Côté Cinéma n°174 - 27 juillet 2011
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côté salle<br />
Disparition de Gérard Davoine<br />
Une vie de cinéma(s)<br />
Dans la nuit du 2 au 3 <strong>juillet</strong>, Gérard Davoine, fondateur et propriétaire<br />
du réseau CinéAlpes s’est éteint. C’est une personnalité<br />
hors norme au parcours unique qui a ainsi tiré sa révérence.<br />
<strong>Côté</strong> <strong>Cinéma</strong> revient sur une carrière qui a épousé l’aventure du<br />
cinéma et de la société française du milieu du 20 ème siècle<br />
jusqu’au début du 21 ème … et sur une entreprise familiale qui entame<br />
une nouvelle étape sous la direction de Line Davoine.<br />
Au lendemain de la guerre, le patron de l’hôtel veut racheter le matériel<br />
mis aux enchères par l’association de commerçants qui a voté<br />
sa dissolution. L’évêque de Moutiers ne l’entend pas de cette oreille<br />
qui convoque la mère de Gérard Davoine pour lui signifier que l’évêché<br />
va surenchérir pour mettre le projecteur à la disposition de<br />
Madame Davoine pour des projections sous conditions de bonne<br />
moralité… Une histoire familiale qui épouse son époque, l’époque<br />
du Petit Monde de Don Camillo (1952) et de ses douze millions<br />
d’entrées…<br />
Gérard Davoine n’a pas encore 19 ans quand il se lance vraiment<br />
en rachetant le matériel de projection à l’évêché… Ce fils d’un<br />
douanier et d’une commerçante est déjà doté d’une solide fibre<br />
entrepreneuriale qui ne le lâchera jamais jusqu’aux années 2000<br />
avec la révolution des multiplexes puis du numérique. Mais nous<br />
n’en sommes pas là.<br />
Pendant les sept années de la construction du barrage de Tignes,<br />
de 1945 à 1952, toute la vallée de la Haute-Tarentaise va vivre au<br />
rythme du chantier, époque que le Dauphiné Libéré qualifia même<br />
de " Far West " concernant les populations ouvrières temporairement<br />
immigrées. On a dénombré jusqu'à 5 000 ouvriers pour ce<br />
seul chantier… EDF souhaite offrir des distractions à ces ouvriers,<br />
pourquoi pas un cinéma… Mais personne pour en assurer l’exploitation<br />
sauf ce jeune homme qui n’a pas froid aux yeux. À 19 ans, à<br />
l’époque, on n’est pas majeur et on ne peut donc pas être responsable<br />
d’une activité économique. Qu’à cela ne tienne, c’est Madame<br />
Davoine mère qui sera officiellement en charge de l’exploitation<br />
mais Gérard Davoine est déjà bel et bien aux commandes.<br />
La vie et la carrière de Gérard Davoine commencent comme un<br />
véritable scenario de cinéma, quelque part entre Cinema Paradiso<br />
et Don Camillo… Orphelin de père dès l’âge de 3 ans, il aide très<br />
jeune son oncle qui a convaincu, juste avant la deuxième guerre<br />
mondiale, les commerçants de Bourg Saint Maurice de mettre au<br />
pot pour l’achat d’un projecteur et la création d’une première salle<br />
de cinéma. Les bombardements italiens auront raison de cette<br />
salle qui est totalement détruite… à l’exception du projecteur ! Les<br />
projections reprendront donc très vite dans une salle de l’hôtel du<br />
centre ville mise à disposition par son propriétaire… la ténacité est<br />
dès l’origine dans les gènes de cette famille d’exploitant qui débute,<br />
sans le savoir, une grande aventure. Gérard Davoine ne se<br />
lassait pas de raconter cette épopée qui a « commencé dans une<br />
grange avec un poêle à sciure pour chauffer la salle ».<br />
L’épisode suivant de cette aventure déjà romanesque ressemble<br />
également à une scène de cinéma… Une municipalité voisine de<br />
Bourg Saint Maurice organise un congrès mondial du ski et a<br />
construit pour cela une salle de cinéma. Pour l’exploitation de celleci,<br />
deux concurrents sont en lice, dont Gérard Davoine. Coup de<br />
pouce du destin, il a la chance de se présenter en deuxième. Les<br />
parois entre salle d’attente et salle de réunion étaient tellement<br />
minces qu’il entend dans le détail la prestation de son concurrent<br />
et n’a pas de mal à faire mieux que lui. La chance sourit aux audacieux…<br />
Le genre d’histoires qui a durablement marqué nombre de<br />
ses interlocuteurs, se souvient Christophe Baures (Screenvision).<br />
La machine est alors lancée avec le succès bien connu au pays de<br />
l’or blanc. Le réseau en gardera le nom CinéAlpes. Mais la présence<br />
s’étend progressivement au-delà des montagnes vers Annecy,<br />
Lyon, Nevers, Besançon et enfin Dijon, dans les années 70.<br />
Pendant ces décennies, Gérard Davoine va prendre part à la<br />
grande aventure de l’Union Générale <strong>Cinéma</strong>tographique qui, autour<br />
de Jean-Charles Edeline, va fédérer des personnalités marquantes<br />
telles que Jean-Pierre Lemoine, Raoul Aubert, Marcel<br />
Guillaume, Guy Verrecchia, Philippe Hellmann, etc. « Il fait partie de<br />
ceux qui ont forgé le paysage cinématographique français », comme<br />
le note un spécialiste du secteur.<br />
Une telle entreprise n’est pas l’œuvre d’une personnalité ordinaire…<br />
« Un homme qui avait choisi un chemin singulier, assumé