The Red Bulletin Juin 2019

online.magazines

FRANCE

JUIN 2019

HORS DU COMMUN

Votre magazine

offert chaque

mois avec

DIABLO

Le danseur venu d’ailleurs


ÉDITORIAL

LA PROMESSE

D’UN BARBECUE

« Dans ce cas-là, j’ramène tous mes amis ! » Extraite du

fameux Tonton du Bled du groupe 113, cette phase du

rappeur Rim’K, on aurait pu l’entendre de la bouche de

Diablo. Quand The Red Bulletin lui propose une cover

story, le danseur se montre enthousiaste, mais veut

convier ses potes, ceux qui ont contribué à sa réussite et

l’ont toujours soutenu. « Venez chez moi, à Nice, je dirai

à tout le monde de se pointer : on va faire un barbecue,

il y aura du son, des MC’s, des danseurs, des motos… »

CONTRIBUTEURS

NOS ÉQUIPIERS

HEIKO

LASCHITZKI

Dans le monde de l’art, le photographe

berlinois est connu pour

ses portraits de célébrités et ses

photos backstage lors des défilés

de mode. Mais la passion secrète

de Heiko est la plongée et les

voyages en Asie du sud-est. Pour

notre sujet sur l’apnée dédiée aux

débutants, nous l’avons envoyé à

Coron, aux Philippines. « C’était

dur de ne pas être distrait par la

beauté de cet endroit », dit-il. On

le croit… Plongez en page 36

Chris Saunders (droite) a shooté des crews de danseurs dans son pays

d’origine, l’Afrique du Sud, et se pointe à Nice pour s’occuper de Diablo.

Du littoral, la mission se prolonge dans le quartier du danseur. Page 24

Diablo tiendra sa promesse (barbecue compris) et un

mois plus tard, c’est une journée en immersion dans son

quartier des Moulins que nous avons la chance de vivre.

Une ambiance authentique pour un shooting photo

mémorable. Et pour connaître l’histoire d’un street

dancer parmi les plus doués de sa génération.

Lisez plus !

Votre Rédaction

MARK

BAILEY

Le journaliste anglais a interviewé

des athlètes olympiques et des

joueurs de foot de la Premier

League, mais il a été choqué par la

charge de travail physique et la

force des danseurs du Royal Ballet

de Londres, page 64. « Je les ai vus

sacrifier leur journée entière dans

une quête de perfection artistique,

mais sur scène, ils rendent cela

facile, dit-il. Et ils vont danser en

club même si leurs pieds sont

défoncés. Respect ! »

CHRIS SAUNDERS (COUVERTURE)

4 THE RED BULLETIN


SOMMAIRE

juin

REPORTAGES

24 Le phénomène

Pour notre sujet de une, le danseur Diablo a convié une clique

de talents aux Moulins, à Nice. Sur son terrain, bien urbain.

36 Nos aptitudes profondes

Notre collaborateur a bougé aux Philippines pour s’initier à

l’apnée. 48 heures pour atteindre 20 mètres : y parviendra-t-il ?

48 Construire le possible

L’île aux trésors de Josh Matlock, ce sont des terrains vagues de

San Francisco sur lesquels il crée du bonheur : des skateparks.

54 Chelcee Grimes

Des hits ou des buts, l’artiste et footballeuse anglaise Chelcee

Grimes fait ça bien. Un profil rare qui sait se démultiplier.

58 Le crack ou le jeu

Ce playground a probablement évité à une bande de potes de tomber

dans la came. Trente ans plus tard, tout New York s’y presse.

64 À la pointe

Au Royal Ballet de Londres, au-delà des tutus et des collants,

on a découvert un monde en pleine révolution technologique.

36

54

BULLEVARD

Un mode de vie

hors du commun

8 Elles font danser vos illusions

12 Ce chien robot vous livrera chez

vous, en « mains propres »

14 Une kayakiste dans un trip solo

en Inde. Et un chameau aussi

16 Ces retraités préfèrent le

skateboard à la canne tripode

18 Les racines de Cherrie, reine

indépendante du R’n’B

20 Les chercheurs sous-marins vont

pouvoir se reposer au sec

22 Une playlist apocalyptique

GUIDE

Voir. Avoir. Faire.

76 Voyage : mettez les voiles !

80 Fitness : musclé et vert… Hulk ?

82 Gaming : Apex Legends analysé

84 Red Bull TV : restez branché

85 Agenda : pour ne rien louper

86 Agenda 2 : Red Bull Jour d’Envol

90 Hi-tech : sensations améliorées

96 Ours : ils et elles font le TRB

98 Makes you fly : drapeau humain

STEPHANIE SIAN SMITH, HEIKO LASCHITZKI, RICK GUEST

6 THE RED BULLETIN


64

THE RED BULLETIN 7


UN STYLE DE VIE HORS DU COMMUN

BULLEVARD


La danseuse Dassy Lee

est l’une des héroïnes de

l’hallucinante vidéo tournée

à Tricklandia en Slovaquie.

VLADIMIR LORINC/RED BULL CONTENT POOL

Trompe-l’œil

L’ILLUSION D’UNE DANSE

Trois icônes de la street dance dans un projet hallucinant.

A priori, tout sépare

l’univers de la street dance,

née à New York, de celui

des contes folkloriques slovaques.

On pourrait donc en

toute logique s’étonner de la

décision de Marcel Valko,

alias MiniBOJ (directeur artistique

d’une compagnie de

danse et de la marque de

streetwear The Legits) de

tourner sa vidéo dans un

décor de conte de fées en

Slovaquie. Tricklandia est

un lieu à mi-chemin entre

galerie d’art moderne et parc

d’attractions, un monde imaginaire

conçu autour d’histoires

et de mythes de villages

et de châteaux ; un jeu

entre artistes et public élaboré

pour leurrer les visiteurs.

9


B U L L E V A R D

Kyoka Yamamoto défie l’apesanteur dans la pièce renversée.

C’est lors d’une visite dans

ce lieu onirique que l’idée

d’une vidéo de danse germe

dans l’esprit du réalisateur

slovaque. À son invitation,

Dassy Lee (Corée), Angyil

McNeal (USA) et Kyoka

Yamamoto ( Japon), trois

danseuses de street freestyle

parmi les meilleures au

monde, traversent la planète

pour découvrir à leur tour cet

endroit fait d’illusions et y

chorégraphier des scénarios

déroutants. Une performance

en vidéo où réel et illusion se

confondent au point de faire

perdre la tête au spectateur.

The Red Bulletin s’est entretenu

avec Marcel « MiniBOJ »

Valko et la danseuse Dassy Lee

à propos de leur processus de

création et du rayonnement

de la street dance auprès

d’une audience féminine.

the red bulletin : Marcel,

en quoi le cadre de Tricklandia

vous a-t-il inspiré ?

marcel : J’ai d’abord découvert

l’endroit avec mes

« MÊME LE

STAFF DU

TOURNAGE

PERDAIT

L’ÉQUILIBRE. »

enfants. Ici, l’abondance d’éléments

visuels est incroyable.

Quand je filme, je tends le

plus possible vers l’étrange,

et un lieu comme ça est rare.

L’occasion était trop belle.

Comment s’est passé le

tournage dans ce lieu

unique et surréaliste ?

dassy : Ça restera une expérience

géniale. D’innombrables

pièces bougent autour

de vous dans une ambiance

délirante. Y danser ne fut

cependant pas facile. Tout se

reflète, je heurtais les murs

parce que j’étais désorientée,

au point d’en avoir la nausée.

m : En traversant les pièces,

les effets d’optique donnent

le vertige. On a l’impression

d’être attiré au sol, sans

repères. L’une des pièces était

renversée, une autre recouverte

de miroirs… Même le

staff du tournage perdait

l’équilibre. Il y a aussi la Pièce

sans fin, nous savions qu’elle

serait idéale pour une session

de popping, mais capturer

toute cette folie à la caméra

fut un gros défi.

C’est quoi le popping ?

d : Une danse de rue sollicitant

tous les muscles du corps

pour être dans le beat jusqu’à

en devenir très robotique

parfois.

m : La plupart des gens ne font

pas la différence entre popping

et hip-hop. Ce n’est pas

évident quand on n’est pas

initié. Le popping est, à mon

avis, bien plus difficile que le

La vidéo de Valko exploite les installations trompeuses du lieu.

break à cause de cette contraction

de muscles qui en est la

base. Vous pouvez pratiquer

le popping à fond pendant

tout un mois sans forcement

progresser. Avec le break, vous

répétez un pas de base en six

étapes et vous le maîtrisez

plus ou moins en un mois.

Avec le popping, on s’entraîne

inlassablement sans que les

résultats soient visibles.

Quelle place la musique

tient-elle dans votre processus

de création ?

m : C’est le plus important.

Une fois que j’ai la musique,

je peux envisager tout le reste.

Elle inspire tout ce que je

filme. Pour cette vidéo, c’était

différent. Cet endroit fou a

dicté ma vision, il ne manquait

plus qu’à trouver la

bonne musique.

d : Il est important d’avoir

un timing qui évolue en permanence

et un rythme marqué.

Tout est dans l’utilisation

du corps pour créer une relation

authentique avec le son.

Le choix de trois danseuses

dans la vidéo était-il important

?

m : Ces filles sont la crème

du popping, meilleures que

la plupart des garçons. Elles

ont assuré.

d : La street dance est majoritairement

un univers de

garçons, les filles y sont peu

présentes. C’était génial

d’avoir des femmes puissantes

avec différents styles de danse

dans une même vidéo. Répéter

ce genre d’expérience peut

inciter d’autres filles à s’y

mettre et leur montrer que les

styles féminins sont multiples.

La performance complète

de Tricklandia à voir sur

redbull.com

VLADIMIR LORINC/RED BULL CONTENT POOL LOU BOYD

10 THE RED BULLETIN


LG XBOOM, vivez l’intensité du son

Des enceintes fun, festives et puissantes pour offrir une expérience

sonore unique. Découvrez le son exceptionnel de la gamme XBOOM

qui accompagnera tous vos moments de fête !

En tant que partenaire de l’événement,

LG accompagnera toutes les étapes

du Red Bull Dance Your Style 2019.

Go


B U L L E V A R D

ANYmal sait tout faire

comme un quadrupède

: monter et descendre

des marches,

enjamber un obstacle,

pousser un portail.

Et même actionner

une sonnette…

Chien livreur

ANYMAL-

MACHINE

D’ici 2025, ces robots pourraient

bien livrer nos paquets sans que

nous ayons à lever le petit doigt.

C e charmant Petit

animal robotisé ne cherche

pas une nouvelle maison, il

cherche votre maison. Pour

livrer votre dernière commande

en ligne. Cette vison

du futur, Continental (fabricant

de pneus et d’accessoires)

l’a développée avec la start-up

suisse ANYbotics, et présentée

au salon CES à Las Vegas en

début d’année.

Créée en 2016 au sein du

laboratoire de robotique de

l’ETH Zurich, la start-up a

peaufiné un prototype sur

quatre pattes inspiré de la

nature, jusqu’à le rendre parfaitement

robuste et étanche.

« ANYmal est un robot-livreur

de la taille d’un chien moyen,

haut de 50 cm et long de

80 cm, avec une caméra dans

la tête, aux articulations

souples, capable de sauter, de

planifier un mouvement et de

se déplacer de manière autonome

dans un environnement

inconnu, déroule Péter

Fankhauser, cofondateur de

ANYbotics. ANYmal est en

mesure de s’adapter à un environnement

conçu pour les

humains sans rester bloqué. »

Et ainsi résoudre le problème

du fameux dernier kilomètre

(la dernière étape de livraison,

mais aussi la plus compliquée

en termes de logistique, entre

le centre de dépôt et votre

adresse). « Doté d’un software

d’IA restreint, ANYmal n’est

autorisé qu’à faire ce pour

quoi il a été programmé. »

Une autre vision du futur,

réalisable à plus court terme,

consisterait à utiliser ces « animaux-machines

» pour effectuer

divers travaux d’inspection

industrielle ou de sécurité

à la place des humains, quand

les conditions s’avèrent dangereuses

ou l’accès difficile.

anybotics.com

ANYBOTICS CHRISTINE VITEL

12 THE RED BULLETIN


B U L L E V A R D

14 THE RED BULLETIN


Nouria Newman

PLEIN LE DOS

DU KAYAK ?

Cette photo vous ment… Pour son trip de

sept jours en kayak en Inde, de la rivière

Tsarap au fleuve Indus, Nouria Newman a

voyagé en solo. C’est seulement après

375 km d’un ride inédit que la Française a

pu s’offrir une balade à dos de chameau.

L’aventure et les frayeurs de Nouria

en vidéo sur win.gs/LadakhProject

ALI BHARMAL/RED BULL CONTENT POOL

THE RED BULLETIN 15


B U L L E V A R D

« RESTER

SOI-MÊME EST

CE QU’IL Y A DE

PLUS REBELLE. »

Very Old Skateboarders

SKATE OR DIE !

Lena Salmi, Finlandaise dans la soixantaine,

a lancé un mouvement mondial de skate et

prouve qu’il n’est pas réservé qu’aux ados.

E n février 2018, Facebook

poste des photos de ses

groupes les plus originaux lors

d’une expo à South Bank à

Londres. Une communauté

en ligne de skateurs en fait

partie, mais le choix de ce

groupe n’est lié ni au talent, ni

aux trophées de ses membres.

Pas question ici d’ados prodiges

; la moyenne d’âge des

skateurs est plus proche de

soixante que de seize ans et

leur seule motivation est de

pratiquer le skate aussi longtemps

qu’ils le peuvent. Le

groupe Very Old Skateboarders

and Longboarders réunit

4 000 membres à travers le

monde, âgés en majorité de

60 à 99 ans, et entend casser

l’image qu’on se fait de ce

sport.

Lena Salmi (aujourd’hui

65 ans) et Elizabeth Stuart

(67 ans) l’ont créé en 2013,

après s’être rencontrées en

France lors d’un camp de

longboard. Elles y ont ressenti

une discrimination du fait de

leur âge. « Nous avons été

traitées comme des vieilles

dames, incapables de quoi que

ce soit, se souvient Salmi.

Nous avons pensé que rien ne

justifiait ce traitement et que

nous étions aussi capables que

les autres. L’idée nous est alors

venue de créer un espace réservé

aux skateurs plus âgés. »

En 2019, le groupe prend

de l’ampleur. La page Facebook

est mise à jour quotidiennement

avec des vidéos et des

photos de ses milliers de skateurs

seniors, tournées lors

de compétitions, dans des

skateparks. Plusieurs de ces

adeptes ont donné une multitude

d’interviews dans des

médias internationaux. La

philosophie du groupe est restée

la même : « La seule condition

pour adhérer au groupe

est de vous être fait la réflexion,

un jour ou l’autre, que

vous étiez trop vieux pour pratiquer

le skateboard, explique

Salmi. Notre plus jeune

membre était une femme de

50 ans. On l’avait interpellée

en lui demandant pourquoi

elle pratiquait un truc de

gosse… »

Pour Salmi, le groupe Very

Old Skateboarders existe pour

dire aux gens de ne pas juger

au premier regard. « Un peu

de tolérance, lance-elle. Faire

du skateboard à 65 ans est forcément

un acte rebelle, mais

il n’y a pas plus rebelle que de

rester fidèle à soi-même. »

Facebook : Very Old Skateboarders

and Longboarders

BEN AWIN/HYPEBAE LOU BOYD

16 THE RED BULLETIN


UN CANAPÉ ESQUIVÉ,

C’EST UNE SOIRÉE SAUVÉE.

TU AS RATÉ LA SOIRÉE ? VIENS NOUS LA RACONTER

SUR REDBULL.COM/NERATERIEN.

Pour votre santé pratiquez une activité physique régulière. www.mangerbouger.fr


B U L L E V A R D

Cherrie

« L’ESPOIR EST LE

MEILLEUR MOTEUR »

La chanteuse R’n’B suédo-somalienne raconte

sans fard le ghetto où elle a grandi, les mères fortes

et l’importance d’être une artiste indépendante.

« JE VIENS D’UN

PAYS OÙ LES

FEMMES SONT

DES HÉROÏNES. »

N ée en Norvège de

parents somaliens, élevée en

Finlande et en Suède et nourrie

aux films Bollywood et au

R’n’B américain, Sherihan

« Cherrie » Hersi cumule les

influences culturelles. Son

second opus Araweelo, sorti

en 2018, en est le parfait

reflet. Elle y transforme l’harmonie

sonore du R’n’B

contemporain en des hymnes

langoureux qu’elle susurre –

en suédois – à l’oreille d’une

jeunesse qui, comme elle, est

issue de cette première génération

qui cultive la pluralité

culturelle scandinave.

L’album lui a valu une

nomination aux dernières

Victoires de la Musique suédoises.

Sa collaboration avec

la star du grime Stormzy – qui

a signé en 2016 la version

anglaise de sa chanson Aldrig

igen (må sådär)– et l’intérêt

d’artistes d’envergure comme

Rihanna, SZA et Ariana

Grande ont fini par lui offrir

une visibilité mondiale.

the red bulletin : Le succès

viral de 163 För Evigt (trad.

163 pour toujours, ndlr) est

une ode à Rinkeby, quartier

populaire où vous avez vécu,

et considéré par les médias

conservateurs comme une

« zone interdite »…

cherrie : Enfant, si quelqu’un

vous demandait dans quel

quartier de Stockholm vous

habitiez, on évitait de mentionner

Rinkeby pour ne pas

être étiqueté comme venant

du ghetto. Mais je n’irais pas

jusqu’à dire que c’est une zone

interdite.

Alors, vous le définiriez

comment ?

Comme un creuset. Pour moi

c’est un lieu très spécial où

vivent les gens les plus cool.

Grandir au sein de toutes ces

influences et cultures différentes

rend intelligent, aide

à comprendre le monde et

à y trouver sa place.

Vous avez fait le choix de

l’indépendance et refusé les

propositions de plusieurs

maisons de disques. Pourquoi

y tenez-vous autant ?

Ce n’est pas facile pour les

musiciens de garder la main

sur leurs créations. Beaucoup

d’artistes connus ne sont pas

propriétaires de leur musique,

elle appartient à des gens

qu’ils ne connaissent pas. Mon

indépendance m’est précieuse,

elle est un gage de sérénité

pour moi et ma famille. Et cela

prouve à ceux qui se lancent

qu’on peut se passer d’un

contrat avec un label. Vous

pouvez par exemple acheter

un ordinateur, apprendre à

vous en servir pour ensuite

enregistrer vos propres compositions.

Inspirer vos pairs, c’est

cela qui stimule votre

créativité ?

Posséder une maison ou devenir

PDG, les gens de Rinkeby

n’osent même pas en rêver.

Pour eux, voir quelqu’un

comme moi, une femme noire

musulmane, produire sa

musique, sillonner le monde

ou travailler avec Vogue leur

donne de l’espoir. Et il n’y a

pas de meilleur moteur que

l’espoir pour avancer tous

ensemble en tant que société.

Vos racines somaliennes

influencent-elles votre

musique ?

La Somalie est la terre des

mille poètes ; faire de la musique

était donc naturel pour

moi. Dans l’adversité, la musique

est un réconfort pour les

Somaliens. Les mères somaliennes

sont les personnes les

plus fortes que je connaisse,

ce sont des héroïnes. Venir

d’un pays où les femmes sont

à l’initiative reflète mon essence,

avoir mon propre label

Araweelo en est l’expression.

Que signifie « Araweelo » ?

Araweelo est une ancienne

reine de Somalie réputée pour

son courage. En Somalie, la

femme est la cheffe de famille

même si le père est présent.

Avoir cette énergie féminine

en moi est un moteur.

Votre mère est-elle fan de

votre musique ?

Elle a assisté à quelques

concerts. Elle est adorable.

Elle parle le suédois mais a du

mal à comprendre mes textes,

alors elle écoute mes chansons

et demande à mon petit frère

de tout lui expliquer.

La marque AlphaTauri a rendu

visite à Cherrie à Rinkeby.

Retrouvez la vidéo sur :

win.gs/AlphaTauriCherrie ;

Twitter : @Chxrrie

CYPRIEN CLEMENT-DELMAS FLORIAN OBKIRCHER

18 THE RED BULLETIN


Rihanna et Ariana

Grande sont fans

de Cherrie, la reine

du R’n’B suédois.

THE RED BULLETIN 19


B U L L E V A R D

3 4

Ocean Space

Habitat

1

UNE NUIT CHEZ

LES POISSONS

Cet explorateur de l’océan permet

de se reposer sous l’eau grâce à sa

tente sous-marine. Même la nuit ?

2

5

1. L’habitat gonflable

s’attache à des brides

fixées au fond

de la mer.

2. L’atmosphère intérieure

est maintenue

par une source d’oxygène

renouvelable et

des extracteurs de

dioxyde de carbone.

3. La chambre sèche

peut accueillir deux

plongeurs à l’aise ou

trois en se serrant.

4. La coque en vinyle

recouverte de tissu est

renforcée par des

sangles en nylon et

dotée de fenêtres.

5. L’habitat tient dans

un sac. Très pratique

pour le transport.

L es grands fonds

marins ont toujours fasciné

les humains : des histoires du

capitaine Némo à la cité de

l’Atlantide, ils n’ont cessé

de titiller notre curiosité et

notre imagination. Une tente

sous-marine permet désormais

à l’homme de respirer,

manger et se reposer à une

vingtaine de mètres de fond,

rapprochant ainsi le mythe

de la vie sous-marine du réel.

Le concept est assez simple.

Fabriquée en vinyle et en

nylon avec des sangles en

polyester, Ocean Space

Habitat dispose de ventilateurs

pour la circulation d’air

et des épurateurs de dioxyde

de carbone garantissant une

atmosphère respirable pendant

six heures. « C’est le

principe du verre retourné

dans un évier pour créer une

poche d’air, explique son

co-créateur, l’océanologue

américain Michael Lombardi.

En gros, c’est une tente remplie

d’air qui déplace l’eau

en créant un vide. »

Aujourd’hui, l’exploration

du monde du silence est limitée

en durée et en fréquence.

Si l’on compare notre connaissance

des profondeurs marines

avec l’exploration de l’espace,

nous voyons que douze personnes

ont marché sur la Lune

contre trois seulement au

fond des mers. « Depuis plus

d’un demi-siècle, la règle des

18 mètres pendant 60 minutes

s’impose aux plongeurs pour

éviter l’accident de décompression.

Mais avec un habitat

sous-marin, un chercheur

pourra passer six heures ou

plus à travailler par 18 mètres

de fond sur une journée. »

La prochaine étape est de

tenter des descentes de nuit.

« Le niveau de dioxyde de

carbone et d’oxygène doit être

surveillé et ajusté en permanence,

ajoute Lombardi. L’objectif

à douze mois est d’élaborer

des protocoles permettant

d’y passer la nuit. On apprend

toujours quelque chose lors

d’une balade l’après-midi,

mais une virée nocturne ou le

temps d’un week-end promet

des découvertes de toutes

sortes dans ce milieu. J’espère

que notre relation à l’océan

passera de la visite furtive vers

un lien plus fort avec et dans

la mer. » L’Atlantide n’est peutêtre

qu’un fantasme, mais

cette tente pour deux pourrait

être une avancée de l’Homme

vers une vie sous-marine.

oceanopportunity.com

MICHAEL LOMBARDI LOU BOYD CHRISTINA LOCK

20 THE RED BULLETIN


COPYRIGHT © 2019 MNA, INC. ALL RIGHTS RESERVED.

N’ATTENDEZ PAS QUE L’AVENTURE VIENNE À VOUS.

ALLEZ LA CHERCHER !

WHAT ARE YOU BUILDING FOR?

BFGOODRICHTIRES.COM


B U L L E V A R D

UNDERWORLD

BORN SLIPPY (1995)

« Cette mélodie traduit parfaitement

une nuit de fête enivrante,

souvenir de moments plus

joyeux, moins sombres. Dans les

années 90, la Grande-Bretagne

était un lieu plutôt hédoniste

pour les musiciens de la britpop

et une jeune génération d’artistes

investissant l’art moderne

et la mode. C’est avant mon

époque, mais la période gagne

à être redécouverte. »

Bastille

« POUR DANSER ET

PLEURER ENSEMBLE »

REM

IT’S THE END OF THE WORLD

AS WE KNOW IT (AND I FEEL

FINE) (1987)

« Ce serait fun de sauter et

pogotter en chantant cette chanson

pendant l’apocalypse. La musique

exprime parfois l’impensé,

mais c’est aussi une échappatoire,

une diversion. Il faut aller

vers ces moments ; ils sont un

réconfort dans le monde mal

barré où nous vivons. Alors prenez

la pilule bleue et laissezvous

aller. »

Les as de la pop made in UK livrent leur

playlist pour une fête apocalyptique.

Formé en 2010 par le chanteur londonien Dan Smith, le

groupe Bastille cartonne avec Pompeii, quatrième single

tiré de Bad Blood, un premier album sorti en 2013. À peine un

an plus tard, le titre est le plus streamé de tous les temps au

Royaume-Uni et vaut aux musiciens le British Breakthrough Act

(prix du meilleur espoir) aux BRIT Awards 2014. Après le

succès mondial de Happier (2018), avec en guest le producteur

de musique américain Marshmello, le quatuor double la mise

avec Doom Days, un opus que Smith décrit comme « une fête

apocalyptique ». D’où son choix d’enregistrer le morceau Earth

en guise d’adieu. La fin du monde approche, alors écoutez ça.

bastillebastille.com

THE BEATLES

BECAUSE (1969)

« Pour nous, une bonne soirée

c’est avec des potes qui ne sont

pas dans la musique et qui ne

font pas péter le champagne avec

des mannequins, ce n’est pas

notre vie. La dernière nuit sur

Terre, on la passerait ensemble,

à danser et à pleurer. Musicalement,

il faudrait quelque chose

qui apaise. Une belle manière

de quitter la scène. »

MOBY

PLAY (1999)

« C’est la bande-son idéale

pour l’after de la fin du monde.

Vous connaissez le podcast

Heavyweight de l’humoriste

canado- américain Jonathan

Goldstein ? Dans l’un des épisodes,

un gars prête des CD

de gospel à Moby qui les sample,

puis le gars réclame ses CD

sans jamais les récupérer.

C’est hilarant, il faut l’écouter. »

UNIVERSAL MUSIC MARCEL ANDERS

22 THE RED BULLETIN


Skullcandy partenaire majeur de Red Bull Dernier Mot 2019


UNE ICÔNE

Là d’où il vient, aux

Moulins, on a dédié

une fresque à Diablo.

Il honore ce quartier

dans le monde entier.


AUX ORIGINES

D’UN PHÉNOMÈNE

Avec son style unique et ses mouvements quasi surnaturels,

il s’est créé sa propre dimension. DIABLO nous a conviés dans

le quartier qui l’a vu devenir un phénomène de danse, pour

honorer ceux qui l’ont toujours soutenu. Le temps d’une journée,

aux Moulins, nous étions ailleurs. Texte PH CAMY Photos CHRIS SAUNDERS

25


« LES GARS…

SORTEZ VOS

TÉLÉPHONES ! »

Dans ce quartier de Nice, une block party bat

son plein. Comme celles qui ont initié le mouvement

hip-hop à New York il y a une quarantaine

d’années. Des platines, des enceintes,

des rappeurs, du graff, un barbecue… Des

danseurs, aussi. Parmi eux, le prodige du secteur.

Diablo, 26 ans. C’est pour lui que l’un

des jeunes sur la cinquantaine présente

recommande de sortir les smartphones. Dans

le cercle de danse formé quelques minutes

plus tôt à même le bitume, Diablo délivre une

performance qui vous fait instantanément

comprendre pourquoi ce type élevé dans l’environnement

urbain et brut que nous découvrons

aujourd’hui, très loin des ambiances

carte postale de la Côte d’Azur, s’est imposé

ces dernières années comme l’un des meilleurs

street dancers au monde.

Comme son corps se désarticule pour laisser

tous ses membres bouger d’une façon hallucinante,

Diablo ouvre une porte vers une

dimension artistique sauvage autant qu’esthétique,

dont l’ADN se trouve ici, sur cette

Place des Amaryllis où se côtoieront jeunes

et anciennes générations, dans un esprit de

SUR SON

TERRAIN

Observez bien les

pieds de Diablo quand

il danse. Il a foulé le

bitume de Nice de

nombreuses années

avant de s’envoler à

l’international, pour y

bâtir une carrière qui

fait la fierté des siens.

bonne humeur. Ici, aujourd’hui, c’est la fête,

mais sur cette même place, quelques mois

plus tôt, un jeune a perdu la vie, fauché par

des balles destinées à un autre. Un drame

lié à une dette de drogue, dont témoigne

aujourd’hui ce petit arbre entre la sono et

le barbecue, orné de fleurs et de messages

rendant hommage au disparu.

La French Riviera, façon promenade des

Anglais, c’est là-bas, une quarantaine de

minutes à pied en traçant à droite, après la

Poste et le supermarché à l’angle de l’avenue

Martin Luther King. Sa route, Diablo l’a poussée

encore plus loin, jusqu’en Angleterre ou

aux USA, et s’est fait un nom en dansant.

Auprès de stars de la musique et en brillant

lors des rassemblements de danse urbaine les

plus reconnus. Mais aujourd’hui, c’est chez

lui, dans son quartier d’enfance, aux Moulins,

qu’il tenait à nous inviter.

On rencontre Diablo pour la première

fois fin 2018, autour d’un plat asiatique

– chez Quan Viet, Paris 17. Il

habite officiellement en Île-de-France

depuis quelques mois. Comme on envisage de

lui dédier un article, le danseur nous annonce

être « chaud », mais propose que nous venions

là d’où il vient, à Nice, pour y rencontrer ses

talentueux amis et leur offrir de la visibilité

dans le sujet. Né d’une mère béninoise et d’un

père espagnol, Diablo avance rarement seul et

veut honorer ceux qui l’ont accompagné et

soutenu ces quinze dernières années.

Nous le recroisons début mars. La veille, il

a marqué l’histoire de la street dance. Devant

les 17 000 spectateurs de l’AccorHotels Arena

venus assister au Juste Debout, en duo avec

son partenaire Stalamuerte, Diablo a remporté

le titre en hip-hop. Et sur la route de sa

finale, dans une ambiance de folie, il a battu

les Twins, des jumeaux réputés indétrônables

parmi les plus célèbres danseurs new school

de la planète. Des frères originaires de

Sarcelles devenus millionnaires en remportant

un concours de danse télévisé aux États-

Unis lancé par la chanteuse Jennifer Lopez.

On les a aussi vus très souvent aux côtés de

Madonna, avec laquelle ils dansent depuis des

années. Des missions internationales, Diablo

en connaît très tôt. « Quand j’avais 16 ou

17 ans, l’équipe d’une artiste américaine

m’avait contacté pour un casting, et j’ai passé

du temps à Londres du coup », raconte le danseur

installé dans un VTC qui nous transporte

du phare de Nice (où nous réalisions quelques

photos) jusqu’aux Moulins. En 2012, il danse

au Super Bowl d’Indianapolis avec Madonna.

Le Niçois a alors 19 ans et se produit devant

114 millions de téléspectateurs lors du mega

show musical donné à mi-match de l’événement

majeur du football américain.

26 THE RED BULLETIN


EN MODE VIP

Dans le cercle, pour

quelques dizaines de

personnes. Un mois

auparavant, Diablo

dansait devant

17 000 spectateurs

lors du Juste Debout.


LA PUISSANCE

Elle lui vient de ceux

qui l’épaulent depuis

des années. Rude, ici

en photo, a motivé

Diablo à se jeter dans

la danse, lui évitant de

mauvaises routes.


WALTER/DZIO

Walter, aka Dzio,

l’homme au bonnet

derrière Diablo, est un

as local du spray can

art. On lui doit la

fresque monumentale

dédiée au danseur.

De l’expérience du Super Bowl, il retiendra

cependant que « les Ricains sont meilleurs

que nous tous ». « Eux, c’est zéro erreur. Juste

avant le début du show, j’étais sous la scène,

et là, la lumière s’éteint… “Let’s go, let’s go !”

Un mec se précipite sur moi et me fout un

glaive et un bouclier dans les mains. Là, on

monte sur scène, et sur les écrans géants, je

vois un décompte destiné aux spectateurs

du stade : “Allumez tous vos briquets à 5, 4,

3...” » Sur ce même Super Bowl, la chanteuse

anglaise M.I.A. s’autorise un doigt d’honneur

face caméra. « Elle est descendue de scène

« IL VOULAIT ÊTRE EXCELLENT.

POUR LUI, C’ÉTAIT ÇA OU RIEN.

MANGER ET DANSER, POINT ! »

RUDE

et un van de flics l’attendait », se souvient

Diablo, épaté par cette scène. Comme par

le fait que notre VTC ait bien voulu nous

conduire dans son quartier. Il lui recommandera

un « petit passage fourbe » pour

rejoindre le spot plus rapidement (oui,

Diablo sait dire non à Madonna et à Waze).

SELIM

Cuisinier audacieux,

cet ami de Diablo

rejoindra bientôt San

Francisco et l’équipe

d’une cheffe française

triplement étoilée,

Dominique Crenn.

JENNA

Cette jeune vidéaste

habituée des événements

hip-hop locaux

a trouvé en Diablo et

son crew Genesis des

talents d’exception

à documenter.

Le danseur est aujourd’hui sollicité pour

des shows, des clips, et passe en mode

battle lors des événements de danse où

ses moves, très particuliers, en ont fait

une référence. À ses débuts, pourtant, son

style en laissait beaucoup perplexes. Nommer

sa danse est en soi un challenge. « On ne peut

pas donner de nom à sa danse. Même le terme

“new style” ne lui correspond pas », explique

Rude, type imposant aux locks planquées sous

un bob et qui a poussé Diablo à persévérer

dans la danse alors que de mauvaises routes

s’offraient à lui. Danseur lui aussi, Rude est

très proche de Diablo. « Nos mères se connaissaient

très bien, on était comme cousins. Je

l’ai intégré très jeune à mon crew, Genesis. Au

début, quand on dansait contre des breakers,

les mecs se moquaient de nous. Les gars de

Paris nous appelaient “les mangeurs de

pâtes”, car pour eux, Nice c’était en Italie.

Nous, on était pas là pour faire des phases,

on avait besoin de ressenti, de bouger. Tout le

monde sait danser ou peut apprendre à danser,

mais nous, les Genesis, on cherchait un

truc au-delà de la danse. C’est ça qui explique

notre style particulier et celui de Diablo. »

Quelque chose de mystique ? « Je ne sais pas

si c’est le mot, s’interroge Rude, mais ce qui

est sûr c’est qu’on avait envie d’ouvrir des

portes, de passer dans un ailleurs. La danse,

29


TOUJOURS

À FOND !

Ils l’ont vu danser

des dizaines de fois,

mais ses amis sont

toujours abasourdis

par les nouveaux

moves et l’engagement

de Diablo.

« DIABLO A UNE FAÇON D’OCCUPER

L’ESPACE QUI LUI EST PROPRE.

IL DÉGAGE QUELQUE CHOSE,

DE BONNES ÉNERGIES. »

JENNA

30


UN BON BURN

POUR FÊTER ÇA

Aujourd’hui, c’est le

titre de Diablo au

Juste Debout que l’on

célèbre. L’occasion de

sacrifier un peu de

gomme sur la place

des Amaryllis.


la musique, on ne savait pas faire autre chose,

mais ça nous a évité d’autres voies. » Celle de

la danse, hip-hop, street, debout, appelez cela

comme vous voudrez, Diablo s’y engouffre

avec une envie gigantesque. « Il voulait être

excellent. Pour lui, c’était ça ou rien. Manger

et danser. Point. » Alors que nous rejoignons

la Place des Amaryllis où se tiendra la fête,

la sono balance le titre Paradise, du rappeur

belge Hamza.

Le paradis, aujourd’hui, aux Moulins,

c’est cette place d’une centaine de

mètres carrés, entourée des commerces

de base : boucherie, épicerie et bar-

PMU. Au centre, la fameuse sono, un barbecue

acheté le matin même par Diablo et ses

potes, une petite table de fortune pour poser

le pain, les sauces, les brochettes et les merguez

qui vont bientôt passer au gril. Au

contrôle de la braise, on trouve notamment

Gak, le grand frère de Diablo. Il s’assurera

que la cuisson soit toujours au top – à aucun

moment nous ne manquerons de gourmandises

à griller. Des jeunes se regroupent peu

à peu, gagnés par le son, ou simplement

curieux de voir ce qu’ont organisé Diablo et

son équipe. Entre deux sandwiches, certains

se mettent à danser.

Derrière les platines, aux côtés de Rude

(qui a réalisé la musique de l’incroyable vidéo

de Diablo filmée au drone pour le projet

Follow me), on trouve MK, alias Malik, le

Sénégalais passé par l’Afrique du Sud pour

ses études et devenu analyste financier dans

une boîte locale. « J’ai lâché ce job pour me

consacrer à fond à la production d’instru,

explique ce proche de Diablo aux fines

tresses. Côté son, je suis sur de la house, de

la deep house. Je ne sais pas trop si je vais

passer ce genre de truc aujourd’hui », plaisantet-il.

Tout au long de la journée, on pourra

apprécier les créations sonores de Rude et

MK, futuristes et solides. Les danseurs présents

apprécient, comme les rappeurs qui

s’expriment ici. Ils se passent le micro en

toute détente, même si Diablo nous a avertis :

« Dans mon quartier, si tu rappes mal, tu te

fais tailler ! »

À deux pas du sound system, une fresque

murale lui a été dédiée. La première fois que

Diablo a été élevé au statut d’icône du quartier,

c’était lors de son passage dans le programme

La meilleure danse, sur W9, en 2011.

« CE PETIT FRÈRE, C’EST UNE

GROSSE FIERTÉ POUR NOUS.

ET POUR LES JEUNES D’ICI,

C’EST UNE RÉFÉRENCE. » DZIO

L’ÉMOTION

ET LA FORCE

Au micro, le frère de

Diablo rend un intense

hommage au parcours

du danseur. Chacune

de ses prestations ou

de ses victoires lors

d’un événement est

un regain de force

pour son quartier.

THE RED BULLETIN 33


UNE DERNIÈRE

AVEC L’ÉQUIPE

Diablo s’était engagé à

réunir beaucoup de

monde en ce jour de

fête et de shooting

photo. Ils étaient en

effet un bon nombre

au rendez-vous...

« Ils avaient organisé une projection de l’émission

dans mon collège ! », se souvient ce phénomène

de la danse au visage tatoué. La

fresque, c’est Walter, alias Dzio, qui l’a réalisée

il y a une quinzaine de jours, et il se charge

aujourd’hui d’un graff éphémère peint sur une

surface en plastique, tendue entre un poteau

et un tronc d’arbre. « Diablo, je l’ai vu grandir

et progresser, dit Dzio. Avec d’autres potes, on

l’accompagnait sur des événements. Ce petit

frère, c’était une grosse fierté pour nous. Et

pour les jeunes d’ici, c’est une référence. Il y a

une sacrée culture ici, et un vrai melting pot. »

À

mesure que l’après-midi avance, la

sauce culturelle prend, et l’on s’attarde

volontiers sur celle de Selim, 27 ans,

casquette camouflage et T-shirt vert,

comme sa préparation maison, qu’il applique

avec son petit pinceau à même les brochettes

et cuisses de poulet. Depuis neuf ans, c’est

avec une brigade, dans le feu d’une cuisine,

qu’il s’exprime : après une école hôtelière,

Selim a évolué dans le métier avec une

approche fraîche, des envies d’expérimentation,

car « les possibilités dans la cuisine, c’est

sans fin ». Il vient d’achever sa mission de

sous-chef dans un établissement de Monaco

et s’engage dans une aventure américaine,

aux accents bretons. « En 2016, quand la

Française Dominique Crenn a été désignée

meilleure cheffe au monde, je lui ai envoyé

un message de félicitations sur Instagram,

auquel elle n’a pas répondu. Trois ans plus

tard, elle est devenue la première cheffe à

obtenir trois étoiles au Michelin aux États-

Unis. Je lui ai écrit à nouveau, et cette fois,

elle m’a répondu. Nous avons commencé à

échanger. » Curieuse du profil de Selim,

Dominique Crenn lui propose de venir faire

des essais à San Francisco et lui finance avion

et séjour. « En arrivant aux douanes aux

34 THE RED BULLETIN


States, les types ont commencé à être suspicieux,

raconte Selim. Ils m’ont mis dans un

bureau à part pour me cuisiner… Je leur ai

expliqué ce que je venais faire. Ils en ont

douté et ont appelé Dominique, qui leur a

confirmé qu’elle voulait collaborer avec moi

et les a informés sur l’envergure de son restaurant

et de ses relations locales, notamment

un gouverneur. Les gars m’ont immédiatement

laissé partir. »

Dans deux mois, Selim rejoindra les

équipes de Dominique Crenn à San Francisco,

en mode « recherche et développement »,

pour expérimenter des recette innovantes à

ses côtés, et l’accompagner dans ses missions

ponctuelles hors la Bay Area. « Comme

Diablo, que je connais depuis une douzaine

d’années, je pense que s’exporter est un

moteur, explique Selim. J’ai beaucoup

voyagé, en Afrique, en Europe, au Pérou ou

encore en Colombie, et à chaque fois, j’ai

essayé d’y retenir l’essence du pays, pour l’intégrer

à mes créations, idéalement. » Passion,

acharnement et milliers d’heures de travail

caractérisent le cuisinier et son pote danseur.

« La cuisine, si tu ne vis pas pour ça, n’essaie

même pas, insiste Selim. Et si tu vis pour ça,

alors transpire, et ça viendra. »

C’est bientôt au tour de Diablo de

transpirer, car le cercle de danse

qui s’est formé en fin d’après-midi

monte en puissance. Alors que ses

collègues Jalel, Kézia et Mino (Genesis en

force !) commencent à mettre la barre haut,

il se lance à son tour, pour le plaisir des chanceux

assistant au show. Un style de danse

unique, le plus haut niveau mondial, c’est

maintenant que ça se passe, dans un quartier

de Nice, et c’est gratuit ! Les absents auront

de bonnes raisons de rager, mais pourront se

rattraper sur la vidéo qu’est en train de leur

concevoir Jenna. Cheveux, gilet et Vans noirs,

l’ancienne étudiante en cinéma suit la team

Genesis depuis un bon moment. Elle dit s’être

« formée » sur cette équipe. « Je connais Diablo

depuis une quinzaine d’année, raconte-t-elle.

Au début, je le croisais sur des événements

« JE CONNAIS DIABLO DEPUIS UNE

DOUZAINE D’ANNÉES, ET COMME

LUI, JE PENSE QUE S’EXPORTER

EST UN MOTEUR. » SELIM

hip-hop, sur des battles. À l’époque, on n’avait

jamais vu quelqu’un danser comme lui. Il était

différent des autres, avec son visage très fin et

ses cheveux longs. C’était un ovni. On est

devenus potes et il a bien voulu participer à

mon premier projet vidéo d’école. Par la suite,

j’ai réalisé pas mal de vidéos avec Genesis. »

L’équipe de Diablo s’impose pour Jenna

comme un sujet toujours frais et innovant.

« Ces gars ne sont jamais dans la redondance

et Diablo a une façon d’occuper l’espace qui

lui est propre. Il dégage quelque chose, de

bonnes énergies. » Comme notre photographe

Chris Saunders, qui ne sait plus où donner

de l’objectif, Jenna se glisse alors au sein du

cercle de danse pour ne rien louper des moves

de Diablo.

Elle ne manquera pas non plus cette session

de « burn », proposée par un pote motard de la

bande. La gomme du pneu arrière de sa moto

chauffe à fond et un épais nuage commence

à dissimuler la foule, qui en redemande. Plus

loin, un autre lève la roue avant d’un puissant

cross. Le bruit de son moteur parvient à peine

à couvrir la clameur de la clique : « Diablo !

Diablo ! Diablo ! Diablo ! » Tous font corps

autour du danseur. Son frère, Gak, le tient par

le cou. Il s’empare du micro pour rendre hommage

au titre remporté par Diablo au fameux

Juste Debout de l’Accor Hotels Arena, un équivalent

de coupe du monde de danse debout :

« Yeaaaah, il aurait pu faire la fête n’importe

où dans le monde, hurle Gak, mais il a choisi

de faire la fête chez lui, aux Moulins ! » La

foule scande : « Moulins ! Moulins ! Moulins ! »

Et Gak d’enchaîner, alors que Diablo, en

larmes, est submergé par l’émotion : « Partout

où vous irez, soyez fiers d’où vous venez,

soyez fiers de qui vous êtes, car vous êtes des

champions. Tous les petits qui sont là, tous

les anciens qui regardent, vous êtes des champions

! Mentalité de champion ! Moral de

champion ! Discipline de champion ! Diablo

est venu célébrer sa fête aujourd’hui, et redonner

sa fierté à ceux qui le méritent. Vous l’avez

porté quand il faisait les émissions à la télé,

vous l’avez soutenu, il a battu les Twins ! »

Les soutiens de Diablo entrent en transe, l’ambiance

est incroyable… « Les gars, le FC Moulins

a battu le Real Madrid : Diablo est champion

du monde ! »

Gak a galvanisé la foule, et s’en retourne

acheter du charbon pour le barbecue en nous

adressant un salut amical. Tandis qu’un jeune

MC d’une douzaine d’années peut-être a intégré

la session open mic (surchauffée précédemment

par les groupes GMG et RKG) pour

envoyer quelques rimes prometteuses, soutenu

par un quartier qui ne semble pas prêt

à cesser les festivités. Jusqu’à tard ce soir,

tous prolongeront la célébration.

Instagram : @diablopremier

THE RED BULLETIN 35


THE RED

BULLETIN

A TESTÉ

POUR VOUS

NOS

APTITUDES

PROFONDES

Nous ne savons pas toujours ce dont nous sommes

vraiment capables. Comme par exemple apprendre à

plonger par 20 mètres de profondeur sans bouteille

d’oxygène, tout ça en 48 heures. The Red Bulletin a donc

envoyé un novice tester la PLONGÉE EN APNÉE aux

Philippines. Texte ANDREAS ROTTENSCHLAGER Photos HEIKO LASCHITZKI

36


Un bleu

à la mer

Notre rédacteur plonge

en apnée près de l’île de

Coron, aux Philippines.

Sa monitrice Mary Jane

Paula se précipite pour

lui porter assistance.


L’experte

La monitrice de plongée

en apnée Mary Jane

Paula (28 ans) enseigne

à ses élèves à plonger

avec une seule inspiration.

On vient la voir du

monde entier. « La plupart

s’étonnent de ce

dont ils sont capables. »


ISTOCK/GETTY IMAGES

Une minute

avant ma dernière plongée, je

m’agrippe à la bouée orange à

deux mains et m’efforce de respirer

calmement. Je me trouve dans

une mer vert émeraude près de

l’île de Coron, aux Philippines. Autour

de moi la lumière du soleil

miroite à la surface de l’eau. Paula,

ma monitrice, nage à côté de moi

et me fixe à travers son masque.

Dans quelques secondes, je suis

censé plonger 20 mètres plus bas.

Avec une seule inspiration. Et sans

bouteille d’oxygène. C’est l’examen

qui validera mon aptitude à

la plongée en apnée. L’essai ne

sera transformé que si je suis mentalement

prêt et complètement décontracté.

Je respire profondément

et essaie de faire abstraction

des clameurs du groupe de voyageurs

chinois qui – quelle ironie –

se baigne pas loin exactement en

même temps que nous. Puis je

donne le signe du départ à Paula.

Deux semaines plus tôt : le coup

d’envoi de ma carrière d’apnéiste

est donné à Vienne (Autriche),

alors que je me retrouve, en chaussettes

et caleçon, sur la table

d’auscultation d’une spécialiste de

la plongée sous-marine. Elle me

colle des capteurs sur le torse pour

mesurer ma fréquence cardiaque,

puis me demande de souffler dans

un tube en plastique qui ressemble

à un éthylotest. Au bout de cinquante

minutes, je suis déclaré

« apte à plonger ». Pour ce qui est

de ma capacité pulmonaire, elle

m’explique que j’ai de la marge.

Ma mission, puisque je l’accepte :

apprendre l’apnée en immersion

libre en deux jours, moi qui suis

une bille dans ce domaine. Atteindre

vingt mètres de profondeur

avec une seule inspiration,

Beauté singulière : les falaises de calcaire noir sont caractéristiques de l’archipel des Philippines.

C’est à bord d’une pirogue à balancier, typique de la région, qu’il est le plus aisé de découvrir le coin.

sans oxygène. Le cours d’apnée

pour débutant se déroule à 300 kilomètres

au sud de Manille, aux

Philippines, sur l’île de Coron.

Selon Forbes, elle compte parmi

les dix plus beaux endroits de la

planète pour faire de la plongée

sous-marine. Un problème cependant

: ma carrière sous-marine est

jusqu’ici une succession de moments

de solitude. Je ne connais

pas les techniques de respiration.

La seule que je maîtrise, c’est l’hyperventilation

panique. J’ai déjà

les oreilles qui se bouchent par

deux mètres de profondeur. Et au

lieu de m’extasier sur les joyaux de

la nature avec mon masque et mon

tuba, je fixe, médusé, l’étrange

faune qui règne sous l’eau.

Vingt mètres de fond, ça me paraît

irréalisable. Et si je n’ai plus

d’air, là en dessous ? Que se passera-t-il

? Je n’ai que peu de certitudes

dans la vie, dont celle-là : si

tu ne respires pas, tu meurs. En

même temps, la plongée en apnée

est considérée comme un sport

« mental » où l’on apprend à défier

ses peurs. Il en va de la pleine

conscience, de la relaxation et de

l’exploration des limites mentales.

Une autre raison d’essayer : Google

déverse des images insolemment

belles en réponse à « île de Coron ».

Afin de me préparer au mieux

pour mon aventure sous-marine,

je m’achète deux petits bouquins

« J’ai peu de certitudes

dans la vie, dont celle-là :

si tu ne respires pas,

tu meurs. »

Busuanga

Mer de chine

méridionale

Coron

Île de Coron

Paradis

profond

L’île de Coron se situe à

300 kilomètres au sud

de Manille, dans la mer

de Sulu. L’aérodrome

local est sur l’île avoisinante

de Busuanga.

Lac de Sulu

Manille

Îles Calamian

Mer des Philippines

PHILIPPINES

Mer des Célèbes

THE RED BULLETIN 39


sur le sujet que je lirai pendant les

19 heures que durera le voyage

aller. La plongée en apnée ou

plongée en immersion libre (les

termes sont synonymes) est une

technique de plongée utilisée depuis

près de deux mille ans par les

pêcheurs. Les compétitions en

apnée libre existent depuis les années

1960. La meilleure performance

dans la discipline immersion

libre (plongée le long d’un

filin, sans palmes) est établie à

125 mètres. Inimaginable ! Détenteur

du record, le Russe Alexey

Molchanov peut retenir sa respiration

pendant plus de huit minutes.

Je referme mon livre, pousse mon

verre de Blanc sur le côté et inspire

profondément, bien calé dans

mon siège. Lorsque je me redresse,

une éternité plus tard, rubicond et

suffoquant, le chronomètre de

mon iPhone indique 1:05 minute.

Voilà pour la motivation.

Le matin suivant, à Coron

Town, province de

Palawan, Philippines. Dans

une salle de conférence

traversée de lumière m’attend la

monitrice qui veillera sur moi ces

48 prochaines heures. Elle se prénomme

Mary Jane Paula Jumuad-

Craciun, est âgée de 28 ans, et arbore

une longue chevelure noir de

jais. C’est une petite femme sûre

d’elle, qui rit volontiers. Mary

Jane, que tous appellent « Paula »,

est l’ancienne détentrice du titre

national en immersion libre, et la

maman d’un garçon d’un an.

Depuis 2016, elle a déjà formé

300 personnes à la plongée en

apnée. Le slogan de l’école de

plongée qu’elle a fondée avec son

mari : Deux jours, vingt mètres,

une inspiration. « Il n’est pas nécessaire

d’être un athlète de haut

niveau pour atteindre vingt mètres

de fond, déclare-t-elle. La capacité

à se relâcher mentalement en un

instant est bien plus importante

que la force musculaire. » Dans les

heures qui suivent, Paula m’apprend

à réaliser une manœuvre

d’équilibrage, c’est-à-dire à compenser

la pression de l’air qui protège

du phénomène « oreilles bouchées

» quand on est sous l’eau (se

pincer les narines et souffler légèrement).

Elle m’apprend aussi que

l’hyperventilation panique ne fait

pas partie des techniques de respiration

traditionnellement employées

en plongée.

« On commence par inspirer

profondément en gonflant le

ventre et le thorax, puis on expire

doucement », explique Paula. Elle

forme un « O » avec la bouche et

aspire de l’air. En expirant lentement,

elle fait le même bruit

qu’un bateau pneumatique qu’on

dégonfle : tsssssssssss.

La préparation respiratoire, appelée

breath-up, est censée ralentir

le rythme cardiaque et remplir

les vaisseaux sanguins avec le

maximum d’oxygène. On répète

La

technique

Cours d’apnée pour

débutant, premier jour :

les coups de palmes de

notre cobaye Andreas

ne parviennent pas

à convaincre sa

monitrice.

Avant chaque plongée, on fait les exercices de respiration accroché à la bouée.

40


« Je suis sûr

d’être allé très

profond… »

« Quatre

mètres »,

me dit Paula.


La force

du souffle

Paula explique la technique

de respiration

Pranayama à notre

auteur, afin qu’il soit

plus serein sous l’eau.

Le calme

avant le

départ

Grâce aux exercices de

respiration (ou breath-up),

Andreas fait ralentir

son rythme cardiaque.


Une technique simple pour

évacuer le stress

Rétention

(apnée poumons vides)

6 sec

Inspiration

(par le nez)

6 sec

6 sec

Expiration

(par la bouche)

6 sec

Rétention

(apnée poumons pleins)

La respiration carrée fait partie des exercices

standard de respiration issus du yoga Pranayama

(la discipline du souffle). Mary Jane Paula :

« Ça apaise en l’espace de quelques secondes.

Même pendant une réunion éprouvante. »

l’exercice (inspiration et expiration)

cinq fois de suite. Puis on

termine avec une dernière longue

inspiration. Avant de plonger.

À la fin de la formation théorique,

Paula me montre une vidéo

de démonstration dans laquelle on

voit un homme au corps athlétique

et musclé se mouvoir élégamment

le long d’un filin vers les abysses,

jusqu’à ce qu’il disparaisse dans les

ténèbres. « C’est de l’apnée en immersion

libre, me dit Paula. C’est

ce que tu vas faire maintenant. »

J’essaie de sourire avec assurance.

Le voyage en avion, long et

éprouvant, les sept heures de décalage

horaire, ma piètre tentative

pour retenir mon souffle… tous

ces mauvais souvenirs s’évanouissent

quand j’arrive pour la première

fois sur la rive du lac Barracuda,

notre QG sur l’île de Coron,

à dix minutes en bateau à moteur

au sud de Coron Town (qui, elle,

ne se trouve pas sur l’île de Coron,

logique, non ?).

« Ton cerveau te dit que tu ne peux

pas descendre plus bas, dit Paula

en se tapotant le front. Alors tu

dois te rebeller contre lui. »

De l’eau transparente et

turquoise émergent d’impressionnantes

falaises

de calcaire noir. Chaque

photo prise ici a le potentiel d’une

carte postale. Les plongeurs débutants

bénéficient des conditions

les plus favorables : une eau à

28 °C et une vue dégagée jusqu’à

14 mètres de fond. J’enfile tant

bien que mal la combinaison en

néoprène qui me boudine, je nettoie

mes lunettes de plongée avec

de la salive comme Paula me l’a

montré et je me jette à l’eau. Paula

tire une bouée orange derrière

elle. Notre base de plongée. À

l’autre bout pend un câble de

trente mètres de long que Paula

leste lorsque nous atteignons le

milieu du lac.

L’une des qualités de notre

coach, c’est qu’avec elle, les élèves

n’ont ni le temps ni l’occasion

d’avoir des doutes. « On y va »,

lance-t-elle à la ronde. Pour mon

premier essai, je progresse le long

du filin vers les profondeurs marines,

pieds devant. Paula plonge

à côté de moi. Deux longueurs de

bras, une manœuvre d’équilibrage.

Et un eurêka : réalisée de

manière préventive, la manœuvre

d’équilibrage permet d’éviter que

les oreilles ne se bouchent. La vue

sous l’eau est fantastique : des parois

rocheuses vertigineuses recouvertes

de mousse toute verte.

Et pas de méduse dans les parages.

En rejoignant la surface, un

sentiment de fierté m’inonde. J’ai

dû plonger très profondément.

« Quatre mètres », me dit Paula en

me montrant l’écran de son ordinateur

de plongée qu’elle porte au

poignet gauche.

Nous changeons de discipline et

passons au poids constant (c’està-dire

sans câble). L’immersion

libre avec les palmes est la technique

idéale pour faire des virées

découverte pendant les vacances.

Au lieu de m’agripper à la bouée

pour faire le breath-up, je fais ma

préparation en barbotant dans

l’eau, avec mon tuba. On s’enfonce

dans l’eau à la manière d’un

canard (ou duck dive).

La technique : incliner le haut

du corps à 90 ° vers le bas, allonger

le corps et glisser dans les profondeurs

avec de légers coups de

palme. Sauf que dans la pratique,

après avoir plongé sous l’eau, j’oublie

le rythme de nage. La tête et

le torse sont immergés, les jambes

gigotent dans l’air. J’ai l’air d’un

idiot. Une fois encore, Paula vient

à ma rescousse avec sa ferme décontraction.

Sous l’eau, elle corrige

la position de mes jambes et

m’encourage à rester immergé

quand je m’apprête à retourner à

la surface. Je préfère nettement la

plongée le long du câble. À la fin

de la journée, j’atteins les dix

mètres de profondeur. Bien plus

que ce que j’aurais imaginé. Mais

encore loin de mon objectif.

« Le premier jour, on a fait de la

technique, reprend Paula sur le

ponton. Demain, nous allons lancer

un défi à ta volonté. » Quand

je lui dis que je ne me sens pas

capable de plonger à 20 mètres,

Paula balaye mon objection en me

racontant son histoire. « Jusqu’en

2014, je ne savais pas nager. J’ai

rencontré mon mari à cette

époque, un moniteur de plongée

en apnée. Je l’ai regardé faire, et

je me suis demandé pourquoi moi

aussi je ne pourrais pas, puisque

lui le pouvait ? Nous sommes tous

les deux des êtres humains… »

En 2015, cinq mois après avoir

démissionné de son poste de

comptable, avoir appris à nager et

s’être entraînée comme une forcenée,

elle établit le record national

pour les dames dans la catégorie

« poids constant », avec

32 mètres. « Ton cerveau te persuade

que tu ne peux pas aller

plus loin, dit-elle en se tapotant le

front. Mais tu dois te rebeller

contre lui. Ne pense pas aux

chiffres, mais à ta respiration.

Cela t’aidera à te détendre. »

Le lendemain, 4 h 15. Assis en

tailleur dans mon lit (ah, les bienfaits

du jetlag…), je fais mes exercices

de respiration. Durant leurs

entraînements, les apnéistes

THE RED BULLETIN 43


Paula compte le temps (bottom time) qui deviendra une unité de profondeur à notre prochaine plongée.

utilisent la technique de respiration

Pranayama issue du yoga.

Certaines techniques renforcent

le diaphragme ou échauffent les

poumons. Ou permettent de se

relâcher mentalement en

quelques secondes. Je peux le

confirmer, les inspirations et les

expirations lentes permettent de

se calmer et d’évacuer les pensées

négatives, au moins pour un moment.

J’ai rarement été d’aussi

bonne humeur à cinq heures du

matin.

Le cours décisif de l’après-midi

débute avec une surprise. Deux

élèves nous accompagnent au lac.

Chen, 22 ans, de Chine et Henry,

28 ans, d’Angleterre. Tous deux

sont des apnéistes confirmés. Au

lieu de profiter de l’enseignement

de Paula en exclusivité, Chen,

Hendrick et moi sommes tous

trois accrochés à la bouée orange.

Pendant les breath-ups, je m’efforce

d’éteindre les bribes de

conversation qui me parviennent.

Un excellent exercice, me dis-je. Il

y aura certainement plein d’autres

moments où je voudrai faire abstraction

des conversations des

autres. Malgré tout, la pression

monte. À travers mon masque, je

vois Hendrick disparaître loin

après les quatorze mètres de profondeur

claire. Il a sûrement dépassé

mon objectif

du jour alors qu’il n’en est qu’à

l’échauffement… Au premier essai,

j’atteins neuf mètres. Loin,

très loin de mon objectif.

Tout au fond

Comparaison entre amateur et pro

sur une plongée en immersion libre

(en se tirant le long d’un filin).

0 m

25 m

50 m

75 m

100 m

125 m

Cours débutant :

1er jour, env. 10 m

Cours débutant :

2e jour, env. 20 m

Plongeur aguerri

(3 à 5 semaines

de pratique),

env. 50m

Record du monde

Femmes :

97 mètres,

Sayuri Kinoshita,

Japon

Record du monde

Hommes :

125 mètres,

Alexey

Molchanov,

Russie

Une fois de plus, ma lumière

dans la nuit s’appelle

Paula. Sous l’eau,

elle est rayonnante de

zénitude. Avec une économie de

gestes précis, elle redresse ma

posture (tête trop penchée), la

traction des bras (trop rapide) et

compte mon bottom time (chaque

seconde supplémentaire que

j’ajoute au point le plus profond

de ma progression en apnée pour

remonter à la surface) pour

le changer en unité de profondeur

à ma prochaine tentative.

À 14 mètres de fond et 10 secondes

de bottom time, j’arrive

à mes limites. « Très bien, me dit

Paula quand je lui en fais part.

C’est maintenant que le cours va

devenir intéressant pour toi. » Je

fais donc l’expérience à l’aune de

mon propre corps de ce que Paula

nous expliquait ce matin pendant

la session théorique : en arrêtant

de respirer, le taux de dioxyde de

carbone dans le sang augmente et

le corps génère un réflexe respiratoire.

C’est là que la bataille mentale

décisive se joue, que chaque

apnéiste doit combattre un jour

ou l’autre : céder au réflexe respiratoire

ou persévérer avec la volonté

de poursuivre l’apnée.

Curieusement, ma limite mentale

se situe précisément à l’endroit

où l’eau du lac se réchauffe.

L’activité volcanique des environs

fait monter la température du lac

à partir de quatorze mètres de

fond. Paula en fait un défi. Dès

que je sens l’eau se réchauffer

entre mes doigts de pied, je fais

encore quatre longueurs de bras

vers le bas. « Quatre ? », je répète

ahuri. « Ou cinq si tu veux te

challenger. » Paula veut me tirer

vers la barre des vingt mètres. Et

comme je ne veux pas perdre la

face devant elle, j’accepte.

Une minute avant ma dernière

plongée, je m’agrippe à la bouée

orange à deux mains et m’efforce

de respirer calmement.

C’est exactement le moment

que le groupe de touristes chinois

choisit pour faire son apparition.

Pendant mes breath-ups, je

plonge à l’intérieur de moi. J’évacue

le monde extérieur en expirant

très fort. Les vacanciers qui

font trempette. Chen et Henry accrochés

à ma bouée. Je me sens

44 THE RED BULLETIN


« Qu’est-ce qui

est plus fort ?

La volonté de

retenir ton souffle

ou le réflexe

respiratoire ? »

Chaque

mètre

compte

Au deuxième jour,

Andreas progresse plus

profondément dans le

lac. Poussée d’adrénaline

: à partir de

14 mètres de profondeur,

la température de

l’eau monte à 38°C.


« Je me hâte le long

du câble. Et regarde

vers le haut. Je

n’aurais pas dû. »


Paula et Andreas lors du débriefing post-plongée sur le ponton du lac Barracuda.

Pausebouée

La coach et le néophyte

à la surface du lac

Barracuda. L’endroit

est idéal pour les débutants,

car il n’y a ni

vagues, ni courant.

bien, mon ventre se gonfle d’oxygène.

Ma confiance en moi grandit

à chaque nouvelle respiration.

Je prends une ultime inspiration

et donne le signal du départ à

Paula. Je progresse prestement

vers les profondeurs : deux longueurs

de bras, une manœuvre

d’équilibrage. Paula, ma compagne

de sécurité, flotte à côté de

moi. Ma vue se brouille. Les détails

du monde sous-marin disparaissent

derrière un voile vert.

Une longueur de bras supplémentaire.

Puis une autre. Et encore

une autre. L’eau dépasse

maintenant largement les 30 °C.

J’ai l’impression d’être dans une

baignoire d’eau chaude. Encore

une longueur de bras. Paula

plante ses yeux dans les miens.

Elle me montre une longueur de

bras. Je me tire vers le bas et je

tiens ma position. Et c’est là que le

réflexe respiratoire arrive. Une

contraction dans le thorax. Je

veux respirer. Je cède brièvement

à la panique. Paula me donne le

signal pour remonter.

Je commence à me hâter vers

la surface. Hors de la baignoire

d’eau chaude. Une des règles d’or

de Paula est de ne pas regarder

vers le haut quand on rejoint la

surface, afin de ne pas se laisser

impressionner par la distance qui

reste à parcourir. Et c’est pourtant

exactement ce que je fais. Je n’aurais

pas dû. Ma bouée, qui indique

la surface, flotte comme un point

minuscule loin, très loin au-dessus

de moi. Je me tire le long du

câble de manière rapide et maladroite.

À chaque mètre, la pression

sur mon thorax est plus forte.

En émergeant, je respire. Paula

commence la respiration de récupération

( recovery breathing), des

inspirations à 100 % et des expirations

à 50 % pour rehausser le

niveau d’oxygène dans le sang le

plus vite possible.

« Devine quelle profondeur tu

as atteint », me taquine-t-elle, impassible,

quand nous avons terminé.

Je ne suis pas encore en mesure

de parler. Paula me montre

l’écran de son ordi de poche. J’y

lis « 12:43 ». Ça fait moins de

treize mètres. Ce n’est pas possible

! Il me faudra quelques instants

pour réaliser que j’ai lu le

mauvais chiffre à l’écran. 12:43,

c’était l’heure. Je regarde une

seconde fois le poignet de Paula.

« 22,4 m », c’est la profondeur. Ma

performance. Paula me gratifie

d’un high-five détrempé.

Plus tard dans la soirée,

nous sommes attablés à

Coron Town pour le dîner

d’adieu. Dehors, les tuktuk

à trois roues pétaradent dans

les rues bondées. À l’intérieur,

Paula me parle d’un élève qui l’a

beaucoup marquée : Marc, un Anglais,

qui peut maintenant plonger

jusqu’à 42 mètres. Et qui a 63 ans.

« La plupart des débutants se sousestiment.

Mais à la fin, ils sont

surpris de voir la profondeur

qu’ils atteignent quand ils combattent

leurs limites mentales. »

« Pareil pour moi, lui dis-je.

Et maintenant, grâce à toi, je

connais mes limites. »

« Pas du tout. Tu viens à peine

de découvrir ton potentiel ! »

freediving-coron.com

Instagram : @mj_paula

47


CONSTRUIRE

LE POSSIBLE

En Californie, passionnés et convaincus par

le Do It Yourself, des skateurs prennent

possession de terrains laissés à l’abandon

et offrent à la communauté des kids locaux

les skateparks qu’elle mérite.

Texte NORA O’DONNELL

Photos MATT EDGE

48


Ce skatepark de San

Francisco a été bâti

par des skateurs

comme Josh Matlock,

ici en action.


31 mars 2019, en mode team building : Matteo Robins, Matt Mehl, George Rocha, Julian Snellgrove, Josh Matlock, Andy Ferguson, Tony Aloy et Danielle Rode.

50 THE RED BULLETIN


Le

paysage américain est constellé des vestiges des

activités du passé – aciéries closes, complexes touristiques

abandonnés et restaurants condamnés. À

l’image de ces 150 hectares dans la Bay Area de San

Francisco – où les prix de l’immobilier sont pourtant

parmi les plus élevés du pays.

Bienvenue sur Treasure Island, une île artificielle

que des centaines de milliers de banlieusards croisent

tous les jours en empruntant le Bay Bridge, sans lui

accorder la moindre attention. Mais le potentiel d’un

terrain vague ou d’un immeuble abandonné

n’échappe pas à certains. Notamment aux skateurs.

À commencer par Josh Matlock, en pleine contemplation

d’un court de tennis en piteux état sur le côté

est de Treasure Island, à y projeter ses rêves de béton.

L’endroit parfait pour un skatepark. « Quand on met

tout son cœur à l’ouvrage, dit-il, la récompense est au

bout du tunnel. »

Un tunnel sacrément long pour Matlock, 43 ans,

l’un des meneurs de la communauté de skateurs de

l’East Bay. Élevé par une mère célibataire et droguée,

après une adolescence tumultueuse, il est passé maître

dans l’art de construire des skateparks en béton dans

tout le pays. Aujourd’hui, la Bay Area grouille de skate

parks, mais du côté d’Oakland, depuis longtemps aux

prises avec les difficultés, c’était loin d’être le cas. Làbas,

la scène du skate a mis plus de temps à décoller et

encore aujourd’hui, le financement des projets de loisirs

n’est pas la priorité de la ville. Ici, c’est à l’initiative

de bénévoles comme Matlock que des skateparks

parviennent à sortir de terre. Ils dénichent des lieux

cachés et s’occupent de la construction eux-mêmes,

sans passer par les formalités administratives et autres

demandes d’autorisation.

Construite à l’origine pour l’exposition universelle

de 1939, Treasure Island est saisie par la marine américaine

pendant la Seconde Guerre mondiale et devient

alors un terrain d’entraînement à la guerre nucléaire,

jusqu’à la fermeture de la base en 1997. Après

une décennie d’élimination des déchets radioactifs,

les logements des militaires ont été transformés en

locations subventionnées par la ville pour 2 500 résidents.

La marine a fini par restituer l’île à la ville de

San Francisco, mais d’immenses parcelles sont toujours

inoccupées. Un plan de développement de cinq

milliards de dollars pour 20 000 nouveaux résidents

est en cours, mais nécessitera vingt ans de travaux.

Et c’est ainsi que Matlock et sa petite équipe commencent

à construire des skateparks de leurs propres

Construire des skateparks là où il n’y a rien, pour les kids : une joie pour Josh Matlock.

mains. Des chantiers qu’ils poursuivent jusqu’à l’arrivée

de la police ou des promoteurs immobiliers.

Matlock le sait, cela aidera une flopée de skateurs

à trouver leur voie – comme ça l’a aidé lui.

Quand Matlock arrive à Oakland il y a de cela

18 ans, pas le moindre skatepark à l’horizon.

À l’époque, il a tout juste la vingtaine et

cherche encore sa voie. « J’étais vraiment un petit

con, dit-il en évoquant sa jeunesse. Quelque part, je

pense que je serai toujours un petit con. » Après avoir

enchaîné les petits boulots pendant quelques années,

il est engagé dans une scierie. Il commence alors à

passer le mot auprès des skateurs du coin qu’il peut

avoir de bons prix sur le bois s’ils veulent construire

des rampes. Et c’est là qu’il reçoit un appel du Wizard

qui lui demande s’il pourrait dénicher du béton pour

des gars qui construisent un spot secret.

Le « Wizard », c’est Mark Leski, un constructeur

qui connaît les créateurs de Burnside, un park légendaire

de Portland, dans l’Oregon, dont la création au

début des années 90 a marqué l’émergence du mouvement

des skateparks DIY (pour Do It Yourself).

« QUAND ON MET SON CŒUR À

L’OUVRAGE, LA RÉCOMPENSE

EST AU BOUT DU TUNNEL. »

THE RED BULLETIN 51


La rampe que Matlock a aidé à construire n’aura

pas le temps de marquer l’histoire des skateparks.

Elle restera en place moins d’une semaine avant

d’être détruite. Mais un autre passage sous le pont de

l’autoroute est un lieu parfait pour remettre ça.

Bordertown est né. Pendant plus d’un an, les nombreux

modules installés ici échappent à la vigilance

du propriétaire des lieux, à savoir Caltrans, le département

des Transports de Californie. Ses employés

finissent par tomber sur le park en août 2005, alors

qu’ils recensent les campements de SDF sous l’autoroute.

Ils ont alors la surprise de découvrir un skatepark

en béton élaboré. Caltrans menace de démolir le

park, mais Matlock et ses gars font face : ils poursuivront

le chantier.

Cette fois, plusieurs personnalités politiques répondent

à l’appel, impressionnées par l’ingéniosité du

park et par les témoignages des résidents du coin, qui

décrivent le quartier comme plus propre et plus sûr.

« CES GAMINS VENAIENT DE

FAMILLES OÙ ILS N’AVAIENT

QU’UNE SEULE ENVIE : FUIR. »

La liberté ressemble à ça : rider un spot que l’on a bâti soi-même, avec ses potes.

Ce soutien politique permet la signature d’un bail de

cinq ans entre Bordertown et Caltrans. De leur côté,

les skateurs continuent à recueillir des fonds pour le

park en créant une association à but non lucratif.

À l’expiration du bail en 2010, Caltrans cesse de

coopérer. En 2011, des employés de Caltrans arrivent

tôt le matin le lendemain de Thanksgiving et démolissent

tout. « Ça leur a pris à peu près douze heures,

raconte Matlock. Quand ils ont eu fini, on aurait dit

qu’il n’y avait jamais eu de skatepark à cet endroit. »

D’

autres projets DIY fleurissent en ville, mais

aucun en coopération avec les autorités

locales. Enfin ça, c’était avant l’arrivée de

K-Dub. Keith Williams (peintre de profession, skateur

par passion) débarque à Oakland en provenance de

Los Angeles en 1998. Quelques années plus tard,

il commence à enseigner l’art au lycée d’Oakland.

Son cours d’art avancé a lieu tous les matins et Keith

remarque que ses élèves, un groupe multiculturel

composé de garçons et de filles afro-américains, latinos,

asiatiques et blancs, viennent à l’école en skate.

Avec eux, il lance un club de skateboard et les

conduit dans différents skateparks de la Bay Area

parce qu’il n’y en a pas à Oakland.

En 2005, Williams crée les Hood Games. « Mon

objectif, c’était de mixer des éléments de la culture

hip-hop, musique et performances artistiques en live,

au skate et d’intégrer tout ça à la communauté »,

explique Williams. Le concept fait tout de suite un

tabac. « D’un seul événement, on est arrivés à quelque

chose comme cinquante, c’est un truc de fou ! »

Après environ deux ans d’événements, les autorités

locales donnent leur accord à Williams pour trouver

un lieu adapté à la construction d’un spot permanent

pour skater. Williams jette son dévolu sur le

DeFremery Park dans West Oakland, haut lieu des

réunions et événements des Black Panthers dans les

années 60, et son grand parking vide.

Notamment soutenu par la marque locale de

jeans, Levi Strauss & Co, qui injectera 700 000 dollars

au total dans le projet, le Town Park, comme on l’appelle

aujourd’hui, est une oasis bétonnée de rampes

et de bosses, embellie d’œuvres de street art vivantes.

Une success story pour Williams, mais sa plus grande

réussite, c’est la communauté qu’il a contribué à créer

et le soutien qu’elle apporte à ses jeunes. « J’ai vu

des gamins qui venaient de familles où ils n’avaient

qu’une seule envie : fuir, explique Williams. Je les ai

vus se trouver une famille à Town Park. Mais ceux qui

se perdent en chemin, ceux qui sont avec nous étant

jeunes et que l’on voit faire ce qu’ils peuvent pour

s’en sortir en grandissant, ceux-là reviennent plus

tard pour nous serrer dans leurs bras, et ce n’est que

de l’amour. »

Après la destruction de Bordertown par

Caltrans, Matlock arrête un temps la construction.

Il travaille de manière plus régulière

avec une entreprise de construction et se syndicalise.

Il s’installe avec sa copine, Liz Thayer, une créatrice

de vêtements, avec qui il a une fille, Pepper, qui a

maintenant six ans. Et il arrête de boire, car c’était

devenu un problème.

52 THE RED BULLETIN


Keith « K-Dub »

Williams, le cerveau

derrière le park

d’Oakland.

Mais l’envie de remettre ça le titille, alors quand un

ami lui parle d’un spot sur Treasure Island, Matlock

ne peut pas résister. « Il me fallait quelque chose pour

ne pas partir en live. » Au bout de près d’un an de

construction sur des courts de tennis à l’abandon, le

projet est repéré par Rich Rovetti, directeur adjoint du

parc immobilier pour l’autorité de développement de

Treasure Island. Loin de les dénoncer pour construction

illégale, Rovetti informe Matlock qu’ils peuvent

poursuivre le chantier du skatepark du moment qu’ils

paient un loyer. Un espoir !

Épaulé par Bob O’Leary, un ami skateur et avocat,

Josh Matlock crée une association à but non lucratif

et surmonte les embûches juridiques. Cette fois, la

mairie les soutient et l’autorité de développement les

autorise à poursuivre le chantier.

Ces temps-ci, Matlock et une poignée de constructeurs

se retrouvent à Treasure Island chaque weekend.

C’est le cas en ce samedi brumeux de mars. Parmi

ces constructeurs dévoués, Danielle Rode est l’une

des seules femmes à participer au chantier. Un ami

lui a parlé de ce skatepark DIY en construction sur

Treasure Island et elle a voulu ajouter sa pierre à

l’édifice. « Quand je suis arrivée ici, dit-elle, il y avait

un groupe de gens qui faisaient du skate, mais en

fait, ces skateurs étaient en train de construire leur

propre terrain d’expression ! »

Williams et les membres de son crew. Dans ce skatepark, chacun(e) a contribué à sa

réalisation ou à son amélioration, et prend d’autant plus de plaisir à le rider.

Ainsi, Josh Matlock a rencontré plusieurs jeunes

curieux, arrivés sur l’île avec l’envie d’aider. Certains,

un peu perdus, se tournent vers lui pour lui demander

conseil. « Ça les empêche de faire des conneries,

dit-il, et il y a peut-être un moyen d’être… comment

on dit, déjà ? Un modèle à suivre ? Peut-être que j’en

suis un, en fait… »

THE RED BULLETIN 53


CHAMPIONNE

DE SA LIGUE

Beaucoup rêvent du job idéal.

CHELCEE GRIMES en a deux :

star montante de la musique et

footballeuse professionnelle, le

tout à seulement 27 ans. Histoire

d’un succès en deux mi-temps.

Texte PIERS MARTIN

Photos STEPHANIE SIAN SMITH

« Je suis une Jekyll and Hyde. Mais chezmoi,

les deux personnalités sont vitales »,

explique la native de Liverpool de sa voix

suave, pendant que les décors de la

séance photo pour The Red Bulletin sont

démantelés. Installée dans un canapé au

coin d’un studio ensoleillé au bord d’un

canal à l’est de Londres, la jeune femme

de 27 ans, joviale et affable, arbore haut

orange vif, pantalon marron, des New

Balance aux pieds et une chaîne en argent

avec son prénom autour du cou.

Chelcee Grimes est une auteure-compositrice

qu’on s’arrache. Elle a écrit des

succès pour Dua Lipa, Kylie Minogue,

Ke$ha et Tom Walker, et collaboré avec

Calvin Harris et le producteur RedOne

(Lady Gaga, Nicki Minaj) à Los Angeles.

En 2018, elle se lance dans une carrière

solo avec Just Like That et I Need a Night

Out. Son premier album sortira en 2020.

Mais ce n’est pas tout. Grimes est aussi

footballeuse professionnelle.

Avant-centre du Fulham FC Femmes,

Grimes totalise trois buts en FA Cup cette

saison. En dehors du terrain, elle réunit

ses deux passions en animant sa propre

émission en ligne sur BBC Sport, Chelcee

Away. En juin et juillet, elle couvrira avec

l’équipe de la chaîne, et sur COPA90, site

populaire de fans de foot, la Coupe du

monde féminine en France. « Je suis pas

mal occupée en ce moment, dit-elle

modestement. C’est un peu la folie, mais

je suis ravie. »

Ces dernières années, Grimes n’a pas

chômé en effet. La veille, elle était à

Anfield pour rencontrer Jürgen Klopp dans

le cadre d’un projet de branding. Un rêve

devenu réalité pour cette supportrice des

Reds de Liverpool. Après l’interview, elle

a rendez-vous dans un studio à Londres

pour finaliser l’enregistrement de son prochain

single, Girls, dont elle espère qu’il

sera l’hymne non officiel de la Coupe du

monde féminine. Le lendemain, une session

d’écriture l’attend à Ealing avec

Naughty Boy (« je l’ai rencontré la semaine

dernière et à présent on collabore »), et elle

conclura sa semaine par une participation

au championnat du jeu vidéo FIFA eWorld,

le Graal pour elle. « Je vis un rêve éveillé »,

lance-t-elle le visage rayonnant.

Ce succès dans deux carrières de prestige,

a peu à peu promu Grimes au rang

de célébrité et d’ambassadrice du football

féminin, une notoriété qu’elle gère bien,

grâce à son calme naturel et la passion

pour ce qu’elle fait, partageant ses expériences

avec les jeunes fans qui voient en

elle un modèle à suivre. Mais elle a aussi

assez vécu pour savoir qu’elle évolue dans

des univers très versatiles.

À l’âge de 17 ans, Grimes décide d’en

finir avec le foot alors qu’elle est sur le

point de passer professionnelle. En cause,

l’impossibilité du football féminin de

subvenir alors à ses besoins. D’autant plus

54 THE RED BULLETIN


La tête dans le son et

les pieds dans le jeu :

Chelcee vit ses deux

passions, la musique

et le foot, à 200 %.

« Pour mes essais à

Liverpool, je n’avais

même pas de paire

de crampons. »


qu’un contrat de disque juteux lui est proposé.

« On agitait un chèque sous mes

yeux alors que le football ne m’avait pas

donné un sou en huit ans, dur de refuser

dans ces conditions. J’ai donc choisi la

musique et renoncé au foot. » Si le choix

s’imposait, il nous faut, pour mieux saisir

sa portée, revenir sur ce que le football

représente pour elle.

Elevée à Aigburth, Liverpool, le

club des Reds tient vite une place

importante dans sa vie : « Si vous

naissez dans une famille qui supporte

les Reds, vous n’y échapperez pas. »

Elle doit son prénom à son père. « Chelsea

était une petite équipe à l’époque, c’est pas

comme s’il voulait m’appeler Tottenham

par exemple », plaisante-elle. Ma mère a

dit : “D’accord, c’est un joli prénom mais

Engagée à Fulham,

Chelcee a aussi joué

à Liverpool, Everton,

avec les Tranmere

Rovers et les Spurs.

on va modifier l’orthographe”, comme sur

mon passeport que j’exhibe promptement

quand on ne me croit pas. »

Enfant unique, Grimes comprend vite

que le foot sera le seul moyen de s’entendre

avec les garçons, ses cousins ou

ceux de sa rue. « C’était ça ou rester à la

maison faire des devoirs. Après des

débuts difficiles, les progrès sont vite

arrivés. J’étais la première choisie dans

l’équipe. » Son grand-père remarque une

annonce du centre de formation Ian Rush

(fondateur et ancienne idole des Reds)

dans le journal local. Sa mère l’y inscrit.

Elle est l’unique fille. Les Liverpool Ladies

(rebaptisées depuis Liverpool FC Women),

qui s’entraînent sur le même terrain, la

remarquent. « Elles me proposent de faire

un essai. À l’époque, je n’avais même pas

de crampons ! Mais ma prestation les a

convaincues, et j’ai pu intégrer les U10

de Liverpool, avant de signer un contrat

pour cinq ans. »

Quant à la musique, c’est une passion

que Chelcee développe un peu plus tard :

ado, elle est fan de pop et grandit avec les

tubes de J-Lo, Beyoncé, Pink et Kanye. À

la maison, sa mère préfère la dance, son

beau-père Sting, et Simon & Garfunkel.

Pour son diplôme de fin d’études secondaires,

Grimes opte pour la spécialité

musique pour mettre les chances de son

côté. De fait, un professeur ayant remarqué

ses talents d’écriture l’encourage en

ce sens. À 16 ans, elle décroche un contrat

d’enregistrement de six mois grâce à un

concours sur Juice FM, une radio locale.

Ryan Babel, ailier hollandais de Liverpool

est le propriétaire du studio, l’occasion

pour la jeune Anglaise d’assister à tous les

matches des Reds et d’apprendre les

ficelles de l’enregistrement avec l’ingénieur

de Babel. La voilà mordue de

musique.

En plus du plaisir de chanter, Chelcee

découvrir celui de se produire sur scène.

« Je jouais tous les soirs à Liverpool. Le

buzz attirait toujours plus de public, se

souvient-elle. Les jeunes se tatouaient les

textes de mes chansons dont j’avais moimême

oublié les paroles. The Truth était

l’une d’elles, un gamin se l’était entièrement

tatoué. Je leur disais : “Ne faites pas

ça, vos mères vont hurler.’’ Mais en observant

le phénomène j’ai compris que

quelque chose se passait. » Une chose qui

la mettra devant un choix cornélien : le

football ou la musique. Ce sera la seconde.

Elle signe un contrat avec le label RCA.

« Ils voyaient en moi l’Alicia Keys

anglaise », confie-t-elle, mais rapidement,

son manager est licencié ; son successeur

l’ignore pendant deux ans, avant de la

débarquer sans préavis. Désorientée, abattue

et fauchée, Grimes s’installe à Londres

et poursuit son rêve d’auteurecompositrice

en enregistrant seule où elle

peut, dans une chambre, un sous-sol.

Aujourd’hui, Grimes juge cette période

sans complaisance. « À 18 ans, à part jouer

au foot, j’avais peu vécu. Après une année

blanche, j’ai écrit quatre chansons et

obtenu très vite un contrat de disque, pas

vraiment mérité, pour être honnête. » Elle

se fixe alors de nouveaux défis. « J’ai

voyagé, appris à me connaître et me suis

lancée dans l’écriture. Un jour, quelqu’un

m’appelle et me dit : “Nous apprécions vos

talents de compositrice et vous proposons

un contrat de publication.” J’ai accepté

même si c’était la scène que je visais. » Elle

56 THE RED BULLETIN


17 ans et l’époque où j’écrivais des chansons

dans ma chambre, livrée à moimême.

» En composant pour Dua Lipa,

Lana Del Rey et Ellie Goulding, Grimes se

découvre un talent pour les mélodies à

succès et les rythmes accrocheurs. « Dans

le milieu, ma rapidité de création est

devenue un gag », avoue-t-elle.

PHOTOGRAPHY ASSISTANTS:PAOLINA STADLER, MARIA MONFORT PLANA,

STYLING:EMILY ROSE MOLONEY, HAIR & MAKE-UP:ALICE HOWLETT

se retrouve à Copenhague pour une séance

d’écriture avec le producteur danois Cutfather.

Hantée par le mal du pays, Grimes

compose I Feel Like I’m A Million Miles

Away, titre qu’interprétera Kylie Minogue

en 2014. Elle collabore ensuite avec Steve

Mac, l’un des producteurs les plus en vue

de la pop moderne, avec à son actif

d’énormes succès comme Shape Of You

(Ed Sheeran), Symphony (Clean Bandit)

et What About Us (Pink). « On ne peut que

se bonifier avec de grands joueurs à ses

côtés », lance-t-elle en unissant ses deux

passions par la métaphore.

Mais Grimes ne manque pas de

confiance en elle : « Je suis une Scouser

(terme désignant l’accent de Liverpool,

ndlr). Il y a dans l’eau de Liverpool,

« Les jeunes se

tatouaient les

textes de mes

chansons. »

quelque chose qui nous pousse à penser

que tout est possible. Je n’oublierai jamais

la finale de la Ligue des champions en

2005 (match héroïque contre l’AC Milan à

Istanbul, ndlr). Être mené 3:0 et revenir,

se battre et gagner en 45 minutes incarnait

tout ce en quoi je crois. J’ai vu que la

beauté pouvait jaillir du combat. »

Avec le recul, Grimes estime que son

parcours a été formateur. « Je suis professionnelle

depuis seulement quatre ans,

mais j’ai beaucoup évolué depuis mes

Si comme Grimes, vous écrivez

une chanson par jour, certaines

finissent par trouver un écho.

L’une d’elles, 11:11, inspirée par

son père, est reprise en 2016 par l’artiste

sud-coréenne Taeyeon et deviendra un

énorme succès, avec plus de 52 millions de

vues sur YouTube. « On ne se rappelle pas

toujours tout ce que l’on a écrit, mais

celle-ci est spéciale, confie-t-elle. Christian

Vinten (co-auteur, ndlr) me demande un

jour sur quoi je n’ai jamais écrit. Je

réponds : “Mon père, bizarrement.” Il est

mort quand j’étais enfant, et je crois que

j’ai évité le sujet depuis. Ma mère me disait

toujours de faire un vœu à 23 h 11, et ce

vœu était qu’il vienne et me parle. » Si

Grimes apprécie son succès d’auteurecompositrice,

elle n’a pas pour autant

renoncé à la scène et à ses chansons à

elle. Une persévérance qui finit par payer

l’an dernier avec l’enregistrement de ses

propres morceaux. Mais le foot a laissé un

vide. En matant la Coupe du monde féminine

de 2015, elle remarque, parmi les

joueuses anglaises sur le terrain, certaines

de ses anciennes co-équipières. « Il fallait

que j’y retourne. J’ai contacté des équipes

et obtenu des essais avec Wimbledon, les

Spurs et West Ham. Les trois m’ont proposé

un contrat, c’était dingue. » Elle

signe à Fulham et part s’y installer, même

si, après la sortie de l’équipe masculine de

la Premier League, son avenir au club

demeure incertain.

Cet été, Grimes sera au rendez-vous

pour la coupe du monde féminine en

France et espère que ses reportages pour

la BBC et COPA90, un média foot en ligne

influent, motiveront plus de filles à jouer

au foot. À sa façon, la jeune femme s’est

inventé la vie qui lui va. « Je suis la preuve

vivante qu’on peut s’épanouir dans plusieurs

choses à la fois, poursuit-elle. En

studio, j’écris des chansons pour les

groupes parmi les plus prestigieux au

monde. Je joue pour Fulham tout en enregistrant

mon propre album. C’est ça mon

combat. » Dans la vie comme dans sa carrière,

Chelcee Grimes est bien plus que la

somme de ses rencontres.

chelceegrimes.com

THE RED BULLETIN 57


LE CRACK

OU LE JEU

Comment la DYCKMAN LEAGUE,

qui célèbre son 30 e anniversaire

cet été, a offert une alternative à

la drogue pour devenir une place

forte du basket new-yorkais et

transformer un quartier à jamais.

Texte DAVID HOWARD

Photos ANDRE JONES

Bien avant l’arrivée des Kevin

Durant, Kemba Walker et

autres demi-dieux du basket,

les gros sponsors, les caméras,

les rappeurs et la centaine

d’équipes jouant les

soirs d’été devant des foules compactes de

2 000 spectateurs… bien avant tout cela,

il n’y avait que trois potes.

Trois potes, un ballon et un terrain.

Kenny Stevens, Omar Booth et Michael

Jenkins ont grandi ensemble dans les

complexes d’immeubles de Dyckman à

Inwood, au nord de Harlem, tout en haut

de Manhattan, à New York (USA). Amis

depuis leur plus tendre enfance, les trois

jeunes hommes aimaient tous les sports

mais le point culminant chaque année

était la Holcombe Rucker League, un

tournoi de basket-ball à l’échelle de la

ville qui se tenait autrefois à Harlem. Leur

terrain à eux, le noyau de leur vie et de

leur amitié, c’était le Monsignor Kett

Playground. Et bien qu’ils aient grandi et

commencé à s’éloigner les uns des autres,

ce terrain de basket restait le lien qui les

unissait. « Le terrain, explique Stevens,

c’était la maison. »

À l’époque, fin des années 1980,

Stevens était étudiant et jouait au basket

au Kingsborough Community College,

tandis que Booth jouait à West Virginia

State et Jenkins travaillait à plein temps.

Mais quand les longues journées d’été

arrivaient, qu’ils étaient tous rentrés et

réunis à la maison, ils se réjouissaient à

l’idée de trouver des potes pour jouer,

d’acheter des bières, et de s’asseoir dans

le parc pour se marrer et vanner pendant

des heures à propos d’une interception ou

d’un lay-up refusé.

C’était à peu près ce qu’on pouvait

espérer de mieux à Dyckman à une

époque où une épidémie de drogue sévissait

dans le quartier. « Le crack a dévasté

beaucoup de familles, poursuit Stevens.

58 THE RED BULLETIN


Depuis trente ans, la

Dyckman League est

un incontournable

estival à New York.

Six équipes jouaient

dans la ligue originale.

Cette année,

Dyckman en accueillera

plus de cent.

THE RED BULLETIN 59


De nombreuses

légendes du streetball,

parmi les plus talentueuses

de New York,

ont fait leurs premières

armes à Dyckman.

Le sport était notre refuge. » À New-York

sévissait aussi la folie du streetball, du

basket de rue dont l’engouement explosait

aux quatre coins de la ville, au Rucker

Park de Harlem et sur la West 4th Street

dans le Lower Manhattan en particulier,

attirant des foules surchauffées. Stevens,

Booth et Jenkins se font alors la réflexion

qu’en réunissant d’autres amis et leurs

amis, ils pourraient mettre sur pied un

petit événement, voire leur propre tournoi

de streetball.

On forma six équipes, on établit un

calendrier. Et même s’il n’y avait pas de

public, même si personne ne leur prêtait

attention, les joueurs prenaient les choses

très au sérieux. Ils jouaient dur, et bien

que le climat restât amical, personne ne

voulait perdre. Stevens, Booth et Jenkins

prennent rapidement conscience de la

nécessité d’avoir recours à des arbitres.

Chaque équipe s’engage donc à verser

cinquante dollars pour embaucher des

pros en vu des matches encore à jouer.

C’est ainsi qu’ils réalisent leur premier

modeste investissement dans la Dyckman

Basketball League fraîchement créée. Le

peu d’argent restant suffisait à peine pour

un trophée.

« On n’allait pas loin avec cinquante

dollars, dit Stevens en riant. Mais on a fait

en sorte que ça marche. »

La façon dont Dyckman est devenu

« The » Dyckman, qui célèbre

aujourd’hui son trentième anniversaire,

est l’histoire d’une progression

lente et régulière, sur le long

terme, entrecoupée de bonds météoriques

en avant.

La ligue a eu son petit succès, et le

nombre d’équipes est passé à dix la saison

suivante, puis à douze quelques étés plus

tard. Lors de la sixième saison, les organisateurs

ajoutèrent des divisions incorporant

des joueurs aux âges et aux habiletés

différentes. Des gradins furent installés et

bientôt un commentateur se mit à improviser

et à décrire l’action dans une sono.

Stevens et les autres ne sont pas les inventeurs

de cette formule qui s’inspirait des

succès passés de Rucker Park et de West

4th, mais le coin possédait déjà un fier

héritage, ayant accueilli une génération

plus tôt les premiers paniers de Lew

Alcindor qui allait se faire connaître sous

le nom de Kareem Abdul-Jabbar.

À l’occasion du dixième anniversaire

de la ligue, Converse s’engage en tant que

sponsor. Ce qui attire les meilleurs

joueurs des équipes universitaires.

Stevens s’est auparavant assuré que le

quartier entier soit au courant que la

ligue est son événement, créé pour

Dyckman par les gens de Dyckman.

La nouvelle se répand et diverses personnalités

du basket-ball commencent à

faire le trajet jusqu’au bout de Manhattan

pour participer aux matches et jouir de

60 THE RED BULLETIN


l’animation locale. Marcus Camby est le

premier joueur de NBA à se présenter, à la

fin des années 1990, alors qu’il jouait

pour les Knicks de New York. C’est là que

Stevens réalise pour la première fois que

Dyckman était en train de devenir un événement,

un lieu et un nom à l’importance

plus grande qu’il ne l’imaginait.

Actuelle star de la NBA jouant pour les

Hornets de Charlotte, Kemba Walker, qui

a grandi dans le Bronx, a commencé à

jouer à Dyckman quand il était collégien,

et s’y pointe toujours depuis, année après

année. « Il y a de la magie à Dyckman,

s’exclame Bobbito Garcia, joueur de

streetball et légende américaine du hiphop

qui a joué au Madison Square Garden,

et sur les terrains internationaux.

Le seul moment de ma vie d’adulte où j’ai

été ébranlé, c’était lors de mon premier

match à Dyckman. »

« Apporte ton don, pas ton nom. » Le

slogan de l’endroit lui était familier, mais

Chris McCullough

(à gauche) et Rondae

Hollis-Jefferson des

Nets de Brooklyn ont

joué à Dyckman.

« À Dyckman,

nous étions

viraux bien

avant que le

mot “viral”

n’existe. »

ne lui parlait pas. Il se prend une claque :

au lieu de l’applaudir pour le remercier

d’être venu, la foule, sous l’impulsion d’un

élément perturbateur, commence à le

charrier à cause des toutes dernières

baskets Adidas (basses, considérées

comme non adaptées pour jouer) qu’il

portait ce jour-là. Tout le monde se fout

de lui. « Je suis allé à Dyckman et j’étais

un nobody, se marre Garcia. Sacré

accueil ! »

En juillet 2011, Dyckman accueillait le

match de streetball de la décennie à New

York : l’équipe Nike contre l’équipe Ooh

Way, l’une comme l’autre remplie de

légendes locales. Trois mille personnes s’y

entassent, occupant le moindre espace,

peu importe la visibilité réduite, y compris

au sommet des arbres. Les policiers

ont dû intervenir pour chasser les enfants

d’un toit voisin.

Nombre de légendes urbaines sont

associées à Dyckman. À en croire l’une

THE RED BULLETIN 61


Le coup d’envoi

de la 30 e saison

de Dyckman aura

lieu en juin.

d’elles, certains soirs, un conducteur du

métro de la ligne 1 qui passe au-dessus du

terrain s’attardait à la station Dyckman

Street pour pouvoir mater le match en

cours, puis repartait dans la nuit après un

coup d’avertisseur, comme une dédicace

aux joueurs.

On ne sait jamais qui viendra.

C’est la première chose à

savoir au sujet des matches à

Dyckman. En 2011, quand le

milliardaire Mark Cuban, propriétaire des

Mavericks de Dallas, vient en spectateur

(ce qui n’a pas manqué de provoquer des

remous dans la foule), personne ne prend

la peine de prévenir Sharon Bond, la

vice-présidente marketing de Dyckman.

Pareil pour l’apparition du boxeur Floyd

Mayweather l’été dernier. Idem avec les

mégastars comme Kevin Durant, qui a

participé à un match en 2011 et est

revenu en spectateur en 2016 et en 2018.

« On ne sait jamais qui va venir, insiste

Bond. Il faut juste être là. Nous étions

viraux avant que le mot “viral” n’existe. »

La deuxième chose, c’est que personne

autour de Dyckman ne se soucie de savoir

quel VIP pourrait se présenter un soir de

match. Ils iront au parc de toute façon.

« Ceux qui rendent cela réellement, concrètement

possible, ce sont les membres de

la communauté, développe Bond. Ils

viennent tous les jours, ils apportent leur

énergie, c’est comme un ciment qui nous

tient. Les joueurs de NBA et les rappeurs se

réunissent ici à cause de cette énergie. »

Lorsqu’il passe dans le coin, la saison

terminée, Stevens est ravi de constater

que personne n’a vandalisé le terrain, les

gradins ni les lumières comme dans les

années 80. Pour les enfants qui grandissent

dans le quartier aujourd’hui, ce

serait comme souiller les murs de leur

propre chambre. « Si vous vivez à

Washington Heights ou à Inwood, c’est

un tournoi auquel vous aspirez, explique

Garcia. Les enfants du coin ne rêvent pas

de devenir assez bons pour jouer en NBA,

ils rêvent de devenir assez bons pour

jouer à Dyckman. »

Et pour ceux qui ne possèdent pas les

compétences de l’élite, il existe d’autres

points d’entrée. Chaque été, quelque

125 jeunes obtiennent un emploi d’été

rémunéré auprès de la ligue en collaboration

avec un programme municipal.

D’autres jeunes s’impliquent de différentes

façons, certains en participant au

programme d’entraînement tout au long

de l’année.

Tout cela est l’une des réalisations

dont Stevens est le plus fier en tant que

directeur exécutif des opérations de

Dyckman Basketball. « L’inspiration que

nous procurent les visages de ces enfants,

sachant qu’ils n’ont nulle part où aller –

ils sont là tous les étés – est inestimable »,

souligne-t-il.

62 THE RED BULLETIN


Kevin Durant, qui

a joué un match à

Dyckman en 2011, y

a fait une visite surprise

l’été dernier.

Ce qui est remarquable quand on s’y

intéresse, c’est le nombre de personnes

impliquées à Dyckman. Les familles du

quartier dont les enfants participent aux

matches travaillent aussi à subvenir à

leurs propres besoins en vendant des saucisses,

des chiche-kebabs et des boissons

sur des stands tout autour du terrain.

Côté spectateurs, les habitués ont des

sièges assignés de facto, de sorte que les

nouveaux arrivants qui tentent de s’y

incruster se font refouler vers l’arrière.

Lors des plus grosses soirées, la foule

déborde sur le terrain...

Si vous visitez le Monsignor Kett

Playgound à l’heure du déjeuner n’importe

quel jour de l’été, vous n’y verrez

rien de plus que des paniers et des sièges

vides, quelques enfants et un ballon.

L’endroit semble plus propre et plus pimpant

que la plupart des autres terrains

de jeu municipaux, mais sinon c’est exactement

comme à l’époque où Kenny

« Les gosses

d’ici ne rêvent

pas de devenir

assez bons

pour jouer en

NBA. Ils rêvent

de devenir

assez bons

pour jouer

à Dyckman. »

Stevens, Omar Booth et Michael Jenkins

se retrouvaient pour s’affronter sur ces

mètres carrés qui allaient devenir la place

forte du basket new-yorkais.

Vers 16 heures, à Dyckman, l’atmosphère

change. On lance les préparatifs et

soudainement, il y a de l’électricité dans

l’air. « Vous détournez votre attention, dit

Bond, et tout cela se produit en quelques

secondes. »

À 18 heures, alors que la chaleur poisseuse

perd un peu de sa vigueur et que

les ombres s’allongent, les 1 600 places

assises se remplissent, la plupart par

des gens du quartier. Un DJ pousse la

musique et les speakers prennent leurs

micros. Les équipes se rassemblent pour

un entre-deux sur le terrain central ; la

soirée est lancée.

Cette transformation est surprenante,

sauf pour quiconque a vécu autour de

Dyckman et la voit se reproduire systématiquement

à chaque fin de journée, l’été,

depuis trente ans. Ceux qui ont assisté

au tout premier tournoi organisé à la hâte

ont encore du mal à assimiler le fait

que Dyckman soit maintenant devenu

« The » Dyckman.

Sauf que, au fond, ce qui se passe

maintenant au Monsignor Kett

Playground est exactement

comme lorsque les trois amis

ont débuté : le même terrain, la même

communauté et le même jeu, mis en

valeur dans toute sa grâce et sa force,

sa férocité et sa beauté.

Pour Stevens, qui est toujours un

bon ami de Booth et de Jenkins, et qui

entraîne maintenant les fils des joueurs

de playground qu’il a entraînés quand il

était plus jeune, Dyckman reflète la vie

elle-même. Vous pouvez gagner en âge et

devenir plus sage, mais vous n’avez pas

besoin de grandir totalement, parce que

vous avez toujours le jeu.

« Beaucoup de choses se sont passées

depuis, articule Stevens dans un rire

léger. Je ne réalise même pas que cela fait

trente ans, parce que j’ai l’impression que

c’était encore hier. »

L’édition 2019 du tournoi de Dyckman

se tiendra à New York et aura lieu sept

jours sur sept, pendant dix semaines,

de juin à août.

dyckmanbasketball.com

THE RED BULLETIN 63


À la pointe

Texte MARK BAILEY

Photos RICK GUEST

La science du

sport peut-elle

révolutionner

le ballet ?

64 THE RED BULLETIN


William Bracewell,

l’un des premiers

solistes du Royal Ballet

de Londres, conjugue

grâce et puissance

à la perfection.


L’élégance et la beauté du ballet dissimulent

des corps meurtris, des muscles endoloris

de la souffrance et de la pression. Mais au

Royal Ballet de Londres, les choses évoluent,

grâce à une nouvelle génération de danseurs.

La science du sport renforce leurs corps et

leurs esprits – propulsant leur art dans le futur.

Quand Gemma Pitchley-Gale

n’est pas chaussée de ses

pointes roses, en pleine

séance de pirouettes à la

Royal Opera House, le fief

londonien du célébrissime

Royal Ballet, elle est souvent

en train de soulever des haltères

en fonte à la salle de

sport. Malgré un physique menu, la danseuse a

déjà réussi à soulever 97 kg – plus du double de

son propre poids, 47 kg.

« Les gens s’imaginent qu’on passe nos journées

à virevolter en studio, qu’on est maigre,

fragile et qu’on ne mange rien, s’amuse la jeune

femme originaire du sud de Londres. Alors quand

ils voient tout ce dont on est capables, ils n’en

reviennent pas. » Sa collègue, Claire Calvert, qui a

interprété la fée Dragée dans Casse-Noisette, a

elle-même établi un record perso de 99 kg en

squat. Les danseurs masculins de la compagnie ne

sont pas en reste. William Bracewell peut soulever

ses 75 kg en enchaînant 45 extensions de mollets.

À chaque entraînement quotidien, Alexander

Campbell soulève en cumulé un poids total de

3 655 kg, soit à peu près le poids d’un Ford Transit

chargé. Et Matthew Ball peut supporter l’équivalent

de quatre fois son poids en effectuant un

squat statique sur une seule jambe. « J’ai montré à

mes parents une vidéo de moi en train de soulever

des poids et ils m’ont dit : “Mais tu as le droit de

faire ça ?”, raconte le jeune homme de 26 ans avec

le sourire. Le truc, c’est que quand j’atterris après

un grand saut, j’ai l’équivalent de 500 kg de force

qui passe dans mes jambes, donc il faut bien que

je m’entraîne pour. »

Si les danseurs d’aujourd’hui passent tant de

temps à la salle de sport, c’est pour une raison :

le ballet est un univers magnifique, mais aussi

brutal, fait de muscles endoloris et d’épuisement

intense. Pour maîtriser le sublime jeu de pieds de

ballets emblématiques comme le Lac des cygnes,

Cendrillon ou encore Roméo et Juliette, ces

artistes peuvent enchaîner jusqu’à six heures de

répétitions complexes par jour et parfois quatre

représentations en public par semaine. Sur le

plan physique, le prix à payer est immense : les

danseurs du Royal Ballet – qui sont une centaine,

et dont les pieds meurtris sont gravement esquintés

par les ampoules, ongles noircis, coupures,

contusions et autres déformations – consomment

en moyenne 12 000 chaussons par an. Avec une

moyenne de 6,8 blessures par an, de l’entorse du

pied à la déchirure musculaire, le taux de blessures

des danseurs est comparable à celui des

joueurs de football américain.

« Le matin au réveil, on ressent un mélange

de courbatures, de douleurs et de craquements,

en gros », explique Gemma Pitchley-Gale en

riant. Après 75 minutes d’échauffement, les

choses sérieuses commencent. « Il nous arrive de

répéter de midi à 18 h 30 sans faire de pause ou

66 THE RED BULLETIN


Claire Calvert :

une force brute

absolue et une

souplesse rare.

RÉSILIENCE

Claire Calvert

Première soliste (en dessous

de l’étoile), Claire

Calvert a été victime d’une

lésion ostéochondrale

(une petite blessure du

cartilage) au niveau du

fémur en 2013. Elle voit

son muscle diminuer de

moitié et se retrouve avec

un trou d’un centimètre

dans le cartilage. Pour

reconstituer ses muscles

et ses articulations, elle

se met aux squats lestés

et aux soulevés de terre.

« J’en ai fait quelque chose

de positif, explique la

jeune femme de 31 ans. Je

m’entraînais depuis l’âge

de 11 ans, sans aucun véritable

suivi. Là, j’ai eu le

temps de réfléchir. Je me

suis demandé comment

m’améliorer en tant que

danseuse et je me suis dit

que je devais me mettre

à fond au sport. Je suis

revenue plus forte et

plus heureuse. »


Sac de sable et box de

pliométrie : Claire bosse

ses muscles profonds.

Pour aller plus loin, l’équipe de Retter a

commencé à tout analyser, de la force

d’atterrissage des danseurs aux schémas

d’activation de leurs muscles. Ils ont utilisé

la même technologie de plateformes biomécaniques

que celle employée par l’Agence spatiale

européenne, ainsi que des unités d’électromyopresque,

confie Claire Calvert. Dans la pratique,

c’est interdit – en général, on a une heure pour

manger – mais parfois, c’est comme ça que se

passent les répétitions. » Et puis vient le moment

de la représentation, à la fois éblouissante et

éreintante, devant 2 250 spectateurs. De retour

chez eux vers 1 heure du matin pour certains, les

danseurs doivent être au studio à 9 h 30 le lendemain.

Ce rythme de vie éreintant n’avait jamais

incité quiconque à analyser tout ce que subissaient

les corps des danseurs, jusqu’en 2013, date

à laquelle le Royal Ballet ouvre la Mason Healthcare

Suite – un établissement de haute qualité

avec dix-sept experts en science du sport, physiothérapie,

nutrition, massage, rééducation et psychologie

dans le but de réduire les blessures, de

combattre la fatigue et d’améliorer les perfs.

« J’ai été choqué quand j’ai vu la charge de travail

des danseurs, admet Greg Retter, le directeur

clinique du service de santé du ballet, ancien responsable

de la rééducation pour l’équipe olympique

de Grande-Bretagne. Les danseurs se

donnent à 100 % à chaque répétition, plusieurs

fois par jour. Les athlètes échelonnent les entraînements

par rapport aux compétitions, mais les

danseurs, eux, s’entraînent continuellement de

septembre à juin, et ils répètent souvent six ballets

à la fois. C’est un bouillonnement constant. »

Un rythme difficile mais nécessaire, car les danseurs

doivent faire preuve sans jamais faillir

d’une précision extraordinaire dans leurs

mouvements. Autant un joueur de football a le

droit de manquer les filets et un musicien peut se

permettre une fausse note isolée, autant chaque

pas du danseur se doit d’être impeccable afin que

se crée sur scène cette délicatesse et cette précision

propres à une œuvre artistique. « Cette

manière qu’ils ont d’utiliser leur perception

kinesthésique et leur mémoire musculaire de

manière cognitive pour réaliser des suites de

mouvements complexes est vraiment propre à

leur discipline, déclare Retter. Et même si le mouvement

est modifié, ils n’auront qu’à le refaire

quelques fois et ce sera intégré. Une telle neuroplasticité,

c’est tout bonnement incroyable. »

C’est justement ce niveau de précision qui fait

toute la difficulté – et toute la beauté – du ballet.

« Le ballet, c’est un art esthétique. En pratique,

telle partie du bras devra être positionnée exactement

comme ça et tel doigt devra être ici,

explique Claire Calvert. C’est en cela que le ballet

est unique. Le corps humain s’adapte à tout, mais

personne n’est fait pour le ballet. L’en-dehors

(quand un danseur fait pivoter ses jambes au

niveau des hanches, et que ses genoux et ses orteils

pointent vers l’extérieur, ndlr), ce n’est pas prévu

par la nature. »

La musculation

peut diminuer le

risque de blessure

de 59 %.

68 THE RED BULLETIN


Gemma Pitchley-

Gale développe

sa force sur un

reformer de Pilates

de haut niveau.

graphie (EMG) pour l’analyse des muscles, des

masques à oxygène et des moniteurs de fréquence

cardiaque. L’équipe a également subventionné

un étudiant en doctorat de l’université St

Mary chargé de mesurer les performances des

danseurs à l’aide d’accéléromètres.

Sous l’œil pragmatique de la science du sport,

le ballet s’est révélé être un véritable tumulte de

membres gorgés d’acide lactique, de fréquences

cardiaques en folie et de muscles en manque

d’oxygène. Les danseurs masculins subissent des

forces pouvant atteindre 610 kg lors des atterrissages.

Les danseuses, elles, peuvent encaisser

410 kg de force – à peu près la même puissance

qu’un coup de poing balancé en pleine course par

Conor McGregor. Même le stress de se produire

face à un public peut entraîner une augmentation

de 8 % du taux de lactate dans le sang.

Mises bout à bout, ces données constituent

une véritable révélation : voilà des années que les

athlètes, aventuriers et soldats s’étaient tous mis

à la science du sport, alors que les danseurs, eux,

n’avaient jamais bénéficié d’un entraînement

musculaire adéquat, de conseils nutritionnels, de

protocoles de rééducation ou d’innovations technologiques

pour les aider à supporter la charge

physique sans égale qui pesait sur leurs épaules.

Les douleurs et les blessures étaient inévitables.

« Quand je suis sortie de la Royal Ballet School en

2005, on se contentait d’un peu de Pilates et de

quelques étirements, se remémore Gemma Pitchley-Gale.

Il y avait deux pauvres vélos elliptiques

qui traînaient dans le couloir. » À l’image de

Gemma, des danseurs proactifs ont cherché de

l’aide à l’extérieur en travaillant avec un coach

personnel. Pour d’autres, la santé n’était pas une

priorité : l’ancien soliste Eric Underwood a avoué

avoir succombé à l’alcool, à la cigarette et aux

hamburgers, tandis que le danseur ukrainien

Sergeï Polunin a un penchant pour les soirées

endiablées et les substances illicites. En réalité,

pour que tous les danseurs comprennent l’intérêt

d’intégrer la science du sport à leur pratique,

il fallait d’abord que les mentalités changent.

Les danseurs sont des artistes, pas des athlètes.

Leur objectif, c’est de créer de l’émotion à travers

les sublimes mouvements de leurs corps. Ils font

donc instinctivement passer des concepts non

quantifiables tels que la grâce et l’élégance avant

de vulgaires statistiques comme la force des

jambes ou la hauteur des sauts.

« Il y a cette croyance que le ballet n’est qu’une

question d’art – et c’est le cas, déclare Retter.

Mais la force, la condition physique, le bien-être

psychologique et une bonne nutrition permettent

aux danseurs d’effectuer des chorégraphies complexes

et d’exprimer des émotions sur scène.

Et aujourd’hui, on peut le dire aux danseurs :

“C’est sur cette base que vous pourrez réaliser

une magnifique performance.” »

Les recherches innovantes menées par le

Royal Ballet ont d’ailleurs coïncidé avec une révolution

plus vaste en science de la danse. En 2012,

plusieurs universités et établissements de danse

du Royaume-Uni se sont associés pour lancer

l’Institut national de médecine et de science de la

danse (National Institute of Dance Medicine and

Science, NIDMS), une organisation qui promeut

la recherche dans ce domaine. Et on ne peut plus

ignorer ses découvertes. Une étude a démontré

qu’au bout d’un an de musculation, les danseurs

avaient 59 % de risques en moins de se blesser.

Un autre rapport nous apprend qu’en six

« Le corps humain s’adapte à

tout, mais personne n’est

fait pour le ballet. »

THE RED BULLETIN 69


Alexander

Campbell : un danseur

précurseur de

la révolution par la

science du sport.

semaines de conditionnement physique, les danseurs

peuvent améliorer leurs compétences

esthétiques en optimisant le contrôle de leurs

mouvements, leur perception spatiale, leur synchronisation

et leur précision rythmique. En

quête de perfectionnement et convaincus par

cette accumulation de preuves, de nombreux

danseurs avant-gardistes se sont désormais

ouverts à l’innovation.

Le plus frappant dans cette révolution, c’est

bien la vision de ces danseurs sveltes effectuant

des squats lestés ou balançant leurs kettlebells

dans la salle de sport du complexe. La musculation

les protège des blessures musculaires, les

aide à répartir leurs forces à l’atterrissage, stimule

la santé de leurs os et leur permet de sauter

plus haut. Mais pour que les danseurs deviennent

plus forts sans trop augmenter leur masse musculaire

afin qu’ils ne perdent rien de leur grâce, les

scientifiques du sport ont recours à des techniques

innovantes. Les danseurs se tiennent sur

« Le corps entier est sollicité :

il y a le côté technique

et le côté émotionnel. »

FITNESS

Alexander

Campbell

Originaire de Sydney, le

danseur étoile de 32 ans

a interprété des rôles

comme celui du Prince

dans Casse-Noisette.

« C’est en répétant sans

cesse que l’on développe

nos compétences techniques.

Mais quand on est

épuisé, on est forcément

moins performant. » Alors

il fait du rameur à chaque

fois que cela s’impose

pour tenir le rythme de ses

rôles à venir. « J’ai commencé

la danse classique

à 5 ans, et je faisais aussi

du football australien et

du cricket. Quand j’ai parlé

des bottes de récupération

et des bains glacés à mes

camarades, ils m’ont

demandé : “À quoi ça

sert ?” Maintenant, on les

utilise tout le temps. »

des plateformes biomécaniques qui mesurent

leur force explosive et ils soulèvent des haltères

équipés de codeurs linéaires qui enregistrent la

vitesse du mouvement. En effectuant peu de

répétitions avec des poids élevés et en se concentrant

sur leur vitesse explosive, les danseurs

contractent leurs muscles de manière plus efficace

tout en augmentant la magnitude de ces

impulsions électriques, ce qui leur permet de

développer de la force brute – sans entraîner une

croissance musculaire disproportionnée.

William Bracewell n’en revenait pas. « J’ai

remarqué un grand changement dans ma capacité

à gérer les répétitions. Je ressentais moins de

douleurs après avoir dansé, et j’ai pu constater

une amélioration de tous les problèmes que je

pouvais avoir dans le bas du dos, au niveau des

chevilles et des genoux. » Même sur scène, il a

remarqué la différence. « Ça donne confiance.

Quand on arrive à soulever un poids quatre ou

cinq fois de suite tout en sachant qu’il est plus

lourd que la personne qu’on porte, on se dit :

“Ça semble facile maintenant.” »

Figure de proue de la nouvelle génération de

danseurs, Matthew Ball raffole des séances de

musculation. « Le ballet, c’est une manière stylisée

de se mouvoir, tout dans la beauté et les

lignes, rien à voir donc avec notre comportement

biomécanique naturel, explique-t-il. En étant plus

fort, on donne à son corps la possibilité de gérer

ça. Mon obsession, c’est d’arriver à sauter le plus

haut possible. Donc j’adore faire des squats lestés,

augmenter ma force maximale et la mesurer.

» Au Royal Ballet, la technologie est désormais

employée systématiquement au service de

l’art. Parmi les nouveaux gadgets disponibles, il y

a notamment les machines de Gyrotonic, un système

de câbles qui améliore la souplesse à travers

des mouvements fluides spécifiques à la danse,

70 THE RED BULLETIN


FORCE

Gemma

Pitchley-Gale

Originaire du sud de

Londres, la jeune femme

de 32 ans est première

artiste, et un membre

chevronné du corps de

ballet, réputé pour ses

chorégraphies de groupe

complexes sur scène. Sur

son compte Instagram, les

poses de ballerine et selfies

en backstage côtoient

des vidéos d’elle en train

de soulever des poids à la

salle de sport. « Mon but

n’est pas de prendre de la

masse, ce n’est pas une

option quand on est danseuse,

mais ça me rend

plus forte, tout simplement.

Ça me plaît tellement

que je suis justement

en train de terminer

ma formation pour devenir

coach personnel. »


ou encore les enveloppes de jambes de cryothérapie

Game Ready, également utilisées par l’équipe

de football de Manchester City, ou les bottes de

récupération gonflables RPX, qui aident à éliminer

l’acide lactique après les répétitions. « Ça

donne une impression super agréable, comme si

on avait du sang neuf dans les jambes », explique

Gemma Pitchley-Gale. Toutes les activités sont

supervisées sur Smartabase, une plateforme

d’analyse des données utilisée par les joueurs de

football américain des Cowboys de Dallas.

Les danseurs d’aujourd’hui bénéficient même

des neurosciences et de la psychologie. Avec

l’aide de la psychologue du travail Britt Tajet-

Foxell, les artistes s’exercent à combattre l’anxiété

en superposant des images positives sur leurs

pensées négatives : une danseuse a ainsi arrêté de

considérer sa cheville blessée comme une

branche cassée et a remplacé cette pensée par des

images réconfortantes d’eau qui coule et de ciel

bleu. Les danseurs se détendent en créant des

suites de souvenirs évoquant des représentations

couronnées de succès. « Après une grave fracture

du pied, j’avais peur à chaque fois que je faisais

un saut, mais Britt m’a aidée avec des répétitions

d’images positives de mes performances passées

», explique Gemma Pitchley- Gale.

Ils apprennent également à neutraliser les

effets du stress en compartimentant les différentes

parties de leur vie – comme le ballet, la

famille et les finances – dans des pièces imaginaires

et en « nettoyant » systématiquement cha-

PRÉCISION

William

Bracewell

Premier soliste du Royal

Ballet, le jeune homme

de 28 ans est un habitué

des rôles difficiles. « Le

plus compliqué pour

moi, ça a été Obsidian

Tear (ballet de 2016 du

chorégraphe Wayne

McGregor, ndlr). C’était

intense : 25 minutes de

danse non-stop, mais

un rendu incroyable. »

Le danseur fait très attention

à son alimentation

afin d’optimiser ses

performances. « C’est

une question de logique :

des pâtes deux heures

avant une représentation

pour avoir de l’énergie

et des protéines

après pour réparer les

muscles. » Il a aussi appris

des techniques de

visualisation. « Il n’y a

pas deux ballets qui se

ressemblent. Je les imagine

comme des maisons

décorées dans différents

styles. Si vous

allez à Buckingham

Palace, vous ne vous

comporterez pas de la

même manière que si

vous alliez dans une

ferme. Penser ainsi

m’aide à rester focus. »

72


« Les danseurs bénéficient

même des neurosciences

et de la psychologie. »

cune d’entre elles. Leur programme de répétition

est tellement chargé que même le fait de manger

correctement représente un enjeu de taille pour

les danseurs. « Il nous arrive d’avoir seulement

quinze minutes de pause avant de nous y

remettre, donc pour ne pas se sentir trop lourds,

on évite les plats de pommes de terre », explique

Claire Calvert. Elle se rappelle ce nutritionniste

qui était si inquiet quand il est venu visiter la

compagnie dans les jours précédant l’ouverture

du service de santé : « Quand il a vu comment ça

se passait, il nous a dit : “Si j’étais vous, j’aurais

toujours des encas avec moi et je me contenterais

d’un gros repas le dimanche.” Il ne savait tout

simplement pas quoi nous dire d’autre. »

Désormais, ils suivent des régimes alimentaires

intelligents et spécifiques à la danse établis

par la nutritionniste du Royal Ballet, Jacqueline

Birtwisle. Pour avoir de l’énergie, les danseurs

consomment des aliments faciles à digérer

comme du porridge, des œufs brouillés, du

risotto, du houmous, de la salade, du yaourt à la

grecque, des baked beans ou des Buddha Bowls

(repas végétariens complets dans un bol). Ils

mangent des poissons gras riches en oméga-3

(saumon, maquereaux, anchois, sardines et

harengs) pour optimiser la récupération musculaire

et préfèrent l’huile d’olive, pour ses vertus

anti-inflammatoires, à l’huile de tournesol. Après

une représentation tard dans la soirée, un repas

lourd peut être difficile à digérer, ils optent alors

pour des smoothies à base de purée d’oléagineux

pour réparer les muscles. Et comme ils passent

beaucoup de temps à l’intérieur, ils prennent

aussi de la vitamine D, d’autant plus qu’il a été

prouvé qu’elle augmentait de 18,7 % la force isométrique

des danseurs – celle qui est renforcée

par des exercices « statiques » comme le gainage.

Bien entendu, on ne peut pas convaincre

tous les danseurs d’adopter cette nouvelle

dynamique et certains ont toujours

des réticences par rapport à son

approche scientifique. « Il y a toujours une certaine

scission, mais elle n’est plus aussi marquée

qu’avant, admet Retter. Tout d’abord parce que

nous avons des danseurs qui passent par la Royal

Ballet School et qui apprennent désormais en

quoi leurs capacités physiques peuvent les aider.

Et ensuite parce que maintenant, nous avons ces

“champions” au top qui réalisent que cet apport

scientifique ne les détourne pas de leur expression

artistique, mais l’améliore au contraire. »

FOCUS

Matthew Ball

En mars dernier, Matthew

Ball reçoit un appel du

directeur du Royal Ballet :

le danseur étoile David

Hallberg s’est blessé au

mollet en interprétant le

rôle principal d’Albrecht

dans Giselle. Lui, qui n’a

interprété ce rôle qu’une

seule fois, doit le remplacer.

« Quand on n’a pas

d’autre choix, on s’en

remet à sa routine. J’étais

moins stressé qu’avant

d’autres représentations. »

Devenu danseur étoile

depuis, Matthew a développé

des stratégies pour

rester concentré sur

scène. « En donnant un

signal au cerveau pour

qu’il se concentre sur

quelque chose de facile à

identifier. Si mes émotions

prennent le dessus, si ma

fréquence cardiaque s’affole,

je pose ma main sur

mon cœur pour concentrer

tous mes efforts dessus. »

La science ne remplacera jamais le talent nécessaire

pour créer de la beauté artistique sur scène.

Et si le rôle principal d’un danseur est de transcender

les limites de son corps afin de susciter

une émotion chez son public – faisant ainsi passer

le sport au rang d’art –, la science a un rôle de

soutien essentiel à jouer. « Quand on participe à

une course, on court tout simplement, dit Claire

Calvert. Nous, on doit se mouvoir avec grâce, être

élégants, sourire et créer une réaction émotionnelle,

même si à la fin, on n’en peut littéralement

plus. Faire des squats, ce n’est pas cela qui m’aidera

à faire 32 fouettés, il faudra quand même

que je m’exerce à effectuer les pas. Mais je suis

désormais armée d’une force et d’une confiance

qui me permettent d’être plus présente dans ma

performance, je peux donc mieux me concentrer

sur l’histoire ou le personnage. »

Ce sentiment est peut-être bien la pierre

angulaire de toute cette révolution dans le ballet.

Les danseurs doivent exécuter des chorégraphies

précises et soumises à un contrôle rigoureux,

mais d’une certaine manière, ils peuvent exprimer

leur personnalité dans le cadre de cette performance.

« C’est quand on a confiance que l’on

laisse transparaître notre joie naturelle dans nos

performances », explique Claire Calvert.

En associant les valeurs traditionnelles du ballet

que sont la discipline et la persévérance aux

idées nouvelles de la science, les danseurs créent

un équilibre parfait – sur scène et en dehors. « La

transition est déjà en marche, déclare Gemma

Pitchley-Gale. On est en plein dedans. »

THE RED BULLETIN 73


ABONNEZ-

VOUS

DÈS MAINTENANT!

Recevez votre magazine

directement chez vous :

18 € SEULEMENT POUR

12 NUMÉROS

Simple et rapide, je m’abonne

en ligne sur :

getredbulletin.com

PASSEZ VOTRE

COMMANDE ICI

COUPON D’ABONNEMENT

À compléter et à renvoyer avec votre règlement sous enveloppe à affranchir à :

THE RED BULLETIN (ABOPRESS) - 19 rue de l’Industrie - BP 90053 – 67402 ILLKIRCH

OUI, je m’abonne à THE RED BULLETIN : 1 an d’abonnement pour 18 € seulement

Mme Melle M.

Nom

Prénom

Adresse

CP

Email

Ville

Je demande à recevoir gratuitement la newsletter THE RED BULLETIN

Je joins mon règlement par : Chèque bancaire ou postal à l’ordre de THE RED BULLETIN

DATE

SIGNATURE

Offre valable uniquement en France métropolitaine. Conformément à la loi « Informatique et Libertés » du 6 janvier 1978, vous disposez d’un droit d’accès et de rectification

aux données vous concernant auprès de THE RED BULLETIN, adresse : 12 rue du Mail, 75002 Paris.

TRBMAG


guide

au programme

DE L’ULTRAFOND

AUX HAUTS FONDS

Ancien coureur longue

distance, Christian

Schiester sillonne les

océans sur un voilier. Si

vous êtes sympa, il vous

attend aux îles Salomon.

PAGE 76

HARALD TAUDERER/RED BULL CONTENT POOL

SA SALLE À LUI ?

DES HECTARES !

Pour le fitness, Tom

Kemp s’entraîne à la

ferme. Tout équipé !

PAGE 80

RED BULL JOUR

D’ENVOL À LYON

Le 30 juin, des engins

non motorisés vont

planer à Confluence.

PAGE 86

DU BON MATOS

POUR S’ÉVADER

Gaming, cinéma ou

musique : améliorez

l’expérience, chez vous.

PAGE 90

THE RED BULLETIN 75


G U I D E

Faire.

Home sweet home sur l’océan : les hôtes de Christian Schiester explorent les îles Salomon à bord de El Toro.

LES ÎLES SALOMON

UN YACHT ET

MILLE ÎLES

Destination Red Bull vous fait découvrir le monde avec des

athlètes de classe mondiale. Déconnexion totale à bord du

voilier de Christian Schiester, ex-pointure de l’ultratrail.

Depuis 2016, je sillonne le

globe à la barre du « El

Toro », mon voilier de

18 mètres après une vie de coureur

d’ultratrail et 160 000 km

dans les jambes. Le bercement des

vagues a remplacé la douleur des

ampoules, et nez au vent, je

navigue vers l’inconnu. Sept

années pour le voyage d’une vie.

Après une carrière axée sur l’obsession

de terminer les courses,

je souhaite à présent vivre cette

communion avec la nature dans

sa totalité et en pleine conscience,

en mer comme sur terre.

Compagnons de voyage : Christian Schiester et Daniela.

76 THE RED BULLETIN


voyage

Infos voyage

AU NOM DU ROI

En 500 ans d’histoire, la moitié du

monde a tenté à un moment ou un autre

de conquérir les îles Salomon.

Îles

Salomon

Buala

Gizo

L’ex-marathonien trouve toujours le temps de courir sur les plages visitées.

Situé au sud-est de

la Nouvelle-Guinée,

dans l’océan Pacifique,

l’archipel compte environ

un millier d’îles.

Tulaghi

Honiara

Auki

Kirakira

JUERGEN SKARWAN, HARALD TAUDERER/RED BULL CONTENT POOL, GETTY IMAGES WERNER JESSNER

Les îles Salomon restent une destination relativement peu touristique.

Découvrir loin des foules ses trésors

cachés, s’immerger dans

d’autres cultures, saisir ce qui unit

les humains, ce qui les distingue.

Appréhender pleinement la fragilité

de la planète. Préparer soimême

ses repas mais aussi les

hisser à bord : thon, calamar,

maquereaux.

Présente à mes côtés, mon

amie Daniela m’accompagne par

vents et marées, par temps calme

ou par tempête, sur une plage

paradisiaque ou sur le pont. La

beauté et la diversité rencontrées

tout au long du voyage ont vite

transformé les Autrichiens purs et

durs que nous sommes, habitués

aux montagnes et aux terrains

solides, en amoureux de l’océan.

« Nous souhaitons

communier avec

la nature avec tous

nos sens. »

J’ai toujours pensé que la voile

et la course à pied n’avaient rien

en commun. Pourtant, les deux

activités partagent des aspects

communs comme la solitude, l’invitation

à la réflexion, une lente

progression vers l’objectif, mais

aussi la nécessité de voyager léger.

Courir seul à travers le Sahara

oblige à emporter le strict minimum,

il en va de même en mer.

BON À SAVOIR

ORIGINE

Un navigateur européen les découvre en 1568 et donne

au plus grand archipel de la mer du Sud le nom du roi

biblique Salomon. Cependant, la présence des premiers

habitants remonte à environ 30 000 ans.

HISTOIRE

Après leur découverte, esclavagistes, missionnaires,

colons britanniques, allemands, japonais et américains

y ont jeté l’ancre avant que le pays ne devienne

indépendant en 1976.

MATOS

Trois choses indispensables à bord selon Christian.

T-SHIRT ALPHA-TAURI

La technologie innovante

Taurex permet au corps de

recycler sa propre énergie

sous la forme de rayons infrarouges

en améliorant au

passage la circulation sanguine

et l’absorption d’oxygène.

alphatauri.com

LUNETTES SPECT

Un ensoleillement maximum

: les Spect de la

collection Red Bull s’y

adaptent à merveille.

specteyewear.com

ÉCOUTEURS JABRA

Pour écouter de la musique,

j’utilise un modèle

classique à la barre, et des

intra-auriculaires quand

je cours. jabra.com

THE RED BULLETIN 77


G U I D E

Faire.

voyage

DESTINATION RED BULL

L’AVENTURE

AVEC DES STARS

DU SPORT

Tester la moto avec des pros du MotoGP

ou le plongeon de haut vol avec un champion

du monde ? Ces voyages sont pour vous.

LESOTHO

AVEC ALFIE COX

Le Sud-Africain, légende de l’enduro, vous fera

découvrir une semaine durant les plus belles pistes

de moto sur le parcours du Rallye Roof of Africa.

Skipper en action : Christian Schiester ajuste la position de la voile à l’aide du Winsch.

LES AÇORES

AVEC ORLANDO DUQUE

Masque et tuba, baignades, observation de baleines

et initiation au plongeon de haut vol (tous niveaux)

avec le champion du Red Bull Cliff Diving.

MUMBAI

AVEC LES RED BULL BC ONE ALL STARS

Rencontre et training au sommet avec les meilleurs

B-Boys lors de la finale mondiale du Red Bull BC One,

avant de plonger dans la vie nocturne de Mumbai.

BARCELONE

AVEC SETE GIBERNAU ET DANI PEDROSA

Formation top niveau à la conduite de MotoGP

sur circuit privé exclusif avec Sète Gibernau et

entrées VIP au Grand Prix de Catalogne.

Nul besoin d’Instagram ou de

Facebook pour avoir la sensation

d’exister. Nous voyageons autour

du monde d’ouest en est, c’est-àdire

à contre-courant des vents

dominants. Cela rend le voyage

plus long, mais nous avons tout le

temps. En outre, cela représente

le plus grand défi en termes de

navigation, un défi qui exige

d’être autosuffisant et prêt à ne

pas croiser âme qui vive pendant

2 500 milles nautiques soit environ

deux mois. Nous nous trouvons

actuellement près de l’île de

Komodo, une île à l’est de l’Indonésie

connue pour ses fameux

dragons : des varans restés imperméables

à l’évolution des espèces.

Notre route se poursuit ensuite

vers l’Australie, avec une escale

aux îles Salomon. Destination

Red Bull vous offre la possibilité

d’y vivre les aventures de votre

choix encadrées par des athlètes.

L’itinéraire d’une semaine à

travers les îles Salomon que

Daniela et moi-même vous proposons

sera fonction de la houle et

de la météo. La perspective de

vivre des jours de rêve, réduits

Infos et réservations

destination.redbull.com

à l’essentiel : eau salée, énergie

éolienne, soleil, maillot de bain,

T-shirt, serviette de bain et le

temps devant soi. Beaucoup de

temps. Si par le passé certaines

étapes furent éprouvantes,

m’obligeant souvent à rester plus

de 24 heures à la barre à lutter

seul contre le vent et les vagues,

le mois de septembre, période

prévue pour accueillir nos hôtes,

promet des conditions bien plus

clémentes, voire paradisiaques,

pour admirer l’archipel aux

mille îles.

Durant la saison sèche, l’alizé

balaie ces îles des mers du Sud et

assure des conditions de navigation

idéales avec un faible taux

d’humidité dans un climat connu

pour être très humide le reste du

temps. Le soir venu, nous retrouvons

la terre ferme sur une plage

sauvage abandonnée depuis de

longs mois, pour faire un feu et

griller le poisson pêché le jour

même. Ce qui donnera à chacun

l’occasion de comprendre pourquoi

les îles Salomon sont aussi

appelées « les îles du bonheur »…

christian-schiester.com

HARALD TAUDERER/RED BULL CONTENT POOL

78 THE RED BULLETIN


*Le bon choix pour s’élever - Millet©Clément Hudry

HE

IGHT

TUFF

O

ISE

P

UBIC 40

Polyvalence et modularité

40 litres - 1.230 kg

THE

RIGHT

STUFF

TO

RISE

Simon

Bellabouvier


G U I D E

Faire.

fitness

SYSTÈME D

SUER

AU

VERT

Marre de rester enfermé

? Tom Kemp vous

explique comment

transformer votre

jardin ou le square d’en

face en salle de gym

improvisée.

POIDS

Tout ce que vous pourrez

trouver fera l’affaire : sac de

sable, pack de bouteilles

d’eau ou votre sac à dos

lesté. Soyez créatifs !

L’expert en fitness Tom Kemp en plein entraînement à la ferme : « Je me suis toujours

senti à l’étroit dans les salles de gym. Ma vie se joue dehors. »

LA FERME À FITNESS

LA FORME EST

DANS LE PRÉ

Quand les sacs à grains remplacent les haltères. L’Anglais

Tom Kemp réinvente le fitness armé d’une idée simple.

Le succès de la méthode de

Tom Kemp est étroitement lié

à sa simplicité et à son originalité.

Ce coach personnel de

26 ans a grandi au sein d’une

ferme de 250 hectares dans le sud

de l’Angleterre. « Je passais mes

journées dehors. Il y avait toujours

quelque chose à faire, » rembobine-t-il.

Adolescent, la séance

hebdomadaire à la salle de gym

ne lui suffisant pas, il crée son

propre circuit d’entraînement à la

ferme familiale où les machines

ne manquent pas. Kemp utilise

nombre d’entre elles dans son

programme d’exercices combinant

strongman, bodybuilding, callisthénie

et cardio.

En 2016, il lance Farm Fitness.

Un an plus tard, le magazine

Men’s Health salue son concept et

le hisse au rang des meilleurs au

monde. Les athlètes pros du pays

(dont les rugbymen des Wigan

Warriors) s’entraînent avec lui.

Ils soulèvent des sacs de céréales,

traînent d’énormes pneus de tracteur,

agitent des chaînes métalliques

à satiété. « Nul besoin

d’équipement complexe ou de

programmes sophistiqués pour

retrouver la forme », explique

Kemp. Sa devise : revenir à l’essentiel.

Des exercices simples pour

un rendement maximum à condition

d’aller jusqu’au bout de soi.

farm-fitness.co.uk

« Nul besoin

d’équipement

complexe pour

atteindre la

forme. »

Tom Kemp, créateur

de Farm Fitness

EXERCICES

Soulevez le poids cinq fois

du sol au plafond, puis

parcourez trente fois une

distance de 25 mètres avec,

et terminez par une série

de dix burpees.

RÉPÉTITIONS

Faites autant de séries que

possible en quinze minutes

en insérant un sprint

de 100 mètres entre

chaque série.

Kemp dirige lui-même le camp d’entraînement à la ferme.

CHRIS PARKES FLORIAN STURM

80 THE RED BULLETIN


G U I D E

Faire.

gaming

Trio de choc : Bloodhound, Wraith et Gibraltar, personnages AL.

STRATÉGIE D’ÉQUIPE

L’UNION FAIT

LA FORCE

Jeu de type battle royale, Apex Legends

a une règle simple : jouer en équipe ou

mourir. Une leçon de vie…

Personne n’est fait pour vivre seul, et c’est à force

de solidarité que l’humanité a pu s’en sortir

jusque-là. Ce principe ne s’est jamais autant

vérifié que dans le jeu de tir en ligne Apex Legends.

Huit heures après sa mise en ligne inopinée en février,

le jeu enregistre un million de joueurs et plus de

50 millions au bout d’un mois. Une popularité due en

grande partie à son gameplay en équipe très gratifiant

doublé d’un système de communication simple et

rapide, transmettant des informations vitales aux coéquipiers.

Un simple clic signale la présence d’objets, un

double-clic celle d’ennemis et un clic maintenu ouvre

un menu de messages prédictifs instantanés. Plus

besoin d’aborder des inconnus ou de deviner les intentions

d’un partenaire sans micro, engagé dans une

zone ennemie. « Les meilleures équipes allient interdépendance

et confiance mutuelle », explique Jo Owen,

expert en leadership qui, pour découvrir les secrets

d’une équipe soudée, a délaissé les salles de réunion

managériales pour vivre aux côtés de tribus au fin fond

de la jungle. Il analyse ici les compétences des joueurs

d’Apex Legends (AL) et les confronte à la réalité.

LA CONFIANCE EST CLÉ

Dans AL, vous faites équipe avec

des inconnus, ce qui soulève le problème

de la confiance. Dans le

monde du travail comme dans la vie,

la confiance se bâtit de deux façons :

par les expériences en commun qui

créent du lien, ou par vos actions

qui vous donnent une crédibilité. Le

système de ping remplit la seconde

exigence en tenant votre équipe informée

(même de vos pauses pipi

réelles), tout en éludant habilement

la première. Ne pas avoir à parler,

à envoyer de SMS ou à voir ses coéquipiers

est génial. Du moment

que vous savez tirer, soyez qui

vous voulez.

LA LUCIDITÉ EST ESSENTIELLE

Les habitués de jeu de tir multijoueurs

avec micro sont coutumiers

des messages du type « il y a un ennemi

près de cet arbre » avec un inévitable

« quel arbre ? » en réponse.

Demandez à un collègue de modifier

un rapport et il vous répliquera

« modifier quoi, quel rapport ? »…

Ne laissez pas de place à l’interprétation,

soyez explicite. La confiance

exige une bonne communication.

Avec AL, elle est fréquente et sans

ambiguïté. Un ping ciblant un arbre

spécifique ne laisse aucun doute.

LEADER D’EXCELLENCE

AL choisit au hasard le jumpmaster :

ce coéquipier peut alors décider des

points de chute sur la carte et diriger

la troupe au sol en balisant à l’aide de

pings la route à suivre, en accord

avec les autres membres, bien sûr.

Être leader se mérite, et ce n’est jamais

acquis. Dans une entreprise,

beaucoup confondent le grade et la

capacité à diriger. Or, l’un ne présuppose

rien de l’autre : au final, seuls

les actes comptent et leur mise en

œuvre. Dans le jeu, si votre leadership

n’est pas à la hauteur, vous

êtes remplacé en trente secondes.

Un univers de jeu post-apocalyptique.

FICHE

EXPERT

JO

OWEN

Meneur d’hommes

Entrepreneur et auteur

primé, l’Anglais est

l’initiateur de huit organisations

à but non lucratif

totalisant un chiffre

d’affaires annuel de plus

de 120 millions d’euros.

Il donne des conférences

sur le leadership et

le travail en équipe,

et a vécu avec des tribus

indigènes.

Apex Legends est

disponible sur PC,

PS4 et Xbox One

CARTE DE LOYAUTÉ

Les dirigeants d’une société préféreront

toujours les incompétents

aux déloyaux. La loyauté vient de la

prise de conscience que l’union fait

la force. C’est l’une des principales

raisons du succès de AL : contrairement

à d’autres jeux de tir en

équipe, la stratégie du loup solitaire

n’est pas viable. Au fond, Apex

Legends est une guerre tribale, d’un

genre assez brutal. Je l’ai constaté

en étudiant les tribus. Leurs

membres, loyaux à 100 %, ont compris

que sans elles, leurs chances

de survie sont minces.

JEU DE RÔLE

L’interdépendance et la confiance

mutuelles ne suffisent pas à créer

une équipe. Chacun doit être

conscient de son rôle et de sa place.

Suis-je le plus exposé ou le planqué

? Les personnages d’Apex

Legends correspondent aux archétypes

de jeu vidéo standard de

défense, d’attaque et de renfort,

mais il faut aussi comprendre la

façon dont les rôles de vos coéquipiers

interagissent avec le vôtre.

Choisir un rôle de médecin, puis

combattre en première ligne n’a

aucun sens. C’est comme choisir

un conseiller financier accro aux

jeux d’argent…

ELECTRONIC ARTS MATT RAY

82 THE RED BULLETIN


ALPHATAURI.COM


G U I D E

Voir.

juin

Musique de

très haute qualité

et interviews

d’artistes

influents. Restez

à l’écoute…

LES

BONS

MOVES

Un vent de liberté

souffle ce mois-ci sur

Red Bull TV : sur un

dancefloor au Japon,

sur les falaises aux

Açores ou sur les

pistes en Autriche.

REGARDEZ

RED BULL TV

PARTOUT

Red Bull TV est une chaîne de

télévision connectée : où que

vous soyez dans le monde,

vous pouvez avoir accès aux

programmes, en direct ou en

différé. Le plein de contenus

originaux, forts et créatifs.

Vivez l’expérience sur redbull.tv

1

Le Japonais Leo

lors des qualifications

de 2018.

er juin DIRECT

RED BULL DANCE YOUR

STYLE : FINALE AU JAPON

Red Bull Dance Your Style inspire et cultive la créativité

en offrant des lieux d’expression de danse de premier

choix et en présentant de nouvelles scènes et de nouvelles

communautés. Après les qualifications l’hiver dernier,

l’heure de la finale nationale nippone à Tokyo a sonné.

Qualificative pour la finale mondiale à Paris le 12 octobre.

22

juin DIRECT

RED BULL CLIFF

DIVING, PORTUGAL

C’est l’une des aventures exclusives

proposées par Destination Red Bull, en

compagnie d’Orlando Duque. Suivez

toutes les étapes de l’événement ici.

9juin DIRECT

UCI MTB WORLD

CUP, AUTRICHE

La Coupe du monde VTT s’agrandit cette

année, avec huit étapes pour les riders.

Nous vous ouvrons une fenêtre sur

l’étape alpine de cette édition.

THIS

SIDE OF

NOWHERE

17

juin

SUR LES ONDES

Dans son émission

(chaque 3 e lundi du

mois, 19 heures

GMT+1), Veronica

Vasicka explore l’univers

d’artistes qui ont

façonné la musique

électronique underground.

La reine de

l’électro new-yorkaise

et le fondateur du

label Minimal Wave se

penchent sur les

esprits rebelles du

DIY autant que sur

l’héritage de la batterie

et les racines du

synthé, avec des

bandes-sons japonaises

et australiennes,

jusqu’à l’histoire

du Fairlight.

À ÉCOUTER SUR

REDBULLRADIO.COM

JASON HALAYKO/RED BULL CONTENT POOL, DEAN TREML/RED BULL CONTENT POOL, BARTEK WOLINSKI/RED BULL CONTENT POOL

84 THE RED BULLETIN


Faire.

23

juin

Grand Prix

de France F1

Un an après le retour du GP de France au

calendrier mondial, le circuit Paul Ricard

s’est encore amélioré pour le show F1.

Pierre Gasly, promu au volant d’une

monoplace du team Red Bull Racing cette

saison, sera l’une des attractions de la

course. Le pilote normand de 23 ans a

désormais le potentiel pour viser les

podiums. Au Castellet, il sera soutenu.

Le Castellet ; gpfrance.com

juin / juillet

31

mai au 15 juin

QU’IMPORTE

VOTRE STYLE

Hip-hop, breakdance, locking ou

popping, l’essentiel c’est d’afficher

son style pour enflammer la salle

et rallier les suffrages. Le Red Bull

Dance Your Style saison 2 met les

danseurs en freestyle total face

au seul verdict des spectateurs

à chaque battle. Tout démarre

à Lille le 31 mai, puis ce sera Paris,

Bordeaux. Et une finale nationale

à Marseille le 7 septembre. La voie

à suivre vers la grande finale internationale

à Paris le 12 octobre.

Lille, Paris, Bordeaux ; redbull.com

GETTY IMAGES, LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL

6 15 15

juin au 7 juillet

Coupe du monde

féminine de foot

C’est l’événement football de l’année.

Pour la première fois depuis sa création

officielle en 1991, elle se déroule

en France dans neuf villes. Les Bleues

figurent parmi les favorites de ce tournoi

à 24 équipes. Tout commencera

par un France-Corée du Sud à Paris

dans un groupe où se trouvent aussi la

Norvège et le Nigeria. Demi-finales et

finale ont lieu à Lyon. Le succès populaire

est déjà assuré. Allez les Bleues !

Neuf stades en France ;

fr.fifa.com/womensworldcup/

juin

Football à 5 :

la grande finale

Le Red Bull Neymar Jr's Five,

tournoi de foot à 5, monte en

pression. Tenues jusqu’au

25 mai à Marseille, les qualifications

régionales ont fait le tri.

Les meilleurs accéderont à

la finale française à Paris du

1 er juin, qualificative pour une

place pour celle, internationale

cette fois, à Praia Grande,

au Brésil.

Paris ;

redbullneymarjrsfive.com

juin

Red Bull

Font&bleau

Les neuf qualifications régionales

menées depuis le 28 mars

ont désigné les meilleures : les

40 équipes de trois grimpeurs

qui s’affronteront lors de la

finale du Red Bull Font&Bleau

en forêt de... Fontainebleau !

Cette année, un nouveau chaos

est exploré, offrant une trentaine

de blocs sur lesquels il

faudra aller vite, sans lâcher

prise. Un travail d’équilibriste.

Fontainebleau ; redbull.com

THE RED BULLETIN 85


G U I D E

Voir.

30 juin

RED BULL JOUR D’ENVOL

Le plus original des concours d’envol s’installe à Lyon, à la Darse de Confluence, le 30 juin

prochain. Le principe de cet événement barré : concevoir, construire et piloter un engin

volant non motorisé pour planer plus loin que les autres. Turbulences assurées !

Le premier à l’eau a

perdu ! Quand le pilote

doit quitter son poste,

à Nashville (USA).

PRÊT(E)S POUR

LE GRAND SAUT ?

Voler. Léonard de Vinci en rêvait déjà en

1480 sur ses célèbres plans. Plusieurs centaines

d’années plus tard, des engins volants

bizarres et innovants prennent leur envol

sur le Danube, à Vienne (Autriche) : c’est la

naissance de Red Bull Flugtag. Le principe ?

S’élancer depuis une plateforme juchée à

6 m au-dessus d’un plan d’eau et prolonger

au maximum sa prestation dans les airs.

160 fous volants

Depuis sa création en 1992, l’événement a

parcouru la planète entière, rassemblant les

engins les plus fous et des participants de

toutes nationalités. Ce 30 juin, ils seront près

de 160, répartis en 40 équipes, à relever le

défi à la Darse de Confluence à Lyon pour

le Red Bull Jour d’Envol, nouveau nom de

l’événement en France. Sandwich, dragon…

tous les designs sont permis pour l’engin

dans lequel prendra place chaque équipe.

Mais les concurrents sont tenus de respecter

les règles : leur création ne doit pas dépasser

les 180 kg, 5 m de largeur et 5 de longueur.

L’équipe devra aussi avoir le sens du

spectacle en proposant une chorégraphie en

introduction de sa prestation pour séduire

les juges et obtenir le maximum de points !

MATT SHAW/RED BULL CONTENT POOL, BERNARD BIANCOTTO/RED BULL CONTENT POOL, FRENCH PAON PAON

86 THE RED BULLETIN


Lyon

2009 à Marseille,

une première en France

Il y a dix ans, le Red Bull Flugtag débarquait

en France. Sous le soleil marseillais, cette

première édition d’un événement innovant

a surpris et intrigué de nombreux spectateurs,

puisque près de 50 000 personnes

étaient présentes sur site. Une popularité

inattendue à l’époque, qui satura la corniche

de la cité phocéenne.

C’est sur les plages du Prado, spot idéal

de par sa superficie, que se sont élancées

les équipes engagées, sous les yeux de

juges prestigieux invités pour l’occasion.

Laure Manaudou, Luc Alphand ou encore le

champion de BMX Matthias Dandois étaient

en effet chargés de noter les sardines et

savons volants en compétition, récompensant

les prestations et l’audace des

participants.

Septembre 2009 :

Marseille inaugure

un nouvel aérodrome.

Les chiffres aussi s’envolent

3 500 000 78,5

sur

Le nombre cumulé de spectateurs

sur les 150 événements qui se sont

déroulés à travers le monde depuis la

création du Red Bull Flugtag, en 1992.

Cette année à Lyon, 20000 personnes

sont attendues pour encourager les

40 équipes engagées.

Team French Paon Paon

« UN MOMENT EN FAMILLE ! »

plastique et moi, je fais un doctorat

en physique ! Bref une

équipe 100 % féminine avec des

profils assez complémentaires !

mètres, soit le record de distance établi par

les Chicken Whisperers en 2013 à Long

Beach, aux États-Unis. Malins, les cinq

poussins californiens avaient imaginé une

structure double, dont la base à roulettes

leur a permis de prendre une grande vitesse

la plateforme de lancement.

mais on vient surtout pour

s’amuser et pour vivre un

moment en famille et entre

amies.

Une pour toutes : cette équipe participe surtout pour le fun, en famille.

Une baleine, un smartphone, un

Jean-Claude Dusse… Les engins

« volants » les plus insensés

sont attendus sur le Red Bull

Jour d’Envol. L’équipe féminine

des French Paon Paon a misé

sur les plumes. Claire nous

explique ce concept ailé.

THE RED BULLETIN : Qui sont

les French Paon Paon ?

CLAIRE : Nous sommes quatre :

trois sœurs et une amie de la

famille. Nous suivons toutes les

quatre des parcours assez différents

: Elsa étudie le marketing,

Clémence la mode, Aude l’art

Qu’est-ce qui vous a motivées

à vous lancer dans l’aventure ?

On avait vu pas mal de vidéos de

l’événement, mais toutes tournées

à l’étranger. Comme cette

année c’est à Lyon, on a sauté

sur l’occasion ! Certaines d’entre

nous ont participé au Red Bull

Caisses à Savon en 2014 et

avaient adoré l’ambiance et la

phase de préparation.

Comment votre équipe peutelle

faire la différence ?

Côté technique, on a fait des

calculs pour que notre machine

plane le plus longtemps possible.

On va construire un engin

hyper coloré, et faire une choré

inspirée du french cancan, ça va

être drôle ! Gagner, ce serait top

Comment allez-vous fabriquer

votre ovni ?

On dispose d’un atelier où l’on

a suffisamment de place pour

le construire. Côté matériaux,

on va utiliser des tubes en

plastique léger et du tissu.

Clémence, qui étudie la mode,

va pouvoir apporter sa touche

créative pour décorer le paon.

Notre père est menuisier, il sera

aussi de bon conseil pour la

partie plus technique.

Pourquoi un paon ?

On voulait quelque chose de

très coloré et qui puisse planer !

Du coup on a pensé à cet

oiseau ; il volera avec ses

grandes ailes ! On a hâte de

le voir prendre son envol.

THE RED BULLETIN 87


G U I D E

Voir.

Lyon

La règle de 3

PAS LÀ QUE

POUR PLANER

Pour espérer la victoire, les 40

équipes devront séduire un jury

qui les notera selon 3 critères.

1. Distance

Celle réalisée avant de toucher

le plan d’eau par chacun des

engins volants engagés.

2. Créativité

Celle des participants sur la

conception de leur engin : celleci

sera évaluée entre 1 et 10.

3. Mise en scène

Avant le départ, les concurrents

effectueront une chorégraphie

très (voire très très) originale de

20 secondes minimum.

Dans la poche ? Des kangourous se

lancent à Kobe (Japon), en 2015.

Sur votre plan de vol

L’instant Instax. La marque d’appareil photo

instantanée sera présente sur le village du Red Bull

Jour d’Envol et proposera aux visiteurs de son stand

de gagner le dernier vol de la journée à bord de l’engin

spécial Instax. Pour tenter de participer à cette

expérience inédite, le public sera invité à se faire

prendre en photo, puis un pilote sera tiré au sort.

Une appli exclusive. Sur le site de l’événement, à

l’aide d’un QRcode, les spectateurs pourront télécharger

l’application Red Bull Jour d’Envol. Elle leur

offrira une mise à jour permanente du déroulé de

l’événement, et proposera toutes les infos essentielles

pour apprécier le show dans les meilleures

conditions (infos sur les équipes, accès, règlement).

Pas besoin de passeport pour embarquer.

Venez vivre un moment convivial en famille sur

le village de l’événement et profiter des animations

mises en place pour l’occasion. L’entrée est libre !

Red Bull Jour d’Envol, dimanche 30 juin,

à partir de 14 heures à l’espace Confluence.

flugtag.redbull.com/fr

Décollage au Selcius

Situé en plein cœur de la Confluence, entre

Rhône et Saône, le bar-restaurant Le Selcius

est un lieu de convivialité réputé de la région.

Avec ses DJ’s internationaux, ses performeurs

et soirées thématiques, Le Selcius

Club et son fameux lounge s’est imposé

comme le spot idéal pour la soirée d’ouverture

du Red Bull Jour d’Envol. Les DJ’s résidents

Aurélien Ronco et Anthony Partamian

y enchaîneront leurs meilleurs sets pour faire

monter les degrés… celsius ! Attention, l’événement

est ouvert au public dès 23 heures,

mais les places seront limitées.

Soirée d’ouverture du Red Bull Jour d’Envol au

Selcius, Lyon Confluence, le samedi 29 juin.

selcius.fr

L’événement prendra son envol au Selcius.

JASON HALAYKO/RED BULL CONTENT POOL, STUDIO TONIR

88 THE RED BULLETIN


DE L'AUTRE CÔTÉ

Votre matos hi-tech a désormais la capacité de vous

transporter ailleurs. Sur un circuit, dans une salle de concert

ou de ciné… Avec eux, c'est chez vous partout.

Texte WOLFGANG WIESER

Cinq sorties

joliment soudées

dégageant 200

watts de puissance

pilotée via

une application.

IXOOST

XILO ALL BLACK

LE SON S'ÉCHAPPE

Quand les Italiens mêlent

passion pour la Formule 1 et

savoir-faire hors du commun,

cela produit un chef-d’œuvre

de 18 kg, d’un demi-mètre de

haut et 60 centimètres de

large. Un système audio exhalant

un son cristallin à travers

ses cinq tuyaux d’échappement.

Pole position !

5 000 € ; ixoost.it

90 THE RED BULLETIN


H O M E E N T E R T A I N M E N T

LG POCKET

PHOTO SNAP

PHOTO-SOUVENIR

Cet élégant petit boîtier vous

permet d’imprimer ou de

réimprimer instantanément

aussi bien les photos de

votre dernière soirée pour

distribuer des souvenirs

à vos amis, que des clichés

de la galerie de votre smartphone,

via Bluetooth.

179 ¤ ; lg.com

Cet appareil vous permet d’imprimer instantanément vos

photos et de les engistrer dans votre smartphone.

BCON GAMING WEARABLE

ACCÉLÉRER LE JEU

40 grammes, 63 millimètres de long et 50 millimètres

de large, le Bcon est un objet noir qui ne paie pas de

mine. Mais une fois chaussé au pied, il se transforme

en une arme miracle qui booste votre capacité d’action

dans vos jeux. Une aubaine pour les mordus de gaming.

129 € ; bcon.zone

MONTBLANC AUGMENTED PAPER

ÉCRIRE SUR UN NUAGE

Rédiger sur papier tout en disposant d’une version numérique

de vos notes manuscrites est désormais possible

grâce à cet élégant bloc-notes. L’Augmented Paper et son

stylo spécial sauvegardent toutes vos notes vers votre

appareil mobile. Bienvenue dans l’écriture du futur !

730 € ; montblanc.com

THE RED BULLETIN 91


FASETECH

RC4 4DOF

TRACER SA ROUTE

La course, désormais, c'est

chez vous. C’est seulement

après avoir bouclé votre ceinture

de sécurité que vous

comprendrez ce que piloter

un bolide signifie. Vous vivez

de tout votre être chaque

virage, chaque vibration, et

quand la situation se corse,

la tension vous comprime un

peu plus dans votre siège.

5 874 € ; fasetech.com

Ce simulateur

de course

nouvelle

génération

vous fait vivre

la course

comme un pro.

LG OLED65B8

PARFAIRE SA VISION

Sous l’action du processeur Alpha 7 de votre LG, les

grésillements des pixels laissent place à des couleurs

brillantes et des contrastes infinis. Son écran de

65 pouces (165 cm) et un son de haute qualité vous

feront vivre le cinéma en totale immersion sans quitter

votre salon. Et la séance débute quand vous le décidez.

1 999 € ; lg.com

Mettez le casque,

laissez le miracle

agir et écoutezvous

jouer.

SENNHEISER GSP 550

VIBRER AVEC LE SON

Le meilleur du Dolby

Surround, un micro pour une

communication claire et limpide

grâce à son système antibruit

: Sennheiser réinvente

l’expérience sonore du jeu

avec une qualité son digne

d’un studio d’enregistrement.

249 € ; sennheiser.com

92 THE RED BULLETIN


H O M E E N T E R T A I N M E N T

TOSHIBA RENKFORCE SOUNDBASE

RENFORCER SA BASE

La barre de son Toshiba Renkforce déploie une puissance

de 60 watts aux basses riches. Supportant

jusqu'à 50 kg de poids, elle transforme votre séance

télé en expérience ultime.

79,99 € ; toshiba.fr

TEUFEL STEREO L

ELLES ENTRENT EN SCÈNE

Deux enceintes dignes d’un stade : pour profiter au max

de vos plus grands classiques en concert. Une magie

du live que les deux tours Teufel Stereo L parviennent à

recréer chez vous en conditions indoor.

1 499,99 € ; teufelaudio.fr

THE RED BULLETIN 93


H O M E E N T E R T A I N M E N T

ACER TRAVELMATE X5

ASPIREZ À LA

LÉGÈRETÉ

Un laptop rapide doté d’une

coque rigide : le châssis en

alliage de magnésium du

Travelmate X5 fait moins de

15 millimètres d’épaisseur,

pour un poids inférieur à 1 kg,

mieux que ses concurrents

en aluminium. Robustesse et

légèreté : pour pouvoir enfin

bosser là où vous le voulez.

1 099 € ; acer.com

Un compagnon

discret mais agile

grâce à son

processeur

i5 core.

Ce monde virtuel est à vous,

saisissez-le à pleines mains.

SENSORYX VR FREE GLOVES

AU DOIGT ET À L’ŒIL

En enfilant vos gants VR Free, vous prenez de facto votre

destin de joueur en main : fini la manette et les câbles

encombrants. La maîtrise de la réalité virtuelle est plus

que jamais une question de doigté.

Prix sur demande ; sensoryx.com

SONY XPERIA 10

SE PAYER UNE TOILE

Il y a des moments où la taille compte. Celle de votre

smartphone par exemple. Ce modèle fin (8,4 mm) et

léger (162 g) doté d’un écran 21:9 transforme même

votre salle de bains en salle de cinéma diffusant des

films dans leur format original.

349 € ; sonymobile.com

94 THE RED BULLETIN


LEXIP PU94

LA SOURIS DENSE

Une souris à la maison peut faire des miracles. Surtout

quand elle cumule deux joysticks, comme ce modèle.

L’un sous le pivot interne et l’autre au niveau du pouce.

De quoi donner de l’élan et plus d’animation à vos

séances de jeu à domicile.

129,90 € ; lexip.co

JABRA EVOLVE 65T

POUR UN PLAISIR

TRÈS PERSONNEL

Une autonomie de 15 heures

pour rester toujours connecté

et écouter du heavy metal

chez vous sans incommoder

vos colocataires. Et si vous

ne voulez pas subir leur

néo-pop mielleuse, enclenchez

la fonction suppression

des bruits de fond.

362 € ; jabra.com

HARMAN SOUNDSTICKS

VISUALISER LE SON

L’enveloppe transparente de ces enceintes captive le

regard. Une puissance de 40 watts, un caisson réglé

à la perfection et deux satellites vous assurent une

expérience sonore unique quelle que soit la source

de musique : smartphone, lecteur MP3 ou PC.

279 € ; harmankardon.com

THE RED BULLETIN 95


THE RED

BULLETIN

WORLDWIDE

The Red Bulletin

est actuellement

distribué dans sept

pays. Le groupe pop

Bilderbuch nage à

contre-courant dans

l’édition autrichienne.

Le plein d’histoires

hors du commun sur

redbulletin.com

Les journalistes de SO PRESS n’ont pas pris

part à la réalisation de The Red Bulletin.

SO PRESS n’est pas responsable des textes,

photos, illustrations et dessins qui engagent

la seule responsabilité des auteurs.

MENTIONS LÉGALES

Rédacteur en chef

Alexander Macheck

Rédacteurs en chef adjoints

Waltraud Hable, Andreas Rottenschlager

Directeur créatif

Erik Turek

Directeurs artistiques

Kasimir Reimann (DC adjoint),

Miles English, Tara Thompson

Directeur photos

Fritz Schuster

Directeurs photos adjoints

Marion Batty, Rudi Übelhör

Responsable de la production

Marion Lukas-Wildmann

Managing Editor

Ulrich Corazza

Rédaction

Christian Eberle-Abasolo, Jakob Hübner,

Arek Piatek, Nina Treml, Stefan Wagner

Maquette

Marion Bernert-Thomann, Martina de

Carvalho-Hutter, Kevin Goll, Carita Najewitz

Booking photos

Susie Forman, Ellen Haas,

Eva Kerschbaum, Tahira Mirza

Directeur global Media Sales

Gerhard Riedler

Directeur Media Sales International

Peter Strutz

Directeur commercial & Publishing Management

Stefan Ebner

Publishing Management

Sara Varming (Dir.), Bernhard Schmied,

Melissa Stutz, Mia Wienerberger

Communication

Christoph Rietner

Directeur créatif global

Markus Kietreiber

Solutions créatives

Eva Locker (Dir.), Verena Schörkhuber,

Edith Zöchling-Marchart

Maquette commerciale

Peter Knehtl (Dir.), Sasha Bunch,

Simone Fischer, Martina Maier

Emplacements publicitaires

Manuela Brandstätter, Monika Spitaler

Production

Walter O. Sádaba, Friedrich Indich,

Sabine Wessig

Lithographie

Clemens Ragotzky (Dir.), Claudia Heis,

Nenad Isailovi c, ̀ Maximilian Kment,

Josef Mühlbacher

Fabrication

Veronika Felder

Office Management

Yvonne Tremmel (Dir.), Alexander Peham

Informatique Michael Thaler

Abonnements et distribution

Peter Schiffer (Dir.), Klaus Pleninger

(Distribution), Nicole Glaser (Distribution),

Yoldaş Yarar (Abonnements)

Siège de la rédaction

Heinrich-Collin-Straße 1, 1140 Vienne, Autriche

Téléphone +43 (0)1 90221-28800,

Fax +43 (0)1 90221-28809

Web redbulletin.com

Direction générale

Red Bull Media House GmbH,

Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15,

5071 Wals bei Salzburg, Autriche, FN 297115i,

Landesgericht Salzburg, ATU63611700

Directeur de la publication

Andreas Kornhofer

Directeurs généraux

Dietrich Mateschitz, Gerrit Meier,

Dietmar Otti, Christopher Reindl

THE RED BULLETIN

France, ISSN 2225-4722

Country Editor

Pierre-Henri Camy

Country Coordinator

Christine Vitel

Country Project Management

Alessandra Ballabeni,

alessandra.ballabeni@redbull.com

Contributions,

traductions, révision

Étienne Bonamy, Frédéric & Susanne

Fortas, Suzanne Kříženecký, Claire

Schieffer, Jean-Pascal Vachon,

Gwendolyn de Vries

Abonnements

Prix : 18 €, 12 numéros/an

getredbulletin.com

Siège de la rédaction

29 rue Cardinet, 75017 Paris

+33 (0)1 40 13 57 00

Impression

Prinovis Ltd. & Co. KG,

90471 Nuremberg

Publicité

PROFIL

134 bis rue du Point du jour

92100 Boulogne

+33 (0)1 46 94 84 24

Thierry Rémond,

tremond@profil-1830.com

Elisabeth Sirand-Girouard,

egirouard@profil-1830.com

Arnaud Lietveaux,

alietveaux@profil-1830.com

THE RED BULLETIN

Allemagne, ISSN 2079-4258

Country Editor

David Mayer

Révision

Hans Fleißner (Dir.),

Petra Hannert, Monika Hasleder,

Billy Kirnbauer-Walek

Country Project Management

Natascha Djodat

Publicité

Matej Anusic,

matej.anusic@redbull.com

Thomas Keihl,

thomas.keihl@redbull.com

THE RED BULLETIN

Autriche, ISSN 1995-8838

Country Editor

Christian Eberle-Abasolo

Révision

Hans Fleißner (Dir.),

Petra Hannert, Monika Hasleder,

Billy Kirnbauer-Walek

Publishing Management

Bernhard Schmied

Directeur Media Sales

Alfred Vrej Minassian

Media Sales

anzeigen@at.redbulletin.com

THE RED BULLETIN

Mexique, ISSN 2308-5924

Country Editor

Luis Alejandro Serrano

Rédactrice adjointe

Inmaculada Sánchez Trejo

Secrétaire de rédaction

Marco Payán

Relecture

Alma Rosa Guerrero

Country Project Management

Giovana Mollona

Publicité

Humberto Amaya Bernard,

humberto.amayabernard@redbull.com

THE RED BULLETIN

Royaume-Uni, ISSN 2308-5894

Country Editor

Tom Guise

Rédacteur associé

Lou Boyd

Rédacteur musical

Florian Obkircher

Directeur Secrétariat de rédaction

Davydd Chong

Secrétaire de rédaction

Nick Mee

Publishing Manager

Ollie Stretton

Publicité

Mark Bishop,

mark.bishop@redbull.com

THE RED BULLETIN

Suisse, ISSN 2308-5886

Country Editor

Arek Piatek

Révision

Hans Fleißner (Dir.),

Petra Hannert, Monika Hasleder,

Billy Kirnbauer-Walek

Country Project Management

Meike Koch

Publicité

Marcel Bannwart (D-CH),

marcel.bannwart@redbull.com

Christian Bürgi (W-CH),

christian.buergi@redbull.com

THE RED BULLETIN USA,

ISSN 2308-586X

Rédacteur en chef

Peter Flax

Rédactrice adjointe

Nora O’Donnell

Éditeur en chef

David Caplan

Directrice de publication

Cheryl Angelheart

Publicité

Todd Peters, todd.peters@redbull.com

Dave Szych, dave.szych@redbull.com

Tanya Foster, tanya.foster@redbull.com

96 THE RED BULLETIN


HORS DU COMMUN

Le 27 juin avec et le 4 juillet avec

dans une sélection de points de vente et en abonnement

RICARDO NASCIMENTO / RED BULL CONTENT POOL


Le plein d’action.

makes you fly

Drapeau allemand

Il ne peut pas s’en empêcher : même lorsqu’il va à la plage, ici à Santa Monica, en Californie,

le grimpeur de l’extrême Alexander Megos est toujours à l’affût d’une action

pour booster son adrénaline. Alors à Muscle Beach, l’Allemand s’amuse avec le photographe

et joue des muscles, pour le plaisir. Les expéditions de Megos sur redbull.com

Le prochain

THE RED BULLETIN

n° 89 disponible

dès le 27 juin

2019

KEN ETZEL/RED BULL CONTENT POOL DAVID MAYER

98 THE RED BULLETIN

More magazines by this user
Similar magazines