le magazine CNC, été 2019

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Le savoir donne du pouvoir

Le projet WildPaths Maritimes dépend de l’aide

de bénévoles, comme Adam, qui parcourent

les routes du sud-est du Nouveau-Brunswick

et enregistrent leurs observations d’animaux

(morts ou vivants) dans une application

mobile puissante appelée iNaturalist. L’objectif

ultime du projet est de déterminer les routes

de l’isthme de Chignectou — une bande de

terre étroite reliant le Nouveau-Brunswick

et la Nouvelle-Écosse — qui présentent les

plus importants obstacles et dangers pour

le déplacement de la faune. Ensuite, les

scientifiques peuvent s’affairer à trouver les

solutions les plus sécuritaires pour les

animaux et la population.

« L’isthme est un lien essentiel pour une

grande diversité d’animaux », précise Paula

Noel, directrice de programmes à CNC pour le

Nouveau-Brunswick. « Sa géographie en fait

un goulot d’étranglement naturel pour la vie

sauvage. L’espace y est encore plus restreint

maintenant, en raison des routes, du développement

urbain, de l’agriculture et des activités

de foresterie. » Mme Noel ajoute que si les

scientifiques pouvaient déterminer où les animaux

sont plus enclins à traverser les routes,

des outils d’atténuation, comme des ponceaux

ou des clôtures, pourraient être installés.

« Cela améliorerait la sécurité des animaux et

de la population sur ces routes. Voilà où les

bénévoles et iNaturalist jouent un rôle crucial

», explique-t-elle, en ajoutant que les données

recueillies par les bénévoles seront envoyées

au ministère provincial des Transports.

Cela peut aider à déterminer où sont les problèmes.

Dans certains cas, CNC peut protéger

les habitats naturels et travailler avec la Province

pour trouver des moyens d’atténuer

ces problèmes.

Au-delà de la valeur de l’isthme de

Chignectou en tant que corridor naturel, la

région de Moncton/Dieppe/Shédiac (partie

ouest de l’isthme) attire l’attention, car c’est la

communauté du Canada atlantique qui croît le

plus rapidement à l’heure actuelle. Or, la croissance

économique se traduit souvent par une

expansion urbaine vers les zones périphériques.

CNC veut s’assurer que les futurs plans

de développement tiennent compte de l’importance

de la conservation des milieux naturels

pour les déplacements des espèces sauvages.

Si les habitats de l’isthme qui assurent

la connectivité disparaissent, plusieurs espèces

de la Nouvelle-Écosse, comme l’orignal,

perdront leur lien avec le reste du continent.

Cela pourrait réduire leur diversité génétique.

« Nous avons la chance de faire une différence

maintenant, nous dit Paula Noel. Pendant

qu’il reste encore des habitats, nous pouvons

créer un réseau d’aires protégées. Des

données scientifiques, comme celles récoltées

par le bénévole Adam Cheeseman, contribuent

à une planification intelligente du réseau

routier et de l’utilisation du territoire.

Cela permettra à la faune de traverser les

routes de façon sécuritaire. »

Le projet WildPaths Maritimes, qui a été

inspiré par WildPaths Vermont, fait partie de

l’initiative internationale Staying Connected

Initiative (SCI). SCI est une coalition d’organisations

du nord-est des États-Unis et du

sud-est du Canada qui travaille à protéger les

corridors fauniques. Les partenaires de SCI

au Québec, dont CNC, gèrent deux projets :

Carapace.ca, qui collige des données sur les

tortues observées le long des routes et Stop

Carcasses, qui travaille aussi sur les principaux

endroits où traverse la faune. Ces projets

se trouvent sur l’application iNaturalist

et donnent à tous la possibilité de s’inscrire

pour y ajouter des observations.

« La collecte de données devient particulièrement

importante à mesure que le climat

change, causant des déplacements des habitats

naturels, mentionne Paula.Noel. Nous

voyons déjà des espèces se déplacer au nord

de leur aire de répartition habituelle. »

Des contributions

à l’échelle mondiale

À quelques dizaines de mètres de la route,

Adam Cheeseman aperçoit la courbe d’une

piste dans les hautes herbes foulées. Il est

évident qu’un petit animal traverse régulièrement

la route à cet endroit. De l’autre côté de

la route, là où la piste se poursuit dans la forêt,

il me fait remarquer un petit tas d’excréments

de coyote.

« Avant d’entreprendre cet inventaire, je

n’avais pas remarqué toute l’activité sur les

routes », dit Adam. « Maintenant, je la vois

selon la perspective d’un animal. Imaginez

comme il doit être difficile de traverser; le

bruit, la vitesse des voitures, les odeurs...

Tant de distractions sensorielles à décoder

pour traverser une seule voie asphaltée.

Nous oublions les impacts que nous avons

sur notre environnement. »

Adam a surtout trouvé des traces de mammifères

de petite et moyenne taille, mais il

a également vu des cerfs disparaître dans

les bois, des traces et des excréments d’orignaux,

ainsi qu’une variété d’amphibiens,

d’insectes, d’oiseaux qui n’ont pas survécu à

la traversée.

Devant nous, une tache de couleur attire

son attention; il se penche pour examiner un

papillon mort. Il en prend une photo avec sa

tablette en utilisant iNaturalist. L’application

enregistre automatiquement la date et la localisation

et compare la photo d’Adam avec

sa base de données. L’application retourne

une liste de suggestions pour aider Adam à

identifier le papillon : c’est un vice-roi. Il sauvegarde

ses données puis signale son observation

à WildPaths Maritimes, qui classe les

observations spécifiques à cette aire géographique,

tout en les incluant dans la base de

données mondiale. Le travail d’Adam est important

bien au-delà de cette région.

Les observations téléversées dans iNaturalist

sont d’abord classées « non officielles »,

jusqu’à ce que deux experts les vérifient

et leur attribuent le « calibre recherche ».

L’information peut dès lors être utilisée par

des bases de données d’importance comme

le Centre de données sur la conservation

du Canada atlantique et le système Global

Biodiversity Information Facility. En quelques

clics, l’observation du vice-roi d’Adam fait

maintenant partie d’une base de données

utilisée par les scientifiques à travers le

monde. Autrefois réservées aux expéditions

sur le terrain menées par les musées et les

scientifiques, les observations d’espèces

nouvelles et d’intérêt peuvent maintenant

être enregistrées par toute personne équipée

d’un téléphone intelligent.

ISTOCK. INATURALIST.

10 ÉTÉ 2019 conservationdelanature.ca

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