NOUVELLES DE JÉRUSALEM - Pâques 2019

ecolebiblique

Nouvelles de Jérusalem

Lettre aux amis de l’École biblique

et archéologique française

N° 97 - Pâques 2019

École

biblique e

archéolog

française

Jérusalem


A Dominican Biblical institute housed at the priory of St Stephen

since 1890, the École biblique et archéologique française de

Jérusalem welcomes students and researchers from all over the

world and offers them a unique study experience.

The École thus continues the project of its founder, Father Marie-

Joseph Lagrange: to study the Bible in the land of the Bible, to

bring together both ‘document’ and ‘monument’ in an academically

rigorous way. To do this, the École offers an exceptional study

environment:

Specialised library

International team of teacher-researchers

Regular visits to archaeological sites

Fraternal atmosphere to foster dialogue

How you can help us ?

Let others know about the École

Recommend our courses

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France: associationdesamis@ebaf.edu

Canada: cfeb.aceb@gmail.com

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Éditorial

Chers amis et anciens de l’École biblique,

Nos fêtes, en particulier la fête de Pâques, nous rappellent que nous vivons

notre vie présente, située entre le passé d’où nous venons et l’avenir vers

lequel nous allons.

La même chose vaut dans notre vie quotidienne, y compris au plan pratique

: l’École biblique, cette grande institution fondée il y a 130 ans, a

évolué et s’est transformée au long des années. Aujourd’hui, elle s’ouvre

de plus en plus aux défis du 21e siècle, marqué par la mondialisation et la

recherche. Ceci a des incidences sur nos manières de travailler : l’accès

aux revues numériques, par exemple.

Cela implique donc aussi des investissements. Nos bâtiments sont beaux

mais vieux ; les étudiants d’aujourd’hui attendent plus de confort. Depuis

longtemps, le couvent St. Étienne et l’École entreprennent des travaux, à

raison d’une ou deux tranches chaque année. Cela a un coût. Pour l’été

qui vient, nous envisageons le réaménagement et la modernisation des

chambres d’étudiant au-dessus de l’Ecole.

Cet investissement assez lourd a pour but de permettre un meilleur fonctionnement

de l’École biblique dans les décennies à venir. L’appui des

Associations des amis de l’EBAF est important pour nous permettre d’y

faire face. Soyez assurés de nos vifs remerciements pour votre appui généreux

qui nous a toujours accompagnés.

In order to shape its future under the conditions of globalized science, the

École biblique must repeatedly invest in its infrastructure. We thank all

our friends for their continued support.

École biblique et archéologique française de Jérusalem

Nablus road 83-85 -POB 19053 -IL 911 9001 Jerusalem

Tél. : 972 2 626 44 68 ext 238 - Fax. : 972 2 628 25 67

www.ebaf.edu - secretariat.ebaf@gmail.com

Fr. Martin Staszak, o.p.

Prieur du Couvent Saint-Étienne

Couverture : Pavement, complexe ecclésiastique de Mukheitim, Jabaliya (Gaza) - VIème siècle


Colloque

« Rethinking the Jewish War (66-74 CE)

Archeology, Society, Tactics, and Traditions »

L’École a accueilli, du 30 octobre

au 1er novembre dernier, un colloque

de grande ampleur autour

de l’interprétation d’un événement

majeur pour l’étude du Nouveau

Testament, la guerre des Juifs

contre les Romains. L’occasion de

ce colloque a été la publication, en

février 2016, de l’impressionnant

ouvrage de Steve Mason “A History

of the Jewish War”. L’auteur

y discute les événements de 70 en

abordant différents champs d’investigations

et en proposant par

moments une interprétation bien

différente de celle communément

reçue de Flavius Josèphe.

4

Organisé par Fr. Anthony Giambrone

o.p., le colloque se donnait

comme objectif, pendant trois jours

d’intenses discussions, d’ouvrir

à nouveau le débat, pour évaluer

la pertinence des propositions de

Mason et prolonger la discussion.

Selon la méthode habituelle de

l’École, ce sont d’abord les archéologues

qui ont eu la parole. M.

Aviam (Kinneret College - Israël) a

constaté la conformité des données

archéologiques avec les informations

rapportées par Josèphe sur la

première phase de la guerre juive.

D. Ariel (Israel Antiquites Authority

- Israël) a prolongé la réflexion

avec une étude détaillée de la nu-

Lettre aux amis de l’EBAF - N° 97 - Pâques 2019

mismatique, décisive pour préciser

les étapes du conflit. Fr. D.-M.

Cabaret o.p. (École biblique) a présenté,

à partir de ses recherches sur

le plan de Jérusalem au I er siècle,

une reconstitution possible du

siège de la forteresse Antonia et

B. Arubas (Ben Gurion University

- Israël) a questionné la réalité de

l’assaut par la rampe des Romains

à Massada. Dans une deuxième

étape, W. Eck (Université de Cologne

- Allemagne) et N. Sharon

(Hebrew University of Jerusalem

- Israël) ont abordé les questions

de société, la question de l’appartenance

de la Judée à la province

de Syrie puis le contexte de l’impérialisme

romain. Le lendemain M.

Hadas-Lebel (Sorbonne - France)

et J. Sievers (P.B.I. - Italie) ont

valorisé la dimension religieuse du

conflit, peut-être sous-estimée dans

l’ouvrage de Mason. Y. Le Bohec

(Sorbonne - France) et G. Brizzi

(University of Bologna - Italie)

ont abordé les aspects tactiques,

notamment pour tenter de préciser

la nature de l’intervention romaine.

En fin d’après-midi deux professeurs

de l’École, É. Puech et Fr. É.

Nodet o.p. ont abordé la question

des dommages provoqués par la

guerre, le premier à partir de deux

inscriptions retrouvées récemment,

le second autour de la question

de la poursuite du culte jusqu’à

la deuxième révolte. La dernière

journée était entièrement consacrée

à la réception. M. Buonfiglio (Beni

Culturali, Italie), Fr. A. Giambrone

o.p., M. Ben-Shahar (Hebrew University

- Israël) et T. Rajak (University

of Oxford – Royaume-Uni

ont, exploré les répercussions de la

guerre juive dans divers contextes.

En conclusion de cet intense colloque,

qui a vu une belle participation

pendant les trois jours et des

débats parfois animés, Steve Mason

a proposé une conclusion dans laquelle

il a non seulement remercié

les divers intervenants pour la qualité

des remarques qui ont pu lui être

faites, mais aussi souligné la qualité

du climat de recherche commune

que ce colloque avait instauré.

De fait il a été unanimement reconnu

que ces trois jours à Jérusalem

ont favorisé un vrai climat de

recherche qui a permis, pendant

et entre les conférences, de nombreuses

rencontres et des dialogues

féconds, entre des chercheurs

d’horizons très variés. On peut par

exemple souligner la présence,

parmi les participants et les intervenants,

de nombreux professeurs

israéliens. Pour les enseignants,

comme pour les étudiants, ce colloque

aura sans aucun doute permis

d’être stimulés, chacun dans

son champ de recherche.

Alain de Boudemange

Doctorant à l’École biblique


Students

Nouvelle organisation du doctorat

and procedures for acceptance. At

the same time, an effort was made

to develop a distinctive program

profile that would help mark out

the École as a place of recognized

excellence and special academic

focus. Alongside the traditional

role of the topography course,

a special series of examinations

on the ancient versions (i.e. MT,

DSS, Targums, LXX, Vulgate)

was introduced to this end. The

principle goal in all of the revisions,

of course, was to improve

the quality of students’ formation

as the Church’s professional interpreters

of the scriptures.

research apprenticeship, promoting

student’s technical skills, while

also enhancing familiarity with

broad methodologies, literature, and

themes. In the face of a field continually

fragmenting into a loose confederation

of micro-disciplines, this

is a moment in the program prior to

the formal proposal of a dissertation

project, meant to counteract an

over-hasty over-specialization. It is

our hope and conviction that these

seminars will significantly help us

better serve the Church by preparing

more well-rounded seminary

professors and researchers.

Since its foundation the École biblique

has labored to train exegetes

skilled in the most exacting scientific

standards. Changing circumstances

present new challenges to

this essential and ongoing mission,

however. The massive development

and even industrialization

of the field as an international

global guild has brought with it

the both the stimulation of diverse

university systems and research

perspectives and also the competition

of countless new institutions.

During this development competence

in the humanities amongst

of doctoral candidates has nevertheless

generally declined and

made it difficult to presume the

same linguistic, historical, and

theological formation as was

available to previous generations.

Faced with such challenges, the

Conseil académique of the École

three years ago introduced a significant

process of reform to its

doctoral program.

Several major principles guided

the revisions. First, a conscious effort

was made to regain parity with

peer institutions. This included

identifying and adopting certain

“best practices,” for instance the

creation of a well-defined admissions

process, with clear criteria

One important new element in the

program, first implemented this

semester, is a full year of mandatory

doctoral seminars: four total

courses (2 NT, 2 OT) spread over

two semesters. These seminars are

conceived of as intensive reading

and discussion-oriented courses and

participants are expected to write

a research paper to be presented

and discussed during the course.

Together these four seminars are

meant to serve as a kind of advanced

Fr. Anthony Giambrone, OP

Professor at the École biblique

6 Lettre aux amis de l’EBAF - N° 97 - Pâques 2019


Publication

L’urbanisme de Jérusalem

du 2 e s. av. J.-C. au 2 e s. ap. J.-C.

Un aperçu de la thèse de doctorat

du fr. Dominique-Marie CABARET.

Après avoir soutenu une thèse de

doctorat en théologie à l’université

de Fribourg (Suisse), le fr. Dominique-Marie

Cabaret s’est attaqué

à une seconde thèse, pour l’Université

de Paris I-Sorbonne, en archéologie.

La mise sous forme de

thèse n’est qu’une des dimensions

d’un travail de fond sur la topographie

historique de Jérusalem. La

thèse, sous la direction du professeur

François Villeneuve, s’intitule

L’urbanisme du nord de Jérusalem

du 2e s. av. J.-C. au 2 s. ap. J.-C.

Le point de départ en est l’application

de la « loi de persistance du

plan », méthode d’étude du réseau

des rues des villes antiques qui s’attache

à retrouver le tracé ancien sous

l’actuel, présumant une relative permanence,

quartier par quartier, des

réseaux viaires. Ainsi de la partie

nord de Jérusalem, le fr. Cabaret détermine

l’ancienneté du réseau des

rues partant en patte d’oie de la porte

de Damas vers l’intérieur de la ville,

les deux souqs principaux et la ruelle

de gauche, dont il remonte l’origine

à Jean Hyrcan, vers 125 av. J.-C.

Ce roi hasmonéen fut le premier à

développer un urbanisme nouveau,

depuis sa forteresse-palais, la Bâris,

en poursuivant par la muraille y

attenante, dite le deuxième mur, et

aboutissant à la porte de Damas. Le

quartier nouveau intègre une grille

d’arpentage en coudées royales. Par

ailleurs, le fr. Cabaret reprend le

dossier de l’Arc de l’Ecce Homo. À

la suite de l’abbé Y. Blomme et du

fr. Pierre Benoit, il le rajeunit, en

en faisant une porte de ville percée

par Hérode le Grand dans le deuxième

mur d’Hyrcan. La piscine

du Strouthion se franchit alors par

un pont et fait office de fossé militaire

; la porte de l’Ecce Homo se

fermait par des vantaux dont il a

retrouvé une crapaudine. Une nouvelle

rue hérodienne est aménagée,

l’actuelle Via Dolorosa. Un petit

théâtre, copie miniature de celui de

Pompée à Rome, est aménagé par

Hérode hors le deuxième mur, profitant

de la pente du Bézétha.

Le nouveau quartier hérodien, Bézétha,

est calculé en pieds romains.

Nous ajoutons personnellement

que le résultat serait un nouveau

Lieu Saint : la porte hérodienne de

l’Ecce Homo a dû être franchie bien

des fois par Jésus et ses disciples.

Le doctorat inclut par ailleurs des

recherches sur les trois nouveaux

quartiers de la partie nord de Jérusalem,

celui d’Hyrcan, ceux d’Hérode.

Puis la période romaine, Aelia

Capitolina, est l’objet d’un copieux

chapitre sur le grand temple païen

sous le Saint-Sépulcre, dédié aux

trois divinités du Capitole romain,

le petit monument, un aedes, qu’on

peut supposer sur la Via Dolorosa et

son modeste forum nouveau, et enfin

la statue équestre d’Hadrien sur

l’esplanade des mosquées. La grille

d’arpentage générale d’Aelia part

d’un point zéro, le locus gromae,

que le fr. Cabaret détermine par

ses alignements. Pour le visiteur/

pèlerin d’aujourd’hui, ces résultats

apportent un nouveau regard :

l’arc de l’Ecce Homo est connu de

Jésus, c’était une porte vers l’Est ;

sa nouvelle rue, la Via Dolorosa,

permettait d’atteindre alors le mont

des Oliviers dans un quartier tout

neuf et hors les murs, orné d’un

petit théâtre à mi pente du Bézétha,

à proximité des bassins d’eau de

Sainte-Anne.

Il n’y a pas que la section des rues de

Jérusalem au-dessus du Cardo qui

témoigne d’un plan antique, mais

aussi les rues en éventail partant de

la porte de Damas vers l’intérieur de

la ville – rues connues de Jésus, car

hasmonéennes – toutefois invisibles

de nous tant qu’on ne creuse pas

sous les axes actuels.

Fr. Jean-Michel de Tarragon, o.p.

Responsable de la photothèque

8

Lettre aux amis de l’EBAF - N° 97 - Pâques 2019


Archéologie

Restauration du monastère de St Hilarion à Gaza

Les progrès évoqués par René Elter

René Elter a été archéologue à l’Institut National de Recherche pour

l’Archéologie Préventive pendant 20 ans, puis fut pendant 6 ans à la

tête d’une forteresse médiévale en Lorraine (Monument Historique). Il

co-dirige en Jordanie une fouille dans le cadre de l’Institut français du

Proche-Orient. Depuis 2002, il est chercheur associé à l’École biblique et

archéologique française de Jérusalem pour diriger la restauration et la publication

des fouilles du monastère de Saint-Hilarion (Umm el-‘Amr) à Gaza.

Qu’est-ce que Umm el-‘Amr ?

Umm el-‘Amr s’étend sur plusieurs

hectares sur la dune côtière à 10 km

au sud de Gaza-ville. Un monastère

y a été découvert, un des plus grand

de Terre Sainte, et le tout premier

fondé dans la région en 329 par

Hilarion, le Père du monachisme

palestinien. Il se compose d’un

ensemble ecclésiastique (églises,

crypte, chapelle, baptistère, logement

des moines) et d’un hospice

réservé à l’accueil des voyageurs et

pèlerins, avec bains et logement.

Historique de la fouille :

1997-2001 – Fouilles du monastère

de Saint-Hilarion par le Service palestinien

des Antiquités.

2001- Expertise par l’École biblique

des vestiges à la demande

du Ministère des Antiquités et du

Tourisme de Palestine. L’EBAF

confie l’évaluation et les vérifica-

tions archéologiques à R. Elter.

2002-2006 – Vérification de la stratigraphie

et la chronologie du site.

Le projet est soutenu par le Consulat

Général de France à Jérusalem.

2010-2015 – Sondages de vérification,

mise en place de consolidations

d’urgence, formation d’ouvriers

et d’étudiants de l’Université

de Gaza. L’ensemble des interventions

est soutenu par le Consulat

général de France et l’Unesco.

2011 – Umm el-‘Amr apparaît sur

la liste du World Monuments Fund

des 100 sites les plus menacés dans

le monde.

2012 – Inscription sur la liste indicative

du patrimoine de la Palestine

par l’Unesco.

2017-2020 : Programme de conservation

et de mise en valeur (British

Council/EBAF) géré par l’ONG

« Première Urgence ».

Comment travaille-t-on sur place ?

Travailler à Gaza peut être une

folie. Surtout avec la situation géopolitique

actuelle et tout ce qu’en

disent les médias. Dès le début du

projet, l’organisation de nos travaux

a nécessité souplesse et adaptation.

Sur place, la situation n’a

pas émoussé l’envie de nos collègues

de Gaza de comprendre et de

préserver le monastère. Tout était à

faire, à inventer. Pour relever murs

et voûte, il a fallu ouvrir une carrière

de pierre, fabriquer des outils,

monter toute la chaîne opératoire,

du débit à la pose. Lorsque l’accès

à Gaza nous est interdit, Fadel Al-

Otol, le correspondant local de

l’École depuis 20 ans, nous permet

de suivre les travaux archéologiques

et de restauration par la

vidéo-conférence. La documentation

technique (plans, coupes, débit

de pierres) est alors réalisée par

Florent Périer (restaurateur, tailleur

de pierre) dans les locaux de

l’École, et envoyée sur le chantier

via Internet. L’entreprise nécessite

un lien constant et une maîtrise

sans faille de l’équipe d’une trentaine

d’ouvriers (dont 7 femmes).

Et après ?

Il faut passer à l’aménagement de

passerelles sur le site qui accueille

aujourd’hui plusieurs centaines de

scolaires par mois. Comprendre

pour mieux protéger, tel est le

centre de nos préoccupations. Les

enfants d’aujourd’hui décideront

demain. Ils devront gérer le site

sans nous. Une telle responsabilité

était l’une des conditions à l’inscription

de Umm el-‘Amr sur la

liste des candidats au Patrimoine

Mondial de l’Unesco.

Propos recueillis par Anne Piot

Chargée de Communication

10 Lettre aux amis de l’EBAF - N° 97 - Pâques 2019


The Bible in Its Traditions

The Passion

And when Jesus had finished all these

words, he said to his disciples, “You

know that within two days it is Passover,

and the Son of Man is handed over to be

crucified” (Matt 26:1-2).

hopes to make a further contribution

to the comprehension of and interest

in the text. The printed publication

of the four volumes is scheduled

for the summer of 2020, by Peeters

Publishers, in French (the first

volume of the BEST series, on

Philippians, is in French as well; the

second, on Hosea, in English). The

work will also be consultable online

at scroll.bibletraditions.org.

180 synthetic notes) in all, which

are classified in 28 rubrics (textual

criticism, grammar, peritestamental

literature, theology, …), further

grouped together in three main

categories: Text, Context, and

Reception. Each category has its

proper merits for illuminating the

Gospel. (1) Study of linguistic and

text-related characteristics in the

category “Text” help to discover the

richness of the Word in se: acoustic

aspects, polysemy, chiastic and

other structures — even to the point

of irony and intended ambiguity.

(2) The Word incarnate also reveals

itself in place and time. The category

“Context” helps to understand the

Gospel better in its historical context

by describing ancient practices and

locations, citing ancient analogous

texts, … (3) The Word is also not

limited to the time of writing and

redaction but always engenders

new meanings in the readers’

minds. The category “Reception” is

easily the most copious part of the

annotation and covers many areas

of human culture: visual, literary,

musical, and other arts, as well as

patristic, ecclesial, reformed, and

philosophical perspectives. Many

sources are quoted or described

(the Internet edition even provides

the possibility to hear or see some

of the works). The aim is not to

evaluate the differing interpretations

(what/who is wrong/right) but to

show the diversity in interpretation

throughout the ages. The richness of

this plurality is also reflected in the

translation principle of the project,

which does not give one, uniform

translation but compares the Greek

(Byzantine, Textus receptus, and

Nestle-Aland), Latin (Vulgate),

and Syriac (Peshitta) versions and

highlights the variants. Reading the

work one becomes a participant in a

story reaching back two millennia,

one touches the people who

transmitted the Gospel, one becomes

part of the many generations that

received the text, and hopefully,

ultimately, one becomes an artist

oneself, engendering a new, creative

interpretation. The New and the Old

(Matt 13:52). The publication is not

an end but a mere beginning. No

one can remain a passive listener,

but all are invited to bring the text

alive anew. And for that mission we

are not left orphans, for the Gospel

concludes with the promise “And

behold, I am with you always, until

the end of the age” (Matt 28:20).

With these words the Gospel

On this occasion of the (near)

according to Matthew introduces

achievement of the edition of

the Passion narrative. The infancy

Matt 26-28 I want to warmly thank

and public ministry of Christ have

the people who made this adventure

been described in the preceding 25

possible, thanks to the redaction of

chapters. Three more chapters will

notes and/or their financial support.

be devoted to the few days that

Though most of the work is done

changed the history of mankind The publication will bring to a

completely pro Deo, there are inevitably

completely through the Passion conclusion a passionate adventure

costs implied in such a huge

and Resurrection of Christ. No that began in 2005 and resulted

undertaking. My sincere thanks go

commentary will ever have the in a team of no less than 60

to all the people who sponsor the

final word on Matthew, but with contributors working on Matt 26-

study and preaching of the Word.

the three volumes of translation and 28. Specialists in fields as diverse

annotation and the supplementary as semantics, literature, liturgy,

Bieke Mahieu

Assistante générale du

volume with the bibliography and choreography, cinematography, …

programme de recherches BEST

synthetic notes, the BEST project produced about 3000 notes (and

12

Lettre aux amis de l’EBAF - N° 97 - Pâques 2019

13


Bible

Qui est « le disciple que Jésus aimait » ?

Joseph LÊ MINH THÔNG, Qui est

« le disciple que Jésus aimait » ?

(Lire La Bible n. 195), Paris, Le

Cerf, 2019.

Le personnage du « disciple que Jésus

aimait » dans l’Évangile de Jean

a fait couler beaucoup d’encre et les

spécialistes n’ont pas manqué d’imagination

pour tenter de l’identifier.

Dans ce petit livre, l’auteur est à la

recherche de l’identité de ce disciple

en s’appuyant sur les données du

texte de l’Évangile. Quel est le rôle

de ce personnage dans l’Évangile ?

La souscription dans les papyrus P 66

(vers l’an 200) et P 75 (daté 175-225)

est “Évangile selon Jean”. Il est possible

que cette appellation fût ajoutée

par la suite pour le distinguer des

trois autres Évangiles, quand ces

derniers furent reçus dans le canon.

Est-ce que ce « Jean » est l’apôtre

Jean, fils de Zébédée ? Les témoignages

du II e au IV e siècle parlent

de plusieurs « Jean ». Par exemple,

pour Irénée, c’est Jean, le disciple

du Seigneur. Quant à Papias et Eusèbe,

ils distinguent l’apôtre Jean

du presbytre Jean. Pour Polycrate,

c’est Jean le prêtre. De plus, lorsque

l’on compare l’apôtre Jean dans les

Synoptiques et le disciple que Jésus

aimait dans le quatrième Évangile,

plusieurs différences apparaissent

entre ces deux personnages. Certains

proposent d’identifier ce disciple à

d’autres personnages : Lazare, Thomas,

Nathanaël… pour d’autres, il

n’est qu’un personnage

littéraire, de fiction.

Toutes ces propositions

ne sont que

des hypothèses. L’auteur

voudrait mettre

en valeur l’anonymat

de ce disciple qui est

l’un des disciples de

Jésus. Le texte ne

permet pas d’identifier

« le disciple

que Jésus aimait »

avec les trois autres

disciples anonymes présents dans

l’évangile : (a) l’un des deux premiers

disciples (1,37-40) ; (b) un

autre disciple connu du grand prêtre

(18,15-16) ; (c) l’un des témoins

anonymes de la pêche (21,2).

Il est souvent appelé « le disciple

bien-aimé ». Mais cette brève appellation

occulte sa véritable identité.

L’auteur propose de respecter le

texte en l’appelant : « le disciple que

Jésus aimait » pour trois raisons : (a)

le nom de Jésus apparaît toujours

dans la désignation de ce disciple.

C’est l’amour et l’amitié de Jésus

qui deviennent pour lui son nom et

son identité. Cet amour est exprimé

par les deux verbes agapaô (aimer)

en 13,23 ; 19,26 ; 21,7.20 ; et philéô

(aimer d’amitié) en 20,2. Non seulement

l’appellation « disciple bienaimé

» ne dit pas de qui est aimé

ce disciple, mais l’adjectif « bienaimé

» lui-même ne se trouve pas

dans le texte. (b) À travers ce disciple,

Jésus offre son amour et son

amitié à tous les disciples, puisque

Jésus aime les siens

jusqu’à la fin (13,1b)

et les appelle ses

amis (15,15b). (c)

L’appellation « le

disciple bien-aimé »

met l’accent sur le

disciple, tandis que la

formule johannique

se focalise sur Jésus :

« le disciple que Jésus

aimait ».

Étant donné le caractère

symbolique de ce disciple, le

lecteur est invité à vivre pleinement

l’amour et l’amitié de Jésus.

L’Évangile présente au lecteur ce

disciple comme une figure idéale

par le témoignage de son intimité

(13,23a), de sa foi en Jésus (20,8b)

et de son identification immédiate

du Ressuscité (21,7). Ce disciple

demeure présent jusqu’au retour de

Jésus (21,22) à travers son témoignage

(19,35 ; 21,24a) et ses écrits

(21,24b). Tout lecteur est invité à lire

l’Évangile, en se concentrant sur les

données de l’Évangile à l’état final

du texte. Ainsi il peut découvrir le

parcours exemplaire de ce disciple,

puis s’identifier à lui pour devenir

un vrai disciple de Jésus.

Fr. Joseph Lê Minh Thông, o.p.

Professeur à l’École biblique

14 Lettre aux amis de l’EBAF - N° 97 - Pâques 2019


Bible

D’une Bible à l’autre

La publication récente d’une remarquable

histoire des éditions du

Cerf offre l’occasion de revenir sur

l’histoire de la Bible de Jérusalem,

fruit de la collaboration de l’École

biblique avec cette maison dominicaine

d’édition 1 .

D’abord basée à Saint-Maximin,

dans le sud de la France, où la province

dominicaine de Toulouse

avait son centre d’études, la maison

d’édition dominicaine, fondée

au lendemain de la première guerre

mondiale par le père Bernadot, est

transférée à Juvisy dans la région

parisienne, au cours des années

1920. L’intuition du fondateur

avait été d’éclairer le renouveau

spirituel en cours dans l’Église de

France par une pensée théologique

solide, inspirée du thomisme. C’est

dans ce but qu’il avait créé en 1919

une revue, La Vie spirituelle, rejointe

plus tard par La Vie intellectuelle,

puis Sept, sur l’instigation

exigeante d’intellectuels comme

Jacques Maritain, Léon Bloy,

Étienne Gilson.

Le père Bernadot reçoit en 1932

le renfort de deux jeunes religieux

dominicains qui vont beaucoup

compter dans l’avenir des éditions

du Cerf, Augustin Maydieu

et Pierre Boisselot. Paradoxalement,

la période de la seconde

guerre mondiale, pendant laquelle

la France est accablée par la défaite

de 1940, est l’occasion d’initiatives

très fructueuses : un renouveau de

la patristique avec la collection

Sources chrétiennes, puis le projet

d’une Bible de Jérusalem, esquissé

par le fr. Thomas Chifflot, discuté

et accepté par Roland de Vaux,

directeur de l’École biblique de

Jérusalem. En 1943, l’encyclique

Divino Afflante Spiritu de Pie XII

va enfin donner sa place à la critique

historique dans les études

bibliques, entreprise et promue

douloureusement par Lagrange et

les dominicains de Jérusalem.

Le projet d’une nouvelle édition de

la Bible a pour ambition de mettre

à la disposition du peuple chrétien

un Bible catholique bien traduite,

comprenant des introductions et

des notes qui tiennent compte des

acquis importants de la recherche,

ce que n’offrait pas la Bible du chanoine

Crampon qui était alors la

Bible de référence dans le monde

catholique. Les meilleurs spécialistes

de Jérusalem se mirent au travail,

avec l’appui de collaborateurs

laïcs comme Étienne Gilson, Henri-Irénée

Marrou, Gabriel Béguin,

etc. Après une édition en fascicules,

entre 1948 et 1956, qui rencontre

un vif succès, La Bible de Jérusalem

est ensuite publiée en un seul

volume et connaîtra trois éditions

successives (1955, 1973, 1994).

1 Étienne FOUILLOUX, Les Éditions

dominicaines du Cerf, 1918-1965, avec la

collaboration de Tangi Cavalin et Nathalie

Viet-Depaule, Presses Universitaires de

Rennes, 2017, 293 p.

Cette Bible de Jérusalem, adaptée

en de nombreuses langues, reste

une traduction de référence, bien

que son annotation et même ses

principes philologiques fleurent

bon le milieu du 20e siècle. Le programme

de recherche La Bible en

ses traditions, conduit à l’EBAF

depuis une dizaine d’années, renouvelle

l’approche de l’édition

du texte biblique pour l’adapter

à l’état actuel de nos connaissances,

en présentant, sans les

mélanger, les diverses versions du

texte sacré (grecque, hébraïque,

latine, syriaque) et en offrant des

aperçus — y compris multimédia

— de sa réception multiforme dans

la patristique, la liturgie, la théologie,

l’histoire de l’art, etc. Un chantier

très prometteur, mené dans une

plateforme collaborative très innovante

sur internet, en phase avec

le monde d’aujourd’hui de plus en

familier du digital.

Fr. Jean-Jacques Pérennès, o.p.

Directeur de l’École

16 Lettre aux amis de l’EBAF - N° 97 - Pâques 2019


News from the École

The Sisters at the École

Joy, efficiency at work, and devotion

to prayer – anybody who visits

the École identifies these qualities

with the Sisters of the Merciful Jesus.

Their mission at the EBAF began

on 11 November 2001, when

Sisters Stanisława and Daniela arrived

in Jerusalem.

As a result of the Second Intifada

(Palestinian Uprising) that began

in September 2000, the Palestinian

workers of St Stephen’s Priory

were very often not allowed to cross

the checkpoints and arrive at work.

This situation forced the then bursar

of the community, Fr. Krzysztof

Modras, OP, to look for solutions to

ensure what was necessary for daily

life. After a long search among

18

numerous religious congregations

in Poland, a positive response was

given by the Sisters of the Merciful

Jesus.

This young Catholic congregation

was founded in 1947 by the confessor

of St. Faustina, Blessed Fr. Michał

Sopoćko. The mission of the

Sisters is profoundly rooted in the

devotion to the Divine Mercy. Sister

Faustina had apparitions of the Merciful

Jesus. Her spiritual diary, written

at the request of Fr. Sopoćko,

has become an inspiration for many

Catholics all over the world. The

Sisters preach the Gospel all around

the world – in many European countries,

in Africa, the Americas, and in

the Holy Land.

Lettre aux amis de l’EBAF - N° 97 - Pâques 2019

The first two Sisters were joined by

the young and brave Sr. Aniela in

2002. Sr. Stanisława was replaced

in 2005 by Sr. Natanaela. The

year 2010 brought another change,

when Sr. Natanaela left for Poland

to study and obtain a master’s degree

in theology. The community

was completed by Sr Szymona. Sr.

Natanaela returned to Jerusalem in

2016 and Sr. Szymona went back

to Poland. The year 2017 saw the

departure of Sr. Aniela who, since

then, has worked in a youth retreat

center run by the Dominicans. Sr.

Małgorzata, who arrived in September

2017, has brought a fresh touch

of joy to the community.

It is believed that scholars often

have minimal practical skills. True

or false as this may be, the Sisters

help us in our daily work and keep

the École and the priory alive, wellfed,

tidy, and clean. Sisters Natanaela

and Małgorzata work mostly in

the kitchen cooking for us delicious

and healthy food. The cookies and

pastries made by Sr. Natanaela are

specially appreciated, since she is a

professional confectioner. Sr. Daniela

is in charge of the laundry. Every

resident of the École has an opportunity

to hear “Jesus loves you

today!” from her every day.

The role of the sisters is not limited

to the material dimension of our life

in Jerusalem. They have devotedly

accompanied our aging friars in

the last years, months, and days of

their lives. Thanks to their prayer,

love, care, and dedication our

brethren – namely Fr. Marie-Émile

Boismard (+ 2004), Fr. François

Langlamet (+ 2005), Fr. Jerome

Murphy-O’Connor (+ 2013), and

Fr. Francolino Gonçalves (+ 2017)

– could pass away well prepared to

meet the Merciful Jesus. Fr. Jerome

used to say that the day of the sisters’

arrival was the second most important

date in the history of the École

– just after the day of its foundation.

The mercy practiced by the sisters

does not limit itself to the walls of

the priory. The sisters silently help

and accompany the poor and needy

in the Old City of Jerusalem.

The witness given by the sisters

is an inspiration for all of us here.

St. James writes: “Be doers of the

word, and not hearers only, deceiving

yourselves” (James 1:22).

Studying the Bible and its world we

may be tempted to be only “hearers

of the Word”. The sisters give us a

constant and clear example of doing

the Word.

Fr. Pawel Trzopek, OP

Librarian


Photothèque

A la veille d’un colloque en l’honneur

du fr. Francolino Gonçalves, à Lisbonne

Étudiants

Temps de Dieu, temps des hommes ...

Le frère Francolino Gonçalves

(1943-2017), qui avait autrefois

assumé par intérim la charge du

cours de topographie, et donc des

voyages et des excursions avec les

étudiants, était naturellement attentif

à la dimension archéologique

des recherches à l’École biblique.

Homme du texte, il avait été témoin

de l’intérêt croissant de la génération

précédente pour l’archéologie

ainsi des frères de Vaux, Couroyer,

Benoit, Tournay, Lemoine, Murphy-O’Connor,

que Francolino

avaient côtoyés.

Ainsi, il a voulu participer à deux des

fouilles d’été de l’École biblique,

celles de Tell Keisan en Galilée,

mais aussi en Jordanie, lors de la

campagne sur la Citadelle d’Ammân

de l’été 1988, dirigée par le fr.

Jean-Baptiste Humbert. Sur la diapositive

ci-dessus, il donne l’échelle

contre un élément du rempart de la

citadelle, dont le fr. Humbert a fait

une couverture photographique systématique

en vue de la fouille de son

angle sud-est.

Une autre photo des mêmes jours

montre Francolino dans la dépression

du chantier du petit palais

néo-assyrien, sur la terrasse intermédiaire,

lors de son déblaiement,

en compagnie de Fawzi Zayadine,

du Service des Antiquités, et de

Jean-Baptiste Humbert.

Fr. Jean-Michel de Tarragon, o.p.

Responsable de la photothèque

De Megiddo à Sébaste en passant

par Tel Dan, le voyage en

Galilée-Samarie fut l’occasion de

redécouvrir une réalité déjà perçue

lors du séminaire de préparation à

cette excursion : les chronologies

historique et biblique concordent

rarement. Difficile de faire coïncider

les récits bibliques avec les découvertes

archéologiques sur ces sites

plurimillénaires. Cela ne signifie

pas qu’il faille absolutiser les données

de la recherche scientifique, et

rejeter les textes de l’Ancien Testament,

mais cela nous invite à nous

mettre au service de l’intelligence

scientifique pour percevoir les données

bibliques à un autre niveau, et

à continuer le travail de la foi sans

humilier la raison.

« ICI le Verbe s’est fait chair ». Quel

choc de lire ces mots inscrits sur

l’autel de l’église de l’Annonciation

à Nazareth. Tout à coup, le mystère

de l’Incarnation prend une dimension

nouvelle. Dieu a choisi Marie

pour porter au monde son Fils, et

c’est en ce lieu précis que cet abyssal

mystère est devenu réalité.

Cette excursion à travers les âges et

les paysages de Terre Sainte m’a remis

en présence du mystère, qui m’a

toujours bouleversé dans la foi chrétienne.

Cette coïncidence, toujours

à rechercher et jamais parfaitement

ajustée, du temps de Dieu et du

temps des hommes. Nous qui scrutons,

en fouillant la terre et les Écritures,

les traces du Dieu d’Abraham,

d’Isaac et de Jacob, nous apprenons,

à l’École biblique, à harmoniser la

foi et la raison, le fruit de la terre et

le travail de la foi.

Lionel Flego

Bibliothécaire

19 Lettre aux amis de l’EBAF - N° 97 - Pâques 2019


Vie de Jérusalem

Du nouveau du côté des musées

Le riche passé de cette région du

Proche-Orient et de la ville de Jérusalem

explique la qualité de ses

musées : le musée Rockfeller, qui

date de l’époque du mandat britannique,

le Musée d’Israël et le Musée

des pays de la Bible sont les plus

connus, mais ne sont pas les seuls.

Le 27 juin 2018, le Studium biblicum

franciscanum, situé sur la via

dolorosa, a inauguré deux premières

salles d’un musée archéologique

qui mérite la visite. Les

franciscains ayant depuis 800 ans

la charge des Lieux saints ont eu la

possibilité de conserver des objets

découverts lors de leurs fouilles

archéologiques. Parmi celles-ci,

on citera celles du Mont Nébo et

de Machéronte, en Jordanie, celles

de Capharnaüm, d’Aïn Karem, du

Mont des Oliviers, de Bethléem

et de ses environs (en particulier

l’Herodion). Longue est la liste

des sites de Terre sainte fouillés

par les franciscains de la Custodie

depuis un siècle. La seconde raison

de la richesse de leur collection

est le talent de plusieurs archéologues

franciscains qui ont fouillé et

exploité scientifiquement les sites

évoqués. Sans les mentionner tous,

on citera les fr. Orfali, o.f.m. palestinien

; Saller, o.f.m. américain ;

Spijkerman, o.f.m. hollandais ; et,

plus près de nous, les fr. Piccirillo,

artisan de l’admirable fouille du

Mont Nebo, et le fr. Alliata. Les

deux salles inaugurées du nouveau

musée franciscain sont consacrées

à la vie quotidienne au temps de

Jésus et aux monuments autour de

Bethléem et du Mont Nebo. Vu la

qualité de la muséographie et l’intérêt

des collections, on attend avec

impatience l’ouverture de deux

autres salles qui seront consacrées

à l’archéologie des Lieux saints

et à des collections spéciales, de

monnaies par exemple.

La collection des Pères blancs de

Sainte-Anne doit davantage à l’initiative

d’un homme, le père Léon

Cré (1855-1922). Chargé de la formation

biblique des jeunes séminaristes

melkites de Sainte-Anne,

il entreprit de premières fouilles

de la piscine probatique, dite de

Bethesda, sur le domaine français

de Sainte-Anne. Collectionneur

dans l’âme, il commença par faire

un « cabinet de curiosités », rempli

d’objets assez hétéroclites, souvent

intéressants, qui seront enrichis par

les fouilles ultérieures du site par

les dominicains Roland de Vaux et

Jourdain Rousée. Une importante

restructuration du bâtiment est en

cours, qui devrait permettre d’ici

quelques mois l’ouverture d’un

véritable musée archéologique, de

taille assez modeste, mais contenant

des objets de premier intérêt

comme des ex-votos de l’époque

romaine et des restes architecturaux

de l’église byzantine. Le projet des

Pères blancs est aussi d’offrir une

présentation pédagogique aux centaines

de milliers de pèlerins qui

visitent chaque année la piscine de

Bethesda et la basilique croisée du

site de Sainte-Anne.

Que peuvent offrir les dominicains

de l’École biblique ? Notre trésor,

moins spectaculaire à première

vue, est l’admirable collection de

photos accumulées par nos frères

depuis l’époque du père Lagrange :

plus de 15 000 plaques de verres

et autant de photos papier. Les

premiers frères ne firent pas de

fouilles, mais se consacrèrent à une

exploration systématique d’une région

moins limitée qu’aujourd’hui.

D’où d’admirables photos de Petra,

Palmyre, de Palestine, etc., dues

pour beaucoup à Raphaël Savignac

(1874-1951) et magnifiquement

mises en valeur et exploitées par

Jean-Michel de Tarragon dans les

expositions que l’on peut voir en

France, en Jordanie, en Pologne,

mais aussi bientôt dans les pays du

Golfe.

D’autres trésors existent chez les

Arméniens et les Grecs orthodoxes.

Il faudra en reparler : Jérusalem est

inépuisable.

Fr. Jean Jacques Pérennès, o.p.

Directeur de l’École

Lettre aux amis de l’EBAF - N° 97 - Pâques 2019

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Meditation

Easter: A Celebration of God’s

Superabundant Love for Humanity

Merci

Un nouveau départ pour Diana !

“The creation of the human person

was a wonderful work; his redemption

is still more wonderful” (From

the Roman Missal).

God created man and woman in

loving goodness to share in His creative

power and governance of the

created world, sharing a union of

friendship with God. Human history,

however, is fraught with man’s

constant disobedience to God’s will,

thus being enslaved to sin and death.

In the liturgical calendar of the

Church, Easter is the period when

we remember in a unique way and

celebrate the marvellous work and

glorious mystery of our redemption.

At Easter therefore, we celebrate the

events of Christ’s redeeming work

through his death and resurrection.

The mystery of this event lies in the

truth that, by his dying he destroyed

our death, and by his rising he restored

our life. Thus, God’s love for

us is made most manifest. As Paul

writes, the proof of God’s love for

us, is that Christ died for us while

we were still sinners (Rom 5:8).

In the liturgy of Easter as set forth

within the Pascal Triduum, God’s

love is the thread linking the Paschal

events. At the Lord’s Supper

on Holy Thursday, which perpetuates

the remembrance of his sacrificial

love in the institution of the Eucharist,

Jesus commands us to love

(Jn 13:34). While on Good Friday,

through his death he demonstrates

that love of which there exists none

greater (Jn 15:13), on Easter Sunday,

through his resurrection he

makes the victory of God’s love

shine brightly upon mankind.

Fr. Dominique Okoye, OP

Doctorant à l’École biblique

Après 28 ans de travail à l’École

biblique, Diana Kahla est partie à

la retraite au mois de décembre.

Tout a commencé en 1990, quand

une des employées de l’École

est partie en vacances ; Diana l’a

remplacée pour faire les photocopies,

puis elle est revenue un mois

l’année suivante, avant d’être embauchée

en 1992.

Diana a commencé à la réception,

avant de partager son temps entre la

réception et la bibliothèque, où elle

a fini par passer tout son temps. En

effet, si la bibliothèque est toujours

propre et rangée, c’est parce que

nos bibliothécaires étaient accompagnés

de Diana qui portait un intérêt

personnel à retrouver un livre

manquant, à refaire des fantômes, à

créer la cote d’un livre et même à

faire la décoration de Noël !

« Par sa fiabilité, sa rigueur et son

exactitude, Diana manquera beaucoup

à la bibliothèque. Et puis

surtout, elle faisait partie de la famille…

» nous dit Fr. Pawel o.p.,

responsable de la bibliothèque.

Diana quitte donc l’École biblique

pour une retraite bien méritée, pendant

laquelle elle pourra se reposer…

et revenir à la bibliothèque

pour lire !

Chère Diana, merci pour votre travail

et votre amitié !

Anne Piot

Chargée de Communication

Lettre aux amis de l’EBAF - N° 97 - Pâques 2019

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Nouvelles de l’École

Connaître le regard nouveau

de l’Église catholique sur le judaïsme

Depuis le Concile Vatican II et

Nostra Aetate, l’Église invite les fidèles

catholiques à développer une

connaissance authentique et approfondie

du judaïsme, encourageant

ainsi « la connaissance et l’estime

mutuelles » (Nostra Aetate 4). Quel

meilleur endroit que Jérusalem

pour se mettre au travail !

Voici plus d’un an, l’association

Nostra Aetate 4 (NA4) animée par

le fr. Olivier Catel o.p. (Couvent

Saint-Étienne), Sr. Agnès (Béatitudes-Emmaüs),

Jean et Agnès de

Chillaz (Communauté de l’Emmanuel),

Gad Barnea (collaborateur

de La Bible en ses Traditions) a

entrepris d’initier le grand public

chrétien à la richesse et à la profondeur

de la pensée juive. Le but :

mieux connaître les sources de la

foi chrétienne et mieux comprendre

le judaïsme pour lui-même.

Pour beaucoup de catholiques, le

judaïsme est un phénomène ancien,

que l’on ne connaît que par les

évangiles et le Nouveau testament.

L’anti-judaïsme chrétien a laissé

des traces et la situation politique

présente n’arrange rien. Il s’agit

cependant de faire un pas en avant

et de découvrir la permanence de

l’alliance entre Dieu et le peuple

d’Israël, jusqu’à aujourd’hui : le

judaïsme en Israël en est la preuve

vivante.

Lettre aux amis de l’EBAF - N° 97 - Pâques 2019

Dans cet esprit, l’Association propose

des enseignements, des sessions

à Jérusalem, des programmes

en partenariat avec des institutions

académiques (Université Domuni)

et des articles et réflexions sur son

site Internet. Grâce à un partenariat

avec l’École biblique, l’Association

propose cette année une série

de six conférences grand public

en soirée : beaucoup de religieux

et volontaires vivant dans le pays

ont soif de saisir cette réalité du

judaïsme contemporain mais aussi

de comprendre les développements

historiques et intellectuels de cette

tradition multiséculaire.

Les études bibliques, elles aussi,

sont bien évidemment enrichies et

trouvent un nouveau souffle dans

la tradition exégétique juive, c’est

donc pour l’École biblique l’occasion

de renouveler ce regard sur le

judaïsme.

Fr. Olivier Catel, o.p.

Doctorant à l’Université hébraïque

Session de printemps

(22 au 28 avril 2019)

« Pâque(s) »

L’Alliance et le Messie

Une semaine de découverte pour

entrer dans le mystère de Pâque(s).

À Ein Karem, oasis de verdure aux

portes de Jérusalem, durant la semaine

qui suit la Pâque juive et la

Pâques chrétienne, nous vous invitons

à venir réfléchir au sens de ces

grandes fêtes dans lesquelles Dieu

vient faire alliance avec son peuple

en le libérant. Par des matinées

d’étude, des carrefours, des visites,

des excursions, des rencontres et des

conférences, nous plongerons dans

la Bible, la tradition et la liturgie juive

-encore vivante jusqu’à aujourd’huipour

essayer de mieux comprendre

le mystère pascal, fondement de

l’Alliance et lieu de l’espérance messianique.

Entrez dans le regard nouveau que

l’Église veut porter sur le peuple dont

elle est issue, ce peuple d’Israël «

dont l’Alliance n’a jamais été révoquée

» (Pape Jean-Paul II).

Cette session de formation est ouverte

à tous ceux qui veulent enrichir

leur foi chrétienne par la connaissance

du judaïsme - les cours seront

donnés de manière parfaitement accessible

à tous les niveaux.

Plus d’informations :

https://na4.org

26 27


News

Pastoral work for the Indian Catholic Community

in the Holy Land

I came to École biblique at the

advice of the Master of the Order

on the 30th of April 2014 (on my

30th sacerdotal anniversary). Back

in India, as a Priest, I was hardly

exposed to pastoral ministry. I was

engaged in teaching Scripture in

the Seminary, preaching retreats

for religious and priests, formation

and administration. Here at the

École I found a golden opportunity

of combining biblical studies with

pastoral work. It was the then Prior,

Fr. Guy Tardivy, who encouraged

me to get into a little pastoral work

on week-ends for the Indian Catholics

employed in Israel.

There are around 5 to 6 thousand

Indian Catholics who are employed

as caretakers in Israel. They largely

come from four states of India:

Karnataka, Kerala, Goa, and Gujarat.

The Konkani- speaking Catholics

(from Coastal Karnataka and

Goa) form the majority of them.

They land up in Israel because of

the poverty and unhappy situations

back home in India. Almost

all of them are employed in Jewish

homes, taking care of the elderly

or the handicapped. They are able

to communicate in English and

have a little knowledge of Modern

Hebrew. Some of the employers,

particularly the Orthodox Jews, do

not permit them to keep Christian

pictures, images or books in their

rooms. But most of them are very

happy of the way they are treated

by their employers. And naturally

by their dedicated service they win

the hearts of their Jewish employers.

Some of them have a free day

only once a month, but many are

free on Sabbath. There are three

Indian priests who assist Fr. Tojy,

the Chaplain, in taking care of their

pastoral needs. My week-end is

usually spent in celebrating mass

and administering the sacrament of

baptism. The Eucharist is celebrated

in Konkani language on weekends

at four Mass-centres in Tel

Aviv, one at St. Saviour’s church in

Jerusalem and one at Haifa.

Three celebrations in the liturgical

year attract over two thousand

Konkani-Catholics: Christmas,

Holy Week and the feast of the Nativity

of the Blessed Virgin Mary.

Every year, on the second Saturday

of Advent a walking pilgrimage

from Jerusalem to Bethlehem is organized.

On Good Friday morning,

an open-air Stations of the Cross is

enacted at Kedron valley, which is

followed by the liturgical service.

The feast of the Nativity of the

Blessed Virgin Mary is celebrated

very solemnly. The celebration

consists of honoring the Virgin

Mary with flowers, thanking God

for the first fruits of the earth, and

the family meal. The Christmas

and Easter masses at Tel Aviv are

celebrated in rented halls as no

church can contain over two thousand

participants.

In the last five years it has been a

very enriching experience for me

though it meant sacrificing a bit of

my time. Back in India I never had

such an opportunity of preaching to

a big gathering. Here I have baptized

at least 50 to 60 infants and

blessed a few marriages. Besides

celebrating the Eucharist and administering

the sacraments, there

are many other areas where pastoral

care is needed. There are so

many moral issues such as illegal

relationships, broken marriages, alcoholism,

gambling etc. Listening

to their stories of joys and sorrows,

pains and doubts, and their simple

faith has made my biblical study

and preaching more relevant and

meaningful. It has also provided me

some contacts with Jewish brothers

and sisters as they occasionally participate

in our celebrations.

Fr. Dominic Mendoca, OP

Professor at the École biblique

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Lettre aux amis de l’EBAF - N° 97 - Pâques 2019


Nouvelles des anciens

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Thèses de doctorat :

Le 19 décembre 2018, le fr. Renaud Silly, o.p. 1 , professeur invité à l’EBAF,

a soutenu à l’Université de Fribourg le 19 décembre 2018 une thèse pour le

doctorat en théologie sous la direction du prof. Philippe Lefebvre, o.p.

Sujet : « Les Grands Mystères de la Sagesse. Proverbes de Salomon 8 & 9

dans la version des Septante »

Le 9 février 2019, le fr. Dominique-Marie Cabaret o.p. a soutenu sa thèse

de doctorat en archéologie à l’Université de Paris I Sorbonne sous la direction

du prof. François Villeneuve. Sujet : « L’Urbanisme du nord de Jérusalem

du 2 ème s. av. J.-C. au 2 ème s. ap. J.-C. ».

Le 22 février 2019, l’abbé Nicola Agnoli a soutenu à l’Ecole biblique sa

thèse en Sciences bibliques sous la direction du fr. Łukasz Popko, o.p.

Sujet : « Ho inviato a voi i miei servi, i profeti, con assidua premura e non

avete ascolto. Origine et sviluppo du una formula di communicazione

delle parola divina in Geremia”

Décès :

Le P. Michel Berder, du diocèse de Quimper, professeur à l’Université

catholique de l’Ouest est décédé le 17 janvier 2019. Il avait été étudiant à

l’EBAF en 1976-77 et en 1994-95.

Distinction et nominations :

Le professeur Eugen Pentiuc 2 , élève titulaire de l’EBAF (1987), a été nommé

le 1er juillet 2018 titulaire de la chaire « Archbishop Demetrios d’études

bibliques et des origines du christianisme » au Holy Cross Greek Orthodox

School of Theology à Brookline, MA (USA).

Le fr. Gregory Tatum, o.p. 3 , professeur extraordinaire de Nouveau Testament

à l’EBAF depuis 2007, a été nommé à l’Université Angelicum de

Rome. L’Ecole biblique est très reconnaissante au fr. Gregory pour ses années

de service à Jérusalem.

Le 26 septembre 2018, les ffr. Paul-Marie Chango, Anthony Giambrone,

Łukasz Popko et Martin Staszak, ont été nommés professeurs extraordinaires

à l’EBAF par le Maître de l’Ordre.

Le 14 décembre 2018, le fr. Olivier-Thomas Venard, o.p. a été nommé

professeur ordinaire à l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem

par la Congrégation pour l’Education catholique.

30 Lettre aux amis de l’ÉBAF - N° 95 - Printemps 2018

Agenda et publications

Evénements à venir

Du 13 au 18 mai : voyage d’études des étudiants de l’École biblique en

Jordanie

11 juin 2019 : Présentation du livre sur les fresques de l’église d’Abou

Gosh, avec Camille Rouxpetel et Jean-Baptiste Delzant.

13 juin 2019 : Journée d’étude sur le pèlerinage, co-organisée avec l’IFPO.

Conférences du jeudi

25 avril 2019 à 18h00 : Le trafic illicite de biens culturels : objets, routes

et réseaux en Afrique du Nord et au Proche-Orient, par Vincent Michel.

2 mai 2019 à 18h00 : Les sarcophages de Samarie, par Lucie Duvignac

(IFPO).

Publications

Joseph Lê Minh Thông, Le disciple que Jésus aimait, Editions du Cerf,

2018, 160p.

Etienne Nodet, The Hebrew Bible of Josephus, Main Features, Cahiers

de la Revue biblique, n° 92, Peeters, 2018, 286p.

Conférence de l’Association des Amis de l’EBAF

Le 22 juin 2019 aura lieu la prochaine Assemblée générale des

Amis de l’EBAF à 17h00 au 222, rue du Faubourg Saint

Honoré, Paris 8e.

Elle sera précédée à 15h00 d’une conférence de Thomas Römer,

titulaire de la chaire Milieux bibliques. Sujet : Naissance

de la Bible. Anciennes et nouvelles hypothèses


Avec les étudiants, chercheurs et volontaires de l’année 2018-2019,

l’École biblique vous souhaite un lumineux printemps

et de belles fêtes de Pâques.

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