Le magazine CNC, hiver 2019

natureconservancyofcanada

HIVER 2019

Vivre le

territoire

Les efforts de conservation menés par les Autochtones contribuent

à la réconciliation et au lien entre les humains et le territoire.


De nouveaux

sentiers pour

la conservation

Une nouvelle dynamique se dessine

pour la conservation de la nature

au Canada, dans laquelle les

Autochtones retrouvent leurs voix. Nous

vivons une période de changements « où les

peuples autochtones décideront de ce que la

conservation et la protection signifient pour

eux et pour les terres ainsi que les eaux, et que

l’espace leur est donné pour diriger la mise en

œuvre de celles-ci dans leurs territoires. » 1

Conservation de la nature Canada (CNC)

reconnaît le profond lien spirituel qui unit

les peuples autochtones aux territoires sur

lesquels ils ont veillé depuis des millénaires.

Chef de file du domaine de la conservation,

CNC reconnaît également avoir beaucoup

à apprendre des savoirs traditionnels

autochtones, lesquels aideront nos équipes

à mieux gérer et conserver les terres.

CNC mène déjà de nombreux et fructueux projets

en collaboration avec des communautés

autochtones d’un océan à l’autre, à l’autre. Dans

ce numéro de notre magazine, vous pourrez

en apprendre plus sur certaines des approches

innovatrices qui découlent de ces partenariats.

Nous pouvons toutefois en faire encore

davantage. CNC a en effet une occasion sans

précédent de faire bénéficier les communautés

et nations autochtones des compétences que

nous avons acquises pour les épauler dans

l’atteinte leurs objectifs de conservation.

Nous croyons qu’en œuvrant ensemble dans

un esprit de réconciliation, nous pouvons

contribuer à rétablir les liens unissant les

peuples autochtones et le territoire. Nous entrevoyons

un avenir où nos relations avec les

communautés autochtones se développent et

sont fondées sur le respect mutuel et le désir

partagé d’atteindre des objectifs de conservation

de grande envergure et durables pour le

bien de cette Terre que nous partageons tous.

John Lounds

John Lounds

Président et chef de la direction

1

Nous nous levons ensemble, 2018. Cercle autochtone d’experts.

Conservation de la nature Canada | 245, avenue Eglinton Est, bureau 410 | Toronto (Ontario) Canada M4P 3J1

magazine@conservationdelanature.ca | Tél. : 416 932-3202 | Sans frais : 1 800 465-0029

Conservation de la nature Canada (CNC) est le chef de file au pays en matière de conservation des terres, œuvrant à la protection

de nos milieux naturels les plus importants et des espèces qu’ils abritent. Depuis 1962, CNC et ses partenaires ont contribué à la

protection de 2,8 millions d’acres (plus de 1,1 million d’hectares) de terres, d’un océan à l’autre.

Le magazine Conservation de la nature Canada est distribué aux donateurs et sympathisants de CNC.

MC

Marque de commerce de La Société canadienne pour la conservation de la nature

Imprimé sur du papier Rolland Opaque fait à 30 % de fibres post-consommation, certifié Écologo et Procédé

sans chlore. Ce papier est fabriqué au Canada par Rolland, qui utilise le biogaz comme source d’énergie.

L’impression est effectuée au Canada, avec des encres végétales par Warrens Waterless Printing. La publication

de ce magazine a sauvegardé 29 arbres et 104 292 litres d’eau*.

Graphisme par Evermaven.

FSCMD n’est pas responsable des calculs concernant l’économie des ressources réalisée en choisissant ce papier.

TKTKTKTKTKTKT

CALCULATEUR : WWW.ROLLANDINC.COM/FR. COUVERTURE : ALEXANDER KAYSEAS (OSKĀPĒWIS, NOM DONNÉ PAR SON GRAND-PÈRE, SIGNIFIANT « ASSISTANT DE L’AÎNÉ », ALORS QU’ON LE PRÉPARE À RECEVOIR LES ENSEIGNEMENTS DE LA TERRE-MÈRE ET DES AÎNÉS). PHOTO DE DANE ROY. CETTE PAGE : TERRITOIRE DU TRAITÉ NO 4, SASK. PHOTO DE DANE ROY.

*

2 HIVER 2019 conservationdelanature.ca


HIVER 2019

SOMMAIRE

Conservation de la nature Canada

14 Conserver pour lutter

contre les changements

climatiques

Conserver la nature contribuera au stockage

du carbone ainsi qu’à l’adaptation de la

population et de la vie sauvage aux impacts

des changements climatiques.

16 Pointe Saint-Pierre

Ce trésor gaspésien recèle des joyaux naturels

et historiques qui méritent d’être explorer.

Découvrir son identité

dans la nature

Par Raechel Bonomo, créatrice de contenu et rédactrice

TJ WATT. AVEC LA PERMISSION DE RAECHEL BONOMO.

17 Conscience durable

L’artiste et commissaire d’exposition anichinabée

Jaimie Isaac honore son lien à la nature en

utilisant toujours une bouteille réutilisable.

18 Liés au territoire

Des peuples autochtones et CNC s’associent

pour conserver des terres où se conjuguent

valeurs, langues et culture autochtones.

12 Renard véloce

Filant à des vitesses pouvant atteindre les

60 km/heure, ce renard porte bien son nom.

14 CNC à l’œuvre

Agrandir Darkwoods (C.-B.); grande nouvelle

pour la petite chauve-souris brune (Sask.);

ski de fond pour la conservation (QC).

16 La notion de réciprocité

Eli Enns, politologue Nuu-chah-nulth

canadien, explique comment les efforts de

conservation menés par les Autochtones

contribuent à la réconciliation et au lien entre

les humains et le territoire.

18 Il n’y a rien de tel!

Souvenirs d’une merveilleusement

longue saison passée sur le « Grand Lac »

(lac Supérieur), en Ontario.

J’ai longtemps cherché à comprendre ce que voulait dire « être Autochtone ».

Je savais que mon grand-père était Kanien’keha’:ka (Mohawk), mais j’ai toujours

senti un fossé spirituel entre ma culture et mon identité. Que pouvait

signifier le fait d’être Autochtone, et quelles étaient mes responsabilités à l’égard

de ma communauté et de la Terre-Mère?

Ce n’est que lorsque je suis sortie pour aller dans la nature que j’ai commencé

à trouver des réponses à ces questions. J’ai découvert mon identité sur le territoire.

Dans les mots de Darryl Chamakese, rapportés par l’auteure d’origine saulteaux

Michelle Brass dans l’article Liés au territoire, « Valeurs, langues et culture

sont indissociables du territoire. » La culture autochtone vit et respire dans l’eau

des rivières et des ruisseaux, et dans les grands arbres qui étendent leur ombre

sur les plantes qu’ils surplombent.

La résilience des peuples autochtones et sa culture sont manifestes là où les

paysages sont florissants. Cette force trouve écho sur les sites sur lesquels veille

Conservation de la nature Canada (CNC) à travers le pays. Nous reconnaissons que

les peuples autochtones vivent en harmonie avec la diversité écologique depuis des

temps immémoriaux. CNC a beaucoup à apprendre du savoir traditionnel autochtone,

ce qui contribuera à faire de nous d’encore meilleurs protecteurs de la nature.

Je me vois et je vois ma culture dans le travail que nous accomplissons à CNC, et je

me sens si liée à mes frères et sœurs qui se reconnaissent eux aussi dans le territoire.

En m’entretenant avec Eli Enns, un politologue Nuu-chah-nulth canadien, j’ai

appris sur la réciprocité et comment les communautés autochtones ont vécu depuis

la création du monde. Les lois traditionnelles Nuu-chah-nulth guident M. Enns dans

son travail et dans sa relation au territoire. L’échange d’énergie avec le territoire, par

la réciprocité, nous permet de protéger les paysages naturels, de profiter de la nature

et d’avancer vers la réconciliation.

Que ce soit dans les collines de la vallée de la rivière Qu’Appelle dans le sud-est

de la Saskatchewan, un lieu de rencontre au cœur du territoire du Traité no 4, dans

la forêt montagneuse de Darkwoods, en Colombie-Britannique, ou ailleurs, nous

pouvons tous trouver une part de nous-mêmes dans la nature. Il suffit de sortir et

d’aller à sa rencontre.

conservationdelanature.ca

HIVER 2019 3


D’UN OCÉAN

À L’AUTRE

Conserver la nature

pour lutter contre

les changements

climatiques

La conservation jouera un rôle crucial dans nos efforts pour atténuer

les changements climatiques, en contribuant au stockage du carbone

et en permettant à la population et à la vie sauvage de s’adapter aux

conditions changeantes.

Avec la récente mise en garde du Groupe d’experts intergouvernemental

sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies selon laquelle il ne

nous reste qu’un peu plus d’une décennie pour limiter le réchauffement

planétaire, vient la possibilité d’agir.

En fournissant deux solutions en une pour réduire les impacts des changements

climatiques rapides, la nature jouera un rôle majeur dans nos actions. En effet, les

terres que nous protégeons et que nous restaurons emmagasinent le carbone et

aident la population et la nature à s’adapter au climat changeant.

La nature stocke le carbone depuis fort longtemps. Les combustibles fossiles que

nous brûlons aujourd’hui sont en fait du carbone séquestré par d’anciens milieux

forestiers, zones humides et océans. Protéger et restaurer de tels habitats permet à la

nature de continuer d’absorber l’excédent de carbone présent dans l’atmosphère.

Une étude récente publiée dans Proceedings of the National Academy of Science

révèle d’ailleurs que la conservation de la nature pourrait assurer le tiers de la

réduction des émissions qui est nécessaire pour empêcher une hausse de 2 °C de la

température moyenne à l’échelle mondiale.

Les milieux humides, les forêts et les prairies nous protègent d’événements

météorologiques extrêmes, comme les inondations et les sécheresses, ainsi que de

la hausse du niveau des mers. De plus, des habitats naturels intacts et connectés

aideront certaines espèces à déplacer leurs aires de distribution en réponse aux

changements climatiques.

À travers le pays, Conservation de la nature Canada (CNC) protège et restaure

certains des milieux naturels parmi les plus importants. Ces projets de conservation

sont essentiels à la protection de nos espaces naturels et de la vie sauvage, mais

également pour la diminution du carbone dans l’atmosphère et pour aider les

collectivités à faire face aux impacts des changements climatiques.

POUR EN SAVOIR PLUS

conservationdelanature.ca/changements-climatiques

PHOTO : GORDON MACPHERSON. ILLUSTRATION : CHELSEA PETERS.

4 HIVER 2019 conservationdelanature.ca


Voici quelques-uns des projets à travers

le pays où CNC contribue à réduire les

impacts des changements climatiques.

Colombie-Britannique

En plus d’être le plus vaste projet de conservation de terres

privées au pays et un tronçon clé du corridor faunique des

Rocheuses à l’échelle de l’Amérique du Nord, Darkwoods

stocke une quantité considérable de carbone. CNC obtient

des fonds pour la conservation en enregistrant et en

vendant des crédits de carbone certifiés associés à sa

propriété, permettant ainsi à des organisations de

compenser leurs émissions de gaz à effets de serre.

ILLUSTRATIONS : CHELSEA PETERS. PHOTOS : C.-B. : GORDON MACPHERSON; QC : ISTOCK; MAN.: JASON BANTLE; ONT. : CNC; N.-B. : MIKE DEMBECK.

Ontario

Québec

Les corridors écologiques

favorisent les déplacements des

espèces et des habitats naturels

en réponse aux changements

climatiques. Grâce au financement

provenant du Fonds vert

du Gouvernement du Québec,

CNC et ses partenaires fournissent

de l’information aux

résidents locaux et assurent la

sauvegarde de ces corridors.

Les milieux humides sont essentiels à plusieurs espèces sauvages.

Ils jouent également un rôle majeur dans la filtration de l’eau,

l’absorption des eaux de crue et la séquestration du carbone. Dans

les milieux humides de Minesing, CNC et ses partenaires ont

conservé plus de 5 500 hectares (13 500 acres). Voilà qui contribue

à protéger la nature, mais aussi les collectivités situées en aval qui

seront protégées des événements météo extrêmes qui sont en

hausse à cause des changements climatiques.

Manitoba

La planification de la conservation de la nature doit tenir compte des impacts des

changements climatiques, tels que les événements météorologiques extrêmes, les

inondations, et les fluctuations de températures. Au Manitoba, CNC procède à la mise

à jour de plusieurs de ses Plans de conservation d’aires naturelles afin que les changements

climatiques soient pris en considération dans les actions qui en découlent.

Nouveau-Brunswick

La protection et la restauration d’habitats

côtiers font partie d’une stratégie clé pour

aider à protéger les collectivités de la hausse

du niveau des mers ainsi que des marées

extrêmes résultant des changements climatiques.

CNC conserve des habitats côtiers

dans les quatre provinces de l’Atlantique. Les

propriétés de CNC y protègent des habitats

d’importance pour les oiseaux migrateurs

et pour d’autres espèces tout en servant de

zones de protection pour le littoral.1

HIVER 2019 5


SUR LES

SENTIERS

La pointe Saint-Pierre recèle de superbes

paysages et une abondante vie sauvage, en

plus d’être empreinte d’une riche histoire.

Pointe Saint-Pierre

Ce trésor de la péninsule gaspésienne, au Québec, recèle de joyaux

naturels et historiques qui méritent d’être explorés.

Située entre les villages de Gaspé et

Percé, la pointe Saint-Pierre constitue

l’habitat naturel de milliers d’oiseaux

de mer, dont l’arlequin plongeur et le garrot

d’Islande. Le phoque gris et plusieurs espèces

de baleines peuvent aussi être observés le

long de son littoral.

Couverte de prés et de forêts, la pointe

Saint-Pierre est bordée de falaises côtières

d’une dizaine de mètres. Cette pointe au paysage

rude, qui se trouve dans le prolongement

des Appalaches, abrite une biodiversité

exceptionnelle ainsi que des peuplements

denses de forêt mixte des Maritimes. Depuis

2008, CNC a conservé plus de 53 hectares

(130 acres) dans la région de la pointe

Saint-Pierre.

UN PATRIMOINE À CONSERVER

En plus de receler de superbes paysages

et une abondante vie sauvage, la pointe

Saint-Pierre est empreinte d’une riche

histoire. La Maison LeGros, avec son style

loyaliste traditionnel et sa touche

victorienne, témoigne en effet du patrimoine

bâti de marchands jersiais jadis établis dans

la région.

Les Jersiais, issus de l’île anglo-normande

de Jersey, ont joué un rôle capital dans le

commerce et les pêcheries en Gaspésie. Ils

sont d’ailleurs les ancêtres d’un grand nombre

de familles de la région. De 1880 à 1957, les

Alexandre, LeMaîstre, Mouilpied, LeHuguet,

LeMarquand et LeGresley et se sont souvent

rendus à la maison LeGros pour y célébrer

mariages, naissances, anniversaires, mais

MIKE DEMBECK. MÉDAILLON : MARIUS JOMPHE.

6 HIVER 2019 conservationdelanature.ca


LES

INDISPENSABLES

Conscience

durable

Visiter la maison LeGros permet d’en savoir plus sur

le quotidien hivernal des habitants de la région.

aussi pour pleurer la mort de membres de

leurs familles.

Donnée à CNC en 2007, cette habitation

exceptionnelle, de par la conservation de

son architecture d’origine, de son intérieur

et de son contenu original (meubles, photos,

accessoires et grenier), semble figée dans

le temps. Elle offre à ses visiteurs de plonger

dans le quotidien d’une famille jersiaise

de l’époque.

UN SITE SPECTACULAIRE À EXPLORER

La Gaspésie regorge de merveilles naturelles

à observer et à explorer. En 2011, le magazine

National Geographic avait d’ailleurs désigné

la région parmi les meilleures destinations

touristiques au monde.

La pointe Saint-Pierre forme l’extrémité

est de la péninsule gaspésienne. Plongez dans

sa nature d’une grande beauté en arpentant

ses sentiers où des panneaux d’interprétation

vous informent sur la région.

LOCALISATION

La pointe Saint-Pierre se trouve entre Percé

et Gaspé, à 975 km au nord-est de Montréal.

LA MAISON LEGROS

• Érigée entre 1880-1885

• Témoin du passé jersiais

• Cachet historique incomparable

• Plus grande maison de la pointe Saint-Pierre

L’artiste et commissaire anichinabée Jaimie Isaac honore

son lien à la nature et le privilège d’avoir accès à de l’eau

potable en utilisant toujours une bouteille réutilisable.

J’ai été commissaire d’une exposition

intitulée Boarder X mettant en lumière

le travail d’artistes autochtones

qui pratiquent la planche à roulettes, le

surf et la planche à neige afin d’exploiter

le relief du territoire qu’ils habitent. Étant

adepte de ce mode de vie, mais vivant

dans la prairie, la pratique des sports de

planche dicte où et quand je voyage pour

me connecter à la nature; et c’est surtout

dans des lieux près de l’océan et des montagnes.

J’apporte presque toujours une

gourde ou une bouteille d’eau, préférablement

en acier inoxydable ou en cuivre. Je

suis très consciente de la pollution que

constituent les bouteilles de plastique

dans les sites d’enfouissement et dans

l’océan, du privilège d’avoir accès à de

l’eau propre, et aussi du fait que des millions

de personnes dans le monde n’ont

pas ce privilège. Sachant ceci, l’utilisation

d’un contenant réutilisable est une façon

d’opérer un changement de culture et

de poser un geste responsable qui prend

en considération les générations futures.

Pour ne pas l’oublier, je me rappelle le

proverbe autochtone : « Nous n’héritons

pas la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons

à nos enfants. »1

CNC. JUAN LUNA. AVEC LA PERMISSION DE JAIMIE ISAAC.

ESPÈCES À OBSERVER

• Courlis corlieu

• Eider à duvet

• Faucon émerillon

• Garrot d’Islande

• Phoque gris

DESTINATION NATURE

Trois sentiers d’une longueur totale de 10 km.

Apportez vos raquettes et vos jumelles.1

Destinations Nature

Pour en savoir plus : destinationsnature.ca

conservationdelanature.ca HIVER 2019 7


Liés au

territoire

Des peuples autochtones et Conservation de la nature Canada travaillent ensemble pour

conserver des milieux naturels où se conjuguent valeurs, langues et culture autochtones.

PAR Michelle Brass

8 HIVER 2019 conservationdelanature.ca


Par un matin frais d’automne, dans le sud-est de

la Saskatchewan, la vallée de la rivière Qu’appelle est

splendide et sereine. Ce site traditionnel de rassemblement

représente le cœur du territoire du Traité no 4. Ce

traité, signé en 1874 entre la Couronne et des nations autochtones,

est un des 11 traités numérotés qui dressent les grandes

lignes de l’entente visant à partager le territoire et à vivre en partenariat

« aussi longtemps que le Soleil se lèvera et que les rivières couleront. »

Cette référence au territoire n’est pas un hasard, car pour les

peuples autochtones, le territoire est à la source de tout. « Valeurs,

langues et culture sont indissociables du territoire », affirme Darryl

Chamakese, facilitateur linguistique de l’Alliance pour l’éducation du

Traité no 4 (Treaty 4 Education Alliance), en se tournant vers les

collines ondoyantes de la vallée. « J’aimerais même que “ Éducation

sur le terrain ”, soit remplacé par “ Enseignements de la Terre mère ”,

ou par “ Marcher la Terre mère ”, pour traduire le lien étroit que nous

entretenons tous avec la Terre. »

Ce lien a été rompu quand, après la signature des traités, le Canada

a déplacé de force plusieurs peuples autochtones de leurs territoires.

Les impacts de ces mesures sur les communautés autochtones, et sur

les écosystèmes, ont été ressentis à travers le pays. Par exemple, après

plus d’un siècle de développement agricole et urbain et d’exploitation

des ressources, seulement 20 % de l’habitat indigène des prairies subsiste

aujourd’hui en Saskatchewan, ce qui rend les efforts de conservation

cruciaux et urgents.

Cette urgence de conserver des habitats en déclin rapide, et de raviver

les langues autochtones et l’enseignement culturel liés à ces territoires,

est une des raisons pour lesquelles Conservation de la nature Canada

(CNC) a contacté l’Alliance pour l’éducation du Traité no 4, selon Jennifer

McKillop, vice-présidente régionale par intérim de CNC Saskatchewan.

TKTKTKTKTKTKT

DANE ROY

conservationdelanature.ca

HIVER 2019 9


Comment pouvons-nous être une

organisation qui concentre ses efforts

sur le territoire, sans travailler de

concert avec les Autochtones?

JENNIFER MCKILLOP, VICE-PRÉSIDENTE PAR INTÉRIM, CNC - RÉGION DE LA SASKATCHEWAN

« Ceci est né du constat que nous sommes

une organisation qui se consacre principalement

à la conservation des terres, mais qui

jusque-là avait établi peu de partenariats

avec des peuples autochtones en Saskatchewan.

Comment pouvons-nous être une organisation

qui concentre ses efforts sur le territoire,

sans travailler de concert avec les communautés

autochtones qui en sont les

gardiens immémoriaux? »

Offert en partenariat par l’Alliance pour

l’éducation du Traité no 4 et CNC, Learning

the Land (Apprendre le territoire) est un

projet éducatif qui amène des élèves à améliorer

leurs connaissances des habitats naturels

et des espèces en péril. Cela se fait par

l’entremise d’activités menées en classe (recherches

et productions artistiques) et à l’extérieur

(promenade à la découverte de

plantes médicinales et visite de sites culturels

significatifs qui peuvent se trouver sur des

réserves ou sur des propriétés de CNC).

Le partenariat de CNC avec l’Alliance pour

l’éducation du Traité no 4 a été tout naturel,

puisque les éducateurs autochtones souhaitaient

déjà voir les élèves revenir sur le territoire

pour raviver leurs liens à celui-ci.

« Nous avons toujours constaté que les

élèves étaient avides des projets éducatifs que

nous avons menés sur le terrain. Ils en veulent

plus, ils aiment ça et ils en retirent beaucoup

», dit Scott Fulton, consultant pour

Learning the Land de l’Alliance pour l’éducation

du Traité no 4. « Nous espérons que de

tels projets contribueront à renforcer l’éducation

sur le territoire, la conservation des prairies

indigènes et la revitalisation des langues

au sein des écoles et des communautés du

Traité no 4. »

Jennifer McKillop croit à la réussite

de ce projet : « Le volet éducatif et les relations

qui se créent sont ce qui rapportera

le plus pour tous à long terme. Voilà le

véritable enjeu. »

Établir des relations

En Ontario, Esme Batten abonde dans le

même sens. Elle a passé des années à établir

des relations avec les membres de la Première

Nation non cédée des Chippewas de

Nawash et celle de Saugeen, qui forment

ensemble la Nation Saugeen Ojibway. À titre

de coordonnatrice de la biologie de la conservation

dans la péninsule Saugeen Bruce,

Mme Batten affirme que ces relations, et les

partenariats qui en découlent naturellement,

sont essentiels à son travail et aux efforts de

conservation de CNC.

« Si nous ne travaillons pas de concert

avec les communautés autochtones, nous

passons à côté d’un élément essentiel de la

conservation, selon Mme Batten. Sans leurs

précieux savoirs millénaires, nous ne pourrions

en faire autant et il nous faudrait plus

de ressources pour arriver là où les peuples

autochtones sont déjà. »

CNC et la Nation Saugeen Ojibway

partagent leurs connaissances et leur

expertise pour dresser un inventaire

d’espèces significatives d’un point de vue

culturel, de plantes médicinales, d’espèces

en péril et d’espèces envahissantes dans la

région. Intégrer des savoirs traditionnels

fournit une connaissance approfondie qui

contribue à une planification de la gestion

plus efficace, dit Mme Batten.

« Nous pouvons comparer nos informations

avec celles des aînés. S’ils disent qu’une

espèce végétale était très commune et que,

par exemple, nous n’en avons documenté que

30 plants dans un milieu donné, alors qu’eux

se souviennent qu’il y en avait des centaines,

voilà une information critique pour savoir ce

qu’il advient de l’espèce sur ce territoire. »

Comprendre ce qui se passe sur le

territoire est une des principales raisons

pour lesquelles la Nation Saugeen Ojibway

a établi un partenariat avec CNC, dit Doran

Ritchie, coordonnateur de la planification

des infrastructures au bureau de l’environnement

de la Nation Saugeen Ojibway.

Selon lui, « C’est un exercice en autorité

juridictionnelle. La Nation Saugeen Ojibway

a le droit d’avoir son mot à dire et de donner

son consentement sur ce qui se passe sur son

territoire. C’est généralement un défi pour

les promoteurs et le Gouvernement de comprendre

ce que cela implique. Une organisation

comme CNC est un peu plus ouverte

sur comment cela se traduit en regard de ce

qu’elle essaie elle-même de faire. Au bout du

compte, nous essayons tous les deux de protéger

ces milieux. »

Gauche : Darryl Chamakese et son fils. Droite : Des aînés comme Francis Bird sont d’importants collaborateurs

qui partagent leurs connaissances dans le cadre de l’Alliance pour l’éducation du Traité no 4.

DANE ROY.

10 HIVER 2019 conservationdelanature.ca

natureconservancy.ca


SENSE HORAIRE : NEIL OSBORNE. DANE ROY. ETHAN MELEG.

Partager des valeurs

C’est cet objectif commun qui rend ces partenariats

possibles, convient Colin Richardson,

directeur de l’intendance de la Nation Haïda à

Haida Gwaii, en Colombie-Britannique. « Leur

valeur liée à la conservation et la protection du

territoire est très conforme à Yah’guudang,

notre valeur fondamentale haïda qui est de

faire preuve de respect. Je dirais que ces deux

valeurs sont très proches l’une de l’autre et

créent donc la possibilité d’une belle relation. »

CNC et la Nation Haïda ont tout une tâche

qui les attend : une occasion de partenariat

qui, malgré ses défis, pourrait être enrichissante.

Ils s’engagent dans un vaste projet de

restauration en copropriété et en cogestion.

En effet, après que des pratiques d’exploitation

forestière aient causé des dommages

écologiques et culturels à l’habitat du saumon,

une décision de la Cour provinciale de

la Colombie-Britannique a mené au transfert

de terres à CNC et à la Nation Haïda pour

partager la propriété et la gestion de l’aire de

conservation Gamdis Tlagee.

« C’est une première pour CNC. Nous nous

concentrons sur l’établissement d’une relation

de confiance et apprenons comment avancer

au sein d’une relation de respect mutuel »,

affirme Hillary Page, directrice de la conservation

en Colombie-Britannique.

Pour les Haïdas, progresser au sein d’une

relation de respect mutuel veut dire prendre

en considération la Déclaration des Nations

Unies sur les droits des peuples autochtones

(DNUDPA). Ce document universel a été rédigé

sur vingt ans par des peuples autochtones

d’à travers le monde. Il représente les normes

minimales à respecter dans tout engagement

avec les Autochtones et évoque leur droit à la

survie, à la dignité et à leur bien-être sur leurs

territoires. Le Canada a annoncé son appui à

la DNUDPA en mai 2016. Colin Richardson

indique qu’il aimerait que ce document international

constitue le fondement de la relation

de la Nation Haïda avec CNC.

Bien qu’il faille du temps et des efforts pour

établir ces partenariats, Hillary Page reconnaît

qu’un soutien mutuel est crucial pour contrer

la disparition rapide du territoire. « Nous avons

hâte de travailler avec les communautés autochtones

pour parvenir à faire de la conservation

culturelle et écologique » ajoute-t-elle.

Au bureau de la Nation Saugeen Ojibway,

M. Ritchie mentionne qu’il est fantastique

que CNC tende la main à la Nation, mais que

des questions litigieuses demeurent. Il dit

qu’il est essentiel de comprendre l’histoire,

d’accepter que les peuples autochtones

soient les premiers propriétaires de la terre

et de connaître la politique qui consiste à

travailler avec les Autochtones sur leurs

territoires traditionnels et non cédés. « Ils

A : Nation Saugeen Ojibway

B : Alliance pour l’éducation du Traité no 4

doivent savoir ce que ça signifie de travailler

sur les terres des Premières Nations. Voici

nos droits, voici nos valeurs, et voici comment

nous voulons être inclus dans les

plans futurs. Pour moi, voilà ce qui importe

quand on travaille avec des organisations

comme CNC. »

Colin Richardson affirme pour sa part

qu’un processus bien élaboré doit être mis

en place pour comprendre et définir la relation.

Garder en tête les objectifs communs

contribuera à faire progresser cette relation.

Honorer le territoire

Dans la vallée de la rivière Qu’Appelle,

Scott Fulton tourne son regard vers le site

du rassemblement annuel du Traité no 4

qui permet d’honorer et de renforcer les

liens créés par cette entente. Il revient sur

l’alliance naturelle entre CNC et l’Alliance

pour l’éducation du Traité no 4 pour la

protection de l’écosystème des prairies.

« C’est un peu comme d’observer des terres

avant leur colonisation et de prendre en

compte leur valeur », dit-il.

Ce lien avec le passé est ce qui guide

l’avenir de Learning the Land qui en est

à sa cinquième année et qui entreprend un

projet de cartographie intégrant des toponymes

autochtones. Reconnaître la valeur

de ces paysages contribue à ce que les étudiants

autochtones explorent leur histoire

et leur relation au territoire, ravivent leurs

langues et les savoirs liés à leurs cultures,

selon M. Chamakese.

C

TRAVAILLER ENSEMBLE

Trois des collaborations entre les Autochtones et

CNC à travers le pays.

B

C : Haida Gwaii

« Il y a cette histoire très ancienne qui

remonte bien avant 1874 et que nos jeunes

doivent apprendre, sinon nous sommes

colonisés » dit Darryl Chamakese. « Toute

cette vallée de la rivière Qu’Appelle portait

le nom de kâ-têpwêwi-sîpiy (“la rivière qui

appelle” dans la langue crie). On y trouve

des zones où la chasse et la cueillette de

petits fruits étaient pratiquées, ainsi que

des sites sacrés qui nous définissent en tant

que peuple. Voilà ce qui est intéressant

avec ce projet de cartographie. Les étudiants

vont apprendre les noms d’origine de ces

lieux, mais aussi découvrir les territoires

traditionnels, les cours d’eau, petits lacs et

les sites sacrés. »

Dans une région où la superficie des paysages

naturels pré-contact (avant l’arrivée des

Européens) diminue rapidement, ces types

de collaborations annoncent une transition

vers ce que les peuples autochtones appellent

« l’esprit et l’intention derrière les traités ». En

travaillant ensemble, de telles collaborations

novatrices peuvent fournir des méthodes

concrètes pour protéger la terre et les cultures

pour nos enfants et petits-enfants. Cela commence

en prenant des mesures respectueuses

et réfléchies pour établir des relations réellement

basées sur le partage du territoire au

bénéfice de tous.1

Michelle Brass, auteure et journaliste,

habite en Saskatchewan. Elle est d’origine

Saulteaux et membre de la Première

Nation Yellow Quill.

A

conservationdelanature.ca

HIVER 2019 11


PROFIL

D’ESPÈCE

Renard

véloce

Filant à des vitesses

pouvant atteindre

les 60 km/heure, ce

renard porte bien

son nom.

CRAIG MILLER

12 HIVER 2019 conservationdelanature.ca


TAILLE ET APPARENCE

Le renard véloce, le plus petit canidé d’Amérique

du Nord, est à peu près de la taille d’un

chat domestique et peut peser jusqu’à 3 kg.

Son pelage est roux-jaunâtre avec une large

bande grise couvrant son dos et sa queue

dont l’extrémité est noire. Son ventre est plus

clair et les côtés de son museau sont noirs.

AIRE DE DISTRIBUTION

La population de renards véloces s’étend

du sud de l’Alberta et de la Saskatchewan

jusqu’au Texas et au Nouveau-Mexique.

Aujourd’hui, l’espèce n’est présente que sur

40 % de son aire de répartition historique

et de nombreuses populations sont isolées.

TERRIER

Le renard véloce est le canidé qui passe le

plus de temps sous terre; son terrier est donc

très important pour sa survie. Il l’utilise tout

au long de l’année pour se mettre à l’abri de

ses prédateurs et y élever ses petits.

CHASSE NOCTURNE

Le renard véloce chasse surtout la nuit. On

peut toutefois l’apercevoir prenant un bain

de soleil aux abords de son terrier pendant

la journée. Sa diète consiste principalement

de rongeurs, mais il lui arrive aussi de se

nourrir d’oiseaux et de leurs œufs, d’insectes,

de plantes et de charognes.

PRAIRIES

Au Canada, le renard véloce ne vit plus que

dans une petite région des prairies du sud

de l’Alberta et de la Saskatchewan. Plus de

70 % de la superficie des prairies indigènes

au Canada a aujourd’hui disparu et la

destruction se poursuit. La protection de

ces prairies est essentielle à la survie du

renard véloce et d’autres espèces qui

dépendent de cet écosystème.

CONTRIBUEZ À LA SURVIE D’ESPÈCES

Pour aider à la protection d’habitats naturels

comme celui du renard véloce, visitez

conservationdelanature.ca/donnez

Un rétablissement

« haute vitesse »

Le retour du renard véloce est l’une des plus

belles histoires de réintroduction d’une espèce

au pays. Autrefois abondant dans les prairies

à herbes courtes et à herbes mixtes de l’Alberta,

de la Saskatchewan et du sud-ouest du Manitoba,

l’espèce a été déclarée disparue du pays en 1930.

Ce déclin résultait principalement de la disparition

de son habitat.

En 1973, un programme privé de rétablissement

a permis d’élever en captivité des renards véloces

provenant des États-Unis, pour éventuellement

les réintroduire dans la nature au Canada. Appuyé

par des organismes fédéraux, des organismes sans

but lucratif et des intervenants du milieu universitaire,

dont le Cochrane Ecological Institute et le

Conservation Research Centre du Zoo de Calgary,

ce programme a mené à l’une des réintroductions

d’espèce les plus réussies au pays. Les premiers

renards véloces élevés en captivité ont été relâchés

en 1983 le long de la frontière entre l’Alberta et la

Saskatchewan et dans la région de la crête de la

rivière Milk. Ces renards ont survécu et, au fil des

ans, ont été rejoints par d’autres congénères élevés

en captivité. De 1983 à 1997, plus de 900 individus

ont été relâchés en Alberta et en Saskatchewan.

Environ 650 renards véloces vivent aujourd’hui

au Canada. Cette population semble stable et

est maintenant connectée à celles du Montana.

L’espèce est désignée menacée en vertu de la Loi

sur les espèces en péril du Canada et sa situation

demeure précaire en raison de la fragmentation

et de la disparition de son habitat.

Protéger les prairies

Le travail à l’échelle du paysage de Conservation

de la nature Canada (CNC) dans des régions de

prairies comme celle du sud-est de l’Alberta,

contribue à protéger l’habitat du renard véloce.

En juillet 2018, un terrier de renards véloces

a été découvert sur une propriété de CNC dans

cette région. Voilà qui démontre que le travail

de conservation et de gestion de terres privées

d’organisations comme CNC vient en aide à des

espèces en péril, dans ce cas-ci en fournissant

à une espèce menacée un milieu naturel contribuant

à son rétablissement.

En travaillant avec les collectivités, d’autres

organismes de conservation et les propriétaires

fonciers, CNC continuera de protéger et de gérer

ces milieux naturels pour faire en sorte que des

espèces comme le renard véloce trouvent des

milieux sauvages où ils pourront vivre.1

HIVER 2019 13


CNC

À L’ŒUVRE

1

Agrandir Darkwoods

COLOMBIE-BRITANNIQUE

1

2

Pour en savoir plus

Visitez conservationdelanature.ca/noustrouver

pour plus d’information sur les projets de CNC.

3

Le bassin versant de Next Creek se trouve au cœur de Darkwoods, l’aire de

conservation phare de Conservation de la nature Canada (CNC) dans le

sud-est de la Colombie-Britannique. Pour l’instant, la plus grande portion

de ce bassin versant ne fait pas partie de l’aire de conservation; elle appartient

à des intérêts privés et n’est pas protégée; mais cela est sur le point de changer.

Nous amassons présentement des fonds pour acquérir et assurer la gestion

de la propriété Next Creek, d’une superficie de 9 700 hectares (19 500 acres).

La campagne de financement permettra d’accroître de 14 % la superficie de

Darkwoods et d’assurer la gestion d’habitats indispensables pour des douzaines

d’espèces en péril. Cela renforcera la protection de la seule forêt pluviale

tempérée intérieure au monde.

En novembre 2018, le personnel de CNC s’est joint à Catherine McKenna, la

ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Canada, et à George

Heyman, ministre de l’Environnement et de la Stratégie contre les changements

climatiques de la Colombie-Britannique, pour célébrer les contributions importantes

du Gouvernement du Canada et de la Province de la Colombie-Britannique dans la

conservation des habitats des Rocheuses canadiennes.

Les deux gouvernements ont annoncé des investissements totalisant 14,65 millions

de dollars (7 millions de dollars du Gouvernement du Canada par l’entremise du

Programme de conservation des aires naturelles et 7,65 millions de la province de

la Colombie-Britannique). Ces fonds seront investis directement dans l’expansion

de Darkwoods par l’acquisition de la propriété de Next Creek.

Nous cherchons actuellement à amasser 2 millions de dollars auprès de particuliers,

d’entreprises et de fondations dans le but de finaliser ce projet.

Darkwoods et Next Creek sont des territoires situés le long du lac Kootenay,

entre Nelson et Creston. La menace provenant d’activités industrielles ou d’activités

récréatives incompatibles fait de l’acquisition de Next Creek la plus grande priorité

de conservation de CNC en Colombie-Britannique.

L’aire de conservation Darkwoods fournit un habitat vital à 50 espèces en péril, y

compris le grizzly, le carcajou, le caribou des montagnes et le pin à écorce blanche.

L’expansion de Darkwoods s’inscrit dans le projet de CNC d’amasser et d’investir

au moins 25 millions de dollars pour accroître considérablement son travail de

conservation dans la région des Rocheuses canadiennes. CNC vise à y acquérir

un plus grand nombre de terres à, à entreprendre la restauration de sites dégradés

hautement prioritaires, et à travailler avec des partenaires pour la protection

d’écosystèmes et d’espèces sauvages.

Pour en savoir plus et faire un don, visitez natureconservancy.ca/darkwoods (en anglais).

GRIZZLY : DONALD M. JONES/MINDEN PICTURES. DARKWOODS : GORDON MACPHERSON.

Les montagnes de Darkwoods, riches d’une impressionnante

variété d’habitats, s’élèvent à partir des rives du lac Kootenay.

14 HIVER 2019 conservationdelanature.ca


Il est possible que le

champignon associé au

syndrome du museau

blanc ne puisse survivre

dans le climat sec des

Prairies. Voilà une bonne

nouvelle pour la petite

chauve-souris brune!

SENS HORAIRE, D’EN HAUT À DROITE : DENNIS MINTY. ISTOCK. AVEC LA PERMISSION DE JOE POISSANT. STEVE GETTLE/MINDEN PICTURES.

2

3

Grande nouvelle pour

la petite chauve-souris brune

SASKATCHEWAN

Joe Poissant, chercheur spécialisé dans les chauves-souris et qui travaille avec CNC, a récemment

découvert des petites chauves-souris brunes (vespertilions bruns) à l’aire de conservation des

prairies patrimoniales Old Man on His Back (OMB) de CNC. Voilà qui est inhabituel, non seulement

parce que cette espèce est en voie de disparition, mais aussi parce qu’elle niche habituellement dans les

cavités des arbres, alors que OMB est une vaste étendue de prairies mixtes où les arbres se font rares.

Cet été, M. Poissant a enregistré des sons émis par des petites chauves-souris brunes sur la propriété

OMB à l’aide d’un appareil enregistrant les ultrasons (Anabat). Comme ces chauves-souris ne migrent

pas sur de longues distances, il pense qu’elles nichent dans les structures qui se trouvent sur la propriété,

notamment les vieux bâtiments en briques ou les étables, et qu’elles hibernent seulement à quelques

degrés au-dessus du point de congélation.

C’est à cause du syndrome du museau blanc que la petite chauve-souris brune est en voie de disparition

en vertu de la Loi sur les espèces en péril du Canada. Toutefois, cette infection fongique ne survivrait

pas dans le climat sec des prairies. Pour s’assurer que l’espèce disposera d’endroits où se jucher ce printemps,

le personnel et les bénévoles de CNC ont construit et installé des nichoirs à chauves-souris à OMB.

Du ski de fond pour la conservation

QUÉBEC (RÉGION DE L’OUTAOUAIS)

En collaboration avec l’Institut Kenauk, CNC travaille pour approfondir

sa compréhension des loups et d’autres grands mammifères qui vivent

sur la propriété Kenauk, et ce, afin de s’assurer que des mesures de

conservation et de gestion protégeront ces espèces.

En février 2019, des équipes de skieurs bénévoles surveilleront les

pistes de ski de fond de Kenauk pour y relever des traces de loups de

l’Est et de coyotes. L’observation de ces animaux, de leurs empreintes et

de leurs excréments permettra à l’équipe d’estimer la taille de la population

de loups de l’Est sur la propriété Kenauk et d’étudier le bagage génétique

de l’espèce. Le loup de l’Est est menacé au Canada en raison de

la fragmentation de son habitat et de son hybridation avec le coyote.

Les données collectées nous aideront à approfondir nos connaissances

du loup de l’Est, dont l’aire de répartition est limitée aux

grandes forêts du Québec et du centre de l’Ontario.1

Pleins feux sur

nos partenaires

Lowe’s Canada est déterminé

à réduire l’empreinte écologique

de ses activités, notamment

la quantité de déchets envoyés

à des sites d’enfouissement.

C’est dans cette perspective que

l’entreprise a adopté des mesures

concrètes pour encourager sa

clientèle à ne plus utiliser des sacs

de plastique lorsqu’elle fait des

achats dans ses magasins.

Cette année, afin de décourager

l’utilisation de sacs de plastique

et d’inciter ses clients à adopter

de nouvelles habitudes, l’entreprise

a instauré des frais pour ces

sacs dans toutes les quincailleries

Lowe’s, RONA et Réno-Depôt qui

lui appartiennent : 5 ¢ pour un

sac ordinaire et 10 ¢ pour un sac

plus épais. Les profits sont remis à

Conservation de la nature Canada

(CNC) afin d’appuyer la conservation

de milieux naturels à travers

le pays.

CNC a cerné 90 aires naturelles

prioritaires à travers le Canada où

l’organisme cherche continuellement

des occasions de protéger

de nouvelles propriétés. Cet

avantageux partenariat conclu

avec Lowe’s Canada fournit à

l’organisme les ressources dont il

a besoin pour protéger les aires

naturelles que nous chérissons et

les espèces qu’elles abritent.

conservationdelanature.ca


UNE FORCE POUR

LA NATURE

La

réciprocité

avec le

territoire

Eli Enns explique comment les efforts de conservation menés par les Autochtones

contribuent à la réconciliation et au lien entre les humains et le territoire

TJ WATT

16 HIVER 2019 conservationdelanature.ca


TJ WATT

Eli Enns se rappelle ses 10 ans alors qu’il

observait son oncle Joe sculpter un canot

traditionnel sur la rive d’Echachist. Cet

ancien village baleinier, situé sur une île à l’extrême

ouest du Canada, se trouve à environ 10 minutes

en bateau de Tofino, en Colombie-Britannique.

* L’objectif 1 est l’initiative nationale

canadienne visant à conserver

au moins 17 % des zones

terrestres et des eaux intérieures

et 10 % des zones côtières et

marines d’ici 2020 par l’entremise

de réseaux d’aires protégées, et

d’autres mesures efficaces de

conservation dans des superficies

clairement définies.

Après avoir observé son oncle sculpter méticuleusement le thuya

géant, le jeun Eli décida d’explorer l’île isolée et tranquille.

« Il y a peu d’animaux sur l’île, parce qu’elle est difficile d’accès

à cause des fortes marées qui s’y abattent tout autour, explique Eli

Enns. Au moment où j’ai atteint le haut d’une crête, un cerf s’y

trouvait déjà. Quelques mètres nous séparaient; nous nous sommes

regardés dans les yeux. C’est un souvenir impérissable. »

M. Enns est un politologue Nuu-chah-nulth canadien et un expert

de renommée internationale dans le domaine de la conservation du

patrimoine bioculturel. Il est cofondateur du parc tribal Ha’uukmin,

dans la réserve de biosphère de Clayoquot Sound désignée par

l’UNESCO, sur l’île de Vancouver, d’où viennent ses ancêtres paternels.

Eli Enns est également coprésident du Cercle autochtone d’experts

(CAE) de Conservation 2020. Le CAE se consacre à diriger des efforts

de conservation au Canada autour des aires protégées et de conservation

autochtones (APCA), en s’appuyant sur leur importance pour

l’atteinte de l’Objectif 1 * du Canada dans l’esprit de la réconciliation.

« Pour moi, l’aspect le plus important et le plus fondamental

d’une APCA est qu’il s’agit de l’application moderne de modes

de gouvernance traditionnels. Le cœur et l’âme d’une APCA sont

la langue, la culture et les valeurs et principes traditionnels de

gouvernance. Le parc tribal Ha’ukkmin se base sur la ha’hopa et la

ha’houlthee, d’anciennes lois d’uyuthluk usma, soit la compréhension

de notre relation avec le territoire. »

Selon M. Enns, la différence entre un parc tribal ou une APCA, et

un parc national ou provincial, est que les moyens de subsistance

durables sont pris en compte dans les parcs tribaux et les APCA.

« C’est un élément clé dans la création des APCA. Pour y maintenir

une saine biodiversité, nous devons demeurer en relation avec le territoire.

Et un aspect de cette relation est l’utilisation de ce territoire. Tout

cela remonte à la loi de la réciprocité. »

La réciprocité joue un rôle significatif

dans la manière dont les Autochtones du

Canada interagissent avec le territoire et

veillent sur lui.

« Mon oncle Levi m’a toujours dit que

chaque fois que nous prenons quelque

chose au territoire, nous devons lui redonner

quelque chose », se rappelle M. Enns.

Les communautés autochtones vivent

dans cette optique du partage avec le

territoire, et ce, depuis la création du

monde, et c’est quelque chose que pratique

Eli Enns dans sa relation avec la

Terre-Mère.

« J’ai toujours compris ceci intellectuellement

avant même d’en faire l’expérience,

se rappelle M. Enns. J’ai vécu cette expérience

pour la première fois peu après le

décès de mon père, alors que je pêchais avec

mon oncle Joe. Sur le chemin du retour, mon

oncle a rangé notre bateau à côté d’un îlot de

rochers et a demandé à l’un d’entre nous d’aller

ramasser des œufs dans des nids d’oiseaux

de mer situés au-dessus de nous. J’ai pris un

seau et grimpé sur les rochers, incertain de

ce qui allait arriver. Ma présence a fâché les

oiseaux. J’envahissais leur territoire. Cela m’a

remué le cœur. »

Aujoud’hui, Eli Enns croit que par la réciprocité

et la protection du territoire nous avançons

vers la réconciliation entre les nations.

Avant de revenir au bateau, le jeune Eli

a appris de la nature une leçon dont il avait

besoin et qui a influencé sa relation avec la

Terre-Mère pour le restant de sa vie : « J’ai

trouvé un nid, mais j’ai été soulagé de voir

que tous les œufs avaient éclos ou qu’ils

avaient été mangés par un prédateur. Quand

je me suis retourné, j’ai vu mon oncle éviscérer

le poisson que nous avions attrapé et le laisser

aux oiseaux. C’était un échange d’énergie.

Je me suis alors senti mieux. Je suis donc

retourné chercher des œufs, et sans avoir

le cœur lourd, j’ai été capable d’en trouver.

Voilà un exemple de réciprocité telle que

mon oncle Levi me l’avait enseignée. »1

Les communautés

autochtones vivent

dans cette optique

du partage avec le

territoire, et ce, depuis

la création du monde.

Le polypode réglisse, une espèce indigène, occupe une place importante

dans l’histoire familiale d’Eli Enns et dans la culture autochtone.

conservationdelanature.ca

HIVER 2019 17


GRANDEUR

NATURE

Il n’y a rien de tel!

Par Gary A. Bouchard (nom traditionnel (Zhowno Biness ou « Oiseau-tonnerre du Sud ») de la Première Nation Pays Plat (Pawgwasheeng ou « Eau peu profonde »)

La nuit passée fut probablement la dernière de cette

merveilleusement longue saison sur le « Grand Lac »

(lac Supérieur), en Ontario, où j’ai mené des suivis pour

Conservation de la nature Canada (CNC). Chaque saison de

travail sur le terrain, depuis 2012, j’y évalue les perturbations

occasionnées par les visiteurs et le niveau de fréquentation, tout

en surveillant la présence d’espèces envahissantes. Les journées

sont longues, mais chaque jour passé sur le lac Supérieur vaut

mieux, pour moi, qu’une journée dans n’importe quel bureau.

J’adore faire des suivis sur l’île Wilson, les îles Powder et sur

d’autres îles du lac Supérieur.

Hier fut aussi ma dernière nuit sur le bateau à dormir à la

belle étoile, sans me faire réveiller par le son d’un espiègle

mésangeai du Canada arrachant des brindilles pour me les

lancer à la tête. Ce matin, je jette un coup d’oeil vers un nid

d’aigle qui se trouve tout près pour voir si son occupante est

toujours là à me surveiller... Oui, elle y est. « Boozhoo,

kookum migiizii!» (« Bonjour, grand-mère aigle! »).

Le ciel est d’un gris sombre typique pour un matin de

novembre sur Gitchi Gumee (lac Supérieur).

Je pense au fait que je ne ressens presque plus le mouvement

des vagues et comment ceux qui n’ont jamais navigué sur le

Grand Lac, ou qui n’y ont pas été depuis des années, peuvent

encore le ressentir pendant un certain temps une fois de retour

sur la terre ferme. Je me dis aussi que je devrais toujours prendre

plus de photos et de vidéos, car beaucoup de gens n’ont pas la

chance d’admirer les merveilles qui composent mon quotidien.

Il n’y a rien de tel que de naviguer sur le Grand Lac. Cela

peut être assez exténuant. Toutefois, le grand air ne m’affecte

plus autant qu’avant; il ne m’épuise plus comme c’est le cas

pour les gens que j’emmène en expédition. Durant le tournoi

de pêche communautaire, il n’est d’ailleurs pas rare de passer

16 heures sur le lac.

Je regarde le lac et j’y vois une eau pure aux reflets verts et

bleus. Je me souviens d’avoir amené en expédition des jeunes

de notre centre multiculturel; je revois leur émerveillement

devant les couleurs du lac Supérieur : ses berges, ses vagues

immenses, le choc d’y plonger. Il m’arrive parfois d’oublier ce

que l’on ressent en voyant toute cette beauté pour la première

fois. Ma vie... Il n’y a rien de tel!1

PETE RYAN

18 HIVER 2019 conservationdelanature.ca


DONNEZ AUJOURD’HUI.

POUR DEMAIN.

Joignez-vous à des gens de partout au pays pour assurer la réussite de la plus

ambitieuse campagne privée de l’histoire du Canada pour la conservation de la nature.

Votre don à la campagne Laissez votre signature permettra de conserver plus de milieux naturels plus

rapidement, de connecter plus de gens à la nature, et d’inspirer la prochaine génération de leaders dans

le domaine de la conservation.

Faites un don dès aujourd’hui, pour l’avenir de la nature.

laissezvotresignature.ca


Plus forts

ensemble

DE VOS

NOUVELLES

Merci de vous joindre à nous pour la plus ambitieuse

campagne de financement privée pour la conservation

de la nature au Canada : Laissez votre signature. Nous

devons en faire plus, plus rapidement, et nous ne pouvons

y parvenir sans nos donateurs et sympathisants.

CHAQUE DOLLAR COMPTE

Ensemble, nous pouvons accélérer le

rythme de la conservation et doubler

la superficie des milieux naturels

protégés par CNC, ce qui contribuera

à la restauration d’écosystèmes rares,

au soutien d’espèces en péril et à

l’amélioration de la qualité de notre air

et de notre eau. Plusieurs options vous

sont offertes pour contribuer, comme

celle de donner sur une base mensuelle

ou de faire un don testamentaire.

75 % ATTEINT

AMASSER

750 M$

Pourquoi un citadin a-t-il choisi

d’appuyer la conservation de

la nature?

Toute ma vie, j’ai habité près du centre-ville de

Montréal. Alors, pourquoi donc appuyer Conservation

de la nature Canada (CNC)? Pourquoi passer des journées

à la campagne à nettoyer des dégâts laissés par d’autres

ou à arracher des plantes qui n’auraient jamais dû traverser

l’Atlantique?

DONS MENSUELS

Donner sur une base mensuelle est

facile, flexible et pratique. En répartissant

votre don sur une année, nous pouvons

investir dans des projets à long terme

pour protéger et restaurer des habitats

naturels, et ce, sur une base quotidienne.

DON TESTAMENTAIRE

Les dons testamentaires sont importants

pour la planification à long terme du

travail de CNC. Vous pouvez faire un don

testamentaire, un don de titres cotés en

bourse ou de REER/FERR, d’assurance vie,

ou un don de terre.

CONSERVATION DE LA NATURE CANADA

Merci de votre appui,

55, avenue du Mont-Royal Ouest, bureau 1000, Montréal (Québec) H2T 2S6

83 % ATTEINT

500

CONSERVER

NOUVELLES PROPRIÉTÉS

M. Rittinger

Mark Rittinger

Vice-président,

Marketing et développement

C’est parce que je ressens un profond besoin d’agir pour

contribuer à la conservation des milieux naturels au

Canada. Quand je fais de la randonnée, les montagnes,

rivières et lacs de l’est du Canada touchent une corde

sensible en moi. Aider financièrement CNC sur une base

régulière par des dons mensuels, et en faisant occasionnellement

du travail bénévole, sont les meilleurs moyens

que je connaisse pour transmettre un patrimoine naturel

dont d’autres pourront profiter.

L’éminent biologiste Edward O. Wilson a affirmé lors

d’une conférence à laquelle j’ai assisté qu’il croit que nous

avons une obligation morale de stopper la destruction

de l’environnement afin de permettre à d’autres espèces

de poursuivre leur évolution. Si nos actions menaient à

l’extinction de l’humanité, ce serait en effet tragique. Quel

droit moral nous permet de détruire l’environnement

naturel vital des végétaux et des animaux avec lesquels

nous partageons notre planète?

Donc quand Conservation de la nature Canada

acquiert des milieux naturels pour assurer la protection

de salamandres, de tortues ou d’oiseaux rares, je

comprends. Et je veux faire tout en mon possible pour

donner un coup de main.

~ Peter Solonysznyj est un Leader en conservation

de CNC et bénévole depuis 2008.

Partagez vos histoires avec nous à magazine@conservationdelanature.ca

More magazines by this user