rux Trio

(Fitz Kirby / Chris Eddleton), Jeff

Mills / Émile Parisien

Café Laurent Christian Brenner

/ Blaise Chevallier / Olivier Robin

Caveau de la Huchette

Panama Swing

Duc des Lombards Bria

Skonberg 4tet

Jazz Café Montparnasse

Adrien Moignard Trio

Jazz Club Étoile Guy King

New Morning Umlaut Big Band

Petit Journal Saint-Michel

Eric Luter 4tet (Cyril Guyot /

Ahmet Gülbay / Charles Prévost)

Sunset Sandro Zerafa 4tet

(Yonathan Avishai / Yoni Zelnik /

Lukmil Perez)

Sunside Pierre De Bethmann

Trio (Sylvain Romano / Tony

Rabeson)

SAMEDI 3

Bab-Ilo Philippe Cantinol

“Pawol en Jazz” (Alain Jean-

Marie/ Charles Amed Barry /

Jean-Claude Montredon)

Bal Blomet Tout sauf le blues !

No Blues !

Café Laurent Yoann Loustalot /

Christian Brenner / Yoni Zelnik /

Olivier Robin

Caveau de la Huchette Blues

de Paris

Duc des Lombards Voir au 2

Jazz Café Montparnasse

Paloma Pradal / Antoine Boyer /

Samuelito

Jazz Club Étoile 5 O’clock

Jazz Group

Pan Piper Pee Bee

Petit Journal Saint-Michel

Nicolas Montier & Les Rois du

Foxtrot

Radio France Frédéric Couderc

Le 17 Big Daddy Wilson

Band, Eric Bibb 4tet, Bad Fat /

Napoleon Maddox

FESTIVAL MUZZIX &

ASSOCIÉS, Lille, du 1 er au

12 février (09 50 91 01 72,

muzzix.info)

Le 1 er Anthony Pateras / eRikm,

David Bausseron

Le 5 L’Autopsie a révélé que la

mort était due à l’autopsie, Falter

Bramnk / Marco Malasomma /

Rosa Parlato

Le 7 Jean-Luc Guionnet / Daichi

Yoshikawa, Bi-Ki ? (Sakina

Abdou / Jean-Baptiste Rubin)

Le 10 Toc (Jeremie Ternoy /

Ivann Cruz / Peter Orins) / Dave

Rempis / Keefe Jackson, Ivann

Cruz / Liz Kosack

Le 11 The Bridge #14 (Keefe

Jackson / Dave Rempis /

Christine Wodrascka / Didier

Lasserre / Peter Orins)

Le 12 The Bridge #14 (voir

au 11)

LES JAZZERIES D’HIVER,

Saint-Étienne, du 5 au

11 février (gagajazz.com)

Voir à Saint-Etienne.

4tet “Hommage à Roland Kirk”

(Pierre Christophe / Raphaël Dever

/ Mourad Benhammou), Stefano

Bollani Napoli Trip (Daniele Sepe /

Nico Gori / Bernardo Guerra)

Sunset Omer Avital 5tet (Asaf Yuria

/ Alexander Levin / Eden Ladin /

Omer Avital / Ofri Nehemya)

Sunside Clémence De

Tournemire Arnaud Frounier,

Pierre De Bethmann (voir au 2)

DIMANCHE 4

Caveau de la Huchette

Megaswing

Duc des Lombards Felipe

Cabrera & Cuban Descargas

Sunset Jazz & Goûter fête Bob

Dylan, Leonard Cohen, Simon

& Garfunkel, Omer Avital 5tet

(voir au 3)

LUNDI 5

Caveau de la Huchette Jean-

Paul Amouroux Boogie Woogie

Machine

Duc des Lombards Robin

Nolan Trio

New Morning Gérard Naulet

Ensemble avec Orlando Maraca

Valle, Ahmet Gulbay

MARDI 6

Baiser Salé Robin Mansanti

Trio (Alexis Pivot / Adam Over)

Cave du 38 Riv’ Orélio Paladini

4tet

Caveau de la Huchette

Philippe Milanta Jazz Group

Duc des Lombards Voir au 5

New Morning The Excitements,

Hannah Williams & The

Affirmations

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 71


le live

Petit Journal Saint-Michel

Pierre Kellner 4tet

Studio de l’Ermitage Tao

Ravao / Thomas Laurent

Sunside Pierre-Yves Plat /

Gabriel Ferrari, Kimberly Gordon

/ Ramona Horvath Trio (Nicolas

Rageau / Bernd Reiter)

MERCREDI 7

Baiser Salé Mario Canonge /

Michel Zenino, Vincent Tortiller

Trio (Samuel F’Hima / Florian

Robin) / invités

Café Laurent Thomas Curbillon

/ Christian Brenner / Jean-Pierre

Rebillard

Cave du 38 Riv’ Nasty

Standards

Caveau de la Huchette Brad

Childs Swing Band

Cité Internationale voir

Festivals (Sons d’Hiver)

Duc des Lombards Shahin

Novrasli

New Morning Myles Sanko

7tet

Petit Journal Saint-Michel

Watergate 7+1

Sunset Basile Mouton Trio

(Maxime Fougères / Frédéric

Pasqua)

Sunside Ralph Lavital 5tet

(Nicolas Pelage / Laurent Coq

/ Zacharie Abraham / Laurent-

Emmanuel Bertholo)

JEUDI 8

Bab-Ilo Alexis Valet “Hommage

à Bobby Hutcherson”

Bal Blomet Les Rois du Bop

(Ronald Baker / Raphaël Imbert /

Johan Farjot)

Caveau de la Huchette Brad

Childs Swing Band

Duc des Lombards Vincent

PARIS, LES ADRESSES, LES SITES…

ATELIERS DU CHAUDRON

31, passage de

Ménilmontant (11e)

06 85 94 95 37

ateliersduchaudron.net

L’ATELIER DU PLATEAU

5, rue du Plateau (19e)

01 42 41 28 22

atelierduplateau.free.fr

AUX PETITS JOUEURS

59, rue Mouzaïa (19e)

01 42 41 23 80

auxpetitsjoueurs.com

BAB ILO

9, rue du baigneur (18e)

01 42 23 99 19

babilo.lautre.net

LE BAISER SALÉ

58, rue des Lombards (1er)

01 42 33 37 71

lebaisersale.com

BAL BLOMET

33, rue Blomet (15e)

01 45 66 95 49

balblomet.fr

LE BALZAC (CINÉMA)

1 rue Balzac (8e)

01 45 61 10 60

cinemabalzac.com

CAFÉ LAURENT

33, rue Dauphine (6e)

01 43 29 43 43

cafe-laurent.com

Herring’s Soul Chemistry (David

Kikoski / Essiet Essiet / Joris Dudli)

FGO Barbara Nox.3 & Linda

Oláh

Jazz Café Montparnasse

Fascinating Grappelli Release

Party

Petite Halle Carte Blanche à

Paco Séry

Péniche Le Marcounet Jean-

Pierre Como avec Stéphane

Guillaume

Petit Journal Saint-Michel

Bac’ Jazz 5tet

Sunset Vanina De Franco

“Gainsbourg ... Moi non plus”

Sunside Yoann Loustalot /

François Chesnel / Frédéric

Chiffoleau / Christophe Marguet

VENDREDI 9

Bab-Ilo Jobic Le Masson Trio

(Peter Giron / John Betsch) /

Steve Potts

Baiser Salé Mario Canonge &

Michel Zenino invitent Maraca &

Jeff Boudreaux

Cave du 38 Riv’ Hommage à

Sonny Clark

Caveau de la Huchette

Collectif Paris Swing

Cinéma Le Balzac Projection

(Chet Baker Trio, Van Morrison

et Elvis Costello) & Concert avec

Riccardo Del Fra 5tet (Sylvain

Gontard / Vincent Lê Quang /

Bruno Ruder / Ariel Tessier)

Duc des Lombards Vincent

Herring (voir au 8)

Jazz Café Montparnasse

Mélanie Dahan

Jazz Club Étoile Jean-Pierre

Bertrand Boogie System

Petite Halle Carte Blanche à

Paco Séry

Petit Journal Saint-Michel

CAVEAU

DE LA HUCHETTE

5, rue de la Huchette (5e)

01 43 26 65 05

caveaudelahuchette.fr

CAVE DU 38 RIV’

38, rue de Rivoli (4e)

01 48 87 56 30

38riv.com

DUC DES LOMBARDS

42, rue des Lombards (1er)

01 42 33 22 88

ducdeslombards.fr

L’ENTREPÔT

7, rue Francis de Pressensé

(14e)

01 45 40 07 50

lentrepot.fr

FGO BARBARA

(Centre musical Barbara

Fleury Goutte d’or)

1, rue Fleury (18e)

01 53 09 30 70

fgo-barbara.fr

INSTITUT DU MONDE

ARABE

1, rue des Fossées-Saint-

Bernard (5e)

01 40 51 38 38

imarabe.org

JAZZ CAFÉ

MONTPARNASSE

13, rue du Cmdt Mouchotte

(14e)

01 43 21 58 89

jazzcafe-montparnasse.com

JAZZ CLUB ÉTOILE

81, bd Gouvion St Cyr (17e)

01 40 68 30 42

jazzclub-paris.com

MARCOUNET (PÉNICHE)

Quai de l’Hôtel de ville (4e)

06 60 47 38 52

peniche-marcounet.fr

NEW MORNING

7, rue des Petites Ecuries

(10e)

01 45 23 51 41

newmorning.com

LE NOUVÔ COSMOS

Dalle des Olympiades (13e)

09 54 30 95 48

lenouvocosmos.com

PAN PIPER

2-4, impasse Lamier (11e)

01 40 09 41 30

pan-piper.com

PETITE HALLE

Parc de La Villette

09 82 25 91 81

lapetitehalle.com

Paris Washboard Superswing

(Jérôme Etcheberry / Daniel

Barda / Alain Marquet / Louis

Mazetier / Charles Prévost)

Sunset Raphaëlle Brochet &

Philippe Aerts, Maylin & The

Mad Machine

Sunside Sinne Eeg / Jacob

Christoffersen

SAMEDI 10

Bab-Ilo Jobic Le Masson

(voir au 9)

Baiser Salé Mario Canonge &

Michel Zenino Quint’up (Josiah

Woodson / Ricardo Izquierdo /

Arnaud Dolmen) / Ralph Lavital

Caveau de la Huchette

Collectif Paris Swing

Institut du Monde Arabe

Louis Winsberg “Jaleo,

hommage à Paco De Lucia”

Jazz Café Montparnasse

Hammond Legend

Jazz Club Étoile (voir au 10)

Petite Halle Carte Blanche à

Paco Séry

Nouvô Cosmos Laura

Buensostro 4tet

Petit Journal Saint-Michel Les

Oracles du Phono (Jacques Sallent

/ Benoît de Flamesnil / Nicolas

Montier / Nicolas Fourgeux /

Christophe Davot / Stan Laferrière)

Sunset Virginie Capizzi 4tet

(Richard Turegano / Felipe de

Sequeira / Frédéric Chaperon)

Sunside Géraldine Laurent

4tet (Paul Lay / Yoni Zelnik /

Donald Kontomanou), Claudia

Pereira 4 tet (Francis Demange /

Marc-Michel Le Bévillon / Jean-

Claude Jouy)

LA SUITE DE L’AGENDA

EN PAGE 74

PETIT JOURNAL SAINT-

MICHEL

71, bd Saint Michel (5e)

01 43 26 28 59

petitjournalsaintmichel.fr

PHILHARMONIE

Parc de la Villette

01 44 84 44 84

philharmoniedeparis.fr

POP-UP DU LABEL

13, rue Abel (12e)

01 77 11 04 24

lelabelparis.com

RADIO FRANCE

116, av. du Président

Kennedy (16e)

01 56 40 15 16

radio-france.fr

STUDIO DE L’ERMITAGE

8, rue de l’Ermitage (20e)

01 44 62 02 86

studio-ermitage.com

SUNSET/SUNSIDE

60, rue des Lombards (1er)

01 40 26 46 60/21 65

sunset-sunside.com

THÉÂTRE DE L’EUROPÉEN

5, rue Biot (17e)

01 43 87 97 13

leuropeen.info

NATHLAIE ROZÉ (ACT)

GROS PLAN

Nguyên Lê

En quête d’identités

En mariant les instruments traditionnels aux guitares

électriques et le répertoire folklorique du Vietnam à

l’improvisation à l’occidentale, Nguyên Lê a trouvé

l’équilibre parfait entre tradition et modernité. Rencontre,

avant son passage à Sons d’Hiver en duo avec le

chanteur et multi-instrumentiste Ngo Hoang Quang.

Quiconque a eu la chance de se

rendre au Vietnam et de visiter

sa capitale a pu ressentir ce

contraste. Entre ses pagodes

centenaires et ses gratte-ciel

qui en redessinent peu à peu

l’horizon, entre ses marchands

ambulants aux chapeaux

coniques et son ballet effréné

de scooters, Hanoï laisse sans

doute plus qu’aucune autre

ville du pays cette impression

d’exotisme suranné mêlé de

vitalité à ceux qui la parcourent.

De par leurs origines nordvietnamiennes,

Nguyên Lê et

Ngo Hoang Quang ont tous deux

été bercés par la culture et

l’atmosphère poétique de cette

région. Cette quête d’identité

comme source d’inspiration,

Nguyên Lê l’a déjà entamée

il y a une vingtaine d’années

avec l’album “Tales From Viêt-

Nam”. Au fil des disques et des

rencontres, il a non seulement

puisé dans le répertoire de

certaines minorités ethniques,

mais fait évoluer son propre

style de guitare en y intégrant

de nombreuses techniques

empruntées aux instrumentistes

72 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


JazzMag-Feb-2018_Layout 1 1/17/18 12:13 PM Page 1

traditionnels, telles que des

ornements spécifiques ou des

quarts de tons.

UN BAGAGE MILLÉNAIRE

Mais en compagnie de Ngo

Hoang Quang, l’exemple même

du « musicien traditionnel

d’aujourd’hui », comme il

aime présenter son partenaire,

Nguyên Lê a plus que jamais

relié le passé et le futur de

la musique vietnamienne.

À l’écoute de leur disque,

“Hà Nôi Duo”, on comprend

immédiatement ce qu’entend

Nguyên Lê lorsqu’il dit de ce

musicien qu’« il porte en lui le

bagage millénaire et essentiel

de sa tradition, mais qui, vivant

dans notre monde, apprend

aussi tout ce qu’il peut lui

offrir. » En tant que vocaliste,

Quang est aussi à l’aise avec

le chant diphonique grave et

guttural venu de Haute-Asie

(Cloud Chamber) qu’avec la

mélodie accrocheuse d’une

pop song vietnamienne. Mais

c’est probablement quand

résonne l’un de ses multiples

instruments que son apport est

le plus décisif, en particulier

la vièle à deux cordes, avec

laquelle il converse sans peine

avec la guitare de Lê. Dans

un registre plus acoustique et

curieusement évocateur d’un

blues gnawa (écoutez Heaven’s

Gourd), c’est avec un luth

fretless à trois cordes utilisé par

les ethnies montagnardes qu’il

répond à son interlocuteur. Puis

avec un luth monocorde dont les

harmoniques semblables aux

sonorités cristallines d’une scie

musicale se confondent avec

le jeu au vibrato du guitariste.

Ailleurs, enfin, on pourra

l’entendre détourner le rôle

habituel de guimbardes issues

de la minorité H’mông, et en

intercaler les accents percussifs

entre des beats électroniques.

UNE CERTAIN ÉTAT D’ESPRIT

Car « en écrivant des

morceaux comme s’ils étaient

traditionnels, et en les jouant

avec tout ce que l’époque

actuelle nous apporte », Nguyên

Lê a voulu démontrer que la

tradition vietnamienne était

bien vivante, mais qu’elle se

mariait aussi idéalement à

d’autres genres. Outre les

codes relativement classiques

et identifiés du jazz, présents

dans les interventions tout

en lyrisme contenu de Paolo

Fresu (compagnon régulier

depuis “Tales From Viêt-

Nam”), Nguyên Lê y prolonge

un état d’esprit que l’on

retrouve fréquemment dans

la world music, un type

d’interaction plus virtuose,

presque démonstratif, mis en

place, notamment, avec Prabhu

Edouard aux tablas et Mieko

Miyazaki au koto dans l’album

“Saiyuki” en 2009.

UNE IDENTITÉ UNIQUE

Mais au fond, quels que soient

les partenaires, les contextes

ou les concepts d’albums,

comme l’ont démontré ses

projets consacrés à Jimi

Hendrix ou Pink Floyd, Nguyên

Lê sait toujours rester fidèle à

un style élaboré de longue date,

une esthétique singulière :

« Avoir un discours homogène

et cohérent est finalement ce

qu’il y a de plus important »,

conclut-il. « Mon idée c’est

que tous ces courants, ces

langages et ces cultures qui

m’ont inspiré depuis tant

d’années se réunissent et

forment une identité unique. » •

JONATHAN GLUSMAN

CD Nguyên Lê & Ngo Hoang Quang

“Hà Nôi Duo” (ACT / Harmonia Mundi)

CONCERT Le 9 février à Villejuif,

Théâtre Romain Rolland, Sons d’Hiver

MARTIAL SOLAL & DAVE LIEBMAN

MASTERS IN BORDEAUX

CD Sunnyside SSC 1489

Événement rare : la rencontre inédite de deux immenses

musiciens. Le légendaire pianiste français Martial

Solal et le géant américain du saxophone Dave Liebman,

réunis pour ce premier CD MASTERS IN BORDEAUX.

(enregistré au Festival Jazz and Wine)

“Liebman reste un virtuose audacieux qui incarne

par son jeu direct l'univers du jazz... Solal est tout simplement

une merveille... Non seulement il joue magnifiquement,

mais il joue avec un surplus d’imagination et d’audace qui

le place au sommet, à parité sinon bien au-dessus de n'importe

quel musicien de jazz d'aujourd’hui.” JAZZed (USA)

"Un millésime exceptionnel, à déguster d'urgence."

JAZZ MAGAZINE / CHOC

“Dépasse toutes les attentes”

DOWN BEAT (USA)

*****

distribution

photo: Jean-Baptiste Millot

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 73


le live

SIMON BUCK

Que Myles qui m’aille ?

On ne saurait manquer le 7 février au New Morning (Paris) le

concert de Myles Sanko, un chanteur qu’on situe volontiers

dans la lignée de Gregory Porter, mais dont la personnalité

est déjà bien affirmée, son bel album “Just Being me” en

témoigne. Confirmation sur scène, entre soul et jazz ? On n’en

doute pas une seule seconde.

ÇA JAMME À PARIS

DIMANCHE

Bab-Ilo à 18h30, brésilien avec Sorriso et Murillo.

Baiser Salé à 21h00, Place aux jeunes : avec Bastien Brison / Philippe Maniez

les 4, 11 février, Vincent Tortiller les 18, 25.

Sunset 20h30 Jam blues avec Phil “Big Dez” Fernandez autour de John Lee

Hooker le 4 février, autour des Rolling Stones” le 18

LUNDI

Baiser salé à 21h30 avec François Constantin (les 5, 12 février jam de toutes les

jazz, le 19, 26 hommage à Michel Petrucciani)

Marcounet à 20h tous les deuxièmes lundi du mois D’Addario Jam avec

Sébastien Jarousse

Sunside à 21h Vandojam de Michael Chéret autour d’Eric Dolphpy le 5 février,

avec Karim Blal autour d’Herbie Hancock le 12, avec Laurent Courthaliac autour

de Duke Ellington le 19, avec Nicola Sabato autour d’Oscar Peterson

MARDI

Café universel à 20h30, jam vocale le mardi avec en alternance Hélène Makki

et Robin Mansanti 4tet.

Pop Up du Label à 20h avec Stéphane Chandelier et ses invités

Petits Joueurs à 20h30 Concours Buffet Crampon et jam animée par Luigi

Grasso

JEUDI Soixante-douze à 22h fusion-funk avec François Faure.

Les bœufs de la Cave du 38 Riv’. Le lundi et le jeudis à 20h30. Le vendredi à

23h30.

DIMANCHE 11

Caveau de la Huchette

Puissance Jazz Big Band

Sunset Jazz & Goûter fête

Charlie Parker avec Leïla Olivesi

4tet

Sunside Jacques Vidal

“Hommage à Tom Jobim” (Isabelle

Carpentier / Gilles Clément

/ Xavier Desandre-Navarre)

présenté par Lionel Eskenazi

LUNDI 12

Baiser Salé Samantha Lavital

4tet

Caveau de la Huchette (voir au 5)

Duc des Lombards Charles

Tolliver & Antonio Farao Trio (Gary

Husband / Heiri Kanzig)

Pan Piper Hugh Coltman Group

Radio France Camille Emaille,

Denis Charolles / Christiane Bopp

/ Sophia Domancich

Sunside Hommage à Billy

Strayhorn avec Karim Blal, Jam

Session

MARDI 13

Baiser Salé Bruno Desplan Trio,

Noëmy Lhomme 5tet

Caveau de la Huchette Bjorn

Ingelstam – Chris Tanner Jazz

Band

Duc des Lombards Charles

Tolliver (voir au 12)

New Morning Reggie

Washington (Dj Grazzhoppa /

David Gilmore / Patrick Dorcean) /

Monique Harcum

Petit Journal Saint-Michel

Olivier Franc 4tet

Studio de l’Ermitage Hervé

Samb 4tet

Sunset Laurent Salzard 5tet

(Lucas Saint-Cricq / Fred Dupont

/ Anthony Jambon / Martin

Wangermée)

Sunside Wayne Escoffery 4tet

(Danny Grissett / Ugonna Okegwo

/ Ralph Peterson)

MERCREDI 14

Bab-Ilo Neil Saidi & invités

Baiser Salé Mario Canonge /

Michel Zenino, Rick Margitza 4tet

(Manuel Rocheman / Peter Giron /

Jeff Boudreaux)

Cave du 38 Riv’ The Tara

Minton Trio

Caveau de la Huchette (voir

au 13)

Duc des Lombards Champian

Fulton & Gilles Naturel

Petit Journal Saint-Michel

Christelle Pereira (Joël Bouquet

/ Jean-Luc Arramy / François

Laudet)

Sunset Sarah Lenka 5tet avec

Malo Mazurié

Sunside Wayne Escoffery 4tet

(voir au 13)

Théâtre de l’Européen Raphaël

Faÿs

JEUDI 15

Atelier du Plateau Alexandre

Perrot Lande 5tet (Quentin

Ghomari / Julien Soro / Ariel

Tessier)

Bab-Ilo Julien Francomano

Baiser Salé Sylvain Beuf / Alain

Jean-Marie, Maciek Pysz 4tet

(Laurent Derache / Ouriel Ellert /

Antoine Banville), Dock in Absolute

(Philippe Koch / David Kintzinger /

Michel Mootz)

Bal Blomet Collectif Paris Swing

& Guests

Caveau de la Huchette

Swingrocket

Duc des Lombards Krzysztof

Kobylinski, Maxim Bender

Universal Sky (Vitaliy Zolotov /

Jean-Yves Jung / Jérôme Klein)

Jazz Café Montparnasse

Marion Chrétien

Petit Journal Saint-Michel

Hommage à Claude Luter (Eric

Luter / Jean-Pierre Dumontier /

Fabrice Zammarchi / Fred Guitton

/ Lou Lauprète / Alain Marcheteau

/ Michel Marcheteau

Studio de l’Ermitage Magic

Malik Fanfare XP

Sunset Zahra & Mhysterious

Guests

Sunside Le Luxembourg

invite la Pologne avec Jeff

Herr Corporation et Anna Gadt

Extemporizing Ensemble

VENDREDI 16

Atelier du Plateau Les Chants

de Maldoror (Sonia Masson /

Jacques Di Donato / Didier Petit /

Pablo Nemirovsky)

Bab-Ilo Jon Handelsman –

Jean-Claude Montredon Spirit

House 4tet

Baiser Salé Thierry Fanfant

invite Sohella

Caveau de la Huchette

Swingrocket

Duc des Lombards Martha

High Soul Cookers

L’Entrepôt Break Ya Bones

Afrobeat Orchestra

Jazz Café Montparnasse

Mourad Benhammou And The

Jazzworkers

Jazz Club Étoile The James

Brown Tribute Show By Allan

Adoté

Petit Journal Saint-Michel

High Society Jazz Band avec

Pauline Atlan et Daniel Barda

Philharmonie de Paris Jazz At

Lincoln Center Orchestra avec

Wynton Marsalis

Sunset Gustav Lundgren French

Group (Plume /Adrien Sanchez

/ Edouard Pennes / Gautier

Garrigue)

Sunside Walter Smith III “Twio”

(Michael Jannisch / Gautier

Garrigue) / Logan Richardson

SAMEDI 17

Bab-Ilo Spirit House 4tet (voir

au 16)

Baiser Salé Florent Benguigui

Velvet Club

Bal Blomet Didier Lockwood &

Sanya Kroïtor

Caveau de la Huchette

Swingrocket

Duc des Lombards Martha

High (voir au 16)

Jazz Café Montparnasse Men

In Bop

Jazz Club Étoile (voir au 16)

Pan Piper MFQ (Noëmy

Lhomme / Ivan Quintero / Adrien

Prochasson / Pablo Ramirez)

Petit Journal Saint-Michel Les

Chauds Sept du Père Morel

Sunset Urban Groove Unit, Cecil

L. Recchia 5tet (Malo Mazurié /

Pabloc Campos / Raphaël Dever /

David Grebil)

Sunside, Walter Smith III (voir

au 16)

DIMANCHE 18

Caveau de la Huchette David

Paquette Jazz Band

Sunset Jazz & Goûter fête Ray

Charles avec Mathieu Boré

LUNDI 19

Baiser Salé Antonin Fresson’s

Trio (Balthazar Naturel / Tiss

Rodriguez), Hommage à Michel

Petrucciani

Caveau de la Huchette Voir

au 18

Duc des Lombards Jacques

Schwartz-Bart / Malcolm Braff

/ Laurent David/ Stéphane Galland

Marcounet Berline / Louis

Winsberg

MARDI 20

Baiser Salé Ellinoa et invités

Cave du 38 Riv’ The Rick

Hollander 4tet avec Brian Levy

Caveau de la Huchette Voir

au 18

Duc des Lombards Grant

Stewart 4tet

Pan Piper Ana Popovic

Petit Journal Saint-Michel

Travel Swing

Sunset Matthis Pascaud Square

One (Christophe Panzani /

Ouriel Ellbert / Karl Jannuska),

Watershed (Christophe Panzani /

Pierre Perchaud / Tony Paeleman

/ Karl Jannuska)

MERCREDI 21

Baiser Salé Mario Canonge /

Michel Zenino, Jack Tual Comète

5tet (Olivier Gay / Auxane Cartigny

/ Pierre Elgrishi / Gaetan Diaz)

Caveau de la Huchette Voir

au 18

Duc des Lombards Grant

Stewart 4tet

Petit Journal Saint-Michel

Dixieland Seniors

Radio-France Dave Liebman /

Andy Emler

Sunset Loop Deluxe (Lisa

Caldognetto / Christophe

Garaboux)

Sunside Manuel Villarroel

Trio (Juan Villaroel / Baptiste

Thiebault), Lisa Urt 4tet

JEUDI 22

Bab-Ilo Gauthier Toux Trio

Baiser Salé Dal Sasso Big Band

Bal Blomet Les Jeudis Jazz

Magazine avec Pierrick Pedron

4tet (Carl-Henri Morisset /

Thomas Bramerie / Elie Martin-

Charrière)

Caveau de la Huchette Guy

Bonne Swing Experts

Duc des Lombards Chris Speed

/ Chris Tordini / Dave King

Jazz Café Montparnasse

Pablo Campos Trio

Petite Halle Malcolm Braff Trio

(Reggie Washington / Stéphane

Galland ou Lucas Koenig)

Petit Journal Saint-Michel

San Francisco Jazz Band

Studio de l’Ermitage Akalé

Wubé

Sunset Lucky Dog (Yoann

Loustalot / Frédéric Borey / Yoni

Zelnik / Frédéric Pasqua)

Sunside Michel Bisceglia Trio,

Raphael Jost Trio

VENDREDI 23

Bab-Ilo Sylvie Bergeron et invités

74 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


Baiser Salé Bird & Bass,

Magic Malik Jazz Association

5tet (Olivier Laisney / Maxime

Sanchez / Damien Varaillon /

Stefano Lucchini)

Caveau de la Huchette Voir

au 22

Duc des Lombards Chris

Speed (voir au 22)

Jazz Café Saint-Michel

Pierre Guicquéro / Aurélie

Tropez 5tet

Jazz Club Étoile Génération

Rock

Petit Journal Montparnasse

Metropolitan Jazz Band

Sunset Eellen

Sunside René Urtreger Trio

(Yves Torchinsky / Eric Dervieu),

Lisa Spada 5tet (Laurent

Avenard / Leonardo Montana /

Damian Nueva / Tom Milteau)

SAMEDI 24

Bab-Ilo Gwen Sampé – José

Pendjé African Jazz 4tet (Peter

Giron / Jean-Claude Montredon)

Baiser Salé L’épicerie du Jazz,

Roast City 5tet

Bal Blomet L’Épopée du Blues

(Raphaël Imbert / Johan Farjot /

Thomas Weirich)

Caveau de la Huchette Ellen

Birath & The Shadow Cats

Duc des Lombards Bilal

ILE-DE-FRANCE

AUVERS-SUR-OISE, Maison

de l’Île (06 48 17 66 89,

01 34 48 00 10)

Le 3 Soul Cages Trio (Yannick

Robert / Gilles Coquard / Cédric

Affre)

CHEVILLY-LARUE, Maison Léo

Ferré (ville-chevilly-larue.fr)

Le 16 Les Chauds Sept du

Père Morel

CONFLANS SAINTE-

HONORINE, Conservatoire

(jazzauconfluent.fr)

Le 17 Ott Trio (Gregory Ott /

Gautier Laurent / Matthieu Zirn)

COURBEVOIE, Espace

Carpeaux (01 46 67 70 00,

sortiracourbevoie.com)

Le 15 Laurent Courthaliac 8tet

(Fabien Mary / Bastien Ballaz /

Dmitry Baevsky / David Sauzay

/ Xavier Richardeau / Géraud

Portal / Romain Sarron)

ÉLANCOURT, le Prisme

(01 30 51 46 06, leprisme.sqy.fr)

Le 10 Florin Niculescu Trio

(Hugo Lippi / Darryl Hall)

ENGHIEN-LES-BAINS, Centre

des Arts (01 30 10 85 59,

cda95.fr)

Le 16 Yaron Herman / Geneva

Camerata

FONTENAY-SOUS-BOIS, Le

Comptoir (01 48 75 64 31,

musiquesaucomptoir.fr)

Le 2 Papiers d’Arménies 5tet

avec Macha et Dan Gharibian

Le 9 Das Kapital (Edward

Perraud / Daniel Erdmann /

Hasse Poulsen)

Jazz Café Montparnasse

Angelo Debarre / Aurore Voilqué

4tet

Jazz Club Étoile Génération

Rock

Petit Journal Saint-Michel

Susanna Bartilla 5tet (Alain

Jean-Marie / Sean Gourley /

Claude Mouton / Kenny Martin)

Sunset Gary Lucas /

Jean-Philippe Rykiel / David

Konopnicki

Sunside Lisa Spada 5tet, René

Urtreger (voir au 23)

DIMANCHE 25

Caveau de la Huchette Voir

au 24

Duc des Lombards Bilal

Sunset Jazz & Goûter fête Walt

Disney avec Susanna Bartilla

LUNDI 26

Caveau de la Huchette Voir

au 5

Duc des Lombards Bilal

Petit Journal Saint-Michel

Fabrice Eulry

MARDI 27

Baiser Salé Olivier Gay Small

Ensemble (Maxime Berton

/ Pierre Perchaud / Samuel

F’Hima / Tom Peyron, Balthazar

Naturel et invités

Le 16 Rodolphe Lauretta Trio

(Gaël Petrina / Arnaud Dolmen) /

Charlotte Wassy

GENNEVILLIERS, CDN

(01 41 32 26 10,

theatre2gennevilliers.com)

Le 1 er Sonneurs (Erwan

Keravec / Erwan Hamon /

Guénolé Keravec / Mickaël

Cozien)

LE PERREUX-SUR-MARNE,

Centre des Bords de Marne

(cdbm.org)

Le 6 Yves Rousseau-Christophe

Marguet Spirit Dance 5tet

(Fabrice Martinez / David

Chevallier / Bruno Ruder)

LES LILAS, Le Triton

(01 49 72 83 13, letriton.com)

Le 1 er François Couturier /

Jean-Paul Celea / Michele

Rabbia

Le 2 Band Of Dogs (Jean-

Philippe Morel / Philippe Gleizes)

/ Andy Emler

Le 3 Juan Carmona 4tet, Bojan

Z / Julien Lourau

Le 8 Benjamin Moussay

Trio (Arnault Cuisinier / Eric

Echampard)

Le 9 Remi Masunaga / David

Patrois, Laurent Benegui /

Stephan Oliva

Le 10 Joëlle Léandre / Élise

Caron, Michel Portal / Theo

Ceccaldi

Le 16 Jacques Schwartz-Bart /

Malcolm Braff / Laurent David /

Stéphane Galland

Le 17 Quinteto Respiro

Caveau de la Huchette Blue

Note 5tet

Duc des Lombards Jason

Miles 5tet avec Theo Croker

Petit Journal Saint-Michel

Marcel Zanini et son orchestre

Sunset Florian Marques “Peak”

Sunside Elina Duni / David

Enhco / Marc Perrenoud Aksham

5tet (Florent Nisse / Fred Pasqua)

MERCREDI 28

Bab-Ilo Samir Madiouni et

invités

Baiser Salé Mario Canonge /

Michel Zenino, Les Rugissants

Cave du 38 Riv’ Tribute To

Miles Davis avec François

Bernat 4tet

Caveau de la Huchette Blue

Note 5tet

Duc des Lombards Jason

Miles 5tet avec Theo Croker

New Morning Resolution 88

(Alex Hitchcock / Tom O’Grady/

Tiago Coimbra / Ric Elsworth)

Petit Journal Saint-Michel

Philippe Villani Trio

Sunset Chloé Cailleton & La

Baronne Bleue

Sunside Yacine Malek

“Orientalo” Project (Nora Sandal

/ Hervé Gourdikian / Yacine

Malek / Michel Alibo / Karim

Ziad) / Nicolas Genest

MALAKOFF, Théâtre 71

(01 55 48 91 00, theatre71.com)

Le 6 Daniel Humair 4tet (Bruno

Chevillon / Matthieu Donarier /

Régis Huby)

RUEIL-MALMAISON, Salle

Cabaret Ariel (01 47 32 24 42,

offi.fr)

Le 9 Yves Brouqui Trio (Yoni

Zelnik / Philippe Soirat)

SAINT-DENIS, Jazz Club -

La Ligne 13

(theatregerardphilipe.com)

Le 12 Tiss Rogriguez 4tet

SAINT-MAUR-DES-FOSSÉS,

À Tout Va Bien (01 48 83 09 43)

Le 16 La Tignasse 5tet

SAVIGNY-SUR-ORGE, MJC

(mjcsavigny.net)

Le 3 Kaïsa

SCEAUX, Les Gémeaux

(01 46 61 36 67, lesgemeaux.

com)

Les 2, 3, 8, 9, 10 Franck

Tortiller Mco Collectiv

VINCENNES, Espace Sorano

(01 43 74 73 74, espacesorano.com)

Le 3 Ping Machine

AIX-EN-PROVENCE, Grand

Théâtre de Provence (04 42 91

69 70, lestheatres.net)

Le 12 Wynton Marsalis & Jazz

At Lincoln Center Orchestra

AIX-EN-PROVENCE, Le Petit

Duc (04 42 27 37 39)

Le 16 Christophe Dal Sasso /

Sylvain Ghio / Pierre De Bethmann

Le 23 Kevin Norwood 4tet

e

Laon

21édition

DU 19 JANV. AU 23 JUIN 2018

DUO SWING MUSETTE

RICHARD MANETTI

MEGASWING

INVITÉ DAVID PAQUETTE

PARADISE 4TET

BIG DADDY WILSON 4TET

DIDIER LEVALLET - FRANÇOIS RAULIN

“BROTHERHOOD HERITAGE”

ALFREDO RODRIGUEZ TRIO

DANY DULAC - NOS KÉ NOS

jazzicos

kimberose - abyale

PULCINELLA

BOJAN Z INVITÉ DU LAON JAZZY BIG BAND

JIM & THE BEAMS

NO PROBLEM

LA TIPICA

MANSOUR & SUNUGAAL

SISTER GRACE

DO THE MONKEY

CLAUDE TISSENDIER

MARCK-RICHARD MIRAND & JULIEN ALOUR

PASCAL NEVEU

www.jazztitudes.org

jazztitudes licences 2 n°02-1085339 et 03-1085340

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 75

JAZZ 170284 Pres. 92x267.indd 1 05/01/2018 17:14


le live

4 QUESTIONS À

RÉGIONS

ALBI, Le Frigo (09 65 19 30 96,

actal.org)

Le 4 The Bridge #14 (Keefe

Jackson / Dave Rempis /

Christine Wodrascka / Didier

Lasserre / Peter Orins)

CHALON-SUR-SAÔNE,

L’Arrosoir (arrosoir.org)

Le 9 Mickaël Sevrain 5tet

Le 16 L’Effet Vapeur 4tet

CHÂTEAUVALLON

Les 6, 7 Membre Fantôme

(Mickaël Phelippeau / Erwan

Keravec)

X/DR

Jean-Pierre Layrac

ANNECY, Jazz Club d’Annecy

(04 50 23 75 74)

Le 14 David Bressat New 5tet

ANNEMASSE, Château Rouge

(04 50 43 24 24, chateaurouge.net)

Le 2 Yaron Herman Trio (David

Greilsammer / Ziv Ravitz)

AUDINCOURT, Le Moloco

(03 81 30 78 30, lemoloco.com)

Le 22 Moose Trio, Ana Popovic

AUXERRE, Le Silex

(03 86 40 95 40, lesilex.fr)

Le 9 Akalé Wubé

CLERMONT-FERRAND, La

Coopérative de Mai (lacoope.

org)

Le 8 Omar Sosa “Quarteto

Afrocubano”

DIJON, Conservatoire

(03 80 48 83 40, dijon.fr)

Le 7 The Bridge #14 (Keefe

Jackson / Dave Rempis /

Christine Wodrascka / Didier

Lasserre / Peter Orins)

DIJON, Le Bistrot de la

Scène (03 80 67 87 39,

bistrotdelascene.fr)

Le 8 Riverboat Stomper

Dixieland

Non content de veiller aux destinées de Jazz à Luz, Jean-Pierre

Layrac préside l’association Un Pavé dans le Jazz et propose à

Toulouse une dizaine de soirées annuelles consacrées aux esthétiques

les plus fureteuses.

1Sur quels critères la

programmation s’opère-t-elle?

Nous aimons aussi bien les improvisateurs

purs et durs que le projet The Bridge, dont

nous sommes un relais. Tout vient de notre

enthousiasme, sans nous revendiquer

d’un domaine esthétique particulier.

Outre les concerts au Théâtre du Pavé,

d’autres salles nous accueillent, selon qu’il

s’agisse de musiques amplifiées ou plus

intimistes. Une passerelle avec la faculté

du Mirail nous a permis de rencontrer les

étudiants en musicologie, de programmer

des conférences. C’est une histoire de

vibrations communes, avec des gens qui

ont envie de bousculer un peu les choses.

2Les soirées se déroulent souvent

en deux parties, selon un

axe scène locale et nationale ou

internationale. Pourquoi ?

Il y a des musiciens dont nous aimons

suivre le parcours, liés à Toulouse, même

si leur carrière est loin de s’y limiter,

comme par exemple le batteur Sylvain

Darrifourcq, qui relève de notre mission :

garder un œil attentif sur ce qui se passe à

Toulouse. Je vais beaucoup sur le terrain

écouter les groupes dans les cafés, et

quand des gens émergent, notre rôle est

de leur donner un coup de projecteur. En

première partie d’artistes qu’ils admirent,

cela les pousse à donner le meilleur d’euxmêmes,

des rencontres se produisent.

C’est bien pour tout le monde.

3Des moments forts en

perspective ?

On essaie de ne pas entrer dans la

politique de la tête d’affiche. Mais ce n’est

parce que certains artistes sont connus

qu’on va s’empêcher de les inviter ! Cette

année, il y aura Big Satan (Marc Ducret,

Tim Berne, Tom Rainey), du “lourd” pour

une association comme la nôtre. Nous

sommes très enthousiastes sur une

création inédite de Jozef Dumoulin avec

des musiciens français. Et nous sommes

en lien avec Jazz Migration et le Carré

Bleu de Poitiers. N’ayant pas les moyens

d’organiser de résidence, il s’agit plutôt

d’un fonctionnement en réseau.

4Deux grands moments dans

l’histoire de Pavé dans le jazz ?

Difficile de balayer quinze ans comme

ça ! Disons, le solo du pianiste Craig

Taborn, qui s’impose comme une évidence

lumineuse. Le concert de Four Walls a

aussi laissé des traces. Notre rôle n’étant

pas de proposer du jazz traditionnel ou

des choses consensuelles, il a pu y avoir

quelques ratés. À l’inverse, il y a eu de très

bonnes réactions sur des programmations

pointues et ça, c’est très encourageant. •

AU MICRO : DAVID CRISTOL

CONCERT Le 18 février 2018, Big Satan

(Marc Ducret, Tim Berne, Tom Rainey).

AUXERRE, Cantinallegra

(03 86 34 28 47, cantinallegra.

com)

Le 17 Mayfair Electro-Jazz 4tet

AVIGNON, Ajmi (04 90 86 08

61, jazzalajmi.com)

Le 15 The Bridge #14 (Keefe

Jackson / Dave Rempis /

Christine Wodrascka / Didier

Lasserre / Peter Orins)

BESANÇON, Théâtre l’Espace

(03 81 87 85 85)

Le 3 Leïla Martial Baa Box

BESANÇON, La Rodia (03 81

87 86 00, larodia.com)

Le 16 Awek

BORDEAUX, Caillou du Jardin

Botanique (06 85 99 32 42,

lecaillou-bordeaux.com/

jazzatcaillou/jazz-a-bordeaux/)

Le 3 Joseph Ganter Trio

Le 8 Jam avec Jacques Ballue

Le 9 Mathieu Tarot Trio

Le 15 Alex Golino And Friends

Le 22 Jacques Raymond Trio

BOURG-EN-BRESSE, La

Ferme à Jazz (fermeajazz.com)

Les 2, 3 Jean Stalter 4tet

BRAINE, Jazztitudes

Le 17 Richard Manetti 4tet

(Fiona Monbet / William Brunard

/ Yoann Serra)

BREST, Le Quartz

(02 98 33 95 00, lequartz.com)

Les 8, 9 Erwan Keravec

CAEN, Théâtre

(02 31 30 48 00, theatre.

caen.fr)

Le 10 Maxime Bender 4tet

CENON, Le Rocher de

Palmer (05 56 74 53 06,

lerocherdepalmer.fr)

Le 1 er Eric Legnini “Waxx Up”

(Michelle Willis / Boris Pokora /

Julien Herné / Franck Agulhon)

Le 15 Paul Lay Alcazar

Memories (Isabel Sörling / Simon

Tailleu)

DIJON, Le Crusoé

(09 63 03 50 87, mediamusicdijon.fr)

Le 28 Mickaël Sevrain 5tet

DUNKERQUE, Jazz

Club (03 28 63 51 00,

jazzclubdunkerque.fr)

Les 8, 9, 10 Sylvain Beuf Triple

Entente (Michel Perez / Diego

Imbert) & Invités

ÉPINAL, Lavoir-Théâtre

(03 29 31 04 85)

Le 9 Daniel Zimmermann 4tet

(Pierre Durand / Jérôme Regard

/ Julien Charlet)

ERGUE-GABÉRIC, L’Athéna

(02 98 66 77 27, lathena.fr)

Le 4 Jean-Philippe Scali 5tet

(Glenn Ferris / Fred Nardin

/ Samuel Hubert / Donald

Kontomanou)

FACHES-THUMESNIL, Centre

Musical Les Arcades (03 20 62

96 96, ville-fachesthumesnil.fr)

Le 16 Yazz Ahmed, Acid Jazz

Machine

Le 23 Shai Maestro Trio (Jorge

Roeder / Ziv Ravitz), Gauthier

Toux Trio

FOURCHAMBAULT, Maison du

Peuple (djazznevers.com)

Le 2 Jean-Philippe Viret / Joce

Mienniel / Loy Ehrlich

LAON, Maître Kanter

(jazztitudes.org)

Le 23 Mégaswing (Patrick

Bacqueville / Pierre Louis Cas

/ Gilles Chevaucherie / Gilles

Chevaucherie / Stéphane Roger)

/ David Paquette

LA SEYNE-SUR-MER, Fort

Napoléon (04 94 09 47 18)

Le 16 José Caparros / Henri

Florens

LANNION, le Pixie (02 96 37

65 32)

Le 16 Clément Abraham 4tet

76 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


LE THOU, Jazzclub

(musiquealacampagne.overblog.com)

Le 2 Renaud Garcia-Fons

/ David Venitucci / Stéphan

Caracci

LES HERBIERS, Théâtre

Pierre Barouh (02 51 66 95 41,

lesherbiers.fr)

Le 9 Bigre !

LORIENT, Théâtre de

Lorient (02 97 02 22 70,

theatredelorient.fr)

Les 9, 10 Le Sacre du Tympan

“Cartoons”

Le 17 Revolutionary Birds

(Mounir Troudi / Wassim Halal /

Erwan Keravec)

Le 18 Sonneurs (Erwan Keravec

/ Erwan Hamon / Guénolé

Keravec / Mickaël Cozien)

LUZ-SAINT-SAUVEUR, Maison

de la Vallée (05 62 92 38 38,

maisondelavallee.org)

Le 3 The Bridge #14 (Keefe

Jackson / Dave Rempis /

Christine Wodrascka / Didier

Lasserre / Peter Orins)

LYON, Bémol 5 (09 67 34 55

01, bemol5-jazz.com)

Le 3 Ludovic Yapoudjian /

François Gallix / Stéphane

Foucher

Le 7 Duo Miral (Klimène Zarkan

/ Baptiste Ferrandis)

Le 8 Jam avec Invitation 4tet

Les 9, 10 Célia Forestier Kairos

5tet (Bruno Ducret / François

Forestier / Vincent Girard / Remy

Kaprielan)

Le 11 Ecole Voix sur Rhône

Le 15 Jam Session avec Karim

Bahloul & Jean-Louis Almosnino

Les 16, 17 Accordé Swing

Les 23, 24 Uptown Lovers

LYON, Le Périscope

(04 78 38 89 29, periscopelyon.com)

Le 2 Romain Baret Trio / Florent

Briqué / Eric Prost

Le 6 The Bridge #14 (Keefe

Jackson / Dave Rempis /

Christine Wodrascka / Didier

Lasserre / Peter Orins)

Les 9 et 10 Line up secret pour

les 10 ans du Périscope

Le 22 Da Break

LYON, Le Sirius

(04 78 71 78 71)

Le 6 Antoine Bacherot / James

Cammack / Josselin Hazard

Le 27 Sirius Organ Trio / Jim

Rotondi

LYON, Hot Club

(04 78 39 54 74,

hotclubjazzlyon.com)

Le 16 Crom 4tet

MÂCON, Le Crescent (03 85 39

08 45, lecrescent.net)

Le 2 Kairos 5tet

Le 3 Hervé Salamone 9net

Le 9 Joseph Bijon Trio

Le 10 Mickaël Sévrain 5tet

Le 23 Jam blues et jazz

Le 24 Malcolm Braff Trio (Reggie

Washington / Lucas Koenig)

MARCIAC, L’Astrada

(jazzinmarciac.com)

Le 10 L’Orchestre Jim dirigé

par Baptiste Trotignon, Baptiste

Trotignon & Alain Jean-Marie

MELLE, Café du Boulevard

(05 49 27 01 28)

Le 10 Pulpe (Pierre-Yves

Desoyer / Josselin Arhiman /

Romain Berce)

METZ, Les Trinitaires

(03 87 20 03 03, fragmentasso.com)

Le 6 Emmanuelle Parrenin,

Joëlle Léandre / Serge Teyssot-

Gay

METZ, Bibliothèque Universitaire

(fragment-asso.com)

Le 15 The international Nothing

NANTES, Pannonica

(02 51 72 10 10, pannonica.

com)

Le 2 Antonin Leymarie Magnetic

Ensemble (Linda Olah / Fabrizio

Rat / Adrien Spirli / Matthieu

Desbordes / Benjamin Flament),

Môme

Le 7 Cape Doctor “South African

Jazz Party” (Louis Laurain /

Bertrand Denzler / Sébastien

Beliah / Hannes Lingens)

Le 9 La Baronne Bleue avec

Chloé Cailleton, Philippe Alaire

Le 11 Sébastien Troendlé Rag

N’ Booggie

Le 12 Émile Parisien / Vincent

Peirani, Paul Lay Alcazar Trio

(Isabel Sörling / Simon Tailleu),

Alban Darche Orphicube

Le 16 Market Street Tribute To

Joe Zawinul, Qobalt

Le 17 Big Band’y

Le 21 Susanne Abbuehl /

Stéphan Oliva / Øvind Hegg-

Lunde

Le 23 Freaks (Théo Ceccaldi

/ Mathieu Metzger / Quentin

Biardeau / Giani Caserotto

/ Valentin Ceccaldi, Etienne

Ziemniak), Erwan Salmon

Le 24 Manuel Adnot & Erwan

Salmon

NEVERS, Maison de la Culture

(03 86 93 09 00, djazznevers.

com)

Le 9 Laurent Gaudé / Louis

Sclavis

ORLÉANS, Théâtre (02 38 62

45 68, theatredorleans.fr)

Le 10 Omer Pulse 5tet avec

Omer Yehouessi

PERPIGNAN, Casa Musicale

(Saison Jazzebre, jazzebre.com)

Le 15 Philippe Mouratoglou /

Bruno Chevillon / Ramon Lopez

POITIERS, Le Tap (tap-poitiers.

com)

Le 2 Thomas De Pourquery

Supersonic (Fabrice Martinez

/ Laurent Bardainne / Arnaud

Roulin / Frederick Galiay /

Edward Perraud)

Le 9 La Nòvia joue In C de

Terry Riley

POITIERS, Le Confort Moderne

(jazzapoitiers.org)

Le 3 Fish From Hell (Marc

Démereau / Sébastien Bacquis /

Fabien Duscombs)

Le 14 The Bridge #14 (Keefe

Jackson / Dave Rempis /

Christine Wodrascka / Didier

Lasserre / Peter Orins)

POITIERS, le Carré bleu

(jazzapoitiers.org)

Le 7 Novembre (Antonin-Tri

Hoang / Romain Clerc-Renaud /

Thibault Cellier / Elie Duris)

POUZAUGES, L’Echiquier

(02 51 61 46 10)

Le 8 Sine Eeg / Jacob

Christoffersen

QUIMPER, Théâtre Max Jacob

(02 98 98 89 00, theatrecornouaille.fr)

Le 18 Miguel Zenon 4tet (Luis

Perdomo / Hans Glawischnig /

Henry Cole)

REIMS, Théâtre du Chemin Vert

(03 26 77 77 76, infoculturereims.fr)

Le 2 Manu Domergue Raven

Quartet (Raphaël Illes / Damien

Varaillon / Nicolas Grupp)

RENNES, Le Ty Anna Tavern

(02 99 79 05 64)

Le 3 Soultime

Le 4 Made 3

SABLÉ-SUR-SARTHE,

L’Entracte (02 43 62 22 22,

lentracte-sable.fr)

Les 22, 23 Le Sacre du Tympan

“Cartoons”

SAINT-CLAUDE, maison du

Peuple

Le 3 Ursus Minor (François

Corneloup / Tony Hymas / Grego

Simmons / Rodney Ruckus) /

Crescent Moon

SAINT-ÉTIENNE, Le Fil (04 77

34 46 40, le-fil.com)

Le 8 Jean-Philippe Scali 5tet

(Glenn Ferris / Fred Nardin /

Samuel Hubert / Philippe Maniez)

Le 9 Minino Garay 4tet (Manu

Codjia / Malcolm Braff / Felipe

Cabrera), Opso

Le 11 David Bressat 5tet

(Aurélien Joly / Eric Prost /

Florent Nisse / Charles Clayette)

SAINT-NAZAIRE, Café Scott

(09 70 31 31 00)

Le 24 Clément Abraham 4tet

SAINTE-ANASTASIE, La

Bergerie (04 34 28 16 84,

labergerie-restaurant.fr)

Le 16 The Bridge #14 (Keefe

Jackson / Dave Rempis /

Christine Wodrascka / Didier

Lasserre / Peter Orins)

SCHILTIGHEIM, Salle des

Fêtes (03 88 83 84 85, villeschiltigheim.fr)

Le 7 Joëlle Léandre / Serge

Tessot-Gay

Le 14 Paul Lay Alcazar Trio

(Isabel Sörling / Simon Tailleu)

Le 17 Moutin Réunion 5tet

(Christophe Monniot / Manu

Codjia / Jean-Michel Pilc)

LA SUITE DE L’AGENDA EN

PAGE 81

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 77


le live

Fabien Barontini et Fabien Simon

GROS PLAN

JEAN-BAPTISTE MILLOT

Sons d’hiver ? Tout Fabien !

Tandis que la vingt-septième édition du festival vient de

commencer, rencontre avec le créateur de Sons d’hiver, Fabien

Barontini, et son successeur Fabien Simon.

Jazz Magazine Fabien Barontini,

vous êtes le directeur de Sons

d’hiver depuis sa création. Pouvezvous

nous rappeler en quelques

mots l’histoire de ce festival ?

Fabien Barontini Sons d’hiver

est né en 1991 quand le Conseil

départemental du Val-de-Marne a

souhaité donner plus d’ampleur à

un petit festival qui s’appelait Avril

Swing. La DRAC d’Ile-de-France

s’est associée au projet, et on

s’est retrouvé avec suffisamment

de moyens pour multiplier nos

partenaires dans le Val-de-Marne.

La Région Ile de France a aussi

apporté un soutien important au

nouveau festival. On bénéficiait de

l’impulsion politique qui avait permis

la naissance d’un grand nombre de

festivals de jazz au cours des années

1980, une dynamique qui elle-même

s’inscrivait dans le prolongement

du mouvement associatif qui avait

pris son essor dans les années 1970.

C’est dans cet état d’esprit très

collectif que je me suis retrouvé à

assumer dès sa naissance le rôle de

directeur et de programmateur du

festival. A l’époque, j’étais encore

prof de français, et il y avait une

vraie dimension militante dans le fait

de m’occuper de ça parallèlement.

D’un point de vue artistique, notre

préoccupation a tout de suite été de

donner à entendre les différentes

façons qu’avait le jazz à ce momentlà

de son histoire d’entrer en relation

et de s’articuler avec toutes les

formes émergentes de la musique

populaire et expérimentale, l’électro,

le hip-hop, le rock ou les musiques

du monde. C’était très intuitif au

départ, et on peut dire qu’on a fait

figure de pionnier dans la mise en

lumière de ce type d’hybridations. Et

puis, au tournant des années 2000,

c’est en toute conscience qu’on a fait

le choix d’axer notre programmation

sur ces nouveaux dialogues par

lesquels le jazz dans ses formes les

plus avancées et engagées demeurait

selon nous une musique en phase

avec notre époque. C’est le moment

où j’arrête l’Éducation Nationale, et

où je ne fais plus que m’occuper de

Sons d’hiver…

Lorsqu’on reste à la tête d’un

festival comme Sons d’hiver

pendant plus de vingt-cinq ans,

comment fait-on pour ne pas se

répéter ?

FB Prendre conscience de ses

penchants, de ses habitudes

de pensée, de ses réflexes de

programmation pour essayer, sinon

d’en sortir totalement, au moins

de les remettre régulièrement en

question, c’est une préoccupation

continuelle quand on fait ce type de

métier. Je ne sais pas si j’ai toujours

réussi au cours de ces années à

m’extraire de ma bulle, mais c’est

aussi une des raisons pour lesquelles

j’ai décidé de passer la main. Même

si l’on partage beaucoup de goûts

et de valeurs avec Fabien Simon,

qui va prendre ma succession, c’est

quelqu’un d’une autre génération

qui pose obligatoirement un autre

regard sur le monde et sur la

scène musicale. Je pense que ce

renouvellement est une chance

pour le festival. Se plonger dans la

création musicale de son temps pour

en offrir une vision personnelle, c’est

réfléchir sur l’état de la société. La

musique ne se fait pas en dehors du

monde, elle est le reflet des idées qui

circulent et façonnent les mentalités,

et programmer, choisir, braquer son

projecteur sur tel ou tel artiste, tel ou

tel courant, c’est s’engager. Durant

ces vingt-cinq ans, j’ai développé

des sortes de partenariats avec

des artistes que j’ai accompagnés

dans leurs recherches et leurs

évolutions. Et ces compagnonnages,

ces dialogues féconds que j’ai pu

entretenir avec eux ont élargi mon

horizon. En apportant des réponses

artistiques aux questions que je me

posais, en ouvrant sur de nouvelles

78 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


problématiques et de nouveaux

champs d’investigation, ces musiciens

m’ont souvent surpris, bousculé dans

mes certitudes : ouvert l’esprit.

Comment avez-vous organisé votre

succession ?

FB J’ai commencé à penser qu’il fallait

que je parte il y a environ trois ans

et j’ai commencé à en faire part aux

institutions qui nous financent pour

que tout se fasse dans la plus grande

transparence. Il y a eu un appel à

candidature qui précisait le profil du

poste à pourvoir et un jury s’est mis

en place qui a statué en analysant la

cinquantaine de propositions qui nous

sont parvenues. A l’arrivée on s’est

retrouvé avec une short list de quatre

personnes à qui il a été demandé un

dossier plus fourni détaillant leur

projet, et c’est finalement Fabien

Simon qui a été choisi !

Fabien Simon, quelle était la nature

de votre projet ?

Fabien Simon Ces cinq dernières

années j’ai dirigé le festival Météo

à Mulhouse, qui à l’origine était

un festival de free music et de

musique improvisée et qui, au fil des

changements de programmateurs,

s’est ouvert au rock expérimental, à

la musique électronique, au hip-hop,

au domaine contemporain, bref, a fait

tomber définitivement les barrières

stylistiques. Il se trouve que pour moi

Sons d’hiver a toujours été un festival

de référence, un de ceux où j’ai assisté

à mes plus beaux concerts, et que

l’on s’est toujours senti beaucoup

d’affinités artistiques avec Fabien.

Si l’on regarde la programmation du

festival de cette année, qu’il a conçue

seul, je pourrais la cosigner à 80%.

Quand j’ai su que le poste était à

pourvoir, l’occasion était trop belle, et

j’ai proposé un projet qui s’inscrivait

dans une forme de continuité. C’est

un festival qui possède une telle

singularité dans le paysage que je

ne me voyais pas tout révolutionner

juste pour faire du neuf. Cet axe

transatlantique fort générant des

rencontres inédites entre la scène

française et les musiciens américains,

cet intérêt toujours renouvelé pour

la musique afro-américaine sous

toutes ses formes, tout ça m’intéresse

énormément, et je compte bien

continuer de développer cette ligne.

Ceci étant, j’ai très envie d’apporter

ma sensibilité et, a priori, j’ai

l’intention de ne rien m’interdire. Je

pars du constat très simple que dans

l’appellation Sons d’hiver il n’est fait

nulle part mention de jazz, et que

si cette musique demeure au cœur

de son ADN, Sons d’hiver n’est pas

à proprement parler un festival de

jazz. Et là, ça ouvre véritablement de

grands horizons esthétiques !

Vers quel type de musiques

comptez-vous ouvrir votre

programmation ?

FS A partir de ce tropisme afroaméricain

que je désire continuer

d’alimenter, je pense m’ouvrir

encore plus résolument aux

nouvelles formes de musique

populaire en me focalisant

notamment sur les convergences

toujours plus riches du jazz avec le

hip-hop. Mais je m’intéresse aussi

à beaucoup d’autres cultures. J’ai

grande envie d’intégrer plus de

projets spécifiquement européens –

la scène contemporaine y est d’une

extrême richesse, notamment dans

les pays scandinaves. Et pourquoi

pas ne pas lancer d’autres ponts

avec l’Afrique ou l’Asie sur le modèle

de ce que le festival a su si bien

faire avec les scènes de Chicago,

Minneapolis et New York ces

dernières années ? Je ne suis pas

dogmatique, je marche à l’instinct,

je vais voir beaucoup de concerts,

je parle aux musiciens, j’écoute

leurs projets et j’essaie à partir

de tout ça de dresser un portrait

personnel et cohérent de la scène

musicale contemporaine. Proposer

un point de vue sur la création

d’aujourd’hui, c’est le rôle essentiel

d’un programmateur ! Ce rapport

étroit entre musique et société que

le festival au cours de son histoire

n’a cessé de développer demeurera

un axe central de notre réflexion

et de notre action. J’aimerais

beaucoup que l’on travaille à trouver

de nouvelles façons de tisser du lien

entre la vie des gens et la musique.

Savoir quelle forme cela va prendre

reste encore à définir…

FB …et à inventer. L’intérêt de l’art

et de la musique est de bousculer

nos certitudes, aiguillonner notre

curiosité. La beauté est vivante,

imprévisible. Elle est créolisation

telle que le poète Édouard

Glissant l’entend. Elle refuse tout

conformisme, toute complaisance

et interroge notre capacité à être

vraiment libre. •

AU MICRO : STÉPHANE OLLIVIER

Sons d’hiver, du 26 janvier au 17 février

NET sonsdhiver.org

LA JAM

demenage

A GAGNER

// 1 voyage pour New York

// des cheques cadeaux

(achat instrument a vent)

1 ER SET : CONCERT

2 EME SET : JAM

Concours 2018

Inscription (gratuite) sur place 20h-21h30.

59 rue Mouzaia

75019 Paris

Metro : Place des fetes ou Pre St Gervais

Bus : PC2/PC3 Mouzaia - L48 Pre Saint Gervais - L75 Rhin et Danube

www.popupthejam.com

Février 2018 Numéro 702 Jazz Magazine 79


LA BOUTIQUE

le live

Toujours en vente !

Le hors-série Ahmad Jamal

Une vie au piano +

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Son album collector réédité

pour la 1 re fois en CD

9,90€

seulement

* Frais de port inclus

À retourner sous enveloppe

affranchie à :

*

Le 22 Giovanni Mirabassi Trio /

Sarah Lancman

SEYNOD, Auditorium de

Seynod (04 50 52 05 20,

auditoriumseynod.com)

Le 8 Olivier Ker Ourio Jazz

Réunion 9net

STRASBOURG, Fossé des

Treize (jazzdor.com)

Le 2 Deep Ford (Robin Fincker

/ Benoit Delbecq / Sylvain

Darrifourcq), Laurent Stoutzer

Praxis Trio (Bruno Angelini / Fred

Chiffoleau / Luc Insenman)

STRASBOURG, Espace Django

(jazzdor.com)

Le 22 Carte Blanche au Collectif

Oh! avec La Strizza, Freez et

Lucien Dubuis

TARBES, Le Parvis (05 62 90

08 55, parvis.net)

Les 8, 9 Blind (Erwan Keravec

ou Mickaël Cozien / Hélène

Labarrière ou Élise Dabrowski /

Raphaël Quenehen ou Clément

Dechambre / Philippe Foch ou

Héloise Divilly)

Le 11 Blind For Kids (Erwan

Keravec)

TOULOUSE, Le Taquin (05 61

21 80 84, le-taquin.fr)

Le 2 The Bridge #14 (Keefe

Jackson / Dave Rempis / Peter

Orins / Christine Wodrascka /

Didier Lasserre)

TOULOUSE, Salle Nougaro (05

61 93 79 40, sallenougaro.com)

Le 6 Sandra Nkaké

TOULOUSE, Jazz au Mercure

(jazzaumercure.com)

Les 10, 11 French Sumo Trio

TOULOUSE, Espace Job (05 31

22 98 72, mjcpontsjumeaux.fr)

Le 15 Ostaar Klaké (Marc

Démereau / Florian Nastorg /

Nicolas Lafourest / Lina Lamont

/ Fabien Duscombs)

TOURS, Le Petit Faucheux

(02 47 38 67 62,

petitfaucheux.fr)

Le 1 er The Bridge #14 (Keefe

Jackson / Dave Rempis / Peter

Orins / Christine Wodrascka

/ Didier Lasserre) avec Mike

Reed’s Flesh & Bone

Le 10 Soweto Kinch Trio, Gumbo

Jam

Le 17 Daniel Humair Trio (Lê

Quang / Stéphane Kerecki),

Fadafeï

Le 24 Un Poco Loco (Fidel

Fourneyron / Geoffroy Gesser

/ Sébastien Beliah), Electric

Vocuhila (Maxime Bobo / Boris

Rosenfeld / Jean-François

Riffaud / Etienne Ziemniak)

VALENCE, Auditorium de JAV

(04 75 78 50 86)

Le 1 er Jean-Philippe Viret

Quatuor Supplément d’Âme, Jav

Contreband avec Thomas de

Pourquery

VALENCE, Théâtre (theatre.

valence.fr)

Le 3 Thomas de Pourquery

Supersonic (Fabrice Martinez

/ Laurent Bardainne / Arnaud

Roulin / Frederick Galiay /

Edward Perraud)

VENDÔME, L’Hectare (02 54 89

44 20, lhectare.fr)

Le 16 Jean-Christophe Cholet

Diagonal & Hymne à la nuit “Le

Tombeau de Poulenc”

VILLENEUVE-D’ASCQ, La

Ferme d’En Haut (03 20 31 90

50, jazzaveda.com)

Le 11 Hee Jazz Extended avec

Mohamed Abozekry

VITROLLES, Le Moulin à Jazz

(04 42 79 63 60, charliefree.

com)

Le 3 Binker & Moses

Le 17 The Bridge #14 (Keefe

Jackson / Dave Rempis /

Christine Wodrascka / Didier

Lasserre / Peter Orins)

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BP 50420 – 77309 Fontainebleau cedex

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Par téléphone

01 60 39 69 59

JZ0150

ÉTRANGER

BELGIQUE

BRUXELLES, Bozar

(+32 (0)2 507 84 44)

Le 18 Jazz At Lincoln Center

Orchestra avec Wynton Marsalis

Le 23 Robin Verheyen / Marc

Copland / Drew Gress / Billy Hart

BRUXELLES, Flagey

(+32 (0)2 641 10 20)

Le 2 Bram Weitjers Crazy Men

6tet

Le 21 Brad Mehldau “Three

Pieces After Bach”

Le 22 Shai Maestro

Le 24 Bugge Wesseltoft

Le 28 Jakob Trio (Thomas

Morgan / Joey Baron)

BRUXELLES,

Jazz Station

Le 1 er Jazz Station Big Band

Le 7 Voir Jazz Tour ci-dessous

Le 21 Lionel Beuvens Motu 4tet

Le Marco Locurcio MLG 4tet

avec Jean-Paul Estievenart

DEURNE

Les 10, 11 Quintessence Big

Band

RONSE, CC de Ververij

Le 16 Heleen Van Haegenborgh

/ Christian Mendoza

SINT-NIKLAAS, Casino

Le 1 er Heleen Van Haegenborgh

/ Christian Mendoza,

Rawfishboys (Joachim

Badenhorst / Brice Soniano)

TOURNAI, Tournai Jazz

Festival (+32 (0)69 25 30 70,

maisonculturetournai.com)

Le 1 er Phil Abraham 4tet, Michel

Jonasz, Sacha Toorop

Le 2 Lisa Simone

Le 3 Igor Gehenot 4tet (Alex

Tassel / Viktor Nyberg / Jérôme

Klein), Rhoda Scott Lady 4tet,

Lisa Simone 4tet (Hervé Samb

/ Reggie Washington / Sonny

Troupé), carte blanche à

Stéphane Mercier (David Linx /

Fabrice Alleman / Toine Thys /

Jean-François Prins / Nathalie

Loriers / Jean-Louis Rassinfosse

/ Bruno Castelucci…), Rhoda

Scott Lady 4tet (Sophie Alour

/ Lisa Cat-Bero / Julie Saury),

Stacey Kent / Jim Tomlinson

4tet, Didier Lockwood 4tet

(Antonio Farao / Daryl Hall /

André Ceccarelli), Eric Legnini

Waxx Up (Michelle Willis / Julien

Herné / Franck Agulhon)

Le 4 The Nato Jazz Orchestra,

Dorado & Amati Schmitt 5tet

avec Alexandre Cavaliere,

Diederik Wissels Pasarela 5tet

(Nicolas Kummert / Thibault Dille

/ Victor Fouon / Emily Allison)

JAZZ TOUR LUNDIS

D’HORTENSE avec Catharsis

Trio (Gregory Houben / Quentin

Dujardin / Ivan Paduart)

Le 3 à Mazy (Jazz9), le 8 à

Ottignies-Louvain-la-Neuve

(Ferme du Biéreau), le 9 à

Comines (salle du Lys Music

Orchestra), le 10 Mouscron

(Centre culturel Marius Staquet),

le 17 à Eupen (Kulturzentum

Jüglingshaus, le 22 Lasne

(Le Rideau rouge), le 24 à

Sensenruth (Bouillon blanc).

SUISSE

GENÈVE, Amr Jazz Festival,

du 27 février au 4 mars (amrgeneve.ch)

Le 27 Thomas Florin, Han

Bennink, Christian Wallumrod

Ensemble

Le 28 Nicolas Masson 4tet,

Soweto Kinch 4tet (Jay Phelps /

Nick Jurd / Will Glaser)

LAUSANNE, Chorus (chorus.ch)

Le 1 er Rhythm Scientists (HEMU)

Le 2 Snow Owl Trio avec Jenn

Jade

Le 3 Daniel Humair Trio (Vincent

Le Quang / Stéphane Kerecki)

Le 8 Atelier Pierangelo

Crescenzio, Forkei (EJMA)

Le 9 Tom Brunt Black Buoy

Project

Le 10 Vincent Herring 4tet

(David Kikoski / Essiet Essiet /

Joris Dudli)

Le 15 Rhythm Scientists, Tribute

To Jo Zawinul (HEMU)

Le 16 Miguel Zenon 4tet (Luis

80 Jazz Magazine Numéro 702 Février 2018


Perdomo / Hans Glawischnig /

Henry Cole)

Le 17 Amine & Hamza “The

Band Beyond Borders” avec

Vincent Peirani

Le 22 A Tribute To Tower Of

Power, Standards Revisited

(HEMU)

Le 23 Big Up’ Band avec Joanne

Gaillard

Le 24 Alex Stuart Group (Irving

Acao / Arno de Casnove / Ouriel

Ellert / Antoine Bainville)

Le 28 The Arts Of Trio, E La

Nave Va (HEMU)

RADIO

24 HEURES SUR 24

TSF Jazz (98.1 Amiens / 98.1

Antibes / 107.5 Arcachon / 98.5

Bourg-en-Bresse / 98.1 Cannes

/ 91.4 Chambéry / 97.7 Laval /

90.2 Nevers / 98.1 Nice / 106.7

Orléans / 89.9 Paris / 96.6

Poitiers / 106.9 Saint-Brieuc /

89.5 Valence) (tsfjazz.com)

Avec entre autres :

MATINS JAZZ, de 6h à 9h30,

par Laure Albernhe

DELI EXPRESS, du lundi

au vendredi de 12h à 13h,

actualités du jazz par Jean-

Charles Doukhan

JAZZLIVE, du lundi au vendredi

de 20h à minuit, jazz sur scène

par Sébastien Doviane

LES LUNDIS DU DUC, le lundi de

19h à 20h, en direct du Duc des

Lombards, par Sébastien Vidal et

Laurent Sapir

BON TEMPS ROULER, le mardi

de 19h à 20h (rediffusion le

samedi), par Jean-Jacques

Milteau

PORTRAIT IN JAZZ, les mercredi

de 19h à 20h (rediffusion le

dimanche), par Laurent de Wilde

MADE IN CHINA, le jeudi de 19h

à 20h (rediffusion le samedi à

11h), par China Moses

JAMIE CULLUM SHOW,le

vendredi de 19h à 20h

(rediffusion le dimanche à 11h,

par Jamie Cullum

SWING FM (101.2 Limoges /

swingfm.asso.fr)

JAZZ RADIO (97.3 Lyon /

jazzradio.fr)

RADIOS NATIONALES

FRANCE INFO

TENDANCES JAZZ, le dimanche

plusieurs fois par jour, par Anne

Chépeau

FIP

CLUB JAZZAFIP, tous les jours

de 19h à 20h

FRANCE MUSIQUE

À L’IMPROVISTE, le jeudi de 23h

à minuit, par Anne Montaron

Le 1 er Serge Pey / Kiko Ruiz

Le 8 Sarah Murcia / Kamilya

Jubran

Le 15 Toma Gouband Solo,

Antonin Gerbal / Daichi

Yoshikawa, Eve Risser White

Desert Orchestra

Le 22 Camille Emaille

BANZZAÏ, du lundi au vendredi

de 19h à 20h, par Nathalie Piolé

Le 12 Emile Parisien et Vincent

Peirani (En direct de Nantes pour

le centenaire du premier concert

de jazz en Europe)

EASY TEMPO, le dimanche de

18h à 20h, par Thierry Jousse et

Laurent Valero

JAZZ CLUB, le samedi de 19h à

20h, par Yvan Amar

Le 10 Michel Portal Special

Project avec Chris Potter

Le 17 Roberto Negro

Le 24 Orphicube d’Alban Darche

LES LÉGENDES DU JAZZ, le

samedi de 18h à 19h, par

Jérôme Badini

Le 4 Ben Webster

Les 10, 11 Bill Evans

Les 17, 18 Claude Nougaro

Les 24, 25 Randy Weston

OPEN JAZZ, du lundi au

vendredi de 18h à 19h, par

Alex Dutilh

Le 1 er Henri Texier

Le 2 Yoann Loustalot, Old and

New Songs (en public à la Folle

Journée de Nantes)

Le 5 Sophie Alour

Le 6 Julian Lage

Le 7 nOx.3 & Linda Olah

Le 8 Melody Gardot

Le 9 Teddy Wilson

Le 12 Centenaire du 1 er concert

de jazz en France, en direct de

Nantes

Le 13 Mary Halvorson

Le 14 Kate McGarry

Le 15 Bruno Ruder, Rémi

Dumoulin

Le 16 Shabaka Hutchings & la

jeune scène londonienne

Le 19 Matthis Pascaud

Le 20 Steve Slagle

Le 21 Steve Coleman

Le 22 Céline Rudolph & Lionel

Loueke

Le 23 Norma Winstone

Le 26 Andy Sheppard

Le 27 Owen Broder

Le 28 Hugh Coltman

___

JEU 08 FÉV. 20H30

MADELEiNE

& SALoMON

+ ET PArFoiS

LA FLEuR EST

uN CouTEAu

un concert dramatique

de Mélissa Laveaux

___

SAM 10 FÉV. 17H *

LA DYNAMO ACCUEILLE

ANNE-GABRIEL

DEBAECKER

uN uNiVErS DANS

LA CANoPÉE

___

MAR 13 FÉV. 20H30

EN OUVERTURE : MASTERCLASS DIRIGÉE

PAR FLORENT PUJUILA AVEC LES ÉLÈVES

DU CRD DE PANTIN

PuJuiLA QuARTET

PASS DYNAMO

ABONNEZ-VOUS!

TARIFS

20 € OU 24 €

= 4 CONCERTS

TARIFS 14€ I 10€ I 8€

___

JEU 15 FÉV. 19H30

DANS LE CADRE DE NEMO

Concert / conférence /

lives et vidéo

+ DAViD RoTHENBERG

meets MESSiAEN

1 re mondiale jazz du traité

d'ornithologie

d'olivier Messiaen

___

VEN 16 I 20H30

DANS LE CADRE DE NEMO

DAViD RoTHENBERG

et SCANNER

+ RADiAN

* 10/02 : ENTRÉE LIBRE SUR RÉSERVATION RP@BANLIEUESBLEUES.ORG

01 49 22 10 10 BANLIEUESBLEUES.ORG

RFI

L’ÉPOPÉE DES MUSIQUES

NOIRES, le samedi à 22h30 et

le dimanche à 16h30, par Joe

Farmer

1446_LADYNAMO_18_AP_JZMAG_92x126_FEV.indd 1 11/01/2018 1

EUROPE 1

EUROPE 1 MUSIC CLUB, le

dimanche de 17 h à 18 h, par

Jean-Philippe Balasse et Emilie

Mayozer avec Frédéric Goaty

RTL

L’HEURE DU JAZZ, le dimanche

de 23h à minuit, par Jean-Yves

Chaperon

TV

MEZZO (les temps forts du

mois, programmes complets sur

mezzo.tv)

Le 8 CHET BAKER

20h30 Chet Baker, 1964, par

Serge Leroy

Le 8 ERIK TRUFFAZ

21h05 Erik Truffaz,

Jazzdor 2013, par Samuel

Thiébaut

22h20 Erik Truffaz,

Jazz sous les Pommiers 2016 ,

par Thierry Villeneuve

Le 15 PIANO JAZZ

20h30 Chick Corea & McCoy

Tyner jouent Monk, Munich

Klaviersommer 1983, par Janos

Darvas

20h40 Chucho Valdés 4tet,

Alfa Jazz Fest en Ukraine 2017,

par Amos Rozenberg

22h15 Harold Lopez-Nussa,

Banlieues bleues 2017, par

Guillaume Dero

23h15 Tigran Hamasyan,

Montréal 2017, par Mathieu

Mastin

MEZZO LIVE HD (les temps

forts du mois, programmes

complets sur mezzo.tv)

Le 21 JAZZ IN MARCIAC 2017,

par Jean-Marc Birraux

20h30 Didier Lockwood 4tet

21h30 Wynton Marsalis 7tet

22h30 Carte Blanche à Henri

Texier

Le 28 JAZZ À LA VILLETTE

2017

20h30 Omer Avital 5tet, par

David Unger

21h30 Dianne Reeves, par