The Red Bulletin Août 2019

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FRANCE

AOÛT 2019

HORS DU COMMUN

LETICIA

BUFONI

Le skate, c’est

aussi elle(s)

Votre magazine

offert chaque

mois avec


ÉDITORIAL

IL NE VOULAIT PAS

QU’ELLE SKATE...

… au point de découper sa planche, histoire de bien faire

comprendre à sa fille que son futur ne se construirait pas

sur un bout de bois. Mais la gamine de São Paulo a persévéré,

se taillant une réputation dans le monde du skate

brésilien au point de convaincre son père et de s’installer

à Los Angeles pour réaliser son rêve : devenir une skateuse

pro. Parce qu’elle est restée fixée sur son objectif, là où les

spots (et les tentations) ne manquent pas, Leticia Bufoni

est devenue l’une des skateuses les plus fortes au monde.

CONTRIBUTEURS

NOS ÉQUIPIERS

RICHARD

EDWARDS

Le journaliste anglais venu de

Winchester s’est rendu à Jaipur, en

Inde, pour interviewer Ben Stokes

dans les infrastructures des

Rajasthan Royals. « J’ai interviewé

Ben la première fois alors qu’il était

un jeune joueur débutant, raconte

Edwards. Il est resté le même : un

sportif qui ne se prend pas trop

au sérieux, qui adore ce qu’il fait

et qui est conscient d’avoir la

chance de le faire. » Page 64

Steven Lippman avec Leticia au skatepark de Venice. « C’est un spot très

cool pour shooter, nous dit le photographe. Ce jour-là, la lumière était

parfaite, avec l’océan et le ciel en fond… le top ! » Cliché ? À fond ! Page 34

Le skate féminin en 2019 est plus concret que jamais,

inspirant des milliers de femmes sur la planète, et aura sa

place aux JO de 2020. Leticia s’y verrait bien, tout comme

Brighton Zeuner, jeune phénomène californien (15 ans)

attendu au Red Bull Bowl Rippers à Marseille, du 16 au

18 août. Le skate y sera très bon. Qu’importe le genre.

Lisez (et skatez) plus !

Votre rédaction

STEVEN

LIPPMAN

« Le skate, c’est une question de

timing et de liberté », dit celui qui

fut un skateur pro par le passé,

et qui a été missionné par l’édition

américaine de The Red Bulletin

pour photographier les skateuses

professionnelles Leticia Bufoni

et Brighton Zeuner. « Pour ce

shooting avec Leticia, j’étais en

quête de nouvelles compositions

visuelles », dit Steven. Basé à

Malibu, il a collaboré avec Vanity

Fair, ESPN et Outside. Page 34

STEVEN LIPPMAN (COUVERTURE)

4 THE RED BULLETIN


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SOMMAIRE

août

46

24

REPORTAGES

24 L’enfer à moto

Dans cette mine à ciel ouvert en Autriche,

les pentes sont comme des murs, et la foule

aussi est en galère. Au Erzberg et son Red Bull

Hare Scramble, vivez le pire de l’enduro.

34 Pour le skate

Leticia l’avait décidé : le skate, elle en ferait sa

vie. Quatorze nuances d’une skateuse dont la

persévérance a imposé le respect sur une scène

historiquement dominée par les hommes.

46 Ronson touch

Vous ne le connaissez peut-être pas, mais

vous avez sûrement trippé sur Uptown Funk,

ou pleuré sur le Shallow de Lady Gaga. Vos

émotions doivent beaucoup à Mark Ronson.

52 Au présent

La vie est courte, autant ne pas se prendre

trop au sérieux. C’est la vision de la chanteuse

Billie Eilish, qui crée sans se soucier de grandchose.

Son instinct fait le reste. Et plutôt bien.

58 Dans son sillage

Marie Tabarly prend le large à bord du Pen

Duick VI et y embarque des talents amis qui

réfléchissent à demain. Pour préserver ce

sur quoi leur bateau glisse.

64 Le retour du roi

Vous n’imaginez pas le nombre de personnes

pratiquant le cricket. Ben Stokes est parmi les

favoris, malgré une nuit qui aurait pu être

fatale à son ascension vers un titre mondial.

SONY MUSIC, SEBASTIAN MARKO/RED BULL CONTENT POOL,

YOHANN GRIGNOU/ELEMEN’TERRE PROJECT

6 THE RED BULLETIN


1 500 pilotes

se présentent

au départ...

mais seuls

500 arrivent

au bout

25 ANS DE SUPPLICE

Avec les forçats du Erzbergrodeo

Page 24

BULLEVARD

Un mode de vie

hors du commun

8 Anna fera l’équivalent de

cent marathons, pieds nus

12 Au Red Bull Bowl Rippers,

Vincent Matheron et l’élite

du skate vont tuer le Prado

14 Un piano qui s’exprime aux

mouvements du danseur

16 Pour la DJ Peggy Gou, c’est

l’ouverture qui importe

18 Et si la tente flottante était

l’avenir du camping ?

19 Et si la ville flottante était

l’avenir de l’Homme ?

20 Dans ce festival roumain,

c’est tarif réduit pour qui

donnera son sang...

22 La playlist skate-metal qui

met Alex Sorgente en furie

GUIDE

Voir. Avoir. Faire.

58

978 Voyage : soirée diapos

82 Fitness : le second souffle

de Ryan Sheckler

84 Gaming : augmentez votre

réalité avec Wizards Unite

85 Cuisine : à la poêle ou au

lave-vaisselle, faites-le bien

86 Agenda : les immanquables

87 Red Bull TV : show devant

88 Vélo : choisissez le bon

96 Ours : ils et elles font le TRB

98 Photo-finish : l’effet Eiffel

THE RED BULLETIN 7


Anna McNuff

OBJECTIF :

4216 KM

PIEDS NUS

Il y a sept ans, Anna McNuff

décidait de tout plaquer pour

vivre l’aventure. À présent,

l’Anglaise parcourt 4 216 km

pieds nus à travers le Royaume-

Uni afin d’inciter d’autres jeunes

femmes à se dépasser.

HENRY HUNT


Sans chaussures,

Anna assure… et

court pour motiver

d’autres femmes.

E n 2012, Anna McNuff

mène une vie bien rangée

après avoir abandonné le

sport de haut niveau suite à

des blessures. Un job dans le

marketing, un salaire sympa

et une vie sociale active.

Pourtant, elle quitte tout.

« Un moment de lucidité, se

souvient-elle. Je me suis dit :

“Est-ce là ma vie pour les

vingt prochaines années ?” »

Anna étale alors une carte

du monde sur le sol et y

trace sa première aventure :

une virée à vélo à travers les

cinquante États américains,

de l’Alaska à Hawaï, un

voyage de sept mois. Depuis,

la Britannique ne s’arrête

plus. Sept ans après son

9


B U L L E V A R D

Au programme : la Grande-Bretagne pieds nus, soit cent marathons.

changement radical de vie,

elle a traversé entre autres la

Nouvelle-Zélande en solitaire,

les Andes à vélo, effectué

160 km en roller dans la

région d’Amsterdam, et couru

le long du mur Hadrien au

nord de l’Angleterre ; elle a

également publié deux livres

relatant ses expériences. « J’ai

cru au départ que c’était juste

une envie passagère, mais

après mon premier voyage, j’ai

compris qu’il s’agissait d’une

volonté plus profonde, confiet-elle.

Je redevenais créative.

J’écrivais, je refaisais de la

photo, choses que j’avais abandonnées

depuis l’école. De

plus, les gens prenaient plaisir

à suivre mes aventures. J’avais

trouvé la vie qu’il me fallait. »

À présent, McNuff, 34 ans,

se lance dans son aventure la

plus ambitieuse à ce jour :

courir cent marathons, soit

4 216 km, pieds nus à travers

les îles britanniques pour promouvoir

l’association Girl Guiding,

dont elle est ambassadrice.

Elle débute aux îles

Shetland, traverse tout le

Royaume-Uni, se poursuit en

Irlande et aux îles anglo-normandes

pour finir à Londres.

« EN COURANT

PIEDS NUS, MON

MESSAGE EST :

AFFRONTEZ

VOS PEURS. »

McNuff effectuera des haltes

pour parler d’aventure et de

l’importance de se dépasser

à des groupes de jeunes filles.

« La Grande- Bretagne pieds

nus est mon deuxième

challenge de course à pied

(après la Nouvelle- Zélande,

ndlr), précise-t-elle. Mon

message invite à affronter ses

propres peurs, à tenter ce que

l’on tient pour impossible. Ce

ne sera pas une partie de plaisir,

mais c’est le prix à payer

pour s’épanouir et réaliser son

Ce pied contient 26 os et McNuff compte bien lui faire voir du pays.

plein potentiel. » Pratiquée

depuis des siècles, la course

pieds nus a vu ces dix dernières

années le nombre de ses

adeptes augmenter, parmi lesquels

des athlètes de renom.

La tribu Tarahumara au

Mexique est connue pour courir

régulièrement des centaines

de kilomètres pieds nus.

Cette pratique a l’avantage de

réduire le poids à porter, mais

améliorait aussi la condition

physique d’une manière que

les chaussures modernes ne

permettent pas. « Avec 26 os

et plus de 7 000 terminaisons

nerveuses sous la plante, le

pied est un mécanisme complexe,

explique McNuff. Je

veux savoir si j’arrive à

convaincre mes pieds de faire

ce pour quoi ils sont taillés,

après les avoir compressés

dans des chaussures toute une

vie. On m’enjoint toujours de

mettre des chaussures alors

que j’adore avoir les pieds

nus et sales. »

L’itinéraire de McNuff est

consultable en ligne – départ

le 2 juin des Shetlands, arrivée

le 10 novembre à Londres

– et ceux qui le souhaitent

peuvent la rejoindre. « Le parcours

compte 86 étapes.

Chacun peut s’inscrire pour

courir quelques kilomètres

avec moi, 5, 10, peu importe…

Pas obligé non plus de venir

pieds nus ! » Courir cent marathons

constitue un défi colossal,

mais McNuff pense que

c’est la moindre des choses si

l’on veut inspirer les jeunes

filles de tout un pays.

« Honnêtement, réaliser

cent marathons en chaussures

est un défi à ma portée,

confie-t-elle. Mais y parvenir

pieds nus ? Rien n’est moins

sûr. Ma motivation vient de

cette incertitude. Je ne sais

absolument pas à quoi m’attendre,

mais je sais que je

vivrai un voyage dans tous les

sens du terme. Ce sera dur

physiquement et émotionnellement.

Beaucoup y verront

un défi complètement délirant,

pourtant, je persiste

à croire qu’il reste faisable. »

annamcnuff.com/barefootbritain

HENRY HUNT TOM GUISE

10 THE RED BULLETIN


B U L L E V A R D

Skate

LE JOKER

DU PRADO

Le bowl du Prado est une institution marseillaise,

voire mondiale. Présente dans le

jeu Tony Hawk’s Pro Skater 2 en 2000,

cette vague de béton à quelques mètres

seulement de la mer (bien avant le skatepark

de Venice à L.A.) est devenue un lieu

mythique pour nombre de riders internationaux.

Alors, pourquoi vous montrer un

type maquillé en joker plutôt que le bowl

lui-même ? Pour vous avertir que ce

skateur, le local Vincent Matheron, risque

de tuer le spot lors du Red Bull Bowl

Rippers, une compétition au plateau international

de très haut niveau, accueillant

hommes et femmes, du 16 au 18 août.

redbull.com/bowlrippers

FRED MORTAGNE/RED BULL CONTENT POOL PH CAMY

13


B U L L E V A R D

IA par Yamaha

MUSIQUE AU CORPS

Grâce aux prouesses de l’intelligence artificielle,

les danseurs peuvent désormais composer de

la musique avec leurs mouvements.

Le capteur convertit

les mouvements du

danseur en signaux.

Scharoun de l’Orchestre

philharmonique de Berlin et

à Yamaha pour un spectacle

où un piano automatique

générait des notes dictées par

les mouvements du danseur.

« Le système d’intelligence

artificielle collecte et convertit

mes mouvements en notes de

musique », explique-t-il.

Des capteurs placés sur le

dos, les poignets et les pieds

de Moriyama recueillent les

données de ses mouvements –

équilibre, intensité et vitesse

inclus – pour les transférer

dans le système Yamaha. L’IA

les transforme instantanément

en données mélodiques

(MIDI), lesquelles sont transmises

à un piano Yamaha

Disklavier dont les touches et

les pédales entièrement automatisées

interprètent avec une

extrême précision les données

en notes de musique.

La présence grandissante

de l’IA dans notre quotidien

devait tôt ou tard toucher les

arts et cette expérience n’est

qu’un début en la matière.

« L’IA nous rapprochera davantage

des instruments de

musique, déclare Motoichi

Tamura, le directeur général

de la recherche et du développement

chez Yamaha. Nous

voulons développer une intelligence

artificielle au service

d’une expression humaine plus

libre et plus directe à travers

les instruments. Ce spectacle

incarne la quête permanente

de nouvelles formes d’expression

artistique. »

yamaha.com

Le système identifie les

mouvements et les convertit

en données musicales,

type données MIDI.

L e corps d’un danseur

donne souvent l’impression

d’être possédé par la musique.

Que se passerait-il si la

musique résultait des mouvements

du danseur et non l’inverse

? L’expérience a récemment

été tentée lors d’une

performance à Tokyo en ayant

recours à l’intelligence artificielle.

Kaiji Moriyama, danseur

de renommée mondiale,

s’est associé à l’Ensemble

Le Yamaha Disklavier exécute les notes à partir de ces

données corporelles devenues musicales.

AYANE SHINDO/YAMAHA.COM LOU BOYD

14 THE RED BULLETIN


SALUT LA FRANCE

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B U L L E V A R D

Peggy Gou

« JE SUIS DOUÉE

POUR LÂCHER

PRISE »

Peggy Gou est la nouvelle coqueluche

de la scène dance. La DJ et productrice

sud-coréenne explique ici comment

libérer ses talents sans s’enfermer

dans des cases.

L e boulot de DJ

n’échappe pas toujours à une

certaine routine : on embarque

la foule dans un univers musical

et puis on laisse la place

à un collègue sans que les

danseurs ne s’en aperçoivent.

Il en va tout autrement pour

Peggy Gou. Chaque fois que la

Sud-Coréenne de 29 ans prend

possession des platines, la

foule lui réserve un accueil

digne d’une pop star. Ses fans

scandent son nom pendant

plusieurs minutes, lui lancent

des objets à son effigie et font

la queue pour un selfie. Impressionnant

pour une DJ qui

donne strictement dans la

dance underground, et dont

le premier EP est sorti il y a

à peine trois ans.

Aujourd’hui, Peggy franchit

une nouvelle étape dans sa

jeune carrière : le label berlinois

! K7 l’a invitée à enregistrer

le dernier volet de sa série

emblématique DJ-Kicks, aux

mix réputés. Se voir proposer

un mix par cette institution

n’est pas seulement un moment

fort pour un DJ (elle succède

à Kruder & Dorfmeister,

Four Tet et DJ Koze), c’est aussi

l’occasion de revendiquer son

appétit musical. Gou revient

sur son ascension fulgurante,

et la pression qui la stimule.

the red bulletin : En à

peine quatre ans, vous êtes

passée d’une poignée de soirées

par an à vingt dates par

mois en club à travers le

monde ; de plus, vous êtes

l’une des productrices les

plus courues. C’est quoi,

votre secret ?

peggy gou : Je suis entière.

Quand j’aime ou quand je

veux faire quelque chose, je

fonce. Quel qu’en soit le prix.

C’est ainsi que s’est lancée

votre carrière ?

Il y a quelques années, un de

mes amis, Esa (Williams, DJ et

producteur sud-africain, ndlr),

m’a invitée dans son studio

d’enregistrement à Londres.

J’y suis allée et ce fut le coup

de foudre avec la création musicale.

J’ai commencé à passer

plus de temps au studio qu’à

l’université. Le soir, je continuais

à travailler au lieu de

rentrer dormir. Mes échecs

aux examens n’ont pas pesé

lourd face à mon amour pour

la musique.

Quelle était votre passion

avant la musique ?

J’ai toujours aimé le stylisme,

et j’ai été un temps attirée par

la mode. Mais j’ai vite compris

que je n’étais pas douée pour

habiller les autres.

Avez-vous souffert de devoir

renoncer à cet univers ?

Non. Beaucoup ne savent pas

quand lâcher prise, mais je

suis plutôt douée pour ça.

Quand je ne sens pas un truc,

je ne m’acharne pas. Pour

exceller dans une voie, il faut

être honnête avec soi-même et

savoir tourner la page au bout

d’un moment. La tourner sans

se décourager.

Quel est le secret de votre

succès ? La méthode Gou ?

Pas de répit ! J’enchaîne une

chose après l’autre en essayant

de surprendre. J’adore

la pression. Au départ, je voulais

être une DJ très focus sur

la house, et des collègues me

conseillaient de choisir un

seul style. À l’époque, ça me

paraissait logique, puis j’ai

remarqué que beaucoup de

mes DJ’s préférés touchaient

à tout et ne se souciaient

guère des genres. À présent,

je me sens libre et veux montrer

au monde tous mes goûts

et tout ce dont je suis capable.

Comment décririez-vous

votre style ?

Je ne veux pas le décrire ou

le définir. Tout comme je veux

avoir la liberté de m’habiller

comme je l’entends, je refuse

d’être cantonnée à un genre.

Cela transparaît clairement

dans votre album DJ-Kicks,

où vous passez du disco à

la house, de la techno à

l’électro, des pistes lentes

aux morceaux à 150 bpm…

C’était le but recherché. Je ne

voulais pas sélectionner des

morceaux que j’utilise dans

mes sets, mais retracer mon

parcours musical au fil des

années. L’idée est d’inviter

l’auditeur chez moi pour

écouter les mélodies qui ont

influencé ma compilation.

Le mix DJ-Kicks de Peggy Gou

est disponible : dj-kicks.com ;

Soundcloud : Peggy Gou

MOK JUNGWOOK FLORIAN OBKIRCHER

16 THE RED BULLETIN


« PAS DE RÉPIT.

J’ENCHAÎNE UNE

CHOSE APRÈS

L’AUTRE. »


B U L L E V A R D

Shoal Tent

AQUA CAMPING

Gonflé : et le camping des « flots bleus » n’aura

jamais aussi bien porté son nom…

D ans À nous quatre

(1998), énième adaptation

cinématographique du roman

d’Erich Kästner Deux pour

une, les deux personnages

principaux (tous deux interprétés

par Lindsay Lohan alors

révélée à l’écran), larguent

leur belle-mère sur une rivière

alors que celle-ci s’est endormie

sur un matelas gonflable.

Simple effet comique,

l’idée de dormir sur l’eau

marque durablement le

public ado de l’époque.

Aujourd’hui, vingt ans plus

tard, ce rêve est devenu

réalité pour ces enfants des

années 90. La tente gonflable

et flottante Shoal Tent,

conçue par SmithFly, permet

aux campeurs de naviguer

au soleil tout en se prélassant

sur leur lit. « Notre

concept initial était une

Suivez le courant :

la tente Shoal Tent pour

camper autrement.

tente de sol, sa base gonflable

était uniquement

destinée au confort du couchage

», confie Jules Conner,

de SmithFly. Mais l’entreprise

y voit rapidement le

potentiel d’une expérience

camping d’un nouveau

genre : la tente d’eau.

« À l’époque, nous ignorions

qu’un tel produit n’existait

pas », admet Conner. Le

principe de la tente Shoal est

simple : les montants de la

structure sont remplacés par

des tubes gonflables suffisamment

solides pour supporter

quatre adultes. « La tente a

été conçue pour être amarrée,

mais des clients nous

font état d’usages divers :

certains l’utilisent sans les

parois et s’en servent comme

d’un radeau pour se rafraîchir

et y amarrer leurs jet-skis ;

d’autres l’utilisent en rivière.

Nous déconseillons en

revanche la navigation en

eau vive. » Pliée, elle pèse

environ près de soixante kilos

et n’est disponible qu’en une

seule taille (2,5×2,5 m) pour

le moment. Un élargissement

de la gamme est prévu.

« Les clients nous rapportent

sans cesse de nouvelles

utilisations y compris

pour des usages thérapeutiques.

D’autres la mettent

en location dans des lieux de

villégiature, ajoute Conner.

Nous travaillons sur un

projet de village de tentes

reliées entre elles. »

smithfly.com

SMITHFLY.COM LOU BOYD

18 THE RED BULLETIN


La ville flottante durable et abordable, selon Oceanix.

BIG BJARKE INGLES GROUP TOM GUISE

Villes flottantes

À L’ABORDABLE !

Envie d’un appartement tout confort

avec vue imprenable sur l’océan ?

Ce rêve pourrait bientôt être à votre

portée avec la « métropole marine ».

Les quartiers évolutifs gravitent autour d’un port central.

ici 2050, l’élévation

D’

du niveau de la mer

menacera 90 % des grandes

villes et la diminution des

espaces habitables, aggravée

par la surpopulation croissante,

risque de faire de l’océan la

nouvelle « terre » promise. Ce

qui pousse l’ONU à plancher sérieusement

sur la question : en

avril, une première table ronde

a lieu, avec pour thématique

les villes flottantes durables.

L’objectif : lancer un projet de

« métropole maritime ».

Oceanix City est un village

évolutif bâti autour d’un port

à partir de quartiers modulaires

de deux hectares pouvant

accueillir 300 habitants.

Les modules pourront ensuite,

en cas de besoin, être regroupés

pour former des villes de

10 000 habitants. « L’objectif

est de créer des villes flottantes

accessibles à tous et pas seulement

aux nantis », déclare

Marc Collins Chen, PDG et

cofondateur d’Oceanix. Le

logement abordable est en

matériaux durables cultivés

sur les îlots, tels que le bambou

à croissance rapide, et n’excède

pas sept étages pour mieux

résister aux orages violents.

Mobile et autosuffisante, la

ville peut être déplacée si les

conditions météorologiques

l’exigent. Les panneaux

solaires assurent les besoins

en énergie tout en procurant

de l’ombre aux espaces publics

tandis que l’aquaponie (plantes

et poissons se nourrissant

mutuellement), l’aéroponie

(culture hors sol) et l’aquaculture

3D (colonnes de végétation

sous-marine) produisent

la nourriture.

« La technologie nous permet

de vivre sur l’eau en respectant

les écosystèmes

marins, selon Collins Chen.

Nous sommes convaincus

de la capacité des humains

à vivre en harmonie avec la

faune marine. » Tant que ces

citoyens des mers ne polluent

pas les océans...

oceanix.org

THE RED BULLETIN 19


B U L L E V A R D

Cluj-Napoca,

Roumanie

DU SANG

ET DU SON

Deux loups géants scrutent un

stade rempli de fêtards tandis

que les basses jaillissent des

tours d’enceintes. Bienvenue à

Untold, version transylvanienne

des shows EDM tels que Electric

Daisy Carnival (USA) et Tomorrowland

(Belgique). Lancé en

2015, ce festival de quatre jours

impressionne par sa fréquentation

(350 000 visiteurs l’an dernier)

mais aussi par ses initiatives

originales telles que le

dispositif « Payez avec un don du

sang ». En échange, les festivaliers

bénéficient d’un tarif réduit.

Dracula, première célébrité du

coin, aurait adoré le concept.

Du 1 er au 4 août ; untold.com


21


B U L L E V A R D

SUICIDAL TENDENCIES

JOIN THE ARMY (1987)

« Les Californiens mythiques de

Suicidal Tendencies ont vraiment

incarné l’attitude skate-punk, et

cet album est bien copieux : du

classique skate-punk mixé à des

trucs plus lourds ambiancés

thrash metal. Il contient l’un de

mes titres favoris : Possessed To

Skate. Un truc qui met le feu ! »

PRINCE

PURPLE RAIN (1984)

« Je me cale cet album quand je

suis dans un mode pépère ou

sexy… Prince amène beaucoup

d’éléments émotionnels et

sexuels dans sa musique, et

quand tu écoutes cet album, ça te

met dans le bon mood. Prince est

cool à écouter avec une longue

session. Ça me garantit un très

bon moment sur mon skate. »

Alex Sorgente

« AVEC SLAYER À FOND,

TU PEUX ENVOYER !»

Metaaaaaaal ! Alex au

Red Bull Bowl Rippers

2016 à Marseille.

Skateur de park et de bowl réputé, l’Américain

cite quatre albums qui déchaînent son niveau.

En regardant Alex Sorgente filer comme un

missile dans un skatepark – et envoyer sa

figure signature, le Ollie 540 en mode pose « ballet »

– difficile de rester impassible face au flow de ce

médaillé d’or en park aux X Games. Et comme ce

gosse du soleil de la Floride l’admet volontiers, il lui

faut parfois de la musique bien agressive pour se

jeter comme un possédé sur un module ou dans un

bowl. Élevé au bon grain d’AC/DC ou de Van Halen,

et féru de groupes comme Venom ou Dead Kennedys,

il place ici une liste de quatre albums hyper

motivants pour une session de skate mémorable.

SLAYER

SHOW NO MERCY (1983)

« Quand j’ai entendu Slayer pour

la première fois, j’avais dix ans,

je me suis dit : “Whoa, c’est du

lourd !” J’ai mis un moment à vraiment

apprécier, mais je sais désormais

que ce sont des tueurs.

J’adore me ruiner sur une bonne

session avec quelques-uns de

leurs titres bien lourds. Cet album

en particulier me motive à rider

et aller vite. Tu te le mets à fond

et tu es au top pour envoyer !»

BLACK SABBATH

MASTER OF REALITY (1971)

« Tout ce que fait Ozzy Osbourne,

c’est génial ! Les titres de son

groupe Black Sabbath sont si

variés. Je peux écouter tous leurs

albums à n’importe quel moment

dans n’importe quel mode.

J’adore le troisième, car il couvre

un tas de styles différents. La

plupart des morceaux sont fous,

mais j’aime particulièrement

Solitude, quand je suis en mode

posé après une bonne session. »

NICOLAS JACQUEMIN/RED BULL CONTENT POOL

22 THE RED BULLETIN


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25 ANS DE

SUPPLICE

En juin dernier, on célébrait un quart de siècle

de chutes par-dessus des motos, d’os brisés et de

deux-roues défoncés, de souffrance, de larmes et

de persévérance. Et si on écrasait quelques chiffres

à l'occasion de l'anniversaire du terrible Red Bull

Hare Scramble, cette COURSE D'ENDURO MOTO

dévastatrice ? Texte WERNER JESSNER


MARKUS BERGER/RED BULL CONTENT POOL

45 000

SPECTATEURS

Chaque année, ils sont autant

à assister au Erzbergrodeo

Red Bull Hare Scramble, tenu

dans une mine à ciel ouvert en

Autriche. Les fans volontaires

aident les motards sur les passages

les plus éprouvants, avec

des cordes, les encouragent

avec des cornes de brume. Ils

ressentent l’esprit Erzberg aussi

intensément que les pilotes.

25


1 500

PILOTES SUR

LA GRILLE

Donc, tu penses être super

bon sur une moto ? Mais

jusqu’où es-tu allé lors du

dernier Erzberg ? Le nombre

de check points à valider sur

cette course d’enduro est le

sujet d’une grande convoitise

sur la scène moto off-road

internationale.

SEBASTIAN MARKO/RED BULL CONTENT POOL

26


500

SEULEMENT

À L’ARRIVÉE

Un nuage de poussière géant

vient recouvrir les pistes lors

du prologue du Erzbergrodeo,

nommé Iron Road. Partant

toutes les 30 secondes, 1 500

pilotes se tirent la bourre sur

huit miles. Seul le premier tiers

le plus rapide se qualifie pour le

Red Bull Hare Scramble disputé

le jour suivant.

T.GROMIK

28


3

BLESSURES

SÉRIEUSES

C’est le décompte annuel

moyen à traiter par le médecin

de la course. « Sérieuses »

signifie que le pilote est dans

l’incapacité de quitter le lieu

du carnage par lui-même et

doit être conduit à l’hôpital.

Tout ce qui est coupure, plaie

profonde, ligaments déchirés

ou même fracture classique

ne fait pas partie de cette

catégorie.

SEBASTIAN MARKO/RED BULL CONTENT POOL

30


97 %

DE PENTE

MAXIMALE

Dans cet enfer autrichien,

la section la plus raide est le

sommet du point de contrôle

de la « Pipe à eau », suivi de

la « Baignoire » et des « Trois

rois ». C’est ce dernier qui fait

vraiment monter le frisson

chez les pilotes, qui doivent

l’approcher debout, alors que

les deux autres permettent

de prendre un peu d'élan.


4

HEURES DE

CALVAIRE

Peu importe l’énergie

que vous croyez avoir

dans le réservoir ;

le drapeau est agité

au bout de quatre

heures exactement.

Si vous n’avez pas

rejoint la ligne d’arrivée

à ce moment-là,

vous ne finirez jamais.

25

ANNÉES

D’HISTOIRE

Cela signifie que toute

une génération de

motards a grandi avec

Erzberg. Mais plus

remarquable encore,

55 % des participants

actuels sont âgés de

moins de trente ans.

La compétition d’enduro

la plus difficile

au monde rajeunit.

Joyeux anniversaire

à ce géant !

T.GROMIK

Revivez l’édition 2019 sur

redbull.com/erzbergrodeo

THE RED BULLETIN 33


14 NUANCES DE

LETICIA BUFONI

Quoi qu’on vous dise à son propos,

la skateuse brésilienne vit un rêve.

Texte JEN SEE

Photos STEVEN LIPPMAN


« Je veux être moimême,

pas faire ce

qu’on me dit »,

déclare Leticia

Bufoni, ici en photo

à Venice Beach

(Californie) en avril.

35


Bufoni s’est

expatriée à Los

Angeles à l’âge de

14 ans et, depuis,

se débrouille seule

aux States.


SON PÈRE ÉTAIT TELLEMENT

DÉTERMINÉ À L’EMPÊCHER DE FAIRE

DU SKATE QU’IL A SCIÉ SA PLANCHE.

1. COMME LES MECS… ET ALORS ?!

Gamine, Bufoni jouait dans les rues de son São Paulo

natal (Brésil) avec les garçons de son quartier. Ils

passaient leurs journées à taper dans le ballon, à faire

du vélo, mais aussi du skateboard. « J’ai supplié mes

parents et ma grand-mère de m’en acheter un, ditelle.

C’est comme ça que tout a commencé. »

Aussi forte d’esprit à l’époque qu’elle l’est

aujourd’hui, Bufoni ne voulait jamais rentrer quand

ses parents l’appelaient, ou faire ce que l’on attendait

d’elle. Tout ce qui l’intéressait, c’était le skate. « Il

n’était pas question que mes parents essaient de me

coiffer ou de me mettre une robe, dit-elle. J’étais

entourée de mecs, au point que je voulais être

comme eux. Et me saper comme un mec. »

Son père voyait cela d’un autre œil. « Il ne voulait

plus qu’on me traite de garçon manqué ou de lesbienne

», raconte-t-elle. Le père de Bufoni était tellement

déterminé à l’empêcher de faire du skate qu’il a

scié sa planche en deux. Pas grave. Leticia a assemblé

des morceaux récupérés chez ses potes pour se constituer

une nouvelle planche. « Cela signifiait : “J’adore

skater, et je vais continuer ! Ne m’en empêche pas !” »

2. SE BATTRE POUR COMBATTRE

Forcément, son daron ne voulait pas qu’elle fasse de

compétitions. Sa première opportunité s’est pourtant

présentée à São Paulo et réunissait des filles de tout

le Brésil. Un ami qui l’avait vue et qui croyait en son

talent soutenait qu’elle méritait une chance. Il a

convaincu le père de Bufoni de la laisser participer

à la compétition.

« Il ne m’avait jamais vraiment vue faire du skate

avant cette compétition, dit Bufoni à propos de son

père. Quand il m’y a emmenée, il a constaté que

j’avais du potentiel. »

Dès lors, son père la trimbalait de bon cœur à

toutes les compétitions. « Il était devenu mon plus

grand supporteur, il m’emmenait au skatepark tous

les jours. » Nike sponsorisait ce premier contest à

São Paulo. À l’époque, Leticia Bufoni n’imaginait

pas que la marque deviendrait l’un de ses sponsors.

3. L.A. : CENTRE DU SKATE ET DU VICE

À l’âge de 14 ans, Bufoni s’est installée à Los Angeles.

De chez elle au Brésil, elle voyait la ville californienne

comme le centre de l’univers du skateboard.

« Tout se passe à Los Angeles, explique-t-elle. Tu

skates avec les meilleurs pros et fréquentes les meilleurs

skateparks. » L.A. apparaissait constamment

dans les vidéos de skate qu’elle regardait obsessionnellement.

La plupart des marques les plus importantes

étaient également basées ici. « Los Angeles a

toujours été un endroit de rêve pour moi », dit-elle.

L’attrait de la ville s’est intensifié avec le succès

montant de Bufoni. Elle avait gagné en assurance et

en expérience, mais se rendait compte que les possibilités

de sponsoring, dans sa ville d’origine, restaient

limitées. L’année précédant son installation en Californie,

Bufoni se demandait si elle pouvait vraiment

réussir en tant que skateuse. « Je n’avais pas de sponsors

et je me questionnais : est-ce que je persévère ou

est-ce que je me concentre sur mes études ? » Bien que

son père ait continué à la soutenir, Bufoni craignait

que les ressources financières de sa famille s’épuisent.

Sa chance d’aller à L.A. s’est présentée en 2007

avec une invitation à participer aux X Games. Son

père l’a accompagnée et a couvert les dépenses. Une

fois arrivée, Leticia savait qu’elle devait trouver un

moyen d’y rester. Sa huitième place dans l’épreuve

de street de l’événement laissait entrevoir un avenir

prometteur, mais elle devait encore convaincre son

paternel qui hésitait à permettre à sa jeune fille de

partir si loin de chez elle. Il a finalement cédé.

L.A., enfin ! Bufoni a commencé par explorer son

nouveau spot, aidée par la photographe Ana Paula

Negrao et son propre instinct de survie déjà bien

affûté. L’apprentissage de l’anglais a d’abord représenté

un défi. C’était vraiment difficile pour

quelqu’un qui parlait portugais. Mais son choix de

s’expatrier aux USA était le bon. « J’ai trouvé un sponsor

chaussures, puis un sponsor sapes. Tout a changé

si vite », se souvient-elle, fière d’avoir réussi à éviter

les pièges de la ville. « Les fêtes, la came, il y a tout

cela à L.A., constamment. À 14 ans, j’arrive ici seule,

avec des potes plus âgés, loin des miens. »

37


« LES FÊTES, LA CAME, IL Y A TOUT

CELA À LOS ANGELES. À 14 ANS,

J’ARRIVE ICI SEULE, LOIN DES MIENS. »


4. MALADE LE JOUR J ? PAS GRAVE !

Pour la séance photo, elle sort une paire de Nike

blanches toutes neuves de leur boîte, met son sac à

dos YSL sur son épaule et louvoie dans sa 405 entre

sa maison à Encino et le skatepark de Venice Beach

en passant par Sepulveda Pass, après Sunset Boulevard.

Décontractée sur sa planche, ses cheveux

mauves brillent au soleil.

Leticia Bufoni a la crève, mais elle réalise une succession

de tricks jusqu’à ce que le photographe, satisfait,

ait les bonnes images. Puis commence la longue

séance de pose pour obtenir le portrait parfait.

Leticia Bufoni a la crève mais elle s’envole le lendemain

pour Las Vegas, comme promis, pour faire

une apparition au Palms, hôtel-casino local. Un nouveau

club y est inauguré, et Leticia est l’une des célébrités

invitées pour ajouter du glamour à la fête.

Leticia Bufoni a la crève alors elle prend des médicaments

et s’endort… et manque son interview. Elle

admet qu’elle est plus à l’aise pour communiquer

directement avec ses fans via Instagram que pour

se livrer en entretien.

Mais son agent lui explique que celle-ci est importante.

Elle prend donc le téléphone et passe près de

deux heures à répondre patiemment aux questions.

Sa passion pour le skate se manifeste dans sa voix

lorsqu’elle parle de la compétition et des défis que le

sport lui présente. Elle rit lorsqu’elle raconte des histoires

où elle se joue des vigiles alors qu’elle tourne

des vidéos sur des spots interdits, et les conséquences

parfois surréalistes de sa vie très médiatisée.

5. LES SPONSORS… UN DRAME

En grandissant, Bufoni était la seule skateuse de son

quartier. Les gens la traitaient de lesbienne et de

garçon manqué parce qu’elle ne se conformait pas

à leurs idées de ce qu’une fille doit faire. Elle les a

ignorés. Le skate était devenu sa passion et elle

n’était pas près de lâcher prise.

Lorsqu’elle a commencé à remporter des compétitions

et à chercher des sponsors, elle s’est heurtée

à une résistance bien connue : les marques de skateboard

ne sponsorisaient tout simplement pas les

femmes. « Il était très difficile de trouver une marque

qui voulait bien me sponsoriser. »

Représentant

le Brésil, Leticia

Bufoni a remporté

dix médailles

au total lors des

X Games.

39


Elle se souvient d’une marque qui lui a promis

monts et merveilles pendant trois ans et qui a fini

par la laisser tomber sans rien lui offrir. Même

scénario avec une autre marque. « À ce moment-là,

vous savez ce que je me suis dit ? Puisque ces types

ne veulent pas me soutenir, je vais créer ma propre

entreprise. » Bufoni était prête à lancer sa propre

marque de skate lorsque Plan B lui a offert un contrat.

Plan B a sponsorisé certains des plus grands noms

du skate masculin et Bufoni est la première femme

sponsorisée par la marque.

La carrière de Leticia va bien au-delà d’un véritable

fossé générationnel dans le skate féminin. Il y a moins

d’obstacles aujourd’hui pour les adolescentes qui se

lancent dans le skate. « Ça a beaucoup changé », poursuit

Bufoni, qui a maintenant 26 ans. Bien qu’elle ne

se sente pas forcément à l’aise dans ce rôle de modèle,

il faut bien admettre que Leticia en est un pour les

jeunes skateuses. « À l’époque, j’étais l’une des rares

nanas à recevoir un salaire. Maintenant, beaucoup de

marques ont accueilli des femmes dans leurs teams. »

6. SKATEBOARDING IS NOT A CRIME ?

Le street (skate de rue) a développé sa propre géographie.

Alors qu’elle zone en bagnole à L.A., Bufoni

cherche constamment des spots pour faire du skate.

Elle déclare : « J’ai l’œil du skateur pour tout »,

comme pour ces mains courantes en métal qui ont

la hauteur parfaite pour les boardslides.

Dans les yeux d’un skateur, la cour d’une école

américaine est un domaine à part. « On ne trouve

nulle part ailleurs des cours d’école comme ici, à

Los Angeles. » Des escaliers parfaits pour sauter,

des tables de pique-nique pour les tailslides, et des

rampes d’accès parfaites pour se lancer dans des

tricks idéalement documentés en vidéo.

Le problème, c’est que de nombreux spots de skate

sont dissimulés derrière des entrées verrouillées, ou

sur des propriétés privées. Pour les skateurs de street

pros, éviter les vigiles fait partie du job. « L’autre jour,

nous avons roulé une heure pour nous rendre à un

endroit, et une fois arrivés, la sécurité est arrivée et

nous a expulsés », dit Bufoni amèrement. Il a fallu

changer de spot, soit des heures de conduite.

« LE SKATE, J’AIME TROP ÇA.

QUAND JE ME BLESSE, TOUT CE QUE

JE VEUX, C’EST Y RETOURNER ! »

« J’ai l’œil du

skateur pour tout »,

dit celle qui adore

rider dans les cours

d’école (quand les

kids n’y sont plus).

41


« LETICIA EST UNE ACHARNÉE, ELLE

A BEAUCOUP DE TALENT. JE SUIS

UN GRAND FAN ! » RYAN SCHECKLER

En général, les vigiles sont calmes et demandent à

Bufoni et à ses potes de partir. « Mais parfois, ils pètent

les plombes et en viennent aux mains ». A-t-elle déjà

été arrêtée ? « Dieu merci, non », dit-elle en se marrant.

7. COMBIEN DE FRACTURES...

Leticia a subi quatre, cinq interventions chirurgicales

– elle ne se souvient plus très bien. Cinq fractures.

Lors d’une compétition en 2014, la skateuse est tombée

pendant son dernier run, alors qu’elle tentait de

passer de la deuxième à la première place. Alors que

sa famille regardait depuis le Brésil, elle a subi une

commotion cérébrale en direct à la télévision. Pourtant,

le risque ne la dissuade pas. Elle fait du parachutisme

pour s’amuser parce qu’elle aime la montée

d’adrénaline qui accompagne la peur et elle ne va pas

arrêter le skate de sitôt. « Je ne me suis encore jamais

dit : “Je vais arrêter, je ne peux plus continuer.”, Le

skate, j’aime trop ça. Quand je me blesse, tout ce que

je veux, c’est y retourner immédiatement ! »

8. ACHARNEMENT ET TALENT

Pour comprendre ce qui distingue Bufoni des autres

skateuses, écoutez ce qu’en dit Ryan Sheckler, légende

du skate : « Leticia est une acharnée, raconte le triple

médaillé d’or des X Games. Elle a beaucoup de talent.

Je suis un grand fan. Quand elle veut apprendre une

figure, elle s’y met. Elle a du style. C’est ce qui est vraiment

attrayant dans sa manière de faite du skate. Elle

est très à l’aise sur une planche. C’est amusant de la

voir rider. Si elle persévère, elle n’a pas de limite. »

9. INSTA RÉALITÉ, SA RÉALITÉ !

Parcourez le compte Instagram de Bufoni ; c’est un

monde glamour qui semble bien loin des rudes réalités

du skate de rue. Elle skate à travers le Palms, le

décor luxueux de l’hôtel de Vegas s’offrant à elle tel

une scène. Elle pose aussi pour Sephora, se dirige

vers la plage pour une séance de surf en bikini et

sort le grand jeu pour une soirée chic en ville. L’effet

d’ensemble est vertigineux, des vidéos de skate aux

soirées, et vice-versa.

Bufoni gère elle-même son compte Instagram et

affirme qu’elle y poste généralement de nombreuses

images non filtrées de sa vie quotidienne. « J’ai toujours

voulu gérer moi-même tous mes réseaux

sociaux afin que les gens voient avec mes yeux et

entendent ma voix. Je veux être moi-même, je ne

veux pas faire ce qu’on me demande. » Tout comme

elle s’entêtait à résister aux efforts de ses parents

pour mettre fin à son histoire d’amour avec le skate,

Bufoni suit avec détermination son instinct lorsqu’elle

façonne son profil public. Instagram offre

un moyen de communiquer son identité à sa façon.

« Si ça me plaît, je me fiche que les autres aiment

ou non, vous comprenez ? »

Leticia Bufoni a plus de 2 millions d’abonnés sur

son compte et sa portée s’étend bien au-delà du skateboard.

Elle n’est plus surprise quand des enfants du

skatepark lui demandent un selfie. « Les gens sont là

parce qu’ils skatent, alors ils me connaissent. » Mais

elle ne s’est toujours pas habituée à se faire aborder

au centre commercial pour une photo. « Est-ce qu’ils

connaissent un peu le skate, ou m’ont juste reconnue

par les réseaux sociaux ? »

Si Leticia s’est habituée à l’attention que lui vaut

sa popularité, elle la laisse tout de même perplexe.

10. UN AIGLE TATOUÉ

Le mot trouble (qui signifie « ennui, problème » en

anglais) est inscrit sur son tatouage le long de sa main

droite. Elle dit que c’est parce qu’elle est constamment

confrontée à des emmerdes. Un contrepoint : les

tatouages sur ses doigts forment le mot hope, espoir.

La Brésilienne s’est aussi faite encrer des crânes, le

numéro 13 (elle est née un 13 avril) et un avion, car

elle voyage sans cesse. Un aigle portant un skateboard

dans ses serres couvre son bras. « Mon père a le même

aigle. Il se l’est fait tatouer juste avant que je déménage

à L.A. et m’a dit : ’’ Bonne chance, Leticia.” »

11. « JE SUIS UNE VIOQUE »

Son compte Instagram peut ressembler à une fête

sans fin, mais Leticia Bufoni dit qu’elle aime se

coucher tôt. « Je suis un peu comme une vioque »,

dit-elle en riant. Forcément, le fait de s’endormir tôt

lui permet d’en faire plus chaque jour – du skate aux

séances d’entraînement, de la gym au shopping.

Il y a environ trois ans, Bufoni a arrêté de boire.

« Je voulais mener une vie plus saine. C’est marrant

de boire, mais le lendemain, on se sent comme de la

merde. » Elle ne s’en tiendra peut-être pas toujours

au régime sec, mais c’est une autre façon pour elle

d’essayer de concilier les attraits d’une vie mondaine

avec la discipline qu’elle s’impose pour rester au plus

haut niveau. Au lieu de la scène clubbing, Bufoni

préfère les festivals de musique et elle attend chaque

année celui de Coachella avec impatience. (Skateurs

hardcore, si jamais vous êtes toujours là, passez

42


À 26 ans, Leticia

Bufoni est une

skateuse

professionnelle qui

vit de sa passion

pour la planche.


Bien que sa

qualification ne soit

pas acquise, elle

veut honorer le

Brésil aux JO de

2020 à Tokyo.


votre chemin !) Ce festival est devenu un événement

incontournable pour la Californienne d’adoption et

l’occasion rêvée de parcourir les boutiques de

fringues.

« J’aime faire du shopping sur Melrose, dit-elle.

Il y a des petits magasins qui ont des trucs pour les

festivals. Des trucs dingues. » Lors d’un récent festival

EDM à Miami, elle portait un licou lavande avec un

short assorti et une jupe translucide et fluide. Ses

cheveux rose vif contrastent parfaitement avec sa

manucure rose pâle. (On vous avait prévenus.)

12. AVOCADO TOAST ET IN-N-OUT

Quand elle est chez elle, Bufoni, en bonne girl de

Los Angeles, suit un régime principalement végétalien.

Chaque fois qu’elle voyage pour skater, elle a

envie de ses plats préférés, de toasts à l’avocat et de

jus vert. « Dès que je parle de nourriture, je suis grillée.

Les gens captent direct d’où je viens… », rit-elle.

De temps en temps, elle s’offre un fast-food californien

classique, et se pointe dans un In-N-Out Burger.

« De L.A., j’adore tout ! La nourriture, tout ! »

13. TOKYO AU BOUT DU RUN

Avec les JO de Tokyo 2020 qui se pointent à grand

pas, le skate évolue. Pour les skateurs de street, leurs

racines sont profondément ancrées dans les quartiers

et les parks où ils ont évolué en skatant entre potes.

Aujourd’hui, leur mode de vie underground et libre

est devenu un sport avec des programmes de mise en

forme et des séances d’entraînement en salle. Aux

JO, ils porteront l’uniforme d’une équipe nationale.

Pour Bufoni, le changement n’a pas entraîné une

modification importante de son approche. « Je m’entraînais

déjà à la gym et j’avais une bonne alimentation.

» Et elle est optimiste quant à la montée en puissance

de cette pratique. « Cela va apporter plus

d’opportunités dans le monde du skate. » Bufoni a

néanmoins l’impression que quelque chose est en

train de se perdre. « J’ai la sensation que les jeunes

ne pensent à devenir des skateurs professionnels que

pour le fric et la gloire. Quand j’ai commencé, je faisais

du skate parce que le skate, c’était génial, et c’était ce

qui me motivait le plus. » Elle voit dans sa planche un

mode de vie plutôt qu’un sport. Être dans la rue, rider

toute la journée, explorer des spots avec ses amis, se

faire virer des cours d’école et des parkings. Elle a vu

dans le skate un mode de vie et une culture auxquels

elle voulait se dédier, et y consacrer sa vie.

Cela ne veut pas dire qu’elle n’aime pas la compétition.

« Chaque fois que je participe à un contest, je

veux gagner, dit Bufoni. Beaucoup de riders aiment se

pointer sur une compétition, mais finalement, ils s’en

fichent, ils viennent juste pour s’amuser. »

Bufoni admet qu’elle est encore nerveuse avant

de se lancer. « Je rêve de la compétition qui va venir.

Et chaque fois que je visualise mon run dans ma tête,

mon cœur se met à battre et je deviens super nerveuse.

» Lors des événements, la Brésilienne est tellement

concentrée sur le moment, que souvent, elle ne

se souvient pas de ses runs une fois les compétitions

terminées.

La chance de représenter son pays aux Jeux olympiques

dépasse tout ce que Bufoni a jamais imaginé.

« Tous les athlètes rêvent de participer aux Jeux olympiques.

Je veux seulement remporter la première

médaille. » Avec une armoire remplie de trophées, une

médaille olympique ferait de Bufoni l’une des athlètes

les plus titrées du skate.

14. VIVRE POUR CE QUE L’ON AIME

« Je vis vraiment un rêve, déclare-t-elle. J’y pense tous

les jours. Avoir ma propre maison, mon propre skatepark,

ma propre voiture. C’est super. Partout où je

vais, où je voyage, tous les gens que je rencontre,

c’est passionnant. Parfois, je me demande si c’est réel.

C’est une vie vraiment folle. J’aime ce que je fais, et je

veux juste être moi-même. »

Instagram.com : @leticiabufoni

« BEAUCOUP DE RIDERS AIMENT SE

POINTER SUR UN CONTEST, MAIS ILS

VIENNENT JUSTE POUR S’AMUSER. »

45


« Mes

chansons

sont des

petits

soldats »

Produire des tubes pour Lady Gaga,

Bruno Mars, Amy Winehouse

ou Miley Cyrus a fait de l’Anglais

MARK RONSON une pop star à part

entière. Le musicien londonien nous

révèle ici ce qui fait de ses chansons

des guerrières, à quel point son

insécurité est son moteur créatif

et pourquoi son nouvel album,

Late Night Feelings, ne pouvait

pas être une redite.

Texte MARCEL ANDERS

SONY MUSIC

46


Ronson attaque

son LP Uptown

Special au plus

mal, mais en sort

un tube mondial.

48 THE RED BULLETIN


SONY MUSIC

C’est un faiseur de

rois et reines des temps modernes :

Mark Ronson a donné à Amy

Winehouse le son rétro-soul qui

a fait de Back to Black (2006) un

album culte ; il a fait de Bruno

Mars une superstar en lui offrant

la chanson qu’il avait composée,

Uptown Funk (2014), devenue

l’un des singles les plus vendus de

tous les temps ; et plus tôt cette

année, le producteur, guitariste,

DJ et chanteur de 43 ans a reçu un

Academy Award, un Golden Globe

Award et un Grammy Award pour

sa participation à la composition de

la chanson Shallow du film A Star

Is Born avec Lady Gaga. Mais le

fait qu’il soit l’un des producteurs

les plus célèbres du XXI e siècle n’a

pas guéri Ronson de son manque

de confiance en lui. Pour le Londonien,

l’insécurité est au contraire

essentielle pour faire ressortir le

meilleur de son potentiel créatif.

the red bulletin : Vous êtes

l’une des personnalités les plus

célèbres de la scène musicale. Et

pourtant, la rumeur dit que vous

craignez la déprime après chaque

nouvel album. Est-ce vrai ?

mark ronson : Oui. C’est une

préoccupation constante parce que

la musique est la seule chose que

je sache vraiment faire. En 2015,

quand je me suis mis à travailler

à mon album Uptown Special,

j’étais au creux de la vague dans

ma carrière sur le plan commercial.

« Je me suis

évanoui au studio

parce que je

tenais tellement

à ce que l’album

soit parfait. »

Mais c’était une bonne chose parce

que cela m’a obligé à travailler

encore plus dur, cela a mis mon

perfectionnisme à l’épreuve. Le fait

que Bruno Mars soit un perfectionniste

lui aussi, et qu’il soit le dernier

à quitter le studio à 7 heures du

matin, a bien aidé.

Sur ce disque, vous avez réalisé

avec lui l’un des singles les plus

populaires de tous les temps. De

quoi faire retomber la pression ?

Évidemment, le succès de ce titre,

Uptown Funk, m’a rassuré et m’a

donné un peu de confiance en ce

que je faisais. Puis il faut recommencer

à zéro. Je me suis vraiment

demandé : « Qu’est-ce que je peux

faire après Uptown Funk ? » C’était

un peu flippant au début. Mais

quand j’ai commencé à travailler

sur le nouvel album, Late Night

Feelings, j’ai réalisé que je faisais

un album très ouvert et très honnête

sur le plan émotionnel et que

le résultat ne serait pas comme

Uptown Funk. C’est à ce moment-là

que je me suis dit : « Je ne peux plus

revenir là-dessus. Ça, c’est ce que

je faisais hier et aujourd’hui, c’est

autre chose qui m’anime. »

Apparemment, vous vous êtes

évanoui et avez vomi en enregistrant

Uptown Special. Est-ce que

cela s’est produit de nouveau

pendant que vous travailliez sur

le nouvel album ?

La raison pour laquelle j’ai vomi

et me suis évanoui le dernier jour

de l’enregistrement d’Uptown

Special, alors que j’essayais de bien

gérer mes parties de guitare, c’est

parce que je tenais à ce que cela

soit parfait. En ce sens, ça a été la

même chose avec ce nouvel album.

Ma musique, même si elle évoque

d’autres époques tout comme les

chansons que j’ai faites et qui ont

du succès, ne ressemble à rien de

ce que l’on entend à la radio au

moment où ces chansons sortent.

THE RED BULLETIN 49


« Aujourd’hui,

trop d'artistes

se vantent

de composer

des chansons

rapidement. »

50 THE RED BULLETIN


SONY MUSIC (2)

Mark et Lykke Li,

la Suédoise que

l’on retrouve sur

son track Late

Night Feelings.

Alors, qu’il s’agisse des titres

Valerie, Uptown Funk ou Locked

Out of Heaven, elles sont toutes un

peu particulières. Il y a donc toujours

une possibilité que le public

n’adhère pas.

Qu’est-ce qui fait que des chansons

marchent ? Est-ce que c’est

l’amour supplémentaire que vous

leur donnez ? Diriez-vous qu’une

chanson est aussi bonne que ce

que vous êtes prêt à y investir ?

Absolument. L’art de qualité, ça ne

sort pas de nulle part. Ça ne s’est

jamais fait. Je pense qu’il faut souffrir

pour créer. Du moins, c’est le

cas pour moi. Et il faut donner à

sa création le temps de s’épanouir

et de grandir.

Qu’en est-il de ceux qui prétendent

avoir composé une chanson

à succès en quelques minutes

seulement ? Ils se la pètent ?

Bien sûr. Aujourd’hui, trop d’artistes

se vantent de composer

des chansons rapidement. Mais

globalement, la qualité a baissé

au point que les chansons ne sont

que correctes, sans plus. Elles sont

à un niveau où je me sentirais mal

à l’aise s’il s’agissait de ma propre

musique. Cela dit, il y a des gens

très talentueux qui y parviennent :

Amy, par exemple, avait composé

Back To Black en une heure, il me

semble ; la chanteuse Sia a la réputation

d’entendre un instrument

et de composer une chanson sur

le champ. Et si la chanson ne

vient pas en vingt minutes, elle

sait qu’elle n’est pas bonne.

« Partir à la

guerre, c’est

aller sur Spotify,

monter dans les

charts et passer

à la radio. »

Et c’est comment pour vous ?

Souvent, l’idée de la chanson me

vient assez rapidement. Ce qui

prend tant de temps, ce sont toutes

les choses que j’ajoute par la suite.

Comme je le disais, mes chansons

ne ressemblent pas aux tubes du

moment. Mais je veux qu’elles

deviennent des tubes, je veux leur

donner cette possibilité. Je veux

qu’elles passent à la radio. Je les

considère comme des petits soldats

qui partent en guerre.

… des petits soldats ?

Ce que j’entends par « partir en

guerre », c’est aller sur Spotify,

monter dans les charts, passer à

la radio et rivaliser avec Calvin

Harris, Benny Blanco et les autres.

Je peux prendre ces soldats, qui

sont très sensibles, et les revêtir

d’une armure. Peut-être que je

n’y ai mis qu’un truc sur le kick

drum ou un petit son électro dans

le refrain. Que des petits trucs qui

rendent les chansons modernes.

Je ne peux pas les forcer à gagner

mais je peux au moins faire le

maximum pour m’assurer de les

avoir envoyées dans la bataille

aussi préparées que possible. Parce

que j’ai encore aujourd’hui un ego

et de la fierté, et que je veux toujours

être sûr que mes petits trucs

peuvent obtenir du succès.

Vous sentez-vous vraiment

déconnecté de la musique pop

d’aujourd’hui ? Est-ce parce qu’il

y a tant d’exigences sonores pour

que les titres soient poussés par

les plateformes de streaming ?

Même à l’époque où la radio dominait,

c’était comme si plus une

chanson couvrait de genres, plus

elle allait avoir du succès. Si vous

aviez une chanson qui était un

titre pop intégrant des éléments

de R’n’B et de hip-hop, vous aviez

la chance d’obtenir un plus grand

succès parce qu’elle allait être

diffusée par un grand nombre de

stations de radio différentes. Avec

Spotify et les playlists Apple Music,

c’est un peu la même chose. Si vous

avez une chanson qui incorpore

des éléments de genres différents,

elle correspondra à plusieurs

playlists. C’est comme ça que ça

marche. Cela dit, je ne changerai

jamais une chanson ou n’en ferai

jamais quelque chose d’autre que

ce qu’elle est, mais je suis très heureux

d’aimer faire tout ce que je

peux pour m’assurer qu’elle ait au

moins une chance, vous voyez ?

… dit l’homme qui a récemment

remporté plusieurs prix pour

Shallow, un duo avec Lady Gaga

et Bradley Cooper qui a lancé

une nouvelle tendance vers un

son plus roots et plus épuré dans

la musique pop...

Je n’ai rien inventé, vraiment.

Lady Gaga a eu l’idée du refrain

et des paroles, Andrew Wyatt et

Anthony Rossomando ont pensé la

partie de guitare, et Bradley Cooper

a suggéré de l’enregistrer en duo.

En gros, je suis resté là et je les ai

laissés faire ce qu’ils voulaient.

Vous êtes bien modeste...

D’accord, j’ai peut-être apporté ma

touche ici ou là, mais mon travail

en tant que producteur n’est pas

tant de créer que d’aider les artistes

à donner vie à leur vision.

markronson.co.uk

THE RED BULLETIN 51


LE SON DU

PRÉSENT

BILLIE EILISH est une jeune chanteuse, compositrice et productrice

dont le premier album, When We All Fall Asleep, Where Do We Go?,

l’a rapidement propulsée parmi les sensations pop du moment.

L’Américaine est parvenue à ce succès grâce à un processus de

travail dépourvu de toute préoccupation et de tout stress.

« On va tous disparaître un jour, alors pourquoi devrais-je me

demander si je fais les choses bien ou mal ? »

UNIVERSAL MUSIC

Texte BENJAMÍN ACOSTA

53


Qui aurait pu penser que la mélancolie et

une musicalité obscure et froide bénéficieraient

d’une plus grande popularité

de nos jours ? « On avait plein de choses

à dire et on n’avait pas envie d’attendre,

il suffisait qu’on enregistre nous-mêmes »,

déclare Billie Eilish à propos de l’album

qui est devenu réalité grâce à l’aide de

Finneas, son grand frère. Ils y ont travaillé

chez eux, en se replongeant dans leurs

souvenirs d’enfance et d’adolescence,

revisitant l’anxiété mystérieuse de la

puberté dans un calme absolu. Ensemble,

ils ont conçu une collection de chansons

très personnelles, sans chercher à rivaliser

avec rien ni personne. Le disque créé

est celui qu’ils avaient en tête, fidèle à

leur idée. À cela s’ajoute un facteur clé :

la production créative s’est affranchie de

toute pression.

Billie Eilish Pirate Baird O’Connell est

née à Los Angeles en 2001, d’une mère

actrice (Maggie Baird) et d’un père musicien

et scénariste (Patrick O’Connell).

Lectrice vorace et passionnée de cinéma,

elle écoute aussi bien les Beatles que Lana

del Rey. Depuis sa plus tendre enfance,

elle suit des cours de chant et de technique

musicale, et apprend à jouer du

piano et de l’ukulélé tout en étant scolarisée

dans un établissement spécialisé dans

la danse. Alors qu’elle n’a que quinze ans,

elle enregistre son premier single, Ocean

Eyes, devenu viral en l’espace d’une nuit

et dont le clip officiel a été visionné plus

de cent millions de fois.

54

the red bulletin : Votre truc, c’est de

ne pas avoir d’aspirations ?

billie eilish : J’aime bien la sensation

de spontanéité, d’énergie qui se dégage

au moment où l’on sent que les choses

doivent se faire, sans se poser aucune

question, en répondant simplement à la

force d’une idée qui demande à ne pas

rester enfermée dans nos têtes. On sent

que cet album est la conséquence de cette

montagne russe de sensations qu’il valait

mieux ne pas passer au crible. On a vécu

l’expérience merveilleuse de ce qui est

imprévisible, de ce qui découle spontanément

d’une série d’instants où on se laisse

porter par ce que l’on veut voir se concrétiser,

sans autres limites que celles que

l’on se fixe. Cette « méthode », si on peut

l’appeler ainsi, se caractérise par le

charme de faire les choses sans plus, par

ce moteur qui nous permet de décoller du

sol. Ça se rapproche d’un état de transe,

de quelque chose de fou et, je crois,

d’authentique.

Cette vision des choses vous vient-elle

du fait d’avoir commencé à faire de la

musique dès l’enfance ?

C’est possible parce que, au lieu de me

projeter d’une manière précise, j’ai pris

l’habitude de ressentir intensément le

présent. Je ressens quelque chose de très

spécial par la présence en elle-même. Être

présent à chaque moment, en ressentant

chaque aspect de ce que je suis en train

de faire au moment présent. Si je mange,

je pense aux délices que j’ai devant moi ;

si je compose, je me connecte aux

« Est-ce que ça vaut

la peine de souffrir

quand on fait

quelque chose que

l’on aime ? »

UNIVERSAL MUSIC


Côté sapes, pour

Billie Eilish, c’est

le même mode

qu’en musique :

no stress !

« En créant ce premier album

avec mon frère, nous avons

vécu l’expérience merveilleuse

de ce qui est imprévisible. »


Billie au présent :

elle parcourt la

planète et soulève

les foules dans

des salles

d’envergure.


« On oublie l’importance qu’a

la contemplation et la façon

dont elle peut nous pousser

à agir au présent. »

UNIVERSAL MUSIC

sensations que m’inspirent les paroles,

à l’essence de l’histoire. Alors, inconsciemment,

j’ai préféré ne pas avoir de

rêves de grandeur, ni rien de ce style,

mais simplement être là, à ressentir profondément

mon corps lors de mes cours

de ballet, à apprendre le piano plongée

dans les notes. C’est une sorte d’inertie,

un chemin qui me conduit à la joie

qu’offre tout ce qui constitue la vie. Car

tout nous apporte quelque chose : une

conversation, une balade, un coucher de

soleil, une lecture. Je crois qu’on oublie

parfois l’importance qu’a la contemplation

et la façon dont elle peut nous pousser

à agir au présent. J’ai toujours eu

l’exemple de mes parents, qui travaillaient

dur, qui étaient plongés dans des

projets, mais qui, à la fois, disposaient de

suffisamment de temps pour ne pas être

sous le joug de la tension permanente.

Penser à l’avenir génère du stress…

C’est pour ça que je n’aime pas y songer. Si

on a l’esprit occupé par des situations passées

et des futurs potentiels, on étouffe le

présent. Je trouve que ça n’a pas de sens

car, de cette manière, on évite l’instant

qu’on vit pendant ce temps si fugace.

Miser sur l’avenir est une pression inutile.

On vit à cent à l’heure…

Ridiculement vite. En mode : « Allons-y le

plus vite possible, peu importe la destination.

» J’ai appris à profiter de chaque

étape de ma vie. J’ai eu la chance de sortir

mon premier album maintenant et c’est

déjà très bien pour l’instant. Je ne pense

pas à ce qui pourrait arriver à l’avenir.

Une chose à la fois et, tout comme le processus

de composition et d’enregistrement

a été sensationnel, je me focalise sur ce

que je dois faire maintenant, comme parler

à plein de gens de tout ça.

Le fait de créer sans crainte, est-ce

quelque chose de précieux ?

Nous vivons dans une société gouvernée

par des valeurs soi-disant basées sur l’apparence,

des standards esthétiques qui

sont souvent définis en pensant aux éventuelles

conséquences plus qu’à une

véritable origine. Je ne crois pas à ces

processus qui essaient d’anticiper le résultat,

je crois justement le contraire. Je me

fiche du « qu’en dira-t-on », ce qui m’intéresse

en réalité, c’est ce que je pense de

moi-même par rapport à ce que me fait

ressentir ce que je fais. Il se peut que ce

soit contagieux, c’est-à-dire que ça aide

quelqu’un d’autre à se sentir bien aussi,

mais cela ne dépend pas de moi. Quand

mon frère et moi écrivons ces chansons,

nous nous efforçons de raconter des histoires,

certaines personnelles et d’autres

fictives, mais elles ont toutes quelque

chose à voir avec ce qu’on n’ose pas dire

d’une autre manière. Et si on se met à

fouiller dans les rêves, on peut se retrouver

dans des situations assez provocatrices.

Quoi qu’il en soit, c’est moi qui

apparais et pas un personnage que je

cherche à fabriquer. En réalité, je ne sais

pas faire autrement. Je chante ce dont j’ai

envie et cette interprétation n’a pas

d’autre arrangement.

Si on observe l’art et le divertissement

sous un autre angle, côté business, il

existe une certaine pression pour se

démarquer, pour vendre…

Le stress, c’est mortel, il te rend malade, il

te prive de l’occasion de profiter, il te met

dans une situation amère, qui n’a pas de

sens. Franchement, est-ce que ça vaut la

peine de souffrir quand on fait quelque

chose qu’on aime ? Dès la première chanson

qu’on a enregistrée, on a ressenti du

plaisir pour le plaisir en soi que représente

pour nous le fait de faire de la

musique, rien de plus. Le monde et ses

possibilités sont trop vastes pour s’accrocher

aux résultats précis d’un projet. Ce

qu’on fait marche bien et on s’en réjouit,

mais on était déjà heureux avant. Un jour,

j’ai entendu quelqu’un dire que le bonheur

n’est pas une destination à atteindre

mais une façon de voyager. Je suis on ne

peut plus d’accord avec cette philosophie.

Le son de vos chansons fait voler en

éclats les codes établis…

Je ne cherche pas à être une artiste à la

mode, ni quelqu’un d’hyper populaire ni

rien de tout ça. Je respecte évidemment

ceux qui jouent ce rôle, mais je préfère être

de l’autre côté de la barrière. Je ne fais que

la musique que je sais faire. Peut-être que

plus tard, d’autres formes verront le jour

mais, d’une façon ou d’une autre, ce sera la

seule chose que je saurai faire, sans tenter

d’être quelqu’un que je ne suis pas.

La spontanéité est-elle plus importante

qu’un projet bien défini ?

Absolument, parce que sa richesse, c’est

d’être unique. Pendant l’enregistrement,

il y a eu des moments où nous nous éloignions

de ce que nous avions réalisé lors

des répétitions préalables. Ça se passe

sans qu’on n’y réfléchisse, sans qu’on le

planifie. Ça arrive, simplement et puis on

se l’approprie. L’intuition nous guide,

nous dicte la manière dont ce doit être

enregistré, et c’est comme ça que nous

pourrons finalement le partager. En fait,

il n’y a pas d’explication à cela, ce n’est

qu’une question de sensation, on ne

s’attarde pas à gamberger.

Pour passer de la phase cérébrale au

résultat perçu par les auditeurs, qui,

eux, se trouvent en dehors du processus

de création, vaut-il mieux être

détendu ?

C’est l’idéal, évidemment. Autrement, on

serait en train de faire une course contre

la montre pour respecter le calendrier.

Cette fois, nous avons la chance de n’avoir

aucune échéance. Pas de délais à respecter.

Je sais que c’est un luxe à une époque

où presque tout est passé à la moulinette

du facteur temps, alors quand l’opportunité

se présente, c’est un sentiment de

liberté totale. Chaque avancée dans le

projet s’effectue sans pression.

Sans cela, l’imagination et l’inspiration

disparaîtraient-elles ?

À coup sûr, car il est difficile de créer

quand on est soumis à quelconque forme

de pression, notamment celle du temps.

C’est un piège qui les anéantirait à

petit feu.

billieeilish.com

THE RED BULLETIN 57


Dans

son

sillage

Le nom, elle l’a déjà. Mais il

manquait à MARIE TABARLY

un tremplin audacieux pour

sensibiliser le monde à LA

cause commune : sauver la

planète n’est plus une option,

c’est un impératif ! Bienvenue

à bord du projet Elemen’Terre.

Texte CHRISTINE VITEL

Photos YOHANN GRIGNOU


Pen Duick VI, l’héritage

paternel et ses 3,45 mètres

de tirant d’eau, « c’est un

morceau de patrimoine,

souligne Marie. Il a une

histoire autour du monde.

Ceux qui croient qu’un

bateau n’a pas d’âme

n’ont rien compris. »

59


Plongeant ses racines dans la

navigation et le comportementalisme

équin (ses

domaines d’expertise), l’initiative

de Marie Tabarly

prend vie sous les voiles du

mythique Pen Duick VI :

Elemen’Terre, un projet de

développement durable où l’on débat des

grands défis de l’humanité, ambitionne de

changer les mentalités. Amorcée en juillet

2018 et conduite par Marie, 34 ans, fille

du grand marin Éric Tabarly et de son

épouse Jacqueline, la résidence itinérante

reprendra le large en septembre, direction

les Açores, le Brésil, Le Cap puis Dubaï,

avec 14 personnes à son bord. À l’heure

de l’urgence climatique, savoir pourquoi

il faut prendre soin de la planète est tout

simplement primordial.

the red bulletin : Pourquoi avoir

délaissé l’éthologie et les chevaux pour

vous consacrer au projet Elemen’Terre ?

marie tabarly : J’ai toujours été partagée

entre mes chevaux et mon bateau, et j’arrivais

à un point de rupture : je n’en pouvais

plus de constater que les pathologies d’un

cheval ne se résolvaient qu’en travaillant

aussi sur les pathologies de son propriétaire.

Pour la Terre, c’est pareil : la situation

d’urgence est la même partout. Je ne

comprends pas pourquoi nous restons

paralysés comme des lapins devant les

phares d’un camion. Nous sommes sur le

Titanic, un iceberg vient de le heurter et

on est en train d’écrire une lettre de plainte

à l’iceberg. Cela n’a pas de sens.

Alors vous avez pensé qu’il fallait agir ?

J’ai monté ce projet parce que je le devais.

Mon but, c’est de mettre en lumière les

grands défis de l’humanité, de créer un

réseau de valeurs, de jeter des ponts entre

les gens, afin de fabriquer un mieux être

commun, pour nous reconnecter à notre

condition humaine. Elemen’Terre est

ouvert à tous. Personne ne se dit : « Ben

moi, ça ne me concerne pas. »

Qui accueillez-vous sur le Pen Duick VI ?

L’équipe fixe, ce sont cinq marins et des

artistes en résidence. À la première saison,

ils étaient cinq funambules-musiciens, et

aux escales nous ont rejoints Jacques

Godin (peintre, ndlr), Franck Cammas

(navigateur, ndlr), Leina Sato (apnéiste,

ndlr), Jean-Marie Gislain (photographe

sous-marin, ndlr), Ezra (champion du

monde de beat-box, ndlr), et Yann et Émilie

Tiersen (musiciens, ndlr). Là, nous repartons

avec un comédien et humoriste, deux

spationautes et une apnéiste. Le thème de

réflexion pour les Açores sera : l’exploration

est-elle vectrice de progrès ? Personne

n’y répondra de la même façon.

La septième étape d’Elemen’Terre

devrait concorder avec l’ouverture de

l’Exposition universelle en octobre

2020, à Dubaï. En quoi cet événement

est-il important pour vous ?

Parce que cette escale pourrait être un

vrai démultiplicateur du fait du nombre

de visiteurs et de la présence d’acteurs

majeurs sur les scènes diplomatique, économique,

etc. Nos vecteurs d’exploration,

le sport et l’art, nous permettent de créer

du lien, d’instaurer des réseaux, de stimuler

des rencontres et de proposer des

conférences. Ainsi, nous mettons en évidence

les similitudes entre la vie en entreprise

et la définition d’objectifs, une expédition

en ressources limitées, et la Terre.

Nous n’allons ni révolutionner le monde,

ni apporter la solution au problème, mais

tenter d’apporter des graines de solutions.

… pour ensuite les faire germer ?

C’est la cause qui nous intéresse, plus que

la conséquence. Prenons le plastique : la

conséquence, c’est le plastique dans les

océans. Des projets scientifiques sont

menés pour mesurer la quantité de déchets

dans l’eau, d’autres s’occupent de nettoyer

les océans… C’est très bien, mais on continue

à déverser la même dose de plastique

par ailleurs. Je veux savoir pourquoi nous

ne changeons pas. Pour assister à une

révolution extérieure, il faut vivre une

révolution intérieure ; on ne fait quelque

chose que lorsque l’on est convaincu du

bien-fondé de cette chose. C’est pourquoi

nous nous engageons à défendre des

actions concrètes : le Pacte Finance Climat/1

000 Milliards pour le climat, l’Appel

« Océan, Bien commun de l’Humanité », ou

encore le GIECO (Groupement International

et Interdisciplinaire d’Experts sur le

Comportement, ndlr), en vue de redistribuer

les savoirs et les connaissances à

l’ensemble des habitants de la planète.

À l’instar des spectacles que vous avez

présentés au Groenland ?

Oui, nous avons tendu des slacklines, nous

sommes rapprochés de la population des

villages portuaires, nous avons gagné leur

confiance ; c’était 400 personnes à chaque

fois, avec lesquelles nous avons beaucoup

échangé, nous leur avons même laissé du

matériel. Elemen’Terre va à la rencontre

de tout le monde, car on ne sait pas qui

peut changer la donne. Mais la forme que

cela prend dépend des escales. Au Brésil

par exemple, nous travaillerons sur les différents

types d’inégalités via le prisme du

handicap (social, moteur et mental, ndlr).

La résidence itinérante réunit à son bord entre 11 et 14 personnes issues d’horizons très différents.

Y a-t-il une volonté de toucher les

politiques et les gouvernements ?

Il faut toucher tout le monde. Notre postulat,

c’est que tout est lié. Ne serait-ce que

dans la nature. Le développement durable,

tout le monde en parle, mais ce n’est pas

que l’environnement. L’environnement

est lié à l’économie, qui est liée au social.

On ne peut pas prendre un pôle sans

GETTY IMAGES

60 THE RED BULLETIN


« Nous sommes sur

le Titanic, un iceberg

vient de le heurter,

et on est en train

d’écrire une lettre de

plainte à l’iceberg. »

THE RED BULLETIN 61


« L’avenir de l’homme est indissociable d’un respect absolu de la nature », dit Marie. Quel endroit plus pertinent que l’océan pour nourrir des réflexions

sur le développement durable et la préservation de notre Terre d’accueil ? Cela commence par respecter les affaires de chacun dans sa banette.

s’occuper des deux autres. On ne peut

pas ne s’occuper que de l’aspect social et

dire que pour le reste, on verra plus tard.

Elemen’Terre, projet interdisciplinaire ?

Oui, car c’est ainsi que je fonctionne. Je

suis métisse. C’est dans la mixité que je

trouve le monde beau. J’aime voyager

avec des tas de personnes différentes, et

qu’elles m’enseignent leur façon de voir

le monde. Dans la rencontre, je ne

cherche pas des gens comme moi.

Comment choisissez-vous vos ambassadeurs,

les invités en résidence ?

C’est le hasard de la vie… bien que je ne

croie pas au hasard. Je les rencontre au

fur et à mesure. Ce sont des personnes

avec lesquelles je veux vraiment travailler,

comme Géraldine Fasnacht ( athlète

suisse, ndlr), alors je me débrouille pour

les contacter. Ou bien je les traque,

comme Barack Obama (rires) ! J’ai enfin

eu son contact, maintenant, il faut y aller.

Sky is the limit! Autant être audacieux,

j’ai déjà essuyé assez de refus.

Est-ce qu’à l’inverse, on vous contacte

pour travailler avec vous ?

Ça commence. Le projet séduit, et de plus

en plus de monde décide de participer, sur

le bateau, à terre ou en tant que partenaire.

Il existe une réelle volonté de se

mettre en réseau. Les gens que je rencontre

ont une telle soif d'inspiration !

Comment se gère la cohabitation sur

le bateau ?

Avec énormément de bon sens et de bienveillance.

Je fais souvent des réunions à

table le soir, car quand on a à boire et à

manger, on garde les gens nettement plus

longtemps attentifs (rires). Et je m’assurais

aussi qu’on ne rejette aucun microplastique

à la mer.

Quelles sont les règles de vie ensemble ?

Elles se mettent en place tacitement. Une

fois en mer, il faut faire attention à savoir

comment va l’autre. Je les regarde tous :

est-ce qu’ils ont un bon teint, est-ce qu’ils

sont fatigués ? Ont-ils pris soin d’eux ou

pas, comme se brosser les dents au moins

une fois par jour ? C’est vraiment important

ce moment où l’on prend soin de

soi, c’est ce qui ramène à sa condition

humaine. Sinon, c’est trop facile d’enchaî-

62 THE RED BULLETIN


« Dans la rencontre,

je ne cherche pas des

gens comme moi. »

certains sports devraient être remboursés

par la sécu, car c’est la condition sine qua

non du bien-être. Le but de la vie, c’est

quand même de bien vivre, de passer une

bonne journée, de respirer correctement.

N’y a-t-il pas de la culpabilité dans la

notion de « bien vivre » ?

Si, mais ce n’est pas parce qu’il y en a qui

vivent moins bien que nous que nous le

devons aussi… Nous croyons bien vivre,

alors que nous sommes en train de nous

intoxiquer à petit feu.

Que faites-vous dans les moments de

découragement ?

Je me laisse surprendre. La dernière fois,

c’était par mon équipage : nous sommes

restés bloqués une semaine en Islande, le

bateau était hors d’état de naviguer. Les

gars ont trouvé une salle de concert avec

un super système sono, des machines à

fumée. Ils ont tendu des slacklines. Ezra a

amplifié le son des sangles, a mis un petit

instrument dessus, et fait de la musique

avec ; Dan s’est mis au piano. Ils ont répété

trois jours et donné une heure de concert

pour une centaine de personnes.

C’est là que la solidarité et le relais

avec l’équipe fonctionne.

Voilà. On a eu deux jours d’abattement,

et puis ça s’est mis en place. Rien n’arrive

par hasard…

ner les quarts, d’aller à sa banette pour

dormir, avant de remonter sur le pont.

Le projet passe par le fait de toucher

l’autre dans sa différence. Vous souhaitez

concerner un public large et varié,

par de nombreux biais.

Selon moi, il ne faut pas cloisonner. Il faut

se laisser surprendre. Les arts notamment,

c’est l’éternité en plus. On n’est pas obligé

d’être artiste pour apprendre à jouer d’un

instrument, ni pour travailler sa mémoire.

On n’est pas artiste pour quelqu’un

d’autre, mais pour soi. Cela mène à un

grand lâcher prise. Faire passer un message,

c’est une intuition. Pour y arriver, il

faut essayer de différentes manières. Ainsi

on trouve un équilibre, on bouge différemment,

on respire autrement. J’estime que

Avez-vous toujours fonctionné ainsi ?

Pas du tout ! Je suis dans le contrôle. Mon

père m’appelait Idéfix. Quand j’ai décidé

de faire quelque chose, je n’en démords

pas. Il m’a fallu du temps pour cesser de

me mettre la pression par rapport à l’avenir,

laisser faire les choses. Encore maintenant,

j’ai des montées d’angoisse : « On va

tous mourir ; le bateau va couler ; on va à

Dubaï, c’est de la folie, etc. » Le mental, le

soir sous les draps… Je suis une experte

pour me poser des questions.

Pourtant, se poser des questions, c’est

aussi donner du sens…

Trop de question, c’est trop de doutes. Le

mental prend le pas sur le cœur et l’intuition.

Alors que tout le projet Elemen’Terre

est là : revenir à des choses élémentaires

et faire confiance au Vivant pour bâtir

ensemble un futur désirable.

elementerre.earth

THE RED BULLETIN 63


Un moment méditatif

pour Stokes dans les

vestiaires des Rajasthan

Royals en Inde.

64


Le retour

du roi

Quand on excelle dans un sport aussi

populaire que le cricket en Angleterre,

on a forcément quelque chose de royal :

rencontre avec BEN STOKES, la star

anglaise et indienne du cricket.

Texte RICHARD EDWARDS

Photos GREG COLEMAN


Ils sont 1,5 milliard de

fans de cricket dans

le monde. Autant de

paires d’yeux qui

seront braquées sur

Ben Stokes cet été.

Le mercure frise les 38 °C et les rues autour du stade Sawai Mansingh de

Jaipur (Inde) sont bondées de fans de cricket de tous âges, venus pour leur

héros. Dans la capitale de l’état indien du Rajasthan, sur le terrain, Ben

Stokes se prépare pour l’un des derniers matches de la saison de l’Indian

Premier League, après avoir été absent des deux derniers matches de son

équipe. Cela n’a pas été sa meilleure saison, mais ses fans locaux ne

semblent pas lui en vouloir. Son nom est partout, son numéro aussi, le 55.

En 2017, quand les Rising Pune Supergiant l’achètent pour 1,9 million d’euros, Stokes

devient le joueur étranger le plus cher de la Première Ligue indienne.

« C’est Stokesy, ce n’est pas Ajinkya Rahane ou l’un des gars indiens, c’est Stokesy ! »,

s’exclame notre chauffeur de taxi lorsque nous lui demandons lequel des joueurs

viennent voir les fans, qui arrivent par milliers. Probablement le joueur de cricket le

plus réputé de sa génération, le all-rounder de l’équipe de cricket d’Angleterre et du

pays de Galles semble avoir atteint un statut culte au sein des Rajasthan Royals, son

équipe actuelle. Même son duck (élimination en tant que batteur, avant même d’avoir

marqué un point) contre les Mumbai Indians devant un public qui l’adore – dans la

dixième ville la plus peuplée du pays – ne peut rien contre l’enthousiasme suscité par le

grand gaillard roux de 28 ans. Batteur et lanceur très rapide, il s’apprête à revenir sur le

devant de la scène en Grande-Bretagne pour y disputer l’événement le plus marquant

de cet été : la Coupe du monde de cricket en Angleterre et au pays de Galles.

66 THE RED BULLETIN


Ben Stokes, avril

2019. En 2017, une

rixe à la sortie d’un

club a bien failli lui

coûter sa carrière.

THE RED BULLETIN 67


Stade Sawai Mansingh de Jaipur, le terrain où cet Anglais joue et attire les foules avec les Royals lors de l’Indian Premier League.

Le lendemain de la victoire du Rajasthan sur

Mumbai, Stokes est dans la salle de jeux de

l’équipe, au dernier étage de l’hôtel Marriott de

Jaipur, et applique de la glace sur l’un de ses

pieds. Avec le coach sud-africain des Royals, Paddy

Upton, il regarde deux de ses coéquipiers jouer à

FIFA 19, assis sur des poufs – bizarrement, leur match

est entre la Belgique et l’Angleterre. Juste à côté,

d’autres membres de l’équipe jouent au billard. Stokes

est invité à participer à une partie de tennis de table.

« Dans dix minutes », répond-il. Presque une heure

plus tard, Stokes est encore en train de nous parler.

Cela fait longtemps qu’il n’avait pas pris la parole,

depuis son altercation devant une boîte de nuit de

Bristol en septembre 2017. Le joueur de cricket a été

accusé d’avoir déclenché une rixe, puis finalement

acquitté en août dernier. Lors de la proclamation du

verdict, sa femme a pleuré de soulagement. Stokes,

lui, a levé les yeux au ciel en signe de gratitude. La

sentence lui a permis de poursuivre sa carrière sans

obstacle majeur.

Huit mois plus tard, il existe peu d’endroits au

monde plus appropriés pour célébrer un retour de

force comme joueur de cricket qu’un pays dont le

principe de base religieux est la réincarnation. Même

si Stokes rejette la notion de rédemption, l’été à venir

lui en offre une opportunité sans égal après son passé

sulfureux.

« Avec cette Coupe du monde de cricket à venir en

Angleterre, les gens me demandent si je vais faire à

68 THE RED BULLETIN


nouveau mes preuves, nous explique-t-il. Mais je n’ai

rien à prouver à personne, juste à moi-même. Je ne

cherche pas à plaire à qui que ce soit ou à accomplir

un exploit individuel. Tant que l’Angleterre gagne, je

m’en fiche pas mal de prouver quoi que ce soit. »

Il se peut tout à fait qu’il n’ait plus rien à prouver,

néanmoins Stokes est l’homme sur lequel la plupart

des caméras seront dirigées lors de la Coupe du

monde, tout comme lors de la série des Ashes contre

l’Australie, qui suivra en août et en septembre. Les tabloïds

se feront également un plaisir de voir s’il a tiré

des leçons de cette nuit tristement célèbre à Bristol.

« J’ai ressassé cela d’innombrables fois », raconte

Stokes à propos de l’introspection qui a suivi cette

mésaventure, tout à fait conscient que ses actes, cette

nuit-là, auraient pu lui coûter très cher. « Mais heureusement,

je m’en suis finalement sorti. »

Dans le Wisden Cricketers’ Almanack – la bible annuelle

du cricket dont la 155 e édition paraît cette année

– le rédacteur Lawrence Booth déclare que c’est à

Stokes de « décider s’il veut laisser vivre son côté “vilain

cabot agressif” alors qu’il sait tout à fait se comporter

comme un adorable toutou quand il veut ».

Une remarque qui résume bien l’espoir de voir le

chouchou de l’Angleterre transformé et assagi après

cet épisode. Est-ce le cas ?

« Je ne deviendrai pas un ange du jour au lendemain.

Ça ne serait pas moi, déclare-t-il. Il s’agit juste

pour moi d’essayer de prendre de meilleures décisions,

mais je ne vois pas ça comme une seconde

chance. »

« Ce que j’ai réalisé, c’est que je suis entouré des

personnes dont j’ai besoin. Elles sont importantes

pour ce que je fais et ce que je veux faire. Avant de

comprendre cela, vous essayez de contenter tout le

monde, mais c’est impossible. Il y a bien sûr d’autres

leçons, mais c’est la plus importante. C’est celle qui

m’a fait comprendre qui sont les bonnes personnes et

de qui j’ai besoin à mes côtés. »

Une de ces pierres angulaires dans la vie de Stokes

est son agent, Neil Fairbrother, l’ancien joueur de

GETTY IMAGES

« Je ne deviendrai

pas un ange du

jour au lendemain.

Ça ne serait pas

moi. » La puissance sans retenue : c’est ça aussi le cricket !

THE RED BULLETIN 69


Ici, les écoliers

se disputent pour

jouer le rôle de

Ben Stokes.


Englishman in Jaipur :

entraînement à la

batte pour Ben Stokes

sous les couleurs de

son équipe locale.

71


L’imposant tatouage sur le dos

de Stokes, représentant les

membres de sa famille en lions,

a mis 28 heures à être réalisé.

72 THE RED BULLETIN


« Rien de bon

n’arrive après

minuit », dit son

agent à propos

de la nuit de la

fameuse rixe.

l’équipe anglaise qui lui-même a joué en Inde en

1993. Ce quinquagénaire du Lancashire, qui est venu

à Jaipur pour un court séjour, intervient pour rappeler

au jeune joueur de cricket une autre leçon que la

vie lui a enseigné. « Rien de bon n’arrive après minuit

», souligne sagement Fairbrother.

Stokes et son bras droit ont beaucoup parlé des

conséquences négatives que cette bagarre a eues sur

son image, et cela quelques heures seulement après

avoir si brillamment participé à la victoire retentissante

des Anglais sur les West Indies à Bristol. « Tout

cela sera obsolète demain, dit Stokes. Pourtant, ça ne

me quittera pas et on me posera toujours des questions

à ce sujet. Mais je me suis fait une raison et je

vivrai avec. »

Le niveau de performance de Stokes s’est maintenu

remarquablement après son retour dans l’équipe

d’Angleterre suivant son absence de la série des

Ashes en 2017/2018 en Australie. Mais ceci ne devrait

peut-être pas surprendre : voilà un sportif qui a

déjà su rebondir face à l’adversité, dans le passé. N’at-il

pas été renvoyé en 2013 d’une tournée des England

Lions en Australie, pour des questions de discipline

? Cet incident n’a pas empêché le jeune homme

de 21 ans de récupérer, huit mois plus tard, sa place

au sein de l’équipe d’Angleterre pour participer aux

Ashes.

Face à une foule d’Australiens déchaînés sur

les gradins, avec une équipe anglaise sur le

point de s’effondrer physiquement et mentalement

lors d’une attaque menée par Mitchell

Johnson du Queensland – un lanceur capable de propulser

la balle à plus de 150 km/h –, Stokes s’apprête

à jouer son premier match de Test-cricket (une forme

de cricket où chaque équipe joue en deux manches) à

Adélaïde. « Je n’étais prêt en rien pour cette première

balle, se souvient-il. Elle a touché mon pad, et ma

batte n’avait même pas commencé à descendre. Le

fait de savoir que tout va se passer très vite (à 152

km/h, ndlr) et la réaction sur le terrain sont deux

choses complètement différentes. Cela ne m’était

jamais arrivé auparavant. »

C’est dire si Stokes a du cran, car lors du prochain

Test à Perth (connu pour être le pitch de cricket le

plus rapide au monde), il marque 100 points. Une riposte

impressionnante envers ses détracteurs, après

ses accrochages avec les autorités. Malgré l’immense

distance qui le sépare de chez lui, Stokes se sent manifestement

à l’aise dans un environnement de Première

ligue indienne (laquelle dure deux mois par

an) mais repart en Angleterre dès que le boulot est

fait. Il affiche un air étonnament détendu pour

quelqu’un qui ne peut pas faire un pas tranquille dans

les rues de Jaipur. « Le seul fait de circuler avec les

bus de l’équipe est déjà complètement fou. Vous pouvez

voir l’excitation des fans du coin lorsque le bus les

dépasse sur la route : ça les intéresse plus de nous regarder

que de se concentrer pour conduire. Vous ne

trouverez ça nulle part ailleurs. Je n’envie pas les

joueurs de cricket indiens. Moi je fais cela pendant

cinq ou six semaines uniquement, eux c’est leur

quotidien. »

Stokes rit du contraste entre cette situation et

l’Angleterre, où les gens le regardent du coin

de l’œil en faisant semblant de ne pas le remarquer.

Et bien qu’il soit l’un des sportifs

les plus célèbres du pays, il préfère garder profil bas

même sur le chemin de l’école de ses gosses. « Je ne

parle à personne. Je dépose les enfants à l’école et

quand c’est l’heure d’aller les chercher, je les attends

à un coin de rue. »

En réalité, son talent au cricket promettait qu’il ne

terminerait jamais ailleurs que sur le devant de la

scène. Mais ayant quitté sa ville natale de Christchurch

en Nouvelle-Zélande pour la Combrie du

nord-ouest de l’Angleterre à l’âge de douze ans, il

n’aurait jamais imaginé qu’un jour des écoliers jouant

sur des terrains vagues en Inde se disputeraient pour

savoir qui jouerait le rôle de Ben Stokes. « C’est fou de

penser comment les choses ont évolué, raconte

Stokes. Quand on m’a dit que nous déménagions

pour l’Angleterre, manifestement ça ne m’a pas plu.

J’ai répondu : “Je ne pars pas. Je reste ici. Maman et

Papa n’ont qu’à partir sans moi.” »

« Le premier jour d’école en Angleterre, j’étais pétrifié.

Ensuite, quand mes camarades ont découvert

que je venais de Nouvelle-Zélande, tout le monde me

suivait, me demandant de lire tout haut ce qui était

marqué sur les panneaux. Ils trouvaient mon accent

hilarant. Je m’en suis très vite débarrassé. »

C’est ce genre d’expérience – un saut dans l’inconnu

– qui semble diriger Stokes. Lors de sa première

saison de l’IPL en 2017, il a rejoint les Rising Pune

Supergiants pour 1,7 million de livres – une somme

record pour un contrat international. Et à la fin de la

saison, il a été nommé le joueur le plus important de

la compétition. Adulé par son public indien, Stokes

semblait alors avoir le monde à ses pieds.

À l’autre bout du monde, l’homme à qui Stokes

doit son caractère et sa motivation en acier – son

père, Ged – doit être immensément fier. Après tout, il

n’aurait pas pu être pour lui un meilleur exemple de

ténacité. Joueur de rugby pro en Nouvelle-Zélande,

Ged Stokes fut blessé au doigt à la fin de sa carrière

THE RED BULLETIN 73


Foudroyant : Stokes en grande forme lors de la deuxième journée du troisième test contre le Sri Lanka en novembre 2018.

« Mon père leur a

dit : “Coupez-moi

le doigt.” »

de joueur. Cette blessure aurait dû nécessiter une

longue période de convalescence et donc de congé

non payé. La solution semblait évidente. « Comme il

était payé au match, il a dit aux médecins : “Coupez-moi

le doigt”, raconte Stokes junior. Il ne pouvait

pas se permettre une opération parce que cela aurait

signifié prendre trop de temps pour la convalescence,

sans revenus. »

Ben Stokes a la chance d’avoir encore tous ses

doigts, même si les blessures l’ont accompagné au

long de sa carrière. Pourtant, il ne peut s’en prendre

qu’à lui-même de s’être cassé la main en cognant un

casier dans les vestiaires après son élimination du

match final de l’équipe d’Angleterre dans les Caraïbes

en 2014. À nouveau, on fronça les sourcils, et à peine

trois ans plus tard, il devint capitaine de l’équipe anglaise.

Cela ne dura pas longtemps, mais il admet que

si la chance se présentait à nouveau d’être le capitaine

de son pays, ce qui n’est pas utopique, il accepterait.

« Lorsque l’occasion se présente et si on vous le

demande, vous n’allez pas refuser, mais pour le moment,

ce n’est pas ce qui me préoccupe. » Si son père

lui a transmis sa passion pour la compétition, c’est un

trait de caractère que Stokes semble aussi faire passer

dans sa propre conception du rôle de parent. Quand

on lui demande s’il laisse ses enfants – âgés de quatre

et six ans – le battre à certains jeux, il répond laconiquement

: « Non. Jamais. »

Un état d’esprit que Stokes appliquera prochainement

à une affaire sérieuse, la Coupe du monde. « Je

veux juste qu’elle débute, dit-il. Le plus dur à gérer

c’est l’attente, car tu as envie que cela arrive enfin.

La patience n’est pas ma plus grande qualité ; je veux

sortir et me lancer. » Cette compétition accueillera dix

pays, dont l’Inde et le Bangladesh, et devrait afficher

d’hallucinants chiffres d’audience. Durant l’édition

2015, le match entre l’Inde et le Pakistan aurait rassemblé

plus d’un milliard de téléspectateurs – avec

1,5 milliard de personnes dans les 53 états membres

du Commowealth, le cricket est le deuxième sport le

plus pratiqué après le football dans le monde...

Cet été, Ben Stokes sera donc l’un des athlètes les

plus attendus de la Coupe du monde, et chacun de

ses faits et gestes sera scruté, jugé, commenté. Ce

champion du come-back espère qu’à la fin de l’événement,

il aura non seulement reconstruit sa réputation,

mais qu’il se sera aussi imposé à tous comme

le roi du cricket.

Instagram : @stokesy

GETTY IMAGES

74 THE RED BULLETIN


HORS DU COMMUN

Le 22 août avec et le 5 septembre avec

dans une sélection de points de vente et en abonnement

RICARDO NASCIMENTO / RED BULL CONTENT POOL


Red Bull France SASU, RCS Paris 502 914 658

7 SEPTEMBRE

MARSEILLE

BILLETS EN VENTE MAINTENANT !


guide

au programme

RYAN SHECKLER

Il a accumulé plus de

chutes que de tricks

réussis. Le fitness le

maintient d’attaque.

PAGE 82

TOUT AUGMENTE

La réalité augmentée

est bonne pour votre

cerveau, votre santé et

la planète. Vraiment ?

PAGE 84

CHOISIR SON VÉLO

Sur route, sentier ou en

montagne, voici un vélo

pour chaque terrain,

et le matos qui va avec.

PAGE 88

GRAEME PURDY

SALUT LES GARS !

En suivant de près le

photographe Graeme

Purdy, vous pourriez bien

ramener des souvenirs

de ce genre du Kenya.

PAGE 78

THE RED BULLETIN 77


G U I D E

Faire.

Graeme et son équipe de photographes se positionnent sous un acacia, prêts à saisir un instant unique.

CHASSEUR D’IMAGES AU KENYA

DOCUMENTEZ LE

MONDE ANIMALIER

La naissance de bébés gazelles, des lions marquant leur

territoire… Tout est possible lors d’un safari avec Graeme

Purdy. Et le reporter y tutoie les grands prédateurs.

Un lion s’approche de mon

côté de la voiture. J’ose à

peine respirer. Il fait nuit

noire et nous sommes à 75 mètres

du camp, à la lisière de la réserve

du Massai Mara. Les phares du véhicule

éclairent une troupe de

hyènes hurlantes qui dévorent un

gnou. Un lion, par l’odeur alléché,

gâche la fête. Je parviens à reprendre

mon calme et en profite

pour saisir mon appareil photo,

mais à travers les rafales de vent,

j’entends le bruit sourd de son

pas. Sans rugir, ni même émettre

de grognement, un autre mâle

Graeme Purdy transmet l’art de la photo animalière.

78 THE RED BULLETIN


voyage

CONSEILS DE VOYAGE

À LA RECHERCHE

DU LIONCEAU

Avant votre départ, voici quelques informations

utiles sur l’une des plus grandes

réserves animalières du Kenya.

Les guépards et leurs petits sont des habitués des safaris photos de Graeme.

Kenya

Nairobi

Massai Mara

Le Massai Mara se situe en altitude et les journées

offrent 12 heures de jour et 12 heures de nuit.

Les matins sont lumineux et clairs mais les

orages sont fréquents l’après-midi.

GRAEME PURDY PHOTOGRAPHY RACHAEL SIGEE

Tous les véhicules sont ouverts, rien ne sépare l’objectif des animaux.

s’approche encore plus près de

moi. Je sens sur mon visage l’air

qu’il déplace. « Pas d’inquiétude,

me lance mon guide. Seule la

proie morte les intéresse ; et ce

n’est pas vous. »

Ce souvenir remonte à mon

premier safari. Au cours de mes

seize années au Kenya, j’ai appris

que la plupart du temps, les fauves

(dont la densité de population au

Massai Mara est la plus élevée au

monde) ne présentent pas de danger

pour l’Homme. Ce sont le

buffle, notoirement hargneux, et

l’éléphant, réputé imprévisible,

qu’il faut craindre. Ici, la proximité

avec les animaux prime donc avant

tout. Je suis photographe animalier

depuis des décennies, au cours

Un lion nous asperge

d’urine histoire de

rappeler qu’il est le

maître des lieux.

desquelles il m’est parfois arrivé

d’emmener des invités pour un

safari-photo. Désormais, j’offre la

possibilité à tous d’apprendre à

photographier les animaux sauvages

dans un environnement

trépidant au cours d’un séjour de

deux semaines en novembre. La

saison idéale, avec l’arrivée de la

pluie, si propice aux atmosphères

spectaculaires et à une activité

MONNAIE

SHILLING KÉNYAN

1 euro = 113 shillings

LANGUE (SWAHILI)

Naona chui Je vois un

léopard

Twende

tutafute tembo

Wapi mtoto

wa simba

SAVOIR

1. Le Massai Mara est proche de l’équateur,

la journée a de ce fait douze heures de jour

et douze heures de nuit.

2. Le nom fait référence au peuple massaï,

habitants ancestraux de la région. « Mara »

signifie « tacheté » dans leur langue.

3. Le gnou est l’espèce dominante de la

région. Sa population se compte en millions.

4. La réserve se situe à 1 800 mètres

d’altitude. Comparable à un village alpin.

Cherchons

des éléphants

Où est

le lionceau ?

THE RED BULLETIN 79


G U I D E

Faire.

voyage

HAKUNA MATATA

SAFARI

SUPRÊME

Photographe animalier pro, Graeme

prodigue ses conseils techniques, fruits de

seize ans d’expérience dans le Massai Mara.

PARTEZ BIEN ÉQUIPÉ

TROIS OBJETS À EMPORTER POUR UN SAFARI-PHOTO

1. « J’utilise un Canon

5DSR et plusieurs

objectifs, avec une

préférence pour un 300 ml

car le grand-angle convient

à mon style de photo. »

2. « L’appareil d’un iPhone

tient la route. Fixez-y des

objectifs Moment pour le

grand-angle, la vidéo

anamorphique et le

téléobjectif. »

3. « Estimez puis

multipliez par deux votre

besoin en carte mémoire.

Je n’ai croisé personne sur

son premier safari avec

des cartes mémoires en

trop. Lors de mon premier

safari, j’ai pris 12 000

clichés. Avec l’expérience,

vos envies deviennent plus

précises. Aujourd’hui, je

prends moins de photos. »

L’enthousiasme est la seule chose que Graeme exige

des participants à ses safaris-photo.

BON À SAVOIR

1. LES VAUTOURS MANGENT VITE

« 70 vautours désossent une carcasse

en 90 minutes. En cas de mort naturelle, l’accès

aux entrailles se fait par l’œil ou l’arrière-train

de la victime. »

2. LES ÉLÉPHANTEAUX SONT MALADROITS

« La trompe d’un éléphant concentre plus de muscles

que tout le corps humain. Et un éléphanteau a du

mal à la contrôler, surtout lorsqu’il court. »

3. LES HIPPOPOTAMES ONT BESOIN D’ESPACE

« Les hippopotames étaient réputés être l’espèce

la plus dangereuse d’Afrique quand le transport

fluvial était encore dense. Pourtant, ils attaquent

uniquement si vous êtes sur leur chemin. »

Ici vivent plus de mille espèces d’oiseaux et une riche variété de grands mammifères.

accrue de la faune du parc. Un vol

de 45 minutes au départ de l’aéroport

Wilson assure le transfert du

groupe international de six à huit

hôtes de Nairobi au Massai Mara,

où le safari débute dès l’arrivée.

Notre camp est ouvert aux

quatre vents, et donc aux allées et

venues des animaux. Un guide

nous accompagne cependant dans

tous nos déplacements, tandis

qu’un autre muni de sa lance

patrouille autour du camp. Chaque

matin, nous partons en Land Rover

quarante minutes avant le lever du

soleil. Les véhicules sont aménagés

pour la photographie, portières et

toit sont supprimés et même le

pare-brise pour certains. Rien ne

vous sépare des animaux dont la

réaction est imprévisible.

Un jour, un lion mâle s’approche

de la voiture, se retourne et

nous asperge d’urine, histoire de

nous rappeler qu’il est le maître

des lieux. Une autre fois, peu avant

le lever du soleil, une vingtaine

d’éléphants alignés émergent soudain

de la brume matinale. Ils se

déplacent lentement à travers les

herbes, dans un silence de cathédrale.

L’image est quasi mystique,

comme sortie de Jurassic Park.

Dans ce contexte, la lumière du

petit jour permet des photos

saisissantes, mais avec une fenêtre

de tir limitée à une poignée de

secondes, car tout va vite ici, la

réactivité est donc de mise. Lors

d’une autre journée, une heure

avant le coucher du soleil, moment

où la lumière est la meilleure, nous

croisons une femelle guépard lancée

derrière une gazelle.

Aucun documentaire animalier

ne peut restituer la réalité de la

vitesse d’un guépard. Comme

pétrifiés, nous observons le drame

jusqu’à la mise à mort. Dans la voiture,

l’émotion est palpable. La vie

sauvage n’a rien d’un conte pour

enfants, la lutte pour la survie y est

permanente. Pourtant, sur l’autre

versant de la colline à quelques

mètres de la victime du guépard,

une autre gazelle met bas parmi

ses congénères. Le bébé encore

chancelant sur ses pattes s’approche

d’un énorme mâle qu’il

prend pour sa mère. Ce dernier le

pousse de la tête en direction de

cette dernière. C’est indescriptible.

L’immersion dans la vie sauvage

s’apparente à une expérience quasi

spirituelle ; après 36 heures dans le

Mara, toute notion du temps disparaît.

Je me réveille chaque jour

plein d’espoir, impatient de partir

vers de nouvelles découvertes.

purdy.photography/book

GRAEME PURDY PHOTOGRAPHY RACHAEL SIGEE

80 THE RED BULLETIN


Jenn Soto

Professional

Skateboarder

Truly Wireless Earbuds

Skullcandy partenaire majeur de Red Bull Bowl Rippers 2019


G U I D E

Faire.

LANCER DE

MEDECINE BALL

LES ABDOS

Tendez les bras

derrière la tête

et lancez la balle

à un partenaire

en contractant

les abdos.

COMME UN PRO

« REGARDE OÙ TU

METS LES PIEDS »

En seize ans de carrière professionnelle, l’Américain Ryan

Sheckler a offert au skate des tricks parmi les plus célèbres.

Pour rester au top, il ne jure aujourd’hui que par le fitness.

Ryan Sheckler devient

professionnel à l’âge de

13 ans et remporte dès sa

première année presque tous

les contests auxquels il participe.

Aujourd’hui âgé de

29 ans, le septuple vainqueur

des X Games explique comment

la salle de gym et une

alimentation saine l’aident

Seize ans de skate pro et

sept médailles aux X Games.

à rester compétitif. Sur les

tournages de ses vidéos, il

répète inlassablement les

tricks, encore et encore, malgré

les chutes, jusqu’à ce que la

figure soit parfaite. Cela exige

puissance, agilité, vitesse, et

un corps capable d’absorber

les chocs à répétition. « Je vieillis,

c’est clair, lance Sheckler,

mais ma passion et ma soif de

victoires sont intactes. »

Explosivité

« Mon corps préfère la vitesse

à l’endurance : du coup,

quatre fois par semaine, je

travaille l’explosivité. Le

programme est pensé pour le

skate et se focalise donc sur

la stabilité des chevilles et

des genoux. J’introduis dans

mes séries de squats quatre

secondes d’immobilisation

au plus bas du mouvement,

et quatre autres au milieu du

squat. J’effectue beaucoup de

courses de rotation rapides, et

du fractionné haute intensité

sur un vélo d’intérieur. »

Diététique

« Le matin, je prends un jus

de légumes et un milk-shake

banane, pamplemousse et

pomme. Je déjeune dans les

45 minutes qui suivent une

séance fitness. De retour à la

maison, en ce moment, je me

concocte un bon cheeseburger

avec tomates, oignons et

avocat et une feuille de salade.

J’évite les fast-foods, sauf en

voyage où ça devient difficile

surtout dans un van en compagnie

d’une bande de skateurs.

Dans ce cas, j’emporte une

réserve de barres protéinées. »

SEU TRINH/RED BULL CONTENT POOL (3), JOEY SHIGEO MUELLNER/RED BULL CONTENT POOL JEN SEE

MOUNTAIN CLIMBER

LE TONUS

Les exercices de

mountain climber

permettent d’améliorer

la coordination,

l’agilité, et

les capacités respiratoires

pour maintenir

le tonus musculaire

et une bonne

condition physique.

82 THE RED BULLETIN


fitness

Résilience

« J’ai toujours pensé que je

passerais ma vie à tomber.

Mais ce n’est pas envisageable.

Depuis mes 20 ans, je collectionne

les blessures graves :

cinq fractures au coude

gauche et quatre au coude

droit, rupture des ligaments

et du ménisque des deux

genoux. En janvier dernier,

je me suis brisé les deux chevilles

en même temps. Mes

chutes sont bien plus nombreuses

que mes tricks réussis.

J’ai donc appris à faire une

roulade. Je pique un sprint,

roule sur le dos et me redresse

sur les pieds. »

Concentration

« Il me suffit de fermer les

yeux pour m’imaginer sur un

skate. Une sorte d’instantané

mental. Avant de tenter un

nouveau trick dans un skate

parc, je le visualise en me

concentrant sur les pieds et

leur comportement sur la

planche. Je sais comment mon

corps réagira, mais l’essentiel

« Mes chutes

sont bien plus

nombreuses

que mes tricks

réussis. »

se joue au niveau des pieds.

Alors je les fixe et m’imagine

en train de réaliser la figure,

une fois que j’ai bien le trick

en tête, je passe à l’action. »

Devenir sobre

« Je ne consomme plus d’alcool

depuis plus de trois ans.

Ça change tout. Bien sûr,

j’aurais aimé prendre soin de

ma santé plus jeune. Mais à

18 ans votre corps récupère

vite, et quand en plus vous

voyagez à travers le monde

sans le moindre souci, vous

vous croyez invincible. À présent,

tout ce que je veux, c’est

m’entraîner. »

PISTOL SQUAT

LES JAMBES

C’est un squat

sur une jambe :

le dos droit, on

ramène la cuisse

parallèle au sol en

gardant le pied

bien haut.

THE RED BULLETIN 83


G U I D E

Faire.

gaming

TECHNOLOGIE

La mort, ça craint :

un Détraqueur de

Wizards Unite

s’acharne sur l’âme

de Harry Potter.

AUGMENTEZ

VOTRE RÉALITÉ

Harry Potter: Wizards Unite va lancer la plus

grande gaming mania sur smartphone depuis

Pokémon Go. Bonne ou mauvaise nouvelle ?

Il y a trois ans, la réalité augmentée – la représentation

numérique superposée à la réalité – changeait nos vies

à jamais. Ce n’était pas une découverte mais Pokémon

Go lui offrait une nouvelle dimension. Dans le monde

entier, les lieux publics se trouvèrent envahis par des

gens qui livraient une guerre sans merci à des créatures

numériques peuplant des lieux réels. À son plus fort, le

jeu compte 45 millions de joueurs quotidiens. Décriée

par certains, la RA comporte pourtant des aspects positifs

pour les gamers et leur environnement direct. Le jeu

incite à des actions bénéfiques que nous ne ferions pas

sans y jouer. Avec la sortie de Harry Potter: Wizards

Unite, un jeu sur smartphone où l’univers des jeunes sorciers

se mêle au nôtre, Niantic, créateur de Pokémon Go,

devrait déclencher une nouvelle RA mania. Marc Woodhead,

spécialiste de gamification, affirme que la réalité

augmentée améliore notre vie réelle. Explications.

harrypotterwizardsunite.com

ENTRAÎNEMENT CÉRÉBRAL

Les jeux en RA tels que Wizards Unite

plongent le joueur dans deux mondes

réunis, le nôtre et celui du jeu, avec

des règles, des personnages et des

défis nouveaux. « Les joueurs disposent

d’une connaissance détaillée

de tous les personnages, explique

Woodhead. Un moyen efficace pour

développer la capacité des jeunes à

mémoriser et utiliser des données

complexes et abstraites. » Une étude

menée conjointement avec Jesse

Gomez, neuroscientifique à Princeton,

montre que les individus ayant

joué à Pokémon Go ont une région

de leur cerveau dédiée à la reconnaissance

d’images du jeu.

SAUVER LA PLANÈTE

Pokémon Go possède un mode collaboratif

grâce auquel des joueurs

réels peuvent, même sans se

connaître, s’unir et lancer un « raid »

pour capturer des Pokémons réputés

tels que Zapdos. Ainsi, lors de

la journée mondiale de la Terre,

17 000 joueurs de Pokémon Go et de

Ingress, premier jeu RA de Niantic,

se sont associés pour ramasser

145 tonnes de déchets dans 41 pays.

« La RA peut contribuer à la protection

de la planète, souligne Woodhead.

On peut imaginer une collecte

de bouteilles après un festival où le

score serait lié au volume ramassé.

La RA enrichirait le jeu en signalant

les bouteilles recyclables. »

FAIRE DE L’EXERCICE

En 2016, les joueurs de Pokémon Go

parcourent collectivement 8,7 milliards

de km soit de la Terre aux

confins du système solaire. Une

étude publiée dans une revue américaine

de cardiologie révèle que

grâce au Pokémon Go, le nombre de

pas des individus augmente d’environ

35 % en moyenne, et de 13,2 %

pour ceux qui atteignent la barre

des 10 000 pas par jour. « La RA

encourage l’activité physique,

« Prêt à portail »:

des portes magiques

pour naviguer

entre les mondes.

PROFIL

D’EXPERT

MARC

WOODHEAD

Le gourou de la

gamification

Entrepreneur et fondateur

d’Holograph, une

société créatrice de solutions

numériques, de jeux

et de RA pour de grandes

enseignes, il est aussi

à l’origine du concours

en ligne pour désigner

le plus populaire des

personnages M&M’s.

holograph.digital

affirme Woodhead. Des personnes

sont passées d’une heure de sport

par semaine à cinq ou six dans le

seul but d’accumuler des pas. La

compétition incite au dépassement

de soi. »

UN MORAL REQUINQUÉ

En superposant le gameplay à notre

réalité, Wizards Unite offre à tout

moment la possibilité d’une récompense,

un stimulus qui déclenche

dans notre cerveau une sensation

de plaisir. « J’ai observé des joueurs

de tout âge et tous sans exception

libèrent de l’endorphine naturelle qui

booste leur humeur, ajoute Woodhead.

Bien sûr, la bête virtuelle qui

nous échappe peut aussi être source

de frustration. Aussi est-il important

de ne pas perdre le sens des réalités

et de savoir relativiser. »

LA VIE EN RÉALITÉ AUGMENTÉE

La réalité augmentée devrait bientôt

envahir notre quotidien, les jeux

comme Wizards Unite en sont le prélude

selon Woodhead : « Expérimenter

le champ de vision interactive

totale (intégration du corps humain

dans le casque de réalité virtuelle

HTC Vive, ndlr) où, rétréci, vous voyagez

dans le corps humain, c’est juste

incroyable. » Outre les outils pédagogiques,

nous accéderons bientôt à

plus de données RA facilitant notre

vie dans le monde réel, surtout si

vous avez un coup d’avance.

GETTY IMAGES MATT RAY

84 THE RED BULLETIN


Faire.

aux fourneaux

LE SECRET POUR CUISINER UN POISSON

À LA PEAU CROUSTILLANTE

grâce à la science

par Stuart Farrimond

1

Bain salé

Un conseil pour un filet tendre : plongez le saumon dans un

bain d’eau salée pendant dix minutes (quatre cuillères à soupe

de sel pour un litre d’eau) pour que la chair reste ferme sur les

bords lors de la cuisson. Cette astuce vaut aussi pour les poissons

à chair blanche et les poissons plus gras.

Cuisiner à l’oreille

Dès que l’huile commence à fumer, il est

temps de déposer délicatement le filet

dans la poêle. Si ça ne grésille pas, c’est

qu’il est trop tôt, sortez-le et attendez

un peu. Puis écrasez le filet doucement

avec la spatule pour qu’il reste bien aplati

(sous l’action de la chaleur, les bords ont

tendance à se rétracter). Baissez un peu

la température et laissez le poisson

grésiller un moment, ajoutez de l’huile

s’il colle à la poêle.

On sèche !

Pour une peau croustillante, l’humidité

doit avoir été préalablement absorbée.

Prenez le temps de bien essuyer le filet

et de le saler un peu avant de le glisser

dans la poêle (chaude). Vous pouvez aussi

gratter les écailles avec le dos du couteau

pour évacuer les résidus d’eau.

Retournement de situation

Ne retournez pas le filet trop tôt : la peau doit être complètement

déshydratée pour griller à 140 °C. C’est là que les protéines et le

sucre formeront une croûte dorée et croustillante à la surface.

Quand le poisson est cuit aux deux-tiers, retournez-le doucement

sans abîmer la peau. Laissez cuire brièvement de l’autre côté.

Puis servez-le, ou, si le morceau a plus de 2,5 cm d’épaisseur,

mettez-le au four 10 minutes à 180 °C.

LA CUISSON AU

LAVE-VAISSELLE

Tu me fais

mariner ?

STUART FARRIMOND

Mettons que votre cuisinière

ait rendu l’âme… Tournezvous

vers votre lave-vaisselle

: c’est une alternative

économique pour cuire votre

poisson en papillote. Il ne

sera pas croustillant, mais

très savoureux s’il a été bien

assaisonné. Placez votre

filet dans une feuille d’alu,

mettez-y du citron, des

herbes et du beurre.

Fermez-le bien. Placez-le

dans la partie supérieure

de la machine, et faites-le

tourner deux heures à 70 °C

(cycle casseroles sales).

5

Pas besoin d’attendre

Contrairement aux viandes rouges, le poisson n’a

pas besoin de reposer après avoir été grillé. Sa

chair étant plus tendre et son taux de protéines

différent, on peut le manger aussitôt cuit.

STUART

FARRIMOND

Le spécialiste en

bromatologie

(science des aliments)

est écrivain, animateur

et conférencier.

Il est l’auteur de Cuisinology

( Marabout)

et fait de fréquentes

apparitions à la télé

et la radio anglaises.

THE RED BULLETIN 85


G U I D E

Faire.

août-novembre

au 25 août

Red Bull Airborne

Qualifier France

Rendez-vous dans les airs pour l’étape qualificative

du Red Bull Airborne France ! Les meilleurs

aerial surfeurs français s’affronteront

sur la plage de la Chambre d’Amour à Anglet,

en marge du Deeply Anglet Pro, pour tenter

de remporter leur wild-card pour le Red Bull

Airborne Series. Les participants devront

faire preuve de style, d’engagement et de

créativité afin de séduire public et juges.

20Anglet ; redbull.com

au 25 août

H24 de vélo !

Plus de 4 000 cyclosportifs

s’élanceront sur le circuit

mythique des 24 Heures du

Mans pour la 11 e édition des

24 Heures Vélo. Solo ou en

équipe de 2, 4, 6 ou 8 coureurs,

les musclés devront aussi bien

faire le tour du circuit Bugatti

que celui de l’horloge. Cyclistes

confirmés ou amateurs, tous

donneront du mollet !

Circuit Bugatti du Mans ;

24heuresvelo.fr

2

20 2

20

au

au 15 septembre

Mondiaux d’apnée

Un événement à couper le souffle !

La baie de Villefranche-sur-Mer

accueillera des athlètes du monde

entier pour le championnat du monde

individuel d’apnée. Près de 140 compétiteurs

issus de trois disciplines

différentes tenteront de battre des

records ! Le public pourra également

plonger dans la discipline grâce à

des baptêmes d’apnée encadrés

par des professionnels.

Nice, baie de Villefranche-sur-Mer ;

villefranche-sur-mer.fr

novembre

RED BULL

NEPTUNE STEPS

Plongez en eaux froides près de

Rennes pour une course de natation

aussi ardue qu’atypique ! Trois

écluses et deux obstacles à franchir

entre chacune, pour 800 m de

natation, dans une eau à 10 °C, voilà

ce qui attend les 250 courageux

qui oseront s’élancer dans cette

épreuve hors norme. Endurance et

mental seront les ingrédients indispensables

pour remonter à

contre-courant le canal d’Ille-et-

Rance. Prêt(e)s à relever le défi ?

Hédé-Bazouges ;

Infos et inscription sur redbull.com

22 sept.

SailGP

Cap sur Marseille ! Après quatre

étapes à travers le monde, le

SailGP (et le team France mené

par Billy Besson) met les voiles

vers la cité phocéenne pour la

Grande finale. À bord de catamarans

AC50, tout nouveaux

bolides des mers, six nations

s’affronteront lors d’une série

de courses rapides, courtes

et intenses, en Rade Nord,

face à la Digue du Large.

Marseille ; sailgp.com

DAMIEN POULLENOT/WSL/RED BULL CONTENT POOL, LEO FRANCIS/RED BULL CONTENT POOL

86 THE RED BULLETIN


Voir.

août

BARTEK WOLINSKI/RED BULL CONTENT POOL, KEITH SOLOMON/RED BULL CONTENT POOL, GRAEME MURRAY/RED BULL CONTENT POOL

AU CŒUR

DE LEUR

QUOTIDIEN

Que vous décidiez de suivre

Rachel Atherton au sommet

de la Coupe de descente

ou Kelly Rowland dans

l’enceinte des Red Bull

Music Studio Sessions,

voici les immanquables au

programme de Red Bull TV.

REGARDEZ

RED BULL TV

PARTOUT

Red Bull TV est une chaîne de

télévision connectée : où que

vous soyez dans le monde,

vous pouvez avoir accès aux

programmes, en direct ou en

différé. Le plein de contenus

originaux, forts et créatifs.

Vivez l’expérience sur redbull.tv

Rachel Atherton lors de sa descente

victorieuse à Lenzerheide, en 2018.

9

au 11 août LIVE

COUPE DU MONDE UCI DE

VTT À LENZERHEIDE

Un tracé long de 2,5 kilomètres et parsemé de passages

compliqués à négocier comme le saut #fullgas, voilà ce qui

fait le charme de la Coupe du monde de descente, tant pour

les coureurs que pour les spectateurs. La compétition de

cross country a aussi un gros potentiel stimulant. L’an dernier,

l’Anglaise Rachel Atherton (photo) remportait l’or en descente.

1er

août LIVE

RED BULL MUSIC

STUDIO SESSIONS

Un documentaire unique dans les coulisses du business

de la pop où l’on assiste à l’élaboration de trois

chansons avec la chanteuse Kelly Rowland (photo),

le parolier Alex Saad et le producteur Fabian Mazur.

17

août LIVE

CRANKWORX

D’égal à égal avec les meilleurs vététistes au monde

et leurs sauts spectaculaires, leurs tricks bluffants

et un tempo de fou. Cette fois, Crankworx fait étape

à Whistler, au Canada. L’Allemand Erik Fedko (photo)

sera bien évidemment de la partie.

THE RED BULLETIN 87


G U I D E

TOUS LES

CHEMINS...

Ce n’est pas le cycliste

mais le terrain qui choisit

le vélo. Nous vous

proposons ici ce qu’il

vous faut pour chaque

type de bitume, chemin

et sentier rocailleux.

Photos TIM KENT

Trois vélos adaptés

à toute surface, de

l’asphalte urbain aux

pistes non goudronnées

jusqu’à la forêt

du coin et bien audelà.

De haut en bas :

vélo de route TIFOSI

Mons Disc X Cole

Coatings,

tifosicycles.co.uk ;

vélo CANYON Grail

AL 8.0 gravel,

canyon.com ;

VTT INTENSE

Sniper Trail,

intensecycles.com

88 THE RED BULLETIN


G U I D E

ROUTE

À partir du haut de gauche à droite : maillot VOID Capsule, voidcycling.com ; cape ENDURA FS260-Pro Adrenaline, endurasport.com ; casque

GIRO Aether MIPS, giro.com ; manche thermique PEARL IZUMI Elite, pearlizumi.co.uk ; gants ENDURA Hyperon Mitts II, endurasport.com ; tour

du cou BUFF Mash, buffwear.co.uk ; pompe SPECIALIZED Air Tool Mini Road, specialized.com ; maillot CHAPEAU! Madeleine, chapeau.cc ; maillot

CASTELLI Gabba 2, castelli-cycling.com ; chambre à air SPECIALIZED Standard à valve Presta, specialized.com ; LEZYNE Mega XL GPS,

lezyne.com ; lunettes de soleil 100 % Speedtrap Soft Tact, ride100percent.com ; chaussures SPECIALIZED Torch 2.0 Road, specialized.com ;

sacoche de selle SILCA, silca.cc ; casquette Lightweight CHAPEAU!, chapeau.cc ; chaussettes Keep Going Lite Tab STANCE, stance.eu.com ;

pédales SHIMANO PD-EH500 SPD, shimano.com ; veste SPECIALIZED Element 1.0, specialized.com

90 THE RED BULLETIN


GUERRIER DE LA ROUTE

Le Tifosi Mons Street est sorti en

2017. Ses 4,61 kg en font le vélo le

plus léger du monde. Un record

obtenu un peu par hasard puisque

le but initial était de créer le vélo le

mieux adapté à un usage quotidien.

Le cadre en carbone du Disc X ne

pèse que 860 g. tifosicycles.co.uk


G U I D E

GRAVEL

À partir du haut de gauche à droite : veste à capuche PEARL IZUMI Versa Softshell, pearlizumi.co.uk ; veste ENDURA Hummvee Lite,

endurasport.com ; chaussettes GIRO Rumble VR, giro.com ; dérive chaîne BIRZMAN Light-Er, birzman.com ; cartouche à pompe CO2 BIRZMAN

Roar, birzman.com ; multi-outils BLACKBURN Switch, blackburndesign.com ; éclairage EXPOSURE LIGHTS Six Pack Sync, exposurelights.com ;

lampe arrière KNOG Cobber, knog.com ; maillot MONS ROYALE Redwood Enduro VLS, monsroyale.com ; casque SCOTT SPORTS Centric Plus,

scott-sports.com ; pompe au sol BIRZMAN Horizons-Apogee, birzman.com ; short ENDURA Hummvee, endurasport.com ; ceinture ARCADE

Adventure, arcadebelts.eu ; sac à dos CHROME INDUSTRIES Summoner, chromeindustries.com ; crèmes Chamois CHAPEAU!, chapeau.cc ; gants

SPECIALIZED LoDown, specialized.com ; lunettes de soleil 100 % S2 Soft Tact Flume, ride100percent.com ; chambre à air à valve Presta

SPECIALIZED, specialized.com ; pneu PANARACER GravelKing 700 x 32, panaracer.com ; chaussettes STANCE Wheelie Quarter, stance.eu.com

92 THE RED BULLETIN


UNE TENUE D’ENFER

Bitume ou sentiers ? Pourquoi pas

les deux ? Les vélos Gravel existent

pour ça – résistants sur les collines,

légers en ville. Le guidon du

Canyon Grail incarne le concept à la

perfection, sa zone flexible est d’un

grand confort et sa barre inférieure

ergonomique. canyon.com


G U I D E

MONTAGNE

À partir du haut de gauche à droite : genouillères 100 % Fortis, ride100percent.com ; chambre à air MICHELIN Air Stop MTB 27.5,

bike.michelin.com ; sangle GRANITE DESIGN Rockband, granite-design.com ; short TROY LEE DESIGNS Skyline, troyleedesigns.com ; kit de

réparation DYNAPLUG Megapill, dynaplug.com ; gants ENDURA SingleTrack LiteKnit, endurasport.com ; maillot VOID Orbit, voidcycling.com ;

casque TSG Scope, ridetsg.com ; maillot CUBE Edge, cube.eu ; chaussures CUBE ATX OX, cube.eu ; cartouche CO2 SPECIALIZED,

specialized.com ; lunettes 100 % Racecraft Hot Rod, ride100percent.com ; lunettes de soleil 100% Speedtrap Soft Tact, ride100percent.com ;

casque carbone Legit BLUEGRASS EAGLE, bluegrasseagle.com ; pédales CRANK BROTHERS Stamp 7, crankbrothers.com ; feextube avec leviers

à pneus BIRZMAN, birzman.com ; messagerie bidirectionnelle par satellite SPOT Spot X, findmespot.eu ; sac d’hydratation DAKINE Syncline 12L,

dakine.com ; pelle pliante SILVERLINE, silverlinetools.com ; pneu SCHWALBE Hans Dampf Addix soft tubeless 27.5+, schwalbe.com ;

pompe LEZYNE Digital, lezyne.com ; chausettes STANCE Endo Crew, stance.eu.com ; veste LEATT DBX 2.0, leatt.com

94 THE RED BULLETIN


ASCENSEUR ÉMOTIONNEL

Branché montagne ? Il vous faut

un bike taillé pour. L’Intense Sniper

Trail Pro est doté de la suspension

JS Tuned signée Jeff Steber, boss

de la marque, et de deux biellettes

contrarotatives pour plus de

stabilité et de traction en montée

et en descente. intensecycles.com


THE RED

BULLETIN

WORLDWIDE

The Red Bulletin

est actuellement

distribué dans sept

pays. Leo (DiCaprio) et

Brad (Pitt) sont en une

de l’édition allemande.

Le plein d’histoires

hors du commun sur

redbulletin.com

Les journalistes de SO PRESS n’ont pas pris

part à la réalisation de The Red Bulletin.

SO PRESS n’est pas responsable des textes,

photos, illustrations et dessins qui engagent

la seule responsabilité des auteurs.

MENTIONS LÉGALES

Rédacteur en chef

Alexander Macheck

Rédacteurs en chef adjoints

Andreas Rottenschlager

Directeur créatif

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Directeurs artistiques

Kasimir Reimann (DC adjoint),

Miles English, Tara Thompson

Directeur photos

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Directeurs photos adjoints

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Responsable de la production

Marion Lukas-Wildmann

Managing Editor

Ulrich Corazza

Rédaction

Christian Eberle-Abasolo, Jakob Hübner,

Arek Piatek, Nina Treml, Stefan Wagner,

Andreas Wollinger

Maquette

Marion Bernert-Thomann, Martina de

Carvalho-Hutter, Kevin Goll, Carita Najewitz

Booking photos

Susie Forman, Ellen Haas,

Eva Kerschbaum, Tahira Mirza

Directeur global Media Sales

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Directeur Asset Sales

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Coordination ventes internationales

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Schmied, Melissa Stutz, Mia Wienerberger

Communication B2B

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Directeur créatif global

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Solutions créatives

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Marchart, Verena Schörkhuber, Julia Bianca Zmek

Maquette commerciale Peter Knehtl (Dir.),

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Emplacements publicitaires

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Production Walter O. Sádaba, Friedrich Indich,

Sabine Wessig

Lithographie Clemens Ragotzky (Dir.),

Claudia Heis, Nenad Isailovi c, ̀

Sandra Maiko Krutz, Josef Mühlbacher

Fabrication Veronika Felder

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Informatique Michael Thaler

Abonnements et distribution

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96 THE RED BULLETIN


Pour finir en beauté

Tous styles confondus

Hip-hop ou locking ? Rihanna ou Céline Dion ? Au Red Bull Dance Your Style, qu’importe le son et le

style : il faut être le ou la meilleure aux yeux du public, seul juge de la session. Le 12 octobre, la

Grande Halle de la Villette à Paris accueillera la finale mondiale de ce concours de street dance. Ici,

le danseur Kypros décolle au Trocadéro lors d’une étape qualificative menant au grand événement.

Le prochain

THE RED BULLETIN

n° 91 disponible

dès le 22 août

2019

LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL

98 THE RED BULLETIN


UN SMARTPHONE, UN SLIP,

ET C’EST PARTI POUR L’AVENTURE

DU 1 ER JUILLET AU 15 AOÛT 2019

1 MAILLOT DE BAIN OFFERT *

POUR L’ACHAT D’UN SMARTPHONE ÉTANCHE

CROSSCALL TREKKER-X4

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*Offre en différée, soumise à conditions voir détail sur le coupon disponible en magasin. Pour tout achat d’un TREKKER-X4 du 1 er /07/2019 au 15/08/2019, recevez un maillot de bain (homme ou femme) LE SLIP FRANÇAIS

d’une valeur de 120€/125€. DAS TREKKER-X4 : 1,426 W/KG. Le DAS (ou Débit d’Absorption Spécifique) quantifie le niveau d’exposition aux ondes électromagnétiques pour une utilisation à l’oreille. La règlementation

française impose que ce niveau soit inférieur à 2 W/kg.L’usage d’un kit piéton est recommandé. CROSSCALL, RCS Aix-en-Provence 518706890.

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