The Red Bulletin Juin 2019

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Une technique simple pour

évacuer le stress

Rétention

(apnée poumons vides)

6 sec

Inspiration

(par le nez)

6 sec

6 sec

Expiration

(par la bouche)

6 sec

Rétention

(apnée poumons pleins)

La respiration carrée fait partie des exercices

standard de respiration issus du yoga Pranayama

(la discipline du souffle). Mary Jane Paula :

« Ça apaise en l’espace de quelques secondes.

Même pendant une réunion éprouvante. »

l’exercice (inspiration et expiration)

cinq fois de suite. Puis on

termine avec une dernière longue

inspiration. Avant de plonger.

À la fin de la formation théorique,

Paula me montre une vidéo

de démonstration dans laquelle on

voit un homme au corps athlétique

et musclé se mouvoir élégamment

le long d’un filin vers les abysses,

jusqu’à ce qu’il disparaisse dans les

ténèbres. « C’est de l’apnée en immersion

libre, me dit Paula. C’est

ce que tu vas faire maintenant. »

J’essaie de sourire avec assurance.

Le voyage en avion, long et

éprouvant, les sept heures de décalage

horaire, ma piètre tentative

pour retenir mon souffle… tous

ces mauvais souvenirs s’évanouissent

quand j’arrive pour la première

fois sur la rive du lac Barracuda,

notre QG sur l’île de Coron,

à dix minutes en bateau à moteur

au sud de Coron Town (qui, elle,

ne se trouve pas sur l’île de Coron,

logique, non ?).

« Ton cerveau te dit que tu ne peux

pas descendre plus bas, dit Paula

en se tapotant le front. Alors tu

dois te rebeller contre lui. »

De l’eau transparente et

turquoise émergent d’impressionnantes

falaises

de calcaire noir. Chaque

photo prise ici a le potentiel d’une

carte postale. Les plongeurs débutants

bénéficient des conditions

les plus favorables : une eau à

28 °C et une vue dégagée jusqu’à

14 mètres de fond. J’enfile tant

bien que mal la combinaison en

néoprène qui me boudine, je nettoie

mes lunettes de plongée avec

de la salive comme Paula me l’a

montré et je me jette à l’eau. Paula

tire une bouée orange derrière

elle. Notre base de plongée. À

l’autre bout pend un câble de

trente mètres de long que Paula

leste lorsque nous atteignons le

milieu du lac.

L’une des qualités de notre

coach, c’est qu’avec elle, les élèves

n’ont ni le temps ni l’occasion

d’avoir des doutes. « On y va »,

lance-t-elle à la ronde. Pour mon

premier essai, je progresse le long

du filin vers les profondeurs marines,

pieds devant. Paula plonge

à côté de moi. Deux longueurs de

bras, une manœuvre d’équilibrage.

Et un eurêka : réalisée de

manière préventive, la manœuvre

d’équilibrage permet d’éviter que

les oreilles ne se bouchent. La vue

sous l’eau est fantastique : des parois

rocheuses vertigineuses recouvertes

de mousse toute verte.

Et pas de méduse dans les parages.

En rejoignant la surface, un

sentiment de fierté m’inonde. J’ai

dû plonger très profondément.

« Quatre mètres », me dit Paula en

me montrant l’écran de son ordinateur

de plongée qu’elle porte au

poignet gauche.

Nous changeons de discipline et

passons au poids constant (c’està-dire

sans câble). L’immersion

libre avec les palmes est la technique

idéale pour faire des virées

découverte pendant les vacances.

Au lieu de m’agripper à la bouée

pour faire le breath-up, je fais ma

préparation en barbotant dans

l’eau, avec mon tuba. On s’enfonce

dans l’eau à la manière d’un

canard (ou duck dive).

La technique : incliner le haut

du corps à 90 ° vers le bas, allonger

le corps et glisser dans les profondeurs

avec de légers coups de

palme. Sauf que dans la pratique,

après avoir plongé sous l’eau, j’oublie

le rythme de nage. La tête et

le torse sont immergés, les jambes

gigotent dans l’air. J’ai l’air d’un

idiot. Une fois encore, Paula vient

à ma rescousse avec sa ferme décontraction.

Sous l’eau, elle corrige

la position de mes jambes et

m’encourage à rester immergé

quand je m’apprête à retourner à

la surface. Je préfère nettement la

plongée le long du câble. À la fin

de la journée, j’atteins les dix

mètres de profondeur. Bien plus

que ce que j’aurais imaginé. Mais

encore loin de mon objectif.

« Le premier jour, on a fait de la

technique, reprend Paula sur le

ponton. Demain, nous allons lancer

un défi à ta volonté. » Quand

je lui dis que je ne me sens pas

capable de plonger à 20 mètres,

Paula balaye mon objection en me

racontant son histoire. « Jusqu’en

2014, je ne savais pas nager. J’ai

rencontré mon mari à cette

époque, un moniteur de plongée

en apnée. Je l’ai regardé faire, et

je me suis demandé pourquoi moi

aussi je ne pourrais pas, puisque

lui le pouvait ? Nous sommes tous

les deux des êtres humains… »

En 2015, cinq mois après avoir

démissionné de son poste de

comptable, avoir appris à nager et

s’être entraînée comme une forcenée,

elle établit le record national

pour les dames dans la catégorie

« poids constant », avec

32 mètres. « Ton cerveau te persuade

que tu ne peux pas aller

plus loin, dit-elle en se tapotant le

front. Mais tu dois te rebeller

contre lui. Ne pense pas aux

chiffres, mais à ta respiration.

Cela t’aidera à te détendre. »

Le lendemain, 4 h 15. Assis en

tailleur dans mon lit (ah, les bienfaits

du jetlag…), je fais mes exercices

de respiration. Durant leurs

entraînements, les apnéistes

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