22.05.2019 Vues

syndicom magazine N° 11 ¦ Toutes en lutte le 14 juin !

Le syndicom magazine aborde des thèmes syndicaux et politiques avec des explications de fond, sans oublier les domaines de la culture et du divertissement. Il entretient le dialogue au travers des médias sociaux et informe sur les prestations, événements et offres de formation du syndicat et de ses organisations affiliées.

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<strong>syndicom</strong><br />

N o <strong>11</strong> mai-<strong>juin</strong> 2019<br />

<strong>magazine</strong><br />

<strong>Toutes</strong><br />

<strong>en</strong> <strong>lutte</strong><br />

<strong>le</strong> <strong>14</strong> <strong>juin</strong> !


Annonce<br />

Graphisme : Agnes Weber<br />

FEMMES* EN GRÈVE<br />

<strong>14</strong> JUIN 2019<br />

POUR PLUS DE TEMPS,<br />

PLUS D’ARGENT ET<br />

DU RESPECT !<br />

www.<strong>syndicom</strong>.ch /


Sommaire<br />

4 Une fine équipe<br />

5 Brèves<br />

6 Du côté des employeurs<br />

7 L’invité<br />

8 Dossier : parité<br />

16 Au cœur de nos métiers<br />

17 L’égalité dans <strong>le</strong>s TIC<br />

22 Sur l’action col<strong>le</strong>ctive<br />

25 Questions sur <strong>le</strong> <strong>14</strong> <strong>juin</strong><br />

26 Suggestions<br />

27 1000 mots<br />

28 Evènem<strong>en</strong>ts<br />

30 Tranches de vie<br />

31 Mots croisés<br />

32 Pourquoi je ferai grève<br />

Combattre l’inégalité nous concerne tous!<br />

Nous <strong>le</strong> savons: <strong>le</strong>s milieux économiques att<strong>en</strong>d<strong>en</strong>t<br />

de savoir combi<strong>en</strong> de femmes se mobiliseront<br />

<strong>le</strong> <strong>14</strong> <strong>juin</strong> prochain, pour décider s’il est<br />

temps de se remettre <strong>en</strong> question, ou si l’on<br />

peut continuer comme on a toujours fait.<br />

C’est pourquoi nous devons, toutes et tous,<br />

massivem<strong>en</strong>t dire notre colère. Non, il n’est pas<br />

normal que des secteurs où de coquets salaires<br />

sont versés n’utilis<strong>en</strong>t pas cet arg<strong>en</strong>t pour réduire<br />

<strong>le</strong>s inégalités inexpliquées <strong>en</strong>tre hommes<br />

et femmes. Il n’est pas normal que <strong>le</strong>s femmes,<br />

aujourd’hui bi<strong>en</strong> formées, soi<strong>en</strong>t surreprés<strong>en</strong>tées<br />

parmi <strong>le</strong>s bas salaires, au point de gagner<br />

dans <strong>le</strong> secteur privé 19,6 % de moins que <strong>le</strong>s<br />

hommes. Sans par<strong>le</strong>r de <strong>le</strong>urs doub<strong>le</strong>s journées<br />

: il n’est pas normal que <strong>le</strong>s mères accompliss<strong>en</strong>t<br />

<strong>en</strong>core 53 heures de travail domestique<br />

par semaine, contre 29 heures pour <strong>le</strong>s pères.<br />

Ces inégalités nous concern<strong>en</strong>t tous, car<br />

l’arg<strong>en</strong>t qui manque dans <strong>le</strong>s salaires des<br />

femmes, dans <strong>le</strong>s p<strong>en</strong>sions des retraitées de<br />

37 % inférieures, c’est toute la société qui <strong>en</strong><br />

paie <strong>le</strong> prix. En devant verser des aides socia<strong>le</strong>s.<br />

En devant r<strong>en</strong>oncer aux contributions de ces<br />

citoy<strong>en</strong>nes. En devant indemniser <strong>le</strong>s victimes<br />

de viol<strong>en</strong>ces, qui sont à 70 % des femmes.<br />

En tant que syndicat, il nous apparti<strong>en</strong>t de faire<br />

progresser l’égalité. Dans la société. Et <strong>en</strong> introduisant<br />

des exig<strong>en</strong>ces spécifiques dans <strong>le</strong>s CCT,<br />

<strong>en</strong> réclamant qu’el<strong>le</strong>s soi<strong>en</strong>t déclarées de force<br />

obligatoire. Pour qu’aucun secteur ne puisse<br />

plus s’y soustraire.<br />

4<br />

8<br />

22<br />

Sylvie Fischer, réd. <strong>en</strong> chef <strong>magazine</strong> <strong>syndicom</strong>


4<br />

Une fine équipe<br />

« Des mesures efficaces ont été prises<br />

contre <strong>le</strong> travail gratuit. »<br />

Anita von Gunt<strong>en</strong> (39 ans)<br />

Avant de rejoindre CarPostal <strong>en</strong> 2012,<br />

el<strong>le</strong> était camionneuse à l’anci<strong>en</strong><br />

service de transport de la poste de<br />

Härking<strong>en</strong>. Son tronçon principal reliait<br />

Spiez à Aeschiried. Cette habitante de<br />

l’Oberland bernois est membre de <strong>syndicom</strong><br />

depuis 2001. El<strong>le</strong> est présid<strong>en</strong>te<br />

de la CoPe et membre de la délégation<br />

de négociation « Travail gratuit ».<br />

Antoine Dussez (51 ans)<br />

Antoine Dussez a été camionneur.<br />

Dev<strong>en</strong>u chauffeur de car postal, il<br />

transporte <strong>le</strong>s habitants d’Arolla et<br />

des Haudères à Sion et, au retour, des<br />

touristes. Il est membre de <strong>syndicom</strong><br />

depuis près de 20 ans et préside aussi<br />

la CoPe. Il a fait partie de la délégation<br />

« Travail gratuit ».<br />

Patrick Pflumm (47 ans)<br />

Ce tessinois a d’abord été camionneur,<br />

puis chauffeur de CarPostal. Il conduit<br />

dans la région de Lugano. Partick<br />

Pflumm est membre de <strong>syndicom</strong> depuis<br />

sept ans. Membre de la délégation<br />

de négociation « Conv<strong>en</strong>tion LDT »,<br />

il préside aussi la Commission du<br />

personnel (CoPe) de sa région.<br />

Texte : Basil Weingartner<br />

Photo : A<strong>le</strong>xander Egger<br />

Des améliorations nécessaires<br />

et urg<strong>en</strong>tes.<br />

L’ambiance parmi <strong>le</strong>s chauffeurs de<br />

CarPostal était souv<strong>en</strong>t mauvaise,<br />

surtout <strong>en</strong> raison des conditions de<br />

travail. Nous, <strong>le</strong>s employés, n’avions<br />

guère notre mot à dire dans la planification<br />

des services – même si la loi<br />

sur la durée du travail (LDT) <strong>le</strong> prévoit<br />

et bi<strong>en</strong> que l’aménagem<strong>en</strong>t des<br />

horaires influ<strong>en</strong>ce énormém<strong>en</strong>t<br />

notre vie privée. Le travail que nous<br />

devions accomplir gratuitem<strong>en</strong>t a<br />

causé beaucoup de mécont<strong>en</strong>tem<strong>en</strong>t.<br />

Nous voulions un changem<strong>en</strong>t – c’est<br />

pourquoi nous nous sommes <strong>en</strong>gagés.<br />

Sans <strong>le</strong> souti<strong>en</strong> du syndicat,<br />

nous n’aurions obt<strong>en</strong>u que peu de résultats.<br />

Il nous a appuyés et sout<strong>en</strong>us<br />

avec son savoir-faire.<br />

Malgré ce souti<strong>en</strong>, il ne s’est longtemps<br />

ri<strong>en</strong> passé : la direction de<br />

CarPostal n’<strong>en</strong>trait pas <strong>en</strong> matière<br />

sur nos rev<strong>en</strong>dications. Nous, <strong>le</strong>s<br />

commissions du personnel, rev<strong>en</strong>ions<br />

toujours <strong>le</strong>s mains vides. Cela<br />

n’a pas été faci<strong>le</strong>.<br />

Mais, au cours des six derniers<br />

mois, beaucoup de choses se sont<br />

améliorées. Nous avons fait pression<br />

– aussi dans <strong>le</strong>s médias – avec<br />

une pétition signée par 1300 conducteurs.<br />

Dans de nombreux cantons,<br />

<strong>le</strong>s chauffeurs ont refusé de signer<br />

<strong>le</strong>s conv<strong>en</strong>tions LDT qui <strong>le</strong>ur ont été<br />

soumises par <strong>le</strong>s employeurs. Ces<br />

conv<strong>en</strong>tions, opaques et unilatéra<strong>le</strong>s,<br />

nous étai<strong>en</strong>t défavorab<strong>le</strong>s. Après <strong>le</strong><br />

scanda<strong>le</strong> de CarPostal, la nouvel<strong>le</strong><br />

direction a fina<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t écouté notre<br />

délégation de négociation formée de<br />

douze membres. Nous avons ainsi<br />

pu créer un climat de confiance.<br />

Nous nous sommes <strong>en</strong>t<strong>en</strong>dus sur<br />

des améliorations importantes.<br />

Des mesures efficaces ont été prises<br />

contre <strong>le</strong> travail gratuit. Les collègues<br />

<strong>en</strong>gagés chez des <strong>en</strong>trepr<strong>en</strong>eurs privés<br />

ont aussi pu faire <strong>en</strong>t<strong>en</strong>dre <strong>le</strong>urs<br />

rev<strong>en</strong>dications auprès de CarPostal.<br />

Il est très important que nous ayons<br />

mis <strong>en</strong> place une conv<strong>en</strong>tion nationa<strong>le</strong><br />

t<strong>en</strong>ant compte des dispositions<br />

de la LDT. Dès lors, tout <strong>le</strong> monde<br />

peut avoir son mot à dire dans la fixation<br />

et la répartition de services. La<br />

concrétisation du résultat des négociations<br />

est comp<strong>le</strong>xe et ne sera réalisée<br />

qu’avec <strong>le</strong> changem<strong>en</strong>t d’horaire<br />

de décembre. D’ici là <strong>le</strong>s conducteurs(trices)<br />

obti<strong>en</strong>dront à titre de<br />

dédommagem<strong>en</strong>t six jours de repos<br />

supplém<strong>en</strong>taires ou un versem<strong>en</strong>t<br />

unique de 1000 francs.


Brèves<br />

Chauffeur reconnu comme employé d’Uberpop \ Au moins<br />

4007 francs dans la v<strong>en</strong>te à G<strong>en</strong>ève \ Plan social réclamé chez<br />

Presto \ La Confédération va introduire une r<strong>en</strong>te-pont \ Non aux<br />

frais des comptes postaux \ Jura : 1,4 million remboursé \<br />

5<br />

Un chauffeur reconnu comme<br />

employé d’Uberpop à Lausanne<br />

Plus de chômeurs âgés dans<br />

<strong>le</strong>s télécoms et à La Poste<br />

Ag<strong>en</strong>da<br />

Le Tribunal des prud’hommes de Lausanne<br />

a reconnu qu’un chauffeur travaillant<br />

pour la société Uberpop était<br />

son employé. Il a estimé que la relation<br />

de travail <strong>en</strong>tre Uber et ses chauffeurs<br />

est comparab<strong>le</strong> au contrat de travail<br />

conclu <strong>en</strong>tre <strong>le</strong>s compagnies de taxi et<br />

<strong>le</strong>urs employés. <strong>syndicom</strong> salue cette<br />

décision importante. Uber doit revoir<br />

son modè<strong>le</strong> commercial, se plier à la loi<br />

et assumer sa responsabilité socia<strong>le</strong>.<br />

Salaires minimaux dans la<br />

v<strong>en</strong>te, recours patronal rejeté<br />

Le Tribunal fédéral a rejeté <strong>le</strong> 7 mai <strong>le</strong><br />

recours patronal contre l’augm<strong>en</strong>tation<br />

des salaires du personnel de v<strong>en</strong>te à<br />

G<strong>en</strong>ève. Cette décision confirme <strong>le</strong><br />

bi<strong>en</strong>-fondé de l’indexation conduite par<br />

la Chambre des relations col<strong>le</strong>ctives de<br />

travail (CRCT), fixant désormais <strong>le</strong> seuil<br />

de la sous-<strong>en</strong>chère salaria<strong>le</strong> dans <strong>le</strong><br />

commerce de détail à 4007 francs pour<br />

<strong>le</strong> personnel sans formation ni expéri<strong>en</strong>ce.<br />

Ce jugem<strong>en</strong>t confirme la nécessité<br />

d’un contrô<strong>le</strong> tripartite de ce<br />

secteur.<br />

Un plan social pour <strong>le</strong>s<br />

porteurs(euses) de journaux<br />

Avec l’arrêt de la Z<strong>en</strong>tralschweiz am<br />

Sonntag, <strong>le</strong> dernier journal régional du<br />

dimanche avec l’Ostschweiz am Sonntag<br />

dont l’arrêt a aussi été décidé par CH<br />

Media, 450 porteurs(euses) de journaux<br />

sont m<strong>en</strong>acé(e)s de lic<strong>en</strong>ciem<strong>en</strong>t. Sout<strong>en</strong>u(e)s<br />

par <strong>syndicom</strong>, ils et el<strong>le</strong>s exig<strong>en</strong>t<br />

un plan social équitab<strong>le</strong> et des solutions<br />

pour <strong>le</strong>s cas de rigueur de la part<br />

de l’<strong>en</strong>treprise Presto Presse- Vertriebs<br />

SA à Emm<strong>en</strong>brücke (LU). Presto est une<br />

filia<strong>le</strong> de La Poste.<br />

L’USS vi<strong>en</strong>t de sortir un intéressant<br />

dossier sur <strong>le</strong>s travail<strong>le</strong>urs âgés. Il <strong>en</strong><br />

résulte que <strong>le</strong>s télécommunications,<br />

La Poste et la logistique, l’informatique<br />

et <strong>le</strong> secteur pharmaceutique ont<br />

connu une augm<strong>en</strong>tation <strong>en</strong>tre 2017 et<br />

2018 des chômeurs inscrits. L’USS préconise<br />

une protection contre <strong>le</strong> lic<strong>en</strong>ciem<strong>en</strong>t<br />

des employés de longue date<br />

âgés de plus de 50 ans dans <strong>le</strong> CO, une<br />

interdiction de discriminer et une<br />

r<strong>en</strong>te-pont pour <strong>le</strong>s personnes <strong>en</strong> fin<br />

de droits. La Confédération a annoncé<br />

qu’el<strong>le</strong> introduirait une tel<strong>le</strong> mesure,<br />

avec d’autres aides de placem<strong>en</strong>t.<br />

L’USS regrette cep<strong>en</strong>dant que cette<br />

r<strong>en</strong>te-pont ne s’applique pas dès 58<br />

ans.<br />

10 000 signatures contre <strong>le</strong>s<br />

frais des comptes postaux !<br />

Le 29 mars dernier, <strong>syndicom</strong> a déposé<br />

une pétition à La Poste. 10 000 employés<br />

du Géant jaune et anci<strong>en</strong>s postiers<br />

l’ont signée. Ils exig<strong>en</strong>t que La<br />

Poste Suisse revi<strong>en</strong>ne sur sa décision<br />

de percevoir des frais pour <strong>le</strong>s comptes<br />

postaux. Les employé(e)s, qui sont traditionnel<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

titulaires d’un compte<br />

salaire auprès de PostFinance, devront<br />

désormais payer des frais sur ces<br />

comptes et contribuer à assainir cet<br />

organisme financier. Ils jug<strong>en</strong>t cette<br />

mesure injuste et <strong>le</strong> clam<strong>en</strong>t avec<br />

force. Toutefois, la direction de PostFinance<br />

a informé <strong>syndicom</strong> qu’el<strong>le</strong> n’<strong>en</strong>trera<br />

pas <strong>en</strong> matière. <strong>syndicom</strong> transmettra<br />

la rev<strong>en</strong>dication afin qu’el<strong>le</strong> soit<br />

traitée lors des prochaines négociations<br />

salaria<strong>le</strong>s.<br />

Victoire syndica<strong>le</strong> dans <strong>le</strong> Jura<br />

CarPostal et la Commission du personnel<br />

(CoPe) du Jura se sont <strong>en</strong>t<strong>en</strong>dus<br />

sur la question de la comptabilisation<br />

des pauses de son personnel, où des<br />

irrégularités avai<strong>en</strong>t été constatées.<br />

El<strong>le</strong>s ont été corrigées avec effet rétroactif<br />

sur cinq ans. Près de 120 collaboratrices<br />

et collaborateurs sont<br />

concernés, pour une va<strong>le</strong>ur globa<strong>le</strong><br />

d’<strong>en</strong>viron 1,4 million de CHF. Les montants<br />

de toutes <strong>le</strong>s indemnités ont été<br />

versés <strong>en</strong>tre fin 2018 et février 2019.<br />

Juin<br />

1 et 2<br />

Cyc<strong>le</strong> cinéma José Vieira<br />

G<strong>en</strong>ève, Cinéma Spoutnik, samedi à<br />

20h30 et dimanche à 19h et 20h30.<br />

Un événem<strong>en</strong>t pour commémorer la<br />

révolution des œil<strong>le</strong>ts qui mit fin à une<br />

des plus vieil<strong>le</strong>s dictatures fascistes<br />

<strong>en</strong> Europe.<br />

jusqu’au 30<br />

Swiss Press Photo 19<br />

World Press Photo 2019<br />

Zurich, Landesmuseum<br />

www.nationalmuseum.ch<br />

<strong>14</strong><br />

Grève des femmes<br />

Un jour de mobilisation dans tout <strong>le</strong><br />

pays, www.frau<strong>en</strong>streik2019.ch, éga<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

sur <strong>le</strong> campus de l’UNIL et de<br />

l’EPFL, https://frau<strong>en</strong>streik2019.<br />

ch/2019/04/26/<strong>le</strong>-<strong>14</strong>-<strong>juin</strong>-a-lunil-eta-<strong>le</strong>pfl/.<br />

22<br />

Assemblée des délégués<br />

<strong>syndicom</strong><br />

Berne, Stade de Suisse, 10h<br />

30<br />

Slow up Jura<br />

34 km de routes fermées à la circulation,<br />

découvrir Delémont et ses al<strong>en</strong>tours,<br />

à la force du mol<strong>le</strong>t !<br />

Septembre<br />

jusqu’au 30<br />

« Gare au désordre ! »<br />

Neuchâtel, bibliothèque publique et<br />

universitaire<br />

Haut-lieu de l’imprimerie, Neuchâtel<br />

ti<strong>en</strong>t dès <strong>le</strong> XVIe sièc<strong>le</strong> un rô<strong>le</strong> de premier<br />

plan dans la propagation de la<br />

p<strong>en</strong>sée de la Réforme, puis des idées<br />

des Lumières. Comm<strong>en</strong>t s’exerçait <strong>le</strong><br />

contrô<strong>le</strong> ou la c<strong>en</strong>sure des écrits ?<br />

<strong>syndicom</strong>.ch/ag<strong>en</strong>da


6 Du côté des<br />

Milo Stössel<br />

employeurs<br />

né <strong>en</strong> 1979, il a étudié <strong>le</strong> droit à Saint-Gall. Il a repris <strong>en</strong> 2013,<br />

au décès de son père, la direction du groupe MS Direct, groupe<br />

actif dans la gestion de la cli<strong>en</strong>tè<strong>le</strong> et du E-commerce.<br />

1<br />

Pourquoi conclure une conv<strong>en</strong>tion<br />

col<strong>le</strong>ctive d’<strong>en</strong>treprise distincte pour<br />

cette part d’<strong>en</strong>treprise ?<br />

Une conv<strong>en</strong>tion col<strong>le</strong>ctive de travail<br />

introduit une certaine équité dans<br />

toute la branche et fixe des standards<br />

obligatoires valab<strong>le</strong>s pour toutes <strong>le</strong>s<br />

<strong>en</strong>treprises. Cel<strong>le</strong>s-ci sont dès lors<br />

mises sur un pied d’égalité dans la<br />

branche des call c<strong>en</strong>ters. De plus,<br />

une conv<strong>en</strong>tion col<strong>le</strong>ctive de travail<br />

contribue à améliorer l’image de la<br />

branche auprès du public.<br />

2<br />

Quels sont <strong>le</strong>s effets d’une CCT pour<br />

<strong>le</strong>s employé(e)s dans un tel domaine<br />

d’activité ?<br />

Une conv<strong>en</strong>tion col<strong>le</strong>ctive de travail<br />

accroît la transpar<strong>en</strong>ce du marché.<br />

Les employé(e)s sont protégés contre<br />

la sous-<strong>en</strong>chère salaria<strong>le</strong>, obti<strong>en</strong>n<strong>en</strong>t<br />

une sécurité juridique et bénéfici<strong>en</strong>t<br />

de règ<strong>le</strong>s contraignantes homogènes,<br />

valab<strong>le</strong>s pour toute la branche. Ils<br />

peuv<strong>en</strong>t participer aux négociations<br />

m<strong>en</strong>ées régulièrem<strong>en</strong>t <strong>en</strong>tre l’employeur<br />

et <strong>le</strong>s représ<strong>en</strong>tants des employés<br />

pour y déf<strong>en</strong>dre <strong>le</strong>urs intérêts.<br />

3<br />

Peut-on aujourd’hui déjà prédire<br />

l’évolution des conditions de travail<br />

et des salaires ?<br />

La pression sur <strong>le</strong>s prix ne cesse<br />

d’augm<strong>en</strong>ter pour <strong>le</strong>s employeurs.<br />

Les transformations technologiques<br />

la r<strong>en</strong>forc<strong>en</strong>t <strong>en</strong>core. El<strong>le</strong> contraint<br />

<strong>le</strong>s <strong>en</strong>treprises à livrer toujours plus<br />

rapidem<strong>en</strong>t, à des prix toujours plus<br />

bas et augm<strong>en</strong>te d’année <strong>en</strong> année.<br />

Cela se répercutera sur <strong>le</strong>s conditions<br />

de travail. Les conditions-cadres de la<br />

CCT sont donc aussi très importantes<br />

à cet égard.<br />

4<br />

5<br />

6<br />

Cette nouvel<strong>le</strong> conv<strong>en</strong>tion col<strong>le</strong>ctive<br />

de travail aura-t-el<strong>le</strong> un effet précurseur<br />

pour d’autres <strong>en</strong>treprises ?<br />

L’objectif de la conv<strong>en</strong>tion col<strong>le</strong>ctive<br />

de travail était d’obt<strong>en</strong>ir la déclaration<br />

de force obligatoire généra<strong>le</strong>, car<br />

c’est la seu<strong>le</strong> façon de garantir que<br />

tous <strong>le</strong>s employés de la branche bénéfici<strong>en</strong>t<br />

de conditions équitab<strong>le</strong>s et<br />

transpar<strong>en</strong>tes. Comme el<strong>le</strong> a été déclarée<br />

de force obligatoire, toutes <strong>le</strong>s<br />

<strong>en</strong>treprises doiv<strong>en</strong>t désormais respecter<br />

ces conditions.<br />

Texte : Giorgio Pardini<br />

Photo : MS Direct<br />

Quels sont <strong>le</strong>s défis auxquels la<br />

branche doit s’att<strong>en</strong>dre ?<br />

El<strong>le</strong> affronte la concurr<strong>en</strong>ce de<br />

l‘étranger. Il est toujours plus diffici<strong>le</strong><br />

de justifier l’exploitation d’un<br />

c<strong>en</strong>tre d’appel <strong>en</strong> Suisse. La décision<br />

décou<strong>le</strong> du cli<strong>en</strong>t et des consommateurs.<br />

S’ils n’attach<strong>en</strong>t aucune importance<br />

au fait de par<strong>le</strong>r à un ag<strong>en</strong>t d’un<br />

c<strong>en</strong>tre d’appel suisse plutôt qu’étranger,<br />

alors <strong>le</strong>s emplois sont ici sérieusem<strong>en</strong>t<br />

m<strong>en</strong>acés. Le législateur est<br />

appelé à préserver notre compétitivité<br />

dans un contexte international.<br />

Quels sont <strong>le</strong>s effets de la numérisation<br />

sur <strong>le</strong>s activités dans <strong>le</strong>s c<strong>en</strong>tres<br />

de contact et d’appel ?<br />

La numérisation va modifier radica<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

l’organisation des c<strong>en</strong>tres<br />

d’appel. Les systèmes d’assistance<br />

virtuel<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s chatbots et l’intellig<strong>en</strong>ce<br />

artificiel<strong>le</strong> se chargeront du traitem<strong>en</strong>t<br />

de masse. Mais on aura toujours<br />

besoin d’ag<strong>en</strong>ts. La demande de<br />

prestations de conseil va augm<strong>en</strong>ter,<br />

c’est pourquoi <strong>le</strong>s ag<strong>en</strong>ts devront posséder<br />

des connaissances spécialisées<br />

dans des domaines spécifiques, ce<br />

qui sera plus intéressant.


L’invité<br />

Depuis mon é<strong>le</strong>ction au Conseil<br />

national <strong>en</strong> 20<strong>11</strong>, je m’<strong>en</strong>gage de façon régulière<br />

pour l’égalité femmes-hommes et ai déposé une<br />

dizaine d’interv<strong>en</strong>tions pour <strong>lutte</strong>r contre <strong>le</strong> harcè<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

sexuel, de rue ou au travail. Jusqu’à<br />

prés<strong>en</strong>t, <strong>le</strong> Par<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t et <strong>le</strong> Conseil fédéral refus<strong>en</strong>t<br />

de pr<strong>en</strong>dre des mesures pour combattre<br />

ce phénomène. Il est pourtant de notre responsabilité<br />

à tou(te)s de nous <strong>en</strong>gager contre <strong>le</strong>s<br />

viol<strong>en</strong>ces sexistes et <strong>le</strong> harcè<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t.<br />

En novembre 2017, j’ai déposé une initiative par<strong>le</strong>m<strong>en</strong>taire<br />

afin d’alléger <strong>le</strong> fardeau de la preuve<br />

pour <strong>le</strong>s victimes de harcè<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t sexuel dans <strong>le</strong><br />

contexte professionnel. Cette modification de la<br />

Loi sur l’égalité est une nécessité vu <strong>le</strong> déséquilibre<br />

actuel. En effet, ce fardeau est aujourd’hui<br />

<strong>en</strong>tièrem<strong>en</strong>t porté par la plaignante, dont la paro<strong>le</strong><br />

n’est que rarem<strong>en</strong>t considérée. Vu la difficulté<br />

à prouver <strong>le</strong>s agissem<strong>en</strong>ts dénoncés,<br />

82,8 % des plaintes n’aboutiss<strong>en</strong>t pas, selon une<br />

réc<strong>en</strong>te étude de l’Université de G<strong>en</strong>ève pour <strong>le</strong><br />

Bureau fédéral de l’égalité. Cela n’<strong>en</strong>courage pas<br />

à libérer la paro<strong>le</strong>.<br />

Ma proposition, déjà <strong>en</strong> vigueur <strong>en</strong> Al<strong>le</strong>magne,<br />

aux Etats-Unis ou <strong>en</strong>core <strong>en</strong> France, exige un<br />

allègem<strong>en</strong>t du fardeau de la preuve. Ce principe<br />

existe déjà <strong>en</strong> Suisse pour certaines discriminations,<br />

par exemp<strong>le</strong> <strong>en</strong> li<strong>en</strong> avec la rémunération.<br />

Concrètem<strong>en</strong>t, la plaignante doit r<strong>en</strong>dre vraisemblab<strong>le</strong><br />

l’exist<strong>en</strong>ce d’une discrimination <strong>en</strong><br />

apportant des indices objectifs. Ensuite, c’est à<br />

l’employeur d’apporter la preuve du contraire,<br />

r<strong>en</strong>dant la situation plus équilibrée.<br />

La Commission des affaires juridiques du<br />

Conseil national a sèchem<strong>en</strong>t refusé la proposition<br />

<strong>en</strong> début d’année et <strong>le</strong> débat s’annonce diffici<strong>le</strong><br />

à la prochaine session du Par<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t. Alors<br />

qu’une femme sur trois est victime de harcè<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

sexuel durant sa carrière professionnel<strong>le</strong>,<br />

il serait temps pour <strong>le</strong> monde politique de se réveil<strong>le</strong>r<br />

et de pr<strong>en</strong>dre ce phénomène au sérieux.<br />

Combattre <strong>le</strong> harcè<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

sexuel au travail<br />

Mathias Reynard est <strong>en</strong>seignant au<br />

Cyc<strong>le</strong> d’Ori<strong>en</strong>tation de Savièse (VS) et<br />

titulaire d’un Master <strong>en</strong> Lettres de l’Université<br />

de Lausanne (français, histoire,<br />

philosophie). Après avoir été présid<strong>en</strong>t<br />

des Jeunesses Socialistes du Valais romand<br />

de 2005 à 2009, puis rédacteur <strong>en</strong><br />

chef du Peup<strong>le</strong> valaisan, journal du PS<br />

du Valais romand, il est élu député PS au<br />

Grand Conseil valaisan, puis accède au<br />

Conseil national <strong>en</strong> 20<strong>11</strong>, à juste 24 ans.<br />

Il préside l’Union syndica<strong>le</strong> valaisanne.<br />

7


Dossier<br />

Tolérer<br />

c’est miner<br />

société


Les secteurs où l’inégalité salaria<strong>le</strong> inexpliquée règne<br />

Les pionnières de la vallée de Joux et <strong>le</strong>urs salaires <strong>en</strong> panne<br />

L’imprimerie et la réduction des salaires masculins<br />

Le mauvais bilan de la Suisse <strong>en</strong> comparaison internationa<strong>le</strong><br />

9<br />

l’inégalité<br />

toute la


10 Dossier parité<br />

Les inégalités inexpliquées augm<strong>en</strong>t<strong>en</strong>t<br />

<strong>en</strong>core. Toute la société doit s’y opposer.<br />

Entre 2010 et 2016, la part inexpliquée des différ<strong>en</strong>ces<br />

salaria<strong>le</strong>s <strong>en</strong>tre femmes et hommes<br />

s’est accrue, passant de 37,6 % à 42,9 % <strong>en</strong><br />

moy<strong>en</strong>ne. El<strong>le</strong> est <strong>en</strong>core plus forte dans<br />

l’imprimerie, où el<strong>le</strong> atteint 65,6 %.<br />

Texte : Sylvie Fischer<br />

Photos : Tom Kawara<br />

C’est un exemp<strong>le</strong> qui résume une abs<strong>en</strong>ce de volonté que<br />

<strong>le</strong>s choses chang<strong>en</strong>t. Chez <strong>le</strong>s horlogères de la vallée de<br />

Joux, dans <strong>le</strong> canton de Vaud, d’où la grève des femmes de<br />

1991 est partie, Camil<strong>le</strong> Golay, secrétaire syndica<strong>le</strong> Unia,<br />

est désabusée : « La CCT dit que chaque région horlogère<br />

a la possibilité de négocier <strong>le</strong>s salaires minimaux. En<br />

1991, il était de 3500 francs. Aujourd’hui, il est de<br />

3670 francs. Le problème est resté <strong>en</strong>tier et s’est même aggravé.<br />

» Alors que la région connaît une grande conc<strong>en</strong>tration<br />

de marques de haut de gamme, et que l’industrie horlogère<br />

a connu des hausses du salaire médian coquettes<br />

de 6,7 % <strong>en</strong>tre 2010 et 2016, c’est dans <strong>le</strong>s manufactures<br />

que l’on trouve <strong>le</strong>s salaires <strong>le</strong>s plus bas.<br />

En 2019, il y a toujours <strong>le</strong>s ouvrières et <strong>le</strong>s chefs d’atelier<br />

Chez <strong>le</strong>s horlogères de la vallée, <strong>le</strong>s ouvrières sont majoritairem<strong>en</strong>t<br />

des femmes et <strong>le</strong>s chefs d’ateliers, quasim<strong>en</strong>t<br />

tous des hommes. Une réalité qui ne fait que refléter l’état<br />

de la société suisse, où 71,8 % des postes rémunérés à plus<br />

de 8000 francs bruts sont occupés par des hommes, alors<br />

que 62 % des emplois payés moins de 4000 francs bruts<br />

sont laissés aux femmes, surreprés<strong>en</strong>tées parmi <strong>le</strong>s bas<br />

salaires. « On a fait une <strong>en</strong>quête l’an passé, on voyait que<br />

<strong>le</strong>s femmes généra<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t étai<strong>en</strong>t moins rémunérées que<br />

<strong>le</strong>s hommes, on a créé un groupe de femmes de l’horlogerie<br />

pour rédiger un cahier de rev<strong>en</strong>dications. » Mais comm<strong>en</strong>t<br />

utiliser la loi sur l’égalité lorsque certaines <strong>en</strong>treprises<br />

interdis<strong>en</strong>t dans <strong>le</strong> contrat de travail de par<strong>le</strong>r de<br />

son salaire, ou m<strong>en</strong>ac<strong>en</strong>t de lic<strong>en</strong>ciem<strong>en</strong>t cel<strong>le</strong> qui <strong>le</strong> fera,<br />

dénonce la syndicaliste.<br />

Ce qui est particulièrem<strong>en</strong>t inquiétant, c’est que la<br />

part inexpliquée des inégalités salaria<strong>le</strong>s <strong>en</strong>tre femmes et<br />

hommes dans <strong>le</strong> secteur privé, c’est-à-dire la part qui ne<br />

s’explique pas par des différ<strong>en</strong>ces de formation ou de situation<br />

professionnel<strong>le</strong>, a progressé ces dernières années,<br />

passant de 37,6 % <strong>en</strong> 2010 à 42,9 % <strong>en</strong> 2016. Dans l’imprimerie<br />

et la reproduction, la différ<strong>en</strong>ce salaria<strong>le</strong> moy<strong>en</strong>ne<br />

<strong>en</strong>tre salaire féminin et masculin était de 1282 francs<br />

cette même année, dont 65,6 %, soit 842 francs, ne s’expliquait<br />

pas concrètem<strong>en</strong>t. Ce secteur connaît certes des difficultés<br />

économiques. Mais est-ce aux femmes d’<strong>en</strong> payer<br />

<strong>le</strong> prix ?<br />

Les différ<strong>en</strong>ces rest<strong>en</strong>t inexpliquées même là où<br />

<strong>le</strong>s salaires augm<strong>en</strong>t<strong>en</strong>t<br />

Comm<strong>en</strong>t expliquer que des secteurs ayant connu d’importantes<br />

hausses de salaires ces dernières années,<br />

comme <strong>le</strong>s assurances (+13,7 % d’augm<strong>en</strong>tation du salaire<br />

médian <strong>en</strong>tre 2010 et 2016), l’industrie pharmaceutique<br />

(+10 %) ou <strong>le</strong>s services financiers (+5,8 %), n’ai<strong>en</strong>t pas saisi<br />

l’occasion d’éradiquer ces différ<strong>en</strong>ces choquantes ? En effet,<br />

dans l’industrie chimique et pharmaceutique, la différ<strong>en</strong>ce<br />

salaria<strong>le</strong> <strong>en</strong>tre femmes et hommes représ<strong>en</strong>tait<br />

10,8 % <strong>en</strong> moy<strong>en</strong>ne <strong>en</strong> 2016, soit <strong>11</strong>40 francs, mais 56,9 %<br />

de cette différ<strong>en</strong>ce, soit 649 francs, était toujours inexpliquée.<br />

Il <strong>en</strong> va de même pour <strong>le</strong>s activités financières et<br />

d’assurance regroupées <strong>en</strong> un seul secteur, qui connaissai<strong>en</strong>t<br />

cette année-là une différ<strong>en</strong>ce de 33,3 % soit<br />

4243 francs <strong>en</strong>tre <strong>le</strong>s salaires des femmes et ceux des<br />

Les femmes journalistes gagn<strong>en</strong>t 1 100 francs<br />

de moins par mois que <strong>le</strong>s hommes<br />

Il incombe aux médias de dénoncer <strong>le</strong>s injustices. Il est donc<br />

curieux de ne quasim<strong>en</strong>t ri<strong>en</strong> appr<strong>en</strong>dre sur <strong>le</strong>s injustices<br />

qui règn<strong>en</strong>t dans <strong>le</strong>s rédactions. Les femmes rest<strong>en</strong>t largem<strong>en</strong>t<br />

sous-représ<strong>en</strong>tées aux postes de direction des médias.<br />

Et el<strong>le</strong>s gagn<strong>en</strong>t beaucoup moins que <strong>le</strong>urs collègues<br />

masculins à tous <strong>le</strong>s niveaux hiérarchiques.<br />

Selon une étude de la Haute éco<strong>le</strong> des sci<strong>en</strong>ces appliquées<br />

de Zurich (ZHAW) de <strong>juin</strong> 2016, <strong>le</strong>s femmes journalistes<br />

gagn<strong>en</strong>t <strong>en</strong> moy<strong>en</strong>ne 700 francs de moins que <strong>le</strong>urs collègues<br />

masculins au début de <strong>le</strong>ur carrière : <strong>le</strong>s femmes<br />

membres de la rédaction reçoiv<strong>en</strong>t 4400 francs par mois pour<br />

un taux d’occupation à p<strong>le</strong>in temps, <strong>le</strong>s hommes touch<strong>en</strong>t<br />

eux 5100 francs au cours des six premières années de <strong>le</strong>ur<br />

activité journalistique. Tous deux se situ<strong>en</strong>t donc bi<strong>en</strong> <strong>en</strong><br />

dessous du salaire médian suisse de 6502 francs par mois.<br />

Promotion financièrem<strong>en</strong>t inintéressante<br />

Tous groupes hiérarchiques et d’âge confondus, la comparaison<br />

des salaires livre un résultat <strong>en</strong>core plus flagrant : avec<br />

5100 francs, <strong>le</strong>s femmes gagn<strong>en</strong>t <strong>11</strong>00 francs de moins par<br />

mois que <strong>le</strong>s hommes, dont <strong>le</strong> salaire de 6200 francs accuse<br />

<strong>en</strong>core un retard de 300 francs sur <strong>le</strong> salaire médian.<br />

Avec l’âge, la proportion d’hommes dans <strong>le</strong>s rédactions<br />

augm<strong>en</strong>te de manière expon<strong>en</strong>tiel<strong>le</strong>. Au début de <strong>le</strong>ur carrière<br />

journalistique, <strong>le</strong>s femmes y sont <strong>en</strong>core légèrem<strong>en</strong>t<br />

majoritaires (54 %), alors que <strong>le</strong>s hommes dans des postes<br />

de direction (73 %) sont pour ainsi dire <strong>en</strong>tre eux. Pour <strong>le</strong>s<br />

rares femmes à ces postes, la promotion n’<strong>en</strong> vaut pas la<br />

peine, pas même financièrem<strong>en</strong>t. Selon <strong>le</strong>s statistiques,<br />

el<strong>le</strong>s gagn<strong>en</strong>t toujours autant comme membres de la rédaction<br />

<strong>en</strong> chef qu’<strong>en</strong> tant que responsab<strong>le</strong>s de rubrique, soit<br />

<strong>en</strong> moy<strong>en</strong>ne 7200 francs. En revanche, <strong>le</strong>s rédacteurs <strong>en</strong><br />

chef empoch<strong>en</strong>t <strong>en</strong> moy<strong>en</strong>ne 8600 francs.<br />

Les femmes perçoiv<strong>en</strong>t éga<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t un quart de r<strong>en</strong>te <strong>en</strong><br />

moins parce qu’el<strong>le</strong>s n’ont pas pu cotiser au deuxième pilier<br />

autant que <strong>le</strong>urs collègues masculins p<strong>en</strong>dant <strong>le</strong>ur vie active.<br />

La répartition des sujets dans <strong>le</strong>s rédactions est éga<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

inéga<strong>le</strong> : <strong>le</strong> sport, la politique et l’économie rest<strong>en</strong>t réservés<br />

aux hommes. Les femmes qui rest<strong>en</strong>t dans <strong>le</strong> journalisme<br />

<strong>en</strong> dépit d’une culture de communication masculine,<br />

de bas salaires et de mauvaises perspectives de carrière<br />

trait<strong>en</strong>t surtout des sujets culturels, sociaux et éducatifs.<br />

Il va sans dire que <strong>le</strong>s salaires sont bi<strong>en</strong> inférieurs à la<br />

moy<strong>en</strong>ne dans ces rubriques (y compris pour <strong>le</strong>s hommes).<br />

Nina Scheu


hommes, dont 30,6 %, soit 1297 francs <strong>en</strong> moins, ne s’expliquait<br />

pas. Un résultat jugé « incompréh<strong>en</strong>sib<strong>le</strong> au vu de<br />

la pratique » par l’Association Suisse d’Assurances (ASA).<br />

El<strong>le</strong> se base sur une étude interne de 2017 pour affirmer<br />

que <strong>le</strong>s différ<strong>en</strong>ces salaria<strong>le</strong>s non explicab<strong>le</strong>s <strong>en</strong>tre<br />

hommes et femmes, dans <strong>le</strong> secteur de l’assurance, se situ<strong>en</strong>t<br />

<strong>en</strong> dessous du seuil de 5 % fixé par la Confédération.<br />

Ce paradoxe n’étonne pourtant pas Katja Branger, responsab<strong>le</strong><br />

des statistiques sur l’égalité <strong>en</strong>tre femmes et<br />

hommes à l’Office fédéral de la statistique. « Il est possib<strong>le</strong><br />

que certains secteurs soi<strong>en</strong>t moins s<strong>en</strong>sib<strong>le</strong>s que d’autres<br />

à la réduction des inégalités salaria<strong>le</strong>s. El<strong>le</strong>s sont plus importantes<br />

dans certains secteurs à salaires é<strong>le</strong>vés. »<br />

A noter, pour <strong>syndicom</strong>, la non négligeab<strong>le</strong> différ<strong>en</strong>ce<br />

salaria<strong>le</strong> <strong>en</strong>tre hommes et femmes dans <strong>le</strong>s branches de<br />

l’information et de la communication (22 %, soit<br />

2197 francs, dont 800 francs (36,4 %) ne trouvai<strong>en</strong>t pas de<br />

justification. En Suisse alémanique et au Tessin, la presse<br />

n’a plus de CCT depuis 15 ans.<br />

Les CCT, garantes de l’égalité de traitem<strong>en</strong>t<br />

Pour notre syndicat, une des façons de garantir l’égalité<br />

salaria<strong>le</strong> <strong>en</strong>tre femmes et hommes est de conclure davantage<br />

de CCT, puisque <strong>le</strong>s normes salaria<strong>le</strong>s s’appliqu<strong>en</strong>t<br />

indistinctem<strong>en</strong>t aux deux sexes. Par exemp<strong>le</strong> à La Poste, <strong>le</strong><br />

système de rémunération repose sur <strong>le</strong>s évaluations de<br />

fonctions et des fourchettes de salaire par région, ce qui<br />

est une base garantissant <strong>en</strong> principe l’égalité salaria<strong>le</strong>.<br />

Ainsi, <strong>en</strong> 2008, La Poste connaissait des différ<strong>en</strong>ces salaria<strong>le</strong>s<br />

de 8,4 % <strong>en</strong>tre hommes et femmes, et 2,7 % de différ<strong>en</strong>ces<br />

inexplicab<strong>le</strong>s, alors que <strong>le</strong> secteur public se situait<br />

à 16, 6 % de différ<strong>en</strong>ces <strong>en</strong>tre hommes et femmes, respectivem<strong>en</strong>t<br />

6,9 % de différ<strong>en</strong>ces inexplicab<strong>le</strong>s cette année-là.<br />

La Poste a une nouvel<strong>le</strong> fois examiné <strong>le</strong> respect de l’égalité<br />

des salaires <strong>en</strong>tre femmes et hommes <strong>en</strong> 2017 <strong>en</strong> s’appuyant<br />

sur l’instrum<strong>en</strong>t de contrô<strong>le</strong> de la Confédération<br />

(Logib) prévu à cet effet. Malheureusem<strong>en</strong>t, ce rapport n’a<br />

pas été publié, car il compr<strong>en</strong>ait <strong>le</strong>s salaires des cadres,<br />

mais non ceux des plus hautes formations, « ce qui fait que<br />

nous ne remplissions pas à 100 % <strong>le</strong>s exig<strong>en</strong>ces de Logib »,<br />

explique Martin Cam<strong>en</strong>isch, responsab<strong>le</strong> de la gestion<br />

des collaborateurs à La Poste. Ces données ont été dans<br />

l’interval<strong>le</strong> introduites, ce qui permet à la prochaine analyse,<br />

réalisée actuel<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t sur la base des salaires 2018,<br />

d’être effectuée conformém<strong>en</strong>t aux prescriptions de Logib.<br />

Certains secteurs<br />

sont<br />

très rétic<strong>en</strong>ts<br />

à réduire ces<br />

disparités.


12<br />

Dossier<br />

Même si la part des femmes à des postes de direction<br />

a progressé à La Poste, passant de 20,2 % <strong>en</strong> 2008 à 23,5 %<br />

<strong>en</strong> 2016, et si la part de femmes dans <strong>le</strong>s cadres supérieurs<br />

s’est haussée de 7,7 % <strong>en</strong> 2008 à 12,3 % <strong>en</strong> 2016, La Poste<br />

continue à compter plus d’hommes que de femmes à des<br />

fonctions de cadres, et <strong>le</strong>s personnes à temps p<strong>le</strong>in sont<br />

promues plus souv<strong>en</strong>t que la moy<strong>en</strong>ne. Tous <strong>le</strong>s deux ans,<br />

une analyse de l’égalité salaria<strong>le</strong> continuera à être effectuée.<br />

A noter qu’el<strong>le</strong> ne porte pas sur <strong>le</strong>s temporaires, qui<br />

n’ont pas de contrat d’<strong>en</strong>gagem<strong>en</strong>t avec La Poste.<br />

Swisscom : représ<strong>en</strong>tation au sein du managem<strong>en</strong>t à<br />

améliorer<br />

Il <strong>en</strong> va de même chez Swisscom dont <strong>le</strong> système salarial<br />

prévu par la CCT vise à verser des salaires id<strong>en</strong>tiques aux<br />

personnes dont <strong>le</strong>s fonctions sont similaires. L’<strong>en</strong>treprise<br />

vérifie si des écarts exist<strong>en</strong>t <strong>en</strong>tre <strong>le</strong>s salaires des hommes<br />

et des femmes au sein de chaque unité d’organisation et,<br />

si nécessaire, <strong>le</strong>s corrige. Swisscom utilise l’outil d’autocontrô<strong>le</strong><br />

de la Confédération pour l’égalité salaria<strong>le</strong> (Logib)<br />

afin de détecter <strong>le</strong>s différ<strong>en</strong>ces <strong>en</strong>tre hommes et<br />

femmes. Les <strong>en</strong>quêtes (la dernière l’a été <strong>en</strong> 2016) n’ont<br />

révélé que de faib<strong>le</strong>s différ<strong>en</strong>ces, nettem<strong>en</strong>t <strong>en</strong> deçà du<br />

seuil de tolérance de 5 %. Il n’<strong>en</strong> reste pas moins que de<br />

gros efforts restai<strong>en</strong>t à faire pour représ<strong>en</strong>ter <strong>le</strong>s femmes<br />

<strong>en</strong> 2018 dans <strong>le</strong> managem<strong>en</strong>t intermédiaire (357 et 2644<br />

hommes), sans par<strong>le</strong>r du top managem<strong>en</strong>t (5 et 75<br />

hommes). Swisscom <strong>en</strong>t<strong>en</strong>d augm<strong>en</strong>ter la proportion de<br />

femmes au sein du managem<strong>en</strong>t à 20 % (<strong>11</strong>,7 % aujourd’hui,<br />

soit moins qu’<strong>en</strong> 2016 où el<strong>le</strong> s’é<strong>le</strong>vait <strong>en</strong>core à<br />

12,3 %). El<strong>le</strong> s’est affiliée à un programme facilitant <strong>le</strong> retour<br />

dans la vie active des femmes (voir li<strong>en</strong> ci-dessous).<br />

https://bit.ly/2UYKKE4<br />

Industrie graphique: un gros retard à rattraper<br />

Avec une différ<strong>en</strong>ce salaria<strong>le</strong> <strong>en</strong>tre hommes et femmes atteignant<br />

16,4 % <strong>en</strong> 2016, l’industrie graphique a un gros retard à<br />

rattraper. Ce secteur <strong>en</strong> difficulté a <strong>en</strong> outre <strong>en</strong>registré une<br />

baisse de ses salaires médians de 4,2 % <strong>en</strong>tre 2010 et 2016.<br />

En 2010 dans l’imprimerie, <strong>le</strong> salaire m<strong>en</strong>suel brut se<br />

situait à 5164 fr. pour <strong>le</strong>s femmes et à 6418 fr. pour <strong>le</strong>s<br />

hommes sans fonction de cadres, soit une différ<strong>en</strong>ce de<br />

19,5 %. Cette disparité a diminué, passant de 17,9 % <strong>en</strong> 2012 à<br />

<strong>14</strong>,4 % <strong>en</strong> 20<strong>14</strong>, pour s’établir à <strong>14</strong>,8 % <strong>en</strong> 2016, avec des salaires<br />

m<strong>en</strong>suels bruts de 5120 francs pour <strong>le</strong>s femmes et<br />

60<strong>11</strong> pour <strong>le</strong>s hommes. La réduction des inégalités s’est faite<br />

par une diminution s<strong>en</strong>sib<strong>le</strong> des salaires masculins, <strong>le</strong>s<br />

femmes gagnant 44 francs de moins qu’<strong>en</strong> 2010 alors que <strong>le</strong>s<br />

hommes gagn<strong>en</strong>t 407 francs de moins. Cela peut s’expliquer<br />

par <strong>le</strong> r<strong>en</strong>ouvel<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t de personnel ou dans <strong>le</strong>s cas de changem<strong>en</strong>t<br />

d’<strong>en</strong>treprise. La CCT n’étant pas de force obligatoire,<br />

des sociétés peuv<strong>en</strong>t donc offrir des salaires inférieurs.<br />

En outre, <strong>le</strong>s négociations salaria<strong>le</strong>s se font depuis toujours<br />

au niveau des <strong>en</strong>treprises et non au niveau national <strong>en</strong>tre<br />

part<strong>en</strong>aires sociaux, <strong>le</strong>s travail<strong>le</strong>urs ne récoltant que des<br />

miettes.<br />

Les différ<strong>en</strong>ces salaria<strong>le</strong>s sont <strong>en</strong>core plus importantes pour<br />

<strong>le</strong>s cadres supérieurs et moy<strong>en</strong>s. Et là, ce sont <strong>le</strong>s femmes<br />

seu<strong>le</strong>s qui ont fait <strong>le</strong>s frais des réductions. Alors qu’el<strong>le</strong>s gagnai<strong>en</strong>t<br />

7<strong>11</strong>1 fr. <strong>en</strong> 2010 contre 8763 fr. m<strong>en</strong>suels bruts pour<br />

<strong>le</strong>s hommes, el<strong>le</strong>s ne gagn<strong>en</strong>t plus que 6931 fr. <strong>en</strong> 2016<br />

contre 9109 fr. pour <strong>le</strong>s hommes. Pour l’<strong>en</strong>semb<strong>le</strong> des cadres,<br />

la différ<strong>en</strong>ce s’est réduite de 22 % <strong>en</strong> 2010 à 16,4 % <strong>en</strong> 2016.<br />

C’est pourquoi <strong>le</strong>s part<strong>en</strong>aires sociaux ont signé <strong>le</strong> 4 décembre<br />

dernier un <strong>en</strong>gagem<strong>en</strong>t à promouvoir l’égalité salaria<strong>le</strong>,<br />

prévoyant la promotion des logiciels d’autocontrô<strong>le</strong><br />

Logib et Argib. Le but est qu’au moins 30 <strong>en</strong>treprises de viscom<br />

se soumett<strong>en</strong>t à un tel exam<strong>en</strong> d’ici fin 2021. Un rapport<br />

fera alors <strong>le</strong> bilan des mesures à pr<strong>en</strong>dre.


Dossier parité<br />

Discriminer une femme,<br />

c’est nuire à nous tous<br />

13<br />

L’égalité de traitem<strong>en</strong>t est une question de<br />

justice élém<strong>en</strong>taire. C’est pourquoi ce n’est<br />

pas une préoccupation féminine, mais un<br />

devoir c<strong>en</strong>tral pour <strong>le</strong> syndicat.<br />

Texte : Oliver Fahrni<br />

Photos : Tom Kawara<br />

C’est illégal et contraire à la Constitution, aucun doute<br />

là-dessus. Mais si <strong>le</strong>s femmes, <strong>en</strong> 2019, ne gagn<strong>en</strong>t pas autant<br />

que <strong>le</strong>urs collègues masculins pour <strong>le</strong> même travail<br />

ou un travail égal, cela constitue une forme de viol<strong>en</strong>ce<br />

socia<strong>le</strong>.<br />

Car aucune explication rationnel<strong>le</strong> ne peut justifier la<br />

discrimination récurr<strong>en</strong>te des femmes à l’embauche. Abstraction<br />

faite du « rationalisme » absurde du capital qui<br />

consiste à verser globa<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t <strong>le</strong> moins de salaire possib<strong>le</strong><br />

pour <strong>le</strong> travail humain.<br />

Si un homme interprète la discrimination de sa collègue<br />

comme <strong>le</strong> signe que son propre travail est mieux reconnu,<br />

il ferait bi<strong>en</strong> de se demander si son salaire indemnise<br />

vraim<strong>en</strong>t son travail. N’a-t-il jamais <strong>en</strong>t<strong>en</strong>du dire que<br />

<strong>le</strong> propriétaire et actionnaire, dans notre système économique,<br />

confisque une part de la va<strong>le</strong>ur créée par <strong>le</strong>s individus<br />

au travail ?<br />

L’employeur se cont<strong>en</strong>te <strong>en</strong> effet de payer <strong>le</strong> salaire imposé<br />

par <strong>le</strong>s rapports de force <strong>en</strong>tre <strong>le</strong> travail et <strong>le</strong> capital.<br />

En toute logique, il devrait reconnaître que si sa collègue<br />

est moins bi<strong>en</strong> payée, c’est uniquem<strong>en</strong>t parce que la société<br />

tout comme lui-même tolèr<strong>en</strong>t cette discrimination.<br />

Jusqu’au féminicide<br />

Les écarts de salaire découl<strong>en</strong>t d’un rapport de domination<br />

et de viol<strong>en</strong>ce qui va beaucoup plus loin. Ils traduis<strong>en</strong>t<br />

un schéma qui caractérise <strong>le</strong>s relations <strong>en</strong>tre <strong>le</strong>s sexes. Si<br />

<strong>le</strong>s hommes cons<strong>en</strong>t<strong>en</strong>t à ouvrir <strong>le</strong>s yeux, et notamm<strong>en</strong>t<br />

<strong>le</strong>s « nouveaux pères » qui ne rechign<strong>en</strong>t pas à pousser parfois<br />

la poussette de bébé jusqu’à l’épicerie bio, ils se r<strong>en</strong>dront<br />

compte que <strong>le</strong>s femmes, <strong>en</strong> toute objectivité, sont<br />

plus nombreuses à devoir travail<strong>le</strong>r à temps partiel et dans<br />

des emplois précaires. Ils réaliseront que <strong>le</strong> travail non rémunéré<br />

est accompli principa<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t par <strong>le</strong>s femmes (un<br />

volume de travail équivalant globa<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t au PIB). Ils verront<br />

que <strong>le</strong>s possibilités de conciliation <strong>en</strong>tre la vie professionnel<strong>le</strong><br />

et familia<strong>le</strong> sont peu développées, tout comme<br />

<strong>le</strong>s chances d’évolution de carrière. Sans par<strong>le</strong>r des viol<strong>en</strong>ces<br />

domestiques, plus souv<strong>en</strong>t perpétrées par des<br />

hommes et qui vont parfois jusqu’au féminicide.<br />

La grève des femmes du <strong>14</strong> <strong>juin</strong> concerne aussi ces<br />

questions.<br />

Les discriminations, la répartition des rô<strong>le</strong>s et la reproduction<br />

form<strong>en</strong>t un champ de t<strong>en</strong>sions <strong>en</strong> perpétuel<strong>le</strong><br />

évolution. Ce qui semb<strong>le</strong> a priori appart<strong>en</strong>ir à la sphère<br />

privée décou<strong>le</strong> <strong>en</strong> réalité du domaine public. Même <strong>le</strong>s<br />

formes <strong>en</strong> appar<strong>en</strong>ce éternel<strong>le</strong>s de l’amour et de la famil<strong>le</strong><br />

s’adapt<strong>en</strong>t au système économique de l’époque : la famil<strong>le</strong><br />

nucléaire moderne ne s’est imposée qu’avec l’émerg<strong>en</strong>ce<br />

de la société industriel<strong>le</strong>. Aujourd’hui, cette forme d’organisation<br />

familia<strong>le</strong> recu<strong>le</strong> – augm<strong>en</strong>tation des famil<strong>le</strong>s monopar<strong>en</strong>ta<strong>le</strong>s,<br />

des famil<strong>le</strong>s patchwork, etc. – avec la fin des<br />

carrières à vie <strong>en</strong> <strong>en</strong>treprise, des emplois relativem<strong>en</strong>t<br />

sûrs et de la sécurité socia<strong>le</strong> dans la société postindustriel<strong>le</strong>.<br />

L’objectif n’est pas d’instaurer un égalitarisme sectaire.<br />

Car <strong>le</strong>s différ<strong>en</strong>ces, source de créativité et de mouvem<strong>en</strong>t,<br />

constitu<strong>en</strong>t <strong>le</strong> sel de l’exist<strong>en</strong>ce. Pour autant, el<strong>le</strong>s<br />

ne doiv<strong>en</strong>t pas légitimer des inégalités béantes <strong>en</strong>tre des<br />

groupes ou des individus. Car <strong>le</strong>s inégalités d’accès au savoir<br />

et à la formation, à la nourriture, aux soins et aux services<br />

publics, <strong>le</strong>s inégalités au niveau des salaires, de la<br />

couverture socia<strong>le</strong>, de l’intégrité physique, empêch<strong>en</strong>t de<br />

construire une vie autonome. El<strong>le</strong>s nuis<strong>en</strong>t aussi à la cohésion<br />

socia<strong>le</strong>.<br />

La Suisse se classe<br />

au 20e rang <strong>en</strong> matière<br />

de parité.


<strong>14</strong><br />

Dossier parité<br />

Il faudra att<strong>en</strong>dre<br />

108 ans avant que<br />

la parité globa<strong>le</strong><br />

soit réalisée.<br />

Par conséqu<strong>en</strong>t, <strong>le</strong>s sociétés inégalitaires sont davantage<br />

confrontées à la pauvreté, la criminalité, la maladie et plus<br />

psychotiques que <strong>le</strong>s sociétés égalitaires. L’espérance de<br />

vie aux Etats-Unis, un pays particulièrem<strong>en</strong>t inégalitaire,<br />

est bi<strong>en</strong> inférieure au Japon, qui est plus égalitaire.<br />

Certains néolibéraux prét<strong>en</strong>d<strong>en</strong>t que l’inégalité crée<br />

<strong>en</strong> soi un dynamisme économique, parce que <strong>le</strong>s catégories<br />

défavorisées redoubl<strong>en</strong>t alors d’efforts. Mais cette affirmation<br />

est aussi dém<strong>en</strong>tie par la réalité. Tous <strong>le</strong>s indicateurs<br />

<strong>le</strong> prouv<strong>en</strong>t, notamm<strong>en</strong>t <strong>le</strong> nombre de brevets<br />

déposés : <strong>le</strong>s pays qui s’efforc<strong>en</strong>t d’établir une sécurité socia<strong>le</strong>,<br />

une fiscalité équitab<strong>le</strong> et l’égalité salaria<strong>le</strong>, sont aussi<br />

plus dynamiques sur <strong>le</strong> plan économique.<br />

La question socia<strong>le</strong> est de retour<br />

En tant que syndicalistes, cela ne nous surpr<strong>en</strong>d pas. Nous<br />

luttons depuis 200 ans pour la justice et la solidarité parce<br />

que nous savons à quel point <strong>le</strong> bonheur individuel est<br />

étroitem<strong>en</strong>t lié à la justice et à la prospérité publique.<br />

C’est plus vrai que jamais. Une étude actuel<strong>le</strong> de l’OCDE<br />

démontre que <strong>le</strong>s salaires de 60 % de la population des<br />

pays capitalistes régress<strong>en</strong>t depuis une tr<strong>en</strong>taine d’années.<br />

Et que <strong>le</strong>s chances offertes sont réparties de manière<br />

nettem<strong>en</strong>t plus inéga<strong>le</strong>. La question socia<strong>le</strong> est aujourd’hui<br />

fondam<strong>en</strong>ta<strong>le</strong>, associée au problème écologique,<br />

qui touche <strong>en</strong> premier lieu <strong>le</strong>s personnes défavorisées.<br />

C’est pourquoi <strong>le</strong>s syndicats sont déterminants, car<br />

ils constitu<strong>en</strong>t la principa<strong>le</strong> force socia<strong>le</strong> dûm<strong>en</strong>t organisée.<br />

Gardons à l’esprit qu’il n’existe pas de hiérarchie <strong>en</strong>tre<br />

<strong>le</strong>s inégalités. Chaque fois qu’une part de la société est<br />

discriminée, tout <strong>le</strong> monde s’<strong>en</strong> ress<strong>en</strong>t. C’est particulièrem<strong>en</strong>t<br />

vrai lorsque cette discrimination frappe la moitié<br />

de la société.<br />

Par conséqu<strong>en</strong>t, la question de l’égalité ne concerne<br />

pas uniquem<strong>en</strong>t <strong>le</strong>s femmes.<br />

Selon la banque mondia<strong>le</strong>, seuls six pays au monde (la<br />

Suède, la Belgique, <strong>le</strong> Danemark, la France, la Lettonie et<br />

<strong>le</strong> Luxembourg) ont introduit une égalité tota<strong>le</strong> des<br />

femmes devant la loi. La Suisse n’<strong>en</strong> fait pas partie.<br />

De manière généra<strong>le</strong>, la Suisse obti<strong>en</strong>t un mauvais bilan<br />

<strong>en</strong> termes d’égalité. Dans <strong>le</strong> dernier rapport du forum<br />

économique mondial sur la parité dans <strong>le</strong> monde (« Global<br />

G<strong>en</strong>der Gap Report 2018 »), la Suisse se classe au 20e rang,<br />

loin derrière <strong>le</strong>s pays scandinaves ou même <strong>le</strong> Rwanda.<br />

Dans <strong>le</strong> domaine « santé et survie », notre pays n’apparaît<br />

qu’à la 108e place. Pour ce qui est des chances économiques,<br />

<strong>le</strong> WEF nous place <strong>en</strong> 34e position, alors que<br />

concernant <strong>le</strong>s écarts au niveau de la formation, nous<br />

n’obt<strong>en</strong>ons qu’un triste 80e rang. Autant dire un désastre.<br />

L’égalité ne progresse que l<strong>en</strong>tem<strong>en</strong>t dans <strong>le</strong> monde.<br />

A cette allure rampante, <strong>le</strong> WEF estime que la parité globa<strong>le</strong><br />

sera réalisée dans… 108 ans. En Europe occid<strong>en</strong>ta<strong>le</strong>,<br />

dans 61 ans et aux USA, dans 165 ans.<br />

Les pays du Nord comme l’Islande, la Norvège, la Suède<br />

et la Finlande sont <strong>en</strong> tête dans quasim<strong>en</strong>t toutes <strong>le</strong>s<br />

études et statistiques sur l’égalité (ONU, UE, WEF et autres<br />

organisations privées). La Suède, qui se vante de posséder<br />

« <strong>le</strong> premier gouvernem<strong>en</strong>t féministe au monde », a inauguré<br />

l’an passé à Göteborg un office pour l’égalité des<br />

femmes.<br />

Tournons notre regard vers <strong>le</strong> nord, cela <strong>en</strong> vaut la<br />

peine : la moitié des ministres du Gouvernem<strong>en</strong>t suédois<br />

sont des femmes et el<strong>le</strong>s form<strong>en</strong>t aussi 44 % du Par<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t.<br />

Dans l’économie, quatre postes à responsabilité sur dix<br />

sont occupés par des femmes. Le temps partiel y est beaucoup<br />

plus courant et pas seu<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t pour <strong>le</strong>s femmes. Les<br />

par<strong>en</strong>ts bénéfici<strong>en</strong>t de 480 jours de congé par<strong>en</strong>tal. Neuf<br />

hommes sur dix l’utilis<strong>en</strong>t. A quand une « course d’éco<strong>le</strong> »<br />

du Conseil fédéral à Stockholm ?<br />

Global G<strong>en</strong>der Gap Report<br />

https://bit.ly/2VCfvAi<br />

Photos<br />

Le photographe zurichois Tom Kawara a illustré notre dossier<br />

sur l’égalité avec des images prises lors du 1er mai sur <strong>le</strong>s<br />

bords de la Limmat. La photo ouvrant notre <strong>en</strong>quête (pages<br />

8-9) et cel<strong>le</strong> de la page <strong>11</strong> tout comme la petite image reproduite<br />

à côté du sommaire ont été réalisées durant cette manifestation.<br />

La photo de couverture a aussi été prise à cette<br />

occasion.<br />

Né à Liestal <strong>en</strong> 1963, Tom Kawara a grandi <strong>en</strong> Suisse et au<br />

Japon. Il a fait sa maturité à Davos puis, <strong>en</strong> 1987, un diplôme<br />

de l’Eco<strong>le</strong> polytechnique de Zurich <strong>en</strong> biologie comportem<strong>en</strong>ta<strong>le</strong>.<br />

Depuis lors, il travail<strong>le</strong> principa<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t comme photographe<br />

libre, depuis près de 30 ans pour <strong>le</strong> Tages-Anzeiger.<br />

Parallè<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t il s’intéresse davantage à des projets au long<br />

cours. Il travail<strong>le</strong> actuel<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t à un livre sur Stern<strong>en</strong>berg. Il<br />

est bi<strong>en</strong> connu des <strong>le</strong>cteurs de <strong>syndicom</strong> <strong>magazine</strong>, auquel il<br />

collabore régulièrem<strong>en</strong>t.


15<br />

La Suisse <strong>en</strong> retard sur ses voisins<br />

Le rang de la Suisse dans <strong>le</strong> classem<strong>en</strong>t du Forum Economique<br />

Mondial. Le chiffre indexé est <strong>le</strong> résultat de plusieurs facteurs.<br />

1,0 indiquerait une parité parfaite.<br />

Disparités criantes<br />

Répartition des salaires selon <strong>le</strong>s classes de salaires et <strong>le</strong> sexe.<br />

Salaire m<strong>en</strong>suel net <strong>en</strong> francs. Secteur privé et secteur public<br />

<strong>en</strong>semb<strong>le</strong>, <strong>en</strong> %, 2016.<br />

25%<br />

Hommes<br />

Femmes<br />

20%<br />

15 %<br />

10 %<br />

2.<br />

Norvège<br />

1. 3.<br />

Suède<br />

Islande<br />

5%<br />

0%<br />

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 <strong>11</strong> 12 13 <strong>14</strong> 15 16 17 18 19 20<br />

Finlande : 0,821<br />

Suisse : 0,755<br />

0-1000<br />

1001-2000<br />

2001-3000<br />

3001-4000<br />

4001-5000<br />

5001-6000<br />

6001-7000<br />

7001-8000<br />

8001-9000<br />

9001-10000<br />

10001-<strong>11</strong>000<br />

<strong>11</strong>001-12000<br />

12001-13000<br />

Suède : 0,822 Royaume-Uni : 0,774<br />

Source : Enquête sur la structure des salaires (2016), OFS 2018<br />

Norvège : 0,835<br />

Al<strong>le</strong>magne : 0,776<br />

Islande : 0,858<br />

France : 0,779<br />

Source : Global G<strong>en</strong>der Gap Index, WEF 2018, Top 10 of Global G<strong>en</strong>der Gap Index, Western Europe<br />

Activité professionnel<strong>le</strong> 2018<br />

Différ<strong>en</strong>ces salaria<strong>le</strong>s femmes et hommes<br />

selon la branche<br />

Dont la part inexpliquée : zone hachurée. En CHF.<br />

Total secteur privé<br />

657<br />

Commerce de détail<br />

702 1074<br />

1532<br />

Activités financières et assurances<br />

Information, Communication<br />

Hébergem<strong>en</strong>t, Restauration<br />

327 407<br />

Industries alim<strong>en</strong>taires<br />

856 1251<br />

2197<br />

4243<br />

41%<br />

41% des femmes actives<br />

travaill<strong>en</strong>t à temps p<strong>le</strong>in<br />

(90% à 100 %),<br />

contre 82 % des hommes. A l′inverse, <strong>le</strong>s hommes<br />

sont seu<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t 7 % à occuper un poste à un taux<br />

inférieur à 50 % tandis que cette part est de 24 %<br />

chez <strong>le</strong>s femmes.<br />

Hommes<br />

P<strong>le</strong>in temps<br />

Femmes<br />

Temps partiel 1 50–80%<br />

<strong>11</strong>%<br />

35%<br />

Temps partiel 2 (moins de 50 %)<br />

7%<br />

24 %<br />

41%<br />

Source : OFS, Enquête suisse sur la population active (ESPA)<br />

82%<br />

Imprimerie, Reproduction<br />

1282<br />

Industrie du texti<strong>le</strong><br />

Industrie chimique, Pharma<br />

649 <strong>11</strong>40<br />

Machines, Equipem<strong>en</strong>t<br />

Source : Secteur privé, Suisse 2016, Enquête suisse sur la structure des salaires;<br />

Calculs : Départem<strong>en</strong>t d’économie quantitative, Université de Fribourg, Büro BASS, Berne.<br />

Source : OFS<br />

1503<br />

1834<br />

53h<br />

En moy<strong>en</strong>ne, <strong>le</strong>s mères<br />

accompliss<strong>en</strong>t 53 heures de<br />

travail domestique et<br />

familial par semaine contre<br />

29 heures pour <strong>le</strong>s pères.<br />

Loin de la parité<br />

La part inexpliquée de l’écart salarial <strong>en</strong>tre femmes<br />

et hommes augm<strong>en</strong>te dans <strong>le</strong> secteur privé<br />

70%<br />

60%<br />

50%<br />

40%<br />

30%<br />

20%<br />

10 %<br />

62,4%<br />

37,6%<br />

59,1%<br />

40,9%<br />

60,9%<br />

39,1%<br />

57,1%<br />

42,9%<br />

2010 2012 20<strong>14</strong> 2016<br />

Part expliquée par des<br />

facteurs explicab<strong>le</strong>s<br />

Part sans facteurs<br />

explicab<strong>le</strong>s<br />

Sources : Enquête suisse sur la structure des salaires ;<br />

Calculs : Départem<strong>en</strong>t d’économie quantitative, Université de Fribourg, Büro BASS, Berne


16<br />

Au cœur de<br />

nos métiers<br />

<strong>Toutes</strong> à la grève des<br />

femmes <strong>le</strong> <strong>14</strong> <strong>juin</strong> !<br />

La grève des femmes du <strong>14</strong> <strong>juin</strong> aura<br />

lieu dans deux semaines <strong>en</strong>viron. Faisons<br />

<strong>en</strong> sorte que cette date ait <strong>le</strong><br />

même ret<strong>en</strong>tissem<strong>en</strong>t qu’il y a 28 ans,<br />

lorsqu’un demi-million de femmes<br />

ont fait la grève. Exigeons <strong>en</strong>fin ce à<br />

quoi <strong>le</strong>s femmes ont droit depuis longtemps<br />

! Participons <strong>en</strong> grand nombre<br />

à la grève des femmes de 2019 ! Au travail,<br />

dans la rue !<br />

Rejoins-nous ! Tu peux donner <strong>le</strong><br />

ton dans ton <strong>en</strong>treprise. As-tu une idée<br />

génia<strong>le</strong> et quelques collègues qui se<br />

joindrai<strong>en</strong>t à vous ? As-tu <strong>en</strong>core besoin<br />

d’idées pour une action ? Souhaites-tu<br />

participer à un événem<strong>en</strong>t dans ta région<br />

? Alors écris-nous un courriel à<br />

g<strong>le</strong>ichstellung@<strong>syndicom</strong>.ch.<br />

Tu peux commander du matériel<br />

de grève (foulards, badges, drapeaux<br />

et tracts) à l’adresse : www.<strong>syndicom</strong>.<br />

ch/frau<strong>en</strong>streik.<br />

Pr<strong>en</strong>ds une photo de toi avec <strong>le</strong> foulard<br />

et télécharge-la <strong>en</strong> indiquant la raison<br />

pour laquel<strong>le</strong> tu fais la grève sur<br />

Facebook, Twitter et Instagram, sous <strong>le</strong><br />

hashtag #<strong>syndicom</strong>_femmes<strong>en</strong>grève19.<br />

Au plaisir de te voir <strong>le</strong> <strong>14</strong> <strong>juin</strong> !<br />

Patrizia Mordini,<br />

membre du comité directeur<br />

Faisons <strong>en</strong> sorte que cette date marque <strong>le</strong>s esprits ! (© Demir Sönmez)<br />

https://bit.ly/2UeZ6AR<br />

Plus de temps.<br />

Pour tout <strong>le</strong> monde.<br />

La Suisse est <strong>le</strong> pays du travail à temps<br />

partiel. Ça a l’air a priori génial. Mais<br />

un taux d’occupation réduit <strong>en</strong>traîne<br />

des effets négatifs, tels que des droits<br />

limités aux r<strong>en</strong>tes de l’AVS, de la caisse<br />

de p<strong>en</strong>sion, de l’assurance-invalidité<br />

et de l’assurance-chômage.<br />

De plus, <strong>le</strong>s temps partiels restreign<strong>en</strong>t<br />

<strong>le</strong>s perspectives de carrière et la<br />

possibilité d’accéder à des postes de<br />

direction ou de décision, d’où un<br />

moindre pouvoir d’achat et droit aux<br />

assurances socia<strong>le</strong>s.<br />

Parmi <strong>le</strong>s salarié(e)s à temps partiel,<br />

on compte nettem<strong>en</strong>t plus de<br />

femmes que d’hommes, ess<strong>en</strong>tiel<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

pour des raisons familia<strong>le</strong>s.<br />

L’éducation, <strong>le</strong>s tâches ménagères et<br />

<strong>le</strong>s soins incomb<strong>en</strong>t aux femmes <strong>en</strong><br />

priorité, ce qui cim<strong>en</strong>te ainsi des modè<strong>le</strong>s<br />

obsolètes d’attribution des<br />

rô<strong>le</strong>s. Pourtant, <strong>le</strong>s hommes veul<strong>en</strong>t<br />

eux aussi s’<strong>en</strong>gager pour <strong>le</strong>ur famil<strong>le</strong>.<br />

C’est pourquoi une redéfinition des<br />

conditions de travail s’impose. L’anci<strong>en</strong><br />

modè<strong>le</strong> masculin du travail à<br />

p<strong>le</strong>in temps doit être remplacé.<br />

Tous profiterai<strong>en</strong>t d’une réduction<br />

de la durée ordinaire du travail pour <strong>le</strong><br />

même salaire. El<strong>le</strong> permettrait de rejeter<br />

<strong>le</strong>s anci<strong>en</strong>s stéréotypes si el<strong>le</strong> s’accompagne<br />

d’une s<strong>en</strong>sibilisation de la<br />

population. D’autant qu’une tel<strong>le</strong> réduction<br />

s’impose compte t<strong>en</strong>u de<br />

l’augm<strong>en</strong>tation de la productivité du<br />

travail au cours des dernières années.<br />

Miriam Berger, secrétaire spécialisée<br />

du secteur TIC


« Dans la branche TIC éga<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t, <strong>le</strong>s femmes occup<strong>en</strong>t<br />

des postes plutôt moins é<strong>le</strong>vés et moins bi<strong>en</strong> payés. » Miriam Berger<br />

17<br />

Une <strong>en</strong>quête montre qu’il faut<br />

plus d’égalité dans la branche TIC<br />

399 travail<strong>le</strong>urs(euses) de la branche des technologies de l’information<br />

et de la communication (TIC), parmi <strong>le</strong>squels 79 % de<br />

femmes et 21 % d’hommes, réclam<strong>en</strong>t des changem<strong>en</strong>ts.<br />

La branche TIC est une branche ess<strong>en</strong>tiel<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

masculine : <strong>le</strong>s femmes y<br />

sont fortem<strong>en</strong>t sous-représ<strong>en</strong>tées<br />

(23 % seu<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t). Alors que <strong>le</strong>s salaires<br />

et <strong>le</strong>s conditions de travail sont<br />

souv<strong>en</strong>t mauvaises dans <strong>le</strong>s branches<br />

dites féminines, on r<strong>en</strong>contre une situation<br />

inverse dans <strong>le</strong>s branches<br />

masculines.<br />

Une branche ess<strong>en</strong>tiel<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

masculine<br />

Le secteur des TIC confirme cette t<strong>en</strong>dance<br />

: <strong>le</strong>s salaires y sont par exemp<strong>le</strong><br />

nettem<strong>en</strong>t plus é<strong>le</strong>vés que dans<br />

d’autres branches. Mais quel<strong>le</strong>s sont<br />

<strong>le</strong>s conditions vécues au sein de la<br />

branche, et y a-t-il des différ<strong>en</strong>ces<br />

<strong>en</strong>tre <strong>le</strong>s différ<strong>en</strong>ts groupes d’employé(e)s<br />

?<br />

Pour <strong>le</strong> savoir et <strong>en</strong> vue de la grève<br />

des femmes du <strong>14</strong> <strong>juin</strong>, nous avons<br />

m<strong>en</strong>é <strong>en</strong> mars un sondage par voie<br />

é<strong>le</strong>ctronique dans <strong>le</strong> secteur TIC. Nous<br />

nous sommes intéressés aux sujets<br />

suivants : la conciliation <strong>en</strong>tre famil<strong>le</strong><br />

et profession, la répartition du travail<br />

à temps partiel, <strong>le</strong>s femmes aux postes<br />

de direction et de responsabilité,<br />

l’égalité salaria<strong>le</strong>, <strong>le</strong> harcè<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t et la<br />

discrimination.<br />

Pour <strong>le</strong>s femmes, tout est <strong>en</strong>core<br />

loin d’être réglé dans la branche TIC.<br />

En effet, plus de deux tiers des sondé-<br />

(e)s pein<strong>en</strong>t à concilier famil<strong>le</strong> et carrière<br />

sans désavantages. Par ail<strong>le</strong>urs,<br />

<strong>le</strong>s femmes sont plus nombreuses à<br />

travail<strong>le</strong>r à temps partiel. On peut aussi<br />

constater cette différ<strong>en</strong>ce liée au<br />

sexe parmi <strong>le</strong>s participant(e)s au sondage.<br />

El<strong>le</strong> s’explique parce que <strong>le</strong>s<br />

femmes réduis<strong>en</strong>t souv<strong>en</strong>t <strong>le</strong>ur taux<br />

d’occupation afin de se consacrer au<br />

travail d’assistance et de soins, ainsi<br />

qu’aux tâches ménagères.<br />

L’inégalité salaria<strong>le</strong> choque<br />

En comparant <strong>le</strong>s pourc<strong>en</strong>tages de réponses<br />

à la question sur la conciliation<br />

de la vie privée et professionnel<strong>le</strong><br />

avec ceux obt<strong>en</strong>us s’agissant de l’égalité<br />

salaria<strong>le</strong>, on constate que la réponse<br />

à cette dernière question est<br />

des plus claire. Alors que 69 % des personnes<br />

interrogées relèv<strong>en</strong>t des difficultés<br />

à concilier vie professionnel<strong>le</strong><br />

et familia<strong>le</strong>, l’inégalité salaria<strong>le</strong><br />

choque <strong>en</strong>core davantage. 82 % des<br />

sondé(e)s trouv<strong>en</strong>t dérangeant, voire<br />

très dérangeant que <strong>le</strong>s femmes<br />

gagn<strong>en</strong>t <strong>en</strong>viron un cinquième de<br />

moins que <strong>le</strong>s hommes tous secteurs<br />

confondus.<br />

Plus de 60 % des sondé(e)s harcelé(e)s<br />

En ce qui concerne <strong>le</strong> harcè<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t, <strong>le</strong>s<br />

résultats sont effrayants : plus de 60 %<br />

des personnes interrogées ont déjà été<br />

victimes de harcè<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t sexuel. De<br />

bonnes ambiance de travail et culture<br />

d’<strong>en</strong>treprise serai<strong>en</strong>t d’autant plus<br />

importantes pour <strong>le</strong> groupe déjà<br />

sous-représ<strong>en</strong>té. Le manque de<br />

femmes au sein des structures de direction<br />

et la discrimination dans <strong>le</strong>s<br />

relations de pouvoir peuv<strong>en</strong>t être particulièrem<strong>en</strong>t<br />

préjudiciab<strong>le</strong>s et constituer<br />

aussi un facteur de harcè<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

sexuel. Si <strong>le</strong> harcè<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t sexuel est<br />

pratiqué par des supérieurs hiérarchiques,<br />

des désavantages supplém<strong>en</strong>taires<br />

peuv<strong>en</strong>t <strong>en</strong> résulter pour <strong>le</strong>s<br />

victimes dans <strong>le</strong>ur travail quotidi<strong>en</strong>.<br />

Plafond de verre dans l’<strong>en</strong>treprise<br />

Parallè<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t, il convi<strong>en</strong>t d’évoquer <strong>le</strong><br />

phénomène du plafond de verre (limitation<br />

de l’accès des femmes aux<br />

postes à responsabilités), qui peut<br />

aussi aggraver l’inégalité salaria<strong>le</strong> et<br />

r<strong>en</strong>forcer <strong>le</strong>s stéréotypes. Pas moins<br />

de 55 % des personnes interrogées perçoiv<strong>en</strong>t<br />

aussi l’effet du plafond de<br />

verre au sein de <strong>le</strong>ur <strong>en</strong>treprise, et la<br />

majorité d’<strong>en</strong>tre el<strong>le</strong>s s’<strong>en</strong> inquièt<strong>en</strong>t.<br />

Si on ne trouve pas, aux postes de direction,<br />

une proportion de femmes<br />

éga<strong>le</strong> à cel<strong>le</strong> des employés de la<br />

branche, c’est que <strong>le</strong>s choses ne<br />

tourn<strong>en</strong>t pas rond.<br />

Aussi dans la branche TIC, <strong>le</strong>s<br />

femmes ont t<strong>en</strong>dance à occuper des<br />

postes hiérarchiquem<strong>en</strong>t moins é<strong>le</strong>vés<br />

et donc moins bi<strong>en</strong> rémunérés. Les<br />

préoccupations des femmes sont clairem<strong>en</strong>t<br />

ressorties de l’<strong>en</strong>quête. Dès<br />

lors, il est d’autant plus important que<br />

<strong>le</strong>s femmes et <strong>le</strong>s partisans de l’égalité<br />

particip<strong>en</strong>t à la grève des femmes <strong>le</strong><br />

<strong>14</strong> <strong>juin</strong> afin de donner à ces préoccupations<br />

<strong>en</strong>core plus de poids. Car<br />

l’égalité des sexes et la révision des<br />

modè<strong>le</strong>s sociaux traditionnels profit<strong>en</strong>t<br />

<strong>en</strong> fin de compte à tout <strong>le</strong> monde.<br />

Miriam Berger, secrétaire spécialisée<br />

au secteur TIC<br />

https://bit.ly/2Ppd3dD<br />

Extrait du sondage sur l’égalité dans la branche TIC<br />

L’écart de rémunération <strong>en</strong>tre hommes et femmes atteint<br />

20 %. Trouves-tu cela choquant ?<br />

« Parv<strong>en</strong>ir à concilier famil<strong>le</strong> et profession n’est pas du tout<br />

faci<strong>le</strong>. » Es-tu d’accord avec cette affirmation ?<br />

<strong>11</strong>317654z 36331786z<br />

Oui 82 % Oui 69 %<br />

Pas du tout <strong>11</strong> %<br />

Pas beaucoup 3%<br />

Un peu 17 %<br />

Beaucoup 65%<br />

Pas de réponse 4 %<br />

Entièrem<strong>en</strong>t d’accord 36%<br />

Plutôt d’accord 33 %<br />

Plutôt pas d’accord 17 %<br />

Pas du tout d’accord 8 %<br />

Pas de réponse 6 %


18<br />

Le monde<br />

du travail<br />

« Il faut jugu<strong>le</strong>r cette t<strong>en</strong>dance à la f<strong>le</strong>xibilisation par des<br />

règ<strong>le</strong>s <strong>en</strong>core plus contraignantes dans la future CCT. »<br />

Matthias Loosli<br />

Des facteurs surchargés<br />

aussi dans <strong>le</strong><br />

canton de Vaud<br />

Première r<strong>en</strong>contre <strong>en</strong>tre<br />

<strong>syndicom</strong> et PostMail<br />

Le <strong>14</strong> février, <strong>syndicom</strong> déposait un<br />

mandat avec plus de 300 signatures<br />

auprès de la direction généra<strong>le</strong> de<br />

PostMail à Neuchâtel. Il exigeait l’ouverture<br />

immédiate de négociations<br />

sur <strong>le</strong>s conditions de travail des facteurs(trices)<br />

dans l’Arc jurassi<strong>en</strong>.<br />

Car el<strong>le</strong>s sont dev<strong>en</strong>ues inacceptab<strong>le</strong>s<br />

: ces travail<strong>le</strong>urs accompliss<strong>en</strong>t<br />

des heures supplém<strong>en</strong>taires presque<br />

La pétition dans l’arc jurassi<strong>en</strong> a porté ses fruits.<br />

(© <strong>syndicom</strong>)<br />

illimitées et travaill<strong>en</strong>t dans des conditions<br />

qui mett<strong>en</strong>t <strong>le</strong>ur santé <strong>en</strong> danger.<br />

Un sondage réalisé par <strong>syndicom</strong><br />

<strong>en</strong> 2018 auprès d’<strong>en</strong>viron un millier de<br />

facteurs l’a confirmé. 94 % des participants<br />

ont fait état d’un solde d’heures<br />

supplém<strong>en</strong>taires à la fin de 2017. Le<br />

problème se pose donc dans toute la<br />

Suisse. La raison réside dans <strong>le</strong><br />

manque de personnel.<br />

Première r<strong>en</strong>contre<br />

La pétition dans l’Arc jurassi<strong>en</strong> a porté<br />

ses fruits : une première r<strong>en</strong>contre<br />

s’est déroulée <strong>en</strong>tre <strong>syndicom</strong> et Post-<br />

Mail <strong>en</strong> mars. PostMail a promis de<br />

traiter <strong>le</strong>s faits à la prochaine réunion.<br />

Des solutions devront alors être recherchées<br />

sur cette base.<br />

<strong>syndicom</strong> col<strong>le</strong>cte déjà des signatures<br />

avec <strong>le</strong>s mêmes rev<strong>en</strong>dications<br />

dans d’autres régions de Suisse romande<br />

(régions de distribution R<strong>en</strong><strong>en</strong>s,<br />

Yverdon ou La Côte).<br />

Matthias Loosli<br />

Pas de travail sur appel<br />

chez PostLogistics !<br />

Les employeurs t<strong>en</strong>t<strong>en</strong>t de transférer <strong>le</strong> risque de l’<strong>en</strong>treprise<br />

sur <strong>le</strong>s employé(e)s. Un exemp<strong>le</strong> chez La Poste.<br />

Mi-avril, <strong>le</strong>s médias alémaniques ont<br />

révélé un contestab<strong>le</strong> projet de Post-<br />

Logistics. Les employé(e)s de la base<br />

de distribution de Mäg<strong>en</strong>wil (AG) ne<br />

devai<strong>en</strong>t être informés que quelques<br />

heures à l’avance du début du travail<br />

pour la livraison du soir. Les employés<br />

aurai<strong>en</strong>t dû consulter chaque jour une<br />

application à midi pour s’informer de<br />

l’heure à laquel<strong>le</strong> ils devai<strong>en</strong>t v<strong>en</strong>ir travail<strong>le</strong>r<br />

l’après-midi. Ils pouvai<strong>en</strong>t alors<br />

être sollicités à <strong>14</strong> h 30, mais aussi à<br />

16 h 30 : un cas classique de travail sur<br />

appel. L’introduction de ce système<br />

est inadmissib<strong>le</strong> et incompatib<strong>le</strong> avec<strong>le</strong>s<br />

dispositions actuel<strong>le</strong>s de la<br />

conv<strong>en</strong>tion col<strong>le</strong>ctive de travail (CCT).<br />

Annoncé <strong>14</strong> jours à l’avance<br />

La CCT stipu<strong>le</strong> clairem<strong>en</strong>t que <strong>le</strong>s<br />

plans d’affectation doiv<strong>en</strong>t être annoncés<br />

<strong>14</strong> jours à l’avance. Le nouveau<br />

patron de La Poste, Roberto Cirillo, a<br />

dû stopper <strong>le</strong> projet. Depuis des années,<br />

La Poste cherche à augm<strong>en</strong>ter la<br />

f<strong>le</strong>xibilité de ses employés. Par différ<strong>en</strong>ts<br />

modè<strong>le</strong>s de travail sur appel :<br />

dans <strong>le</strong> cas des services de réserve chez<br />

CarPostal, du début f<strong>le</strong>xib<strong>le</strong> du travail<br />

chez PostLogistics décrit ci-dessus, ou<br />

de modifications à court terme des<br />

plans d’affectation chez PostMail.<br />

Une incertitude qui nuit à la santé<br />

Une <strong>en</strong>quête réalisée <strong>en</strong> 2018 par <strong>syndicom</strong><br />

auprès des facteurs(trices) de<br />

PostMail <strong>le</strong> confirme : l’incertitude <strong>en</strong><br />

termes de planification augm<strong>en</strong>te.<br />

Une personne sur quatre a déclaré<br />

qu’el<strong>le</strong> ne recevait <strong>le</strong>s plans d’affectation<br />

qu’une semaine à l’avance, voire<br />

durant la semaine de travail. Un problème<br />

pour <strong>le</strong>s personnes qui ont des<br />

responsabilités familia<strong>le</strong>s. Les employé(e)s<br />

à temps partiel pein<strong>en</strong>t à<br />

trouver un second emploi pour atteindre<br />

<strong>le</strong> taux d’occupation souhaité.<br />

En fin de compte, l’incertitude liée à la<br />

planification <strong>en</strong>traîne un stress négatif<br />

qui nuit à la santé.<br />

Règ<strong>le</strong>s plus contraignantes<br />

La pression concurr<strong>en</strong>tiel<strong>le</strong> est si forte<br />

dans la branche de la logistique que<br />

<strong>le</strong>s employeurs t<strong>en</strong>t<strong>en</strong>t de reporter <strong>le</strong><br />

risque d’<strong>en</strong>treprise sur <strong>le</strong>s employé(e)s<br />

<strong>en</strong> introduisant des horaires<br />

de travail f<strong>le</strong>xib<strong>le</strong>s. Les syndicats<br />

doiv<strong>en</strong>t stopper cette évolution unilatéra<strong>le</strong>.<br />

En ce qui concerne La Poste et<br />

ses sous-traitants, <strong>syndicom</strong> s’efforcera<br />

de jugu<strong>le</strong>r cette t<strong>en</strong>dance par des<br />

règ<strong>le</strong>s <strong>en</strong>core plus contraignantes lors<br />

des négociations sur la nouvel<strong>le</strong><br />

conv<strong>en</strong>tion col<strong>le</strong>ctive de travail.<br />

Matthias Loosli<br />

La CCT exige d’annoncer <strong>le</strong>s plans d’affectation <strong>14</strong> jours à l’avance. (© La Poste)<br />

Au sujet de Roberto Cirillo :<br />

https://bit.ly/2KViani


« Nous exigeons plus de temps et d’arg<strong>en</strong>t pour <strong>le</strong> travail de soins. »<br />

Patrizia Mordini<br />

19<br />

Exposition et exig<strong>en</strong>ces de <strong>syndicom</strong><br />

pour la grève des femmes<br />

Une expo itinérante partira de La Poste Suisse à Berne.<br />

Le <strong>14</strong> <strong>juin</strong>, <strong>le</strong>s employé(e)s porteront <strong>le</strong> foulard et <strong>le</strong> badge au<br />

guichet.<br />

Nous préparons la grève des femmes,<br />

<strong>le</strong> <strong>14</strong> <strong>juin</strong> prochain. Le 8 mars, <strong>le</strong> coup<br />

d’<strong>en</strong>voi a été donné lors de la Journée<br />

internationa<strong>le</strong> de la femme. A Berne,<br />

une diffusion cinématographique sur<br />

la grève des femmes de 1991 et un<br />

défilé sur la Terrasse fédéra<strong>le</strong> qui a<br />

rassemblé quelque 200 femmes ont<br />

été organisées. Le 10 mars, plus de<br />

500 femmes se sont réunies au Volkshaus<br />

de Bi<strong>en</strong>ne pour <strong>le</strong> lancem<strong>en</strong>t<br />

national de tous <strong>le</strong>s comités régionaux<br />

de la grève des femmes et des différ<strong>en</strong>tes<br />

organisations. Ce jour-là, un<br />

manifeste commun a été adopté (voir<br />

www.frau<strong>en</strong>streik2019.ch).<br />

Les rev<strong>en</strong>dications de <strong>syndicom</strong><br />

<strong>syndicom</strong> a formulé ses propres rev<strong>en</strong>dications<br />

<strong>en</strong> s’inspirant du slogan de<br />

l’USS sur la grève des femmes « Plus de<br />

salaire, de temps et de respect ! ». Nous<br />

exigeons l’égalité salaria<strong>le</strong>, pour que<br />

toutes <strong>le</strong>s femmes reçoiv<strong>en</strong>t <strong>le</strong> salaire<br />

auquel el<strong>le</strong>s ont droit. Nous exigeons<br />

plus de temps et d’arg<strong>en</strong>t pour <strong>le</strong> travail<br />

de soins. Les femmes travaillant <strong>le</strong><br />

plus souv<strong>en</strong>t à temps partiel, nous exigeons<br />

de bonnes perspectives de carrière.<br />

Chacun(e) doit pouvoir concilier<br />

vie professionnel<strong>le</strong> et vie familia<strong>le</strong>.<br />

Nous exigeons <strong>le</strong> respect et ne tolérons<br />

ni <strong>le</strong> harcè<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t sexuel, ni <strong>le</strong> mobbing<br />

au boulot.<br />

Expo et actions spécifiques<br />

L’exposition « Meil<strong>en</strong>steine der G<strong>le</strong>ichstellung<br />

und aktuel<strong>le</strong> Forderung<strong>en</strong> »<br />

(Jalons de l’égalité et rev<strong>en</strong>dications<br />

actuel<strong>le</strong>s) sera mise sur pied à La Poste<br />

Suisse à Berne. Une semaine avant <strong>le</strong><br />

<strong>14</strong> <strong>juin</strong>, el<strong>le</strong> sera inaugurée dans <strong>le</strong> hall<br />

de la c<strong>en</strong>tra<strong>le</strong> de La Poste au Wankdorf.<br />

El<strong>le</strong> se déplacera <strong>en</strong>suite comme exposition<br />

itinérante. Le <strong>14</strong> <strong>juin</strong>, <strong>le</strong>s employé(e)s<br />

de La Poste pourront porter<br />

<strong>le</strong> nouveau foulard de <strong>syndicom</strong> et <strong>le</strong><br />

badge au guichet aussi, avec <strong>le</strong>ur uniforme.<br />

Dans <strong>le</strong> secteur TIC, une <strong>en</strong>quête<br />

sur l’égalité a été m<strong>en</strong>ée afin de répondre<br />

aux préoccupations des<br />

femmes (voir p. 17). Dans <strong>le</strong> secteur<br />

médias, un manifeste de l’égalité à<br />

l’int<strong>en</strong>tion des professionnels des médias<br />

et des activités sont <strong>en</strong> cours de<br />

préparation, notamm<strong>en</strong>t dans <strong>le</strong>s librairies.<br />

Sé<strong>le</strong>ction d’événem<strong>en</strong>ts régionaux<br />

Les manifestations régiona<strong>le</strong>s organisées<br />

par <strong>le</strong>s comités <strong>le</strong> <strong>14</strong> <strong>juin</strong> peuv<strong>en</strong>t<br />

être consultées ici : www.frau<strong>en</strong>streik2019.ch.<br />

Berne : à partir de midi,<br />

réunion sur la place Fédéra<strong>le</strong>, puis à<br />

17 h 00, départ du défilé depuis cette<br />

même place (stands, concerts, etc.).<br />

Zurich : à partir de midi, sur la Helvetiaplatz,<br />

puis à 17 h 00, manifestation<br />

(Landesmuseum – Helvetiaplatz,<br />

stands, concerts). Neuchâtel : soirée<br />

repas col<strong>le</strong>ctif et musique. Lausanne :<br />

18 h 00, grande manifestation place<br />

St-François. Bâ<strong>le</strong> : Theaterplatz réservée,<br />

la fontaine « Brunn<strong>en</strong> zur faul<strong>en</strong><br />

Magd » sera chauffée pour s’y baigner.<br />

Berthoud : 17 h 00, détails suivront.<br />

D’autres manifestations sont prévues<br />

à Aarau, Fribourg, Schwyz, App<strong>en</strong>zell<br />

Rhodes-Intérieures et Extérieures ainsi<br />

qu’au Tessin.<br />

Patrizia Mordini<br />

Programme du <strong>14</strong> <strong>juin</strong> 2019 à<br />

l’exemp<strong>le</strong> de Berne (Poste de<br />

Wankdorf)<br />

<strong>11</strong> h 00<br />

« Pause de protestation » dans toute<br />

la Suisse avec tes collègues (r<strong>en</strong>contre<br />

à la cafétéria, faire du bruit,<br />

distribution de tracts, port du foulard<br />

et du badge)<br />

Midi<br />

Collation dans l’<strong>en</strong>treprise<br />

15 h 30<br />

Activité dans l’<strong>en</strong>treprise : visite de<br />

l’exposition « Meil<strong>en</strong>steine der<br />

G<strong>le</strong>ichstellung und aktuel<strong>le</strong><br />

Forderung<strong>en</strong> »<br />

16 h 45<br />

R<strong>en</strong>contre et action organisée<br />

régiona<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t : célébration avec<br />

défilé sur la place Fédéra<strong>le</strong><br />

Guide de rédaction<br />

pour des médias non<br />

sexistes<br />

Stephanie Vonarburg, responsab<strong>le</strong> du secteur<br />

Presse et médias é<strong>le</strong>ctroniques et membre du CD<br />

Lorsque <strong>le</strong>s journalistes observ<strong>en</strong>t, décriv<strong>en</strong>t<br />

et interrog<strong>en</strong>t int<strong>en</strong>sém<strong>en</strong>t la<br />

politique et l’économie pour révé<strong>le</strong>r<br />

des irrégularités, <strong>le</strong>ur travail permet<br />

d’exercer un contrô<strong>le</strong> sur <strong>le</strong>s tout-puissants<br />

de ce monde.<br />

Malheureusem<strong>en</strong>t, ces médias ont<br />

eux-mêmes t<strong>en</strong>dance à reproduire, à<br />

consolider et donc à maint<strong>en</strong>ir des<br />

structures de pouvoir masculines. Parfois<br />

à grand r<strong>en</strong>fort de coups médiatiques<br />

et sans veil<strong>le</strong>r à protéger <strong>le</strong>s<br />

droits de la personnalité. Cette situation<br />

se produit fréquemm<strong>en</strong>t : lorsqu’il<br />

s’agit de donner des informations<br />

sur des candidat(e)s avant <strong>le</strong>s<br />

é<strong>le</strong>ctions, <strong>le</strong>s femmes sont toujours lésées.<br />

El<strong>le</strong>s obti<strong>en</strong>n<strong>en</strong>t moins de place<br />

et d’att<strong>en</strong>tion, tout comme lorsque <strong>le</strong>s<br />

médias parl<strong>en</strong>t de sci<strong>en</strong>ce, de culture<br />

ou de sport. Cette sous-représ<strong>en</strong>tation<br />

des femmes r<strong>en</strong>force <strong>le</strong>s structures du<br />

pouvoir <strong>en</strong> place. Il est <strong>en</strong>core plus diffici<strong>le</strong><br />

de combattre cette discrimination<br />

lorsque <strong>le</strong>s femmes sont représ<strong>en</strong>tées<br />

de manière stéréotypée<br />

comme des personnes du sexe faib<strong>le</strong><br />

livrées à <strong>le</strong>urs s<strong>en</strong>tim<strong>en</strong>ts. Les hommes<br />

souffr<strong>en</strong>t aussi de tels clichés qui <strong>le</strong>s<br />

cantonn<strong>en</strong>t dans des rô<strong>le</strong>s traditionnels<br />

binaires. La société doit <strong>le</strong>s dépasser.<br />

Notre guide de rédaction non<br />

sexiste donne des conseils pratiques<br />

pour sortir du piège injuste de la discrimination<br />

(voir li<strong>en</strong>). La grève des<br />

femmes s’ét<strong>en</strong>d désormais aussi aux<br />

médias.<br />

Stephanie Vonarburg<br />

https://bit.ly/2VS52At


20<br />

Le monde<br />

du travail<br />

« Je ne veux plus vivre dans une société qui traite<br />

<strong>le</strong>s femmes et <strong>le</strong>s hommes de façon inéga<strong>le</strong>. » Dominik Fitze<br />

Comm<strong>en</strong>t <strong>le</strong>s hommes peuv<strong>en</strong>t<br />

sout<strong>en</strong>ir la grève des femmes<br />

Des groupes masculins organis<strong>en</strong>t des actions, par ex. pour<br />

garder <strong>le</strong>s <strong>en</strong>fants de cel<strong>le</strong>s qui manifesteront ce jour-là.<br />

En tant que jeune syndicaliste, on me<br />

demande souv<strong>en</strong>t si je souti<strong>en</strong>s cette<br />

grève des femmes. Je réponds toujours<br />

franchem<strong>en</strong>t oui. En tant que (jeune)<br />

homme, je ne veux plus vivre dans une<br />

société qui traite <strong>le</strong>s femmes et <strong>le</strong>s<br />

hommes de façon inéga<strong>le</strong>. Les<br />

hommes <strong>en</strong> souffr<strong>en</strong>t aussi.<br />

Une m<strong>en</strong>talité des années 1950<br />

Pour de nombreuses questions relatives<br />

à l’égalité, la Suisse <strong>en</strong> est restée<br />

aux années 1950. Les femmes gagn<strong>en</strong>t<br />

moins, <strong>le</strong>s pères n’ont qu’un ou deux<br />

jours de congé à la naissance de <strong>le</strong>ur<br />

<strong>en</strong>fant tandis que <strong>le</strong>s mères rest<strong>en</strong>t à<br />

la maison un certain temps. Il y a bi<strong>en</strong><br />

eu quelques progrès : certaines<br />

conv<strong>en</strong>tions col<strong>le</strong>ctives de travail accord<strong>en</strong>t<br />

deux ou quatre semaines de<br />

congé de paternité et des mesures<br />

comm<strong>en</strong>c<strong>en</strong>t à être instaurées pour<br />

<strong>lutte</strong>r contre l’inégalité salaria<strong>le</strong>.<br />

Beaucoup de coup<strong>le</strong>s t<strong>en</strong>t<strong>en</strong>t d’é<strong>le</strong>ver<br />

<strong>le</strong>urs <strong>en</strong>fants égalitairem<strong>en</strong>t, mais<br />

ils se r<strong>en</strong>d<strong>en</strong>t compte que ce n’est pas<br />

faci<strong>le</strong> : si l’<strong>en</strong>fant tombe malade, <strong>le</strong><br />

père reste rarem<strong>en</strong>t à la maison (<strong>le</strong> patron<br />

n’apprécierait pas). Les femmes<br />

réduis<strong>en</strong>t <strong>le</strong>ur taux d’occupation, tandis<br />

que <strong>le</strong>s hommes qui travaill<strong>en</strong>t à<br />

90 % s’<strong>en</strong> félicit<strong>en</strong>t comme s’ils avai<strong>en</strong>t<br />

r<strong>en</strong>oncé à un siège au Conseil fédéral<br />

<strong>en</strong> faveur d’une femme. Comme<br />

l’homme gagne tout simp<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t plus,<br />

l’éducation des <strong>en</strong>fants est laissée aux<br />

femmes. Et de toute façon, on a toujours<br />

fait ainsi.<br />

Notre société nous confine dans<br />

<strong>le</strong>s rô<strong>le</strong>s de mères de famil<strong>le</strong> et<br />

d’hommes pourvoyeurs de son <strong>en</strong>treti<strong>en</strong>.<br />

Il faut que <strong>le</strong>s choses chang<strong>en</strong>t !<br />

Une fois que j’aurai des <strong>en</strong>fants, je ne<br />

veux pas être forcé d’assumer <strong>le</strong> rô<strong>le</strong><br />

de principal souti<strong>en</strong> financier de ma<br />

famil<strong>le</strong>. Il est inacceptab<strong>le</strong> que <strong>le</strong>s<br />

femmes gagn<strong>en</strong>t moins pour <strong>le</strong> même<br />

travail. C’est pourquoi <strong>syndicom</strong> souti<strong>en</strong>t<br />

la grève des femmes, <strong>lutte</strong> pour<br />

des CCT progressistes et a déjà donné<br />

la possibilité à des employés masculins<br />

de réduire <strong>le</strong>ur temps de travail<br />

pour garder <strong>le</strong>urs <strong>en</strong>fants.<br />

Je souti<strong>en</strong>s la grève des femmes<br />

comme je <strong>le</strong> peux. En tant qu’hommes,<br />

nous ne devons pas l’oublier : <strong>le</strong><br />

<strong>14</strong> <strong>juin</strong>, il ne s’agit pas de nous, mais<br />

des femmes et de <strong>le</strong>urs rev<strong>en</strong>dications.<br />

Si el<strong>le</strong>s sont concrétisées, c’est la société<br />

dans son <strong>en</strong>semb<strong>le</strong> qui <strong>en</strong> bénéficiera<br />

– y compris nous, <strong>le</strong>s hommes.<br />

Comm<strong>en</strong>t sout<strong>en</strong>ir la grève des<br />

femmes ? Nous pouvons nous montrer<br />

solidaires et y croire, <strong>en</strong> cessant de<br />

mettre <strong>en</strong> doute <strong>le</strong>urs rev<strong>en</strong>dications.<br />

Nous pouvons éga<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t nous r<strong>en</strong>dre<br />

uti<strong>le</strong>s là où on a besoin de nous. Les<br />

pères pourrai<strong>en</strong>t s’occuper des <strong>en</strong>fants<br />

<strong>le</strong> <strong>14</strong> <strong>juin</strong> ou nous pourrions inviter<br />

des camarades de nos <strong>en</strong>fants ce<br />

jour-là pour permettre à <strong>le</strong>urs mères<br />

de participer à la grève. Nous pourrons<br />

aussi m<strong>en</strong>er des actions. Des groupes<br />

d’hommes solidaires exist<strong>en</strong>t déjà à<br />

plusieurs <strong>en</strong>droits. Dans <strong>le</strong> canton de<br />

Vaud, tu peux obt<strong>en</strong>ir des r<strong>en</strong>seignem<strong>en</strong>ts<br />

auprès de gygax@ssp-vpod.ch,<br />

<strong>en</strong> Valais auprès de grevefemmesvalais@gmail.com<br />

et à Fribourg auprès<br />

de grevefemmesfribourg@gmail.com.<br />

Pour toute question et concernant <strong>le</strong>s<br />

autres régions, merci de t’adresser à<br />

g<strong>le</strong>ichstellung@<strong>syndicom</strong>.ch.<br />

Dominik Fitze<br />

Notre bannière pour la grève des femmes au secrétariat c<strong>en</strong>tral de <strong>syndicom</strong> à Berne. (© <strong>syndicom</strong>)<br />

https://frau<strong>en</strong>streik2019.ch/wp-cont<strong>en</strong>t/<br />

uploads/2019/04/hommesolidaires.pdf<br />

Salt coupe <strong>le</strong>s salaires :<br />

qui n’accepte pas est<br />

lic<strong>en</strong>cié(e)<br />

Auparavant, la pression sur <strong>le</strong> personnel<br />

de v<strong>en</strong>te dans <strong>le</strong>s Salt Shops était<br />

déjà grande. A côté du salaire fixe, il<br />

avait une part variab<strong>le</strong>, dép<strong>en</strong>dant du<br />

volume de v<strong>en</strong>tes. Cela permettait aux<br />

employés des Shops qui marchai<strong>en</strong>t<br />

bi<strong>en</strong> de gagner 4600 francs. Mais<br />

c’était déjà trop pour Salt qui <strong>le</strong>ur a<br />

prés<strong>en</strong>té, peu avant Pâques, de nouveaux<br />

contrats à signer.<br />

Celui ou cel<strong>le</strong> qui refusait était<br />

m<strong>en</strong>acé de lic<strong>en</strong>ciem<strong>en</strong>t. C’est ce<br />

qu’annonçait Salt dans une <strong>le</strong>ttre où<br />

l’<strong>en</strong>treprise prés<strong>en</strong>tait des congésmodifications<br />

aux employé(e)s. A<br />

l’av<strong>en</strong>ir, ils recevrai<strong>en</strong>t une part fixe<br />

plus importante s’é<strong>le</strong>vant à 4000<br />

francs, mais la part variab<strong>le</strong> est ainsi<br />

calculée que <strong>le</strong>s collaborateurs s’att<strong>en</strong>d<strong>en</strong>t<br />

à des pertes significatives. De<br />

plus, <strong>le</strong>s objectifs ne peuv<strong>en</strong>t plus être<br />

atteints par équipes : c’est chacun<br />

pour soi. Cela a favorisé un climat de<br />

suspicion. Lorsque ce n’est plus la<br />

prestation de l’équipe qui compte, la<br />

pression sur chacun augm<strong>en</strong>te et l’on<br />

dresse <strong>le</strong>s g<strong>en</strong>s <strong>le</strong>s uns contre <strong>le</strong>s<br />

autres.<br />

Ce qui a choqué est la manière :<br />

m<strong>en</strong>ace de lic<strong>en</strong>ciem<strong>en</strong>t, puis un<br />

congé-modification mal fixé puisque<br />

<strong>le</strong> délai de congé était au 31 juil<strong>le</strong>t<br />

2018. Enfin Salt t<strong>en</strong>te d’introduire<br />

immédiatem<strong>en</strong>t <strong>le</strong>s nouvel<strong>le</strong>s dispositions<br />

qui ne devai<strong>en</strong>t l’être qu’après<br />

l’écou<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t du délai de congé. <strong>syndicom</strong><br />

est <strong>en</strong> contact avec <strong>le</strong>s employés<br />

et décidera de la suite à donner. La<br />

nécessité d’avoir une CCT chez Salt se<br />

révè<strong>le</strong> évid<strong>en</strong>te.<br />

Christian Capacoel


« L’objectif de La Poste ne doit pas être seu<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t de réaliser<br />

des bénéfices, mais aussi d’offrir un service aux usagers. » Graziano Pestoni<br />

21<br />

Moratoire à La Poste, une<br />

nouvel<strong>le</strong> off<strong>en</strong>sive tessinoise<br />

« Stopper <strong>le</strong> déclin des services postaux, <strong>le</strong>s pertes d’emplois et<br />

la détérioration des conditions de travail ! » Le personnel de<br />

RetePosta<strong>le</strong> Ticino demande à Simonetta Sommaruga de susp<strong>en</strong>dre<br />

la fermeture des bureaux de poste.<br />

Réorganisations, demandes de f<strong>le</strong>xibilité<br />

toujours plus grande, incertitudes<br />

sur l’av<strong>en</strong>ir. Le personnel de<br />

PostNetwork continue de travail<strong>le</strong>r<br />

dans des conditions stressantes.<br />

Comme une épée de Damoclès, <strong>le</strong><br />

risque de perdre son emploi pèse sur<br />

<strong>le</strong>s travail<strong>le</strong>urs. Vu la situation économique<br />

au Tessin, cela signifie <strong>le</strong> chômage<br />

et peut-être l’aide socia<strong>le</strong>.<br />

Bi<strong>en</strong> que seu<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t 15 des 48 bureaux<br />

de poste prévus pour 2020 ai<strong>en</strong>t<br />

été fermés à ce jour, 33 autres sont m<strong>en</strong>acés<br />

de fermeture d’ici l’année prochaine.<br />

La Poste Suisse et ses coups bas<br />

Jusqu’à prés<strong>en</strong>t, l’hémorragie des bureaux<br />

de poste au Tessin a été <strong>en</strong> partie<br />

stoppée par <strong>le</strong>s pétitions des citoy<strong>en</strong>s<br />

montrant <strong>le</strong>ur attachem<strong>en</strong>t au service<br />

postal, et par la volonté des communes<br />

qui se sont opposées à la fermeture.<br />

Mais cette résistance ne suffit pas. « La<br />

Poste Suisse est déloya<strong>le</strong> », ont déclaré<br />

<strong>le</strong>s mêmes employés de RetePosta<strong>le</strong><br />

lors de l’assemblée <strong>en</strong> avril dernier. La<br />

stratégie de l’<strong>en</strong>treprise est d’affaiblir<br />

<strong>le</strong>s bureaux de poste. Le personnel est<br />

incité à pousser <strong>le</strong>s cli<strong>en</strong>ts vers <strong>le</strong>s services<br />

<strong>en</strong> ligne. De nombreux produits<br />

ne sont plus v<strong>en</strong>dus au comptoir. Les<br />

citoy<strong>en</strong>s sont ainsi découragés de se<br />

r<strong>en</strong>dre dans <strong>le</strong>s bureaux de poste.<br />

Moratoire immédiat<br />

Il est temps de passer à l’off<strong>en</strong>sive. Les<br />

représ<strong>en</strong>tants de RetePosta<strong>le</strong> au Tessin<br />

ont donc appelé la nouvel<strong>le</strong> directrice<br />

du DETEC, Simonetta Sommaruga,<br />

à imposer un moratoire immédiat<br />

sur toutes <strong>le</strong>s décisions visant à réduire<br />

<strong>le</strong>s services postaux et à <strong>en</strong>traîner<br />

des pertes d’emplois et une détérioration<br />

des conditions de travail. Ils<br />

espèr<strong>en</strong>t trouver <strong>en</strong> Simonetta Sommaruga<br />

une interlocutrice att<strong>en</strong>tive<br />

aux problèmes des travail<strong>le</strong>urs et aux<br />

besoins des citoy<strong>en</strong>s.<br />

Le rô<strong>le</strong> de la politique<br />

Face aux changem<strong>en</strong>ts de la numérisation,<br />

la politique doit interv<strong>en</strong>ir. Et redéfinir<br />

<strong>le</strong> concept de service public<br />

dans <strong>le</strong>s domaines de la santé, de<br />

l’énergie, de l’information, de l’éducation<br />

et des télécommunications.<br />

A la mi-mai, une réunion a eu lieu<br />

<strong>en</strong>tre une délégation tessinoise de<br />

l’USS (y compris <strong>syndicom</strong>) et <strong>le</strong> nouveau<br />

présid<strong>en</strong>t de l’USS, Pierre-Yves<br />

Maillard, pour discuter des problèmes<br />

du service public. Objectifs : susp<strong>en</strong>dre<br />

la fermeture des bureaux de<br />

poste et lancer un référ<strong>en</strong>dum sur la<br />

restauration des régies fédéra<strong>le</strong>s,<br />

comme <strong>le</strong> dit Graziano Pestoni, présid<strong>en</strong>t<br />

de l’USS Ticino e Moesa, auteur<br />

d’études sur la privatisation des <strong>en</strong>treprises<br />

publiques. A la suite de la demande<br />

de moratoire de RetePosta<strong>le</strong> au<br />

Tessin, La Poste à Berne a proposé une<br />

r<strong>en</strong>contre avec <strong>le</strong>s collaborateurs et<br />

<strong>syndicom</strong> qui se ti<strong>en</strong>dra <strong>le</strong> 13 <strong>juin</strong>.<br />

Giovanni Va<strong>le</strong>rio<br />

https://bit.ly/2H9ZEnv<br />

Lors du 1er mai à Locarno, <strong>syndicom</strong> a manifesté<br />

contre <strong>le</strong> démantè<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t des offices de poste.<br />

(© Giovanni Va<strong>le</strong>rio)<br />

<strong>syndicom</strong> souti<strong>en</strong>t la<br />

non-discrimination des<br />

trans au travail<br />

<strong>syndicom</strong> souti<strong>en</strong>t « trans welcome »,<br />

<strong>le</strong> portail web pour <strong>le</strong>s personnes<br />

trans. El<strong>le</strong>s sont <strong>le</strong>s bi<strong>en</strong>v<strong>en</strong>ues dans<br />

notre syndicat. Nous misons sur la diversité<br />

et la vivons, étant convaincus<br />

que l’inclusion de personnes différ<strong>en</strong>tes<br />

apporte une va<strong>le</strong>ur ajoutée.<br />

Le terme « trans » est utilisé pour<br />

une personne dont l’id<strong>en</strong>tité de g<strong>en</strong>re<br />

ne correspond pas au sexe qui lui a été<br />

attribué à la naissance. Les termes qui<br />

sont éga<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t utilisés sont « transg<strong>en</strong>re<br />

», « transid<strong>en</strong>tité » ou <strong>le</strong> terme<br />

plus anci<strong>en</strong> de « transsexualité »<br />

Ces personnes viv<strong>en</strong>t très différemm<strong>en</strong>t<br />

l’id<strong>en</strong>tité de sexe ress<strong>en</strong>tie,<br />

qu’ils ai<strong>en</strong>t l’air d’un homme ou d’une<br />

femme, qu’ils ai<strong>en</strong>t été opérés ou non.<br />

El<strong>le</strong>s ne se limit<strong>en</strong>t pas aux personnes<br />

qui subiss<strong>en</strong>t une interv<strong>en</strong>tion chirurgica<strong>le</strong><br />

de changem<strong>en</strong>t de sexe.<br />

Le portail <strong>en</strong> ligne « trans welcome<br />

» <strong>le</strong>ur fournit des informations et<br />

des services uti<strong>le</strong>s dans <strong>le</strong>ur quotidi<strong>en</strong><br />

professionnel, crée une prise de<br />

consci<strong>en</strong>ce pour un <strong>en</strong>vironnem<strong>en</strong>t<br />

de travail non discriminant et réunit<br />

<strong>le</strong>s conditions pour un processus réussi<br />

de coming out.<br />

Le Bureau fédéral de l’égalité souti<strong>en</strong>t<br />

ce projet de Transg<strong>en</strong>der Network<br />

Switzerland (TGNS) au moy<strong>en</strong> des<br />

aides financières prévues par la loi sur<br />

l’égalité.<br />

Les personnes concernées sont invitées<br />

à nous contacter à g<strong>le</strong>ichstellung@<strong>syndicom</strong>.ch.<br />

<strong>syndicom</strong> est éga<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

représ<strong>en</strong>té au sein de la<br />

Commission LGBT de l’USS.<br />

Patrizia Mordini<br />

www.transwelcome.ch/fr/


22 Politique<br />

Transformations<br />

du travail et nécessité<br />

d’une action col<strong>le</strong>ctive<br />

La t<strong>en</strong>dance à rég<strong>le</strong>r <strong>le</strong>s t<strong>en</strong>sions<br />

et conflits liés au travail<br />

par des compromis et<br />

arrangem<strong>en</strong>ts individuels<br />

doit être combattue par des<br />

acteurs col<strong>le</strong>ctifs, prêts à<br />

œuvrer au service de tous.<br />

La grève des femmes est un<br />

exemp<strong>le</strong> à suivre à cet égard.<br />

Texte : Jean-Michel Bonvin<br />

Jean-Michel Bonvin est spécialiste <strong>en</strong> politiques<br />

socia<strong>le</strong>s et de l’emploi et <strong>en</strong>seigne à l’Université<br />

de G<strong>en</strong>ève. Ce texte est une adaptation de la<br />

confér<strong>en</strong>ce qu’il a t<strong>en</strong>ue dans <strong>le</strong> cadre du 40e<br />

anniversaire du Collège du Travail, qui s’<strong>en</strong>gage<br />

pour préserver la mémoire du monde du travail,<br />

contribuer à son histoire et réfléchir aux défis<br />

auxquels <strong>le</strong>s salarié(e)s sont aujourd’hui<br />

confronté(e)s.<br />

L’épanouissem<strong>en</strong>t au travail et par<br />

<strong>le</strong> travail repose sur la prise <strong>en</strong><br />

compte de trois dim<strong>en</strong>sions complém<strong>en</strong>taires.<br />

Travail qui nourrit, uti<strong>le</strong> et négocié<br />

Tout d’abord, une dim<strong>en</strong>sion instrum<strong>en</strong>ta<strong>le</strong><br />

où <strong>le</strong> travail donne <strong>le</strong>s<br />

moy<strong>en</strong>s d’exist<strong>en</strong>ce indisp<strong>en</strong>sab<strong>le</strong>s<br />

pour m<strong>en</strong>er une vie digne ; <strong>le</strong> travail<br />

est ici valorisé sous l’ang<strong>le</strong> du salaire<br />

qui permet de s’épanouir <strong>en</strong><br />

dehors du travail. Ensuite, une dim<strong>en</strong>sion<br />

expressive où ce qui importe<br />

est de faire un travail intéressant<br />

dont l’utilité soit reconnue<br />

socia<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t ; la qualité du travail est<br />

alors ess<strong>en</strong>tiel<strong>le</strong> et fonde la fierté légitime<br />

du travail<strong>le</strong>ur par rapport au<br />

résultat de son travail. Enfin, une dim<strong>en</strong>sion<br />

politique qui compr<strong>en</strong>d la<br />

négociation col<strong>le</strong>ctive des conditions<br />

de travail et implique la possibilité<br />

de débattre sur <strong>le</strong>s formes de<br />

travail, <strong>le</strong>ur équité, <strong>le</strong>ur effici<strong>en</strong>ce,<br />

etc. <strong>en</strong> vue d’aboutir à des règ<strong>le</strong>s<br />

communes et acceptées par toutes<br />

et tous, plutôt qu’imposées unilatéra<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

par l’employeur. Les transformations<br />

actuel<strong>le</strong>s du travail<br />

pos<strong>en</strong>t des défis <strong>en</strong> li<strong>en</strong> avec chacune<br />

de ces trois dim<strong>en</strong>sions.<br />

Risque économique transféré aux<br />

salarié(e)s<br />

Le contexte de globalisation économique<br />

et financière <strong>en</strong>traîne une<br />

mise <strong>en</strong> concurr<strong>en</strong>ce accrue des <strong>en</strong>treprises,<br />

qui f<strong>le</strong>xibilise la relation<br />

de travail et incite <strong>le</strong>s <strong>en</strong>treprises à<br />

transférer <strong>le</strong> risque économique aux<br />

salarié(e)s. Il s’agit, par exemp<strong>le</strong>,<br />

d’ajuster <strong>le</strong>s effectifs de l’<strong>en</strong>treprise<br />

<strong>en</strong> fonction de ses possibilités économiques,<br />

ce qui peut conduire à<br />

des lic<strong>en</strong>ciem<strong>en</strong>ts, ou d’<strong>en</strong>gager du<br />

personnel temporaire dont on peut<br />

plus faci<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t se séparer. L’exig<strong>en</strong>ce<br />

de f<strong>le</strong>xibilité peut aussi se manifester<br />

sur <strong>le</strong> plan salarial, avec des<br />

appels à la modération salaria<strong>le</strong> <strong>en</strong><br />

vue de préserver <strong>le</strong>s emplois ou une<br />

plus grande individualisation des<br />

salaires <strong>en</strong> fonction du mérite. De la<br />

Les femmes peu<br />

qualifiées<br />

particulièrem<strong>en</strong>t<br />

fragilisées<br />

sorte, on laisse place à une prise <strong>en</strong><br />

compte accrue de la performance<br />

individuel<strong>le</strong>. L’accès à l’emploi est<br />

r<strong>en</strong>du plus diffici<strong>le</strong> d’une part, la sécurité<br />

de l’emploi et des salaires est<br />

fragilisée d’autre part.<br />

Ces circonstances n’affect<strong>en</strong>t<br />

toutefois pas tous <strong>le</strong>s salarié(e)s au<br />

même degré : <strong>le</strong> risque existe <strong>en</strong> effet<br />

d’une dualisation du marché du<br />

travail, où <strong>le</strong>s plus qualifié(e)s s’<strong>en</strong><br />

sort<strong>en</strong>t mieux car <strong>le</strong>urs compét<strong>en</strong>ces<br />

sont plus diffici<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t remplaçab<strong>le</strong>s,<br />

tandis que <strong>le</strong>s peu qualifié(e)s<br />

peuv<strong>en</strong>t plus aisém<strong>en</strong>t être<br />

substitué(e)s par une main-d’œuvre<br />

moins coûteuse ou par des machines<br />

automatisées. Le contexte actuel<br />

ne favorise par ail<strong>le</strong>urs pas la réduction<br />

des inégalités, comme<br />

l’illustre la persistance des écarts<br />

salariaux <strong>en</strong>tre femmes et hommes<br />

<strong>en</strong> Suisse. La situation des femmes<br />

peu qualifiées apparaît ainsi particulièrem<strong>en</strong>t<br />

fragilisée.<br />

La dérive de la participation des<br />

employés<br />

Le contexte actuel du travail t<strong>en</strong>d à<br />

exacerber la volonté de faire participer<br />

et d’impliquer <strong>le</strong>s salarié(e)s<br />

plutôt que de <strong>le</strong>s considérer comme<br />

de simp<strong>le</strong>s exécutant(e)s. Ces évolutions<br />

qui vont dans <strong>le</strong> s<strong>en</strong>s d’un managem<strong>en</strong>t<br />

plus participatif<br />

sembl<strong>en</strong>t favorab<strong>le</strong>s à une meil<strong>le</strong>ure<br />

prise <strong>en</strong> compte de la dim<strong>en</strong>sion expressive<br />

du travail. El<strong>le</strong>s ne<br />

concern<strong>en</strong>t toutefois pas l’<strong>en</strong>semb<strong>le</strong><br />

des salarié(e)s dans la mesure où la<br />

vision taylori<strong>en</strong>ne du salarié comme<br />

exécutant n’a de loin pas disparu. Il<br />

convi<strong>en</strong>t de signa<strong>le</strong>r deux dérives<br />

possib<strong>le</strong>s : tout d’abord, la partici-


23<br />

pation porte souv<strong>en</strong>t sur <strong>le</strong>s moy<strong>en</strong>s<br />

d’améliorer la performance plus<br />

que sur <strong>le</strong> s<strong>en</strong>s du travail, <strong>le</strong>s salarié(e)s<br />

peuv<strong>en</strong>t alors être incité(e)s à<br />

se consacrer corps et âme à un travail<br />

qui n’a pas de s<strong>en</strong>s pour eux.<br />

Dans un tel cas, <strong>le</strong> souci de la performance<br />

pr<strong>en</strong>d <strong>le</strong> dessus.<br />

Ensuite, la demande de participation<br />

peut déboucher sur des<br />

formes d’int<strong>en</strong>sification du travail<br />

et des att<strong>en</strong>tes de disponibilité accrue.<br />

La digitalisation du travail, qui<br />

r<strong>en</strong>d <strong>le</strong>s frontières <strong>en</strong>tre <strong>le</strong> travail et<br />

<strong>le</strong> non-travail plus poreuses (on peut<br />

<strong>en</strong> effet transporter son travail avec<br />

soi et travail<strong>le</strong>r tout <strong>le</strong> temps), r<strong>en</strong>force<br />

<strong>le</strong> risque d’hypersollicitation<br />

et la difficulté de concilier travail et<br />

autres activités. Dans un tel cadre,<br />

<strong>le</strong>s femmes sont souv<strong>en</strong>t pénalisées,<br />

dans la mesure où <strong>le</strong>s activités hors<br />

travail <strong>le</strong>ur incomb<strong>en</strong>t plus souv<strong>en</strong>t,<br />

ce qui peut <strong>le</strong>s placer devant deux alternatives<br />

éga<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t insatisfaisantes<br />

: soit ne pas participer aux activités<br />

professionnel<strong>le</strong>s au degré<br />

att<strong>en</strong>du et donc sacrifier <strong>le</strong>urs ambitions<br />

professionnel<strong>le</strong>s, soit se soumettre<br />

aux contraintes d’une doub<strong>le</strong><br />

L’hypersollicitation<br />

induite par la<br />

digitalisation pénalise<br />

<strong>le</strong>s femmes<br />

journée de travail. L’<strong>en</strong>jeu est donc<br />

doub<strong>le</strong> et porte sur <strong>le</strong> s<strong>en</strong>s du travail<br />

et la possibilité de délimiter ses<br />

frontières pour laisser du temps et<br />

de l’espace à d’autres activités.<br />

On f<strong>le</strong>xibilise <strong>le</strong> travail par des<br />

arrangem<strong>en</strong>ts individuels<br />

L’individualisation accrue des relations<br />

de travail se traduit de deux<br />

manières : d’une part, on a t<strong>en</strong>dance<br />

à rég<strong>le</strong>r <strong>le</strong>s t<strong>en</strong>sions et conflits liés<br />

au travail par des compromis et arrangem<strong>en</strong>ts<br />

individuels plutôt que<br />

par la négociation col<strong>le</strong>ctive, ce qui<br />

correspond au souci de f<strong>le</strong>xibiliser<br />

la relation de travail mais <strong>en</strong>traîne<br />

aussi une dépolitisation du travail.<br />

D’autre part, la participation sollicitée<br />

de la part des salarié(e)s est souv<strong>en</strong>t<br />

<strong>en</strong>visagée sous l’ang<strong>le</strong> de l’implication<br />

et de la motivation plutôt<br />

que celui d’une gestion col<strong>le</strong>ctive<br />

des conditions de travail et d’emploi.<br />

La participation est ainsi clairem<strong>en</strong>t<br />

délimitée et <strong>le</strong>s questions<br />

liées par exemp<strong>le</strong> aux stratégies des<br />

ressources humaines, à la gestion<br />

des compét<strong>en</strong>ces, etc. rest<strong>en</strong>t des<br />

prérogatives des employeurs.<br />

La grève des femmes, un exemp<strong>le</strong> à<br />

suivre<br />

Oeuvrer au service<br />

de tous, et pas<br />

seu<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t pour<br />

<strong>le</strong>s habi<strong>le</strong>s<br />

négociateurs<br />

L’<strong>en</strong>jeu consiste ici à former (ou<br />

r<strong>en</strong>forcer) un acteur col<strong>le</strong>ctif qui<br />

soit susceptib<strong>le</strong> d’incarner la dim<strong>en</strong>sion<br />

politique du travail dans<br />

un cadre où <strong>le</strong>s relations professionnel<strong>le</strong>s<br />

sont de plus <strong>en</strong> plus individualisées.<br />

Cet <strong>en</strong>jeu est fondam<strong>en</strong>tal,<br />

dans la mesure où cet acteur<br />

col<strong>le</strong>ctif doit aussi pr<strong>en</strong>dre <strong>en</strong><br />

charge <strong>le</strong>s dim<strong>en</strong>sions instrum<strong>en</strong>ta<strong>le</strong>s<br />

et expressives du travail pour<br />

<strong>en</strong> faire des dim<strong>en</strong>sions au service<br />

de toutes et tous et pas simp<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

de ceux qui sont mieux aptes à négocier<br />

des compromis ou arrangem<strong>en</strong>ts<br />

individuels. La grève des<br />

femmes est un exemp<strong>le</strong> à suivre à<br />

cet égard.<br />

Pas de marchandage<br />

Au final, <strong>le</strong>s transformations actuel<strong>le</strong>s<br />

pos<strong>en</strong>t des défis pour chacune<br />

des dim<strong>en</strong>sions du travail. Sur<br />

<strong>le</strong> plan instrum<strong>en</strong>tal, l’accès à l’emploi<br />

et la sécurité de l’emploi et des<br />

salaires se prés<strong>en</strong>t<strong>en</strong>t comme <strong>le</strong>s<br />

<strong>en</strong>jeux principaux. Sur <strong>le</strong> plan expressif,<br />

<strong>le</strong> s<strong>en</strong>s du travail et la capacité<br />

de délimiter ses frontières seront<br />

cruciaux pour l’av<strong>en</strong>ir de la<br />

relation de travail. Sur <strong>le</strong> plan politique,<br />

la faculté de former un acteur<br />

col<strong>le</strong>ctif susceptib<strong>le</strong> de pr<strong>en</strong>dre <strong>en</strong><br />

charge la négociation des <strong>en</strong>jeux<br />

liés au travail, c’est-à-dire de faire<br />

du travail un <strong>en</strong>jeu politique, est décisive.<br />

Il est ess<strong>en</strong>tiel que ces trois<br />

dim<strong>en</strong>sions du travail soi<strong>en</strong>t <strong>en</strong>visagées<br />

simultaném<strong>en</strong>t et ne donn<strong>en</strong>t<br />

pas lieu à un marchandage où la<br />

prise <strong>en</strong> compte d’une dim<strong>en</strong>sion se<br />

ferait aux dép<strong>en</strong>s des deux autres.<br />

Des participantes manifest<strong>en</strong>t à la journée de préparation de la grève à Bi<strong>en</strong>ne, <strong>le</strong> 10 mars 2019.<br />

https://www.col<strong>le</strong>gedutravail.ch/


24<br />

Le long chemin m<strong>en</strong>ant<br />

à la grève des femmes<br />

En 1991, <strong>le</strong>s salaires destinés<br />

aux femmes par la CCT du<br />

secteur du livre étai<strong>en</strong>t beaucoup<br />

moins é<strong>le</strong>vés que ceux<br />

des hommes. Les femmes<br />

ont dû gagner un procès<br />

contre <strong>le</strong>ur propre syndicat<br />

pour faire valoir <strong>le</strong>urs droits.<br />

Texte : Patrizia Mordini<br />

Photo : Adrian Flükiger<br />

Le <strong>14</strong> <strong>juin</strong> 1991, un demi-million de<br />

femmes de toute la Suisse ont participé<br />

à la grève des femmes. La devise<br />

de la grève était « Femmes bras<br />

croisés, <strong>le</strong> pays perd pied ». L’Union<br />

syndica<strong>le</strong> suisse avait appelé à la<br />

grève pour protester contre l’application<br />

timide de l’artic<strong>le</strong> constitutionnel<br />

de 1981 sur l’égalité et <strong>le</strong>s<br />

inégalités persistantes dans de<br />

nombreux domaines de la société,<br />

de l’économie et de la politique.<br />

Christiane Brunner a été l’une des<br />

figures de proue de ce mouvem<strong>en</strong>t.<br />

L’une de ses principa<strong>le</strong>s rev<strong>en</strong>dications<br />

était l’égalité salaria<strong>le</strong>. Les travail<strong>le</strong>uses<br />

de l’horlogerie de la vallée<br />

de Joux étai<strong>en</strong>t à l’origine de cette<br />

initiative.<br />

Rev<strong>en</strong>dications au directeur général<br />

de La Poste, Jean-Noël Rey<br />

Le <strong>14</strong> <strong>juin</strong> 1991, <strong>le</strong> groupe de travail<br />

des femmes de l’Union PTT dressait<br />

un catalogue de rev<strong>en</strong>dications lors<br />

de sa réunion de formation à Berne,<br />

à laquel<strong>le</strong> assistai<strong>en</strong>t 270 participantes.<br />

Le catalogue compr<strong>en</strong>ait notamm<strong>en</strong>t<br />

des mesures visant à permettre<br />

aux femmes d’accéder à des<br />

postes plus é<strong>le</strong>vés dans des carrières,<br />

tout comme <strong>le</strong> travail à temps<br />

partiel, des modè<strong>le</strong>s d’horaires de<br />

travail pour concilier famil<strong>le</strong> et profession,<br />

des offres de crèches et<br />

l’exig<strong>en</strong>ce de pouvoir se réinsérer<br />

dans la vie active. De plus, <strong>le</strong>s effets<br />

des nouvel<strong>le</strong>s technologies et des<br />

restructurations sur <strong>le</strong> personnel féminin<br />

devai<strong>en</strong>t être spécia<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

examinés. Une délégation de douze<br />

La délégation de l’Union PTT reçue par Jean-Noël Rey.<br />

collègues prés<strong>en</strong>tait <strong>le</strong> catalogue de<br />

rev<strong>en</strong>dications au directeur général<br />

de l’époque, Jean-Noël Rey.<br />

Recours des femmes du SLP<br />

Un autre événem<strong>en</strong>t historique important<br />

de 1991 est lié à notre prédécesseur,<br />

<strong>le</strong> syndicat du livre et du<br />

papier (SLP). Une nouvel<strong>le</strong> conv<strong>en</strong>tion<br />

col<strong>le</strong>ctive de travail pour l’industrie<br />

de la reliure avait été négociée<br />

<strong>en</strong>tre <strong>le</strong> SLP et <strong>le</strong> patronat,<br />

représ<strong>en</strong>té par l’Association suisse<br />

des relieurs de livres. En ce qui<br />

concerne <strong>le</strong>s salaires, une clause<br />

prévoyait des salaires inférieurs<br />

pour <strong>le</strong>s femmes, plus précisém<strong>en</strong>t<br />

CHF 2 250 bruts pour <strong>le</strong>s travail<strong>le</strong>uses<br />

non qualifiées de l’industrie<br />

de la reliure et CHF 2 684 bruts pour<br />

<strong>le</strong>s hommes du même niveau de<br />

qualification. Par conséqu<strong>en</strong>t, <strong>le</strong>s<br />

femmes du SLP ont int<strong>en</strong>té une action<br />

<strong>en</strong> justice contre <strong>le</strong>ur propre<br />

syndicat, au motif que cette inégalité<br />

salaria<strong>le</strong> violait l’artic<strong>le</strong> constitutionnel.<br />

Le SLP n’a donc pas pu signer<br />

la dernière conv<strong>en</strong>tion valab<strong>le</strong><br />

pour <strong>le</strong>s années 1991-1995. Le procès<br />

eut lieu <strong>en</strong> février 1994 et <strong>le</strong>s<br />

femmes obtinr<strong>en</strong>t gain de cause. La<br />

grande solidarité des femmes et la<br />

pression de l’extérieur ont été déterminantes<br />

pour ce succès. Erika<br />

Trepp a joué un rô<strong>le</strong> important dans<br />

ce combat. Le Groupe d’Intérêts<br />

Femmes lui a r<strong>en</strong>du hommage et a<br />

organisé un événem<strong>en</strong>t avec el<strong>le</strong> à<br />

Zurich <strong>le</strong> 29 avril dernier.<br />

Répercussion de la grève des<br />

femmes de 1991<br />

La grève des femmes de 1991 a eu<br />

un impact énorme sur l’égalité,<br />

même l<strong>en</strong>t. Quelques exemp<strong>le</strong>s : <strong>en</strong><br />

1995, l’Assemblée fédéra<strong>le</strong> a adopté<br />

la loi sur l’égalité, qui précisait l’application<br />

de l’artic<strong>le</strong> constitutionnel<br />

et interdisait <strong>le</strong> harcè<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t sexuel<br />

sur <strong>le</strong> lieu de travail. Une énorme<br />

avancée pour l’époque. En 2004,<br />

après trois t<strong>en</strong>tatives, <strong>le</strong> projet de loi<br />

pour une assurance maternité a été<br />

adopté à la majorité populaire, réalisant<br />

ainsi une exig<strong>en</strong>ce constitutionnel<strong>le</strong><br />

de 1945. En outre, des bureaux<br />

de promotion de l’égalité ont<br />

été créés et davantage de femmes<br />

ont été élues à des fonctions politiques.<br />

Le 3 mars 1993, la non-é<strong>le</strong>ction<br />

au Palais fédéral de la candidate<br />

officiel<strong>le</strong> du PS, Christiane<br />

Brunner, a provoqué l’indignation<br />

de milliers de femmes sur la place<br />

Fédéra<strong>le</strong>, ce qui est <strong>en</strong>tré dans l’histoire<br />

sous <strong>le</strong> nom d’ « effet Brunner<br />

». Le vaste mouvem<strong>en</strong>t de protestation<br />

qui s’est développé dans<br />

<strong>le</strong>s jours qui ont suivi a aussi été favorisé<br />

par <strong>le</strong>s réseaux qui s’étai<strong>en</strong>t<br />

formés p<strong>en</strong>dant l’organisation de la<br />

grève des femmes. La stratégie bourgeoise<br />

visant à empêcher une<br />

conseillère fédéra<strong>le</strong> du PS n’a pas<br />

fonctionné : une semaine plus tard,<br />

Ruth Dreifuss était élue.


<strong>syndicom</strong> à tes côtés pour la grève des femmes !<br />

25<br />

Plus la grève des femmes pr<strong>en</strong>dra de l’amp<strong>le</strong>ur, plus el<strong>le</strong> gagnera <strong>en</strong> force et plus la sécurité sera<br />

grande. Les syndicats souti<strong>en</strong>n<strong>en</strong>t <strong>le</strong>s femmes <strong>en</strong> grève. Toute personne qui planifie des actions<br />

ou qui souhaite faire grève sur son lieu de travail doit donc s’adresser au syndicat concerné.<br />

Voici trois réponses à trois questions qui revi<strong>en</strong>n<strong>en</strong>t régulièrem<strong>en</strong>t.<br />

La grève des femmes est-el<strong>le</strong> une grève<br />

classique ?<br />

Une majorité de collègues est décidée<br />

à <strong>en</strong>trer <strong>en</strong> grève <strong>le</strong> <strong>14</strong> <strong>juin</strong>.<br />

Comm<strong>en</strong>t nous protéger ?<br />

Nous sommes un petit groupe de g<strong>en</strong>s<br />

prêts à faire la grève.<br />

Comm<strong>en</strong>t pouvons-nous participer à<br />

la grève tout <strong>en</strong> nous protégeant ?<br />

La réponse de <strong>syndicom</strong> et de l’USS :<br />

il s’agit d’une grève sui g<strong>en</strong>eris (de son propre g<strong>en</strong>re). Les<br />

participant(e)s prés<strong>en</strong>t<strong>en</strong>t des rev<strong>en</strong>dications qui<br />

concern<strong>en</strong>t tant <strong>le</strong> travail rémunéré que <strong>le</strong> travail domestique<br />

et non rémunéré. La journée de grève et d’action<br />

s’adresse à la société, à la classe politique et aux autorités,<br />

ainsi qu’aux employeurs.<br />

L’égalité est inscrite dans la Constitution fédéra<strong>le</strong> depuis<br />

1981, mais n’a pas été mise <strong>en</strong> œuvre. C’est pourquoi une<br />

grève des femmes largem<strong>en</strong>t suivie a déjà eu lieu <strong>en</strong> 1991.<br />

Depuis 1996, la Suisse dispose d’une loi sur l’égalité qui<br />

institue l’égalité <strong>en</strong>tre <strong>le</strong>s femmes et <strong>le</strong>s hommes dans <strong>le</strong><br />

monde du travail. Néanmoins, <strong>le</strong>s inégalités persist<strong>en</strong>t<br />

dans la vie professionnel<strong>le</strong> et aucune mesure politique<br />

efficace n’est prise, même si <strong>le</strong>s femmes ont tout t<strong>en</strong>té.<br />

Les femmes <strong>en</strong> ont assez et font <strong>en</strong>t<strong>en</strong>dre <strong>le</strong>ur voix <strong>en</strong><br />

faisant grève. L’USS déclare donc que la grève des femmes<br />

de 2019 est légitime.<br />

La grève des femmes avec ses rev<strong>en</strong>dications socia<strong>le</strong>s,<br />

sociéta<strong>le</strong>s et de droit du travail est à la fois un rassemb<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

politique, garanti par la Constitution fédéra<strong>le</strong>, et un<br />

conflit du travail. Toutefois, la participation à une manifestation<br />

politique ne justifie pas <strong>en</strong> soi un arrêt de travail.<br />

Pour que la participation à une grève des femmes<br />

justifie un arrêt de travail, certaines conditions doiv<strong>en</strong>t<br />

être remplies. En particulier, des rev<strong>en</strong>dications visant à<br />

améliorer <strong>le</strong>s conditions de travail doiv<strong>en</strong>t être adressées<br />

à l’employeur ou à l’organisation patrona<strong>le</strong> et des négociations<br />

doiv<strong>en</strong>t être <strong>en</strong>gagées à cette fin. En outre, <strong>le</strong><br />

syndicat concerné doit supporter <strong>le</strong> coût de la grève et ne<br />

pas rompre la paix du travail. Tout cela doit être préparé<br />

et évalué. <strong>syndicom</strong> t’y aidera.<br />

Discutez de la participation avec votre employeur. Si l’employeur<br />

ne vous disp<strong>en</strong>se pas de travail<strong>le</strong>r, pr<strong>en</strong>ez contact<br />

avec <strong>syndicom</strong>. <strong>syndicom</strong> éclaircira si <strong>le</strong>s conditions<br />

d’une grève léga<strong>le</strong> sont remplies et vous appuiera dans<br />

votre démarche. Mais évitez absolum<strong>en</strong>t des grèves sauvages,<br />

c’est-à-dire des arrêts de travail sans un souti<strong>en</strong><br />

syndical. Des sanctions re<strong>le</strong>vant du droit du travail pourrai<strong>en</strong>t<br />

<strong>en</strong> résulter. Annonce-toi auprès de ton secrétaire<br />

régional. Nous te fournirons idées et savoir-faire.


26 Loisirs<br />

Suggestions<br />

L’OIT, un <strong>le</strong>vier pour faire<br />

progresser <strong>le</strong>s droits sociaux<br />

L’Organisation internationa<strong>le</strong> du<br />

Travail (OIT), dont <strong>le</strong> siège se trouve<br />

à G<strong>en</strong>ève, fête ses 100 ans. Cette organisation<br />

reste <strong>le</strong> seul organisme<br />

tripartite du système onusi<strong>en</strong>, c’està-dire<br />

que <strong>le</strong>s travail<strong>le</strong>urs et <strong>le</strong>s<br />

travail<strong>le</strong>uses y ont une voix à part<br />

<strong>en</strong>tière, aux côtés des Etats et des<br />

employeurs. Pour Bernard Thibault<br />

dans son ouvrage La troisième guerre<br />

mondia<strong>le</strong> est socia<strong>le</strong>, paru <strong>en</strong> 2016,<br />

l’OIT peut et doit redev<strong>en</strong>ir un réel<br />

<strong>le</strong>vier pour faire progresser <strong>le</strong>s<br />

droits sociaux partout dans <strong>le</strong><br />

monde. Et l’auteur sait de quoi il<br />

par<strong>le</strong>. En effet, anci<strong>en</strong> secrétaire général<br />

de la Confédération généra<strong>le</strong><br />

du travail, il siège aujourd’hui au<br />

Conseil d’administration de l’OIT.<br />

Le 25 <strong>juin</strong> prochain, Mov<strong>en</strong>do et<br />

l’USS organis<strong>en</strong>t une journée<br />

d’étude à Berne sur l’OIT, son histoire,<br />

ses succès et ses perspectives.<br />

Parmi <strong>le</strong>s interv<strong>en</strong>ant(e)s, Anna<br />

Biondi, vice-directrice de l’OIT/AC-<br />

TRAV, Eva Maria Belser, professeure<br />

de droit constitutionnel à l’Université<br />

de Fribourg, Bernard Thibault et<br />

de nombreux syndicalistes et personnes<br />

<strong>en</strong>gagées dans la société<br />

civi<strong>le</strong>. Les représ<strong>en</strong>tants du Gouvernem<strong>en</strong>t<br />

et des Employeurs à l’OIT<br />

seront éga<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t prés<strong>en</strong>ts pour un<br />

podium de discussion avec <strong>le</strong> délégué<br />

des travail<strong>le</strong>urs Luca Cirigliano<br />

de l’USS.<br />

Un programme riche pour <strong>en</strong> appr<strong>en</strong>dre<br />

davantage sur l’OIT, mais<br />

éga<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t pour esquisser des pistes<br />

concrètes pour l’av<strong>en</strong>ir. L’OIT fut<br />

fondée <strong>en</strong> 1919, sous l’égide du Traité<br />

de Versail<strong>le</strong>s qui mettait fin à la<br />

Première Guerre mondia<strong>le</strong>. En 1919<br />

prévalait déjà l’idée de l’interdép<strong>en</strong>dance<br />

des nations. En 2019, <strong>le</strong> progrès<br />

social est indissociab<strong>le</strong> de l’internationalisme.<br />

L’histoire ici nous<br />

sert de bel<strong>le</strong> bousso<strong>le</strong>.<br />

Valérie Boillat/Mov<strong>en</strong>do<br />

Inscriptions sur www.mov<strong>en</strong>do.ch<br />

Les diverses batail<strong>le</strong>s<br />

d’un syndicaliste au cinéma<br />

Dans Nos Batail<strong>le</strong>s, Guillaume S<strong>en</strong>ez<br />

raconte une histoire insolite qui ressemb<strong>le</strong><br />

à Keepers, la première œuvre<br />

du cinéaste belge. Un jeune homme<br />

y devi<strong>en</strong>t soudain père.<br />

Cette fois-ci, nous accompagnons<br />

Olivier, qui se retrouve soudain père<br />

célibataire quand sa femme quitte<br />

<strong>le</strong> domici<strong>le</strong> du jour au l<strong>en</strong>demain.<br />

Nous n’<strong>en</strong> connaissons pas exactem<strong>en</strong>t<br />

<strong>le</strong>s raisons. Mais nous soupçonnons<br />

qu’el<strong>le</strong> voulait plus. Certainem<strong>en</strong>t<br />

plus d’att<strong>en</strong>tion. Peut-être<br />

plus de succès et plus d’arg<strong>en</strong>t. Olivier,<br />

interprété de façon convaincante<br />

par Romain Duris (L’Auberge<br />

espagno<strong>le</strong>), ne remarque ri<strong>en</strong> avant<br />

qu’il ne soit trop tard. Il est trop absorbé<br />

par son travail au sein de son<br />

<strong>en</strong>treprise, où il combat <strong>le</strong>s lic<strong>en</strong>ciem<strong>en</strong>ts<br />

et <strong>le</strong>s injustices comme représ<strong>en</strong>tant<br />

du personnel. La batail<strong>le</strong><br />

d’Olivier nous est racontée avec<br />

calme, sans pathos et tout <strong>en</strong><br />

nuances. Nous ress<strong>en</strong>tons une<br />

proximité avec <strong>le</strong>s personnages qui<br />

se démèn<strong>en</strong>t et sont tiraillés par<br />

<strong>le</strong>urs s<strong>en</strong>tim<strong>en</strong>ts. Le prix à payer est<br />

la partialité du récit. Le sombre<br />

drame du quotidi<strong>en</strong> n’est que brièvem<strong>en</strong>t<br />

interrompu par la visite de<br />

la jeune sœur d’Olivier.<br />

Ce discours unilatéral se révè<strong>le</strong><br />

éga<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t dans la représ<strong>en</strong>tation<br />

du travail syndical. El<strong>le</strong> contribue à<br />

ce que la vie d’Olivier s’effondre<br />

sans qu’il puisse changer quoi que<br />

ce soit dans son quotidi<strong>en</strong>. Et quand<br />

il célèbre un petit succès, il est ridiculisé.<br />

Nous savons que la vie (syndica<strong>le</strong>)<br />

ne se résume pas à des tons<br />

gris. El<strong>le</strong> peut aussi être aussi colorée.<br />

Il n’y a pas de fin heureuse dans<br />

<strong>le</strong> film. Mais il promet au moins une<br />

lueur d’espoir pour Olivier et ses<br />

deux <strong>en</strong>fants.<br />

Christian Capacoel<br />

Plus d’informations sur <strong>le</strong> film :<br />

www.movies.ch/fr/film/nosbatail<strong>le</strong>s/<br />

© Cinework4<br />

Dessins de Pressoir<br />

<strong>en</strong> hommage à André Paul<br />

Le dessinateur de presse Paul-André<br />

Perret, qui signait André Paul, sera<br />

l’hôte de la Maison du Dessin de<br />

Presse, à Morges (VD), du 1 er <strong>juin</strong> au<br />

27 octobre 2019. Ce sera l’occasion,<br />

lors du vernissage <strong>le</strong> premier jour de<br />

l’exposition, de fêter aussi <strong>le</strong>s dix<br />

ans de ce lieu d’exposition qui fait<br />

la part bel<strong>le</strong> aux caricaturistes et<br />

grands tal<strong>en</strong>ts du crayon de Suisse<br />

romande et d’ail<strong>le</strong>urs.<br />

Né au Loc<strong>le</strong>, <strong>le</strong> Neuchâtelois<br />

André Paul aurait eu 100 ans cette<br />

année. Il est décédé juste avant, <strong>en</strong><br />

2018. Ayant tout d’abord travaillé<br />

comme graphiste, il avait été formé<br />

à l’Eco<strong>le</strong> d’arts industriels de Bi<strong>en</strong>ne,<br />

puis à l’Eco<strong>le</strong> nationa<strong>le</strong> supérieure<br />

d’arts décoratifs de Paris. Il s’instal<strong>le</strong><br />

comme graphiste indép<strong>en</strong>dant<br />

après la guerre à Bi<strong>en</strong>ne et illustre<br />

des catalogues de grands magasins<br />

ou la publicité d’Omega. C’est depuis<br />

son installation à Lausanne dès<br />

1948 qu’il s’essaie au dessin de<br />

presse, d’abord à L’Illustré, puis au<br />

journal satirique Le bonJour de Jack<br />

Rollan.<br />

C’est surtout <strong>en</strong> tant que dessinateur<br />

de La Tribune de Lausanne, dev<strong>en</strong>ue<br />

Le Matin, qu’André Paul s’est<br />

fait connaître de 1958 aux années<br />

2000. Cette longévité <strong>en</strong> a fait un<br />

peu <strong>le</strong> père des dessinateurs romands.<br />

Ses personnages tout <strong>en</strong><br />

rondeurs paraissai<strong>en</strong>t chaque dimanche<br />

dans <strong>le</strong> journal. Mais on<br />

sait moins qu’il s’était aussi fait<br />

connaître comme illustrateur des<br />

San-Antonio, donnant ainsi un visage<br />

grassouil<strong>le</strong>t à Bérurier.<br />

Son dessin sans paro<strong>le</strong>s, reconnaissab<strong>le</strong><br />

au premier coup d’œil, au trait<br />

précis et presque sans retouches,<br />

s’associe bi<strong>en</strong> au terroir vaudois,<br />

aux vignes, pressoirs et pintes.<br />

Une c<strong>en</strong>taine de dessins originaux<br />

seront exposés.<br />

http://mddp.ch/2019/05/06/<br />

dessins-de-pressoir/<br />

© MDP


1000 mots<br />

Ruedi Widmer<br />

27


28 Evènem<strong>en</strong>ts A l’occasion du 1er mai 2019,<br />

<strong>syndicom</strong> était avec <strong>le</strong>s manifestants à G<strong>en</strong>ève, Zurich, Locarno, Thoune,<br />

Lausanne, Bi<strong>en</strong>ne et Bâ<strong>le</strong> pour relayer l’appel à la Grève des femmes <strong>le</strong><br />

<strong>14</strong> <strong>juin</strong> prochain. Pour concrétiser <strong>en</strong>fin l’égalité figurant depuis 1981 dans<br />

la Constitution !<br />

1<br />

3<br />

2<br />

4 5


1, 2. A G<strong>en</strong>ève, <strong>le</strong> cortège réclamant plus d’égalité, de justice socia<strong>le</strong>,<br />

de mesures pour <strong>le</strong> climat a réuni 2500 personnes, dont de nombreux<br />

membres de <strong>syndicom</strong>. (© Demir Sönmez)<br />

3. A Zurich, la plus grande manifestation du pays a réuni près de<br />

16 000 personnes. (© Nina Scheu)<br />

4. Sur la piazza grande à Locarno, <strong>le</strong>s femmes ont chanté pour réclamer<br />

justice ! (© Giovanni Va<strong>le</strong>rio)<br />

5. A Thoune, <strong>le</strong> climat et <strong>le</strong>s att<strong>en</strong>tes des jeunes étai<strong>en</strong>t au c<strong>en</strong>tre des<br />

discussions. (© Fabrizio D’Orazio)<br />

6. A Zurich, <strong>le</strong>s libraires ont aussi demandé de meil<strong>le</strong>urs salaires et<br />

horaires de travail. (© Dominik Dietrich)<br />

7, 8. A Lausanne, l’égalité était demandée par toutes <strong>le</strong>s générations.<br />

(© Sylvie Fischer)<br />

9. A Bi<strong>en</strong>ne, la fête était organisée sur <strong>le</strong> thème « Egalité salaria<strong>le</strong>.<br />

Point barre ! » (© Stefanie Fürst)<br />

10. A Bâ<strong>le</strong>, un patchwork annonce la grève des femmes. (© Frantisek Matous)<br />

29<br />

6<br />

7<br />

9<br />

8<br />

10


30<br />

Tranches<br />

de vie<br />

Féministe depuis l’<strong>en</strong>fance<br />

Après dix ans à la rédaction de Cooperazione,<br />

Isabella Visetti, née <strong>en</strong> 1968,<br />

travail<strong>le</strong> comme journaliste pour la RSI<br />

depuis 2013, où el<strong>le</strong> conduit actuel<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

l’émission « La consul<strong>en</strong>za » et <strong>le</strong><br />

cours de dia<strong>le</strong>cte radiophonique « Dia<strong>le</strong>tt<br />

in sacocia » dans <strong>le</strong> rô<strong>le</strong> de l’élève<br />

« gnüca » de Rete Uno. El<strong>le</strong> est membre<br />

du syndicat depuis 20 ans, a trois <strong>en</strong>fants<br />

et siège au comité de la Fédération<br />

des associations féminines tessinoises<br />

(FAFTPlus).<br />

Texte : Va<strong>le</strong>ria Camia<br />

Photo : Flavia Leu<strong>en</strong>berger Ceppi<br />

La journaliste Isabella<br />

Visetti a toujours<br />

combattu <strong>le</strong>s inégalités<br />

hommes/femmes.<br />

J’ai toujours été s<strong>en</strong>sib<strong>le</strong> aux questions<br />

de g<strong>en</strong>re. Bi<strong>en</strong> avant de rejoindre<br />

la Commission des femmes à<br />

Berne, d’adhérer au syndicat Comedia<br />

et de m’<strong>en</strong>gager pour <strong>le</strong>s droits<br />

des femmes à la fin des années 1990.<br />

Je dirais que la r<strong>en</strong>contre avec des<br />

féministes « radica<strong>le</strong>s » <strong>en</strong> Suisse alémanique<br />

et avec Barbara Bassi (alors<br />

secrétaire du syndicat Comedia/<strong>syndicom</strong>)<br />

a été fondam<strong>en</strong>ta<strong>le</strong> pour<br />

id<strong>en</strong>tifier <strong>le</strong> malaise que j’ai vécu et<br />

qui ne m’a plus jamais quittée.<br />

J’avais 9 ans. Je v<strong>en</strong>ais trouver ma<br />

grand-mère à Lugano et j’allais avec<br />

el<strong>le</strong> à la messe où j’ai vu des fil<strong>le</strong>ttes<br />

être <strong>en</strong>fants de chœur. C’était imp<strong>en</strong>sab<strong>le</strong><br />

dans <strong>le</strong>s églises de la Valsolda,<br />

où j’habitais. Il me semb<strong>le</strong> que<br />

c’était hier que <strong>le</strong> curé de ma paroisse<br />

a convoqué mes par<strong>en</strong>ts pour<br />

me dissuader de cette idée révolutionnaire,<br />

être une <strong>en</strong>fant de chœur.<br />

C’est à ce mom<strong>en</strong>t-là que ma <strong>lutte</strong><br />

pour l’égalité <strong>en</strong>tre <strong>le</strong>s hommes et <strong>le</strong>s<br />

femmes a comm<strong>en</strong>cé.<br />

Plus tard, mon combat a porté sur<br />

l’égalité salaria<strong>le</strong>, l’équilibre famil<strong>le</strong>/<br />

travail, <strong>le</strong>s droits des mères qui travaill<strong>en</strong>t<br />

et <strong>le</strong> travail à temps partiel<br />

uniquem<strong>en</strong>t pour <strong>le</strong>s femmes. « Comm<strong>en</strong>t<br />

vas-tu t’organiser <strong>en</strong>tre ton métier<br />

et la prise <strong>en</strong> charge de ton <strong>en</strong>fant<br />

? » J’ai eu la chance de vivre à<br />

Berne et à Bâ<strong>le</strong>, où j’ai travaillé pour<br />

l’hebdomadaire Cooperazione. J’ai<br />

déménagé <strong>en</strong> Suisse quand mon fils<br />

aîné avait un peu plus d’un an : j’ai<br />

trouvé un climat moins stéréotypé <strong>en</strong><br />

matière de par<strong>en</strong>talité, peut-être à<br />

cause d’un modè<strong>le</strong> familial moins<br />

patriarcal.<br />

Je respecte <strong>le</strong> féminisme âpre et<br />

critiquant l’action masculine, mais<br />

je crois <strong>en</strong> un féminisme plus intégratif<br />

(sans que cela n’aboutisse à<br />

des positions plus « soft » sur <strong>le</strong>s<br />

droits et l’égalité). Etre féministe,<br />

c’est forcém<strong>en</strong>t déranger, car dénoncer<br />

la faib<strong>le</strong> prés<strong>en</strong>ce des femmes au<br />

pouvoir politique ou dans <strong>le</strong>s médias,<br />

c’est heurter <strong>le</strong> monde masculin.<br />

Mais <strong>le</strong> féminisme dont je suis<br />

porte-paro<strong>le</strong> s’adresse à la société<br />

dans son <strong>en</strong>semb<strong>le</strong> et veut r<strong>en</strong>dre<br />

tout <strong>le</strong> monde plus heureux.<br />

Je suis féministe parce que l’égalité<br />

des chances est un droit fondam<strong>en</strong>tal,<br />

mais aussi parce qu’el<strong>le</strong><br />

offre un avantage à la société tout <strong>en</strong>tière<br />

: voulons-nous vraim<strong>en</strong>t r<strong>en</strong>oncer<br />

aux compét<strong>en</strong>ces, aux tal<strong>en</strong>ts,<br />

aux ressources, au point de vue des<br />

femmes?<br />

Je suis fière du travail accompli<br />

par la FAFTPlus et des résultats obt<strong>en</strong>us<br />

par la campagne #iovotodonna<br />

lors des dernières é<strong>le</strong>ctions cantona<strong>le</strong>s,<br />

dont <strong>le</strong> succès ne se mesure<br />

pas seu<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t <strong>en</strong> nombre de sièges.<br />

La s<strong>en</strong>sibilisation à l’égalité <strong>en</strong>tre <strong>le</strong>s<br />

sexes comme indice de la santé<br />

d’une démocratie est un défi important<br />

et non <strong>en</strong>core achevé.<br />

http://faftplus.ch/


Impressum<br />

Rédaction : Sylvie Fischer, Oliver Fahrni, Giovanni<br />

Va<strong>le</strong>rio, Marie Cheval<strong>le</strong>y<br />

Courriel : redaction@<strong>syndicom</strong>.ch<br />

Traductions : A<strong>le</strong>xandrine Bieri, Laur<strong>en</strong>ce Strasser<br />

Illustrations, dessins de portrait : Katja Leudolph<br />

Images sans © : mises à disposition<br />

Layout, correction, imprimerie : Stämpfli AG,<br />

Wölflistrasse 1, 3001 Berne<br />

Changem<strong>en</strong>ts d’adresse : <strong>syndicom</strong>, gestion<br />

des adresses, Monbijoustrasse 33, case posta<strong>le</strong>,<br />

3001 Berne. Tél. 058 817 18 18, fax 058 817 18 17<br />

Annonces : priska.zuercher@<strong>syndicom</strong>.ch<br />

Commande d’abonnem<strong>en</strong>ts : info@<strong>syndicom</strong>.ch<br />

Le prix de l’abonnem<strong>en</strong>t est inclus dans la cotisation<br />

de membre. Non-membres : Fr. 50.– (Suisse),<br />

Fr. 70.– (étranger)<br />

Editeur : <strong>syndicom</strong> – syndicat des médias<br />

et de la communication, Monbijoustr. 33,<br />

case posta<strong>le</strong>, 3001 Berne<br />

Le <strong>magazine</strong> <strong>syndicom</strong> paraît six fois par an.<br />

Le numéro 12 paraîtra <strong>le</strong> 30.8.2019.<br />

Délai rédactionnel pour <strong>le</strong> prochain numéro :<br />

<strong>le</strong> 22.7.2019.<br />

31<br />

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 <strong>11</strong> 12 13 <strong>14</strong> 15<br />

I<br />

II<br />

3<br />

III<br />

5<br />

IV<br />

V<br />

VI<br />

7 2<br />

VII<br />

VIII<br />

IX<br />

X<br />

6 4<br />

1<br />

S<br />

S<br />

Mot mystère :<br />

DÉFINITIONS<br />

1 2 3 4 5 6 7<br />

Horizonta<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t : I. Plus de la moitié.<br />

II. Premier Japonais. Rude. Coups<br />

gagnants. III. Attaches. Dans <strong>le</strong>s mers<br />

ou dans <strong>le</strong> réseau. IV. Deux parmi <strong>le</strong>s<br />

gladiateurs. Gomme pour la ligne<br />

blanche. Vieil<strong>le</strong> clé. Go home ! V.<br />

Prépar<strong>en</strong>t <strong>le</strong> <strong>14</strong> <strong>juin</strong>. Si<strong>en</strong>ne. VI. Entre<br />

la 1 ère et la <strong>11</strong> e . Voiture de Templar. VII.<br />

Stupéfia. Option. Aiguisé. VIII. Famil<strong>le</strong><br />

sans mère. Déchaîner. IX. Î<strong>le</strong> verte.<br />

Bingo. Première dame. X. Petit rev<strong>en</strong>u<br />

français. Posée. Gonflés.<br />

Vertica<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t : 1. Liberté d'expression.<br />

2. Vocifère. B<strong>le</strong>u, brun ou vert. 3. Pour<br />

<strong>le</strong> plaisir. Dénigrera. 4. Ni el<strong>le</strong>, ni lui. 5.<br />

Pas de problème. Embal<strong>le</strong> <strong>le</strong> sushi. 6.<br />

Repère sur la toi<strong>le</strong>. Gym statique. 7.<br />

D'amour ou de froid. Roulés. 8.<br />

Ligature du curriculum vitae. Saisons<br />

de Cérès. Poêlé. 9. Grands gamins. 10.<br />

A la télé <strong>en</strong> Italie ou au Maghreb.<br />

Réfléchi. Eis<strong>en</strong>hower. <strong>11</strong>. Presque<br />

blanc. On <strong>en</strong> connaît la reine. 12. Petits<br />

trous. Désigne. 13. Situé au Levant.<br />

Des femmes ou des salades peuv<strong>en</strong>t<br />

l'être. <strong>14</strong>. Obt<strong>en</strong>u. <strong>14</strong> <strong>juin</strong> 2019. 15.<br />

Mug. Périodes.<br />

Les mots croisés<br />

Le·la gagnant·e, dont <strong>le</strong> nom paraîtra<br />

dans <strong>le</strong> prochain <strong>magazine</strong>, recevra un<br />

carte cadeau Coop offerte par notre<br />

part<strong>en</strong>aire Coop. Prière d’<strong>en</strong>voyer votre<br />

solution (<strong>le</strong> mot-mystère seu<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t)<br />

jusqu’au 22 juil<strong>le</strong>t 2019 à<br />

Rédaction <strong>syndicom</strong>,<br />

Monbijoustrasse 33,<br />

case posta<strong>le</strong>, 3001 Berne.<br />

Le gagnant du dernier mots croisés<br />

La solution du mots croisés du<br />

<strong>magazine</strong> <strong>syndicom</strong> 10/2019 était<br />

« rev<strong>en</strong>u ».<br />

Le gagnant est Monsieur Gilbert Grin de<br />

Vucher<strong>en</strong>s (VD).<br />

Il recevra une Hotelcard de notre<br />

part<strong>en</strong>aire Hotelcard.<br />

Cha<strong>le</strong>ureuses félicitations !<br />

Annonce<br />

« Je veux une<br />

vie meil<strong>le</strong>ure. »<br />

Votre don aide à sortir<br />

de la pauvreté<br />

Agir, tout simp<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t<br />

Aider maint<strong>en</strong>ant par un don de 10 francs par SMS : « PAUVRETE 10 » au 227


32<br />

Mes raisons de<br />

m’<strong>en</strong>gager<br />

Pourquoi je ferai grève <strong>le</strong> <strong>14</strong> <strong>juin</strong><br />

Gloria Casas, 34 ans,<br />

assistante à l’université<br />

« Je ferai grève car <strong>le</strong>s femmes<br />

travaill<strong>en</strong>t <strong>le</strong> doub<strong>le</strong> des hommes<br />

mais gagn<strong>en</strong>t la moitié, subiss<strong>en</strong>t<br />

des viol<strong>en</strong>ces machistes au travail,<br />

à la maison et dans l’espace public.<br />

On veut que cela change, pour<br />

obt<strong>en</strong>ir une égalité réel<strong>le</strong>. »<br />

Annick, 62 ans,<br />

infirmière pédiatrique<br />

« Je veux <strong>lutte</strong>r pour l’égalité, pour<br />

<strong>le</strong>s jeunes et <strong>le</strong>s petites fil<strong>le</strong>s, ri<strong>en</strong><br />

n’est acquis, et <strong>en</strong> solidarité avec<br />

<strong>le</strong>s femmes du monde <strong>en</strong>tier. »<br />

Talissa Rodriguez, 31 ans,<br />

travail<strong>le</strong>use socia<strong>le</strong><br />

« Pour la reconnaissance du<br />

travail invisib<strong>le</strong> et non rémunéré<br />

que pr<strong>en</strong>n<strong>en</strong>t <strong>en</strong> charge <strong>le</strong>s<br />

femmes et qui est un travail<br />

monstre. »<br />

Maude Rampazzo, 35 ans,<br />

assistante de proximité<br />

« Pour abolir <strong>le</strong> privilège des<br />

hommes blancs<br />

cinquant<strong>en</strong>aires, <strong>en</strong><br />

général. »<br />

Regina Frei, 24 ans, libraire<br />

« La grève des femmes représ<strong>en</strong>te<br />

pour moi la chance, <strong>en</strong><br />

tant que travail<strong>le</strong>use d’un secteur<br />

à bas salaires, d’attirer<br />

l’att<strong>en</strong>tion sur cette situation<br />

et de me solidariser aussi avec<br />

d’autres femmes. »<br />

Elisa Turtschi, 30 ans,<br />

conseillère juridique<br />

« Je ferai grève pour <strong>le</strong>s<br />

mêmes raisons que ma<br />

mère <strong>en</strong> 1991, car ri<strong>en</strong> n’a<br />

changé. »<br />

Schira Netser, 36 ans,<br />

libraire<br />

« Je trouve incroyab<strong>le</strong>m<strong>en</strong>t <strong>en</strong>courageant<br />

de pouvoir s’<strong>en</strong>gager solidairem<strong>en</strong>t<br />

avec d’autres femmes<br />

pour de bonnes conditions de travail<br />

et pour l’égalité <strong>en</strong>tre hommes<br />

et femmes. »<br />

Brigitte Hürlimann,<br />

56 ans, journaliste<br />

« Je manifesterai <strong>le</strong> <strong>14</strong> <strong>juin</strong><br />

pour r<strong>en</strong>dre <strong>le</strong>s femmes visib<strong>le</strong>s<br />

et pour qu’on <strong>le</strong>s <strong>en</strong>t<strong>en</strong>de.<br />

Afin de montrer que<br />

l’égalité n’est <strong>en</strong>core de loin<br />

pas réalisée. Malheureusem<strong>en</strong>t.<br />

»<br />

D<strong>en</strong>ise Geraci, 50 ans,<br />

employée à La Poste.<br />

« Je manifesterai <strong>le</strong> <strong>14</strong> <strong>juin</strong><br />

car je veux que <strong>le</strong>s femmes<br />

soi<strong>en</strong>t prés<strong>en</strong>tes là où sont<br />

prises <strong>le</strong>s décisions importantes<br />

pour notre société. »<br />

Maria Luisa Gardoni, consultante<br />

cli<strong>en</strong>ts PostShop, 48 ans<br />

« Je participe à la grève des femmes<br />

parce qu’<strong>en</strong>core aujourd’hui, quand une<br />

femme pr<strong>en</strong>d la paro<strong>le</strong>, cela n’a pas <strong>le</strong><br />

même poids que lorsque c’est un homme<br />

qui s’exprime. En outre, nous devons être<br />

la voix et <strong>le</strong> visage de ces femmes qui par<br />

<strong>le</strong> monde ne peuv<strong>en</strong>t s’exprimer librem<strong>en</strong>t<br />

et sont persécutées <strong>en</strong> raison de<br />

<strong>le</strong>ur sexe. »

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